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Problématique de la maîtrise de la langue d’enseignement

C’est la faute à «l’esprit de l’école»

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le 11.10.17 | 12h00 Réagissez

Un nombre important d’étudiants en première année à l’université Houari Boumediène d’Alger échoue à cause de la non-maîtrise de la langue d’enseignement qui est le français.

Lors d’une conférence de presse animée le 4 octobre dernier, Mohamed Saïdi, le recteur de l’USTHB, a soulevé un lièvre qui court depuis des décennies.

Spécialisé dans l’enseignement des sciences et technologie, essentiellement dispensées en langue française, l’établissement supérieur a enregistré un taux de 25 à 30% d’échecs des étudiants en première année, d’après le recteur. Un pourcentage certes en baisse, mais qui reste important d’autant que la cause du redoublement est surtout liée à une problématique de langue.

Situation que M Saïdi ne cache pas. «Une partie des étudiants, surtout ceux qui viennent de l’intérieur du pays et de certaines wilayas du sud, ne sont même pas habitués à la sonorité de la langue française. Lorsque ces étudiants arrivent à l’USTHB où tous les cours sont dispensés est en langue française, ils sont surpris. Et le taux d’échecs de cette catégorie est assez élevé», déclarait-il.

Ainsi, le constat largement partagé, tel qu’établi par ce responsable, laisse comprendre que cette handicapante problématique de la langue aurait des raisons de défaillances logistiques (manque de moyens pédagogiques, d’encadreurs…) dont souffrent, certainement d’ailleurs, les régions citées. Seulement, la situation est infiniment plus complexe qu’elle n’y paraît.

Pour Abderrezak Dourari, professeur des sciences du langage et de la traductologie et directeur du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (CNPLT), c’est plutôt «l’esprit de l’école» algérienne inculqué depuis les années 2000 et le rapport aux langues qui en sont les principales raisons. «Il y a un flagrant manque de maîtrise des langues aussi bien de l’arabe que du français, que ce soit au niveau des étudiants et encore plus dramatique des enseignants universitaires. Un universitaire non bilingue ne peut se targuer de ce statut. Ailleurs, ils contrôlent au moins trois langues avant d’accéder à l’université», constate d’abord le linguiste.
 

Fausseté

Pour ce dernier, le problème résiderait en premier dans la méthodologie d’enseignement des langues. «Dans le cas de la langue arabe, l’enseignement se fait à travers l’inculcation de la pensée traditionnelle. La structuration de la pensée pour produire du sens n’y a pas sa place. pour s’exprimer, l’apprenant aura recours presque systématiquement à reproduire des phrases toutes faites de la pensée traditionnelle. Même après mille heures d’apprentissage, ces étudiants ont du mal à s’exprimer», se désole-t-il en révélant qu’y compris des étudiants en 4e année du département de traduction dans lequel il enseigne, ne maîtrisent réellement aucune langue.

Cette catastrophe, en arabe, aurait pour origine le «faux postulat émis dès l’école primaire qui veut que l’arabe littéraire est la langue maternelle des apprenants». «C’est une grave fausseté qui cause un préjudice énorme. Pour l’élève algérien, les langues maternelles sont tamazight et l’arabe algérien», tranche-t-il en préconisant le classement de l’arabe littéraire et le français comme des langues secondaires. «L’arabe enseigné et le français doivent être considérés et enseignés en tant que langues secondaires. Il faut engranger des acquis linguistiques basés sur des méthodes didactiques et l’analyse des mécanismes sémantiques et syntaxiques sans lesquelles on ne peut maîtriser une langue», précise le Pr Dourari.

Pour ce qui est de la langue française, l’analyse du directeur de CNPLET va encore plus loin. Ce qui aurait changé depuis les années 2000, c’est le rapport de l’algérien à cette langue qui est devenue celle du «traître et du vendu». «Dans les années 1960-80, la langue française était considérée comme un vecteur de savoir. Le contenu des enseignements était lié à quelque chose de non religieux, à la rationalité et aux grands noms de la pensée des lumières. Maintenant, elle est devenue dans les esprits la langue du colonisateur. Maîtriser le français est presque devenu honteux pour certains», déplore le professeur.
 

Idéologie

Mais pourquoi donc ce changement de regard ? Abderrezak Dourari invoque le livre du sociologue Pierre Bourdieu Langage et pouvoir symbolique. Pour le linguiste, l’Etat a, par choix idéologique, donné à l’école la double tâche de l’apprentissage et de la formation identitaire. «Pour des raisons de contrôle, l’Etat a donné ce rôle identitariste favorisant une idéologie traditionaliste arbo-islamiste. C’est le conservatisme religieux. Dès les années 2000, l’école dispense cet enseignement identitariste et idéologique islamiste qui a perturbé le processus d’apprentissage», déplore-t-il. Un constat que le Pr Dourari établit même à Alger.

Pour remédier à cette situation et ce large taux d’échecs dû à la langue d’enseignement, si le recteur de l’USTHB préconise comme solution intermédiaire la persévérance, l’assiduité et le courage des nouveaux étudiants pour passer outre ce handicap, le Pr Dourari rappelle ce qui se passait dans l’université algérienne dans les années 1970-1980.

«A l’époque, des étudiants suivaient des cursus en russe. Ils devaient suivre des cours de formation rapide en langues étrangères. C’était du temps où les étudiants cherchaient le savoir dans sa langue d’origine et non pas le diplôme universitaire uniquement. Maintenant, avec les centres d’enseignement intensif des langues, les étudiants d’aujourd’hui peuvent faire la même chose pour leur mise à niveau.»

Samir Azzoug
 
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