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Consommation d’antidépresseurs

Attention au cœur !

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le 05.07.17 | 12h00 Réagissez

La prescription et l’usage des antidépresseurs sont devenus presque triviaux. Ils sont, à ce jour, les médicaments les plus vendus, après les anti-douleurs, tels que l’aspirine et le paracétamol.

On les trouve d’ailleurs dans l’armoire à pharmacie de nombreuses personnes. Une soixantaine d’années après le début de leur fabrication, aujourd’hui ces molécules magiques commencent à livrer leurs secrets pas toujours rassurants. Ainsi, dans les pays à forte consommation, tels que les Etats-Unis, le Canada et la Grande-Bretagne, les autorités sanitaires et les médecins ont mis en garde contre l’utilisation abusive de ces médicaments car ils augmenteraient, selon plusieurs études, les risques de suicide. Le constat est surtout établi pour les adolescents et les enfants. Même s’il n’y a pas d’études exhaustives et de statistiques globales sur le phénomène de la dépression en Algérie, la consommation d’antidépresseurs prend des proportions importantes.

Dans une thèse de doctorat, intitulée «Cardiotoxicité et prise d’antidépresseurs : évaluation de l’allongement de l’intervalle QT chez les malades présentant des troubles dépressifs ou anxieux suivis au niveau du service psychiatrique du CHU Tlemcen 2014-2015», Chebourou Soumia tente toutefois de s’intéresser à la problématique. Il s’agit d’abord de définir ce qu’est une dépression. Elle est définie dans l’étude de la doctorante comme «un trouble mental caractérisé par des sentiments de découragement, de culpabilité, de tristesse, d’impuissance et de désespoir.

Contrairement à la tristesse morale ou au chagrin causé par la perte d’un être cher, la dépression clinique est une tristesse persistante et profonde», écrit-elle. Ainsi, le syndrome dépressif est caractérisé essentiellement par trois symptômes à savoir : l’humeur dépressive, le ralentissement psychomoteur et le cortège somatique (anxiété et désintérêt). Pour faire face à cette souffrance psychologique, trois types de traitements ont été utilisés. Le malade était soigné soit par électrochoc, par la pharmacothérapie et la psychothérapie.

Pour ce qui est de l’utilisation médicamenteuse, les principaux produits utilisés en pharmacothérapie sont les antidépresseurs. Ce genre de médicaments sont usités dans le cas d’une dépression, l’usage est souvent élargi à de nombreuses autres pathologies : psychiatriques et non psychiatriques, à l’instar de la dépression du trouble bipolaire, les troubles anxieux, le trouble obsessionnel compulsif, le trouble panique, ou encore la phobie sociale, les douleurs, la schizophrénie, et même dans les cas de troubles du comportement alimentaire.

«Les antidépresseurs ou thymoanaleptiques sont des médicaments du système nerveux central susceptibles de diminuer ou d’améliorer les symptomatiques dépressives et qui pour la plupart peuvent également diminuer l’intensité des troubles anxieux associés ou non à la dépression», écrit la docteur, en précisant que les antidépresseurs se différencient par leur efficacité, leurs mécanismes d’action et les effets secondaires qu’ils entraînent.

Cardiotoxicié

Malgré cette efficacité, les antidépresseurs, comme tout médicament, peuvent engendrer des effets indésirables que beaucoup de consommateurs ignorent. Parmi ces effets figurent «la cardiotoxicié des antidépresseurs tricycliques (surtout en cas de surdosage) et les crises hypertensives des IMAO». Ces contraintes ont poussé la recherche vers de nouvelles molécules d’efficacité thérapeutique, mais qui restent toutefois loin d’être complètement inoffensives.

«Les auteurs (des études internationales, ndlr) ont montré que le risque de mortalité augmentait avec le nombre d’antidépresseurs prescrits. Une des causes de l’augmentation de la mortalité est la prolongation de l’espace QT (la durée électrique de la contraction cardiaque, ndlr) qui peut être à l’origine d’une arythmie ventriculaire incluant des torsades de pointes», en clair, elle serait à l’origine de malaises cardiaques.

A partir de ce constat, la docteur pose la problématique suivante : est ce qu’il y a une relation entre la prise d’antidépresseurs et l’apparition d’anomalies électriques à l’ECG et plus précisément un allongement de l’intervalle QT ? L’objectif de son étude étant d’étudier la relation entre la prise d’antidépresseurs et l’apparition des allongements de l’intervalle QT chez les malades suivis au service de psychiatrie du CHU Tlemcen. Le but étant de prévenir le risque cardiovasculaire et la mort subite chez les malades consommant ces médicaments.

Contraction cardiaque

Dans la partie pratique, Chebourou Soumia révèle que la population étudiée dans son travail est constituée à 50% de personnes âgées de plus de 35 ans, indiquant que l’âge minimal rencontré au CHU de Tlemcen était de 19 ans, le maximal étant de 61 ans. L’étude ainsi réalisée auprès d’une trentaine de personnes a permis «de confirmer l’existence d’une relation statistique significative entre la prise d’antidépresseurs et l’allongement de l’intervalle QT, ce qui rejoint les données de la littérature», note la chercheuse.

Le constat fait, implique que les résultats des études internationales peuvent être pris en considération dans le cas algérien. Ainsi, l’effet des antidépresseurs sur le rythme cardiaque est réel puisqu’il allonge l’intervalle QT. «Cet allongement de l’intervalle QT irait de pair avec un risque accru de troubles du rythme ventriculaire, tels que torsades de pointes et arrêt cardiaque brutal», avertit-elle. D’après cette dernière, le choix du CHU de Tlemcen n’était pas fortuit.

Grâce à cette donnée, il était ainsi plus aisé de renforcer et de confirmer la cardiotoxicié provoquée par les antidépresseurs dans le service de psychiatrie. «L’objectif de cette étude était d’établir une relation entre la prise d’antidépresseurs et l’allongement de l’intervalle QT au bout de trois semaines de traitement.

Après six mois de travail, nos résultats sont venus pour confirmer l’existence de cette relation et on a estimé que notre objectif a été atteint, en plus, on a trouvé que les antidépresseurs tricycliques ont le risque d’allongement de l’intervalle QT le plus élevé dans notre échantillon», avertit-elle.

L’augmentation du QT, et donc du risque d’arythmie est réel, ce qui peut augmenter le risque de torsades de pointes si plusieurs médicaments prolongeant le QT sont cumulés. «En règle générale, il importe d’être conscient que les antidépresseurs ont des effets cardiovasculaires potentiellement sérieux.

Avant toute introduction de tels médicaments, une analyse des risques d’allongement du QT doit être effectuée, la combinaison de médicaments évitée et un suivi par ECG effectué selon les médicaments prescrits. Dans la mesure du possible on reléguera de tels médicaments à un deuxième ou troisième choix. Les patients, les familles et les médecins prescrivant ces médicaments doivent connaître les risques potentiels et les mesures à prendre pour les minimiser», conclut la rédactrice de l’étude.

 

Fatma-Zohra Foudil
 
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