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Mohamed Bellatrèche. Spécialiste en écologie forestière

La sensibilisation reste insuffisante

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le 27.10.17 | 12h00 Réagissez


- Quel bilan faites-vous aujourd’hui de nos forêts ?

Pour un bilan réaliste, je dirais qu’il est mitigé. Le secteur des forêts n’est pas des plus faciles en matière de gestion, tant les acteurs concernés sont nombreux. Le milieu forestier est complexe, c’est un espace d’intervention des plus difficiles. L’incendiaire étant le facteur le plus contraignant dans la stratégie de protection et de développement de la couverture forestière. Nous sommes en région méditerranéenne, connue pour ses incendies dévastateurs sur les deux rives. Le bilan est donc rarement positif.

Comme autres facteurs, citons l’érosion, les déboisements sauvages, les défrichements illégaux, l’absence d’une gestion sylvicole, les problèmes phytosanitaires (maladies et parasites), une urbanisation rampante, l’ouverture de voies de communication, le tourisme incontrôlé, le surpâturage, la sur-fréquentation des forêts urbaines ou proches des centres urbains. Ajoutons enfin le facteur climatique, dont l’influence sur la forêt est connue depuis très longtemps. Ce qu’on retiendra au final, c’est que la forêt algérienne souffre.

- Depuis au moins trente ans, et en dépit des politiques, des plans et des programmes et de la sensibilisation du public, la forêt recule inexorablement et on ne sait pas toujours où et combien. Pourquoi ?

La sensibilisation reste insuffisante. Elle cible les mêmes acteurs, les écoliers, les lycéens et dans une moindre mesure parfois les riverains. Les «adultes» sont peu approchés. Les pyromanes n’ont pas d’âge préféré. La forêt recule, c’est une réalité. Les principaux facteurs de ce recul sont anthropiques et climatiques. Les moyens dont disposent les gestionnaires ont toujours été insuffisants. Les responsables des dégradations ne sont pas toujours identifiés, ou sont rarement présentés à la justice.

Le phénomène a pris de l’ampleur dans les zones forestières côtières, mais aussi autour des grandes agglomérations urbaines. La recherche scientifique sur le phénomène des incendies reste faible. Les approches qui en sont faites restent limitées à des prospections sur la flore forestière, à des enquêtes sur l’ampleur des incendies, voire au risque du phénomène des incendies. Les causes et la dynamique des incendies demeurent peu connues. Beaucoup d’insuffisances demeurent donc en matière de prévention et de lutte contre les incendies.

- On dit que les forestiers ont déserté les forêts pour leurs bureaux. La forêt n’est pas gérée et les forestiers sont plutôt impliqués dans des tâches qui ne les concernent pas. Est-ce la raison ?

Les forestiers n’ont pas déserté et/ou abandonné les forêts pour leurs bureaux ou leurs postes de travail. Ils sont souvent mobilisés pour s’occuper d’autres tâches qui ne relèvent pas de leurs prérogatives. Il est grand temps de laisser le forestier s’occuper en priorité de la situation et des problèmes de sa forêt.

Pour bien illustrer mes propos, je préciserais que depuis une trentaine d’années, les forestiers ont été appelés par exemple à s’impliquer dans des actions de mise en valeur agricole, d’environnement, de développement rural alors qu’ils n’étaient ni préparés ni formés pour ce genre d’activités, délaissant en quelque sorte leur forêt à l’état d’abandon. Par la force des choses, le forestier est devenu un «pompier» qui ne dit pas son nom.

 
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