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Photo. Bouznad à Diar El Afia

Variations sur un couffin

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le 03.06.17 | 12h00 Réagissez

Quand un photographe expose ses œuvres au milieu d’un marché populaire d’Alger

Une fois que nous avons mené pour la énième fois une longue discussion sur l’artiste marginalisé dans la société, sur la rareté du public et sur le désintérêt pour la chose artistique, reste une question : que faire ? Certains artistes estiment que ces questions concernent les opérateurs culturels et que leur vocation est d’abord de créer.

Cette position se tient tout à fait et il ne s’agit pas là de la dénigrer. Mais d’autres choisissent d’aller au devant d’un nouveau public en s’exprimant en dehors de la géographie des espaces culturels habituels. Ces initiatives, de plus en plus fréquentes, sont rarement sanctionnées par les relais médiatiques comme des «évènements» culturels. Pourtant, c’est là qu’une véritable rencontre peut advenir entre l’art et le public.

Le projet photographique «El qoffa» de Nadjib Bouznab s’inscrit dans cette perspective. Le jeune photographe a collé une cinquantaine de photos au cœur du marché populaire de Diar el Afia à Kouba (Alger). L’artiste a placé ses photographies tout au long du parcours comme un jeu de piste sur des murs mais aussi des portes ou des vitrines ou à l’intérieur de certaines boutiques.

Et les commerçants ont complètement joué le jeu. «Les gens ont arraché les affiches des élections dès le premier jour mais là, une semaine après, les photos sont toujours là», résume un vendeur de vêtements. «El qoffa» c’est le couffin. Les photographies montrent cet objet-phare du quotidien dans différentes situations et formes. Il ne s’agit pas de promouvoir spécialement le couffin traditionnel. Qu’il s’agisse du couffin tressé en doum, du «filet» multicolore en fibres synthétiques ou des sacs imprimés, c’est surtout la fonction et les représentations associées à ce contenant qui sont explorées.

«Symbole de partage, de richesse et de débrouillardise, elle se veut présage de joie et de choses concrètes, portant dans ses entrailles des richesses tant convoitées, rares et inaccessibles pour certains, faciles à acquérir pour d’autres...», explique Bouznad. Rôdé à la photo de rue, notamment avec son projet Coup d’œil, Nadjib Bouznad sait capter des instants significatifs qui offrent à chaque fois un nouveau sens à son objet fétiche. Le couffin y porte des courses hebdomadaires, un journal, des pièces détachées de voiture, des outils de plombier, il sert aussi d’oreiller pour un sans-abri ou de présentoir à un vendeur à la sauvette… C’est toute cette vie qui grouille dans la rue que tentent de capturer ces photos de Bouznad.

Oui mais pourquoi le couffin et pourquoi ces photos accrochés sur les murs du marché ? Une longue discussion s’engage avec les commerçants et les habitués des lieux qui s’interrogent sur le sens à donner à tout cela. S’agit-il de qoffat ramadhan, le couffin de la solidarité distribué durant le Ramadhan? Visiblement non, Nadjib n’a que ses photos à offrir. Alors les différentes représentations fusent : «Le couffin te suis toute ta vie», résume l’un des interlocuteurs. Il s’agit a priori du couffin traditionnel qui dure longtemps, contrairement aux sachets jetables. Mais c’est aussi le symbole de la nécessité de gagner son pain, de remplir son couffin, qui dure tout aussi longtemps.

Le couffin servait aux moudjahidates pour transporter les bombes et aux mères pour approvisionner leurs fils derrière les barreaux... Certains s’adonnent volontiers au jeu de l’évocation, d’autres restent dubitatifs devant ces photos accrochées au marché. Chercher la rencontre authentique avec le public, loin du rituel et du conditionnement de la consommation culturelle habituelle, c’est aussi prendre le risque de l’incompréhension ou de l’indifférence.

Bref aller au devant de la réalité avec ses œuvres pour seules munitions. La réussite de la rencontre ne réside pas tant dans la transmission d’un message que dans les discussions animées et les débats sans faux semblants engagés avec le public. Comme le proclame un sac de supermarché étranger capté par l’objectif de Nadjib Bouznad : «C’est en agissant ensemble qu’on agit vraiment».

Walid Bouchakour
 
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