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Opinion : Yennayer ou le redressement identitaire

Sous des atours joyeux

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le 13.01.18 | 12h00 Réagissez

Le cœur est encore blessé à la suite de l’agression infligée à la statue de Aïn Fouara.

Dans la foulée, Yennayer arrive sous des atours joyeux, répandant un sentiment de gaieté dans l’esprit des Algériens. Il n’échappe à personne, sauf peut-être aux bien-pensants, que l’acte de l’homme au burin instille dégoût et spleen. L’auteur qui a attaqué la majestueuse statue éclaire sous un jour nouveau l’origine du mal, la sinistre idéologie dont il se proclame et l’inquiétante histoire à laquelle il appartient.

Aux lendemains de ces coups de marteau haineux, la présidence de la République dégaine une bonne nouvelle. De quoi faire d’une pierre deux coups. L’inscription du premier Yennayer – par ailleurs fruit d’un combat long, âpre et obstiné – comme fête nationale vient remettre l’esprit républicain droit dans ses bottes. Ainsi, Yennayer pose sa vieille et sympathique carcasse sur le toit de la nation pour lui insuffler des volutes de bonheur et rendre au peuple un zeste de son honneur.

Insignes de la pluralité, les syllabes de Yennayer flattent nos oreilles et enchantent notre esprit pour une simple raison : elles donnent à l’Algérie un visage humaniste et permettent aux Algériens de renouer, avec solennité, avec un patrimoine immatériel puisé d’une tradition lointaine. N’en déplaise aux rabat-joie que l’intégrisme scolaire a conditionnés à petites doses, Yennayer est une fête nationale, de dimension maghrébine, et que beaucoup de nos compatriotes saluent avec fierté loin des rives sud de la Méditerranée.

En effet, la diaspora en fait sa cure festive pour prolonger le fil d’une identité assumée et pérenne, comme une vengeance sur les lointaines calendes de la censure qui l’avaient assignée à l’invisibilité. Que le calendrier des fêtes nationales agrée Yennayer est, espérons-le, annonciateur de  bonnes nouvelles : guérir du blues identitaire pour que «l’amazighitude» retrouve des couleurs.

Car il y a dans l’air comme une vraie dose d’alacrité qui souffle pour booster le chantier démocratique. Ce qui est possible pour l’éclat de Yennayer offre l’opportunité de croire en d’autres succès citoyens : l’égalité hommes-femmes, éloigner la religion de la convoitise des chapelles politiques, la méritocratie, l’alternance au pouvoir, le respect de la dignité humaine dans un cadre social transparent.

Depuis des décades, tamazight occupe une place centrale, celle du thème principal des enjeux démocratiques et du progrès. Sur cette terre travaillée par une culture millénaire, l’identité s’est construite dans la diversité avant d’être prise en otage par un pouvoir obnubilé par les sirènes chimériques de l’arabo-islamisme. Longtemps galvaudé et méprisé, le premier Yennayer acquiert enfin ses lettres de noblesse et, par-dessus tout, il amorce un redressement identitaire, après des années et des années d’errements idéologiques dégradants.

Il amorce, disais-je, un redressement, car le combat pour une tamazight rayonnante nécessite moult efforts pour atteindre un véritable épanouissement. Chaque génération défraîchit le sentier à la génération suivante. Et le XXIe siècle résonne comme le siècle de la renaissance. Il y eut le temps des reculades. Et désormais s’ouvre l’ère d’aller de l’avant. Ainsi, les portes de l’année s’ouvrent sur un horizon scintillant où l’on peut lire : assegas amegaz !

Tarik Djerroud
 
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