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Sans amour ni fantaisie

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le 09.12.17 | 12h00 Réagissez


Allez, poursuivons notre incursion dans le 7e art à travers le Festival international du cinéma d’Alger, qui s’est achevé hier. Une de ses caractéristiques est que toutes les projections sont suivies de débats entre les spectateurs et le réalisateur, parfois accompagné de membres de son équipe. Une pratique à la fois plaisante et intéressante, qui renforce le sentiment de partage lié au cinéma.
Pourtant, comment ne pas constater que la culture cinématographique a reculé dans notre pays ? Alors que les Algériens et Algériennes d’aujourd’hui disposent de formidables accès informatifs et culturels que leurs parents n’avaient pas même rêvés, ils semblent ignorer les bases du langage cinématographique.

Il n’est pas question de mythifier les années soixante-dix, non exemptes de déficiences culturelles, mais on peut souligner qu’elles offraient un réseau vivant de salles commerciales, ainsi qu’un mouvement dynamique de ciné-clubs. Ajoutez la Cinémathèque algérienne, alors à l’avant-garde mondiale, et l’émission «Télé Ciné Club» qui portait dans les foyers les œuvres universelles du 7e art. La perte de cet environnement se trouve actuellement aggravée par une large diffusion de la pensée primaire suscitée par les réseaux dits "sociaux" (J’aime ! sans alternative, ni nuance), créant des spectateurs plus enclins à affirmer que découvrir, déclarer que s’interroger, juger que comprendre. Un phénomène qui relève aussi de la société en général, mais surtout d’un système scolaire, où l’on a désappris à réfléchir et à s’exprimer.

Ainsi se pose la question de la réception des films et notamment des fictions. Quand il s’agit d’un film étranger, les débats sont souvent un peu plus sereins et élevés que pour une œuvre algérienne, où les passions débordent dans tous les sens. Normal, diriez-vous, puisque ceux qui interviennent se sentent directement concernés. Et comme notre production demeure insignifiante en quantité, chacun attend du prochain film qu’il traite de tout pour devenir une œuvre totale, sinon absolue. Ce travers, certains cinéastes l’ont intégré en voulant aborder tous les sujets en un seul film.

On peut y voir le résultat de nombreuses années de monopole politique durant lesquels l’art a été doublement instrumentalisé : par un Etat qui reposait sur la pensée unique, mais aussi par ses opposants qui n’avaient pas d’autre moyen de faire passer leurs messages. Au bout du compte, nous avons hérité d’une manière de lire et d’interpréter les œuvres excessivement et parfois exclusivement à partir des thématiques et messages. Ceci au détriment de l’art, qui se distingue du discours politique par ses formes, son style, son originalité et, bien sûr, sa finalité. En 1953, le grand réalisateur italien, Luigi Comencini, avait tourné le mémorable Pain, amour et fantaisie. Quand le pain seul intéresse, les deux autres se retirent. Et la totalité d’une œuvre ne peut être perçue lorsqu’on attend une œuvre totale.

Ameziane Ferhani
 
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