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       <title>El Watan - Arts et lettres</title>
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       <lastBuildDate>Mon, 28 May 2012 10:10:17 +0100</lastBuildDate>
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           <title>Festival de Cannes. Soixante-cinquième édition</title>
           <author>Ameziane Farhani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 26 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	-Histoire : sur les pavés, les strass

	Dans la petite baie de Cannes, le bal des yachts, tous aussi luxueux les uns que les autres, avec leur fuselage aérodynamique incroyable d’inventivité et de design, leurs matières et chromes, donne une idée de la concentration inouïe de richesses qui se pavanent ici. Au pied des passerelles, de grandes corbeilles de tongs et mules de toutes tailles, permettent aux invités de se déchausser pour ne pas érafler les parquets délicats et onéreux. On a beau être richissime, on veille au grain. Sur les ponts, ont lieu les réceptions parmi les plus courues par le «beau monde». Cargaisons de caviar et champagne à flot au-dessus des eaux.

	Dans le ciel de la cossue Cannes, le passage intermittent (du spectacle) des jets privés et hélicoptères, complètent cet étalage. En ville, la valse des limousines n’est pas en reste, offrant à voir l’une des plus belles vitrines au monde de véhicules princiers et de coupés sport, souvent réalisés en exemplaires personnalisés. Les boutiques de luxe alignées sur la Croisette offrent un assortiment de vêtements, joailleries et pièces d’horlogerie dont on s’épuiserait – et se désespérerait – à convertir le prix en nombre de SMIG par objet. On pense à L’invitation au voyage de Baudelaire : «Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté.» Le calme en moins, cependant. La beauté, selon qu’on la conçoit. Et la volupté, si affinités.

	Actionnaires de multinationales, rentiers de toutes obédiences, boursières ou familiales, propriétaires de studios de cinéma, princes arabes, nouveaux riches russes ou magnats chinois, s’empressent ici. Pour certains, le Festival de Cannes n’est qu’un écrin servant de faire-valoir à leur fortune. Pour d’autres, un moyen de passer des vacances avec ses semblables. Pour d’autres encore, une occasion d’entretenir leurs relations publiques ou de discuter business. Pour la plupart, tout cela à la fois. Le cinéma n’est jamais absent de cette opulente farandole. C’est à qui aura telle ou telle vedette mondiale à son cocktail ou sa soirée. Mais aussi, peuvent se négocier ici des financements de grandes productions cinématographiques.

	Dans cet enchevêtrement mondain, on sent bien la présence des nouveaux riches russes. «Mais eux, nous dit un restaurateur, ils sont là même en dehors du festival». Empruntant les chemins des Russes blancs exilés après la Révolution bolchévique de 1917, ils investissent dans toute la Côte d’Azur. A telle enseigne, qu’à l’aéroport de Nice, une publicité géante pour l’achat ou la location de propriétés dans la région est écrite en immenses caractères cyrilliques et en tout petits caractères latins pour le français.

	Tout cela détonne avec les origines du Festival de Cannes, liées à l’histoire et aux luttes politiques et sociales. L’idée de sa création, en 1939, revient à un certain Philipe Erlanger, fils de compositeur, grand diplomate culturel français et auteur abondant d’excellentes biographies historiques. Il réagissait ainsi à l’attribution, la même année, du grand prix de la Mostra de Venise, au film de l’Allemande Leni Riefensthal,  Les dieux du stade, à la gloire d’Hitler et du nazisme. Et c’est grâce à Jean Zay, radical-socialiste, ministre de l’Education et des Beaux-arts du gouvernement du Front populaire, qui fut assassiné par les milices de Vichy, que le Festival vit le jour. La CGT, qui aurait construit le premier Palais du Festival, est d’ailleurs à ce jour membre du conseil d’administration du Festival. Comment tout cela peut-il, en quelque sorte, servir de cadre à l’expression des formes les plus criantes de la richesse capitaliste ? Encore une fois, par le caractère industriel et commercial du cinéma qui ne peut se passer de financements de plus en plus lourds.
	
	Kiarostami : Téhéran-Tokyo sans escale

	Le grand réalisateur iranien,  Abbas Kiarostami, Palme d’Or 1997, est présent dans la Sélection officielle du Festival avec un film «déroutant», c’est le mot, qui se passe entièrement à Tokyo. Like someone in love (Comme chacun en amour) raconte l’histoire de la rencontre entre un vieil intellectuel et une jeune étudiante qui exerce nuitamment le plus vieux métier au monde. Rien de ce qui est prévu entre eux ne se déroulera, mais donnera lieu à une relation empreinte de trouble paternité. Le film, tout en lenteur, avec des plans fixes et de longues scènes de dialogues en voiture, prisés par Kiarostami, est servi par une excellente distribution et des acteurs auxquels, comme à son habitude, le réalisateur n’a pas remis de script, les invitant à être «eux-mêmes» dans leurs rôles.

	Lors de la conférence de presse, le réalisateur, qui est aussi photographe, peintre et poète, a signalé qu’il avait été fasciné par le cinéma du Japonais Ozu, à la cinémathèque de Téhéran, avant même de penser à devenir cinéaste. A une consœur iranienne qui voyait des personnages persans dans ce film japonais, il a répondu : «Je n’ai hélas pas de clé préconçue de l’iranité. Quand on se donne à un public international, on doit penser international et viser un équilibre universel.»   
	
	-Médias : la ruée vers l’info

	Près de 4800 journalistes accrédités, plus de 300 télévisions présentes. Le Centre de presse géré par une poignée de personnes est un modèle d’organisation. Les accréditations sont catégorisées par les couleurs de badges : blanche pour la presse spécialisée cinéma, rose pour les agences et grands quotidiens, bleue pour les hebdos, etc. Ces couleurs correspondent à des niveaux d’accès et même à des priorités d’entrée aux projections. Avec les collègues algériens présents, nous imaginons en plaisantant quel tollé donnerait une telle différenciation en Algérie ! Certains crieraient aussitôt à la ségrégation.Les médias algériens sont assez bien représentés relativement à des pays comparables à l’Algérie.

	L’APS, Canal Algérie, la télévision hertzienne, El Khabar, El Chourouq, Le Quotidien d’Oran, L’Expression. El Watan a mis les bouchées triples avec le collaborateur de la rubrique culturelle quotidienne, Azzedine Mabrouki, figure reconnue de la critique de cinéma, globe-trotter de tous les grands festivals du monde, Samir Ardjoum, jeune critique talentueux pour l’édition du week-end, et Arts &amp; Lettres pour vous servir.  Ici, toutes les commodités sont mises à disposition. Informations en temps réel, documentation abondante, salles internet, casiers personnels codés, café à volonté. Mais il faut courir sans cesse et dénicher les bons plans. Les bonnes relations entre les journalistes algériens, renforcées par la présence du Pavillon national où l’on peut organiser des rendez-vous ou des interviews.

	Météo : amour, pluie et parapluies

	Lors de la première du film Amour de Michael Haneke, la pluie s’est invitée à la montée des marches. Le tapis rouge ressemblait à une serpillière écarlate, imbibée de flaques d’eau. Les robes sophistiquées des comédiennes et leur coiffure recherchée ont vite perdu de leur prestance. Trois jours de pluie, un air très humide, des vents parfois violents. Catastrophe ! Quelques jours avant le début, Gilles Jacob, président du festival avait déclaré à l’AFP qui lui demandait ce qu’il attendait de cette 65e édition : «Peut-être le plus important, c’est du beau temps, car l’humeur du festival en dépend. Les films sont souvent durs et les comédies rares. Si en sortant d’un film déprimant, il pleut à torrents, la morosité s’installe vite et c’est très dur à remonter.» En vieux briscard, avait-il senti le vent tourner ? La météo avait prévu le coup, mais ses annonces ne reflétaient pas la constance et l’importance des précipitations.

	La fameuse Salle du Soixantième, une des pièces maîtresses de la programmation, a dû annuler deux projections, son toit, endommagé par les vents, ayant été déclaré dangereux par les pompiers de la ville. Le lendemain, cependant, le toit fut réparé. En revanche, la panique a régné un moment sur la Croisette, côté plage, où se trouvent les pavillons du Village international, dont celui de l’Algérie, ainsi que les installations des studios de télévision et le cinéma de plein air. Le niveau de la mer ayant monté, les lieux ont été placés sous surveillance maritime permanente. Quant aux réceptions, collations et autres rencontres, souvent organisées sur des terrasses, elles se sont repliées sur des lieux couverts ou ont été annulées. Même la fréquentation générale de la ville a fortement baissé, au grand désespoir des commerçants et notamment des restaurants, brasseries et cafés.

	De plus, la mythologie comme la réalité du Festival sont liées à cette image de soleil méditerranéen. Des palmes sous la pluie, c’est ici la fausse note intégrale.Mais, dès les premières gouttes, des dizaines de vendeurs à la sauvette se sont répartis dans la ville, proposant des parapluies par fagots. Sénégalais pour la plupart, ils seraient tous affiliés à la confrérie des Mourides. Efficaces, affables, le mauvais temps cannois leur réussit. Demain, avec le soleil, ils vendront des lunettes de soleil ou des bouteilles d’eau minérale.

	Etrangement, leur ballet dans la rue n’est pas inquiété et, jusque sur la Croisette, ils exercent devant les nombreux policiers en faction ou en patrouille dans la ville. Comme s’ils disposaient d’une autorisation tacite. L’un d’eux me propose un parapluie pliable chinois de très mauvaise qualité à 7 euros. En discutant, il descendra à 4 euros. Je lui demande s’il a entendu parler du film de Moussa Touré, La Pirogue, retenu dans la Sélection officielle «Un certain regard» sur les harraga de son pays. Il éclate de rire, les yeux écarquillés d’étonnement, répétant plusieurs fois : «Ah bon ? Mais c’est formidable !» Mais dans ses yeux, je lis qu’il sait qu’il ne le verra pas. Ou qu’il est passé aussi par une pirogue.

	Pavillon : douze ans après, l’Algérie

	La petite polémique sur la participation algérienne à Cannes n’a pas duré. Les stands que l’ONCIC (ex-Office public du cinéma) avait, à une ou deux reprises, montés n’étaient pas des pavillons, puisque le Village international n’a été créé qu’en 2000. Mais, première fois ou pas, est-ce cela l’important ? On peut dire en revanche que l’Algérie était absente depuis douze ans de ce lieu qui a commencé avec 12 pays et en accueille aujourd’hui 50. Cela n’enlève en rien au mérite des anciens (lire l’encadré ci-joint de Mouloud Mimoune) bien que les deux exemples qu’il cite ne concernent que la promotion de films d’un seul cinéaste, Mohamed Lakhdar Hamina, au palmarès certes brillant, et non la promotion globale de la cinématographie nationale.

	Quand donc cessera-t-on les discussions stériles quand il y a tant à faire ? Autre assertion : un pavillon serait inutile sans projection de film à Cannes. Après avoir visité quasiment tous les pavillons, on peut se rendre compte que ce n’est pas le cas et que plusieurs pays sont présents pour promouvoir leur cinématographie en général sans être nulle part ici à l’affiche. Louer une salle coûterait les yeux de la tête pour une visibilité nulle face à la programmation monstrueuse du festival. De plus, l’annonce des sélections se faisant à quelques jours du festival, comment louer un pavillon dont la réservation se fait des mois à l’avance.

	Enfin, sauf à considérer que la nationalité d’un film est celle de ses financements, Le repenti de Merzak Allouache, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs est bel et bien un film algérien. Jusqu’au bout des ongles, dirait-on, puisqu’il semble griffer. Le réalisateur a tordu le coup à une autre rumeur qui affirmait qu’il aurait interdit à ses comédiens de rendre visite au pavillon algérien. Non seulement, ces derniers y passaient régulièrement, mais lui-même s’y est rendu, comme en atteste l’interview qu’il a accordée au Journal télévisé de la chaîne terrestre algérienne.

	Le pavillon organisé et animé par l’AARC n’a pas cessé d’accueillir du monde. Dès les débuts, la visite de Yamina Benguigui, cinéaste, nommée deux jours auparavant ministre du gouvernement français, déléguée aux Français à l’étranger et à la Francophonie, n’est pas passée inaperçue, attirant un surcroît d’attention et d’affluence. Simple et décontractée, elle a notamment affirmé : «Je suis heureuse que l’Algérie qui a glané plusieurs prix au Festival de Cannes, dispose désormais d’un pavillon ici. J’ai commencé ma carrière en voyant ‘Chronique des années de braise’ de M. Lakhdar-Hamina, Palme d’Or 1975, qui m’avait renforcée dans ma culture d’origine et mon choix professionnel. Outre ce film, il y a eu des moments forts du cinéma algérien à Cannes, les distinctions obtenues par ‘ Z ‘ de Costa-Gavras, ‘Le bal’ de Ettore Scola, ‘Omar Gatlato’ de Merzak Allouache, etc.» 

	Autre visite de ce rang, celle du ministre libanais de la Culture, dont le Pavillon, mitoyen de celui de l’Algérie, est venu rendre une visite de voisinage et de découverte du cinéma algérien. De même, le réalisateur Rachid Bouchareb a passé de longs moments au Pavillon, accompagné de plusieurs membres de son équipe américaine de tournage. De très nombreux contacts ont été pris avec des producteurs, des distributeurs et des festivals internationaux désireux de programmer des films algériens. On en attend les résultats dans les prochains mois.

	Le pavillon Algérie a été salué dans un article de la très remarquée revue Cannes Market News. Un panneau immense à l’entrée du Marché du film reprenait le thème «Algérie, cinquante ans de cinéma» avec le visuel intelligent et plaisant d’une fresque du Tassili relookée façon cinéma. Celui-ci figurait aussi sur le dépliant programme remis aux 30 000 festivaliers. Une pochette contenant des fiches sur l’histoire du cinéma algérien, le palmarès de l’Algérie à Cannes, les procédures de tournage, la distribution, la coproduction, etc. a été abondamment distribuée au pavillon et placée dans les casiers de tous les journalistes accrédités.  
	
	Sean Pen : carnaval fi Cannes

	Dans les couloirs du Centre de presse du Palais des festivals, rencontre avec Tewfik Hakem. Avec sa dégaine d’éternel étudiant, il me rappelle encore ces années où il animait le ciné-club de l’université de Bab-Ezzouar et commençait à écrire des articles. Il n’est pas là pour France-Culture mais pour le Quotidien d’Oran. Les couloirs sont plutôt calmes. Nous nous proposons de prendre un café quand soudain, branle-bas de combat des agents de sécurité. Nous voyons foncer sur nous Sean Penn, à grandes enjambées. Impression que le monde rentre dans un écran de cinéma et qu’il joue une scène de film, poursuivi par quelques malfrats du Bronx ou d’ailleurs. Nous nous écartons pour le laisser passer. Poursuivi, il l’est assurément, par une meute de photographes et de cameramen. Un instant, nous nous trouvons dans le champ de leurs flashes et projecteurs. Une horreur qui vous laisse de longues minutes après des étincelles dans les yeux. Découverte de près de la condition de star, traquée comme un lapin un jour d’ouverture de la chasse. Et dire que c’est le rêve de millions de personnes dans le monde !

	Il terminait sa conférence de presse que nous pourrons voir sur les écrans qui les diffusent en différé. Pas moyen d’être partout à Cannes, mais la technique permet une certaine ubiquité. L’acteur et réalisateur n’a aucun film à présenter, ni aucun jury à présider comme en 2008. Il est venu défendre la cause d’Haïti, qu’il soutient depuis le séisme de janvier 2010 et collecter de l’argent auprès des riches donateurs concentrés dans les parages. Ce jour, 18 mai, il monte une grosse soirée intitulée «Carnaval in Cannes» et réservée à ceux dont les carnets de chèques ont des cases allongées pour contenir les séries de zéros après le chiffre. Bénéficiaires de l’opération que mène Sean Penn : trois associations : Artists for Peace and Justice, Happy Heart’s Fund et J/P Haitian Relief Organisation qu’il a lui-même créée.

	L’acteur a refusé systématiquement de parler du Festival de Cannes et de tout autre sujet qu’Haïti. A deux heures du matin, il avait réuni 1,3 millions d’euros et il prépare deux autres évènements du genre avant la fin de l’année.
	Le lendemain, il était reparti, laissant son image encore plus forte d’homme de cœur et d’engagement.  
	
	Souk : the big one in the world

	Un des pôles stratégiques et des moins visibles du Festival de Cannes est le Marché du film. C’est une immense ruche où s’activent aujourd’hui plus de 10 000 acheteurs et vendeurs du monde entier (issus d’une centaine de pays) dans une agitation fébrile et impressionnante. Quand on y entre, on comprend vite combien la Palme d’Or, les distinctions des autres sections, les conférences de presse et même la fameuse montée des marches, bref tout le beau et intéressant décorum de la manifestation ne serait rien sans ce marché. Pour prendre une comparaison cinématographique, le Palais du festival, c’est Docteur Jekill et le Marché du film, Mister Hyde. Mais le premier n’est pas aussi ingénu que dans le film et le second pas aussi pervers. De plus, si le Marché n’existait pas, le festival serait à la limite un ciné-club international annuel.

	Créé en 1959, avec une dizaine de participants et une seule salle de projection, le Marché du film est devenu le premier marché professionnel mondial. Les innombrables rencontres, échanges, négociations et transactions qui s’y déroulent brassent des milliards de dollars. L’une des activités les plus visibles consiste à présenter des milliers de films aux distributeurs qui font leurs «emplettes» dans une trentaine de salles de projection équipées de matériel numérique. Une section de ce marché, le Producers Network permet aux producteurs de rencontrer leurs pairs et de discuter avec eux de coproductions. Ils sont un demi-millier à fréquenter cet espace qui dispose de tables de discussion et de déjeuner. Pour accéder à ce club, les producteurs doivent avoir sorti au moins un film durant les trois dernières années. Le Marché dispose également du Doc Corner réservé aux films documentaires.

	Les enjeux financiers qui se mettent en scène ici sont considérables. Les analystes du marché mondial du cinéma estiment que les dépenses mondiales des dépenses des ménages devraient connaître une croissance continue englobant les billets de cinéma, les achats et locations de DVD, les Blue-ray, les téléchargements payants sur Internet… Selon le IHS Screen Digest Video Intelligence Service, le volume de ce marché, évalué à 61,4 milliards de dollars en 2010, devrait atteindre 68,9 milliards en 2015. Cet élan serait porté essentiellement par les consommateurs des pays émergents (Asie-Pacifique, Amérique latine, Europe Centrale et de l’Est). Pour les zones précitées de l’Europe, on attend 8,9 % de croissance ; pour l’Asie-Pacifique, 6,5 % et pour l’Amérique latine, 4,2 %. Pendant ce temps, l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale stagneront respectivement à 0,2 % et 1,1 %. Il s’agit de tendances car les USA à eux seuls dominent encore largement le marché.

	On se prend à rêver que l’Algérie rejoigne ce mouvement des pays émergents. Mais elle n’appartient pas encore à cette catégorie où figurent les pays développés du monde sous-développé.  
	
	Zabana : passées les rumeurs

	Rencontre avec Saïd Ould Khelifa, ancien confrère qui fut un excellent critique de cinéma, aujourd’hui passé de l’autre côté de l’écran en tant que scénariste et réalisateur. On lui connaît déjà Ombres blanches (1991), Le thé d’Ania (2005) et Vivantes ! (2007), des films courageux mais qui n’ont pas pu s’imposer. Il présente son dernier film au Pavillon algérien, bande annonce et documentation à l’appui, un récit de la vie d’Ahmed Zabana, le premier combattant  algérien exécuté par guillotine.

	Saïd Ould Khelifa s’estime-t-il satisfait du film ? Il répond en citant Truffaut qui disait : «Un bon film, c’est un film qu’on a réussi à 40 %». Du point de la vue technique, il s’affirme même comblé d’avoir travaillé avec Marc Koninckx, chef opérateur connu dans le monde du cinéma et l’étalonneur qui a traité les images de The Artist. Même satisfaction à l’égard des techniciens algériens et des acteurs. Est-il déçu par sa non-sélection au festival ? «Je vais être honnête, répond-il. C’est toujours une déception. Mais je sais que 1700 films ont été visionnés pour ce festival. Ce qui est décevant, c’est que la veille de l’annonce de la sélection, nous avions appris qu’il était dans la short list. Et puis, après l’annonce, sont venues ces rumeurs selon lesquelles le précédent du film ‘Hors la Loi’ de Rachid Bouchareb, et tout le boucan fait par la droite et l’extrême-droite, auraient influé.

	La guerre d’Algérie reste un sujet épineux en France. On a dit aussi que la conjoncture électorale et les présidentielles, auraient joué en défaveur du film. La dépêche de l’AFP qui soulignait que le film dénonçait l’attitude de François Mitterrand donnait un aperçu de l’état d’esprit avec lequel le film était considéré. Dans mon film, je dénonce évidemment les forces coloniales. Mais on y trouve aussi un hommage à la Résistance française contre le nazisme. Je montre que Guy Môquet et d’autres résistants étaient qualifiés de terroristes alors qu’ils défendaient leur pays. La même accusation a été portée contre les Algériens».

	Saïd Ould Khelifa, son producteur Yacine Laloui et les deux comédiens présents, Imad Bencheni (Zabana) et Abdelkader Djeriou, ont eu de nombreux contacts durant leur séjour et notamment lors de la journée consacrée au film sur le pavillon algérien, le vendredi 18 mai. «C’est là que l’on peut voir l’utilité et la vocation d’un pavillon national ici, dans le plus grand marché au monde du cinéma, souligne Ould Khelifa. Deux acheteurs de compagnies de distribution sont venus nous contacter. Des tas de gens peuvent se rendre compte que l’Algérie produit encore, même si cela demeure insuffisant. Nous avons perdu l’habitude de promouvoir et d’exporter nos films et nous devons la reprendre».

	Le film est pressenti dans plusieurs festivals dont les représentants sont venus au stand. En attendant, l’équipe prépare la sortie nationale du film prévu pour septembre avec la plus large diffusion en salle et un programme spécial de projection dans les casernes et les prisons. Une édition DVD est prévue avec un making-off et des bonus. Autre signe positif, la publication dans la revue du Marché du film d’un article d’une page sur Zabana.
	Une petite note sur Imad Bencheni, jeune comédien plein de ressources et de potentiel qui nous a parlé avec enthousiasme de sa pratique du slam et de ses expériences d’écritureture.
	
	
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           <title>l'andalou. quand Grenade tombait</title>
           <author>Ameziane Farhani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 26 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	En pré-promotion au Pavillon algérien, le long métrage de Mohamed Chouikh devrait être visible dans deux mois. 
	Son histoire qui s’achève en 1492 par la prise de Grenade, ultime cité musulmane d’Andalousie et la reddition honteuse de son roi, Boabdil, est la première tentative de production cinématographique sur une période riche en événements historiques et en productions philosophiques, scientifiques, littéraires et artistiques. Mohamed Chouikh s’est attaqué là à un gros morceau, si l’on peut dire, du fait de l’importance du sujet et de son impact, aujourd’hui encore, sur les consciences et la pensée, mais également du point de vue de la reconstitution des décors, costumes et faits.

	Une entreprise courageuse dont il a achevé le tournage entre Alger, Tunis, Tlemcen, Tipasa et Oran avec le soutien indéfectible de son épouse, Yamina Chouikh, elle-même réalisatrice (Rachida, 2002), ici dans son rôle de productrice exécutive. Plusieurs lieux du patrimoine archéologique ont été utilisés, à l’exception de ceux qui étaient prévus en Andalousie. Mais des reconstitutions de décors ont été effectuées pour y pallier. Actuellement, le film est en post-production dans un laboratoire italien. Il est prévu trois versions sous-titrées en français, anglais et espagnol, d’autant que dans la version originale des comédiens espagnols s’expriment dans leur langue.  

	Selon la productrice, «d’importants contacts ont été engagés à Cannes, des options ont été prises avec des vendeurs de films et un distributeur américain nous a fait part de son intérêt». Des pistes à suivre au cours des prochains mois pour cette œuvre algérienne coproduite par le Tunisien Nadjib Ayad, qui a financé le tournage dans son pays et la société espagnole Synchro Imagine.                          
	
	Coup de coeur : sacré Ken Loach !

	Le dernier film du réalisateur britannique, Ken Loach, The Angel’s share (La part des anges), sélectionné en compétition officielle, est un petit bijou d’humour et d’humanisme. Pour son 22e film, ce réalisateur, qui s’est révélé au cinéma en 1967, après une carrière à la Télévision, a gardé toute sa fraîcheur et son intérêt pour les causes sociales. Palme d’Or en 2006 pour la 59e édition du Festival de Cannes avec Le vent se lève, sur l’Irlande meurtrie, le voilà de nouveau en lice avec cette œuvre qui met en scène des personnages inénarrables, des «ratés » de la société, condamnés à des travaux d’utilité publique. Leur éducateur va les initier secrètement à l’art du whisky et, à partir de là, ils vont s’intéresser à la vente aux enchères d’un baril ancien d’une valeur inestimable.

	Le happy-end étonnant peut sembler en contradiction avec les opinions de gauche et même d’extrême-gauche du réalisateur. Pourtant, il arrive, en plaisantant, à pointer du doigt la responsabilité des individus et leur pouvoir d’agir positivement sur les autres individus sans attendre le «destin» du déterminisme historique. The Angel’s share reste un conte social sur la crise et une merveilleuse et hilarante leçon de solidarité humaine.

	Chasse : le sport favori du festival

	La chasse est assurément le sport favori ici. On lui connaît deux variantes : la chasse aux films et la chasse aux soirées. Tout autour du Palais du festival et, notamment, aux entrées et sorties, des personnes brandissent des cartons demandant à voir tel ou tel film. Généralement des cinéphiles avertis ou des passionnés de tel réalisateur ou comédien. Les résultats sont miraculeux, mais il arrive que quelqu’un, ne pouvant aller à une projection, offre son invitation, d’autant qu’il risque d’être black-listé et ne plus en recevoir. La chasse aux soirées concerne d’autres amateurs, attirés par les cocktails et buffets, soit des pique-assiettes, tentés par des rencontres plus ou moins romantiques ou fascinés par la frime et le m’as-tu-vu. Il existe une sous-catégorie, apparemment minoritaire, qui se rend à ces soirées pour des contacts professionnels ou la collecte d’informations à leurs sources.
	
	Folkore : Starlettes, no Scarlett

	Tout autour du Palais du festival, sur la Croisette ou sur la Riviera, à proximité des palaces inabordables, des attroupements se font sporadiquement. Crépitements de flashs, badauds qui se précipitent. Non, ce n’est pas une des vedettes du festival. Celles-ci ne se déplacent plus, sauf très rarement et au risque d’une pagaille monstre, qu’en berline et escortes renforcées. C’est une starlette, une de ces filles à la beauté «cinématographique», qui, sur cette seule base ou l’encouragement d’une première figuration ou petit rôle, parfois un simple spot publicitaire ou un défilé de mode, tente sa chance pour être remarquée par un responsable de casting, ou, mieux, un réalisateur.

	Vieille tradition du Festival de Cannes, attraction plutôt, car cela débouche rarement aujourd’hui sur une carrière, ces odalisques modernes étalent leurs formes, n’hésitant pas à se contorsionner dans des poses suggestives, poursuivies par les photographes et les curieux. Elles choisissent bien leur moment, généralement juste avant une montée des marches, profitant de l’agglomération de la foule et faisant mine de rejoindre le palais. En elles, grondent des ambitions artistiques ou pécuniaires, les deux souvent, des rêves de destins fabuleux que le cinéma continue à charrier dans le monde entier. Les starlettes se voient-elles incarner Scarlett O’Hara, le personnage de Autant en emporte le vent, interprété en 1939 par la sculpturale Vivien Leigh ? Mais elles paraissent moins romantiques que cela et les vraies candidates à une carrière artistique travaillent plutôt dans les cours d’art dramatique.

	Ce folklore cannois est présent aussi dans la foule où de nombreux passants, femmes et hommes, se parent pour le défilé urbain, même quand ils n’ont pas accès aux différentes manifestations du festival. Tenues de soirée, talons aiguille, coiffures emberlificotées, maquillages soignés pour les unes, smokings, chemises amidonnées et nœud papillon pour les uns, «on joue au festival» comme on se livrerait à une immense comédie sociale d’apparat où flottent des essences de parfum plus ou moins rares.

	Rencontre près de l’entrée du palais, pendant que la montée des marches bat son plein, avec une étudiante algérienne en transit dans la ville, «pas pour le festival», précise-t-elle. Originaire d’Alger, magnifique dans son jean, son trench-coat et ses baskets rouges, elle me sort un beau jet d’humour en commentant le passage d’une starlette qui longe les barrières : «Elles sont toutes sur leur 0,31». Je corrige ma jeune compatriote : «Sur leur 31, vous voulez dire ?». Elle me répond du tac au tac : «Non, je divise par 100, proportionnellement à la surface de tissu qui les couvre.»

	 

	 

	
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           <title>Un film marquant</title>
           <author>Ameziane Farhani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 26 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Dure, exagérée parfois, mais bien réalisée et interprétée, une œuvre qui interroge et interpelle. 
	Faut-il «juger» un film sur les déclarations de son réalisateur ou sur l’œuvre elle-même ? Faut-il le faire d’ailleurs avec des déclarations émanant de toute personne, qu’elles soient favorables ou non à cette œuvre, plaisantes ou non, exactes ou non ? C’est une question récurrente qui se pose dans le champ culturel algérien et qui prend un relief particulier avec le dernier long métrage de Merzak Allouache, Le repenti, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, ce qui est déjà une distinction dans cette section non compétitive.

	Nous traînons avec nous des abcès qu’il faudra bien percer un jour pour que l’expression artistique et culturelle dans notre pays puisse s’épanouir davantage et produire des œuvres marquantes de dimension nationale et internationale. Premier abcès : durant des décennies, la liberté d’expression n’existait pas, ce qui a amené à utiliser le champ artistique comme vecteur de messages politiques, plus ou moins allusifs, plus ou moins efficaces. Aussi, pendant longtemps, de nombreux créateurs et auteurs ont été poussés à construire leur œuvre à partir d’un discours politique, les asséchant de toute saveur et profondeur esthétique ou leur donnant peu de «durabilité».

	De même, les publics ont été formatés longtemps pour interpréter les œuvres essentiellement à partir de critères politiques. Il est symptomatique d’ailleurs que les commentaires sur les œuvres se focalisent sur la thématique, les «messages», et souvent au seul plan politique, au détriment de la forme. Négliger la forme et la séparer du contenu, c’est tuer une œuvre. C’est en tout cas une manière de la réduire et de lui nier son autonomie d’œuvre en l’accrochant à des registres extérieurs à la création. Cela ne signifie pas, au contraire, qu’une œuvre soit dénuée de dimension politique, mais c’est une dimension qui n’est pas réductible à ses à-côtés. Il est d’ailleurs arrivé, plus d’une fois, dans l’histoire de la littérature et des arts, qu’un auteur produise une œuvre à l’encontre des opinions politiques ou éthiques qu’il professait. Aussi, si Merzak Allouache est critiquable dans ses déclarations, qu’il le soit sur ce seul plan et que son œuvre soit abordée en tant qu’œuvre. Ce sont les hommes politiques qu’il faut apprécier selon leurs déclarations. Quant aux artistes et auteurs, qu’ils soient abordés à partir de leurs créations.

	Deuxième abcès : dans tous les arts, et le cinéma en particulier, la production, bien qu’en augmentation, est restée insuffisante, avec des temps très longs entre la sortie de deux œuvres et, en conséquence, l’accumulation d’attentes surdimensionnées.  Chacun attend le prochain film en espérant qu’il traite de tout et selon ses propres opinions. Comme si une œuvre avait un devoir d’unanimité et de reproduction exacte de la réalité. C’est nier les spécificités de la représentativité d’une œuvre qui ne peut être ni un traité de sociologie, ni un manifeste politique. Il est remarquable par ailleurs que le cinéma soit encore plus ciblé par ces attitudes que la littérature par exemple ou l’on admet mieux la diversité des approches et des styles. Est-ce une question de budget ou le fait que le cinéma dispose de publics plus larges ? Autant de questions à poser quand de véritables débats critiques auront lieu.

	Cette longue mais indispensable digression établie, parlons du film. La première chose qui frappe dans le dernier film de Merzak Allouache, Le repenti, c’est bien l’aisance avec laquelle il a filmé l’univers rural et semi-rural algérien. Une performance qui peut paraître étonnante pour un réalisateur né dans l’un des quartiers les plus populaires d’Alger, citadin de souche, coutumier des thèmes urbains, d’abord par «Omar Gatlato» (1976) qui a marqué une charnière dans le cinéma algérien. Ce film plébiscité par le public, salué par la critique nationale et internationale, et d’ailleurs sélectionné en 1977 à la Semaine de la critique du film de Cannes, a été aussi considéré du point de vue de son approche nouvelle des problèmes d’une jeunesse grandissant dans des espaces urbains où surgissaient les conflits de génération, d’espace, de gestion et de comportements. Sauf peut-être Les aventures d’un héros, film symbolique qui faisait une incursion dans le monde rural, Merzak Allouache s’est longtemps établi comme un cinéaste de la ville et même de la ville d’Alger.

	Dans Le repenti, le monde rural est dépeint avec sobriété. Visiblement, on a pris un grand soin dans le repérage des lieux comme dans la manière de les filmer, en dépit d’un tournage de deux mois. La première scène du film, en long travelling, montrant la course de celui que l’on découvrira être le repenti, est de toute beauté. Le réalisateur a su profiter de la neige sur les Hauts-Plateaux pour lui donner du contraste, de la force et du rythme. Tous les paysages sont choisis et filmés avec attention, relevant le contraste entre leur beauté et les drames humains qui peuvent s’y dérouler. Les décors ne sont pas traités comme des éléments dénués de vie, mais utilisés à bon escient dans la trame narrative. Usant de la caméra subjective, les plans pris des sommets, suggèrent une observation et une présence en ces lieux. Le mode de filmage, privilégiant la caméra à l’épaule au lieu d’une fixation sur trépied, bien que parfois abusive (comme dans la plupart des films actuels qui utilisent ainsi les effets du reportage), renforce la dynamique des scènes et ajoute à leur véracité cinématographique.

	Les personnages ne sont pas stéréotypés et échappent à la maladie des êtres monolithiques que notre cinématographie a souvent générés. Ce sont leurs contradictions, leurs conflits intérieurs et leurs doutes qui sont mis en avant, leur donnant ainsi de la «chair» et obligeant les acteurs à évoluer sur des subtilités d’interprétation. A ce jeu, on peut dire que le casting a bien fonctionné et que les comédiens ont su répondre au scénario qui les révèle au spectateur par touches successives. On ne sait pas au début qui ils sont, ce qu’ils veulent. Eux-mêmes le savent-ils ? Les comédiens ont dû respecter ces processus de révélation de leurs personnages et c’est une performance dans notre cinéma (y compris celui de Merzak Allouache pour certaines de ses œuvres), qui s’est habitué à les «dénuder» au début comme à poser d’emblée tous les éléments d’une situation.

	Les acteurs principaux comme les seconds rôles et même les figurants sont d’une justesse qui fait plaisir à voir. Nabil Asli dans le rôle du repenti a su exprimer toute l’ambiguïté de son personnage. Khaled Benaïssa, en pharmacien désabusé et alcoolique, s’est bien acquitté du jeu entre lâcheté et générosité. Quant à Adila Bendimerad, en médecin mariée au précédent et séparé de lui après l’enlèvement et l’assassinat de leur fille par les terroristes, elle est simplement époustouflante, notamment dans les scènes finales qu’une partie du public du festival a trouvées abusives ou trop «pathos», ignorant les expressions de douleur et de deuil dans notre société.

	Merzak Allouache a évité plusieurs écueils souvent repérables dans notre cinéma de fiction : la tentation documentaire, l’inflation de personnages et l’abus de dialogues. Il réussit là un film marquant qui exprime sa volonté de signaler la difficulté, sinon l’impossibilité, pour les proches des victimes du terrorisme de réaliser leur deuil sans l’expression du repentir des «repentis». Mais son scénario dessert aussi sa démarche par un systématisme qui ignore le point de vue de ceux qui ont soutenu et soutiennent encore la concorde civile, notamment en milieu rural. Le personnage du cafetier, interprété par Hassen Zerari, aurait pu être davantage fouillé dans ce sens, à la mesure de la complexité des autres personnages.

	C’est une œuvre pessimiste avec une fin implacable, reflétant «la rage» avec laquelle Allouache a déclaré avoir tourné, notamment en se voyant refuser le financement public algérien. Cela ne l’a pas empêché d’inscrire l’Algérie au début de la fiche technique officielle du film. Pour l’Algérie, justement, ce genre de films, aussi durs soient-ils, peut contribuer au processus de deuil. De nombreux pays ont su utiliser l’art, et notamment le cinéma, à ce dessein, à commencer par les USA qui ont traité abondamment de la guerre de sécession ou de celle du Vietnam.                                                       </description>
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	Merzak Allouache a évité plusieurs écueils souvent repérables dans notre cinéma : la tentation documentaire, l’inflation de personnages et l’abus de dialogues.
	 
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           <title>Fronton : Palme sans calme</title>
           <author>Ameziane Farhani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 26 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Demain, on oubliera un instant les vedettes du Festival de Cannes et ce sera au jury des longs métrages de se trouver sous les feux de la rampe avec la proclamation du palmarès sans doute le plus convoité au monde, et, notamment, la prestigieuse Palme d’Or, rêve de tout cinéaste, y compris de ceux qui déclarent ne pas s’en soucier, par superstition, pudeur ou posture intellectuelle.
	Comme chaque année, chacun y va de ses pronostics, réduisant la manifestation à cette récompense, sans doute sublime, mais souvent surfaite du point de vue de son impact ultérieur.

	Le 7e art génère forcément (et heureusement d’ailleurs) des points de vue subjectifs auxquels il faut ajouter le poids des conjonctures, la force des tendances et des considérations imprévisibles qui ont parfois provoqué des polémiques et des scandales. La composition du jury n’est pas pour rien dans le choix ultime. Cette année, certains estiment qu’avec Nanni Moretti comme président, le film retenu sur la plus haute marche du festival devrait être lié, d’une manière ou d’une autre, à la crise que connaît le monde. En effet, ce grand acteur, réalisateur et producteur italien est connu pour ses engagements éthiques et politiques et l’on sait le rôle qu’il a joué dans la contestation anti-Berlusconi.

	Parmi les jurés, on compte aussi Hiam Abbas, la belle et talentueuse actrice et réalisatrice palestinienne, et le Haïtien, Raoul Peck, réalisateur, scénariste et producteur. Leur présence dans cette instance illustre le souci, depuis plusieurs éditions, de refléter la montée en puissance des expressions cinématographiques du Sud dont on compte plusieurs films sélectionnés en compétition : «Après la bataille» de l’Egyptien Yousry Abdallah, «Post tenebras lux» du Mexicain Carlos Reygadas, «In another country» et «L’ivresse de l’argent», respectivement des Coréens Hang Sangsoo et Im Sang-Soo (aucun lien de parenté), et enfin le très japonais «Like someone in love» de l’Iranien Abbas Kiarostami.

	Mais c’est aussi dans la maîtrise de l’expression cinématographique, dans la qualité esthétique des films et leurs innovations créatrices que les jurés sont appelés à se prononcer. Aussi, entre contenu et forme, le jury doit trancher, toujours douloureusement, souvent dangereusement, car l’histoire du festival a montré qu’il n’a fait que rarement l’unanimité, ce qui est naturel au regard de la multitude des genres, styles et passions que le monde du cinéma abrite, sans compter les intérêts portés par des lobbies puissants financiers ou politiques. Mais la Palme ne doit pas cacher le palmier et le Festival de Cannes est d’une richesse qui va au-delà de la suprême distinction.
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           <title>le claquant, le clinquant</title>
           <author>Ameziane Farhani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 19 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Baignée de soleil et parcourue par un vent frais, la ville cossue de Cannes, haut lieu de la Côte d’Azur, est traversée de partout par les symboles du festival. 
	De notre 

	envoyé à Cannes

	Aucune vitrine qui ne porte l’affiche de l’événement, fût-elle celle d’une bonneterie ou d’une boucherie. On ne peut tourner son regard quelque part sans trouver dans son champ de vision, placé tous les trente mètres, un de ces oriflammes arborant le célèbre logotype palmé et le numéro de l’édition, la soixante-cinquième. Ou des suspensions au-dessus des rues, s’illuminant à la nuit tombée. Ou des collections de tee-shirts siglés Festival. Ou encore des bus couverts de promotions de l’événement. Ou des façades de bâtisses avec le portrait peint géant de Marilyn Monroe, mythe de la beauté, martyre du cinéma. Cette omniprésence de la star s’explique par l’affiche officielle du festival, placé sous le thème de «l’éternelle jeunesse», celui de l’actrice, figée à jamais par les pellicules et les photographies et celui de la plus prestigieuse rencontre du septième art au monde. Un design épuré, en noir et blanc, où cette déesse des écrans souffle l’unique bougie d’un gâteau d’anniversaire.

	La création d’une excellente agence parisienne de communication, Bronx, retenue sur concours. La volonté d’exprimer, qu’en dépit des crises qui affectent le monde, le cinéma demeure un ressourcement permanent, une sorte d’élixir de jeunesse servi par les images, les sons et les histoires. Une conception que certains rattachent à la personnalité du délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, qui occupe ce poste depuis onze ans maintenant et qui demeure directeur de l’Institut lumière de Lyon. Innovateur, il reste attaché à la grande tradition du cinéma, à ses étapes pionnières et à la richesse historique de cet art. C’est cet esprit de filiation, voire de patrimoine, qui l’a amené d’ailleurs à créer Cannes Classics, une nouvelle section, parmi les nombreuses de l’immense conglomérat culturel et commercial qu’est devenu le Festival de Cannes.

	A propos de Cannes Classics, il déclare dans le hors-série de la revue Ecran Total : «Peut-on imaginer un chef d’orchestre qui ne connaisse pas l’histoire de la musique ? Un écrivain qui ignorerait tout de sa discipline ? Il m’est naturel de continuer à voir les films de l’histoire du cinéma. Et c’est depuis l’Institut Lumière que j’ai pensé à créer Cannes Classics, puisque le patrimoine est aussi frappé – positivement ! – par le numérique.» Tout cela peut expliquer la référence à Marilyn Monroe, icône d’un cinéma triomphateur encore lié aux dizaines de milliers de salles obscures dans le monde, des plus luxueuses aux plus humbles, bien que le déferlement de nouvelles technologies, du magnétoscope au home-cinéma, en passant par les DVD et Internet, ait fait replier cet art sur les domiciles, le privant progressivement de ces rituels sociaux de rencontre en des lieux collectifs.

	Mais Marilyn Monroe, c’est aussi la puissance du glamour, la création de nouvelles idoles, les strass, les paillettes et les paparazzis, le spectacle, non plus seulement des films, mais celui de ceux qui les jouent, réalisateurs, mais surtout acteurs et actrices, quasi-divinisés, et actrices davantage, envisagées à la fois comme des plastiques idéelles et des fées du monde moderne en manque de réconfort et de passions.

	Ainsi, le Festival de Cannes apparaît-il bien comme une belle machine oscillant entre le claquant et le clinquant. Le claquant de films bien faits et/ou à fort contenu et le clinquant des mondanités et autres allégresses de ce que l’on nomme "le people". Entre le déroulement des bobines porteuses d’expressions filmiques, la montée des marches éclaboussées par les flashes des photographes et les cris d’une foule transie d’émotion à la vue de ces stars. Le clinquant l’emporte parfois sur le claquant, nécessité oblige, cette dernière étant aussi celle de la dualité particulière du cinéma, à la fois art et industrie, message et business.

	En ce jour d’ouverture, mercredi 16 mai, les spectateurs de ce second spectacle se pressent déjà sur la Croisette, autour du Grand théâtre Lumière, où a lieu la compétition du Festival, dans l’espoir d’apercevoir  l’un des monstres sacrés du septième art. On attend Nicole Kidman de retour avec deux films. On attend Robert de Niro. On attend un tel et une telle. Cela paraît à la fois fascinant et pathétique, quand on sait que la plupart des gens présents ne pourront pas voir les films, sauf quand ils seront distribués en salle. Pierre, 62 ans, administrateur d’un laboratoire médical en Belgique, vient à Cannes depuis plus de vingt ans. C’est un ancien animateur de ciné-club, grand connaisseur des genres, des œuvres, etc. Il semble tout connaître du septième art. Il me fait un véritable exposé sur Youssef Chahine avant d’enclencher sur Kazan, Fritz Lang et Bunuel.

	Quand je lui demande, en plaisantant, pourquoi il fraie avec la foule énamourée de la montée des marches, sa réponse est désarmante : «Mais, Monsieur, je viens pour ça à Cannes. Les films, je les vois à Anvers. Mais quand vous achetez une fleur, vous avez besoin de la sentir, non ? Voilà, je viens pour humer le monde du cinéma, sa magie peut-être légère mais sans laquelle, il n’y aurait pas de cinéma. Cannes, c’est le cinéma du cinéma, voilà.»

	Pourtant, ce n’est pas le cinéma qui manque à Cannes, mais on peut comprendre que ceux qui n’y ont pas accès se contentent de le sentir. Le cinéma, ce sont ces films sélectionnés dans tant de sections, que rares sont ceux ici qui peuvent toutes les citer sans en omettre plusieurs. Il y a la Compétition longs métrages avec 22 films, dont Après la bataille, de l’Egyptien Yousri Abdellah ; la Compétition courts métrages avec 10 films ; les trois films hors compétition ; les trois autres en séances de minuit, car Cannes ne dort pas ; les onze des séances spéciales. A ceux-ci, il faut ajouter les 19 films de la Quinzaine des réalisateurs, où l’on compte Le Repenti de Merzak Allouache, ainsi que 10 courts et 3 en séances spéciales. Puis, vient encore la Semaine de la critique avec ses 7 longs, ses 5 en séances spéciales et ses 10 courts.

	Encore, la section Un certain regard et Cannes Cinéphiles, etc. On a déjà le tournis, et ce n’est pas fini puisqu’il faut compter avec les hommages et le marché du film qui brasse des milliers de films, ou encore le Village international dont les pavillons nationaux présentent chacun ses films ou ses projets en promotion.  C’est dans ce lieu que l’Algérie se fait remarquer, son pavillon occupant une place privilégiée à proximité des lieux les plus passants du Festival, soit à proximité des accès au grand temple aux marches rouges et la place du marché du film.

	La revue de ce dernier, Cannes Market News, consacre d’ailleurs un article qui salue l’arrivée de l’Algérie dans ce lieu très convoité, à telle enseigne que la Tunisie, qui a failli perdre son emplacement, suite au refus de l’actuel ministre de la Culture, est quand même présente grâce à la mobilisation des producteurs de ce pays qui ont payé les frais de réservation à la place de leur gouvernement ! C’est dire l’importance d’être dans cet espace où qui part perd sa place. En ce premier jour venteux, le drapeau algérien flottant sur la Croisette n’est pas passé inaperçu. De nombreux Algériens cannois, s’arrêtent avec émotion et viennent parler et questionner. Il se trouve que nombre d’entre eux travaillent pour le Festival de Cannes ou dans des sociétés de production et de distribution françaises ou internationales.

	«Pourquoi avoir attendu tant de temps», demandent la plupart d’entre eux à la dynamique Nabila Rezaïg, chef du département cinéma de l’AARC (Agence algérienne pour le rayonnement culturel) et son collaborateur, Nesroun Bouhil qui, avec toute l’équipe d’Alger, préparent depuis janvier cette présence. L’espace qui mêle décors architecturaux anciens et design contemporain, sont agréables et rationnels. Un écran plasma diffuse des extraits de films en promotion Zabana de Saïd Ould Khelifa,  L’Andalou de Mohamed Chouikh,  Yema de Djamila Sahraoui. L’endroit est très animé. On distribue des étuis contenant des fiches sur le cinéma algérien : café, thé et gâteaux algériens ramenés d’Alger par les animateurs contribuent à cette convivialité active renforcée par la qualité de l’emplacement.

	A l’intérieur et sur la petite terrasse attenante, les professionnels algériens reçoivent leurs pairs étrangers.  Des contacts sont engagés. Les cinéastes algériens sont invités dans les autres pavillons et sur les lieux du festival. Les représentants des festivals de Toronto, de Doha et d’Abou Dhabi sont venus formuler des propositions. Cette dynamique encourage les animateurs de l’AARC et les cinéastes algériens invités. Déjà, le travail se déploie vers l’extérieur. On comprend qu’il faut à la fois accueillir et se rendre chez les autres. Les participants parlent de se répartir pour être fortement présents à la projection du film de Fatma-Zohra Zamoum, Combien tu t’aimes, qui sera projeté le 22, et, bien sûr, à celle du film de Merzak Allouache sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs qui passera le 19 au Théâtre Croisette. Yahia Mouzahem et Mounés Khammar ont décroché des entretiens avec des producteurs. Sofia Djama passera son film au Short Corner.

	Le jeudi 17, première journée thématique, est d’ailleurs consacré à la promotion de la nouvelle génération de cinéastes où l’on comptera, en plus des précités, Mounia Meddour, jeune réalisatrice, fille du regretté Azzedine. Le vendredi, promotion du film Zabana avec le réalisateur, le producteur Yacine Laloui et les comédiens Imad Bencheni et Abdelkader Djeriou. En après-midi, une présentation des institutions du cinéma en Algérie par Mourad Chouihi du ministère de la Culture. Aujourd’hui, est prévue la promotion du film L’Andalou, avec son réalisateur et sa productrice, Yamina Chouikh. En après-midi, Hachemi Zertal (Cirta Films) et Malek Ali Yahia (MD Ciné) viendront parler de la distribution en Algérie. Demain, ce sera le tour de la promotion du film Yema et, en après-midi, une présentation de l’Algérie en tant que lieu diversifié de tournage, thème qui nous a été proposé.

	La suite se concentrera sur la poursuite des contacts entrepris et l’engagement de nouveaux, soit un travail intense de relations publiques. Pour Mustapha Orif, directeur général de l’AARC, cette journée est encourageante. «Cependant, précise-t-il, il faut tenir sur toute la durée du Festival et faire du Pavillon algérie une vitrine efficace de notre cinéma et de son potentiel. Le cinéma algérien a besoin d’être dans ces lieux, de mieux connaître le marché international et les méthodes nouvelles de coproduction et de partenariat, de bénéficier d’une visibilité plus grande et plus claire. Aussi, de nouer des relations avec des professionnels du monde entier.

	A la fin du Festival de Cannes, le Pavillon Algérie doit faire état d’un nombre donné de contacts, de propositions, de perspectives. Il devra avoir montré la disponibilité de l’Algérie à soutenir ses cinéastes dans leurs projets. C’est une dynamique qu’il faut enclencher et non pas une présence honorifique simplement.» Un objectif qui concerne non seulement Cannes mais aussi d’autres manifestations. Mais il est sûr qu’ici, on est au cœur de la planète cinéma.  
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           <title>Fronton : l’adresse du rire</title>
           <author>Ameziane Farhani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 19 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Dans la mythologie grecque, Maïa était l’aînée des Pléiades et la mère d’Hermès qu’elle eut avec Zeus. On la retrouve dans de nombreuses civilisations. Quoi d’étonnant, puisque son nom aurait signifié «mère», avec la racine «m», commune à presque toutes les langues du monde pour désigner la mère : depuis yemma jusqu’à mother. Mais pourquoi vous raconter tout cela ? Oui, c’est à propos des Romains qui ont donné au troisième mois de leur calendrier le nom de Maïa qui est devenu mai et que les chrétiens ont repris en affirmant que c’était le mois de Marie, soit Meriem.

	Ainsi est né ce mois, où, en principe, on peut faire ce qu’il nous plaît. Mais, car il y a un mais, au mois de mai – ce que ne désapprouvera pas notre écologiste préféré, Hamid Belkessam –, cette autorisation ne concernait que la façon de se vêtir. Mais, second mais, même celle-ci est désormais compromise par le dérèglement climatique.
	Cependant, il faut avouer qu’il reste l’un des mois les plus agréables de l’année, sauf, exceptions notoires, pour les candidats au bac et nos semblables de l’hémisphère Sud. On y trouve le 1er mai, fête internationale des travailleurs, le 19 mai, fête nationale des étudiants et parfois, entre les deux, la fête des abstentionnistes, qui, cette fois-ci, est tombée le 10 mai, leur permettant de profiter de la belle nature, quand leurs frères et sœurs se faisaient enduire l’index dans des salles de classe.

	Il y a un autre jour de fête pourtant : la Journée mondiale du rire. Elle tombe le premier dimanche du mois de mai et a été décidée par un mystérieux club international du rire qui compterait 3500 sections dans le monde. Cette secte bénéfique a institué cette journée en 1998. Y a-t-il un rapport avec le fait que cette année a coïncidé avec le 50e anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme ? Le rire serait-il un droit ? On savait qu’il est «le propre de l’homme», selon la formule de Rabelais. Mais, d’une part, il a été prouvé que certains animaux riaient, comme les mouettes rieuses, qui tournoient au dessus d’Alger, et, d’autre part, on peut souvent constater, qu’hélas, le rire serait plutôt le sale des sociétés. Crise, conflits, chômage, pouvoir d’achat, etc. On rit de moins en moins dans le monde et il est symptomatique qu’il y ait moins de films, de livres et d’œuvres comiques.

	Chez nous, lors des années de plomb, suivies des années de crise, elles-mêmes suivies des années noires, les blagues, éléments de résistance morale, fusaient de partout. On aurait dit qu’une usine clandestine les fabriquait à la chaîne. Cela voudrait-il dire, comme le croit un bon ami, que nous aurions tendance à rire davantage dans les moments durs ? Serait-ce donc un bon signe ou un indice de masochisme ? Bon, quelqu’un aurait-il l’adresse et le mot de passe de la section algérienne de ce Club international du rire ?</description>
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           <title>Les autres nouvelles</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 19 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 19 May 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description> 
	-Batna-Alger : l’œil des enfants

	L’exposition de 136 photographies sur le patrimoine des Aurès, prises par des enfants de cette région, a étonné plus d’un visiteur au Bastion 23 d’Alger. Intitulée «Ton œil sur ton patrimoine», cette formidable initiative de l’association locale Les amis du Medghassen, a été soutenue par la direction de la culture de la wilaya et le ministère de la Culture. L’exposition résulte d’un concours régional qui a consisté à remettre 1800 appareils photographiques jetables à autant d’élèves, de 12 à 14 ans, dans les 61 communes de la wilaya. Puis les meilleures photographies ont été sélectionnées et agrandies. En avril, l’exposition a été montrée à Batna avant de gagner Alger dans le cadre du Mois du patrimoine.

	-La bataille d'Alger : mais à Londres

	Le film La Bataille d’Alger sera projeté le 6 juillet prochain à Londres, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, et ce, à l’initiative du Parti travailliste britannique, lit-on sur le site électronique du parti. Le célèbre film, réalisé par l’Italien Gillo Pontecorvo en 1966, sera projeté dans le cadre du Marxism Festival 2012, organisé comme chaque année, à l’initiative du Parti travailliste britannique (extrême gauche), du 5 au 9 juillet prochain à Londres. Des débats sur «L’art, la littérature et la révolution» seront animés par des hommes de culture, tels Steve Edwards et Zita Holbourne. Figurent au programme de cette manifestation, des pièces théâtrales sarcastiques sur le matérialisme dans le monde actuel et des récitals poétiques présentés par des poètes connus, comme Michael Rosen, Gail Day et la militante palestinienne, Rafeef Ziada. Une rencontre est également prévue avec le journaliste culturel et critique américain d’origine iranienne, Hamid Dabashi, qui présentera le film Le temps qui reste (2009) du réalisateur palestinien, Ilia Souleimane. La lutte contre le racisme en Europe est le principal objectif de ce festival pluridisciplinaire militant.

	-Eva Longoria : Politic wife

	Eva Longoria et les autres actrices de la fameuse série Desperate Housewives sont plus «desperate» que jamais. Elles ont quitté en larmes le tournage du dernier épisode. Mais Eva Longoria compte renforcer son engagement dans la campagne de Barack Obama. Elle a déclaré notamment : «Lorsque j'écoute le débat politique actuel, j'ai l'impression que nous sommes revenus dans les années 1950. Le droit des minorités, mais aussi celui des femmes sont totalement remis en cause en ce moment...  Je viens moi-même d'une minorité et je suis donc très sensible à ce genre de thèmes. Or, le seul à avoir défendu ces droits et à avoir accompli un grand nombre de progrès dans le bon sens depuis quatre ans, c'est le président Obama.» Finalement, on la découvre la plus célèbre latino-Américaine au monde.

	-Jazz : piano, Panossian

	A la faveur de la treizième édition du Festival culturel européen, le printemps très jazzy d’Alger se prolongera notamment avec le concert du Trio Rémi Panossian, jeudi 24 mai à la salle Ibn Zeydoun de l’Office Riadh El Feth. Cette formation interprétera plusieurs morceaux de l’album Add Fiction sorti en 2011 et composé par son leader qui a découvert le jazz à l’âge de 10 ans en assistant à un concert du prodigieux Michel Petrucciani donné en 1993 à Montpellier. Egalement pianiste, Panossian a joué dans plusieurs formations avant de créer son trio avec deux anciens complices, le contrebassiste, Maxime Delporte, et le batteur, Frédéric Petitprez. En peu de temps, ils se sont distingués en France et à l’étranger : Jarasum festival (Corée du Sud), JZ Club (Shanghai), Taichung Jazz Festival (Taiwan), Nanjing jazz (Chine), Onda jazz (Lisbonne), etc. Si vous aimez le jazz...  
	
	-Médéa : Titteri sur pupitre

	La maison de la culture, Hassen El Hassani, de Médéa a organisé sa première Galerie nationale des arts plastiques, du 14 au 17 mai, regroupant une trentaine d’artistes issus d’une quinzaine de wilayas et pratiquant différents styles. Cette nouvelle manifestation annuelle vise à renforcer la promotion de cette discipline dans la capitale du Titteri et à encourager la formation d’un public. Une rencontre sur «L’originalité et le modernisme», réservée aux artistes mais ouverte au public, accompagnait l’initiative.
	
	-Festival Mawazine de Rabat : Khaled à l’affiche

	Lundi 21 mai, le chanteur algérien, Khaled, donnera un concert sur la scène OLM-Souissi réservée aux stars de la chanson mondiale au Festival Mawazine de Rabat (18 au 26 mai). Khaled est programmé avec l’Américaine, Mariah Carey, le duo américain, LMFAO, le Jamaïquain, Jimmy Cliff, le groupe allemand, Scorpions, l’Américain, Pitbull, et son compatriote, Lenny Kravitz. Selon l’APS, il s’agit du 2e concert de Khaled au festival, après celui de 2009 devant 50 000 personnes. Les autres scènes recevront plusieurs vedettes : Naïma Samih et Hassan Megri (Maroc), Nancy Ajram et Wael Kfoury (Liban), Hany Shaker (Egypte), Manu Dibango (Cameroun), Magic System (Côte d’Ivoire), etc., tandis que le théâtre Mohammed V recevra Gloria Gaynor. Le festival sera suivi, durant 9 jours, par plus de 2 millions de spectateurs et 20 millions de téléspectateurs.
	
	-Libraire des beaux-arts : sauver un lieu d’esprit

	Les messages de soutien affluent de partout pour soutenir ce lieu emblématique de la culture et de la ville menacé de disparition. Plusieurs écrivains, artistes, universitaires figurent sur les listes de citoyens mobilisés autour de l’appel lancé à cet effet. Le gérant a reçu un message de la ministre de la Culture, disposée à soutenir et aider la recherche d’une solution qui préserve l’activité en respectant les droits des propriétaires. C’est l’objectif que se sont fixés le gérant et les amis de la Librairie. Voir le blog :
	http://librairie-des-beaux-arts-alger.over-blog.com/
	
	-Musiques et danses Diwane : Béchar en art

	La sixième édition du Festival national des musiques et danses Diwane, du18 au 24 mai à Béchar, a réuni les meilleures troupes de ce genre musical et chorégraphique. Cette manifestation est devenue au fil des ans l’un des plus importants rendez-vous artistiques nationaux par le nombre croissant d’artistes et musiciens nationaux qui y prennent part. Cette année, le thème retenu est «Diwane, art et tradition culturelle», En plus des représentations musicales au stade Ennasr, données par une douzaine de troupes de différentes régions du pays, des films documentaires portant sur ce patrimoine immatériel seront projetés, en présence des réalisateurs, notamment, Tagnawittude, Rites Diwane à Béchar et Hasna El-Bacharia. A partir de Béchar, notre confrère Faycal Metaoui vous fera vivre sa passion et sa connaissance du genre.

	-Conférence : qui était Jean El Mouhoub Amrouche ?

	Lundi 21 mai à 18 h, le Centre d'études diocésain (5 chemin Slimane Hocine, Alger) propose une conférence sur Jean El-Mouhoub Amrouche (1906-1962). Au long de son chemin de vie, depuis Tunis en 1938, il a milité pour la préservation du patrimoine berbère, ignoré ou occulté, et pour la reconnaissance et la dignité du peuple algérien, grâce à ses poèmes, émissions radiophoniques, conférences et articles de presse. La conférencière, Régine Le Baut, docteur es Lettres, s’appliquera à cerner la personnalité de cet homme et à décrire son parcours. Réjane Le Baut a vécu et enseigné en Algérie de 1962 à 1968 et soutenu en 1988 sa thèse de doctorat en Sorbonne Paris IV sous le titre «Jean Amrouche, Itinéraire et problématique d’un colonisé». Elle a publié plusieurs ouvrages sur Jean El-Mouhoub Amrouche dont elle est devenue une spécialiste reconnue. Elle édite aujourd’hui un ensemble d’émissions radiophoniques et de conférences inédites données par l’écrivain sous le titre Lumière sur l'âme berbère d’un homme de la parole : Jean El Mouhoub Amrouche et sorti hier aux Editions du Tell (Blida).
	
	-FELIV 2012 : en pole position

	On croit savoir (belle expression journalistique !) que pour sa 5e édition, le Festival international de la littérature et du livre de jeunesse (Feliv), qui se tiendra du 14 au 22 juin à Riad El Feth, présentera un programme particulièrement alléchant. Des écrivains de renom, des rencontres originales et pertinentes, des changements et surprises pour le volet jeunesse, une animation artistique de qualité, etc. Restez à l’écoute en attendant la publication du programme qui ne saurait tarder.  
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           <title>«L'idée de l'indépendance est très belle»</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 19 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Autour du cinquantenaire, une expérience de création bientôt visible au CCA de Paris. 
	-Quelle est la genèse de cette exposition qui a pour objet l'indépendance de l'Algérie ?

	C. Pastor  Ce projet fait suite aux expositions organisées dans le XXe arrondissement de Paris autour du cinquantenaire de la Commune de Paris, au printemps 2011. Et comme, en 2012, l'Algérie s'apprête à célébrer le cinquantenaire de son indépendance, j'ai eu l'idée de consacrer une exposition collective à cet événement historique. J'ai conçu le projet avec l'aide de Mireille Weinland. Puis, nous l'avons proposé à d'autres artistes, algériens et français, d'horizons divers, dans le but d'expérimenter sur une même toile l'enrichissement de deux cultures. C'est à la mi-octobre 2011 que ce projet est devenu collectif. A la fin novembre, un appel à écriture a été lancé afin que les artistes s'inspirent des textes pour créer des œuvres spécifiques. Cette exposition repose sur l'interaction de l'écriture et de l'Histoire. Elle s'inscrit dans le cadre d'une dynamique collective et favorise la création en duo et à partir de textes d'auteurs reconnus et de témoignages.

	-Quelles sont les raisons qui ont présidé au choix de cette thématique ?

	Z. Boudjema : parler artistiquement de l'Algérie m'a sensibilisé naturellement. L'idée de l'indépendance est très belle et noble, car elle a permis au peuple algérien de se libérer du joug colonial. Cependant, c'est une période que nous ne connaissons pas très bien et qui suscite bien des interrogations. Ma participation à cette exposition poursuit deux objectifs. D'une part, célébrer l'indépendance de mon pays. Et d'autre part, la questionner car l'Algérie post-indépendante se cherche encore.
	C. P.  Toute la construction de ce projet part de l'Algérie. Je suis habitée par cette histoire. Et l'occasion m'était donnée d’organiser une exposition sur l'indépendance de ce pays. Je souhaitais me positionner artistiquement. L'indépendance est, de mon point de vue, un état naturel. Cette exposition est une prise de position contre le colonialisme.

	-Quel sens symbolique donnez-vous au terme «interactivité» ?

	Z. B.  La notion d'interactivité évoque l'échange, le partage et la complémentarité, qui sont l'essence même de notre projet. Ce terme présente un double intérêt. Si on accepte de partager un espace avec l'autre, c'est déjà une performance, car il y a une culture de tolérance qui doit s'imposer. Accepter l'autre, c'est être en harmonie avec cette personne. Le second aspect a un lien avec mon histoire personnelle. Lorsque Christine m'a parlé de ses parents qui ont vécu en Algérie, cela m'a rappelé les histoires de partage avec nos voisins pieds-noirs que mes parents m'ont racontées. Ils s'échangeaient des plats, des gâteaux... Ils partageaient une histoire humaine. Ce travail en interactivité est quelque part un défi. C'est une forme de performance, car en réalisant le projet, on essaye de se connaître. Mais travailler collectivement est très complexe car il faut ménager les égos et les sensibilités.

	-L'un des axes de l'exposition concerne la création en duo à partir de textes. En quoi consiste cette démarche ? Comment s'est elle déroulée ?

	C. P.  Le premier duo a été réalisé avec Zouhir. Au début, chacun peignait sur sa toile pour ensuite la céder à l'autre. Cette démarche s'est avérée particulièrement difficile à réaliser. C'est pourquoi nous avons modifié notre approche pour peindre chacun à notre tour sur la même toile. Il y avait des moments de silence, car nous avions besoin de concentration. Le travail en duo aiguise notre regard et oblige à l'écoute de l'autre. C'est une expérience qui a modifié en profondeur mon acte de créer. L'échange était très intéressant.
	Z. B  On travaillait et on se posait des questions. C'était très complexe, car il n'y a pas plus intimiste qu'un peintre face à sa toile. Travailler à deux sur la même toile, c'est un peu comme si on intègrait dans son intimité une autre émotion pour partager le geste, la couleur... C'est comme si on peignait avec quatre mains au lieu de deux. C'est une gymnastique un peu kafkaïenne. D'ailleurs, au début, je me posais des questions sur la faisabilité et l'utilité de ce travail en duo. Quand on peignait ensemble, Christine parlait en même temps. C'était un peu perturbant, mais cette attitude m'a permis de mieux la connaître. Avec Mireille, c’était complètement différent. Elle peint en silence et, des fois, je me demandais si elle était présente.

	-Comment ce travail en duo fait-il écho au thème de l'indépendance de l'Algérie ?

	C. P.  Le groupe d'artistes impliqué dans ce projet à vocation artistique est motivé par l'histoire. En tant qu'enfant de pieds-noirs, née en Algérie, je suis très en colère contre la colonisation et les membres de ma famille et leur manque de philosophie éthique à l'égard de l'autre. Ce qui est grotesque, c'est que les autorités coloniales ont fait venir des Espagnols, des Italiens… en leur disant que l'Algérie était leur pays. En travaillant avec des Algériens, j'ai pris conscience qu'ils sont en colère contre leurs dirigeants, car l'indépendance n'a pas toujours donné les résultats escomptés.
	Z. B.  Ma colère est double. Je suis né à l'indépendance. Je me pose des questions sur cette France dont je porte un héritage culturel, car, très tôt, je me suis exprimé en langue française et me suis imprégné de cette culture. Cependant, je me demande pourquoi la France refuse de reconnaître ses crimes de guerre en Algérie coloniale. Je suis également en colère contre l'Algérie, car au moment de l'indépendance, il y a eu un tas d'événements dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants. La France et l'Algérie ont en quelque sorte abandonné le peuple algérien.

	-Comment cette démarche de duo s'inscrit-elle dans l'esprit de partage et d'acceptation de l'autre que vous prônez ?

	Z. B.  L'acte de peindre est synonyme de paix, de partage et d'humanité. Chaque artiste porte en lui cette humanité. Quand on est avec l'autre, quel que soit son origine ou ses appartenances, l'essentiel est le partage des émotions. L'art facilite la communication et le dialogue. C'est le moyen par lequel on peut appréhender l'Histoire de manière pacifique. L'art encourage l'esprit d'ouverture et l'acceptation de l'autre. La forme artistique est subjective. Elle ne pose pas les questions de manière directe. La peinture s'appréhende principalement par les couleurs et les émotions.
	C. P.  Lorsqu'on a commencé à peindre en duo, nous n'avions pas d'idée préconçue du résultat. Ce qui était important, c'était de vivre l'expérience émotionnellement. La création en duo est différente selon les personnes. Avec Zouhir, comme j'étais l'ancienne «colonisatrice», j'ai accueilli ce qu'il demandait sans mettre de limites. En peignant avec d'autres personnes, des Français notamment, j'ai pris conscience que j'avais également mes propres limites. Lorsque j'ai travaillé sur le collage avec Abdelkader, j'étais en grande difficulté, car il fallait que je peigne à partir de personnages et de textes qu'il collait sur la toile. Au début, il a été difficile d'allier collage et peinture abstraite.

	-Quels sont les objectifs que vous poursuivez à travers cette manifestation ?

	C. P.  Notre objectif principal est de nous retrouver collectivement au cœur d'un espace commun pour rendre hommage à la fin d'une guerre. Le cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie est, de mon point de vue, le moment opportun pour organiser un événement artistique qui célèbre l'Algérie et la fin du colonialisme. Nous aspirons à être entendus par la France et par l'Algérie. Notre souhait est que cette exposition continue à être vue en France et qu'elle soit accueillie en Algérie. Parallèlement à l'exposition, deux vidéastes ont réalisé une vidéo qui sera en quelque sorte la mémoire de notre action en faveur de l'indépendance de l'Algérie. Notre démarche est innovatrice.            </description>
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           <title>Le dictionnaire amoureux de l'Algérie : Dico et quiproquos</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 19 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	L’immensité du pays justifiait-elle les raccourcis de Malek Chebel ? 
	La collection des Dictionnaires amoureux des éditions Plon, fête son soixantième thème en consacrant un volume à l’Algérie. La rédaction de cet ouvrage a été confiée à l’anthropologue, Malek Chebel, qui a déjà à son actif  un volume dédié à l’Islam et un autre aux Mille et Une Nuits. Cette nouvelle publication coïncide avec la commémoration du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. L’avantage d’un dictionnaire, c’est d’offrir la possibilité au lecteur de commencer par n’importe quel article et de pouvoir le consulter tout le temps sans craindre, comme dans un roman, de perdre le fil de l’intrigue. Le choix des entrées dans ce genre de cas reste un travail difficile et peut parfois sembler arbitraire ou subjectif. D’ailleurs, l’auteur explique dès l’entame, sa démarche et les motivations qui sont derrière ce travail colossal en écrivant : «J’aime les dictionnaires amoureux, j’ai voulu écrire un livre qui me ressemble, qui soit libre, iconoclaste, anticonformiste, car tels sont l’amour, la passion, le désir, essentiels à la vie mais toujours prêts à évoluer, voire à disparaître.»

	La passion et l’amour apparaissent dès le départ dans l’article qu’il consacre à l’Algérie. Le pays natal de l’auteur tient à des paysages où la mer est un lieu fondateur lié à des souvenirs d’enfance. Les jeux dans la nature luxuriante de la côte de Skikda montrent que l’auteur a un attachement viscéral envers le pays. On découvre avec lui une Algérie de l’insouciance, l’Algérie des lieux magiques où l’on pouvait aller se dorer au soleil dans des criques sauvages sur des bouts de plages féeriques. Cette nostalgie de l’auteur finit par convaincre que l’on a affaire à un pays hors du commun. Après la terre des ancêtres, l’auteur nous fait connaître les hommes qui ont fait la grandeur de ce pays. Il serait fastidieux de les citer tous ici, mais on peut évoquer certaines figures emblématiques, comme le président Ferhat Abbas, un homme politique de grande envergure oublié par l’histoire officielle.

	Malek Chebel recommande, pour mieux connaître le défunt, Ferhat Abbas, de lire la biographie que lui consacrent Zakia Douad et Benjamin Stora. Les passionnés d’histoire savent que c’est un ouvrage de référence par son côté exhaustif, même s’il n’a pas eu le succès escompté en librairie. Malek Chebel n’oublie pas de rappeler que la meilleure façon de connaître le regretté Ferhat Abbas c’est de s’intéresser à sa bibliographie. En le lisant, l’on se rend compte de sa rigueur intellectuelle et de la hauteur de ses vues. D’autres grands hommes sont cités, comme l’Émir Abdelkader et Krim Belkacem, pour souligner leur grandeur et leur apport à l’Algérie. Pour rester dans la lignée des grands hommes, comment ne pas évoquer Kateb Yacine, l’auteur de Nedjma et créateur d’un théâtre iconoclaste en rupture avec un récit national grandiloquent et indigent. L’auteur rend aussi hommage aux bandits d’honneur qui ont surgi de nos campagnes et de nos montagnes pour effacer les injustices d’une colonisation inique et mettre aux pieds du mur les forts et les potentats.

	Dans la continuité de ses coups de cœur, il ne pouvait passer sous silence la gastronomie algérienne à laquelle il consacre un article où sont repris certains plats savoureux qui donnent à notre cuisine son identité particulière. A cet effet, il cite l’incontournable couscous qui se prépare de différentes manières selon les régions et suscite toujours les éloges et l’engouement par les satisfactions qu’il procure aux papilles. D’autres plaisirs du genre sont évoqués, comme la tchekchouka et la savoureuse deglet ennour.
	Mais, au fur et à mesure de la balade à travers les entrées de ce dictionnaire, l’on est un peu heurté par certains raccourcis qui peuvent relever d’une forme de légèreté de la part de l’auteur. Le meilleur exemple se trouve dans l’article concernant la ville d’Alger.

	Selon l’auteur, le meilleur écrivain à en avoir parlé est l’auteur français né dans cette ville, à savoir Louis Gardel. Pour évoquer Alger la Blanche, on évoquerait plutôt le poète Himoud Brahimi, dit Momo, le film-culte Tahia ya Didou d’Ahmed Zinet, les chansons de Guerrouabi, comme Allo Allo… Mais pas à Louis Gardel qui applique le regard de l’école d’Alger et le fameux diptyque «mer et soleil».
	Plus loin, à l’entrée qu’il intitule «Analphabètes trilingues et langue de bois», il écrit : «Les autorités centrales ont décidé d’effacer la langue française des programmes scolaires-dans le primaire, puis au lycée, sans lui substituer une langue de même niveau.» Une affirmation catastrophiste qui n’est fondée sur aucune réalité tangible. L’auteur peut se rassurer car la langue française est encore enseignée de l’école primaire aux études post-graduées. Ce qui est discutable en revanche, c’est la baisse du niveau, partout, même en France où la maîtrise de cette langue est décriée par les politiciens et les pédagogues.D’autres affirmations semblent aussi fantaisistes, quand l’auteur écrit que le théâtre algérien est un théâtre de propagande.

	Les pères fondateurs de cet art doivent se retourner dans leur tombe, eux qui ont navigué entre la censure et le manque de moyens pour en faire un art d’éveil et de prise de conscience. On peut citer à cet égard le travail de Kateb Yacine, Azzedine Medjoubi et le regretté Mohia, précurseur du théâtre d’expression amazighe. Cela n’enlève en rien au travail titanesque réalisé par Malek Chebel. Il peut constituer un prélude à un dictionnaire encyclopédique sur l’Algérie ouvert aux spécialistes des différents domaines défrichés et qui peuvent apporter les éclairages nécessaires à une meilleure compréhension de ce pays riche par sa complexité. Chebel a voulu un livre qui lui ressemble, mais ressemble-t-il à son sujet ?
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           <title>Abecedarius : l’ici et l’ailleurs</title>
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           <pubDate>Sat, 19 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«Where do you come from ?», lui demandai-je à l’aéroport de Fiumicino, à Rome. Elle me répondit dans un français sans accent : «Je rentre de la douce Djerba». Son bronzage était quelque peu foncé, mais rimait merveilleusement avec sa silhouette élancée. Au moment où l’avion atterrissait à Athènes, elle esquissa une moue, comme si cela lui déplaisait de remettre les pieds chez elle. Nous avions parlé littérature durant le vol entre ces deux grandes capitales antiques. Physicienne de formation, elle connaissait cependant sur le bout des doigts les classiques de la littérature grecque. Je ne pouvais apprécier les poèmes de Sappho qu’elle déclamait incomparablement. Je n’eus de cesse alors de me l’imaginer drapée dans une tunique, à l’image de ces femmes figurant sur des vases de porcelaine et de porphyre de la Grèce antique. J’avais entre les mains une anthologie de poèmes grecs superbement rendus en anglais. J’étais loin de penser que ce qui la chagrinait ressemblait étrangement à mon propre chagrin existentiel, entendez, l’attente de je ne sais quoi d’imprévu et de violent bien sûr.

	Elle semblait déjà regretter Djerba, comme si, à travers sa personne,  la rive nord de la Méditerranée, voulait, à sa manière,  s’amarrer à nouveau à sa consœur du sud dont elle fut séparée aux premiers temps géologiques. «Je vais, dit-elle tristement, attendre chez moi ces barbares qui n’arrivent pas !». Je compris qu’elle faisait allusion au poème de Constantin Cavafy (1863-1933),  qui passa sa vie à Alexandrie. Ce poème figurait dans mon anthologie, et je me mis à la suivre en essayant de deviner les strophes qu’elle débitait par cœur en langue grecque.

	«Vous savez, Monsieur, les barbares sont ici et ailleurs. Nous les attendons toujours. Et même s’ils ne sont pas au rendez-vous, comme dans le poème de Cavafy, eh bien, nous les attendons malgré nous.» Philosophie pour philosophie, je lui ai répliqué : «Vous savez, vous n’êtes pas les seuls à attendre les barbares. Nous aussi, nous attendons les nôtres. Il y en a parmi nous qui attendent Al-Mahdi. En fait, ils sont légion dans le cercle de civilisation à laquelle j’appartiens.»
	L’Europe avait attendu ces barbares avec Dino Buzzati (1906-1972), dans son fameux roman, Le désert des Tartares, mais ils avaient failli au rendez-vous. Avec Julien Gracq (1910-2007), dans Le rivage de Syrte, l’attente fut toute aussi vaine. Quant à nous, sur la rive sud, les barbares, sous une forme ou sous une autre, n’ont cessé de bivouaquer dans nos villes et nos âmes et dans notre manière de considérer l’existence.

	Sa formation reprit le dessus car elle recourut à la physique quantique : «C’est comme dans la théorie des cordes qui tend à expliquer l’univers, à mettre le tout dans deux ou trois équations mathématiques. Ces mêmes cordes qui n’ont, en fait, qu’une existence théorique, sont ici et ailleurs. C’est comme si vous existiez ici et ailleurs dans un dédoublement miraculeux .» «Et si les peuples des deux rives parvenaient à interchanger de lieux et d’espaces ?», lui demandai-je en riant. Elle trouva l’idée merveilleuse et amusante à la fois, allant à me dire qu’elle était possible à réaliser, mais en physique quantique seulement, celle qui, aujourd’hui, s’acharne à faire voyager l’être humain dans les deux sens de l’existence, le passé et  l’avenir.Ne pouvant la suivre dans son raisonnement de physicienne, je lui dis alors : "On ne peut pas effacer l’histoire d’un revers de manche. Les barbares fictifs du nord et les dictateurs réels du sud, finiront par se soumettre un jour.

	L’essentiel est que  les gens de bonne volonté, sur les deux rives de la Méditerranée, fassent le maximum pour s’entendre et exhorter les gouvernants à s’asseoir autour d’une table de temps à autre." Elle esquissa un sourire en me quittant. Moi, je devais poursuivre ma route en direction de Bagdad avec l’appréhension de rencontrer quelque monstre des temps modernes.

	 toyour2@yahoo.fr</description>
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           <title>Le sens particulier d'un anniversaire : Shakespeare l’Africain</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 19 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Le grand dramaturge universel est devenu, post mortem, un griot de notre continent. 
	Cette année, pour l’anniversaire de William Shakespeare, la Royal Shakespeare Company de Stratford-upon-Avon a décidé de célébrer le Shakespeare Mondial. Pour cette manifestation, inaugurée le 22 avril dernier*, la compagnie a invité plusieurs compagnies théâtrales du monde qui ont traduit ou adapté les pièces de Shakespeare. L’Afrique, qui nous intéresse plus particulièrement, est fortement présente avec des tragédies adaptées dans plusieurs pays du continent : le Zimbabwe, le Sénégal, le Mali, la Somalie et la Tunisie, laquelle a proposée une remarquable adaptation de Macbeth qui met en scène le couple déchu Ben Ali. Cette adaptation est intitulée Leïla et Ben : une histoire sanglante. Cette production tunisienne montre combien le répertoire de William Shakespeare demeure plus que jamais d’actualité en Afrique.

	Bien que William Shakespeare soit le parfait symbole de la langue et de la culture anglaises, il a acquis, au fil des siècles, une telle universalité et une telle reconnaissance mondiale que nombreux sont les pays qui le revendiquent comme faisant partie de leur culture. Il est vrai que la manière dont le grand dramaturge s’adresse à l’esprit et à la sensibilité, sa manière de décrypter la psychologie des individus, et notamment des gens de pouvoir, justifie l’intérêt littéraire et thématique présent à travers toute l’Afrique, pendant la période coloniale et postcoloniale. Malgré une idéologie coloniale qui s’est longtemps évertuée à catégoriser l’Afrique comme un désert culturel, il y a toujours eu sur ce continent un intérêt pour Shakespeare.

	Les missionnaires anglais ont introduit Shakespeare auprès des premiers étudiants africains qui ont vite compris qu’il fallait sauver la culture et les langues africaines. Ainsi furent traduites et adaptées les tragédies de Shakespeare comme Hamlet, Jules César, Othello, Le marchand de Venise, en kiswahili, en arabe de Juba, en kikuyu ou en somali, pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Nord ; en krio, wolof, bambara, yoruba, en français et en pidgin anglais pour l’Afrique de l’Ouest ; en zulu, en tswana, en xhosa et en ndebele pour l’Afrique du Sud. Les traducteurs expliquent cet engouement par le fait que ces adaptations répondaient à un besoin vital de montrer que les langues africaines, tant dénigrées et qualifiées de primitives, sont aussi riches et variées que l’anglais et qu’elles peuvent exprimer toutes les subtilités et toutes les complexités littéraires que l’on peut trouver dans le théâtre de Shakespeare.

	Ainsi, le grand dramaturge s’est trouvé, malgré lui si l’on peut dire, engagé dans la survie culturelle des Africains et dans la réhabilitation de leur langue.Cette bataille n’a pas eu seulement une dimension culturelle, mais elle s’est également traduite au plan politique. Des expériences passionnantes ont ainsi eu lieu sur le continent. Des étudiants ougandais et nigérians lisaient les tragédies Le roi Lear et Othello dans les villages pour le plaisir artistique, mais aussi pour éduquer les populations rurales. Ils utilisaient des masques africains et des chants traditionnels qui attiraient beaucoup les villageois illettrés. Ces spectacles, basés sur les tragédies de Shakespeare, renouaient avec les arts précoloniaux et la tradition des griots, équivalents des "meddah" ou "goual" du Maghreb.

	Les traducteurs, dramaturges et metteurs en scène africains savaient que les proverbes, les plaisanteries, les railleries, les chœurs, tels qu’utilisés par Shakespeare, répondaient à des registres faisant partie des cultures africaines. La musique, la danse, les mascarades et les mimes, qui étaient fort appréciées par le public du théâtre élisabéthain, parlaient à tous les publics africains. Les Africains ne se trompaient pas en comparant le barde qu’était Shakespeare au griot qui racontait l’histoire du village, de la région, du pays. Ces tragédies, traduites ou adaptées, questionnaient et critiquaient le système colonial et le racisme. Avec la post-indépendance, Shakespeare est revenu en force sur la scène africaine dans la mesure où, l’euphorie de la libération passée, les désillusions commencèrent et les colères s’amplifièrent, notamment du fait de certains leaders africains qui se transformèrent en dictateurs ou de despotes autoproclamés par la force, comme Idi Amin Dada.

	Les traductions et les adaptations se multiplièrent, comme celles de Julius Nyéré, qui a traduit Le marchand de Venise en 1972, ou de divers universitaires de Kampala qui ont traduit Macbeth et La tempête en kiswahili. En Ouganda, il est rapporté que les tragédies étaient lues en public, dans les milieux populaires. En Sierra Leone, Shakespeare est devenu une véritable tradition, implantée depuis la période coloniale. Thomas Decker a traduit Jules César pour montrer que sa langue, le krio, était aussi précise et expressive que la langue anglaise. Il voulait offrir aux populations du Sierra Leone, qui ne comprenaient pas l’anglais, la beauté du texte shakespearien dans leur langue maternelle. Ce fut le cas aussi au Mali et au Sénégal.

	Des héros comme Hamlet, Macbeth et Othello, plaisent au public africain qui voit dans leurs destins théâtraux respectifs une critique directe et vivante des dictateurs. Au Nigeria, le dramaturge Wole Soyinka, prix Nobel de Littérature (en 1986), s’inspira de Shakespeare. Au Ghana, le dramaturge, Joe de Graft, a adapté Macbeth avec une pièce intitulée Mambo mon époux, jouons.  Dans cette adaptation, il dénonce la corruption, le pouvoir oligarchique, l’ambition, l’exploitation du peuple, les trahisons et les crimes politiques. En effet, nombreux sont les leaders africains qui peuvent être parfaitement des personnages de tragédies. Wale Ogunyemi a monté à Ibadan, au Nigeria, une version d’une heure de Macbeth en langue yoruba où les thèmes de Shakespeare sont mêlés à la mythologie ancienne de ce pays. Au Botswana, Macbeth est aussi adaptée pour contourner la censure : les personnages sont transformés en babouins, une belle allégorie pour éduquer le peuple et critiquer les pouvoirs dictatoriaux.

	Le grand Aimé Césaire a traduit La tempête, une adaptation pour un théâtre nègre, qu’il a présenté au Festival de Hammamet en 1969. La pièce présente Caliban le Noir de manière positive contre Prospéro le Blanc. Le personnage Caliban est en révolte, en marche vers l’histoire post-coloniale. En Afrique du Sud, une vraie tradition est apparue aussi dans l’utilisation de Shakespeare durant la lutte contre l’apartheid, comme avec Solomon Plaatje, précurseur de la littérature noire dans ce pays, qui a traduit Jules César en 1923. On peut citer encore la mise en scène de Chaka le roi Zulu, à partir de cette même pièce. Shakespeare était présent à Robben Island où tous les prisonniers politiques, au lieu de lire des livres religieux ou des romans, ont choisi les œuvres complètes de Shakespeare, y compris Nelson Mandela, qui passa de longues années de son emprisonnement à lire cet auteur universel.

	Shakespeare est devenu ainsi africain, car adopté par les Africains et mêlé à leurs préoccupations, sensibilités et combats. Il est remarquable qu’une institution, aussi britannique et shakespearienne que la Royal Shakespeare Company de Stratford-Upon-Avon, le reconnaisse et en fasse la promotion auprès des publics anglais. Et, à l’heure de la mondialisation, Shakespeare vaut sans doute mieux que MacDo ou autres symboles de l’uniformisation de la planète.                                   

	 

	*William Shakespeare est né probablement le 23 avril 1564, à Stratford-upon-Avon et est décédé le 23 avril 1616 (ndlr).</description>
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	Pièce irakienne Roméo et Juliette à Baghdad.
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           <title>Shakespeare, pas très Algérien !</title>
           <author>Ameziane Farhani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 19 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Il est symptomatique que pour désigner certaines langues, on ait recours aux hommes de théâtre et non aux écrivains. 
	Ainsi, de l’anglais, dite langue de Shakespeare, et du français, dite langue de Molière. Comme si l’oralité l’emportait sur l’écrit parce que la langue est dans la bouche.  Du fait de l’histoire coloniale, nous n’avons pas eu, en Algérie, de grandes accointances avec William Shakespeare. Aux origines du théâtre algérien, c’est vers Molière que se sont tournés les pionniers algériens du quatrième art, Allalou, Mahieddine Bachetarzi et d’autres encore, lesquels, en adaptant les pièces du grand dramaturge français, ont transposé les critiques de cet auteur dans l’univers colonial, exactement de la même façon que leurs pairs anglophones du continent avec Shakespeare. On peut regretter que le répertoire universel classique (mais Shakespeare et Molière le sont-ils vraiment ?) ne semble pas intéresser de nos jours nos dramaturges, autant pour des adaptations que des interprétations. On peut regretter aussi que Shakespeare n’ait pas suscité plus d’intérêt dans ce sens.

	L’enseignement de l’anglais apparaissant si basique dans notre pays, l’idée semble relever de la chimère.
	Sinon, nous avions souligné dans ces colonnes, l’adaptation, en 2007, de Hamlet par une troupe de Tindouf, «Ennoussour». C’est dans cette ville aussi, où l’on semble aimer le grand théâtre, qu’à la même période, la troupe «El Melka» adaptait En attendant Godot de Samuel Beckett. Depuis, plus de nouvelle de Shakespeare en Algérie. Quoi d’autre ? Oui, la tour Shakespeare à El Mouradia, Alger. Mais qui sait encore que ce bel ouvrage d’architecture moderne se nomme ainsi ? Le British Concil d’Alger s’en inquiète-t-il ?
	 </description>
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	Pièce tunisienne Leïla et Ben.
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           <title>Malo do Livro</title>
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           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 05 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	L’année dernière, tandis que les «pays avancés» subissaient encore la crise économique, le Brésil est devenu la 6e puissance économique du monde, devant la Grande-Bretagne. 
	Les analystes estiment que cette année, il devrait ravir la cinquième place détenue par la France. Cette émergence est le résultat d’un redressement spectaculaire de cette nation, et notamment de l’action du président Luiz Ignacio Lula da Silva et des forces sociales et élites politiques, scientifiques et culturelles qui l’ont accompagné dans la conception et la mise en œuvre de son programme.
	Cet effort admirable, quand on sait d’où revient ce pays, s’est concentré sur la question économique et sociale, mais il s’est aussi exercé sur la sphère culturelle en en faisant une alliée et un tremplin du changement global. Cela est visible dans plusieurs domaines et tout particulièrement dans celui du livre et de la lecture.  

	Le travail de recherche très intéressant d’un universitaire brésilien sur les bibliothèques privées et les pratiques de lecture dans le Brésil colonial a pu montrer que ce pays n’avait pas de grandes traditions en la matière. Au XVIe siècle, on ne comptait que peu de livres et on signalait comme un recordman, un certain Rafael Olivi, Italien installé à Ilhéus, dans l’Etat actuel de Bahia, qui possédait 27 livres. Au XVIIIe siècle, les bibliothèques privées se développent un peu et commencent à abriter des ouvrages de science et de littérature, sans affecter la domination des livres religieux. Au XIXe siècle, l’urbanisation attire dans les grandes villes naissantes des lettrés qui viennent travailler dans les administrations, les tribunaux ou les services.

	L’exigence de la lecture chez ces catégories entraîne une plus grande présence du livre. Mais le livre et la lecture sont loin de se répandre dans la société où la pratique la plus courante reste la lecture à haute voix de livres à des groupes d’auditeurs se recrutant dans les classes aisées ou moyennes. Fondamentalement, le livre, bien que progressant, restera en position de faiblesse durant la première moitié du XXe siècle, malgré les progrès de la scolarisation qui connaîtra une avancée marquée qu'à la fin des années 90' et au début des années 2000 avec le président Cardoso. C’est que le Brésil, pays immense de 8,5 millions de km² (près de 4 fois l’Algérie), avec plus de 185 millions d’habitants, a connu des disparités sociales énormes entre une infime partie richissime de la population et la grande majorité pauvre ou misérable.

	Cette disparité est accrue par des déséquilibres régionaux terribles qui voient la moitié des richesses du pays concentrées sur 15% du territoire, soit la région du Sud-Est. A cela, s’ajoutait un déficit du budget public, un endettement extérieur lourd et un manque flagrant d’infrastructures et d’équipements sociaux parfois effroyable, comme en Amazonie. Dès son élection en 2003, le président Lula da Silva a placé la question culturelle, et notamment celle du livre et de la lecture, comme un élément important de sa politique globale. Il «a clairement exprimé sa volonté de créer les conditions nécessaires à l’accession des classes moyennes et défavorisées à la culture, et en particulier au livre, soulignant que la culture écrite et la lecture sont des instruments indispensables à l’époque contemporaine pour que l’individu développe pleinement ses capacités, à titre personnel et au sein de la collectivité.»                                         

	Deux moments importants ont matérialisé cette volonté. Le premier, en 2003, s’est traduit par l’adoption d’une Loi du Livre obligeant l’Etat fédéral, les Etats fédérés et les municipalités à consacrer une part de leur budget à l’entretien des bibliothèques et à l’acquisition de livres. Dans un deuxième temps, en 2006, le gouvernement a adopté le Plan national du livre et de la lecture (PNLL) en procédant parallèlement à la fusion du ministère de la Culture et du ministère de l’Education, en vue de «doter le Brésil d’une politique de lecture publique pérenne». Quatre objectifs principaux, correspondant à quatre étapes ont été retenus dans ce plan : «démocratiser l’accès au livre en implantant de nouvelles bibliothèques, en renforçant le réseau déjà existant et en poursuivant les campagnes de distribution de livres ; former des médiateurs et inciter à la lecture à travers des projets sociaux, des prix littéraires et l’informatisation du réseau ; valoriser la lecture par des campagnes de communication nationales et médiatiques ; enfin, développer la chaîne de production du livre grâce à des aides aux auteurs, éditeurs, libraires et distributeurs et promouvoir à l’extérieur la production brésilienne».

	Ce programme impliquait 14 ministères, des organisations privées, et des organisations non gouvernementales. Le premier objectif, lié à la création de bibliothèques, s’est avéré bien difficile du fait des insuffisances et disparités. Le Brésil comptait environ 4000 bibliothèques sur son territoire et il lui fallait en avoir «au minimum 10 000 pour atteindre un niveau de couverture européen». Sur ces 4000 bibliothèques, un cinquième se localisait dans deux Etats du sud-est et 1000 communes en étaient dépourvues. De plus, les bibliothèques existantes ne disposaient souvent d’aucun moyen et se contentaient de dons de vieux livres. Cette situation perdurait malgré le programme «Une bibliothèque dans chaque commune» qui, en 1996, visait à doter 6000 communes. Ce projet réussit néanmoins à en créer 1000 et à en rénover 500.

	La majorité de ces actions eurent lieu encore dans le Sud-Est, car le programme obligeait les communes, généralement pauvres, à fournir le local, le mobilier et payer les salariés, l’Etat fédéral leur allouant 10 000 euros pour le fonds initial. Toujours avant Lula, le ministère de l’Education distribuait aux écoles les livres scolaires et littéraires, touchant, en 1999, environ 36 000 établissements sur 170 000, dont seulement 49 000 disposant d’une bibliothèque. Cela a conduit en 2001 à changer de méthode par le biais du programme «Littérature dans ma maison» distribuant à 8,5 millions d’élèves, de 10 et 11 ans, des lots de 5 livres (recueil de poésie, nouvelle, conte, œuvre classique, pièce de théâtre ou livre de tradition populaire) qu’ils pouvaient emporter chez eux. Cette opération, qui concernait aussi les établissements formant les jeunes désirant reprendre leurs études, aurait coûté chaque année 14 millions d’euros. Elle a été remise en cause, entres autres raisons, du fait de la qualification insuffisante des enseignants pour accompagner la lecture des enfants, d’où un programme pour les sensibiliser eux-mêmes et les former à cette nouvelle tâche pédagogique.

	Le gouvernement Lula a poursuivi le travail entrepris en introduisant des changements inspirés des expériences de certaines municipalités gérées par sa formation, le Parti des Travailleurs et surtout celle de Ribeiàro Preto, ville de 500 000 habitants dans l’Etat de Sao Paulo. En 2001, les élus de cette ville ont créé 80 bibliothèques, dotées chacune de 3000 livres neufs, avec comme objectif d’atteindre le ratio d’une bibliothèque pour 6000 habitants. Ces créations ont eu lieu dans les quartiers mais aussi les hôpitaux, les prisons, les associations, les syndicats, les églises… Ceci s’est accompagné de la naissance d’un Salon du Livre, devenu rapidement le 2e du pays, avec 300 000 visiteurs par an et autant de livres vendus. Cet événement périodique a dynamisé le goût de la lecture, d’autant qu’il est soutenu, tout au long de l’année, par d’innombrables manifestations littéraires, généralement abritées par les bibliothèques. En 2004, une enquête d’un cabinet privé a montré qu’à Ribeiàro Preto, l’indice de lecture est passé en trois ans de 1,8 (l’indice national) à 9,7 livres par an et par habitant. Durant l’enquête, un tiers des habitants lisait au moins un livre et 75% déclaraient aimer lire. Une révolution.

	Cet exemple a beaucoup inspiré la politique du livre de Lula qui est poursuivie actuellement par sa remplaçante, Dilma Rousseff, membre de son parti et ancienne chef de son cabinet. Il s’agit de créer 1000 bibliothèques dans les communes qui en sont privées, de continuer la distribution des livres en fournissant près d’un million de livres par an aux Etats et un million d’autres, accompagnant les cestas basicas (lots de nourriture de base vendus à petit prix aux familles démunies ou distribués dans des cadres sociaux). Il s’agit aussi de multiplier les salons du livre locaux et de promouvoir le livre et la lecture dans les médias par des campagnes dans la presse et surtout à la télévision et à la radio.

	D’ailleurs, même les novellas (feuilletons télévisés) ont vu leurs personnages se mettre à lire ou à parler de leurs lectures ! Autres objectifs : la multiplication par 10 des librairies et l’aide aux éditeurs pour augmenter leurs tirages qui étaient de 4000 en 1990 avant de chuter de moitié. Le programme visait aussi à former les professionnels du livre, par l’intermédiaire d’un Observatoire du Livre et de la Lecture, et notamment de 1000 médiateurs de lecture en 2006. Une mesure importante a consisté à supprimer tous les impôts sur le livre, faisant baisser son prix de 10% selon les éditeurs. En contrepartie de cette exonération totale, l’Etat prélève 1% sur chaque livre vendu. Ce prélèvement a permis d’alimenter le Fonds du livre de 12,5 millions d’euros par an, en plus des 15 millions dotant l’Institut national du livre et de la lecture.

	Les observateurs ont estimé que ces moyens financiers restaient dérisoires au vu de l’objectif ambitieux d’augmenter l’indice de lecture de 50% au Brésil. La question financière a constitué un frein réel car, si le Brésil a réalisé des performances économiques formidables, il éprouve encore des difficultés au plan des budgets et au regard de l’ampleur de l’entreprise. Cependant, le Plan National du Livre et de la Lecture aurait déjà connu une réalisation à 30% de ses actions, bien que près de la moitié concerne encore le Sud-Est, ce qui peut s’expliquer par le fait qu’elles ont relevé à 45% des municipalités et que celles disposant de moyens se trouvent dans cette région.
	Le décalage entre les objectifs et la réalité des moyens est sans doute un obstacle. Mais, d’un autre côté, il faut reconnaître à Lula d’avoir su prolonger les mesures positives de ses prédécesseurs et de les avoir amplifiées et approfondies.

	De même, alors que son action en la matière se poursuit avec la Présidente actuelle, on peut constater que ce programme a surtout réussi à enclencher une dynamique sociétale et citoyenne, renforcée par le développement des couches moyennes, quasi-inexistantes ou paupérisées auparavant, et que la croissance économique du pays régénère. Ces nouvelles couches moyennes sont fortement demandeuses de livre et de lecture et leur engouement se répercute sur la chaîne du livre, autant pour l’éducation de leurs enfants que leurs propres besoins professionnels, scientifiques et littéraires. Et le goût pour le livre s’est répandu aussi dans les classes sociales défavorisées. Ici et là, les expériences des municipalités sont encouragées ou promues. Brasilia, la capitale du pays, qui était pourtant indigente dans le domaine, a pris des initiatives originales.

	L’une d’elles, fruit de l’imagination d’une bibliothécaire, a donné, en 1990, l’opération Malo do Livro, Bibliothecas domiciliares (Valise des livres, biblio à domicile). Ce programme a proposé aux habitants d’accueillir dans leurs maisons des petites collections disponibles pour leurs voisins et à susciter ainsi des échanges de proximité. Une campagne de dons a permis en 1997 de recueillir 300 000 livres dans les stations services avec une moyenne de 3000 livres par mois. C’est la conjonction du programme national avec les initiatives locales, qui servent d’exemples ailleurs, qui pourra sans doute amener à la réussite des objectifs. En attendant des évaluations plus récentes et au-delà des chiffres, le programme Lula est surtout une transformation des mentalités à l’égard du livre et de la lecture.             
	
	Sources : «Les politiques de lecture publique au Brésil», Cécile Le Tourneau, Bulletin des bibliothèques de France, 2005 ; «L’édition jeunesse et bande dessinée au Brésil», Gilliane Joly, BIEF, 2009 ; «Biblio privées et pratiques de lecture au Brésil colonial» de Luiz Carlos Villalta,  Université fédérale de Ouro Preto, Brésil.
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	Bibliothèque de Sao Polo
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           <title>Fronton : tristes tropismes</title>
           <author>Ameziane Farhani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 05 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Entendu lors d’une émission culturelle à la radio, de la bouche d’une personne qui, par ailleurs, semblait tout à fait sensée : «C’est avec les toiles des orientalistes qu’on découvre les traditions et modes de vie anciens en Algérie». La phrase a de quoi révolter. Mais, plus que cela, c’est surtout de la tristesse qu’elle amène.Tristesse de constater que la peinture orientaliste, née dans le giron de la colonisation, et qui a globalement périclité après les indépendances – sauf dans les ventes aux enchères –, soit devenue un modèle dans les pays où elle s’élaborait. Tristesse qu’en Algérie, et au Maghreb en général, le goût pour cette école n’ait jamais été aussi répandu, comme s’il plaisait à certains que leurs ancêtres aient été dépeints comme des «objets» et non des «sujets».

	Tristesse qu’au-delà d’un attrait artistique, on confère à cette peinture un rôle de témoignage, sinon de validation socio-historique. Tristesse encore devant l’engouement de peintres algériens à pasticher les orientalistes, sans leur talent souvent, créant ainsi ce que nous avons nommé un auto-orientalisme. Tristesse de voir de nombreux décideurs, dans leurs intérieurs, mais aussi pour l’espace public, encourager la reproduction de gravures et peintures orientalistes, croyant, souvent sincèrement, qu’elles incarnent notre passé. Tristesse d’une ignorance artistique dont l’Ecole et la Télévision sont grandement responsables.Qu’on s’entende. Chacun est libre de peindre ce qu’il veut et d’aimer ce qui lui chante.

	Par ailleurs, les peintres orientalistes n’étaient pas tous d’affreux défenseurs de l’oppression. La plupart d’entre eux, relais artistiques de l’idéologie coloniale, en étaient mêmes les victimes. Attirés par la lumière de l’Afrique du Nord, mais aussi sa mythologie (car en quoi les clairs-obscurs des peintres flamands seraient-ils moins fascinants ?), ils ont peint parfois des œuvres sublimes. Mais, forme et contenu étant inséparables, cette qualité était vouée à la mise en scène de ce que l’Europe voulait voir et qu’on leur avait inculqué. Le fantasme sexuel des «femmes arabes», en odalisques constamment disponibles. Le fantasme de l’homme indigène, absent de leurs toiles, dans l’idée du «terra nullius» (territoires sans maîtres) justifiant les conquêtes, ou soumis, paresseux, fanatique, violent…

	Le fantasme du désert, mythe magnifique et trompeur, mirage dans le miracle naturel. On ne peut cependant leur reprocher de ne pas avoir été Algériens à notre place ! Il s’agit simplement de ne pas sombrer dans l’aberration où nous sommes à leur égard. Comment expliquer qu’à ce jour, nous n’ayons pas donné lieu à une peinture figurative échappant à l’orientalisme ? Quand donc un peintre algérien figuratif peindra un jeune couple d’aujourd’hui au Jardin d’Essai, des pêcheurs de Jijel tressant leurs filets ou un coucher de soleil sur les derricks de Hassi Messaoud ?</description>
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           <title>...et les autres brèves</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 05 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	-Mosta : théâtre amateur

	La 45e édition du Festival national du théâtre amateur de Mostaganem, l’un des plus vieux d’Algérie, se tiendra du 26 août au 3 septembre, a annoncé le commissariat de ce festival. Cette édition revêtira un cachet particulier du fait qu’elle coïncidera avec le cinquantenaire de l’indépendance. Elle verra la participation de douze troupes du théâtre amateur, issues de différentes régions du pays. Des conférences et des représentations théâtrales, ayant pour thème la guerre de Libération nationale, ont été retenues pour cette manifestation culturelle. La troupe «Mesrah El Bahr» (Théâtre de la Mer) de Mostaganem a remporté, rappelle-t-on, le grand prix en 2011 avec sa pièce «El intiquam» (La Vengeance).
	
	-Bande dessinée : le FIBDA s’annonce

	Le Festival international de la BD d’Alger, FIBDA, a déjà pris ses marques en annonçant, dès maintenant, sa cinquième édition qui se tiendra du 6 au 13 octobre, soit huit jours au lieu des quatre habituels. Cette édition sera placée sous le signe du Cinquantenaire de l'Indépendance. Et donc, le pays à l'honneur sera... l'Algérie. Dans ce cadre, une exposition retraçant 50 ans de BD algérienne sur 1000 m2 constituera le clou de cette rencontre. Elle rassemblera, sur une scénographie originale et thématique, tous les auteurs qui ont marqué la BD algérienne, depuis Arram jusqu’à L'Andalou, jeunes et anciens dans le même espace. Une forte délégation étrangère, l’une des marques de fabrique du Festival avec son travail de promotion en direction des jeunes (concours, ateliers, édition…), permettra de présenter les auteurs d’une trentaine de pays, et parmi eux des pays qui ont accompagné le mouvement national algérien. On comptera ainsi Cuba, les USA, la Belgique, mais aussi le Japon, la Belgique, la Suisse, ainsi que de nombreux grands pays de BD, comme l'Angleterre, l'Italie... Le Maghreb et le Machreq seront représentés par des bédéistes marocains, tunisiens, égyptiens, libanais...

	-Constantine : à la carte !

	L’originalité et la variété des cartes postales anciennes ornant les murs du somptueux palais du Bey de Constantine, transformé pour la circonstance en immense galerie d’exposition, suscitent un surcroît d’excitation chez les visiteurs déjà subjugués par la beauté des lieux. La collection, exposée dans le cadre du Mois du Patrimoine, offre l’occasion de découvrir des images superbes, parfois étonnantes. Les places, carrefours, boulevards et venelles de la ville du Vieux Rocher, où déambulent librement des passants... Des scènes prises sur le vif, difficiles à imaginer de nos jours, font pousser des soupirs de nostalgie aux plus âgés parmi les visiteurs dont l’un a affirmé : «C’est le progrès, on n’y peut rien, mais que voulez-vous, moi je préfère cette autre ville».              (d’après APS)
	
	-Aït Menguellet : cap Canada

	Le chanteur Lounis Aït Menguellet animera un concert le 1er juin prochain à la salle «Olympia» de Montréal, à la grande joie de la grande et jeune communauté algérienne établie au Canada, a appris l’APS auprès de son coordonnateur artistique à Paris. «Ce concert signe le retour de Lounis auprès de ses fans au Canada, après 17 ans d’absence artistique dans ce pays», a indiqué Farid Ouahmed. Le grand artiste a déclaré : «C’est un véritable plaisir de revoir les nôtres de Montréal. J’ai gardé un excellent souvenir de mon précédent gala en 1995, en espérant que ce sera un bonheur renouvelé.» Avant son voyage transatlantique, Lounis Aït Menguellet se produira en France le 11 mai prochain, dans un centre culturel en Picardie. Il est aussi attendu le 16 septembre à Paris, et le 18 novembre à Lille. Toujours aussi prolifique et talentueux, le barde a gardé son entrain pondéré.
	
	-Paris : Algérie sur Seine

	L’Algérie demeure constamment présente dans les programmations culturelles en France, notamment en cette période de cinquantenaire de l’Indépendance. Du 11 au 13 mai, se tient à la Halle des Blancs Manteaux, à Paris, le Salon du livre Libertaire. Cette rencontre met en avant, parmi les auteurs invités, Jeanne Puchol qui vient de publier un témoignage intitulé «Charonne-Bou-Kadir, 1961-1962, une enfance à la fin de la guerre d’Algérie», un ouvrage qui devrait «livrer de surprenants secrets» (le 12, après-midi).
	
	-Concours littéraire : jeunes, vos papiers !

	Le 5e Festival International de la Littérature et du Livre de Jeunesse (FELIV), qui se tiendra du 14 au 22 juin 2012, à Riad El Feth, a lancé depuis le 20 avril 2012 un concours de nouvelles dans les trois langues (arabe, tamazight, français) pour les jeunes Algériens de 18 à 30 ans, résidant en Algérie. Pour cette édition, le concours sera axé autour de la thématique «Dire l’Algérie» et parrainé par des auteurs algériens de renom : Inaâm Bayoud pour la langue arabe, Rachid Mokhtari pour la langue tamazight et Maïssa Bey pour la langue française. Les nouvelles devront être rédigées dans le prolongement des amorces écrites par les auteurs sus-cités et que vous retrouverez sur le site web du festival : www.feliv.dz. Les modalités de participation, ainsi que le règlement du concours sont également disponibles sur le même site.

	-Coupe d'Algérie : la musique du foot

	We are the world est sans doute une belle chanson. Œuvre de Michael Jackson et Lionel Richie, elle a été créée en 1985 pour contribuer à la lutte contre la faim en Ethiopie. Pour cela et pour sa qualité artistique, elle mérite le respect. Mais étaient-ce des raisons suffisantes pour en faire le fond musical de la remise, le 1er mai, par le président de la République de la coupe d’Algérie à la méritante Entente de Sétif ? Sans se fermer aux autres, on aurait pu considérer que dans cette joute sportive entre Algériens, une chanson du terroir aurait donné plus de chaleur à la fête ?
	
	-Marché de l'art : record d’une vente à la criée

	Une version du «Cri», pastel du peintre norvégien Edvard Munch, a été adjugée dans la nuit de mercredi à jeudi chez Sotheby's à New York pour la somme record (pour une vente privée) de 119,92 millions de dollars (91 millions d'euros), devenant l’œuvre d'art la plus chère jamais vendue aux enchères. La vente, très disputée entre sept acheteurs, a duré seulement 12 minutes, s’achevant par des applaudissements nourris de la salle archicomble de Sotheby's. Ce pastel, réalisé en 1895 et représentant un homme criant, les mains sur les oreilles, sur fond de ciel ensanglanté à Oslo, était la seule des 4 versions du «Cri» encore détenue par un particulier. Le record était jusqu'à aujourd'hui détenu par une œuvre de Picasso, «Nu au plateau de sculpteur», qui avait été attribuée pour 81 millions d'euros chez Christies's, le 4 mai 2010.

	-Conférence : les individus sont-ils solubles dans le capitalisme ?

	Philippe Corcuff, maître de conférences de science politique à l’IEP de Lyon présente à Alger une conférence sur le thème «Individus, critique du capitalisme et émancipation». A rebours de la marginalisation de l’individu à gauche à travers la domination d’un logiciel «collectiviste», il est aujourd’hui possible de réévaluer la place de l’individualité, en lien avec des valeurs coopératives et solidaires, tant du côté de la critique du capitalisme que de la perspective d’émancipation. Cela permettra de découvrir la part individualiste de l’anticapitalisme de Marx, mais aussi d’explorer de nouvelles pistes émancipatrices : le langage renouvelé du rap, la tension entre biens communs et singularité individuelle chez Levinas ou encore le bricolage de soi émergeant des interférences entre Marx, Oscar Wilde et Michel Foucault. Philippe Corcuff est membre du laboratoire du Centre de Recherche sur les liens sociaux) à l’université de Paris Descartes. Il publie ce mois «Philosophie, cultures ordinaires et engagements» (Ed. La Découverte). Institut Français d'Alger, dimanche 6 mai, de 17 à 19 h.
	
	-SFAX : les bons contes…

	La ville tunisienne de Sfax accueille jusqu’au 12 mai prochain le Festival international du conte. Une trentaine de conteurs, issus d’Algérie, de Tunisie, de Libye, d’Egypte, du Yémen, du Maroc, de Palestine, de France et d’Italie prennent part à la manifestation organisée par l’association «Dounia el Hikaya» (Le Monde du Récit) en partenariat avec diverses institutions locales et européennes. Le conteur bien connu, Salah Eddine Turki, y représente l’Algérie avec un répertoire bien de chez nous.
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           <title>La grandeur d’une petite</title>
           <author>Ameziane Farhani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 05 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	Une publication admirable, œuvre des étudiants de l’EHEC d’Alger. 
	Elle a tout d’une grande, cette petite revue trimestrielle de l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales d’Alger, sise à Ben Aknoun. Une identité originale d’abord avec son titre bien recherché, Oxymore, qui désigne une expression aux termes contradictoires, comme les célèbres  «silence assourdissant» et «clarté sombre». Une belle façon d’affirmer une volonté d’informer et de commenter, sans parti pris et en recherchant, à chaque fois, les contrastes et angles de vues différents d’un sujet. L’identité, c’est aussi celle de la forme. Oxymore se distingue par un format très pratique (un demi-A4) adapté à la vie estudiantine, et une maquette très classe, oscillant entre l’académisme et des audaces créatives qui créent encore du contraste et permettent surtout une lecture aisée. Parvenue à son troisième numéro, daté d’avril dernier, la revue confirme la validité d’une belle aventure rédactionnelle.

	Entièrement conçue et réalisée par les étudiants de cette école, la qualité de ses articles a de quoi honorer son équipe et leur établissement. Une bonne et parfois excellente maîtrise de la langue, une construction rationnelle des textes, un sens marqué de l’analyse. A bien des égards, Oxymore se présente, d’ores et déjà, comme une véritable pépinière de futures plumes du journalisme ou de la littérature. Cela peut paraître paradoxal dans une école d’études commerciales. Mais, si l’on se penche sur l’évolution actuelle du monde, on constate qu’après les déboires d’une spécialisation forcenée qui, durant près d’un siècle, avait isolé les mondes de la science, de l’art et de l’entreprise, la tendance est revenue vers un certain universalisme.

	Dans la formation et le recrutement des élites économiques et financières, la culture générale a repris une place importante. Et, dans le monde entier, les entreprises les plus en pointe, accordent désormais un intérêt particulier au mécénat d’art et au sponsoring culturel tout en encourageant, en interne, la valorisation des talents. Il y a quelques années, un des plus grands groupes bancaires suisses d’envergure internationale avait, pour dirigeant numéro deux, un docteur en histoire de l’art et jamais sa compétence n’a été mise en défaut. L’initiative éditoriale des étudiants de l’EHEC d’Alger est donc bien dans le ton de l’évolution managériale contemporaine, où l’on recherche plus des gens capables de penser, d’imaginer et de se projeter au diapason des nouvelles configurations et idées du monde que de calculer et de mesurer, ce dont se chargent aujourd’hui de simples applications informatiques ou progiciels d’entreprises.

	Le sommaire du troisième numéro de la revue Oxymore est d’une densité et d’une diversité qui étonneraient même des professionnels. Et si les articles, bien fouillés, font montre parfois d’une certaine naïveté ou maladresse, c’est toujours au bénéfice d’une fraîcheur salvatrice. Impossible ici de relater tout le sommaire de la revue qui fourmille de sujets sur la vie internationale, nationale, l’environnement, l’architecture, la société, la culture, l’art… Signalons quelques articles qui ont attiré notre attention.  «Business, what else ?» : sous ce titre décapant, Selma Hammada se livre à une analyse géostratégique de la crise mondiale. Ibrahim Beltas tente de montrer en quoi la zakat, appliquée à l’économie mondiale, guérirait l’humanité des affres de la pauvreté et de la faim. Yacine
	Grimouche fait découvrir la dynamique association de jeunes SOS Bab El Oued.

	Dans une chronique acerbe, le rédacteur en chef, Sofiane Mezache, s’en prend aux «princes de la mort» et Joy Cara, pseudonyme d’une jeune Algérienne, raconte «Le journal intime d’une carte de séjour» en France. Aldjia Benaïssa nous fait découvrir Assia Bennouar-Abdedaïm, médecin constantinoise passionnée d’égyptologie qui a trouvé une solution possible au mystère de la construction de la Pyramide de Chéops ! Norya propose la «Chronique d’une Algérienne en Chine». Un beau portfolio nous invite à visiter Alger by night avec des photos de Mustapha Sellali et des textes de Neïla Zouambi. En Culturelle, nous avons noté une présentation intéressante par Hind Djiari de Zineddine Bessaî, artiste contemporain prometteur dont la dernière prestation au Mama, «H-Out», dessine la cartographie des harraga. Son œuvre reproduite, précède un amusant portrait de Charles Bukowski, «Doublement foutu», signé Aymen Anis
	Allache. Quant à Awel Houati, avec un sens remarquable de la critique de cinéma et de musique, elle se livre à une analyse, à la fois juste et sensible, du film-action El Gosto de Safinez Bousbia, soulignant qu’il veut «renouer avec la Nost’Alger au détriment de l’histoire».  

	Oxymore propose encore bien des surprises, avec notamment des pages d’expression littéraire. On notera qu’en bons futurs «commerciaux», ses animateurs ont réussi à attirer des annonceurs qui méritent d’être félicités. Enfin, bien sûr, une rubrique est consacrée à l’Ecole et en révèle le dynamisme et le bouillonnement professionnel et intellectuel.                               </description>
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           <title>Menace de disparition : appel à la sauvegarde</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 05 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	La Librairie des Beaux-arts, 28 rue Didouche Mourad, Alger, est à nouveau menacée de disparaître. 
	Une décision d’expulsion a été  prononcée par la justice à l’encontre du gérant actuel. Son exécution est imminente et nul ne sait après ça ce qu’il adviendra de ce lieu mythique. Deviendra-t-elle un lieu de restauration rapide, ou un magasin de chaussures et maroquinerie de marques toutes plus contrefaites les unes que les autres, ou enfin se transformera-t-elle en boutique franchisée de vêtements made in China ?Cette librairie qui existe depuis les années 50 symbolise un patrimoine culturel et historique cher à plusieurs générations d’étudiants, artistes et écrivains algériens qui y ont acquis les livres, les disques, les toiles qui ont compté dans leurs vies, leurs formations ainsi que leurs carrières professionnelles et culturelles. Vincent Grau, libraire de ce lieu, avait choisi de lier son destin à l’Algérie après l’indépendance et de poursuivre son engagement en restant à son poste durant les années de terreur. Il a été lâchement assassiné dans cette librairie le 22 février 1994.

	Devons-nous accepter passivement que de tels lieux se transforment en simples boutiques de consommation ? Qu’ils disparaissent de la mémoire de la ville d’Alger et de nos âmes ? N’est-il pas possible d’agir pour refuser cette issue fatale et rechercher ensemble les voies et moyens  de maintenir l’activité de librairie en ce lieu ? Des femmes et des hommes de culture de tout le pays, des habitants du quartier, des amoureux de la ville et des livres se sont consultés pour signer cet appel afin de faire prévaloir l’intérêt général sans porter préjudice aux droits de propriété garantis par la Constitution que nul ne remet en cause.

	Nous en appelons aux autorités compétentes, ministère de la Culture, wilaya d’Alger, APC d’Alger, procureur de la République, pour user de leurs prérogatives afin d’assurer la pérennité de la Librairie des Beaux-arts selon des formules à trouver dans le cadre des lois et règlements.Nous lançons cet  appel à toutes les bonnes volontés pour nous rejoindre et nous regrouper sous les formes appropriées afin de veiller avec vigilance à ce que la Librairie des Beaux-arts demeure un lieu de rayonnement des livres et des arts au centre-ville d’Alger.
	
	Pour rejoindre l’appel, écrire à : librairiedesbeauxarts@gmail.com</description>
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           <title>Essai sur «Les Mille et Une Nuits» : éternelle Shahrazade</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 05 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Une extraordinaire fascination qui est loin de s’épuiser. 
	Des siècles après son apparition, le recueil mythique de contes, Les Mille et Une Nuits, continue de nourrir les imaginaires et d’interroger la critique, en suscitant son intérêt, comme le rappelle Christiane Chaulet-Achour qui vient de diriger un livre collectif intitulé : A l’aube des Mille et Une Nuits. L’universitaire parle notamment d’une «avidité critique» qui «s’est traduite par de nombreux séminaires autour de ce sujet plein d’arborescences, avec plus ou moins de dialogues entre chercheurs arabisants, travaillant sur les textes arabes et chercheurs des sciences humaines et de différentes langues sondant, à partir de telle ou telle traduction-adaptation dans une langue européenne, des œuvres héritières, pour le meilleur et pour le pire».

	L’ouvrage se déroule comme un long conte et l’influence des Mille et Une Nuits semble porter sur les contours des six articles qui composent le livre. D’abord, avec Carole Boidin qui livre une étude comparative au titre très provocateur : «L’Âne d’or de Apulée de Madaure et Les Mille et Une Nuits : des ‘‘histoires de bonnes femmes’’» ? Cet intitulé déroutant ne vise pas, comme il le laisse entendre, le public de réception féminin, mais porte sur le rôle névralgique joué par les deux narratrices dans le déroulement des événements portés à la connaissance des lecteurs. Dans le cas de «L’Âne d’or», la figure de Mardrus, l’énonciatrice, incarne celle qui doit créer les conditions permettant de raconter des histoires. Shahrazade, narratrice principale dans Les Mille et Une Nuits, donne au geste de raconter une valeur de vie. En passionnant le sultan Chahrayar par des histoires haletantes, elle tient la mort à distance et sauve sa peau.

	C’est ensuite au tour de Victoire Feuillebois de transporter le lecteur dans un immense pays : la Russie. Elle s’intéresse à la relation qu’entretient l’ancien empire des tsars avec Les Mille et Une Nuits. Le moins que l’on puisse dire est que sur les bords de la Volga, cette somme de contes est perçue, notamment au XXe siècle, comme «trop frivole et légère pour trouver sa place dans une littérature nationale, ambitieuse et, sous la période soviétique prolétarienne». En un mot,  l’idéologie a peur du plaisir que procurent les contes à l’imaginaire. Pour sa part, Olivier Besuchet évoque l’influence incontestable de l’ouvrage sur des écrivains européens de l’époque qui a coïncidé avec leur traduction au français par Antoine Galland en 1704. Il cite, à cet effet, Jean Potocki, homme de lettres polonais, né à Piköw le 8 mars 1761, et qui visita le Maghreb, dont l’Algérie, en 1778. Il est l’auteur du très célèbre roman, Le Manuscrit trouvé à Saragosse. Jean Potocki emprunte aux Mille et Une Nuits la technique des récits enchâssés qui fait durer le suspens et excite l’intérêt des lecteurs.

	Pour rester dans les relations qu’entretiennent les écrivains avec Les Mille et Une Nuits, Evanghélia Stead parle de la tentative de Jules Verne d’écrire une suite à cette œuvre magistrale en l’intitulant : La Mille et Deuxième Nuit. A l’origine, «c’est un livret d’opérette composé sur une partition d’Aristide Hignard, aujourd’hui perdue et qui n’est pas considérée comme un chef d’œuvre», selon l’Allemand Volker Dehs. L’idée de ce conte additif est née à partir d’une nouvelle de Théophile Gautier qui, comme l’explique l’auteure de l’article, «repose sur le motif de la Sultane à court de récits, revenue précipitamment à Paris chercher auprès d’un pauvre feuilletoniste (Gautier lui-même) de quoi satisfaire la soif inextinguible de Schahriar d’entendre encore une histoire». A travers cette nouvelle, on a l’impression que l’Occident, en tant que berceau du roman moderne, tient sa revanche contre un Orient pourvoyeur de fictions enchanteresses.

	Enfin, Cyrille François parle de l’article «Schéhérazade» contenu dans le Dictionnaire des mythes féminins ou comment est né le mythe littéraire de ce personnage fascinant. Dès l’entame, l’auteur constate que «Schéhérazade  est, depuis la traduction d’Antoine Galland, la meilleure ambassadrice des Mille et Une Nuits. La postérité de l’œuvre est largement tributaire de son exploit et des fantasmes dont on l’a revêtue : beauté, charme, calme et volupté, maternité au bon gré de chacun avec l’appui croissant et très convaincant des images : gravures, peintures, illustrations, films». Cette citation montre que Shahrazade est considérée comme la figure emblématique incontestable des Mille et Une Nuits jusqu’à devenir «un cliché linguistique» et/ou «un pseudonyme valorisant sur Internet». Le mythe littéraire, né d’une fiction envahit la réalité en s’y installant durablement.

	Pour clore ce travail critique très prenant, Christiane Chaulet-Achour, fait une étude sur les écrivaines contemporaines et Les Mille et Une Nuits. Dans le corpus étudié à partir des œuvres de quatorze auteures d’horizons différents (cinq Algériennes, une Tunisienne, quatre Françaises, une Egyptienne), elle montre que les emprunts sont nombreux et qu’ils prennent des formes différentes et apparaissent en «citations, reprises et transformations». Ce long voyage proposé par les différents intervenants enracine une fois de plus l’idée que Les Mille et Une Nuits reste un ouvrage de référence pour comprendre la naissance de la fiction narrative. Le roman moderne doit beaucoup à cet ouvrage exceptionnel.
	
	
	«A l’aube des Mille et Une Nuits», Essai sous la direction de Christiane Chaulet-Achour. Ed. Presses universitaires de Vincennes, Paris, 2012.
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           <title>Abecedarius : mon Sindbad l’Algérien</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 05 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Qu’est-ce qui avait pu bien se passer en cette journée pluvieuse ? Mon oncle, le vieux loup des grands océans, semblait ployer sous la charge de je ne sais quelle émotion. «Merzac, ya wlid khouya, le bon sens devient une denrée rare par les temps qui courent !». Puis, il s’étendit sur son lit, s’enveloppa la tête d’un gros châle en me demandant de lui capter une radio américaine, non pour être au fait de l’actualité du monde, mais, plutôt, pour éponger, à sa manière, les «insanités» de quelque pseudo-navigateur dans la darse de l’Amirauté d’Alger. Je devais recourir, avec lui, à une maïeutique particulière pour le faire parler, car il avait promis de poursuivre son récit sur ses mésaventures en haute mer et dans différents ports du monde, depuis 1922, date de son premier voyage.

	Tout en faisant mouvoir l’aiguille du transistor, je lui dis tout de go : «Cette pluie inopportune me rappelle des pans de ta vie dans l’Océan indien. Tu n’es pas tellement loin de Joseph Conrad, dans ses descriptions de la vie des navigateurs en mer de Chine, dans le golfe du Bengale et aux environs des Philippines.» Comme s’il venait d’être piqué par un moustique, il ôta aussitôt son châle et m’interrogea : «Et qui est ce Conrad ?» J’ai compris alors qu’il avait avalé et la pâte et l’hameçon ! C’était donc à moi de louvoyer afin que mon Sindbad l’Algérien poursuive ses histoires enchanteresses.

	Nous nous étions arrêtés, la veille, en 1932, date de son voyage en Argentine en compagnie de son ami, le dénommé Quatrou. Afin de le remettre d’attaque, je lui parlais de Conrad, de ses écrits et de sa maîtrise unique de la langue anglaise. Même en connaissant plusieurs langues pour les avoir pratiquées durant plus de 60 ans, de même que le jargon des navigateurs et le vécu fabuleux sur les grands océans, il ne savait rien de Conrad ni de Louis Stevenson. D’ailleurs, ignorant presque tout de la littérature, Victor Hugo demeurait à ses yeux, sans pouvoir me l’expliquer, le plus grand écrivain du monde. Pour preuve, il avait ramené de l’un de ses voyages les trois volumes des Misérables dans une belle édition de poche.

	«J’ai de mauvais souvenirs avec l’Océan indien, me dit-il en allumant une cigarette américaine ; la dysenterie à Madagascar, une grande bagarre avec deux rugbymen anglais à Aden, la mousson et ses effets dévastateurs à Bombay, sans compter le typhon qui, à chaque fois, menaçait de nous envoyer par les fonds». Mais il ne semblait pas convaincu par Conrad. Il remit le châle autour de sa tête et me demanda comme par défi : «Ce Conrad, est-ce qu’il sait quelque chose sur le ''coup de bambou''  dans l’Océan indien ?». Et moi d’invoquer toutes les grâces de ma mémoire pour maintenir le même cap que celui de son récit. Je lui fis un résumé du grand roman Typhon de Conrad, ce grand romancier qui m’a toujours fasciné. Je ne crois pas l’avoir convaincu, car, aussitôt, il évoqua ce chapitre si horrible de sa propre vie : «Un jour, sur un bateau battant pavillon grec, j’ai eu à endurer le ''coup de bambou''» en plein océan Indien. C’est un soleil ardent qui m’avait mis à plat au point de perdre la raison pour quelques jours. Le commandant ordonna alors de me mettre en quarantaine dans le fond de la cale. Je n’ai récupéré mes esprits qu’après mon arrivée en Indonésie. Ton Conrad a beau connaître l’océan Indien, il ne sait pas ce que veut dire le coup de bambou !».

	Mon cher oncle n’est plus de ce monde, et il m’arrive, en relisant Conrad, de penser que ces deux «rêveurs» pour le moins exceptionnels, auraient pu faire un tandem formidable sur l’Océan indien. L’un, avec sa plume et sa foi en l’homme, l’autre, avec son courage physique et moral déroutant à plus d’un titre.

	(Nouvelle adresse email après un piratage digne de ceux de l’océan Indien).
	toyour2@yahoo.fr</description>
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           <title>Parcours de mémoire</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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	Des étapes vivantes de l’histoire locale pour un futur musée. 
	A la faveur du Mois du Patrimoine, l’Association Gemihab (groupe d’étude sur l’histoire des mathématiques à Bougie médiévale) annonce le lancement d’un parcours historique et culturel à travers la wilaya de Béjaïa. Cette initiative consiste à proposer un circuit de découverte du patrimoine matériel et immatériel de la tribu des Ath
	Waghlis, l’une des plus importantes de l’histoire de la région. Les organisateurs veulent rendre visible un legs culturel généralement méconnu qui comprend des pièces archéologiques, un patrimoine oral riche, des traditions diverses ainsi que quelques grands noms de l’histoire, de la théologie ou de la culture.

	Depuis l’Antiquité, le territoire des Ath Waghlis a connu une activité humaine dense. Des stèles en ont apporté la preuve archéologique, et notamment celles découvertes à Maloussa (Sidi Aïch) en 1968 et à Azaghar (Semaoun) en 2009. Cette présence ancienne s’est prolongée à travers la tribu des Ath Waghlis dont le territoire était un lieu de passage obligé à l’époque romaine (ruines signalées à Tilouacadi, El Flaye et El Kseur) et à l’époque médiévale comme en attesta le géographe El-Idrissi en décrivant les voies de communication de la période hammadite. Durant la période ottomane, cette tribu avait refusé de payer l’impôt aux janissaires turcs. Aux débuts de la colonisation française, en 1847, elle affronta les troupes du Maréchal Bugeaud entraînées et suréquipées.

	En 1841, lors de la révolte de Bou Baghla, et en 1871, lors de l’insurrection nationale, elle participa activement à la résistance populaire et en subit les répressions consécutives. Connue comme une des plus importantes tribus de Kabylie, son territoire historique correspond actuellement à celui de deux daïras et de six communes. Si le village de Sidi Aïch apparaît comme une création coloniale, son implantation serait celle d’un marché hebdomadaire (mercredi) dont la tradition s’est conservée à ce jour. Les Ath Waghlis se consacraient essentiellement à l’arboriculture méditerranéenne (olivier, figuier…), et à une agriculture nourricière ainsi qu’un élevage d’appoint. A ce titre, les terres de la vallée de la Soummam étaient préservées des constructions réservées aux villages de montagne.

	Des savoir-faire locaux ont été développés dans ces activités principales auxquelles s’ajoutait un artisanat.
	Elle a donné deux savants reconnus dans le monde musulman et liés aux grands courants soufis : Ibn Ibrahim al-Waghlisi (XIIIe siècle) et Abdar-Rahman al-Waghlisi (XIVe s.). Ce dernier, grand théologien, a formé d’éminents oulémas parmi lesquels Muhammad al-Huwârî (Oran), Abderrahmane al-Tha‘âlibî (Alger), ‘Isa b. Salama al-Biskri, etc. Cette grande tradition spirituelle s’est fondée sur le développement de zaouiyates prestigieuses où venaient apprendre les enfants de Béjaïa, Constantine et autres cités algériennes. Jusqu’au XXe siècle, cet enseignement s’est poursuivi en incluant même des membres de l’Association des Oulemas.

	La tradition des lettrés se poursuivit dans les temps modernes avec des intellectuels et des militants de la cause nationale de renom, tels Abderrahmane Djemad, Ahmed Hadj Ali, Dr Aïssani Ahmed Ben Ammar, ou Mohand Cherif Sahli, auteur dès 1947 d’ouvrages remarquables comme Le Message de Yughurta, L'Algérie accuse. Le calvaire du peuple algérien et Décoloniser l'histoire. Introduction à l'histoire du Maghreb. On y compte aussi une des grandes figures mondiales du mouvement anarchiste, Saïl Mohamed Ameziane qui poussa ce mouvement vers la lutte anticoloniale. L’histoire de la guerre de Libération nationale n’est pas en reste chez les Ath Waghlis qui s’engagèrent massivement dans les rangs de la révolution armée et en payèrent un prix fort.

	Aujourd’hui, à partir de ce circuit historique, ses organisateurs veulent développer la connaissance et la visibilité d’un patrimoine historique riche partagé avec les tribus voisines (Ath Mansur, Ath Amar, Ath Yemal, Fenaïa, Imsisen, Ouzellaguen, Ath Jellil…) en vue de fonder un Musée national du Patrimoine et de la Société de Kabylie. L’organisation de ce projet a mobilisé des institutions et associations dans un esprit de partenariat motivant. Parmi elles : la wilaya de Béjaïa et sa direction de la Culture, le musée Bordj Moussa, six APC (Sidi Aïch, El Flaye, Tinebdar, Tibane, Souk Ou Fella, Chemini), l’association Ciné Plus, la Bibliothèque d’El Flaye, des associations locales (comités de Tala Taguth, Taghrust, Izzaruken, Sidi el Hadj Hassaine, Imaghdassen, Tiklat et Ikhulaf n’Ath Waghlis).                                                                                                                          

	
	Infos : Laboratoire LAMOS, Université de Béjaïa. E- mail : lamos_bejaia@hotmail.com. Sites : www.gehimab.org et www.ath-waghliss.com</description>
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