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Tewfik Benghabrit. Universitaire et compositeur

«Rompre avec une inertie intellectuelle»

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le 28.04.18 | 12h00 Réagissez


Par Walid Bouchakour

Comment est né ce projet de colloque international sur la musique et la philosophie ?

Bien avant la naissance du projet de ce colloque, nous avions médité sur la question du décloisonnement des sciences dans notre université et, à terme, le décloisonnement des universités algériennes. L’avenir est à la transversalité des sciences. Une seule discipline ne peut pas tout expliquer.

L’idée a été proposée par Mme Rachida Kalfat, présidente du colloque, docteur en anthropologie philosophique, musicologue et spécialiste des langues anciennes (araméen hébreu, langue phénicienne…).

Elle me fut adressée, en tant que vice-recteur des relations extérieures et didacticien des langues étrangères, et aux chercheurs du Laboratoire de «Phénoménologie et ses applications», dirigé par Monsieur Ahmed Attar, du département de philosophie et spécialiste de la philosophie allemande. Il s’agissait de donner de l’élan à cette idée des pluridisciplinarités avec ce Colloque international «Philosophie et musique».

D’ailleurs, nous ne nous arrêtons pas là, puisque nous préparons en binôme avec la faculté de médecine de Tlemcen et le département de philosophie, un colloque international sur le thème «Médecine, philosophie et santé» pour le mois de novembre 2018.

Quels sont les croisements entre philosophie et musique, deux disciplines apparemment éloignées ?

Elle ne se croisent pas et n’ont jamais été éloignées. La dialectique en a fait une seule et même discipline. Rappelons que les philosophes de l’Islam des lumières sont tous des musiciens et ont traité de la musique. Idem pour la musique européenne, Hegel tout comme Nietzsche et Rousseau sont philosophes et musiciens.

La philosophie, mère de toutes les sciences, a fait de la musique un savoir, comme nous le précise Ibn Sina’ dans son Kitab al shifa : «Au même titre que les mathématiques, la physique et la médecine, la musique est une science, elle est faite pour les esprits clairvoyants et non pour les ignorants.» Bien d’autres penseurs, comme Al Biruni, Al Farabi, Ibn Baja et Al Kindi ont consacré, en plus de la  philosophie et des sciences, de grands ouvrages à la musique. Du Kitab al Musiqa al kabir, de Farabi, au Traité de mélodies d’ Ibn Baja !

Des musiques issues de diverses traditions ont été évoquées. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet, ce colloque a réuni plusieurs disciplines et genres musicaux. Côté international, la musique occidentale classique a été représentée par Damien Herhart, avec une conférence intitulée «Musique et cosmos : l’émergence de la forme dans l’œuvre du XXe siècle», de l’université d’Evry. Samia Sari, de l’université de Portsmouth, a présenté une communication intitulée «The musical Act», Quant à  Maryam Garasou, de l’université de Téhéran, elle a traité de musique persane savante.

Enfin, Dr Héléne Fleury, de l’université de Versailles, a parlé des arts du "Mithila" en Inde. Côté Maghreb, il y avait le Dr Samir Besha, de l’université de Tunis. Dr Lynda Tebbani, de Paris, chercheur en littérature, a mené une étude littéraire sur la musique et la transe. Dr Fayçal Al Mezouar, musicien et musicologue de l’IST de Lyon,  a développé la question de l’hétérophonie (une première dans notre répertoire musical algérien des noubas) avec une communication intitulée «Identités musicales entre singularité et pluralité discursive».

Rappelons aussi que  nos intervenants nationaux ont donné une plus-value à ce colloque autour de trois périodes vivantes de la musique algérienne. De la musique vocale antique, avec Dr Rachida Kalfat, à la musique médiévale, dite «andalouse», par moi-même. J’ai aussi évoqué la didactique des modalités formelles musicales et philosophiques.

En musique contemporaine algérienne, Dr Mohammed Dib, de l’université de Mascara, a rendu homage à Ahmed Malek par la communication «The impact of gestaltism in the philosophical notion of music: Music of Ahmed Malek as a Case of the point».

Dr Kamel Boumenir, de l’université d’Alger, nous a invités à prendre conscience de l’esthétique musicale à l’ère des industries culturelles et le poids de la musique, transformé en monnaie loin de l’être et de son essence. Dr Munis Bekhadra a rappelé l’idée de dialectique entre la philosophie et la musique à travers la pensée hégélienne.

Enfin, Al Ghaouti Bessenouci, de l’université de Tlemcen, nous a fait voyager à travers diverses stations de l’univers civilisationnel pour mesurer la dimension de la musique et sa philosophie du vivre-ensemble.

Le mysticisme tient une bonne place dans le programme. C’est un aspect important ?

En effet, qui dit mystique dit philosophie et qui dit musique dit mystique. Une triangularité parfaite à laquelle aspirent les mystiques, celle du «fana’».

Elle révèle l’être et son lien avec le divin. A ce sujet, rappelons que la musique à l’origine fut une musique sacrée à travers toutes les grandes civilisations.    

Comment le colloque a-t-il été accueilli par les étudiants ?

Merci de rappeler la présence de nos nombreux étudiants. Une assistance épanouie, à l’écoute attentive à toutes les interventions menant parallèlement leurs ateliers encadrés par nos invités communicants, tirant profit de leurs expériences et leurs compétences.

Ce colloque répond à un objectif essentiel de nos activités scientifiques, c’est un colloque pour nos étudiants d’abord. J’en profite pour les remercier d’avoir été présents durant tout le colloque ainsi que pour leur partage et leur investissement dans leurs travaux au niveau des ateliers.

Pensez-vous qu’on devrait injecter de la philosophie dans l’apprentissage, la pratique et l’étude de nos musiques ?

A ce sujet, il faudrait d’abord signaler que les organisateurs ont établi un «manifeste du colloque» qui développe les urgences de notre art musical.

Il s’agit, entre autres, d’instituer le conservatoire de musique à Tlemcen, ouvrir un département de musicologie auprès de la faculté des sciences humaines. Le manifeste appelle également à inscrire l’enseignement de la musique au programme des écoles primaires et secondaires, créer en parallèle des écoles privées de musique, un mini-festival de musique classique algérienne ou occidentale pour les enfants.

L’aspect indissociable de la philosophie et de la musique fait partie des urgences de l’enseignement. Il s’agit d’enseigner la philosophie, la musique et l’anthropologie de la musique dans tous les secteurs de la sphère culturelle musicale de notre ville et ailleurs.

Repères :

L’université de Tlemcen a accueilli un stimulant colloque international sur la musique et la philosophie avec des intervenants venus de diverses universités algériennes et étrangères. Les 16 et 17 avril derniers, un riche programme s’est déroulé entre communications et ateliers associant les étudiants.

Tewfik Benghabrit revient sur les points forts de cette rencontre scientifique axée sur la transversalité des disciplines. Vice-recteur des relations extérieures et de la coopération à l’université de Tlemcen, Benghabrit est aussi membre du comité d'organisation.

Il a présenté une communication sur la didactique entre philosophie et musique. Un domaine qui ne lui est pas étranger puisqu’il a présenté un doctorat en didactique des langues. Par ailleurs, la musique est plus qu’un violon d’Ingres pour cet enseignant-chercheur. Initié aux arcanes de la musique classique algérienne dès son jeune âge, il se forme auprès des maîtres du genre dans la ville de Tlemcen. Il crée son orchestre à la fin des années 70 et se consacre au genre medh

. Par la suite, il se consacrera à ses activités universitaires, dirigera un centre d’apprentissage des langues et sera même directeur de la culture de la ville de Tlemcen. Il est enfin revenu à la pratique musicale ces dernières années et a notamment offert une composition dans la forme nouba à la chanteuse Lila Borsali.     

Walid Bouchakour
 
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