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Révérence à Ravéreau

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le 14.10.17 | 12h00 Réagissez


Jeudi soir, en Ardèche, région de France à la nature expressive, un monument d’Algérie s’en est allé. A 19h30, à l’âge vénérable de 98 ans, l’architecte André Ravéreau s’est éteint dans les bras de sa fille, Maya. Comme nous le signalions dans notre dernière édition, elle se trouvait auparavant à Alger pour le tournage du film consacré à son père. Elle le devait en fait, car le personnage principal s’était vu interdire de voyager suite à une chute assortie de la fracture de trois côtes. Sans cette injonction médicale, Ravéreau aurait peut-être encore rendu visite à ce pays où il a vécu tant d’années dans un continuum de passion, de curiosité et de travail. L’Algérie l’habitait pleinement et, après d’éminentes contributions à la découverte mais surtout la compréhension de son patrimoine architectural, il poursuivait inlassablement ses recherches dans son coin de campagne, l’esprit toujours alerte et l’enthousiasme intact.

Quasiment au même moment, deux messages nous ont annoncé la triste nouvelle : celui du réalisateur Jean Asselmeyer, en charge du film, et celui du plasticien Rachid Koraïchi (par ailleurs président d’honneur de l’Association des Amis d’André Ravéreau) qui nous confiait la perte d’un «ami de vie et de cœur». Au-delà de l’émotion, il reste l’héritage fabuleux d’un homme qui a apporté une véritable valeur ajoutée aux merveilles de l’architecture traditionnelle algérienne et, notamment, celles du M'zab et de La Casbah d’Alger dont il avait saisi sans doute mieux que quiconque – y compris Le Corbusier, pourtant éloquent sur le sujet – l’extraordinaire inventivité et modernité. Le si discret Mohamed Saïdi, fin lettré et excellent traducteur, diplômé d’architecture (discipline qu’il n’a jamais voulu pratiquer dans les conditions actuelles), se souvient des conférences de Ravéreau à Alger : «C’était d’une grande richesse. Nous devrions nous inspirer de son enseignement et de son regard précieux. Il nous a révélé certains de nos propres trésors. Mais saurons-nous les fructifier ?» Un proverbe algérien affirme que «le pain brioché de la maison est mangé par l’étranger».

André Ravéreau n’a pas mangé le nôtre. Il nous en a fait découvrir toute la saveur. Mais au regard des tristes pratiques architecturales actuelles, nous devons effectivement nous avouer que cette saveur, nous n’avons pas encore su l’apprécier du fait de choix malencontreux et irrationnels. Finalement, sa leçon dépasse l’architecture et nous dit qu’il existe dans notre passé tant d’éléments en mesure de servir notre présent et notre futur.  

Lauréat du Prix Agha Khan en 1980, André Ravéreau a reçu en 2012 une des plus hautes distinctions algériennes à l’Ordre du mérite national. La moindre des choses serait qu’une minute de silence à sa mémoire soit observée à l’EPAU et dans tous les instituts d’architecture du pays. La meilleure serait qu’il y soit vraiment enseigné et que l’Algérie profite de lui. Comme il en a toujours rêvé.

Ameziane Ferhani
 
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