Pages hebdo Arts et lettres
 

Publications. Entre voyages et exotismes

Relativité des ailleurs

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 16.09.17 | 12h00 Réagissez

 
	 
	La première mosquée de France dans un jardin abandonné
La première mosquée de France dans un jardin...

Le terme «exotisme» est très connoté et il continue de susciter de nombreuses controverses. Vouloir le définir ressemble souvent à une gageure. Mais les universitaires ne désespèrent pas de le mettre à l’épreuve de l’analyse et des avancées du savoir.

Parmi ces passionnés, on retrouve Alain Quella-Villéger qui a consacré plusieurs travaux à cette notion. Dans Voyages en exotismes, Ailleurs, histoire et littérature (XIXe-XXe siècles), il présente aux lecteurs l’ensemble de ses recherches sur une vingtaine d’années. Structuré en trois parties, l’ouvrage permet d’abord de comprendre la différence entre la littérature coloniale et la littérature exotique, avant de plonger dans l’œuvre de Pierre Loti, le chantre de la littérature exotique, et enfin d’effectuer un grand périple à travers tous ces ailleurs qui ont inspiré la littérature et la pensée de l’Europe. Pour être en conformité avec les canons de la recherche savante, l’auteur n’esquive pas la définition du terme «exotisme». Il reprend celle donnée par le critique et sémiologue Tzvetan Todorov qui stipule que  «l’exotisme est un relativisme au même titre que le nationalisme, mais de façon symétriquement opposée».

Alain Quella-Villéger s’immerge dans cette littérature exotique pour interroger les œuvres de Pierre Loti et essayer d’en tirer la quintessence thématique et propagandiste qu’elle véhicule, à savoir la prédominance du scepticisme et du tragique, avec des fins tristes. Même démarche avec le roman colonial qui lui, met en valeur le courage et l’héroïsme des colons, comme on le voit dans le roman algérianiste dont Louis Bertrand est la figure emblématique. Les deux littératures se rencontrent sur le territoire de l’empire colonial qui est un lieu de prédilection pour localiser les intrigues.

Mais la littérature exotique peut investir d’autres territoires, hors de l’empire et être ainsi a-coloniale. Dans la partie intitulée «Vaillance et défaillances des ailleurs», l’auteur nous apprend que le voyage «n’est pas au service des ailleurs [...], il risque même de se révéler son ennemi». Le voyage dans ce cas est synonyme de conquête et de domination de l’autre, histoire de s’accaparer les richesses de cet ailleurs tant convoité. L’essai revient aussi sur les grands mythes qui ont survécu à la décolonisation comme «l’Indochine» et montre comment l’écrit a servi l’empire colonial dans son désir insatiable d’expansion et de domination des peuples non-européens.

Dans la même thématique,signalons l’excellent roman du duo Thomas B. Reverdy et Sylvain Venayre, Jardin de Colonie. On y apprend que le voyage et l’aventure peuvent se dérouler dans la ville qu’on habite. Ainsi, peut-on faire l’économie de préparatifs fatigants et éviter des expéditions onéreuses. La modernité a l’avantage d’offrir des commodités qui font du voyage et de l’aventure un jeu d’enfant. L’idée est toute simple, car il s’agit de partir sur les traces de l’explorateur Jean Thadée Dybowski sans quitter la ville de Paris.

Avant de découvrir cette excursion suburbaine, le lecteur doit faire connaissance avec ce Thadée dont la mémoire collective coloniale semble avoir occulté l’existence. Explorateur d’origine polonaise, spécialiste en agriculture coloniale, il a beaucoup parcouru Afrique : Sahara algérien, Mali et Soudan avant de s’engouffrer dans la région des grands Lacs entre le Tchad et le Congo. De ses multiples voyages, il a tiré des récits souvent insipides dont la Bibliothèque nationale française a gardé des traces. Les auteurs nous donnent quelques échantillons textuels pour montrer que son style était ardu, ce qui peut expliquer le manque d’intérêt à l’égard de son œuvre.


Le seul haut fait d’armes de cet explorateur est d’avoir créé Le Jardin des Colonies dans la périphérie de Paris, tout près du bois de Vincennes. Il ressemble dans sa configuration aux Jardins d’Essai d’Alger ou de Tunis. Les auteurs décident donc de visiter ce lieu oublié à proximité du Musée de l’Immigration inauguré en grande pompe pour se réconcilier avec un passé fait de dominations et d’exactions. Sur les lieux, les auteurs constatent l’état de délabrement du jardin qui a quand même servi au Centenaire de la colonisation en 1931. In situ, ils interrogent avec perspicacité cette aventure coloniale et les ravages qu’elle a laissés chez les autochtones et au hasard de la balade, ils tombent sur les vestiges d’une mosquée. D’après les deux auteurs, c’est le premier lieu de culte musulman en France, bien avant la Grande Mosquée de Paris. Construite en 1915, elle a servi d’hôpital pendant la Première guerre mondiale.

La visite du jardin donne aussi l’occasion d’interroger le présent de la France après les différents attentats commis par des djihadistes sur le sol de la métropole. Dans ce dialogue entre passé et présent, les coauteurs cherchent à trouver les raisons des errements des politiciens et leur manque de lucidité. Ce roman original de Thomas Reverdy et Sylvain Venayre ouvre des perspectives intéressantes pour comprendre le passé colonial de la France et même sa politique actuelle envers les populations issues de ces colonies.   
 

Alain Quella-Villéger, «Voyages en exotismes, Ailleurs, histoire et littérature (XIXe- XXe siècles)», Classique Garnier, Paris, 2017.
Thomas B. Reverdy & Sylvain Venayre, «Jardin des colonies», Flammarion, Paris 2017.     
 

Slimane Aït Sidhoum
 
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Chroniques
Point zéro Repères éco

Vidéo

Débats d'El Watan

Débats d'El Watan
Loading...

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie
 
Loading...