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France. Sortie de «Celle qui vivra» de Amor Hakkar

Quand les regards se croisent

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le 01.07.17 | 12h00 Réagissez

Amor Hakkar est un cinéaste algérien qui partage sa vie et ses passions entre la Franche-Comté (France), à Besançon, où il vit, et la région des Aurès dont il est originaire et à laquelle il est fortement attaché, bien qu’il ait quitté Khenchela à l’âge de six mois, ses parents ayant émigré en 1958.

Toute sa filmographie s’est construite entre ces deux lieux de vie où il puise son inspiration. Si Sale temps pour un voyou (1992) et La preuve (2014) ont en commun la France pour action et décor, La maison jaune (2008), œuvre poétique qui a reçu trente-sept distinctions dans le monde, a pour caractéristique d’avoir été le premier film algérien tourné en chaouie, un des idiomes amazighs d’Algérie.

Avec son dernier opus, Celle qui vivra, qui sort actuellement dans le réseau cinématographique français, Amor Hakkar aborde pour la première fois le thème de la guerre d’Algérie auquel il ne s’était encore jamais attaqué.

Mais il entreprend ce sujet avec un tel recul qu’il nous propose un angle de vue original. On est loin en effet de cette vague de films algériens ou français qui avaient une fâcheuse tendance à aller, tantôt vers l’héroïsation systématique de la geste libératrice côté algérien, tantôt vers le conflit ambigu de conscience, côté français.

Avec Celle qui vivra (c’est la signification du prénom du personnage de Aïcha), le réalisateur, qui signe là sa huitième création, ne prend pas le côté univoque ou le point de vue affirmé qui ferait la part belle à une vision politicienne ou idéologique.

Amor Hakkar et sa coscénariste, Florence Bouteloup, se sont attachés à privilégier les regards croisés, échappant au sempiternel postulat selon lequel il y aurait, d’un côté, les bons et, de l’autre, les méchants, comme une génération de cinéphiles l’a connu à l’époque des westerns. Cette dimension a pu être élaborée à travers une construction en flash-back du récit qui fait voyager le spectateur entre deux époques : 1980, au début du film, et 1960, pendant le conflit armé en Algérie.

Le propos démarre sur une rencontre, en 1980 donc, entre deux femmes. Maguit, une Française d’une soixantaine d’années, entreprend un voyage du souvenir et du deuil sur les lieux mêmes où son fils, Simon, est décédé au cours d’un accrochage. Quant à Aïcha, le personnage algérien, elle habitait, enfant, le douar où Simon a été tué. Dans leur tête-à-tête, Aïcha (campée par une excellente Meryem Medjkane) va raconter à Maguit (Muriel Racine) les événements de ce jour tragique au cours duquel son douar fut encerclé par les militaires français.

Et ces deux femmes que tout semble opposer vont entremêler leurs récits respectifs, remontant le temps à travers les souvenirs de «leurs guerres» et de «leurs mémoires» dans un face-à-face qui, paradoxalement, va les amener à se rapprocher. C’est ainsi que la grande Histoire va se trouver revisitée via des destins personnels d’anonymes pris dans la tourmente et le chaos des guerres qui les broient, via des humains aux desseins qui se croisent et se recroisent. D’autant que le récit va se complexifier lorsqu’on apprendra, au détour d’une scène, que Simon avait un père algérien…

La genèse du projet remonte à 2012, alors que l’Algérie commémorait le cinquantenaire de son indépendance et que l’AARC (Agence algérienne pour le rayonnement culturel) lançait un appel à projets auquel a répondu Florence Bouteloup qui se tourne alors vers Amor Hakkar, lequel, comme nous le signalions, n’avait jamais abordé la guerre de Libération nationale dans sa filmographie.

La coscénariste raconte : «Attachée à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, j’ai eu l’idée de faire un film reliant ces deux guerres. Les conflits sont pour moi toujours liés. Ici, le point d’ancrage est l’existence de frontstalags, c’est-à-dire des camps de prisonniers tenus par l’Allemagne nazie et qui gardaient les prisonniers de guerre noirs et maghrébins de l’armée française.»

Au départ, les coscénaristes avaient imaginé une autre amorce. C’était Aïcha qui devait aller à la rencontre de Maguit, mère éprouvée encore sous le choc de la mort de son fils et qui serait devenue mutique depuis une vingtaine d’années. Puis, d’idée en idée, le projet a évolué dans le temps, même si l’idée initiale d’un film non linéaire a été conservée. Tant et si bien que le tournage s’est déroulé sur trois phases distinctes : une séquence au présent tournée en studio, une séquence en Algérie pour les années 1960, et une troisième en 1940 en Franche-Comté.

Outre la qualité de la construction filmique et de l’interaction entre les temporalités, il faut retenir le choix du casting judicieux et de la direction d’acteurs de Amor Hakkar qui a toujours brillé au fil de sa carrière dès lors qu’il est en rapport avec des comédiens. Soulignons au passage la vitalité et l’inventivité de la bande-son, notamment musicale. 
 

Mouloud Mimoun
 
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