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Oran : Douzième Édition Du Festival Du Conte

Le lac paisible

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le 10.03.18 | 12h00 Réagissez

Lundi prochain commence à Oran la douzième édition du Festival du conte, une manifestation sympathique et respectable.

Sympathique par son domaine qui se situe au cœur de la culture vivante, draine un champ immense de la littérature orale depuis les temps les plus reculés et offre, de nos jours encore, une exceptionnelle rencontre des imaginaires et de la parole sur une échelle forcément humaine. De la convivialité, des valeurs et du plaisir intelligent, d’autant que l’Algérie est une vieille terre du genre (lire page suivante).

Respectable par les conditions remarquables de sa naissance et de son évolution puisque le Festival a été créé et porté par l’association oranaise «Le Petit Lecteur» (pour l’accès à l’éducation et la culture), exemple en matière d’action pour la promotion de la lecture et du livre auprès des enfants et adolescents. Agréé en 1993, son bilan en la matière est éloquent et on peut regretter qu’il ne se soit pas multiplié dans le pays, bien qu’il serve de référence à plusieurs initiatives culturelles citoyennes qui activent au profit de la lecture.

Le Festival du conte est venu en quelque sorte couronner une activité permanente menée avec opiniâtreté auprès des écoles, des services de pédiatrie et autres lieux de l’enfance, dont ceux initiés par l’association, à l’image de la bibliothèque de Miramar, en plein cœur de la ville que nous avons visitée la semaine dernière pour notre plus grand plaisir tant son organisation, son fonds d’ouvrage et son aménagement correspondent à ce que l’on peut attendre aujourd’hui d’une telle institution.

Et, ce qu’il y a de particulièrement respectable, réside bien dans le rapport inversement proportionnel entre l’engagement des membres de l’association et la modicité des moyens dont ils disposent. Il en va autant pour l’activité permanente du «Petit Lecteur» que pour le Festival du conte, tenu à bout de bras et de cœur sans subvention publique. Heureusement, l’APC d’Oran et le Théâtre régional Abdelkader Alloula accordent leur soutien à la manifestation sous diverses formes et, notamment, l’accessibilité des espaces.

Viennent s’ajouter quelques billets d’avion honorés par l’Institut français et diverses aides ponctuelles. Mais la véritable fortune du Festival est bien celle de la dynamique de solidarité qui lui permet de bénéficier du bénévolat et de l’assistance d’autres associations locales, une particularité de la deuxième ville du pays, plutôt rare par ailleurs.

Pour cette 12e édition (du 12 au 17 mars 2018), le thème choisi est celui de«La Méditerranée au cœur des paroles voyageuses». Il s’agira ainsi, sans que cela n’ait été recherché, de la première allusion à la tenue des Jeux méditerranéens d’Oran en 2021.

Dans son texte de présentation, Zoubida Kouti, présidente de l’association, explique : «Parce que cette Méditerranée nous est un continent bleu tout autant que l’Afrique, un continent humain où s'est répandue – depuis l’invention de l’alphabet sur les rives phéniciennes – une culture sans frontière : y ont migré les savoirs les plus essentiels à l’humain, scientifiques, philosophiques, poétiques et les grandes interrogations métaphysiques.

La Méditerranée a une vocation voyageuse, portant les plus belles histoires, de la Princesse Europe à Shahrazade». Mais, au-delà de ce merveilleux patrimoine, il y a les contes moins féeriques de l’actualité, les migrations massives, les noyades, etc. Aussi, ajoute-t-elle : «Mais aussi, nous savons qu’elle est le sépulcre de terribles douleurs, l’espace où s’engloutissent les espoirs d’une autre vie, les cœurs en espérance, les prières inaudibles, où disparaissent, par familles entières, des humains, notre humanité».

Cette mise en nuance vient rappeler que le conte, loin d’être uniquement un exercice agréable, est un support de diffusion de valeurs éthiques et, dans les sociétés anciennes, il prenait la dimension d’un apprentissage à la vie collective et d’une véritable pédagogie de la générosité et de la solidarité.

Toutes les recherches menées sur le conte ont souligné ses vertus de socialisation des individus comme les travaux du psychanalyste américain, Bruno Bettelheim, restitués dans son magistral «Psychanalyse des contes de fée» (1976) dont nous préférons le titre original, «The uses of enchantment» (Les usages de l’enchantement) puisqu’il souhaitait s’adresser aux parents et éducateurs pour leur montrer comment le conte pouvait contribuer à l’éducation des enfants en les préparant à la vie adulte et en désamorçant en partie les pulsions de violence.

Il y affirmait : «Tout conte de fées est un miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu’exige notre passage de l’immaturité à la maturité.

Pour ceux qui se plongent dans ce que le conte de fées a à communiquer, il devient un lac paisible qui semble d’abord refléter notre image ; mais derrière cette image, nous découvrons bientôt le tumulte intérieur de notre esprit, sa profondeur et la manière de nous mettre en paix avec lui et le monde extérieur, ce qui nous récompense de nos efforts». C’est ce miroir magique qui se dévoile chaque année à l’ombre du Murdjajo, au grand bonheur des enfants mais également des adultes.

Cette année, l’affiche de l’événement suggère son extension à travers la ville : au Théâtre régional d’Oran, dans les jardins, les écoles, les bibliothèques, les centres culturels et le tramway où l’on peut prendre à l’occasion les rails de l’imaginaire. L’inauguration aura lieu le lundi 12 mars au Théâtre régional Abdelkader Alloula avec les autorités locales, les partenaires et le public.

Cette cérémonie sera suivie du spectacle sur l’exil de la conteuse Aïni Imen, intitulé «Eclipse». Le lendemain, à 10 h, les étudiants de l’Ecole nationale polytechnique (ENPO) recevront la précédente et Naïma Nehaïlia, tandis que l’Institut des langues étrangères de l’Université Oran-I accueillera Clément Goguillot et Djamila Hamitou. A 15h30, Roland Kaya, dit Kayro, présentera au théâtre «L’épopée du village Dzongo», une histoire congolaise.

Mercredi 14, la bibliothèque du Diocèse d’Oran donnera la «scène» à Sylvie Vieville (15h) pendant que Naïma Nehailia et Kayro débuteront un petit marathon à travers les bibliothèques municipales et la bibliothèque régionale. Jeudi 15 mars à partir de 10h, le spectacle-conte «La voix des jeunes» de Clément Goguillot et Brahim Zerrouk aura lieu au Forum, en partenariat avec l’association Graine
de Paix.

Puis viendra la Nuit du Conte pour un public adulte, à partir de 18h, à l’Institut français avec une prestation de l’ensemble des conteurs dirigée par Sylvie Vieville et Djamila Hamitou. Durant ces quatre premiers jours, chaque matinée, les conteurs et conteuses du Festival, issus du pourtour méditerranéen, du monde arabe, d’Europe et d’Afrique se rendront dans les établissements scolaires et culturels au devant de leurs publics juvéniles.

Très attendue, car devenue une tradition, la Balade contée au jardin Ibn-Badis
(ex-promenade de Letang à 10h) avec le guide Abdelhak Abdeslem, en partenariat avec l’association Bel Horizon puis, à 16h30 au TRO, le spectacle-conte «Bel Adjout» puisé du patrimoine oral de Kabylie, avec Sylvie Vieville et Fares Idir. Enfin, à 18h30 une causerie réunira les passionné(e)s du conte au restaurant Marmita (entrée libre).

Le dernier jour du Festival, samedi 17, il sera conseillé de prendre le tramway pour doublement voyager en partenariat avec la Setram (départ Place du Premier novembre à 10h). A la même heure, les magnifiques jardins du Palais du Bey seront le théâtre de récits légendaires de Mahi Seddik, Aini Iften et Clément Goguillot et ce, en partenariat avec OGEBC d’Oran.

Dans la même veine et au même moment, les bains turcs du vieux quartier de Sidi El Houari présenteront, en partenariat avec l’association Santé Sidi El Houari, les conteurs Sylvie Vieville, Florence Ferin et Fares Idir. A 17h, le TRO abritera l’apothéose du Festival pour une clôture à 19h. En somme, une belle manière d’accueillir le printemps tout proche dans une ville marquée par de nombreux problèmes urbains mais qui semble se réveiller d’une longue léthargie, telle une Bahia au bois dormant.
 
 

Ameziane Ferhani
 
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