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Le harki, Moriarty & Cie

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le 18.03.17 | 12h00 Réagissez

Dans le conte populaire La vache et les orphelins, un frère et une sœur sont victimes de la cruauté de leur marâtre.

Dans le film L’Opium et le Bâton d’Ahmed Rachedi, tiré du livre de Mouloud Mammeri, le harki Tayeb participe activement au malheur des siens. Dans les récits de Conan Doyle, le détective Sherlock Holmes s’oppose au sinistre professeur Moriarty, génie du mal. Dans Le Vent du sud de Abdelhamid Benhadouga, un berger viole l’étudiante Nafissa revenue au village natal. Etc.

On ne peut attribuer aux auteurs de ces œuvres les dérèglements, monstruosités, crimes et folies de certains de leurs personnages. A contrario, aucun d’entre eux ne pouvait se prévaloir, par le simple fait de les avoir conçus, de la pondération, générosité, droiture ou vertu de leurs autres personnages. Les œuvres de l’humanité de tous genres sont emplies de personnages de tous types, du pire au meilleur avec l’infinie gradation entre ces extrêmes, sans compter qu’un seul être humain peut être capable du bien et du mal.

Aussi, est-on sidéré par l’histoire du jeune écrivain Anouar Rahmani qui serait passible de poursuites judiciaires. J’avoue avoir ignoré jusque-là son existence et je n’ai pas lu l’œuvre, objet d’un scandale qui porte assurément atteinte à l’image de l’Algérie dont l’article 44 de la Constitution, adoptée l’an dernier, énonce clairement que «la liberté de création intellectuelle, artistique et scientifique est garantie au citoyen». Que peut valoir ce roman qui bénéficie au passage d’une formidable publicité nationale et internationale ? Comme toujours, cela dépend de ceux qui le lisent et notre collaborateur, Slimane Aït Sidhoum, également écrivain, nous en propose une lecture centrée sur le chapitre incriminé (p. 15).

Il est établi que, pour une raison ou une autre, certaines œuvres peuvent choquer certaines personnes. C’est un fait que les nations, les sociétés et les individus prennent en charge de manière intelligente et organisée. Mais si l’on ne peut pas différencier un personnage de son auteur et la fiction de la réalité, il faudrait cesser toute activité littéraire et artistique. Car il serait tout simplement impossible de créer une œuvre, quel que soit son sujet ou son niveau. L’écrivain s’inspire toujours de la réalité, mais son œuvre n’est pas et ne peut pas être la réalité. Une mention qui accompagnait les romans a disparu car le monde a avancé : «Toute ressemblance fortuite avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence». Elle visait à protéger les auteurs, mais aussi à signaler élégamment ce qu’est une fiction, comme l’a signalé Rahmani.

Faites une expérience : essayez de raconter à vos enfants le conte La vache et les orphelins en éliminant du récit leur terrible marâtre, ou encore essayez de regarder L’Opium et le Bâton en supprimant les scènes où figurent le harki et même les soldats français. Ou alors regardez un film policier sans les bandits !

Ameziane Ferhani
 
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