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Album. Tuddert Nni d’Aït Menguellet

L’épreuve d’Orphée

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le 10.06.17 | 12h00 Réagissez

 
	 
	Un des sommets 
	de la poésie d’Aït Menguellet,
Un des sommets de la poésie d’Aït Menguellet,

Chaque sortie d’album d’Aït Menguellet est une nouvelle plongée dans une veine poétique qui semble couler de source.

Il faut bien se résoudre à croire au don dans le cas de ce poète authentique qui fête les 50 ans d’une carrière prolifique et d’une qualité constante. Visiblement, le génie qui soufflait à l’oreille de Si Muhand n’a pas quitté les montagnes de la Kabylie où vit toujours l’auteur de Telt yam. Avec son dernier album intitulé Tudert nni, Aït Menguellet déploie encore une fois l’étendue de ses talents poétiques avec ce pouvoir de faire jaillir un sens profond en usant des mots de tous les jours. On sait depuis Orphée que les poètes ne doivent pas regarder en arrière sous peine de voir l’objet de leur passion pétrifié et perdu à jamais. C’est pourtant par un regard en arrière que s’ouvre ce nouvel opus.

Tuddert nni (qu’on peut traduire par «cette vie-là») est en effet un regard porté par l’artiste, né en 1950, sur les joies et les misères qui font l’homme qu’il est. Proclamant, à raison, la force évocatrice du verbe, Aït Menguellet nous raconte sa vie comme un rêve furtif. Il dessine en quelques mots des scènes qui sont autant de moments déterminants dans sa vie.

La misère en Kabylie sous le joug colonial durant son enfance, la Guerre de Libération et puis l’exultation de l’indépendance et puis les lendemains qui déchantent... C’est par petites touches et loin de tout discours qu’Aït Menguellet nous relate, mine de rien, une tranche d'histoire. Le texte se fait ensuite plus personnel et le poète raconte de manière touchante le premier émoi amoureux qui précède chronologiquement la première chanson (l’une ne va pas sans l’autre). Et puis 1967, le premier passage à la radio et le point de départ d’une brillante carrière. Le texte, un des sommets de la poésie d’Aït Menguellet, est servi par un bel arrangement signé Djaâfar Aït Menguellet.  L’album pourrait tenir tout entier sur la première chanson qui donne son titre à cet opus. Mais ce n’est pas tout, Aït Menguellet enchaîne sur un texte contestataire (taqsitt nniden) dénonçant, sur une chevauchée musicale maatoubienne, les trahisons répétées et les espoirs déçus de l’indépendance à nos jours.

Avec Wiggad-iw (les miens), Aït Menguellet rend hommage à son public et à tous ceux qui l’ont accompagné dans sa carrière musicale au service de la langue et de la culture amazighes. Dans ce nouvel album, le poète module sa veine poétique sur une rare diversité de thèmes. Zer kan (regarde bien) est un hymne aux quatre éléments. Ecrire sur le vent, l’eau, le feu et la terre. Il fallait oser. Le résultat est pour le moins convainquant. Du haut de sa montagne, c’est toute la planète qu’embrasse le regard du poète. Au début du cinquième titre, Yella wass on se demande si on ne s’est pas trompés de disque en écoutant le goumbri retentir sur les rythmes du qarqabou. Et non, il s’agit bien du dernier disque d’ Aït Menguellet avec un Djaâfar qui a décidé de nous étonner par des arrangements inattendus mais globalement bien sentis. Le fils habille les textes du père des plus beaux atours.

L’harmonisation est bien présente avec arpèges de guitare et lignes de basse et des sonorités chaâbi distillées par le banjo et la derbouka. Bien entendu, les quarts de ton à la guitare et le bendir, ingrédients incontournables de la musique d'Aït Menguellet, et les envolées de flûte sont bien là pour le plus grand plaisir des fans de toujours. Les deux dernières chansons évoquent des thèmes inépuisables : l’amour et la jeunesse. Tajmilt i tayri est, comme son nom l’indique, un hommage à l’amour. Le chanteur reconnaît tout ce que sa poésie doit aux flèches de Cupidon, affirmant qu’il est toujours temps de chanter l’amour, comme l’ont chanté les anciens et comme le chantent les plus jeunes à qui il tend le flambeau. Au bout de cette traversée de son parcours et de son œuvre, avec par moments des allures de testament artistique, le chanteur choisit judicieusement de finir avec une chanson festive sur un rythme de tbel endiablé. Slam i temzi est une ode à la jeunesse où l’on apprend que l’on n’est jamais trop vieux pour être jeune. Contrairement à Orphée, Aït Menguellet ne pétrifie pas son sujet en se retournant. Loin de toute nostalgie, il tire de cette pérégrination sur les jalons de son parcours une énergie qui irrigue un album bel et bien vivant.

 

Walid Bouchakour
 
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