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Aïn Fouara . il y a 20 ans, l’attentat à la bombe

Je n’ai pas changé

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le 22.04.17 | 12h00 Réagissez

Je n’ai pas changé

La nuit est mon refuge. Au gré des saisons, je suis abandonnée à des heures indécises. Tard, si les chaleurs se font accablantes ou l’ambiance favorable à des déambulations nocturnes et des attroupements sans attrait, autour de ma seule présence.

Tôt, à mesure que les nuits sont plus longues et les gelées plus fortes. L’éloignement des aurores augmente alors démesurément les interminables instants de mon inutilité figée. Seule la Nature, lorsque l’envie l’en prend, peut alors chahuter les éléments pour éviter que le silence règne sans partage autour de moi. Le chant continu des eaux tombant de mes entrailles aussitôt englouties par d’autres, moins saines, en pure perte, juste pour entretenir une réputation, n’y déroge en rien.

Au contraire, il l’accommode. De temps à autre, une voiture vient perturber la pesanteur du silence, mais souvent ses passagers ne veulent pas s’arrêter, pressés d’aller chercher ailleurs des beuveries qui ne les satisfont pas à ma hauteur. J’étanche nombreuses soifs, mais  nullement celles-ci. Au contraire, j’ai plutôt tendance à en dissiper les ivresses. Pour cela, je vis en bonne intelligence avec ma pieuse voisine, la mosquée El Atik. Mieux encore, j’aide souvent à lui préparer convenablement les ferveurs qui profitent de mes générosités en plein air, les jours de grande chaleur ou de forte affluence, afin de soulager ses capacités et, surtout, limiter ses gâchis. Modestement.

Cela contribue grandement à fermer les yeux sur ma présence.
Je suis arrivée un demi-siècle après mon élégante voisine, c’est un fait indiscutable, sauf qu’elle a à sa charge un défaut de mise en place qui n’a jamais rien arrangé entre nous. Si elle avait été orientée correctement, nous n’aurions pas eu de différend. Elle m’aurait tourné le dos, et moi le mien, tout simplement. Mais voilà, l’ignorance de ses bâtisseurs, pourtant tellement soucieux d’en magnifier les décors pour les rapprocher de leurs modèles, lointains, multiples au point d’être confondus, pour un résultat jugé acceptable, a eu pour effet de former la place pour en habiller les contours plutôt que de forger un lieu. Il n’y avait même pas de choix à faire, puisqu’ils n’en avaient pas conscience, semble-t-il. Le résultat, équivoque, nourrit depuis les méfiances et alimente les imaginations. Aujourd’hui, plus que jamais.

Le siècle bientôt clos, malgré l’âge et l’ancrage des habitudes, voire même les traditions construites autour de ma seule présence, je suis devenue soudain presque de chair ! C’est à croire ! Ce n’est sûrement pas moi qui ai changé, je ne le peux pas, mais les regards qui pèsent désormais sur mes prétendues indécences. Ils n’ont qu’à m’habiller, pourquoi ne le font-ils pas, ces regards lubriques qui cherchent dans mes atours l’occasion de chasser le diable en eux ? Il leur impose, le Malin, de ne voir dans la blancheur de ma consistance que la volupté de mes gestes. Suggestive. Heureusement, ils ne sont pas légion, ces frustrations. Cela ne réduit en rien leur capacité de nuisance. Ils ont leur guide. De sa planque insoupçonnable, il dirige leur colère qu’il voudrait légitime, mais même si d’autres l’écoutent, seuls les aigris l’entendent. Ils suffisent à alimenter son ambition, déguisée, de me voir effacée de ses aubes. Un de ses matins…

Fayçal Ouaret

Il y a 20 ans, le 22 avril 1997, un attentat terroriste à Sétif détruisait la statue de Aïn Fouara, source au cœur de la ville. L’extraordinaire mobilisation qui a suivi a permis de la reconstituer à l’identique. Mais la naïade nécessite aujourd’hui des réparations et un entretien.

 
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