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Fronton : Tamazight time

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le 14.04.18 | 12h00 Réagissez


C’est fou comme le temps est une denrée rare, sinon absente, de nos esprits et donc de nos échanges. On le vérifie dans tous les domaines où la quatrième dimension est un élément aléatoire, presque décoratif, quand l’horloge du monde tourne à un rythme effarant. Et on le voit bien dans ce débat (ou ce qui en tient lieu) à propos de la transcription de tamazight. La majorité de ceux qui en parlent le font comme si, du jour au lendemain, tout se fera, indépendamment du travail scientifique à accomplir et des durées conséquentes.

Il a fallu plusieurs décennies (un énorme gâchis de temps et pas seulement !) pour que la langue amazighe soit reconnue officiellement. Entre-temps, quelques progrès, bien insuffisants mais réels : plus de présence dans les médias, un début d’enseignement à l’école publique, l’apparition d’une littérature et d’une édition en tamazight. Mais voilà que l’attention se focalise sur la transcription.

On peut y voir la marque d’une avancée puisqu’on se préoccupe du comment, le pourquoi ayant été globalement réglé, hormis quelques agitations idéologiques qui pourraient être risibles. Cependant, on mélange des choses très différentes et on écarte d’emblée le facteur temps.
D’innombrables Algériens, amazighophones ou non, et quelle que soit leur origine lointaine supposée, espèrent acquérir cette langue ou s’y perfectionner. Ou du moins la découvrir. Ou voir leurs enfants la maîtriser.

C’est à cette attente qu’il faut prioritairement répondre. Aussi, du point de vue de l’enseignement (à l’école mais, pourquoi pas aussi, par l’alphabétisation), pourquoi faire maintenant de la question de la transcription un préalable ? Diffusons cette langue en facilitant les choses aux apprenants, selon qu’ils soient plus à l’aise avec les caractères latins, arabes ou tifinagh. Laissons chacun pouvoir la découvrir ou la redécouvrir, l’expérimenter et la pratiquer, éventuellement l’aimer.

Pendant ce temps, laissons du temps aux spécialistes pour défricher, comparer et normaliser les lexiques, les adapter aussi à des domaines divers et nouveaux, fixer les règles d’usage et traiter de la transcription future de tamazight. Ibn Toumert, qui fut un rigoriste religieux mais un homme très intelligent (oui, cela existe), avait fait traduire le Coran en berbère, probablement du tachelhit.

Avez-vous lu quelque part que son entreprise a échoué ? Les Japonais combinent simultanément trois alphabets réservés à des usages particuliers : les kanji, les hiragana et les katakana, ces derniers, par exemple, servant aux mots étrangers. Avez-vous entendu quelque part qu’ils étaient sous-développés ?

De grâce, ne parlons plus de transcription pour l’instant quand il faut d’abord transcrire tamazight dans la réalité, c’est à dire auprès des gens. Franchement, il est fatigant à la fin que tout un chacun chez nous s’estime être expert en mécanique, exégète de l’islam et, désormais aussi, docteur en linguistique amazighe appliquée !

 

Ameziane Ferhani
 
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