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Fronton : La Bouzaréah et l’Himalaya

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le 03.06.17 | 12h00 Réagissez


Comme vous le savez peut-être, je ne suis pas sur le fameux réseau à face de bouc. Mais j’y ai quelques honorables agents qui me signalent parfois les turpitudes ainsi que les bonnes choses qui animent ce vortex planétaire. L’un d’entre eux – une amie dont je ne dévoilerai pas le nom de code – m’a fait découvrir la semaine dernière ce qu’on appelle une community.

Placée sous l’enseigne des «DZéquilibrés», ses membres définissent leur évanescente boutique comme une sorte de club «des déséquilibrés algériens en tous genres où humour décalé et vannes douteuses sont à l’honneur». Ce faisant, ils viennent confirmer que seuls ceux qui assument leurs déséquilibres peuvent prétendre à l’équilibre.

Nos «DZéquilibrés» se sont en effet manifestés en lançant un bel appel pour une «zedma» (rush) afin de «sauver la librairie du boulevard Victor Hugo à Alger». On pouvait y lire : «Nos fast-foods sont pleins, nos librairies sont vides et le peu qu’il en reste est obligé de mettre la clé sous le paillasson». Ils ont ainsi proposé d’aller en masse redonner espoir aux tenants de cette librairie et empêcher sa fermeture. Ils annonçaient, jeudi 25 mai au matin, que 639 personnes s’étaient montrées intéressées et que 371 y avaient déjà participé. Parmi eux, cette amie évoquée plus haut qui s’est offert à bas prix deux incontournables : Des hommes et des souris, de John Steinbeck et La condition humaine, d’André Malraux.

En fait de librairie, il s’agit de la vaste bouquinerie du bas du boulevard qui avait ouvert durant la décennie noire dans un ancien garage souterrain. Son activité avait rejoint l’ensemble des milliers de petites initiatives qui avaient nourri la dignité et la résistance des Algériens. Elle ouvrait même le vendredi matin, en ces temps où acheter un livre prenait une dimension énorme.

On y trouvait parfois des raretés. J’y ai acquis notamment le tout premier numéro du Livre de poche sorti en 1954, Königsmarck de Pierre Benoit, ce réactionnaire imbuvable qui fut cependant un talentueux reporter et romancier d’aventure lancé par L’Atlantide, inspiré de la reine targuie Tin Hinan.

Cet écrivain avait vécu une partie de sa jeunesse en Algérie, à cheval entre le 19e et le 20e siècle, dont quelques années au lycée Bugeaud (auj. Emir Abdelkader). Mais bon, je m’oublie. La bouquinerie donc. Voilà, je me joins à l’appel des «DZéquilibrés» (en étant un moi-même), pour sauver cet établissement bénéfique.

D’ailleurs, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, c’est le Ramadhan où l’on doit, plus que de coutume, faire du bien. Le temps ne manque pas, les fast-foods sont fermés et l’argent que vous deviez éventuellement y verser irait bien dans un livre ou plus à l’adresse indiquée comme dans les autres librairies et bouquineries du pays. Franchement, entre un hamburger-chawarma et un livre, c’est, comme disait un ami perdu de vue, le rapport entre la Bouzaréah et l’Himalaya. Alors, élevez-vous.

Ameziane Ferhani
 
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