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Fronton : La baleine et la souris

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le 16.12.17 | 12h00 Réagissez


Plusieurs contes maghrébins figurent dans les Mille et Une Nuits. J’y ai pensé en lisant l’article ci-contre de Walid Bouchakour sur l’Anthologie de contes algériens de l’anthropologue Rachid Bellil mais aussi, comme vous, en recevant de tristes échos de l’actualité nationale, lesquels m’ont rappelé le début des aventures de Sindbad le marin : «On s’aperçut du tremblement de l’île dans le vaisseau d’où l’on nous cria de nous rembarquer promptement ; que nous allions tous périr ; que ce que nous prenions pour une île, était le dos d’une baleine».

Shahrazade ne précise pas la couleur du cétacé, mais il était sans doute moins criminel que la Baleine Bleue qui hante aujourd’hui l’océan internet et peut conduire au suicide.

Les parents paniquent. L’opinion s’émeut. Les médias répercutent. Le gouvernement s’agite. Mais faut-il de tels drames pour s’intéresser enfin à cette population désignée par «l’âge ingrat» ? Sensible,  décisive, elle mérite une très haute attention, au même titre que l’enfance qui la prépare. L’OMS recense 1,2 milliard d’adolescents (10-19 ans) dans le monde, soit un sixième de l’humanité. En 2015, ils étaient 3000 à mourir chaque jour avec le suicide comme troisième cause de décès.

Lors d’un séminaire à Oran en 2012, on estimait à 10 000 le nombre annuel de tentatives de suicide en Algérie. Les taux de «réalisation» demeurent flous, mais assez inquiétants, avec une prévalence affirmée des jeunes. Aussi, se focaliser sur la Baleine Bleue, c’est se préoccuper d’une arme de crime plus que de ses victimes réelles et potentielles. C’est refuser de considérer notre accueil massif de technologies de communication sans produire assez de contenus.

C’est constater avec légèreté la dislocation des liens sociaux et familiaux au nom des formidables réseaux dits sociaux. C’est oublier que nous n’avons plus les rites de passage à l’âge adulte de nos ancêtres ni créé de modernes comme ailleurs. C’est accepter que nos décideurs omniscients se passent de l’avis de la science quand il existe des études algériennes remarquables sur le suicide.

C’est ne pas considérer – car la culture aussi a horreur du vide – que notre jeunesse est cruellement privée d’imaginaires et de héros et qu’elle est rarement écoutée, à la maison comme dehors. Si l’on bloque la Baleine Bleue (certes, il le faut), qui arrêtera demain le Chameau Vert, l’Eléphant Rouge ou toute création aussi morbide ? Qui s’opposera aux processus d’isolement des enfants plongés dans la garderie virtuelle des appareils offerts par leurs parents et entraînant un retrait de la vie réelle, ce qui est déjà une forme de mort ?

Seule la culture pourrait donner des défenses immunitaires à nos enfants. Si, par exemple, les contes du terroir leur étaient transmis de manière contemporaine, quelle baleine pourrait bien nous effrayer ? Comme dit le proverbe : n’a peur du feu que celui dont le ventre est empli de foin. Alors débarrassons-nous du foin pour ignorer les pyromanes.
 

Ameziane Ferhani
 
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