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Blida. Les 160 ans de l’imprimerie Mauguin

Epopée de caractère

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le 01.07.17 | 12h00 Réagissez

Sans l’imprimerie, jamais le savoir, les sciences et la littérature n’auraient progressé autant. Cette invention prodigieuse, nous la devons à la Chine, au moins au XIe siècle (caractères mobiles), et cinq siècles plus tard, à l’Allemand Johannes Gutenberg, qui la perfectionna.

On peut noter a contrario le rejet de ce formidable procédé sous l’empire ottoman : interdiction de son usage par le sultan Bajazed II en 1485 et même peine de mort aux contrevenants à partir de 1515 par Sélim Ier ! C’est dire quel rapport direct l’histoire entretient avec ces merveilleuses machines dont descendent en partie les ordinateurs.

C’est dire également toute la signification que peut revêtir la commémoration du 160e anniversaire de l’imprimerie Mauguin ce jour, samedi 1er juillet 2017, à Blida. Mais au-delà de la profondeur historique mondiale d’une légende réelle de culture et d’inventivité, cette commémoration nous interpelle pour au moins trois raisons.

La première est liée au fait que peu d’imprimeries privées dans le monde jouissent aujourd’hui d’une telle longévité. Bien peu, y compris en Europe, berceau de la révolution de l’imprimerie, ont résisté aux guerres, aux crises, aux successions et surtout aux changements technologiques qui ont nécessité de difficiles adaptations dans un métier où la tradition est une vertu.

La seconde est liée à la qualité continue des productions de l’imprimerie Mauguin, qui, en plus d’un siècle et demi, et en dépit des contraintes et aléas, a su conserver un label de labeur soigné, formant des générations de typographes, conducteurs de machines, etc., au point de devenir une école vivante des arts graphiques en Algérie et une référence professionnelle établie.

Elle vient d’ailleurs rappeler qu’avant d’être une histoire d’argent, de moyens et de machines, l’imprimerie est avant tout question d’esprit et de savoir-faire, c’est-à-dire d’hommes. La troisième raison nous suggère que ces hommes peuvent être aussi des femmes. Cet anniversaire n’aurait pas eu lieu sans Chantal Lefebvre dont la mémoire est indissolublement attachée à la sauvegarde de ce patrimoine industrieux et culturel.

On ne peut oublier qu’elle était venue gérer en pleine décennie noire l’imprimerie fondée par son grand-père en 1857, au moment où pour beaucoup l’exil semblait la seule issue. S’est-elle jamais rendu compte combien sa bravoure sans bravade était devenue pour beaucoup d’autres un magnifique motif de résistance ?

Quoi ? Une Française à Blida dans les années ’90 ? Mais elle a poursuivi avec élégance et humilité la saga de sa famille en lui donnant des lettres pleinement algériennes, étendant même l’activité d’impression à l’édition, la librairie et les rencontres littéraires. Jusqu’à son dernier souffle, il y a deux ans.

Et c’est une femme encore qui reprend le flambeau, Souhila Lounissi, forte de ses qualifications managériales et de sa passion. Plus d’un siècle et demi d’existence. Combien de milliers de kilomètres de feuilles, utilitaires comme les formulaires d’état-civil que Mauguin imprimait pour toute l’Algérie, ou expressives comme ces pages de romans ou de livres d’histoire ?

Peut-être bien de quoi faire quelques fois le tour de la planète, en tout cas de s’assurer que des distances de l’histoire peuvent jaillir parfois de fructueuses proximités. Au nom d’El Watan, un grand salut à l’imprimerie Mauguin et ses  travailleurs et une révérence posthume à Chantal Lefebvre.

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