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Parution. Israël/Palestine, la défaite du vainqueur

En panne de paix

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le 10.06.17 | 12h00 Réagissez

 
	 
	Les espoirs suscités par les accords de paix, un vieux souvenir.  
Les espoirs suscités par les accords de paix, un vieux...

Le conflit israélo-palestinien semble ces derniers temps avoir perdu son aura médiatique, devant l’invasion de l’Irak par les USA, la guerre en Syrie et l’irruption de Daech sur la scène internationale.

C’est le constat implacable fait par Jean-Paul Chagnollaud, qui vient de publier, Israël/Palestine, la défaite du vainqueur. Cet excellent ouvrage, très bien documenté, coïncide avec le cinquantenaire de la guerre des Six- Jours. L’auteur, universitaire émérite et président de la revue Confluences, connaît bien le sujet et permet aux lecteurs de sortir des positions idéologiques improductives.  Le livre se structure autour de cinq parties, où le souci de la clarté est toujours omniprésent. Dans la première, l’auteur parle de «l’obsession de la force» et évoque la succession des guerres entre Israël et les pays arabes.

Des guerres qui n’ont rien réglé mais ont surtout mis les Palestiniens dans l’impasse. L’auteur explique aussi comment ces guerres ont fait perdre des terres aux Palestiniens pour ensuite les laisser seuls face à la machine de guerre de Tsahal. Il montre, par ailleurs, la mutation du conflit après l’invasion du Liban en 1982, vers une confrontation directe entre Israël et les organisations de résistance à l’occupant.

C’est dans cette nouvelle configuration du conflit que l’auteur décèle ce qu’il désigne par la dissymétrie dans les pertes des vies humaines suite aux opérations de représailles. Pour chaque Israélien tué, c’est des centaines de Palestiniens sacrifiés sous les bombardements massifs et aveugles. D’où les propos de Dominique de Villepin, ancien ministre français des Affaires étrangères, dans une tribune en 2014 : «Il n' y a pas en droit international de droit à la sécurité qui implique en retour un droit à l’occupation et encore moins un droit au massacre. Il y a un droit à la paix qui est le même pour tous les peuples. La sécurité telle que la recherche aujourd’hui Israël se fait contre la paix et contre le peuple palestinien.» Dans la deuxième partie, intitulée «Tuer d’abord, négocier ensuite», l’auteur récapitule tous les assassinats dont sont responsables les services secrets israéliens. Ces exécutions extra-judiciaires dirigées contre les responsables des groupes de résistance à l’occupation ont pour but d’affaiblir l’adversaire pour le mettre dans une position de faiblesse lors des négociations. Dans cette partie, l’auteur analyse de façon pertinente les raisons de l’échec des différentes négociations, et surtout comment le processus de paix d’Oslo est devenu caduc. Les espoirs suscités par les accords de paix ne sont qu’un vieux souvenir.

L’auteur impute ces échecs à répétition à la droite israélienne qui a pris le pouvoir depuis l’assassinat de Rabin en 1995. Cette droitisation de la société israélienne a amené, grâce au système électoral de la proportionnelle, les extrémistes de tous bords au pouvoir. Leur idéologie est fondée sur le rejet de l’autre et l’extension territoriale. Par ailleurs, l’auteur n’oublie pas d’expliquer les raisons de l’effondrement de la gauche par les errements de Shimon Peres, l’un des signataires de l’accord d’Oslo, lorsqu’il s’est allié à Ariel Sharon en 2001.

Ensuite, l’auteur montre que dans ce conflit, le plus grand enjeu reste le statut de Jérusalem et son accaparement. Jean Paul Chagnollaud retrace dans le détail toutes les stratégies utilisées pour pousser les habitants palestiniens de la ville sainte à la quitter. Il rappelle comment le quartier maghrébin a été détruit pour dégager de l’espace devant le mur des Lamentations. Sans oublier toutes les expropriations à Jérusalem-Est pour construire des colonies sauvages sur des terrains palestiniens. Un autre stratagème est utilisé pour vider la ville de ses habitants : leur situation administrative. Ainsi, les Palestiniens de Jérusalem ont une carte d’identité spéciale «qui leur permet seulement d’être des résidents de la ville, c’est-à-dire d’avoir le droit d’être chez eux !» Et de préciser : «Mais, c’est un droit révocable tout en étant conçu sur une idée simple aux conséquences redoutables : on ne peut en bénéficier qu’à la condition que Jérusalem demeure, dans tous les domaines, son ‘centre de vie’.

Tout détenteur d’une carte bleue qui irait vivre, même provisoirement, hors des limites municipales peut avoir ainsi son statut révoqué». L’autre écueil dont souffrent les Palestiniens, c’est la construction du mur de sécurité. Cette barrière en béton étouffe les habitants, les encercle et les emprisonne. Ils sont comme des oiseaux en cage. Toutes les possibilités de se déplacer deviennent vaines.

Enfin, l’auteur revient cinquante ans en arrière, c’est-à-dire à la guerre des Six-Jours de juin 1967. Ce conflit a permis à Israël d’annexer beaucoup de terres, comme le Sinaï, le Golan et Jérusalem-est. Cette victoire lui a ouvert l’appétit pour se sentir dans son droit de transférer les populations, de créer des centaines de colonies et de bafouer les résolutions de l’ONU. Dans cet ouvrage dense qui se lit avec fluidité, et qui mériterait d’être importé ou réédité en Algérie, l’auteur tord le cou à bien d’idées reçues et donne un point de vue pertinent sur cette question épineuse. Le chemin vers la paix semble encore loin.


Jean Paul Chagnollaud, «Israël/ Palestine, La défaite du vainqueur». Sindbad/Actes Sud, 2017.    
 

Slimane Aït Sidhoum
 
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