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Parution : sétif, patrimoine architectural moderne

Edifices édifiants

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le 15.07.17 | 12h00 Réagissez

L’ouvrage d’Assia Samaï-Bouadjadja, est, sauf erreur, le seul de ce type sur une ville algérienne autre qu’Alger.

Dans son excellente préface, Saïd Mazouz, professeur en architecture et vice-recteur à l’université d’Oum El Bouaghi, souligne : «Longtemps ignoré, voire méprisé par les pouvoirs publics, le patrimoine bâti colonial reprend ses droits en matière de recherche, mais aussi dans le processus de fabrication de la ville, en étant, pour cette dernière et dans beaucoup de cas, un élément structurant difficile à éluder.

La prise de conscience, sans cesse grandissante des universitaires et des praticiens, de la médiocrité de la production architecturale et urbaine actuelles, incite à une rétrospective exploratoire profonde et soutenue de notre patrimoine bâti dans toutes ses variantes.»

Il ajoute plus loin : «La crise identitaire actuelle, dont le cadre bâti constitue l’un des miroirs, se manifeste par une production qui oscille entre un ancrage de façade et un universalisme sans âme.» C’est dire qu’un ouvrage comme celui d’Assia Samaï-Bouadjadja, forcément professionnel et technique, s’inscrit cependant dans des enjeux bien plus larges qui englobent, au-delà de l’architecture (mais à travers elle) l’économie, la culture et la société.

L’auteure en est parfaitement consciente, puisque dès son préambule elle signale : ''Le tumulte des opérations urbaines qu’a connues le centre-ville de Sétif depuis quelques années a fortement interpellé les architectes-chercheurs que nous sommes. En effet, la démolition de certaines bâtisses risque de mettre en péril le patrimoine architectural colonial de la ville en mutilant de surcroît la mémoire collective sétifienne''».

Ce processus, toutes les agglomérations du pays l’ont connu et le connaissent encore, du fait de l’absence d’un véritable urbanisme, de pratiques non orthodoxes de la production architecturale et de préjugés prétendument nationalistes et heureusement en baisse délaissant un patrimoine revenant légitimement à l’Algérie, sauf à remettre en cause les Accords d’Evian. D’ailleurs, faut-il parler d’une «architecture coloniale» quand il s’agit plutôt d’une «architecture de la période coloniale» ? En effet, les édifices de cette période se réfèrent à des écoles identifiées (classiques, haussmanniennes, néo-mauresques, modernes…) et il n’existe pas d’architecture coloniale, catégorie inconnue de la discipline.

C’est bien la disponibilité d’une main-d’œuvre abondante et corvéable à merci, qui a permis de construire à moindre frais et d’oser des nouveautés souvent inenvisageables en métropole, où, de plus, les commanditaires étaient limités par de lourdes traditions architecturales. C’est ainsi que l’Algérie est devenue, dans les années cinquante surtout, un des plus importants laboratoires au monde du Mouvement moderne de l’architecture.

Assia Samaï-Bouadjadja nous montre que cette dynamique n’a pas concerné qu’Alger. Ville pourtant marquée par son environnement alors essentiellement agricole, Sétif a généré un urbanisme et des architectures inscrits dans la modernité, et ce, aussi bien au plan des conceptions, des styles que des procédés et matériaux de construction.

L’auteure dresse un inventaire précis du bâti produit entre 1930 et 1962, signalant les entreprises émérites de l’époque (firme Hennebique, Entreprise Perret, Auguste et Frères…) ainsi que les architectes, dont certains prestigieux, tel Léon Jaussely, Prix de Rome. On voit apparaître ainsi dans la capitale des Hauts-Plateaux des techniques révolutionnaires, à peine engagées en Europe : le béton armé avec des portées de plus de 16 m, le béton translucide, alvéolaire ou cellulaire au polystyrène expansé, la structure métallique, le verre dépoli, etc.

Après une présentation rapide, mais efficace, de l’histoire de la ville, de son évolution urbaine et de ses architectures, l’ouvrage s’organise en fiches consacrées aux édifices. Pour chacun, sont précisés les destinations dans leur contexte, les caractéristiques techniques, ainsi que les acteurs du projet (commanditaire, concepteur, entrepreneur). Parfois aussi les situations et usages actuels, voire les réhabilitations. L’inventaire, organisé en districts, comprend aussi bien l’habitat, les services publics, les équipements urbains ou les constructions à caractère économique ou commercial.

Si l’on peut regretter la petitesse des illustrations (photos, plans), elles restent lisibles et leur abondance contribue à la richesse de l’ouvrage. Le lecteur sera étonné de découvrir ce patrimoine «caché» par l’image que l’on a généralement de Sétif, et qui, pour beaucoup, se limite à la carte postale de Aïn Fouara.

En cela, l’auteure, architecte de formation, a fait œuvre de défrichage, en livrant cette synthèse d’un long et ardu travail de recherche lié à sa thèse de doctorat (2016). Dans sa remarquable postface, Nadir Boumaza, professeur émérite à l’université de Grenoble, montre en quoi «le patrimoine colonial est un patrimoine algérien» et souligne tout l’intérêt de cet ouvrage pour les chercheurs, étudiants, praticiens et, espère-t-il, décideurs. Assia Samaï-Bouadjadja a offert là à Sétif, où elle est née, vit et travaille, un outil précieux pour cette ville attachante et dynamique. 
 

Ameziane Ferhani
 
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