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Festival . Le Cinemed de Montpellier

Ecrans d’escales

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le 21.10.17 | 12h00 Réagissez

La trente-neuvième édition du cinéma méditerranéen de Montpellier qui a débuté hier et s’étendra jusqu’au 28 octobre sera dédiée au cinéma algérien.

Comme chaque année, un pays de la rive de la grande bleue est mis à l’honneur pour faire connaître ses œuvres, aussi bien récentes qu’anciennes et mettre en lumière ses talents, ses promesses esthétiques et les difficultés que rencontrent les cinéastes pour continuer à faire leur métier.

Il faut dire que le cinéma algérien, comme on l’affirme souvent pendant ce festival, suscite de grands débats et draine toujours un public très nombreux et divers où les cinéphiles de toutes origines se trouvent renforcés par les émigrés et les natifs d’Algérie. Pour cette année, l’accent sera mis sur la nouvelle génération de cinéastes algériens.

Lors de la conférence de presse de lancement, Mme Frédérique Bredin, présidente du CNC (Centre national du cinéma, France), déclare ainsi : «Cette nouvelle génération de cinéastes algériens se bat pour faire renaître le cinéma dans leur pays. Ils s’appellent, entre autres, Karim Moussaoui, Hassen Ferhani, Sofia Djama, Lyes Salem. Certains ont fait leurs classes au ciné-club Chrysalide d’Alger, qui fait beaucoup pour la défense du septième art, de sa fabrication comme de sa diffusion».

Ces propos encourageants venant d’une connaisseuse qui, de plus, tient les rênes d’un organisme important d’aide au cinéma, apportent une dose d’optimisme en perspective, à savoir l’inscription possible dans la durée de notre cinéma et sa capacité à rayonner à l’échelle universelle.

D’autres intervenants à cette conférence, et non des moindres, ont loué le cinéma algérien à l’instar de Mme Aurélie Filippetti, ancienne ministre de la Culture et présidente du festival qui a mis l’accent sur la présence féminine dans le cinéma en affirmant : «Pour ma part, je me félicite une fois de plus de voir que la place des femmes ne cesse de s’affirmer : déjà l’an dernier, avec la Tunisie, nous avions pu constater à quel point elles font bouger leur pays et le cinéma.

Cette année avec l’Algérie, pays invité d’honneur, nous aurons l’occasion de constater qu’elles sont en première ligne pour transformer leurs visions du monde, leurs histoires, leurs questionnements en création. La jeune garde du cinéma algérien en est la preuve.» La présidente fait allusion notamment au film Les bienheureux de Sofia Djama qui concourt pour
l’Antigone d’Or du Cinemed.

Ce film au parcours déjà très honorable dans certains festivals internationaux est très attendu à Montpellier. D’abord, il faut rappeler qu’en 2012 Sofia Djama était venue au Cinemed projeter son premier court métrage intitulé Mollement, un samedi matin qui avait retenu l’attention du public et des organisateurs par son audace.

Et, comme le précise Christophe Leparc, directeur du festival : «Nous aimons à Montpellier suivre les cinéastes dans leur évolution de carrière.» D’où l’intérêt pour ce film, d’autant qu’il a bénéficié d’une bourse d’aide à la réalisation obtenue auprès du festival. Long métrage de fiction, il sera projeté deux fois, à savoir le dimanche 22 octobre et le mercredi 25 octobre.

Comme le précise le  dossier de presse, l’action se passe à Alger : «Quelques années après la guerre civile, Amal et Samir ont décidé de fêter leur vingtième anniversaire de mariage au restaurant. Pendant leur trajet, tous deux évoquent leur Algérie : Amal, à travers la perte de ses illusions, Samir par la nécessité de s’en accommoder.

Au même moment, Fahim, leur fils, et deux amis, Feriel et Réda, errent dans une Alger qui se referme peu à peu sur elle-même». Ce film qui plaît énormément à la critique est servi par un casting appréciable où figurent notamment Sami Bouadjila, Nadia Kaci, Lina Khoudri et le très talentueux réalisateur marocain Faouzi Bensaidi qui est par la même occasion un remarquable acteur.

Dans la compétition pour l’Antigone d’Or, on compte neuf longs métrages de fiction. On pourra y retrouver Faouzi Bensaidi qui propose sa nouvelle œuvre intitulée Volubilis (2016). Un film qui parle d’amour entre personnes improbables par leur condition sociale et les difficultés qu’elles rencontrent à vivre ensemble sous le même toit.

Un autre film en lice semble intéressant à voir. Il s’agit du Vent du Nord (2017) de Walid Mattar qui se déroule en Tunisie. Il aborde la réalité économique à Tunis au sein d’une usine délocalisée et le désir du jeune Foued qui est au chômage et rêve de travailler pour aider à soigner sa maman et séduire la fille de ses rêves. Une thématique simple et même banale, mais la qualité d’une œuvre d’art ne réside pas forcément dans l’originalité de son sujet.

Le cinéma palestinien sera également présent dans cette compétition officielle avec le film Wajib (2017) d’Annemarie Jacir qui évolue autour du personnage d’Abu Shadi, âgé de 65 ans. Ce professeur à Nazareth, divorcé depuis plusieurs années, prépare le mariage de sa fille. Dans un mois, il vivra seul. Shadi, son fils, architecte installé à Rome depuis longtemps, rentre quelques jours pour l’aider à distribuer les invitations au mariage, de la main à la main, comme le veut la coutume palestinienne.

Tandis qu’ils enchaînent les visites chez les amis et les proches, les tensions entre le père et le fils remontent à la surface et mettent à l’épreuve leurs regards divergents sur la vie. Le cinéma palestinien surprend souvent par ses scénarios et bénéficie de l’expérience de la diaspora qui apporte du sang neuf et une esthétique inédite.

Avant d’arriver à ce premier long métrage, la réalisatrice Annemarie Jacir, Palestino-américaine née en 1974, a réalisé auparavant trois courts-métrages remarqués, dont Le chasseur de paraboles en 2001.
Le jury de l’Antigone d’or est composée de Aure Atika, actrice qui joue dans le nouveau film de Karim Moussaoui,

En attendant les hirondelles (2016), de l’écrivain franco-marocain Tahar Benjelloun, de la productrice Dominique Toussaint, de l’acteur Swann Arlaud et, enfin, du réalisateur Thierry de Peretti. Les moments forts de ce festival seront nombreux, comme la table ronde consacrée au cinéma algérien qui aura lieu le mercredi 25 octobre.

A cette occasion, le public pourra rencontrer une pléiade de réalisateurs et d’acteurs algériens pour discuter avec eux, découvrir leur univers, leurs projets et perspectives. Autour de cette table se tiendront Karim Moussaoui, Damien Ounouri qui a réalisé l’excellent Kindil El Bahr (2016), Hassen Ferhani dont le documentaire,

Dans ma tête un rond-point (2015), a glané une vingtaine de prix dans le monde, et Sofia Djama. Pendant ses sept jours de projections et autres activités, le festival propose en appui dans sa programmation quelques films algériens récents. Parmi eux, trois longs métrages, dont Loubia Hamra (2013) de Narimane Mari, qui revient sur la fin de la guerre d’Algérie.

Il y est question de «sept enfants qui explosent tout ce qui ne bouge pas, inépuisables de gestes et de cris, surtout quand ils s’attaquent aux réserves de l’armée française, histoire pour s’emparer de l’huile, du chocolat, la semoule, le sucre, et même d’un prisonnier de guerre, condamné à manger un plat de haricots». Les deux longs métrages de Lyes Salem seront aussi à l’écran : Mascarades (2008) et L’Oranais (2013).

Le public découvrira également trois documentaires : Bla cinima (2014) de Lamine Ammar-Khodja, un dialogue vivant sur le cinéma en Algérie ou plutôt son absence. On voit ainsi un cinéaste qui arpente les rues d’Alger et aborde les passants pour parler avec eux de cinéma. La présentation de cette œuvre précise : «Très vite rattrapé par la réalité du terrain, il se laisse porter par les situations improvisées et les rencontres spontanées.

Le film dresse un portrait vivant de la ville et propose en filigrane une réflexion sur le cinéma en Algérie». La programmation comprend également Dans ma tête un rond-point de Hassen Ferhani qui se déroule aux Abattoirs d’Alger et Atlal (2016) de Djamal Kerkar qui connaît un beau début de carrière. A propos de son œuvre, ce réalisateur affirme : «Ouled Allal est un territoire suspendu.

Dès qu’on y entre, on a cette impression de faire un voyage dans le temps. Mais, en même temps, plusieurs strates de l’histoire de l’Algérie se superposent là et cette région est en mutation. Poser ma caméra là-bas est devenu nécessaire parce que les traces d’une guerre s’effacent jour après jour...».

Sans oublier une grande rétrospective consacrée aux courts métrages algériens, où l’on retrouve les films des cinéastes algériens déjà cités qui participent à la table-ronde et d’autres comme celui de notre collègue Amel Blidi intitulé A l’ombre des mots (2016), filmé dans un café d’Alger où se retrouvent les malentendants.

La projection, mardi 24 octobre à 19h45 au cinéma le Diagonal, du film de Karim Moussaoui En attendant les hirondelles, auréolé de sa sélection au dernier Festival de Cannes (catégorie Un Certain Regard) et des appréciations positives qu’il a reçues, est très attendue. Pour l’instant, nous nous en remettons à son synopsis : «Passé et présent s’entrechoquent dans les vies d’un riche promoteur immobilier, d’un neurologue ambitieux rattrapé par son passé, et d’une jeune femme tiraillée entre la voie de la raison et ses sentiments.

Trois histoires qui nous plongent dans l’âme humaine de la société algérienne contemporaine». Dans cette copieuse découverte du cinéma algérien, signalons l’hommage particulier qui sera rendu au réalisateur Merzak Allouache avec la projection de tous ses films, dont, bien sûr, le mythique Omar Gatlato (1976) qui a marqué un tournant dans l’histoire du cinéma algérien.

Avec la compétition pour le meilleur film documentaire récompensé par le prix Ulysse, le public pourra découvrir huit œuvres récentes. Dans cette catégorie très attendue, citons trois films. A memory in Khaki (2016) d’Alfoz Tanjour évoque l’histoire de la Syrie à travers divers parcours de personnes. House in the fields (2017) de la réalisatrice Tala Hadid pose son regard sur un village berbère de l’Atlas marocain pour y raconter le quotidien de deux jeunes sœurs.

Enfin, Off frame ou la révolution jusqu’à la victoire (2016) du Palestinien Mohanad Yaqubi porte sur la construction identitaire palestinienne. L’autre compétition qui draine beaucoup de cinéphiles est celle des courts métrages de fiction avec un large panel de 21 films venus de tous les horizons de la Méditerranée.

Cette compétition est un lieu d’observation privilégié pour voir les évolutions du cinéma et repérer l’émergence de nouveaux talents. Le festival Cinemed poursuit donc son odyssée à travers la Mare-Nostrum avec des escales heureuses et des découvertes toujours magiques dans un espace qui n’aspire qu’à la paix.


 

NDLR : PARADOXE ALGERIEN

Publier un article sur un festival étranger qui consacre largement son édition au cinéma algérien et, particulièrement, à ses nouvelles œuvres et ses jeunes réalisateurs et réalisatrices ne peut que nous conforter sur l’existence de talents avérés dans notre pays et l’espoir d’un renouveau du cinéma national.

Notre rôle est d’informer nos lectrices et lecteurs sur ces manifestations. Mais nous devons aussi souligner que nombre d’entre eux et elles nous expriment à chaque fois leur frustration et leur colère de ne pouvoir voir ces films dans leur propre pays. Leur diffusion limitée, essentiellement dans les très rares festivals nationaux, constitue un paradoxe terrible.

«Je suis bien content d’apprendre que les films de nos jeunes réalisateurs arrivent à obtenir des tas de prix dans les festivals du monde. Mais ça nous fait une belle jambe si on ne les voit pas en Algérie», nous écrivait dernièrement un cinéphile de Sétif. Il est certain que, sans leur public premier de destination, ces films sont coupés de leurs propres racines.  A & L.

Slimane Aït Sidhoum
 
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