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Arts visuels. L’exposition Svën à Alger

Détournements de fonds

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le 21.04.18 | 12h00 Réagissez

Svën, c’est le nom de la nouvelle exposition qui se tient jusqu’au 12 mai à la galerie Issue 98 (Didouche Mourad, Alger).

C’est aussi le pseudonyme de l’artiste qui y expose. C’est aussi un «concept», nous dit Hania Zazoua, designer et maîtresse des lieux. Les tifs blonds sur l’affiche sont censés représenter la crinière de l’artiste. Nonobstant sa blondeur supposée et son nom de cimaise à consonance nordique, c’est bien un artiste algérien. C’est un homme et il est plutôt porté sur le design. Voilà tout ce que nous avons pu tirer de la galeriste. Le reste est à déduire de ses œuvres.

L’on comprend vite le recours à ce masque blond quand on découvre que la majeure partie des références détournées dans les œuvres de Svën viennent de la culture populaire occidentale. Des détournements qui se veulent critiques, à l’image de Mikey Raus, le personnage de dessin animé américain grimé ici en Hitler. Façon d’égratigner l’hégémonie de Disney et de l’industrie du divertissement américaine. Ailleurs, c’est la Cène, une des images les plus détournées de l’iconographie occidentale, qui est revisitée avec en guise de convives : Ronald McDonald, Napoléon et le cow-boy de Marlboro.

La table (TV !) est floquée des logos de chaînes de télévision et un bouchon Coca-Cola trône en haut du tableau comme une divinité des temps modernes. On l’aura compris, les images produites œuvrent à déconstruire ce que le marketing américain a construit depuis le siècle dernier et qui fait de la mondialisation une «occidentalisation». D’ailleurs, un autre portrait de Mickey est cette fois représenté en bonhomme mal rasé à la mine déconfite.

Cet «Anonymouse» serait une image de l’artiste lui-même, puisque l’œuvre est intitulée autoportrait. Une manière de reconnaître que cette culture hégémonique l’est tellement qu’on n’y échappe pas, même en la critiquant. La blondeur de cet artiste algérien serait donc le résultat de sa surexposition aux produits de cette incontournable culture de masse. Les références algériennes sont aussi présentes, à l’image des femmes en haïk, ou encore des supporters de football armés jusqu’aux dents. Ailleurs, dans une vieille TV de marque algérienne on trouve une petite figurine d’âne doré, clin d’œil à Apulée de Madaure.

Si les œuvres sont chargées de messages et de références, leur esthétique est plutôt minimaliste. Les créations graphiques de Svën obéissent à la maxime «minimum de moyens pour maximum d’effet». Nous sommes clairement dans l’univers du design, voire de la publicité. L’artiste a par ailleurs créé des personnages récurrents, à l’image des D. Heads, ou encore M. Slibard.

Ce dernier, aujourd’hui âgé de 2 ans, a «vendu son corps» en vue de financer l’exposition. Différents produits dérivés ont été proposés à la vente par l’atelier Brokk’art de Hania Zazoua, la fondatrice de d’Issue 98 qui s’appelle aussi Princesse Zazou et dirige l’agence Bergson and Jung (vous suivez ?!).

La vente de ce M. Slibard, et de sa femme, est une manière de poser le problème du financement de l’activité culturelle en Algérie, explique Zazoua. C’est aussi une proposition de modèle de financement en créant des ponts entre art, artisanat, industrie et marketing. En somme, faire du design. Le développement de cette activité entre l’artistique et le commercial peut être une des voies vers d’autres modes de financement pour une activité culturelle indépendante. C’est ce que défendent les initiateurs d’Issue 98.

Walid Bouchakour
 
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