Pages hebdo Arts et lettres
 

Fronton

Dépassements de fiction

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 28.04.18 | 12h00 Réagissez


S’il est un homme qui avait le sens de la mesure, et donc de la démesure, c’est bien le grand écrivain américain Mark Twain (1835-1910), dont le pseudonyme venait de sa jeunesse où il avait travaillé comme sondeur à bord d’un vapeur du Mississippi.

A la proue du bateau, il devait mesurer la profondeur de l’eau et le capitaine lui criait sans cesse : «Mark twain !» (Marque deux brassées). C’est à lui que nous devons la fameuse formule : «La réalité dépasse la fiction». On s’y réfère partout. Mais, dans notre pays, elle ne dépasse plus. Elle surpasse et outrepasse !

Twain ajoutait «… car la fiction doit contenir de la vraisemblance, mais non pas de la réalité». En d’autres termes, même si un auteur imagine l’inimaginable, celui-ci doit être cohérent et plausible, en tout cas sembler vrai. Cette énorme nuance, indispensable à tout acte de création artistique et littéraire, n’est pas toujours saisie. Et cela s’en ressent sur la qualité des œuvres et leur réception par les publics. Il arrive aussi que la réalité elle-même devienne invraisemblable (ou nous semble le devenir) quand elle échappe à toute logique.

Autre cas, et c’est celui-là qui a déclenché cette chronique : quand la limite entre les deux mondes devient floue et même perméable. Quel meilleur exemple en la matière que celui du film La Bataille d’Alger, qui rebondit encore avec l’avant-première du documentaire de Malek Bensmaïl  (lire p. 16) consacré à cette œuvre majeure qui a connu d’innombrables franchissements de frontières entre la Fictionnie et le Realytistan.

L’un des plus remarquables est celui de ces chars présents à Alger le 19 juin 1965 et que les habitants ont pris pour des éléments de tournage du film. Plusieurs témoignages affirment que le président Boumediene, à la fois scénariste, metteur en scène et acteur principal du coup d’Etat, avait prévu cette confusion entre l’histoire du film et le film de l’Histoire.

On peut se demander si, aujourd’hui, La Bataille d’Alger aurait pu être tourné au vu du lamentable épisode qui a perturbé, la semaine dernière, le tournage à El Maleh du film Héliopolis. Notons que le film de Pontecorvo se réalisait trois ans après l’indépendance, le traumatisme de la guerre étant encore purulent, tandis que celui de Djaffar Gacem se tourne 73 ans après les massacres du 8 Mai 1945 qu’il veut dénoncer ! Ceux qui ont interdit d’utiliser le drapeau français en tant qu’accessoire de décor apparaissent comme de parfaits imbéciles ou de fieffés opportunistes.

Mais ne sont-ils pas aussi les victimes des surenchères sur l’Histoire et de l'instrumentalisation politique de la culture ? Tant que les institutions, les médias et même certains créateurs continueront à confondre une œuvre artistique et littéraire avec un discours politique, une thèse de sociologie ou une monographie, la réalité continuera à bousculer la fiction. Quand ce devrait être l’inverse.
 

Ameziane Ferhani
 
Loading...
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Chroniques
Point zéro Repères éco
Loading...
Vidéo

Débats d'El Watan

Débats d'El Watan
Loading...

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie
 
Loading...