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Cauchemar candide

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le 10.06.17 | 12h00 Réagissez


Le 13 janvier de cette année, décédait le réalisateur Hadj Rahim. Au-delà de son âge, bien qu’il eût gardé un étonnant air de jeunesse, de la crise cardiaque qui l’emporta et enfin du destin qui, par définition, nous échappe, nous savons maintenant que ce n’était pas un hasard.
Cet homme, inconnu des jeunes générations, était le père de la première Caméra invisible algérienne. Etait-ce au début ou au milieu des années soixante-dix ? En tout cas dans cette décennie, la deuxième de l’indépendance. Les Algériens et les Algériennes avaient vu apparaître sur leur unique chaîne de télévision en noir et blanc sa mythique émission. Imagine-t-on ce qu’il fallait de volonté et d’ingéniosité pour cacher des caméras préhistoriques, lourdes et volumineuses ? Imagine-t-on aussi l’audace qu’il fallait à «mettre en scène» de simples citoyens quand l’information et les JT d’abord, ressemblaient à une liste protocolaire descendante, pratique dont nous ne nous sommes pas encore libérés.

Faire entrer les «gens de la rue» dans le petit écran, en tant que sujets parlants et agissants, équivalait à commettre une petite révolution médiatique. Celle-ci peut paraître dérisoire aujourd’hui, mais, dans le contexte, elle avait eu un impact énorme. Quelque chose de l’ordre de la fin du cinéma muet. On pourrait en dire autant des épisodes de l’Inspecteur Tahar (dont plusieurs d’ailleurs réalisés par Hadj Rahim), expressions qui venaient percer la chape de plomb de l’époque. Avec la Caméra invisible de Hadj Rahim, les téléspectateurs riaient bien sûr mais réfléchissaient souvent. Les épisodes de cette série loufoque étaient des tranches de vie saisies au vol, des témoignages vivants et amusants de la société algérienne d’alors. Aujourd’hui, ce sont des archives audiovisuelles précieuses sur les rapports entre générations, sexes, milieux sociaux, villes et campagnes, peuple et autorités. Et, pour la première fois, les Algériens se voyaient tels qu’ils étaient, filmés brut de décoffrage par des Algériens comme eux. D’où le succès absolu de l’émission. Mais surtout, tout cela respirait la bienveillance avec même une touche de poésie et surtout une empathie visible pour les «victimes».

C’est un certain Allen Funt qui inventa le concept aux USA à la fin des années 40 sous le titre de Candid Camera. Les Français le reprirent en 1964. Dix ans plus tard, arrivait Hadj Rahim avec la première émission du genre dans le monde arabe. Mais pourquoi je vous parle de lui ? En fait, à cause d’un cauchemar dans lequel je l’ai vu dévaler les escaliers Lacanau dans son quartier et hurler comme un désespéré. Je me suis arrêté pour le calmer et il m’a demandé : «Tu es algérien ?». J’ai acquiescé et il est parti alors d’un grand éclat de rire en me disant : «Eh bien, tu as été piégé par la plus grande caméra cachée de l’histoire !». Alors mon cauchemar s’est transformé en rêve, car, si j’ai bien compris, dans ce type d’émission, on se marre bien avec des gens subtils et bien intentionnés.

Ameziane Ferhani
 
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