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Anonymous de la culture

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le 18.11.17 | 12h00 Réagissez


Je ne vais pas vous parler ici de ces fameux flibustiers d’internet dont l’existence n’est attestée que par leur masque amusant de mousquetaires de la Toile. Mais plutôt de ces personnes méconnues dont l’existence et l’activité sont vitales à la vie culturelle.

Professionnellement déjà, longue est la liste des métiers concernés : cadreur, script, preneur de son,  maquettiste, éclairagiste, monteur, accessoiriste, machiniste, costumier, régisseur-correcteur, diffuseur, etc. Certes, sur l’échelle des postes de travail, leurs niveaux diffèrent. Mais tous contribuent à la production de l’art et sans eux, les «feux de la rampe» ne s’allumeraient jamais, bien qu’ils ne profitent que très rarement de leur lumière.

Parmi eux, figurent des créateurs à part entière, tels que les scénaristes ou les scénographes. Leur gloire consiste souvent en une fraction de seconde de générique ou une ligne au bas d’une fiche technique illisible. En Algérie, en dépit de quelques progrès, le déficit de reconnaissance des auteurs et artistes reste énorme. Que dire alors de ces artisans de la culture ?  

Anonymes aussi les spectateurs, lecteurs, mélomanes et autres «consommateurs» placés sous le générique de «public». Un singulier bien singulier, puisque dans le monde entier et depuis des lustres, on parle de «publics» au pluriel. Il n’a jamais existé et il n’existera jamais de «public unique», concept aberrant qui est peut-être une survivance de l’ère du parti unique réduisant le citoyen à un prototype abstrait. En revanche, il existe au moins autant de publics que de tranches d’âges, catégories socioprofessionnelles, goûts et autres indices de différenciation.

Ainsi, si l’on peut annoncer que le dernier Salon du livre d’Alger a accueilli plus de 1,7 million de visiteurs, on ne peut, faute d’études et de sondages, définir les profils du lectorat national. Et cela vaut pour tous les domaines de la culture. Première conséquence : sans données précises, on ne peut valablement organiser l’action culturelle.

Deuxième conséquence : la réception des œuvres est perturbée. Puisque l’on croit au spectateur unique, dès qu’un livre, une pièce ou un film sortent, ils «doivent» être destinés à l’ensemble du peuple algérien et donc s’adresser et plaire à 40 millions d’individus. On a vu ainsi des films dénoncés pour avoir choqué des enfants sans que personne (à commencer par leurs parents) ne se demande pourquoi ils devaient les voir ! Ou des personnes s’en prendre à une chanson quand elles pourraient simplement écouter celles qui leur plaisent ! La notion de public unique est bien une des clés de la tentation censoriale.
Le cheminement de la pensée est souvent bizarre.

Toutes ces réflexions me sont venues en pensant à mon défunt père qui disait qu’il fallait respecter tous les métiers, mais accorder des égards particuliers à deux d’entre eux  : le coiffeur et le facteur. Car ils sont les seuls à qui l’on confie respectivement sa tête et ses secrets. Bon, je vous aurais averti.
 

Ameziane Ferhani
 
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