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à propos du décès de Beloufa

Adieu Farouk

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le 28.04.18 | 12h00 Réagissez

Ce n’est qu’une semaine après son décès, le 9 avril, que j’ai eu l’information selon laquelle Farouk Beloufa, gravement malade depuis deux mois, aurait succombé à un arrêt cardiaque.

Si ses amis et ses proches ont été avertis si tard, c’est parce que l’auteur de Nahla vivait seul, en reclus, coupé du monde depuis plusieurs années. Il a même été inhumé au cimetière de Thiais, en région parisienne, dans l’anonymat le plus total.

A Paris, j’ai été l’un des rares de la diaspora à maintenir un lien avec lui et à l’aider de mon mieux, tant ses difficultés matérielles et financières étaient énormes, depuis que «L’Algérie m’a tuer» avec les déboires de son dernier opus Le silence du sphinx terminé en 2015 et qui était une commande du ministère de la Culture pilotée par un producteur privé algérien.

Depuis des années, Farouk, perclus de dettes (labo, techniciens…) bataillait pour percevoir la dernière tranche financière de cette production.

Grâce aux rencontres organisées par le Maghreb des films, Farouk a pu projeter en avant-première Le Silence du sphinx en 2015 dans le cadre d’une autre avant-première, celle de L’Oranai, de Lyes Salem, d’autant que ce dernier est l’acteur principal de Farouk pour son dernier film.

La présentation-débat a été riche et Farouk, discret sur ses soucis financiers, a préféré expliciter sa démarche cinématographique plutôt que de se lamenter une nouvelle fois sur la manière désinvolte avec laquelle il a été traité par certains responsables politiques : que des fins de non-recevoir à toutes ses demandes de règlement.

Entre-temps, il tirait le diable par la queue, vivant de quelques aides d’amis, dont le fidèle Merzak Allouache. Il avait des retards de loyer et risquait à tout moment d’endosser le statut de SDF… Et beaucoup de ceux, qui, aujourd’hui, poussent des cris d’orfraie, feraient mieux de s’interroger sur eux-mêmes. Je pense en particulier à un responsable de festival que je savais proche du ministre de la Culture et que Farouk a maintes fois sollicité, en vain.

Nous nous parlions régulièrement au téléphone et je l’ai eu quelques jours avant sa mort. Et là encore, il ne prêchait pas pour lui, mais pour évoquer son fils Naïl qui avait terminé un film qu’il voulait que je visionne. «L’Algérie m’a tuer» ai-je écrit plus haut, parodiant la phrase de l’affaire du jardinier Omar Raddad.

Et plus d’une fois… Après avoir signé avec Nahla en 1979 l’un des fleurons de la cinématographie algérienne, Farouk, sans doute le cinéaste le plus doué de sa génération s’était emballé pour Le pain nu, le roman autobiographique du Marocain Mohamed Choukri. Hélas, pour des raisons multiples, le projet n’aboutira pas, alors même qu’il avait rencontré l’écrivain et avancé sur des options de scénario. Le résultat sera le même pour son Isabelle Eberhardt, qui lui tenait aussi à cœur, avec, là aussi, des idées de mise en scène qui en auraient sûrement fait un grand film…

Au Maghreb des films, nous avons programmé plusieurs fois Nahla. Mais rien ne pouvait combler la dette de la finition du Silence du sphinx. Jusqu’à son monteur français, devenu éditeur-vidéo, qui lui a fait signer un contrat léonin, le privant de tous ses droits. Farouk m’appela d’ailleurs pour que je sollicite Mohamed Lakdhar-Hamina, ancien directeur de l’Oncic afin qu’il lui établisse par écrit la preuve qu’il était le seul propriétaire de son film Nahla.

Farouk, ce n’est pas l’histoire d’un échec personnel, c’est l’histoire d’un pays qui a du mépris pour sa mémoire et son patrimoine cinématographique. Au passage, un grand bravo à Amir Nebbache, pour ses efforts et son engagement sur Canal Algérie avec son émission Ciné-Thématique, qui redonne un peu de baume au cœur…

Adieu Farouk, et que les cieux te soient plus cléments que ton passage sur ta terre nourricière qui t’aura déçu et rendu malade dans les deux sens du terme…
 

Mouloud Mimoun
 
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