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       <title>El Watan - Entretien</title>
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       <lastBuildDate>Tue, 29 May 2012 03:50:22 +0100</lastBuildDate>
       <link>http://www.elwatan.com</link>
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           <title>«Si rien n’est fait, dans cinq ans ce sera plus grave»</title>
           <author>Said Rabia </author>
           <guid>http://www.elwatan.com/dossier/si-rien-n-est-fait-dans-cinq-ans-ce-sera-plus-grave-19-01-2012-155470_151.php</guid>
           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 19 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 19 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	C’est la faute à l’explosion démographique. En plus, il suffit de voir le taux de l’analphabétisme à l’indépendance : il y avait 85% d’analphabètes. Cela veut dire qu’il n’y avait que 15% d’Algériens qui étaient alphabétisés 
	- Monsieur Bourouina, vous qui avez été pendant longtemps cadre dans le secteur de l’éducation, que pensez-vous de l’école algérienne d’aujourd’hui, de ses insuffisances et de ses points positifs s’il y en a ?

	Vous savez, l’artisan du succès de la mission de l’école est l’enseignant. Le problème central dont souffre l’école algérienne est lié à l’encadrement. C’est un problème qui n’est pas lié aux aspects quantitatifs. La question est réglée avec la démocratisation de l’enseignement et avec la multiplication des centres universitaires sur l’ensemble du territoire. Quant à la qualité, aussi bien en ce qui concerne la qualification académique, c’est-à-dire la maîtrise des disciplines enseignées, qu’en ce qui concerne l’art de former, la situation n’est pas bonne. Enseigner est un métier, un véritable métier. Et nos enseignants manquent de professionnalisation et de professionnalisme.

	 

	- A votre avis, à quoi cette situation est-elle due ? Est-ce la faute aux enseignants ? Est-ce la faute des responsables en charge de l’éducation nationale ?

	Ce n’est la faute à personne, ce n’est ni celle des autorités ni celle des enseignants.

	
	
	- C’est la faute à qui, alors ?

	A l’explosion démographique. En plus, il suffit de voir le taux de l’analphabétisme à l’indépendance : il y avait 85% d’analphabètes. Cela veut dire qu’il n’y avait que 15% d’Algériens qui étaient alphabétisés. Au lendemain de l’indépendance, les statistiques montraient que le nombre d’élèves, à cette époque-là, était de 860 000. Nous en sommes à plus de 8 millions. Il y a eu des efforts des politiques publiques en direction de l’éducation. On ne peut pas leur reprocher de ne pas avoir construit suffisamment.  

	
	- Alors, à quoi est dû l’échec de l’école ?

	C’est une question de formation des enseignants. On a souvent cru qu’en élevant le niveau de qualification, on améliorait la qualité de l’enseignement dispensé. C’est faux. C’est quelqu’un qui a passé 46 ans dans l’éducation qui vous le dit. On a vu des moniteurs, au lendemain de l’indépendance, avec le niveau de certificat d’études, recrutés et formés «à la cocotte-minute», mis dans les classes en face d’effectifs pléthoriques, 45 à 50 élèves. Ils se sont débrouillés et ont formé des générations.  

	
	
	- Pourquoi en est-on arrivé là ?

	Le problème est que l’on a considéré, pendant très longtemps, certains jusqu’à présent, que la qualification universitaire suffisait. Le licencié a encore besoin de formation, d’adaptation au poste de travail, de formation initiale au métier d’enseigner. Les enseignants sont recrutés par voie de concours.

	
	
	- Justement, l’école n’est-elle pas victime de cette politique ?

	C’est l’évolution du système qui a voulu cela. La formation des enseignants, en Algérie, a fluctué depuis le système de l’école normale qui existait à l’époque coloniale et dont nous avons hérité à l’indépendance. Nous l’avons développé en y adjoignant des écoles normales d’instructeurs. A l’époque, il n’y avait pas de bacheliers. On prenait des élèves avec le niveau du BEPC de cette période ou avec le brevet élémentaire, on les formait dans ces écoles pour leur donner le savoir-faire, comment enseigner, comment établir la relation maître-élève, comment gérer la pratique de la classe, comment préparer ses cours, comment les planifier sur un trimestre, sur toute l’année. Tout cela s’apprend ! Disons que l’enseignant à qui l’on remet une affection, aujourd’hui, pour qu’il rejoigne une école, ne sait pas tout cela. Cependant, il y a des wilayas ou des régions, où était déjà implantée une école normale, et là où il y en avait une, il y a forcément un noyau de pédagogues et une tradition de formation des enseignants.  

	
	 
	- Donc, pour vous, le problème central est l’enseignant ?

	Je vous le redis encore une fois, le problème central, le problème vital est celui de l’enseignant. C’est celui de la formation professionnelle de l’enseignant. La formation pédagogique de l’enseignant. L’inculcation des savoir-faire élémentaires qu’il ne maîtrise pas.  

	
	
	- La question des programmes chargés revient à chaque fois ; elle est considérée comme étant l’une des raisons de l’échec scolaire…

	Il n’y a pas de programmes légers et il n’y a pas de programmes trop chargés. Les programmes ne font que recenser l’ensemble des connaissances que les élèves sont censés maîtriser au cours d’un cycle d’études déterminé, que ce soit une année scolaire ou un niveau d’enseignement. On ne peut pas parler de la charge des contenus qui sont universels. Prenez les programmes des mathématiques et comparez-les à ceux de l’ensemble des pays de la planète, vous allez trouver que ce sont les mêmes programmes. Là, c’est du point de vue notionnel. La différence est dans la présentation et dans l’orientation méthodologique.

	
	
	- Une question sur l’enseignement en général et celui des langues en particulier : l’enseignement élémentaire, lire, écrire et compter, l’école éprouve du mal à accomplir cette tâche…

	Lire, écrire et compter sont les fondamentaux de l’éducation.
	
	Pour l’apprentissage des langues, les résultats, comme vous le savez, sont catastrophiques. Serait-ce un problème d’approche ?
	Au niveau de la commission nationale des programmes, ils ont adopté l’approche par les compétences. Pour les langues c’est très simple : il y a quatre compétences qu’on ne cesse de développer depuis la première année primaire jusqu’au baccalauréat et, plus encore, jusqu’à la licence de langue. On ne fait que continuer à développer ces quatre compétences.
	La première est d’avoir la capacité d’entendre et de comprendre un message, une information. La deuxième, c’est la capacité de lire et de comprendre. Ces deux compétences sont passives parce que vous n’avez pas d’effort à fournir pour entendre. Le son vient à votre oreille. Les deux autres, qui sont actives, c’est parler et se faire comprendre, écrire et se faire comprendre. Les programmes sont basés sur ces quatre compétences ; l’entraînement en classe est bâti sur celles-ci. Sauf si l’enseignant n’a pas conscience du fait que l’architecture de son programme repose sur ces quatre piliers.

	
	
	- Si ce n’est ni la méthode d’enseignement ni les programmes qui posent problème, c’est quoi alors ?

	Là il y a une incompréhension. Si vous parlez de la méthode tracée par la commission nationale des programmes c’est une chose, si vous me parlez de la méthode d’enseigner, c’est une autre chose.

	
	
	- Il y a une différence ?

	Bien sûr qu’il y a une différence. On dit à l’enseignant comment il faut faire, il essaie de s’imprégner de ce « comment il faut faire » et il l’applique. A quel degré a-t-il compris ? A quel degré est-il capable de respecter les consignes ? C’est une autre histoire. C’est pour cette raison que je dis que le point focal du succès ou de l’échec d’un système éducatif, c’est la formation de l’enseignant. Si on avait formé l’enseignant à l’art d’enseigner, s’il avait été quelque peu initié grâce à un contact avec une autorité pédagogique, avec un inspecteur, un ancien collègue, il n’y aurait pas de dégâts, même s’il n’est pas très efficace. Malheureusement, nous avons des gens qui font des dégâts parce qu’ils n’ont jamais été initiés à la manière de conduire une classe.

	Je comprends les parents d’élèves, ceux qui se plaignent de la manière dont réagissent leurs enfants à leur contact avec l’école. Le premier contact, en première année. Les élèves qui ont fait le préscolaire, à la rigueur, arrivent à suivre, les autres moins. Un enseignement préscolaire auquel des pays comme le nôtre n’accordent pas une grande importance. Des études scientifiques démontrent que les enfants qui ont fait le préscolaire, qui ont bénéficié d’activités d’éveil dès la première enfance, c’est-à-dire entre trois et six ans, sont ceux qui réussissent le plus dans leurs études ultérieures, y compris les études universitaires. On se dit : comment cela est-il possible ? Il y a l’effet cumulatif.  Encore mieux : un prix Nobel d’économie a dit que la participation aux programmes d’éveil et d’éducation dans la petite enfance contribuent à diminuer la criminalité dans le monde adulte.   

	
	
	- Pourquoi le préscolaire n’est-il pas obligatoire chez nous ?   

	Il me semble que c’est en raison des incidences financières de cet enseignement.

	
	
	- Mais il y a une sorte d’école à deux vitesses…  

	Vous savez, il faut que le feu vert soit donné par la puissance publique (l’Etat, le gouvernement). La loi est claire à ce sujet : elle définit l’éducation préscolaire et prévoit que l’éducation préparatoire, c’est-à-dire la dernière année du préscolaire, de 5 ans à 6 ans, soit généralisée progressivement. En principe, on devrait la voir concrétisée d’après la programmation du ministère de l’Education nationale. Mais ce n’est pas le cas. Aussi faut-il comprendre que le ministère ne peut défoncer un portail blindé lorsqu’au niveau de la puissance publique, on dit : «On ne peut pas». En vérité, on ne sait pas quoi faire de nos richesses. Cet enseignement n’est pas encore généralisé ; ce qui se fait actuellement est insuffisant parce qu’on ne s’intéresse qu’à la troisième année préparatoire. Voilà une faille qu’un ministère seul ne peut pas régler.

	
	 
	- Revenons à la méthode d’approche par les compétences qui est aujourd’hui en vigueur dans l’enseignement ; elle est critiquée dans les pays mêmes où elle a été initiée… Pour ses détracteurs, cette méthode néglige les savoirs et les connaissances. Comment a-t-on pensé à en faire usage dans l’école algérienne ?

	Beaucoup critiquée même. Il y a des effets de mode. Quand ils ont appris qu’une nouvelle approche avait été mise au point, ils s’y sont agrippés tout de suite. On a encensé cette méthode et on a cru trouver la clé pour résoudre tous les problèmes de l’Algérie. La gestation a commencé au début des années 2000. En 2003, il y a eu la première mise en œuvre des programmes de la première année primaire et de la première année moyenne avec l’approche par les compétences. Et chaque année, on avançait dans la mise en place des nouveaux programmes basés sur l’approche par les compétences. Les partisans de cette approche, en Occident, avaient déjà réussi à l’implanter dans un certain nombre de pays africains. Et lorsqu’ils l’ont fait au Maroc et en Tunisie, les Algériens ont dû se dire pourquoi pas nous aussi. Normalement, même en s’y engageant, ce n’est pas catastrophique parce que les méthodes évoluent. Et quelle que soit l’évolution, on retrouve la trame. Chez nous, ceux qui ont mis en œuvre cette méthode ont coupé la trame en disant qu’avec l’approche par les objectifs, on était à côté de la plaque ! Et puis, le mot compétent est un mot magique. Même les parents d’élèves étaient séduits par l’approche. Il n’y aura pas d’échec. L’approche par les compétences a été conçue par Noël Chomsky, un sociolinguiste du Massachusetts Institute of Technology. C’est lui qui a mis au point la dichotomie en linguistique, la dichotomie compétence-performance. Ceux qui se sont embarqués sur ce modèle pour faire l’approche par les compétences à des fins d’enseignement ou de formation se sont dit c’est formidable : d’un côté on a la compétence, de l’autre on a la performance, donc on va augmenter la productivité et le rendement des usines ! Ce sont donc les Etats-Unis qui ont été les premiers à transposer l’approche par les compétences dans le domaine de l’enseignement. Mais, très pragmatiques, ils ne l’ont expérimentée que dans un nombre réduit de classes avec un nombre limité d’élèves. Après évaluation, les résultats ont été significatifs : ceux qui étaient censés devenir compétents étaient les moins capables. Le verdict n’a pas tardé à tomber : au bout d’un certain temps, les Américains ont abandonné cette méthode. Chez nous, on s’est précipité à l’appliquer et à la généraliser dès le début. On ne peut pas parler de compétences si, au préalable, il n’y a pas les connaissances.   

	
	 
	- Mais a-t-on conscience des résultats que cela donne ? Certains craignent l’existence d’un plan diabolique pour détruire l’école…

	Effectivement. Personne n’a été formé à l’approche par les compétences. Les inspecteurs qui n’ont été formés à aucune approche, eux aussi, disent aux enseignants : faites comme vous savez faire. Le fond du problème est que les enseignants sont recrutés directement par voie de concours. Si c’est une politique délibérée, il est évident qu’elle vise à former des abrutis. Mais je ne le pense pas. C’est un dysfonctionnement qui a existé dans l’histoire du système éducatif algérien en matière de formation des enseignants. Les ITE n’existent plus. La formation des enseignants est déterminante pour l’efficacité du système éducatif ; elle en est la pierre angulaire. On a pensé que le niveau allait être relevé avec le niveau de qualification. Quand on parle de pédagogie, on vous répond : épargnez-nous votre philosophie ! C’est là le langage tenu à l’éducation et c’est la raison qui a fait qu’on est arrivé à ce point presque de non-retour. Ce ne sont pas les mathématiques ou les langues qu’il faut leur enseigner ; il faut leur inculquer comment enseigner les mathématiques et les langues.

	
	
	- Mais dans le cas ou à l’origine déjà, il n’y avait pas de maîtrise de ces matières…

	C’est kafkaïen. C’est absurde.
	
	On dit que les enseignants qui arrivent dans les écoles, aujourd’hui, appartiennent en partie à cette même école qui a échoué…   
	Il y a toujours ceux qui appartiennent à l’ancienne génération. Mais effectivement, ils commencent à arriver. Je vais vous dire, avec le système LMD, si rien n’est fait pour la formation des enseignants, dans cinq ans la situation sera plus grave.  

	
	 
	- Quelle est la solution à la problématique de l’école algérienne, à votre avis ?

	C’est de faire un vaste programme de formation pour les enseignants en cours d’emploi. De mettre en place un dispositif de formation en cours d’emploi – obligatoire et non pas optionnel – pour l’enseignant afin qu’il soit efficace dans sa classe.</description>
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           <title>Anouar Malek : «En Syrie, on a menacé  de m’égorger»</title>
           <author>Adlène Meddi Mélanie Matarese </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Entretien</category>
           <pubDate>Tue, 17 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Tue, 17 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	La fracassante démission du journaliste et écrivain algérien Anouar Malek, le 6 janvier, de la mission d’observateurs de la Ligue arabe en Syrie a mis à mal le régime de Damas, la Ligue arabe et même les autorités algériennes. Dans cet entretien exclusif à El Watan, il répond aux déclarations de Mourad Medelci et aux accusations du général soudanais Eddabi, chef de la mission. 
	-Comment avez-vous participé à la mission d’observation en Syrie et sous l’égide de quelle ONG ?

	J’ai été choisi par le Comité arabe des droits de l’homme, dont le siège est à Paris, pour représenter l’ONG dans cette mission humanitaire. Je n’ai pas hésité à accepter cette offre car j’ai vu dans cette participation ma contribution à l’instauration de la paix en Syrie, un pays très cher à mon cœur.

	-Combien y avait-il d’observateurs algériens au sein de cette mission ?

	J’étais dans le premier groupe qui a quitté Le Caire pour Damas le 26 décembre dernier, et qui comprenait environ cinquante observateurs représentant plusieurs pays dont l’Algérie, la Tunisie, l’Irak, la Mauritanie, le Soudan, Djibouti, le Maroc et l’Egypte. A ce moment-là, l’Algérie avait envoyé six responsables, trois lieutenants-colonels et trois représentants du ministère des Affaires étrangères, qui ont été rejoints par quatre autres Algériens. En tout, la mission officielle algérienne comprenait dix responsables, répartis entre la banlieue de Damas, Deraa, et Alep.

	-Que répondez-vous à Mourad Medelci qui a clairement fait entendre que vous ne représentiez pas l’Etat algérien ? Vous attendiez-vous à une telle réaction ?

	J’ai été surpris par les termes employés par le ministre algérien des Affaires étrangères. Comme s’il m’enlevait ma nationalité algérienne, alors que je n’ai pas d’autre nationalité. Il aurait fallu que M. Medelci dise : «Anouar Malek est Algérien, mais il ne fait pas partie de la délégation officielle du gouvernement algérien.» Ses propos illustrent une défense franche du régime de Bachar Al Assad. Il est vrai que je ne représente pas le gouvernement. Et cela ne m’honorerait pas de représenter un gouvernement dont le ministre des Affaires étrangères est Mourad Medelci, parce qu’on l’a vu à plusieurs reprises commettre de graves erreurs qui font honte à la diplomatie algérienne.

	La première personne à s’être désolidarisée de ma position a malheureusement été M. Medelci, alors que le ministre des Affaires étrangères syrien, Walid Al Mouallem, n’a même pas réagi. A mon tour et en tant qu’observateur, je me désolidarise complètement des propos de M. Medelci sur la situation en Syrie. Des propos en complète contradiction avec la réalité du terrain. Je ne sais pas quelles sont les sources de ce ministre ; si ces sources proviennent de la Ligue arabe, j’ai déjà affirmé que tous les rapports envoyés sont mensongers. Si ces sources sont des membres de sa propre délégation en Syrie et si elles affirment qu’elles ont une autre opinion que la mienne, alors cela décrédibilise encore plus la mission des observateurs. Car cela signifie qu’ils obéissent à leur propre gouvernement et non au protocole de la Ligue arabe.

	Par ailleurs, les premières vidéos à avoir filtré étaient celles du commandant Achour, de la délégation officielle algérienne, où l’on voit clairement des snipers à Deraa, des scènes dont le général Mohammed Ahmed Mustapha Eddabi, chef de la mission des observateurs, a démenti l’existence. De toute manière, M. Medelci s’est lui-même décrédibilisé ainsi que son propre ministère. Encore une fois, il fragilise la position officielle du régime.
	
	-Que répondez-vous au chef de la mission d’observation qui vous reproche de n’avoir pas quitté votre chambre pendant six jours ?

	Ce sont les chaînes satellitaires qui lui ont répondu, à chaque fois qu’elles diffusaient une vidéo où l’on me voyait en sa compagnie dans les quartiers de Homs où j’accomplissais ma mission de manière tout à fait normale ! Même les chaînes satellitaires syriennes et d’autres chaînes arabes pro-Al Assad qui m’attaquaient ont montré, elles aussi, des vidéos où j’apparais dans plusieurs quartiers de Homs. J’ai passé seize jours à Homs et j’ai été le premier, en compagnie d’Eddabi, à entrer dans le quartier de Baba Amrou. Nous y sommes restés deux jours consécutifs. Ce fut notre première sortie sur le terrain. Et ce même Eddabi prétend que j’ai passé six jours dans ma chambre d’hôtel ! Alors, qu’ai-je fait durant les dix autres jours ?

	J’ai également publié mes observations sur ma page facebook le matin du vendredi 6 janvier 2012. Et cette page a été piratée le jour même, après que les médias aient repris les informations. J’ai tout de suite gelé mon travail au sein de la mission jusqu’à mon départ de Homs lundi 9 janvier au matin. A propos de ma prétendue maladie, j’ai juste attrapé une grippe, comme mes autres collègues de la mission, et c’était pendant la période où j’avais démissionné. Le plus surprenant est arrivé le samedi 7 janvier : la Ligue arabe a démenti la fermeture de ma page facebook en prétendant que je suis ambassadeur et que je m’appelle Anouar Abdelmalek Ahmed.

	Cela est arrivé parce qu’Eddabi m’a contacté alors que j’étais dans ma chambre et il m’a questionné sur ma page facebook fermée. Je lui ai répondu que je n’étais pas au courant parce que je n’avais pas internet dans ma chambre, mais il ne m’a plus contacté par la suite. Les accusations d’Eddabi l’ont mis à nu et corroborent tout ce que j’ai dit à propos de cette mission inefficace, d’un niveau ridicule, qui ne correspond pas à une très grande mission dont dépend l’avenir de tout un pays et de la région.
	
	-Avez-vous reçu des menaces ?

	Le vendredi 6 janvier, suite à la publication de mes observations sur facebook, j’ai reçu plus de dix appels anonymes me menaçant d’être «égorgé». Et le jour où nous avons, avec mes collègues, quitté Homs pour Damas, des snipers ont tenté de nous tuer. Heureusement, seule notre voiture et celle de notre protection ont été touchées. Chose bizarre, nos accompagnateurs nous ont emmenés sur une route, à côté du quartier de Baba Amrou, alors que ce n’était pas notre chemin habituel. Le régime voulait nous convaincre que c’était l’armée libre syrienne basée à Baba Amrou qui avait tenté de nous tuer. Or, nous avons essuyé des tirs alors que nous nous trouvions sur un pont proche de l’université du Baas.

	Un barrage de chebihas (milices armées civiles pro-régime, ndlr) nous séparait du quartier de Baba Amrou ainsi que des maisons, toutes occupées par l’armée syrienne et les snipers. Un professeur d’université m’a personnellement informé qu’il avait vu des snipers en train de se préparer sur le toit d’une maison, un quart d’heure avant notre passage. Après avoir démissionné et après mes déclarations à Al Jazeera, j’ai reçu des appels téléphoniques anonymes de chantage. On me menaçait de publier des photos de moi dans la salle de bains de ma chambre de l’hôtel Essafir, à Homs !
	
	-Est-ce que d’autres observateurs ont démissionné ?

	Oui. Avant moi, d’autres étaient déjà partis quand je me trouvais encore à Damas. Le lundi 9 janvier, le docteur Abdelhamid Elouali a quitté la mission. Il avait, dans une réunion le 27 décembre dernier, très violemment critiqué la mission en la qualifiant de «mascarade». Pendant ce temps-là, le général Eddabi était occupé au téléphone. Le Marocain l’a interpellé : «Il est très mal élevé de rester au téléphone quand quelqu’un vous parle.» Un Tunisien a aussi demandé à quitter la mission, mais je ne connais pas la suite. L’Egyptien Ahmed Abdallah Khalil et le Djiboutien Mohamed Houcine Omar ont quitté la mission avec moi et je sais que d’autres ont menacé de se retirer si les choses restaient en l’état.
	
	-Quelles ont été vos conditions de travail sur place ? Qu’est-ce qui vous a le plus choqué ?

	Il n’y avait aucune condition spécifique de travail. Nous avions un protocole à suivre, mais sur place, il n’était pas respecté. Nous souffrions du manque de moyens. Nous devions prendre les communications téléphoniques à notre charge. Nous n’avions même pas droit à un bureau alors qu’il était convenu que des locaux seraient mis à notre disposition pour accueillir les citoyens. Nous sommes restés dans l’hôtel, gardés et surveillés par les services secrets, où l’on ne pouvait rencontrer que les pro-régime et des personnes embrigadées qui nous racontaient des contrevérités. La mission d’observation aurait dû travailler dans la sérénité. Depuis notre arrivée, les tirs de balle n’ont pas cessé.

	Le régime continuait à bombarder les quartiers à l’artillerie lourde et nous écoutions tout cela sans pouvoir rien faire. Ce qui m’a le plus choqué, ce sont les assassinats qui ciblaient même les enfants. Nous avons vu un cadavre dépecé. C’était un citoyen du quartier de Baba Amrou, qui avait été arrêté puis rendu à sa famille dans un état que l’esprit humain ne peut même pas imaginer. Les tirs de snipers étaient continuels, contrairement à ce qu’avait promis le gouvernement syrien. Sous le choc de tous ces terribles crimes, je trouvais très dangereux que les rapports envoyés à la Ligue arabe ignorent beaucoup de questions sensibles. Ce qui m’a confirmé que plusieurs pays arabes étaient complices du régime de Bachar Al Assad.

	Le président de la mission, le général Eddabi, n’a choisi que des personnalités proches des régimes pour présider les groupes sur le terrain. Il a complètement ignoré les éléments issus des ONG et les voyait même comme des ennemis. Il faut souligner que notre protocole de travail a été rédigé dans les beaux salons de la Ligue arabe, loin de la réalité humanitaire tragique. Son application était donc impossible. Par exemple, le gouvernement syrien était chargé de notre sécurité, mais notre escorte – les services de sécurité syriens – ne pouvaient entrer dans la plupart des zones chaudes, comme à Baba Amrou. L’escorte nous disait : «Allez-y, assumez vos responsabilités.» Et lorsque nous rencontrions des difficultés, souvent à cause des snipers, cette même escorte nous accusait d’avoir commis une erreur en voulant entrer dans ces quartiers. Alors, comment appliquer un protocole qui nous demande de dialoguer avec les gens lorsque nous nous trouvions dans des quartiers détruits, sinistrés, face à une situation humanitaire catastrophique ?

	-Pourquoi, selon vos déclarations, la Ligue arabe a-t-elle produit de faux rapports et quelles en ont été les sources ?

	Le problème a commencé à cause de certains chefs de groupe, plus précisément le groupe A et le groupe B, à Homs. Le premier – dans lequel je me trouvais – était dirigé par le colonel Abdallah, des services secrets soudanais ; le second était dirigé par une jeune Irakien, Ammar Djaber Abas, fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères irakien. J’ai lu les rapports envoyés à la salle des opérations à Damas. Et j’ai trouvé que ces rapports étaient vides et ignoraient beaucoup de choses, comme par exemple le non-retrait des blindés militaires ou l’emploi de la violence contre les civils, etc. Le général Eddabi a raconté aux médias des contrevérités. Par exemple, le 25 décembre, il a déclaré que la situation à Homs, après notre visite, était calme, alors que nous avons assisté à des tirs de snipers. On nous a tiré dessus et l’artillerie bombardait des quartiers. Tout cela a corrompu le travail de la mission et a causé un très grand tort au peuple syrien et à la noble mission pour laquelle nous étions là-bas.
	
	-Qu’en est-il des groupes armés de l’opposition ?

	Il n’y a pas de groupe armé. Il y a une armée libre dont les chefs sont des officiers dissidents qui obéissent à leur propre loi. Mais ils ont avec eux, aussi, des volontaires qui portent des armes. J’ai rencontré Abderrezak Talas, un des officiers dissidents les plus connus, dans une maison abandonnée, à Baba Amrou. Je l’ai questionné à propos de ces civils armés. Il m’a expliqué que les militaires dissidents ont besoin des habitants du quartier pour mieux les protéger parce que la plupart des militaires ne sont pas issus de ces villes-là. C’est pour cela qu’ils ont ouvert la voie à des volontaires, mais de manière très contrôlée. Je précise que depuis notre arrivée à Homs, les éléments de l’armée libre nous avaient promis une trêve et l’ont respectée. Et cela, malgré les bombardements incessants de l’armée régulière. J’affirme ici que l’armée libre est en situation de défense des quartiers et que sans sa présence, des quartiers entiers auraient été exterminés.
	
	-Comment voyez-vous l’avenir de la Syrie ?

	La Syrie se dirige vers une guerre civile. Tant que le régime persiste à employer tous les moyens militaires pour enterrer la révolte populaire. Et tant que le régime de Bachar Al Assad tente d’allumer la mèche du lien confessionnel en misant sur le soutien de la communauté alaouite et en pariant sur la victimisation de la minorité chrétienne. C’est pour cela que les assassinats et les kidnappings ciblent aussi les familles alaouites et les chrétiens. J’ai vu de mes yeux les cadavres du colonel à la retraite Amir Roger et de son fils Hani, assassinés le 5 janvier. D’après mon expertise militaire, j’ai constaté que les munitions utilisées étaient les mêmes que celles utilisées contre les civils dans les quartiers révoltés : des balles explosives. Je souhaite tout le bien pour la Syrie. C’est un beau pays, un grand peuple, mais dommage, dirigé par le sinistre régime de Bachar Al Assad.
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	à gauche : «Les tirs de balle n’ont pas cessé».

	en haut : «Les rapports ignoraient le non-retrait des blindés».

	en bàs : «Nous avons vu un cadavre dépecé».
	 
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           <link>http://www.elwatan.com/entretien/anouar-malek-en-syrie-on-a-menace-de-m-egorger-17-01-2012-155178_121.php</link>
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        <item>
           <title>«Les révisions du fichier électoral obéissent aux ordres de la tutelle politique»</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 12 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 12 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description>
	
	  
	- La révision ordinaire du fichier électoral s’effectue au mois d’octobre de chaque année ; quant à la révision exceptionnelle, elle se tient avant chaque scrutin. Pourquoi le fichier électoral est-il le nerf névralgique des élections (présidentielle, législatives) ?

	La réponse à cette question est, me semble-t-il, évidente : il ne peut pas y avoir d’élection sans électeurs et pas d’électeurs sans fichier électoral. Le corps électoral doit être connu en permanence et, encore plus, avant chaque élection. C’est donc, comme vous le dites, «le nerf névralgique des élections». C’est à partir de ces prémices que des questions de gestion du fichier électoral peuvent légitimement se poser : comment et par qui le fichier électoral est-il établi et révisé ? La règle absolue veut que le fichier électoral soit géré par l’administration. Une administration censée être absolument intègre et neutre. Une administration dont la seule vraie mission est d’être UN SERVICE PUBLIC, donc d’être une administration au service du seul intérêt général. Depuis toujours, l’administration de la République algérienne n’a jamais su, ou pu, être neutre ni être au seul service de l’intérêt général. Elle n’a jamais, au moins en ce qui concerne les élections, eu la neutralité que la loi lui impose. L’administration a toujours été aux ordres du régime politique en place.

	Même au cours de la période 1990/1991, période de relative liberté «démocratique» qui a vu le triomphe électoral du FIS, l’administration n’avait pas été neutre. De son plein gré, ou involontairement, elle avait été manipulée et par le système en place et par le FIS qui, pour les élections législatives de décembre 1991, avait utilisé tous les moyens de l’administration locale (les APC) qu’il contrôlait pour faire pencher la balance électorale de son côté. Nous connaissons le résultat dramatique de ces élections et les manipulations auxquelles elles avaient donné lieu. Cela pour ces élections elles-mêmes. Mais avant cela, il y a le problème du fichier électoral qui est la base fondamentale de tout processus électoral. Le fichier électoral est élaboré, révisé et géré au niveau communal, ce qui est la logique même. La commune est l’unité de base du corps électoral et, partant, du fichier électoral qui le reproduit localement, puis regroupé par wilaya et enfin centralisé au niveau du ministère de l’Intérieur. Selon que l’administration est neutre ou qu’elle obéit aux ordres du système en place, elle fait du fichier électoral un outil – neutre ou partisan  – de gestion des élections. Jusqu’à maintenant, l’administration n’a jamais su être neutre. Les révisions successives du fichier électoral, y compris les révisions annuelles ordinaires, obéissent aux ordres de la tutelle politique, représentée par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales. A ma connaissance, aucune partie extérieure à l’administration n’a jamais participé aux opérations de révision du fichier électoral ni même les a un jour contrôlées. Les différentes commissions de contrôle des élections n’ont jamais eu droit de regard sur la confection du fichier électoral. A chaque fois, elles ont hérité des fichiers confectionnés par l’administration, qui servent de base aux élections qu’elles étaient censées encadrer. Rien ne dit que quelque chose a changé dans ce domaine avec la réforme du code électoral.

	Les fichiers électoraux sont toujours aux mains de la seule administration. Une administration toujours aux ordres. L’Algérie n’est encore en rien un Etat de droit pour faire que son administration fonctionne sur les seuls critères du droit et du service public. Il est donc naturel que les partis politiques en lice pour les élections  prochaines – législatives ou présidentielle – et même ceux qui éventuellement les boycotteront, émettent des réserves quant à la fiabilité du fichier électoral. Les manipulations sont toujours à craindre, que ce soit celles concernant le corps électoral (fichier) ou celles concernant les élections elles-mêmes. Ces dernières constituent un autre problème que le nouveau code électoral n’a pas encore totalement réglé. Pour éviter les suspicions de manipulation du corps électoral, certains pays africains (Sénégal et République démocratique du Congo, par exemple) ont accepté un audit indépendant de leurs fichiers électoraux. Un audit réalisé par des experts internationaux indépendants (avec un financement octroyé par la communauté internationale). C’était la condition sine qua non  pour leur participation aux élections. Il n’est peut-être pas besoin d’ arriver à de tels extrêmes en Algérie, mais un droit de regard devrait être donné à une organisation, véritablement indépendante, pour vérifier la fiabilité du fichier électoral et l’honnêteté de son établissement ou de sa révision. Cela mettrait fin aux suspicions qui ne manquent pas de naître avant et après chaque élection. Un contrôle et une vérification qui devraient s’accompagner d’une transparence extrême par l’information de l’opinion publique des résultats obtenus. Internet est un outil privilégié que le ministère de l’Intérieur devrait mieux utiliser pour donner plus de transparence à la préparation des élections prochaines.

	 

	- Les partis de l’opposition reprochent à l’administration, après chaque élection, d’avoir manipulé les chiffres, entre autres l’inflation du nombre d’électeurs et le vote des «morts». Ces accusations sont-elles fondées ?

	Tant que l’administration restera un outil servile entre les mains du régime, il est «naturel» que les partis perdant les élections l’accusent d’avoir manipulé le fichier électoral soit en gonflant artificiellement le nombre d’électeurs, soit en omettant de supprimer les personnes décédées des listes, soit les deux à la fois. Il leur est assez facile d’étayer leurs accusations en se basant sur les expériences passées avérées (par exemple les centaines de milliers d’électeurs supprimés ou ajoutés d’une élection à l’autre, démontrant que l’élection antérieure n’avait rien d’honnête). Même si, par miracle, les révisions des fichiers électoraux obéissaient aux règles d’honnêteté, d’intégrité et reflétaient exactement l’image du corps électoral du moment, aucune crédibilité ne leur sera accordée par les partis d’opposition et par l’opinion publique tant que l’administration n’est pas réformée de fond en comble et ne coupe pas le cordon ombilical avec le pouvoir politique, quel qu’il soit. Parce que même si la donne politique change – et que les prochaines élections (législatives puis présidentielle) recomposent le paysage politique algérien – l’administration publique ne changera pas de comportement : elle sera toujours mise sous tutelle par le pouvoir politique du moment. C’est l’administration qui organise les élections : depuis le fichier électoral jusqu’à la proclamation des résultats, elle en constitue le passage obligé, pratiquement sans aucun contrôle sérieux. Il y aura donc toujours beaucoup de suspicion à son égard. Le pouvoir judiciaire, lui-même partie prenante essentielle des futures élections et n’ayant pas jusqu’ici montré la moindre dose d’indépendance vis-à-vis du pouvoir, ne peut pas être considéré comme un garant fiable de l’honnêteté des prochaines votations populaires.

	
	- La fraude massive des législatives de 1997 n’est plus à nier. Selon vous, malgré cette expérience et celles d’après, comment l’administration peut-elle présenter un fichier électoral crédible pour parer à d’éventuelles manipulations ?

	Les pays démocratiques ont trouvé la parade pour éloigner tout soupçon de manipulation des listes électorales. Il s’agit pour eux de les rendre publiques en les affichant sur la Toile, longtemps à l’avance. Il est donc possible à tout électeur, sans se déplacer au niveau de sa commune – et sans se voir afficher la fameuse formule «c’est interdit !» ou «c’est un secret !» – de vérifier qu’il figure bien sur le fichier et qu’il a bien été supprimé du fichier de son ancienne commune de résidence. Il peut tout aussi bien vérifier, d’un clic, que son voisin décédé ne figure plus sur le fichier. Rien n’interdit à notre administration d’afficher sur le site du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, et/ou sur ceux des communes, le fichier électoral révisé à la fin de chaque année civile et à la veille de chaque élection. Ou bien le ministère de l’Intérieur est-il, comme le prétendent bien des partis d’opposition, viscéralement réfractaire à toute transparence ?
	Ce dernier comportement continuera d’être, très justement, interprété par les partis politiques d’opposition et par l’opinion publique en général comme étant la preuve de l’absence d’honnêteté des élections à venir. Sans confiance dans l’administration  publique, il ne peut y avoir d’élection libre et honnête. Or, la confiance ne peut venir que de l’exemple : que l’administration fasse preuve, pour une fois, de vraie transparence. Les élections prochaines pourront se dérouler sans suspicion de fraude.
	Et pour que l’abstentionnisme, devenu depuis des lustres le «parti politique» dominant du pays, revienne à un taux normatif en fonction de la nature de l’élection.</description>
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        <item>
           <title>Sid Ahmed Ghozali : «Vingt ans après, je m’aperçois que le pouvoir est pire que le FIS»</title>
           <author>Hacen Ouali </author>
           <guid>http://www.elwatan.com/dossier/sid-ahmed-ghozali-vingt-ans-apres-je-m-apercois-que-le-pouvoir-est-pire-que-le-fis-11-01-2012-154427_151.php</guid>
           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description>
	Acteur de premier plan en sa qualité de chef de gouvernement lorsque le pouvoir avait décidé d’interrompre le processus électoral, Sid Ahmed Ghozali estime que ce choix a été «un coup d’épée dans l’eau» ; car si pour de nombreux acteurs il avait pour but
	de «sauver la République», pour d’autres «la réelle motivation était de sauver le pouvoir à n’importe
	quel prix».
	
	  
	- Vous étiez chef de gouvernement quand l’interruption du processus électoral le 12 janvier 1991 a eu lieu. Vingt ans après, avez-vous toujours le même regard ?

	Simplement un préliminaire au sujet de l’arrêt du processus électoral de 1992. C’est bon d’en parler. C’est un moment important de cette période qui y a conduit et mérite que l’en on parle, non pas pour refaire l’histoire, mais pour en connaître les tenants et les aboutissants, savoir en quoi il a été une bonne chose pour l’Algérie. Il faut qu’un jour qu’on engage un véritable débat national contradictoire sur cette question qui doit être présentée au public sous des angles différents.
	Si le but est d’éclairer l’opinion, les déclarations, écrits ou autres, récits unilatéraux, doivent être étayés par le débat contradictoire. Durant ces vingt dernières années, on a trop peu dit ou alors trop dit. Aussi bien sur la genèse que sur les suites de l’événement et je dirais même sur ses conséquences.
	Sur l’analyse de l’angle du processus, je n’ai pas à changer un iota. Sur l’angle de la santé ou la validité de la décision je n’ai pas à changer. Et ce qui est changé dans mon approche, c’est tout simplement ce qu’on a fait et vu durant vingt ans. Et qui m’a conduit à dire qu’en fin de compte, cette opération a été un coup d’épée dans l’eau. Elle n’a servi en rien notre pays. Pourquoi ? Parce que nous n’avons pas tiré de leçons aussi bien du vote que les raisons qui ont conduit à l’arrêt du processus électoral.

	
	- Pourquoi avoir fait ce choix alors ?

	Je m’explique. Il faut se poser la question de savoir si l’arrêt dudit processus a été le point de départ de quelque chose ou bien l’aboutissement de quelque chose. Or, la pensée dominante une pensée sciemment et pernicieusement instillée dans les esprits par les tenants du même pouvoir va jusqu’à postuler la période tragique des années 1990 qui est le résultat de l’arrêt du processus électoral. Que les initiateurs de l’action violente aient porté cette thèse, cela est de bonne guerre. Pour eux, le FIS dira qu’il y a eu recours pour défendre la démocratie. Mais que ce soit le pouvoir, le même pouvoir d’aujourd’hui qui fut porteur de cette thèse, voilà qui devrait donner un éclairage largement méconnu sur la genèse du 11 janvier 1992. Attendez vous à ce qu’on se mette aujourd’hui à vous expliquer que même la situation actuelle du pays «c’est la faute au processus du 11 janvier 1992».

	
	- Vous laissez entendre qu’il y avait une sorte de pacte entre le pouvoir et les islamistes du FIS...

	
	Pas nécessairement un pacte, mais il y a ce qu’on appelle dans la dialectique marxiste une alliance objective entre les deux forces politiques réelles du pays. Avec l’enjeu commun et le seul enjeu : le pouvoir. Il faut se poser la question de savoir si c’est un hasard qui a fait que l’arrêt du processus n’est pas intervenu en fin de compte pour occulter les vraies raisons du vote des Algériens, à savoir la faillite d’un système et d’une politique. C’est ce qui a conduit les Algérien à donner la majorité au FIS. C’est le résultat d’une décennie d’une gestion politique catastrophique. Par conséquent, il n’avait pas intérêt à charger ce pouvoir. Donc, l’opération a été faite pour exonérer le pouvoir et dire que tout cela est dû à l’arrêt des élections et au terrorisme.

	
	- L’arrêt du processus électoral était présenté comme une décision pour «sauver» la République. A vous entendre, on a finalement sauvé le pouvoir…

	Il faut distinguer une bonne fois pour toutes les acteurs : les acteurs visibles, quelle que soit la couleur de leur tenue. Cette distinction étant bien faite, j’affirme que les seules motivations des uns étaient de sauver la République, qu’ils aient eu tort ou raison, telle fut leur seule motivation, et je reste catégorique sur ce point et prêt à vous le démontrer. J’ajoute, tout aussi catégorique, que la réelle motivation des autres fut de sauver le pouvoir à n’importe quel prix.
	Je rappelle en passant, à un moment où on a tendance à l’oublier, l’existence, parmi les acteurs visibles et de manière massive, la rue et la société civile qui, bien avant la démission de Chadli, ont réclamé l’arrêt du processus électoral entamé le 27 décembre 1991.

	
	- Mais pas pour les mêmes objectifs ?

	C’est ce que je viens de dire. Et ce n’est que la reproduction mot pour mot de ce que j’avais dit officiellement, publiquement, en ma qualité de chef de gouvernement et à plusieurs reprises. Lors du vote d’investiture de l’Assemblée nationale, le 8 juillet 1991, j’ai rappelé les conditions insurrectionnelles dans lesquelles mon gouvernement avait été formé, et j’ai procédé à une analyse en disant que la violence que nous vivions était le résultat d’une situation de violence qui avait commencé à se développer bien avant, dès le lendemain de la disparition de Boumediène. Et que le FIS n’était pas le premier à avoir provoqué cette violence. Avant lui, il y avait une autre violence et c’est là que j’ai employé la formule «le peuple algérien s’est trouvé entre la marteau et l’enclume».
	Entre un pouvoir dont l’obsession première était de s’attacher uniquement au pouvoir, au détriment du règlement des affaires du pays, et cela a duré dix ans. Il a laissé filer une crise économique qui s’est muée en crise sociale, qui s’est muée en crise politique et morale. Et ce n’est qu’après que le FIS est venu, pour essayer de profiter de cette situation, pour prendre le pouvoir à son tour. J’avais même condamné les tractations qui étaient en train de se faire, depuis 1989, avec le FIS pour partager le pouvoir. Il y avait une stratégie qui était déployée qui consistait à amener le FIS aux communes et au gouvernement dans l’idée qu’il allait se casser la figure et que le pouvoir en sortirait régénéré. Voilà la situation.
	J’avais proclamé au préalable, dans mon discours à l’APN, que tous les gouvernements qui se sont succédé, y compris le mien n’émanaient pas de la volonté populaire. Et qu’à  l’époque, mon gouvernement comme les autres étaient handicapés dès le départ.  
	Dans mon analyse publique (interview, télévision) des résultats du premier tour j’ai dit sans ambages que ces résultats avaient une signification, que c’était «un cri de rejet très fort par les électeurs du pouvoir qu’ils considéraient comme responsable de leurs malheurs».

	
	- Vous parliez de tractations entre le FIS et le pouvoir. Peut-on identifier ce pouvoir, la présidence, les militaires ?

	Il y a eu, entre fin 1990 et début 1991, des tractations secrètes et des accords conclus entre le gouvernement et le FIS pour que les élections législatives, avancées à juin 1991, ne donnent pas un vainqueur et puis prendraient le FFS comme arbitre. Cette tractation avait existé et on avait convaincu le président de la République, Chadli Bendjedid. Le gouvernement pensait qu’il fallait laisser le FIS prendre le pouvoir aux communes et au niveau du gouvernement. Comme la situation financière du pays était catastrophique, il se casserait la figure, ce qui permettrait au pouvoir de rebondir. J’ai été ministre des Affaires étrangères et quand j’ai appris cela, j’ai démissionné. Il y avait des gens, à l’intérieur de l’armée, qui étaient contre ces tractations qui se faisaient dans leur dos. Il est important de rappeler cela parce que nous sommes en train de répéter la même chose actuellement.

	
	- Que pensez-vous de la thèse qui édicte que Octobre 1988 était une manipulation du pouvoir ?

	Ce sont eux-mêmes qui le reconnaissent ; ce n’est pas moi qui le dis. Il y a des gens qui étaient au pouvoir à l’époque qui disent qu’Octobre 88 avait été initié par le pouvoir lui-même, mais que les choses, après, lui ont échappé. C’est devenu, malgré eux, un vrai printemps algérien. Les acteurs principaux du pouvoir reconnaissent cela, que vous rappelez à juste titre, à savoir que les événements d’Octobre sont intervenus dans une situation sociale et politique très tendue. Et que l’heure des bilans était arrivée. Et pour justement passer cette période des bilans, on a allumé une mèche. Je ne fais que reprendre ce que les acteurs disent, bien que cela corresponde parfaitement à mon analyse. Les choses ont commencé le 19 septembre avec le discours du président-secrétaire général du FLN, où il dressait un tableau sombre et disait «ça va mal»et que «le responsable, c’est le FLN». Et ce, depuis lors qu’on a commencé à entendre dans la rue «FLN seraqine» (FLN, des voleurs). Le pouvoir lui-même a ancré dans l’esprit des Algériens que le responsable de cette situation-là était le FLN.
	Ce qui est profondément injuste et pas vrai. Parce que le FLN n’a jamais été au pouvoir.

	
	- Qui était au pouvoir alors ?

	Nous sommes dans une situation de pouvoir occulte. Vous n’allez pas croire que nous sommes dans le pouvoir tel que décrit dans la Constitution. Pensez-vous que, chez nous, le Président est élu par le peuple ? Il faut simplement comparer ce que dit la Constitution et ce qui se passe sur le terrain. Jamais le président de la République n’a été élu, mis à part la première élection de 1962. Toutes les autres élections ont été des désignations.

	
	- Y compris Bouteflika ?

	Mais bien entendu.

	
	- J’insiste sur la question de l’identification du pouvoir, sont-ce les services, les militaires, la présidence de la République ou plutôt c’est tout cela ?

	Le pouvoir ce n’est pas l’armée, comme on le dit de manière courante. L’immense majorité des militaires sont des gens comme vous et moi et n’ont aucun poids dans la décision politique.
	On ne peut pas dire non plus que c’est le DRS (département du renseignement et de la sécurité» puisqu’il se trouve à l’intérieur du DRS des gens qui ne sont que des serviteurs de l’Etat et n’ont aucune part dans l’exercice ou la décision politiques.

	Le réel pouvoir est une oligarchie qui s’est sédimentée avec le temps. C’est un système pas des noms. C’est un parti clandestin. C’est un parti qui a une tête qui dispose des moyens de l’Etat et qui a ses militants. Quel est le parti le plus important en Algérie ?! Il n’y a pas un député, un haut fonctionnaire qu’il soit wali, ministre ou bien président de la République qui soit nommé contre la volonté de l’oligarchie. Cela n’existe pas. Ils se comptent par dizaines de milliers ceux qui savent bien à qui ils doivent leur nomination. Car leur nomination est signée par le Président ou le chef du gouvernement, mais qui présente les listes ? On ne peut pas être wali, ministre où Président sans un aval du pouvoir réel. Nous n’avons pas le pouvoir politique que nous avons dans nos lois.
	C’est se mentir à soi-même. D’un autre côté, je crois qu’il est superfétatoire de continuer à se fixer sur cette question qui est le pouvoir. Parce que nous sommes en train d’analyser la santé d’un régime, alors que celle-ci se mesure simplement au résultat auquel il aboutit et savoir qui en est responsable. C’est pour cela qu’on a voulu éviter le débat en 1988. A la fin de l’année, le congrès de FLN  devait se tenir pour faire le bilan d’une décennie.

	
	- Ce parti clandestin contrôle-t-il toutes les strates de la société ?

	Dans les démocraties, le pouvoir c’est un parti qui dispose de militants, d’un programme et de moyens, mais chez nous ce n’est pas formel. C’est un ensemble qui a 2 millions de militants, qui a les moyens financiers de l’Etat qui a les moyens de la violence de l’Etat, les moyens de la légalisation de l’Etat, donc est nécessairement de très loin le parti le plus fort du pays.

	
	- Vous avez dit qu’on a peu ou trop dit à propos de l’arrêt du processus électoral. Si on estime qu’on a peu dit, que reste-t-il à dire ?

	Il y a des livres à écrire sur ce sujet. Vous savez, lorsqu’on évoque cet évènement, on s’attarde beaucoup sur l’anecdote du genre : quelle a été la participation de Khaled Nezzar. Ceux qui étaient contre l’arrêt des élections ont beaucoup fait. Le FFS, je le considère comme un parti démocratique et je suis sûr qu’Aït Ahmed, en son for intérieur, ne voyait pas l’arrivée du FIS au pouvoir comme une bonne chose. Mais comme   il savait que celui-ci n’allait pas passer, il s’est donné le beau rôle de défenseur de la démocratie. Et c’est là que nous sommes différents. Parce que si nous  avions fait un calcul politique personnel, nous aurions dit qu’il y a un vote qui a été fait, chose promise chose due, laissez-les prendre le pouvoir, comme le souhaitait une bonne partie des gens, surtout la partie cachée du pouvoir, et nous serions passés à l’histoire en tant que  défenseurs de la démocratie. Nous aurions peut-être disparu mais ç’aurait été sur le champ d’honneur de la démocratie. Si nous avions fait un calcul personnel, jamais nous aurions pris la décision d’arrêter le processus électoral.

	Mais nous avions fait un calcul pour notre pays. Peut-être, et certains nous disent pourquoi vous n’avez pas laissé le FIS ? Nous étions convaincus que l’arrivée du FIS au pouvoir, ce serait la fin de l’Algérie. C’est-à-dire qu’il n’y avait pas pire. Sur ce plan-là, j’ai changé. Vingt ans après, quand je regarde l’état où a été mis mon pays, je suis obligé de constater qu’il y a pire que le FIS de l’époque : le pouvoir lui-même. Je me resitue dans le contexte de l’époque ; nous pensions «tout sauf le FIS» face à une menace d’écroulement du pays. Les autres faisaient un calcul : «C’est le FIS qui va s’écrouler et nous, nous garderons le pouvoir»…

	J’avais dit devant l’APN, en juillet 1991, que ceux qui faisaient des tractations pour se partager le pouvoir ne montraient un antagonisme qui n’était qu’un écran de fumée pour cacher un travail d’apprenti-sorcier. Il y avait un mélange incestueux. Le discours consistait à présenter au peuple le choix suivant : «C’est nous  ou eux.» Quelle différence entre ce que disait El Gueddafi au peuple libyen et aux Occidentaux : «C’est moi ou Al Qaîda» ? Ce fut dit publiquement et plus caricaturé que chez nous.  
	Ils croyaient, en laissant le FIS hurler dans les rues, menacer, et en le laissant prendre le pouvoir, cela allait conduire inéluctablement à un échec. Et le peuple reviendrait à dire : «Mieux vaut le pouvoir». Et là, ils se sont trompés.

	
	- Si vous considérez que la période dans laquelle s’est engagé le pays après 1992 n’est pas la résultante de l’arrêt du processus électoral, à quoi peut-on alors incomber cela ?

	Encore faut-il étayer un peu plus cette thèse ridicule et que je réfute. Je me contenterais de vous faire remarquer qu’en vingt ans, il y a eu 16 gouvernements, six mandatures présidentielles, six élections législatives et communales et tout cela pour ne pas effacer les «conséquences» prétendument imputées à l’arrêt du processus du 11 janvier.
	C’est grotesque. L’Algérie de maintenant est l’échec éclatant d’un pouvoir congénitalement incompétent et incapable. Et qui renferme, dans sa nature, les ingrédients de son propre écroulement. Et à continuer à fermer les yeux sur cette triste réalité, conduit le pays droit au désastre.
	Et pourquoi ne pas dire, à l’inverse, que si nous avions laissé continuer le processus de décembre 1991 nous n’allions pas nous retrouver dans une situation à l’iranienne, par exemple ?

	
	- Que faut-il faire alors ?

	Il faut revenir à de véritables institutions qui associent le peuple aux décisions. Or, on continue actuellement à croire qu’on peut diriger une société en donnant des ordres de manière autoritaire.
	Ce n’est pas possible. On ne peut diriger une société que sur la base de son adhésion au projet politique et d’une participation active à l’exécution des décisions politiques dans tous les domaines.
	J’avais dit que le résultat des élections de 1991 avait un sens. Il était «l’expression par la majorité des Algériens d’un rejet total de ceux qu’ils considèrent comme étant responsables de leur situation».
	J’avais dit cela à l’époque et ça m’a valu d’être renvoyé comme un malpropre de l’ambassade de Paris.  
	Ce système a la conviction très forte qu’il peut diriger le pays par des ordres, on violant les lois. Les vingt ans qui se sont écoulées m’ont montré très bien qu’aucune leçon n’a été tirée de cette expérience.

	
	- Pourquoi voulez-vous qu’ils tirent les leçons dès lors que leur seule obsession est de se maintenir au pouvoir ?

	C’est là le problème justement. Pas de se maintenir en tant que personne mais de maintenir un système qui est totalement contraire à ceux qui dictent les lois et qui leur paraît à eux le plus efficace. Leur postulat est : «Nous sommes les seuls à pouvoir diriger ce pays.» Et d’ailleurs, à chaque échéance, ils disent à propos de Bouteflika : «Nous avons choisi le moins mauvais.» Cela implique implicitement en tout cas que tous les autres sont mauvais.  

	
	- Où pourrait mener cette situation où c’est un système qui décide à la place du peuple et pour le peuple ?

	Elle conduit nécessairement à l’écroulement, à l’implosion. Parce qu’il est évident qu’il n’existe pas d’avenir pour une société dont la marche repose sur ses trois piliers complètement foireux. A savoir non-respect des lois, mépris total des éléments de la société et surtout, c’est le plus grave, l’irresponsabilité. Le système qui prend les décisions ne rend compte à personne et c’est là que le mal contient les germes de sa propre destruction. Quand ont prend des décisions et tout en sachant qu’on est pas appelé à rendre des comptes, on ne peut prendre que des mauvaises décisions. Et quand ça dure, c’est l’écroulement.

	
	- Ce système gère-t-il le pays comme une sorte de propriété ?

	Il  y a les dérives qui découlent de l’habitude de gouverner seul. Elle conduit naturellement, avec le temps, à ne plus faire la différence entre ce qui appartient à la collectivité nationale et ce qui est privé. Il n’y a plus de frontière. Il y a une véritable privatisation de l’Etat. C’est la conséquence même de la nature du système. Quand Montesquieu dit le pouvoir corrompt, il énonce un postulat universel.
	Un homme au pouvoir est toujours exposé à être corrompu au sens large. Ensuite, on en abuse. Et comme la contradiction est bannie, on finit par croire que cette conviction est une vérité de Dieu. Le pouvoir est un cycle inéluctable, il commence par nous griser, il corrompt, ensuite il rend aveugle et rend fou. Deux exemples caricaturaux, il est sûr que quelques heures avant sa mort Kadhafi était convaincu que la vérité était de son côté. Et dès lors que l’on commence à dire que celui qui ne pense pas comme moi est mon ennemi (dit et redit publiquement chez nous notamment) donc il faut le bâillonner, c’est la fin. On devient dieu, impuni.
	Ce sentiment d’impunité se répand. Il y a aussi tel ministre de qui proclame froidement à propos d’un scandale touchant son secteur : «Je ne suis pas au courant autrement que par la presse.» Vous voyez cette arrogance ! C’est un mépris total des autres et c’est soutenu par un sentiment d’impunité. «Nous sommes intouchables.»

	
	- Comment sortir de cette situation de pouvoir absolu ?

	On ferait un pas géant en avant si nous commencions par deux choses. Primo, respect des lois. Secundo, tout preneur de décision doit être comptable de ses actes. Tout preneur de décision à tout niveau doit être responsable, qui devant telle institution, qui devant le peuple, qui devant tel organisme de contrôle. Il faut qu’il y ait des rendez-vous où on rend compte. Nous avons entendu le président de la République à la fin de son second mandat dire : «Nous nous sommes cassés le nez, mais je n’accuse personne.»
	C’est une manière de dire, on peut se casser le nez sans qu’il y ait de responsables où bien dire : «Je ne suis pas responsable.»
	J’imagine même à la limite qui si nous sommes dans une situation donnée où l’armée prenait le pouvoir, mais en l’assumant, ce serait déjà un progrès considérable, car à partir de ce moment, elle se désignerait elle-même comme comptable.

	
	- Vous suggérez là un coup d’Etat…

	Une hypothèse d’école pour une illustrer l’importance de la responsabilité… Je n’invite personne à faire un coup d’Etat, simplement il est indispensable que celui qui prend les décisions soit comptable et à tous les niveaux.

	
	- Mais seul un pouvoir démocratiquement élu pourrait être contraint à rendre des comptes…

	Pas forcément. La Chine n’a pas un pouvoir démocratique, mais elle a un pouvoir cohérent avec des débats contradictoires à l’intérieur du parti communiste. Il y a des contre-pouvoirs et c’est comptable.
	Quand le chef du gouvernement se présente comme responsable, il rend au moins compte au congrès du PC. Qui le nomme et le dénomme ouvertement pas en cachette, ni par maillons interposés.
	Il faut commencer par la tête, un président vraiment accepté par le peuple, quels que soient les moyens. Le pays est dans un état déplorable et il y a bien un responsable. C’est le régime qui détient le pouvoir politique. Ce pouvoir n’est pas celui dont l’Algérie a besoin. Il a échoué et quand on échoue, on s’en va. Je leur dis que nous n’avons plus le choix entre changer ou pas changer, nous avons peut-être encore, mais ce n’est pas sûr, le choix sur la manière de changer et je crois au changement dans l’ordre. Et si on change dans le désordre, c’est le changement imposé par la rue et par l’étranger surtout. Maintenant, je me demande même si nous avons le choix sur la manière de changer. Parce que nous avons un système politique qui a échappé à son propre contrôle. Il ne se contrôle plus. Le président nous dit qu’il y a la corruption, etc., pour résoudre cela, il change la Constitution, ça veut dire quoi ? Que c’est à cause de ça qu’il y a le chômage, la corruption. Celui qui dit ça, est soit dans l’aveuglement, soit dans la fuite en avant ou bien dans le mensonge. Soit les trois à la fois.

	
	- Vous critiquez ce système alors que  vous en faisiez partie, mais vous en faites partie, du moins par les fonctions que vous avez occupées…

	Quelqu’un qui est interdit d’action publique depuis vingt ans, qui depuis 1962 totalise près de 30 ans d’exclusion, peut-il avoir été ou être un homme du système ? Je ne fais pas partie du système. Je ne me suis jamais considéré comme un des leurs et ils ne m’ont jamais considéré comme tel.  On fait la confusion entre le pouvoir politicien et les pouvoirs publics. Le pouvoir politicien gère le système, les pouvoirs publics servent le public et l’intérêt général. J’ai servi constamment dans les pouvoirs publics, jamais dans le système politicien. Et je suis d’autant plus à l’aise de vous dire que je le regrette. Parce que moi-même et les cadres de ma génération avons cru naïvement qu’on peut servir les pouvoirs publics sans être au pouvoir politique. Et cela, c’est une naïveté considérable. Si on prétend servir les pouvoirs publics, il faut être du pouvoir politique. Faute de l’avoir fait finalement, nous avons servi de «harkis» du système. Notre erreur fut de laisser la politique aux autres.

	
	- Vingt ans après, nous sommes à la veille de législatives qui interviennent dans un contexte régional où les islamistes arrivent au pouvoir. S’il y avait des élections propres et honnêtes, pensez-vous que les islamistes gagneraient ?

	Oui. Aussi bien que les islamistes autonomes par rapport au pouvoir que les islamistes-maison. C’est le résultat inéluctable de l’autoritarisme qui a dominé le Monde arabe et musulman.
	Les seules forces qui sont véritablement internationales, qui utilisent la religion avec des moyens et avec la connivence de l’Etat, ce sont les forces qui se réclament de la religion. Je dois dire que l’anti-islamisme primaire, je ne m’y associe pas. Je réfute le mélange du spirituel et du matériel. L’islam, notre religion, ressortit de l’affaire personnelle de l’individu et la gestion des affaires religieuses publiques relève des hommes de sciences et de connaissance. La problématique politique est l’affaire des politiques. Des politiques comptables devant le peuple. Il faut qu’on arrive à cette distinction.
	La prospérité des mouvements religieux violents vient de la situation créée par le pouvoir. Entre les pouvoirs despotiques locaux et les tenants de la violence religieuse, il y a toujours eu une sorte de connivence tacite qui a conduit à l’étouffement de la pensée démocratique moderne.
	
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           <title>«Ce qui est gênant, c’est le démenti de la cessation de paiement»</title>
           <author>Mohamed Fawzi Gaïdi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Economie</category>
           <pubDate>Thu, 12 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 12 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	Membre de la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale et expert à long terme auprès de l’Union européenne, maître Nasreddine Lezzar revient, dans cet entretien, sur le feuilleton ArcelorMittal Annaba qui a conduit sa direction générale à introduire, auprès du tribunal de Annaba, une déclaration de cessation de paiement, démentie le lendemain depuis Paris par la maison mère. Maître Nasreddine Lezzar a accepté de répondre aux questions d’El Watan, relatives surtout aux aspects juridiques du conflit. 
	- Le directeur général d’ArcelorMittal Annaba, Vincent Legouic, a été reçu, dimanche dernier par le président du tribunal d’El Hadjar chargé de la section commerciale pour s’informer des procédures relatives à une déclaration de cessation de paiement. Le lendemain, le patron du groupe a démenti le dépôt de bilan et la déclaration de cessation de paiement. Qu’en est-il ?

	Un magistrat ne fait pas de consultation. Il est seulement habilité à trancher les litiges ou à enregistrer les déclarations qui lui sont soumises par les parties concernées.

	
	- Le directeur général de la filiale algérienne du groupe ArcelorMittal a voulu introduire une nuance entre la cessation de paiement et le dépôt de bilan. Pouvez-vous nous éclairer ?

	Le dépôt de bilan est une terminologie ancienne qui est utilisée régulièrement. Cette expression, comme la «faillite», n’a pas de signification juridique précise. Elle signifie pour certains «avoir procédé à une déclaration de cessation de paiement», pour d’autres «avoir cessé l’activité d’une entreprise après une liquidation judiciaire» ; ce qui n’est pas du tout la même chose et peut entraîner, en conséquence, une confusion dans l’esprit des partenaires économiques de l’entreprise. Il est donc impératif d’écarter définitivement cette expression dans le cadre du traitement judiciaire des difficultés économiques et financières d’une entreprise. En outre, l’article 157 du code du commerce dispose qu’une entreprise dépose son bilan avec la déclaration de cessation de paiement. Il faut toutefois préciser qu’une entreprise peut déposer son bilan sans être en cessation de paiement, si elle veut, pour une raison ou une autre, se dissoudre ou cesser son activité. Cependant, une cessation de paiement implique inévitablement un dépôt de bilan auprès du juge, qui doit l’exiger ou demander une motivation pour le non-dépôt du bilan. La nuance, dans le cas d’espèce, n’a donc pas lieu d’être faite.

	
	- Quelle est la différence entre dépôt de bilan, faillite, cessation de paiement et éventuellement d’autres notions voisines mises en jeu dans le parcours d’une entreprise ?

	L’état de cessation de paiement est la situation dans laquelle se trouve une personne physique ou une entreprise qui ne dispose plus d’une trésorerie suffisante pour faire face à ses dettes liquides et exigibles. La cessation de paiement ne se confond pas avec une gêne passagère de trésorerie ni avec l’insolvabilité. La constatation par un tribunal de commerce de l’état de cessation des paiements entraîne l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. Il faut préciser qu’il ne s’agit pas d’une demande de cessation de paiement, mais d’une déclaration faite par l’entreprise. Le juge n’a pas à accorder ou non, il se limite à constater et rendra un jugement déclaratif de faillite. Sur le plan comptable, la cessation de paiement est constatée lorsque «l’actif disponible» se trouve à un temps T inférieur au «passif exigible». L’actif disponible est constitué par tous les actifs qui se trouvent à ce temps T à la disposition de l’entreprise, à l’exclusion des autres ressources qu’il pourra récupérer ultérieurement. Le passif exigible est constitué par les dettes échues qu’il doit payer à ce temps T. Pour cela, la cessation de paiement ne se confond pas avec l’insolvabilité, qui est l’état d’une personne ou d’une société qui ne peut pas payer ses dettes actuelles et futures avec ses actifs actuels et futurs. Une entreprise en cessation de paiement n’est pas forcément insolvable, si la récupération à terme de ses actifs (créances, sûretés et aussi patrimoine foncier) lui permet de payer ses dettes. L’insolvabilité est une faillite, c’est-à-dire que la récupération des actifs disponibles ne suffira pas à désintéresser les créanciers. Quant à la faillite, c’est l’état du commerçant ou de l’entreprise qui a cessé ses paiements et dont la situation financière est irrémédiablement compromise. La faillite est constatée par un jugement déclaratif.

	
	- La cessation de paiement induit-elle automatiquement une cessation d’activité ?

	Oui, on voit mal une entreprise en cessation de paiement continuer à exercer librement son activité. Ce serait dangereux pour ses créanciers, le fisc, la parafiscalité, les travailleurs, les banques, les fournisseurs, etc. Cela est d’autant plus vrai dans la mesure où le droit de la faillite et de règlement judiciaire en Algérie traite l’entreprise en difficulté à partir du moment où elle déclare sa cessation de paiement. Il n’existe aucun traitement préventif ou un système d’alerte permettant la détection précoce des difficultés. Par la suite, aucune référence au redressement judiciaire n’a été introduit, ainsi l’entreprise soumise aux procédures légales détient une alternative : le concordat (règlement amiable) ou la faillite. La cessation de paiement : l’article 215 du code de commerce stipule que «tout commerçant, toute personne morale de droit privé, même non commerçante, qui cesse ses paiements doit, dans les quinze jours qui suivent, faire la déclaration en vue de l’ouverture d’une procédure de règlement judiciaire ou de faillite». Cette déclaration de cessation de paiement intervient suite à l’incapacité de l’entreprise à honorer une échéance. Selon les dispositions du code de commerce, à la première audience, le tribunal, s’il constate la cessation de paiement, en détermine la date et prononce le règlement judiciaire ou la faillite.

	
	- Les lois algériennes sont-elles adaptées ?

	Les dernière réformes du code de commerce, relatives à cette matière évolutive, datent de 1993 ; pratiquement vingt ans, c’est tout dire. Le dernier texte français date de 2005. Dans l’esprit de notre législation, le juge de la faillite a un rôle passif, il se limite à enregistrer les situations qui se présentent et superviser la liquidation, c’est-à-dire l’inventaire et le désintéressement. Le droit algérien n’a pas prévu des régimes de prévention des difficultés des entreprises qui consistent à prendre en charge les difficultés tout en assurant la pérennité des entreprises et n’a pas prévu, non plus, des mécanismes judiciaires de redressement des entreprises en difficulté. La dernière loi française, appelée «loi de sauvegarde», découle d’une autre philosophie, à savoir la volonté de protection et de sauvegarde de l’entreprise comme bien collectif, créateur de richesses et d’emplois. Il faut dire que le dispositif législatif des privatisations contient des règles séduisantes qui n’ont pas pu être mises en œuvre dans tous les cas de figure, pour des raisons diverses. Deux principes et des règles générales se retrouvent dans les cahiers des charges des privatisations : l’engagement du repreneur à assurer la pérennité de l’activité et la sauvegarde de l’emploi. Ces règles sont très intéressantes mais, parfois, les négociations et les accords conclus n’ont pas prévu des garanties suffisantes pour assurer le respect des engagements pris.

	
	- Peut-on annoncer un business plan de 500 millions d’euros et déclarer le lendemain une cessation de paiement, comme cela a été le cas pour ArcelorMittal Annaba ?

	En effet, c’est paradoxal. J’ignore quelles sont les garanties requises par l’Etat algérien, dans le cadre des privatisations, pour s’assurer que les repreneurs respectent leurs engagements et quelles sont les sanctions ou réparations requises en cas d’échec.
	Un business plan n’est pas un rêve. Il est vrai que dans beaucoup de dossiers fournis pour l’acquisition d’entreprises éligibles à la privatisation, les repreneurs ont fait miroiter des business plans mirobolants qu’ils n’ont pas réalisés et qu’ils étaient sûrs de ne pas pouvoir respecter. Des opérations d’acquisition d’entreprises se sont révélées destinées à des spéculations immobilières ; les repreneurs ne voulaient, en fait, que l’assiette foncière. Il faut dire aussi que le processus de privatisation a eu lieu dans un contexte où l’Algérie était économiquement fragilisée. On avait réussi à créer un complexe à l’Algérie (pas un complexe industriel mais un complexe psychologique) qui avait créé un climat de négociations où les Algériens se sentaient en position de faiblesse et de demandeurs. De grandes opérations de cession d’entreprises ont donc été effectuées sans garantie aucune.

	
	- Pour les cas de Djezzy, d’ArcelorMittal et d’autres, qu’en est-il des lois algériennes ? Sont-elles encore valables ou dépassées ? Protègent-elles l’intérêt algérien ?

	Je ne connais pas très bien ces dossiers, je ne peux donc me permettre d’en discuter. Mais on constate que les lois algériennes, en la matière, sont dictées par l’opulence ou l’indigence de la trésorerie. L’Etat était en difficulté, il bradait. Nous sommes devant une embellie pétrolière, il rachète avec arrogance. Cette façon de faire est un manque de cohérence et de visibilité aussi bien pour nous que pour nos partenaires.

	
	- On annonce que le groupe ArcelorMittal est venu au secours de sa filiale algérienne pour la soutenir, à l’effet de présenter une garantie internationale à la BEA et avoir son prêt de 270 millions d’euros…

	Il s’agit d’une stratégie d’entreprise ou de groupe tout à fait respectable. Cependant, ce qui est gênant, c’est le démenti de la cessation de paiement car il suffisait de reconnaître tout simplement la démarche judiciaire de déclaration de cessation de paiement et de dire que le groupe vient à la rescousse.

	
	- Pourquoi intervient-il en retard, c’est-à-dire après les réactions de M. Ouyahia et du PDG de la BEA, en démentant toutes les démarches effectuées par son représentant local, Vincent Legouic ?

	C’est assez troublant. On imagine mal le directeur de la filiale entamer une pareille procédure (déclaration judiciaire de cessation de paiement) sans se concerter avec la maison mère. A moins qu’il y ait des discordances dans les relations groupe/filiales. En tout état de cause, sur le plan juridique, ArcelorMittal est représentée par le directeur de la filiale Algérie, qui est dotée de la personnalité juridique et morale.
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           <title>Madjid Benchikh : «L’armée est intervenue pour garder son emprise sur le pouvoir»</title>
           <author>Madjid Makedhi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	L’arrêt du processus électoral en 1992 est un coup d’Etat. Et tous les arguments avancés pour justifier cette décision sont nuls sur le plan juridique. C’est la conviction du professeur Madjid Benchikh, qui présente ici sa vision. 
	- Vingt ans après l’arrêt du processus électoral en Algérie, le 12 janvier 1992, la question suscite toujours la polémique. «L’illégalité» ou la «légalité» de la décision du pouvoir à l’époque a toujours été au cœur du débat, sans que l’on parvienne à trancher. Sur le plan juridique comment qualifier, aujourd’hui, la suspension de ce processus ?

	Après la nette victoire du FIS aux élections législatives de décembre 1991, le commandement militaire a décidé d’annuler les élections et de stopper le processus électoral. Il demande au président de la République d’endosser cette décision, tout comme il lui avait demandé de se séparer de Mouloud Hamrouche quelques mois auparavant. Mais cette fois, le président Chadli Bendjedid refuse d’accepter leur décision et choisit de démissionner. Tels sont les faits très résumés. Le commandement militaire, par la voix du général Nezzar, alors ministre de la Défense, et Chadli Bendjedid lui-même refusent la qualification de coup d’Etat et parlent de démission. La démission signifie que Chadli a décidé librement et sans contrainte.  Tout le personnel civil, qui était favorable à l’annulation des élections, comme la direction de l’UGTA ou celle du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), ou encore l’association des responsables des entreprises publiques nommés par le gouvernement, plusieurs organes de presse soutiennent qu’il n’y a pas de coup d’Etat. L’armée intervient, au contraire, d’après eux, pour sauver l’Algérie et la démocratie. En réalité, il s’agit là d’une lecture politique qui n’a aucune portée juridique et qui a été contestée par d’autres, comme le FFS de Hocine Aït Ahmed ou le FLN de Abdelhamid Mehri, qui dénonçaient au contraire une atteinte à la démocratie et une violation de la Constitution. On peut discuter à l’infini sur le risque encouru de voir le FIS imposer une dictature théocratique si les élections n’avaient pas été annulées. Ce qui est sûr, c’est que le commandement militaire n’a ni établi ni rétabli la démocratie. Sur le plan juridique, il est par contre très facile de répondre aux questions de légalité ou d’illégalité de l’annulation des élections. Personnellement, j’y ai répondu de manière claire au lendemain de l’annulation des élections, dans les colonnes mêmes d’El Watan, en expliquant qu’il s’agit d’un coup d’Etat contre la Constitution.

	 

	- Parmi les arguments avancés par les auteurs et les partisans de cette action, il y a «la sauvegarde de la République et de la démocratie de la menace intégriste». Cet argument tient-il la route ? A-t-on sauvé «la démocratie» ?

	Sur le plan politique, il est très difficile de soutenir que l’armée allait sauver la démocratie en Algérie. Non seulement parce que dans notre monde, ce n’est pas le rôle des armées de sauver la démocratie, mais aussi et surtout parce qu’en Algérie, il faut tenir compte de la place du commandement militaire dans la direction et le contrôle du système politique. Jamais un chef d’Etat n’a été intronisé ou écarté sans une action ouverte ou cachée du commandement militaire. L’armée a annulé les élections lorsqu’elle a considéré qu’elle ne pouvait pas gouverner avec «une façade islamiste de type FIS», surtout que celui-ci était fort de sa victoire électorale et n’était pas vraiment apte à la recherche de compromis politiques. L’une des graves insuffisances politiques du FIS était précisément son incapacité à comprendre le rôle et la place du commandement militaire dans le système politique algérien. Il avait cru qu’il allait pouvoir soumettre l’armée par une simple victoire aux élections. L’armée est donc intervenue pour sauver son emprise sur le pouvoir qu’elle n’avait cessé de fortifier depuis l’indépendance du pays, et non pour sauver la démocratie. Si le commandement militaire était politisé, il aurait pu penser autrement.

	En effet, la victoire du FIS ne signifiait pas que le commandement militaire perdait toute capacité de contrôle de la vie et des institutions politiques. Il avait le Président avec ses pouvoirs énormes, la sécurité militaire et son maillage de tous les secteurs. Le Président pouvait dissoudre l’Assemblée nationale en cas d’abus ou d’atteinte aux règles constitutionnelles par le FIS. Mais tout cela n’était pas à l’ordre du jour en 1992. Il faut se souvenir que dans le système politique algérien, les «gouvernants décideurs» ne sont pas habitués aux débats et aux compromis politiques avec des forces qui leur sont extérieures. Il ne faut pas prendre de risques avec la détention du pouvoir…

	
	- L’intervention de l’armée pour mettre un terme au processus électoral, à l’insu de la présidence de la République de l’époque, était aussi considérée comme un coup de force, et c’est votre point de vue aussi. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?   

	Les faits que nous avons relatés à propos de l’annulation des élections indiquent clairement que le commandement militaire a pris la décision d’annuler les élections et l’a imposée au chef de l’Etat. Ces faits s’analysent comme un coup de force ou un coup d’Etat, en 1992 comme en toute autre période. La démission de Chadli doit être analysée comme le résultat d’un coup d’Etat, même lorsque Chadli lui-même parle de démission. Il convient d’expliquer pourquoi. Il faut évidemment commencer par définir la notion de coup d’Etat, sans quoi on parlerait sans savoir. Il y a coup d’Etat lorsqu’une institution ou une force politique ou militaire s’empare de pouvoirs politiques décisifs qui ne lui appartiennent pas aux termes de la Constitution. Or, aux termes de la Constitution de 1989 qui était alors applicable, il n’appartient pas au commandement militaire de décider de l’annulation des élections. Il ne lui appartient pas d’imposer une politique au président de la République. Dans la Constitution de 1989, seul le Conseil constitutionnel pouvait annuler les élections, sans pression du pouvoir civil ou militaire. Pour qualifier juridiquement la décision d’annuler les élections législatives, le juriste ne doit pas se fonder sur la position ou le discours des hommes politiques concernés, comme le chef de l’Etat ou son ministre de la Défense. Il doit analyser les faits tels qu’ils se sont déroulés et les confronter au droit en vigueur, principalement la Constitution. Sinon, on se fourvoie parce qu’aucun auteur de coup d’Etat n’avouera jamais qu’il est l’auteur d’un tel coup.

	Souvenons-nous du coup d’Etat de juin 1965 où le colonel Boumediene parlait de redressement révolutionnaire… De surcroît, que connaissent MM. Chadli et Nezzar aux qualifications en droit ou en sciences politiques ? Lorsque Chadli a déclaré à la télévision qu’il donnait sa démission parce que, disait-il en substance, «des décisions ont été prises que je ne peux pas approuver», j’ai immédiatement compris et écrit dans le journal El Watan qu’il s’agissait d’un coup d’Etat parce qu’aux termes de la Constitution, aucune autorité militaire n’avait le droit de prendre de telles décisions et de les imposer au président de la République.  Les appréciations et les analyses de Chadli sont celles d’un colonel qui a lui-même été appelé au pouvoir par ses pairs. Il croit que puisqu’il quitte le pouvoir pour ne pas se soumettre à la décision prise sans son accord, il met en œuvre son droit de démissionner. Sa lecture n’est ni celle d’un juriste ni surtout celle d’un homme d’Etat parce qu’un président de la République doit mettre en œuvre la Constitution et s’opposer à sa violation. En démissionnant sans bruit et finalement sans résistance politique, le Président s’était soumis au coup d’Etat perpétré par ceux qui l’avaient choisi comme chef de l’Etat. A sa décharge on peut dire, évidemment, qu’aucun homme politique avisé n’ignore qu’en Algérie, on ne peut gouverner sans le soutien du commandement militaire. En perdant ce soutien, Chadli ne pouvait plus gouverner : il en a tiré les conséquences en démissionnant. L’analyse juridique est ainsi en cohérence avec l’analyse politique du système. Dans une situation différente, l’ancien président Zeroual a eu à tirer les mêmes conséquences. Il convient toujours de prendre garde à ce que l’analyse juridique rende compte de la réalité, sans quoi elle est anecdotique ou peut-être même nuisible.

	
	- Les arguments avancés à l’époque ne tiennent donc pas la route…

	Tous les arguments relatifs aux différences certaines entre décès, empêchement, démission invoqués à l’époque, notamment par le président du Conseil constitutionnel, s’effondrent devant l’acte anticonstitutionnel majeur qu’est l’annulation des élections par le commandement militaire. Les autres actes, comme par exemple la dissolution de l’APN que l’on aurait, dit-on, oublié de déclarer et de publier, l’attribution incroyable d’un pouvoir de décision à un organe constitutionnel consultatif, la création d’un Haut-Comité d’Etat (HCE) et la création d’un Conseil législatif sont des actes «consécutifs» au coup d’Etat pour le renforcer et lui donner du corps. Encore un mot pour en finir avec les arguments techniques spécieux qui prétendent écarter la qualification de coup d’Etat. Toutes les dispositions constitutionnelles relatives à l’empêchement, au décès ou à la démission du président de la République ou à la dissolution de l’Assemblée nationale exigent que les élections soient organisées soit dans un délai de 45 jours soit dans un délai de 3 mois. A défaut d’une disposition précise pour régler un problème, l’esprit de la Constitution devait conduire, même en cas d’imbroglio juridique par lequel on veut couvrir en réalité le coup d’Etat, à organiser des élections. Les élections libres et honnêtes ne sont qu’un élément du processus démocratique, mais elles sont un élément indispensable.

	
	- Récemment, le général à la retraite Khaled Nezzar a été arrêté en Suisse où il est poursuivi en justice pour des faits liés à l’arrêt du processus électoral. Cela fait déjà peur aux responsables qui ont partagé avec lui cette décision. Ces derniers risquent-ils d’être poursuivis à leur tour ?

	L’arrestation du général Nezzar à Genève, il y a quelques semaines, et sa mise en examen par la justice suisse font suite à une plainte supportée par l’ONG Trial pour des faits qualifiés par elle de «crimes contre l’humanité» commis pendant les années 1990, durant la période où Nezzar était ministre de la Défense. Il ne s’agit donc pas directement de juger la décision d’annulation des élections. Mais celle-ci sera nécessairement évoquée. Il s’agit là de l’application des règles et principes de ce que l’on appelle la «compétence universelle» qui permet aux juges d’un pays de juger les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. La convention contre la torture de 1984, d’ailleurs ratifiée par l’Algérie, donne compétence à un juge étranger de juger les auteurs de tels crimes. L’utilisation systématique ou généralisée de la torture ou des disparitions forcées constitue, en droit international, un crime contre l’humanité. En outre, ces crimes sont imprescriptibles. De sorte que la menace pèsera pour toujours sur les auteurs présumés de tels crimes. Lorsqu’elle est bien utilisée, la compétence universelle est une des plus belles conquêtes des militants des droits humains dans un monde où règnent encore trop d’arbitraire et d’impunité. Mais on le sait bien, à la suite notamment des expériences connues des affaires Pinochet ou autres, la preuve des actes de torture, des disparitions forcées et autres crimes contre l’humanité et surtout leur imputabilité à une personne est difficile. C’est pourquoi personne ne peut dire à l’avance le sort qui sera réservé par le juge suisse aux accusations portées contre le général Nezzar. Mais l’agitation algéroise sur cette question montre assez que de nombreux responsables sont préoccupés par cette affaire et par l’exemple qu’elle pourrait constituer. C’est l’occasion de dire que l’image de l’Algérie serait mieux préservée si le pacte fondamental que doit être la Constitution et les droits humains étaient respectés et si, particulièrement, la justice était indépendante.
	
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           <title>Rachid Tlemçani : «L’Algérie pouvait prendre une autre destinée en 1988»</title>
           <author>Mokrane Ait Ouarabi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	Avec la lucidité qu’on lui connaît, le docteur Rachid Tlemçani revient, dans cet entretien, sur l’arrêt du processus électoral en janvier 1992. Il livre son appréciation sur le poids réel de l’islamisme en Algérie. Il estime ainsi qu’un nouveau scénario islamiste est en préparation et que l’amputation de la main pour un vol et la flagellation de la femme adultère ne dérangeraient en rien la communauté des affaires.  
	- Comment analysez-vous l’arrêt du processus électoral, vingt ans après ?

	Pour analyser l’arrêt du processus électoral, il faut impérativement revenir à la crise du système du parti unique dont le dénouement fut paradoxalement l’éruption des émeutes, le 5 octobre 1988.
	Ces émeutes ont engendré, à leur tour, une autre forme de crise de légitimité de l’Etat sécuritaire qui perdure jusqu’au jour d’aujourd’hui. Octobre 1988 fut donc un événement complexe, où interféraient à la fois une crise sociétale multiforme et une crise politique émaillée d’une lutte féroce dans les appareils étatiques. L’Algérie pouvait en effet prendre une autre destinée en 1988, comme ce fut le cas par ailleurs au lendemain de l’indépendance nationale, lorsque les militaires ont renversé le GPRA.
	Ce coup d’Etat a fait basculer le pays dans l’autoritarisme que le pouvoir prétorien a consolidé en modernisant ses institutions. En 1988, l’Algérie a raté sa rencontre avec la modernité, comme c’est le cas encore en 1999 et en 2012.  L’histoire de l’Algérie contemporaine se résume en une  série de coups de force. Aujourd’hui, il y a un consensus sur les tenants et les aboutissants de ces émeutes. Il est nécessaire de souligner qu’il y avait deux grands courants : les tenants de l’économie administrée et ceux de l’infitah, économiquement et, idéologiquement, les islamo-baasistes et les militaro-démocrates. Selon toute vraisemblance, c’est le courant des réformateurs qui a remporté la guerre puisqu’il a permis l’éclosion du «printemps algérien».

	Mais il n’a pas remporté la bataille finale puisque le populisme a repris les leviers de commande ces dernières années. On a eu l’impression, durant cette période, que les Algériens étaient emportés par une grande vague de liberté, sans commune mesure dans les pays arabes. Le ras-le-bol des Algériens était général à l’égard de tout ce qui pouvait représenter l’autorité publique et ses institutions politiques. La société tout entière était en effervescence, en mouvement. Dans la mêlée, la légalisation de l’islamisme politique sous la direction du FIS est passée presque inaperçue. Les islamistes n’ont jamais caché pourtant leur projet de société.
	La démocratie qui leur a donné naissance est perçue comme «kofr». Dans un tel contexte marqué par une grande confusion et un chaos organisé, il était prématuré d’organiser des élections démocratiques. Une période de maturation politique était nécessaire avant de s’engager dans une autre aventure. Cette période était indispensable, particulièrement aux groupes politiques ne recevant pas d’aide extérieure. Dans une telle situation, le FIS a réussi à manipuler le slogan «L’islam est la solution» à la hogra. A cela, il faudrait ajouter deux facteurs d’ordre technique qui ont favorisé la victoire de l’islamisme radical, le découpage électoral et la loi électorale. Les dérives autoritaires devenaient ainsi inéluctables. La victoire islamiste n’était pas donc une surprise. Le pouvoir prétorien et ses réseaux dans la société civile, déconnectés de la réalité sociologique, ont préféré faire confiance aux sondages-maison en organisant les législatives de 1991.

	
	- Le scrutin communal, une année avant, ne laissait pourtant aucun doute quant à une seconde victoire des islamistes.
	Après toutes ces années, le débat sur cette période est-il réellement ouvert ?   

	Le débat sur cette période n’est pas encore ouvert, malheureusement. Aucun dossier sensible n’a fait l’objet d’un débat national sous le prétexte que la société n’est pas encore mûre…
	Ce débat ne risque pas d’être ouvert de sitôt au regard de la publication des nouvelles lois, notamment sur les ONG et l’information, régissant le nouvel ordre sécuritaire en gestation. Au lieu de s’ouvrir en préparant une sortie honorable, le pouvoir en fin de règne s’est recroquevillé sur lui-même en hissant une muraille sécuritaire.

	
	- Dans le contexte des révolutions arabes, quand on parle des islamistes, on cite souvent l’Algérie comme exemple à ne pas suivre. Etes-vous du même avis ?

	Contre toute attente, le Printemps arabe a propulsé les islamistes au pouvoir en Tunisie, en Egypte, en Libye et probablement en Algérie. Très étrange, cette situation révolutionnaire, soutenue par l’opinion internationale, a donné un nouveau souffle au discours anti-impérialiste des années 1960 et 1970, un discours qui a justifié toutes les dérives autoritaires dans les pays arabes. Chaque cas est pourtant bien spécifique. Par exemple, les élections législatives égyptiennes ont été organisées dans un contexte similaire à plus d’un titre à celui de l’Algérie 1991.

	Là s’arrête la comparaison. Les militaires, sous la direction du Conseil suprême des forces armées (CSFA), se sont même opposés à «la place Tahrir» qui a continué, après la chute du raïs Moubarak, de revendiquer la fin de «l’Etat moukhabarate». Sans surprise, les islamistes ont remporté une grande victoire électorale consacrant la première étape de la révolution. L’expression «Etat contre société» prend tout son sens en Egypte. Une armée de plus d’un million de personnes ayant privatisé plus de 20% du PIB n’est pas prête à regagner du jour au lendemain ses baraquements. L’alliance avec les islamistes, la force politique la mieux organisée, s’est avérée indispensable pour se maintenir au pouvoir. La relation entre les militaires et les islamistes a de tout temps évolué en dents de scie en fonction des luttes démocratiques.

	
	- Le cas tunisien est-il vraiment différent du cas égyptien ?

	Le cas tunisien n’est pas vraiment différent sociologiquement du cas égyptien. Les islamistes tunisiens ont mené une lutte sur plusieurs fronts contre le régime policier de Ben Ali depuis plus de 20 ans. Ils sont perçus comme «clean», ils ne sont pas associés à la crise actuelle.
	Ils ont gagné une grande crédibilité au sein de l’opinion publique. Lors de la campagne électorale, Ennahda a fait preuve non seulement d’une organisation solide, mais aussi d’une grande capacité de mobilisation. Les islamistes se sont trouvés pratiquement seuls sur le terrain lors de la campagne électorale. Si les islamistes bénéficient d’un électorat fidèle et discipliné, tel n’est pas le cas des «formations démocrates» dont les sympathisants figurent parmi les non-inscrits. Mais sans le soutien financier des Etats du Golfe, il aurait été très difficile aux islamistes, tant tunisiens qu’égyptiens, de mener de grandes campagnes électorales de type américain. Par contre, le cas marocain est différent et proche du cas algérien. Le roi Mohammed VI a invité les islamistes modérés à faire partie du jeu politique du makhzen. Vainqueur des dernières législatives, le Parti de la justice et du développement (PJD) ne conteste pas l’institution royale, encore moins le statut de «commandeur des croyants» du souverain, à la différence du parti Adl Wal Ihsane (Justice et bienfaisance). L’islamisme institutionnalisé est bien encadré au Maroc, sa victoire électorale n’a aucun impact dans la prise des grandes décisions du pays.

	
	- A l’aune des élections législatives, le spectre islamiste est encore agité. Pensez-vous, comme cela se dit, que les partis islamistes peuvent avoir la majorité dans la prochaine Assemblée ?

	Je pense qu’un scénario islamiste est en préparation, d’autant plus qu’il bénéficie du soutien des partenaires commerciaux. L’amputation de la main pour un vol et la flagellation de la femme adultère ne dérangeraient en rien la communauté des affaires. Bien au contraire, les islamistes au pouvoir, sans aucun programme économique précis, renforceront les mécanismes de l’économie de bazar. Les luttes de sérail se résument actuellement à l’habillage de cette assemblée mosaïque. Sera-t-elle habillée d’un burnous, d’un costume en alpaga ou d’une tenue soudanaise ? La prochaine législature passera le plus clair de ses sessions à palabrer sur les questions culturelles, identitaires et des mœurs relevant de la vie privée des citoyens. Il serait probablement question de créer une police des mœurs pour compléter la professionnalisation des forces de sécurité. Toutes les grandes décisions, du code de la famille jusqu’aux dernières décisions politiques en passant par les codes communal et de wilaya, véhiculent une implacable logique sécuritaire au détriment de la promotion de la citoyenneté. Le régime a tout fait pour que les conditions sociales et économiques nécessaires à l’avènement d’un ordre ouvertement islamiste envahissent tous les espaces de la sphère publique. Une islamisation rampante et sournoise a été mise en œuvre depuis les années 1980. La tendance lourde, au sein du pouvoir, est déjà islamiste dans le sens qu’il est foncièrement conservateur. Tout a été islamisé. Que reste-t-il donc ? Quelques débits de boissons alcoolisés et des jupes longues !

	
	- La victoire électorale des islamistes est-elle inéluctable ?

	Pour répondre à cette question sans grand enjeu à mon sens, il ne me semble pas que la décision finale n’a pas été prise quant au nombre d’islamistes devant siéger au sein de la nouvelle Assemblée.
	Il y a encore des tiraillements et des luttes, à géométrie variable, entre les différents clans et les groupes de pression régulant l’import-import. D’ici la tenue de ce scrutin, je crains qu’AQMI relance ses actes terroristes pour influencer les résultats.

	
	- La présidence de la République sera-t-elle en mesure d’imposer ses candidats appartenant à l’islam traditionnel par opposition à l’islam de bazar ?

	Ce qui est nouveau, c’est que le président de la République, ayant activé durant ses mandats le réseau des zaouïas représentant un électorat large, souhaite des «élections libres et transparentes». Quant aux forces sécuritaires opposées à ce scénario, je pense qu’elles ne sont pas encore parvenues à un consensus sur le type particulier d’islamisme à soutenir. Le choix est entre un «bazar ouvert» et un «marché très bureaucratisé». Tout compte fait, les élections ne seront pas différentes des précédentes.

	
	- Quels sont les véritables enjeux des prochaines élections législatives ?

	Une des plus grandes particularités algériennes, c’est que les urnes n’ont aucune importance, les enjeux sont ailleurs. Sans grande surprise, le taux de participation, comme lors des précédents scrutins, sera très bas. Si le RCD ne participe pas, ce scrutin sera un fiasco total et la crise de légitimité s’accentuera jusqu’à la fin du mandat présidentiel. Mais cette fois, je pense que c’est le FFS qui donnera une certaine crédibilité à ce scrutin. Il semble que les tractations entre le FFS et la présidence de la République d’une part, et entre le FFS et le DRS, d’autre part, ont commencé avant même l’installation de la nouvelle équipe du Front.
	Un des gros enjeux de ce scrutin est associé à la gestion du pactole de 200 à 300 milliards de dollars. Le groupe sortant aura la haute main sur cet énorme «butin de guerre» dont une partie sera transférée à l’étranger pendant que de jeunes chômeurs s’immolent ou tentent la harga.</description>
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        <item>
           <title>Alaa Al Aswany. Intellectuel égyptien : «Il faut laisser faire la démocratie»</title>
           <author>Hacen Ouali </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Entretien</category>
           <pubDate>Wed, 04 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Une année après la chute du clan Moubarak, la révolution égyptienne peine à instaurer le régime pour lequel les Égyptiens se sont soulevés le 25 janvier 2011. La démocratie tarde à voir le jour au pays du Nil, mais elle est «inéluctable et personne ne peut l’arrêter». L’intellectuel engagé Alaa Al Aswany en est convaincu. Pour lui, un autre conflit s’engage à présent : celui qui oppose  les partisans de la révolution qui luttent vaillamment pour une Egypte réellement démocratique contre  les militaires qui «font tout pour maintenir l’ancien régime». Farouche opposant au Conseil militaire qui dirige le pays depuis un an, le célèbre auteur de l’Immeuble Yacoubiane mène un combat sur deux fronts : les militaires qui s’accrochent au pouvoir et les salafistes qu’il considère comme «un corps étranger» à la société égyptienne. Entretien.  
	-Vous avez écrit un livre, en 2009, avec comme titre Pourquoi les Egyptiens ne se soulèvent pas ? Finalement, ils se sont révoltés !

	Avec ce livre, j’ai essayé de provoquer mes lecteurs, de comprendre ce qui se passe en Égypte. Cependant, dans le livre, je dis que les Égyptiens, comme tout les autres peuples, se révoltent mais ils le font à leur manière, à l’égyptienne, sans violence. On essaie de trouver des compromis, mais à un moment donné et quand le compromis n’est plus possible, ils se révoltent. L’idée qui consiste à dire que les Égyptiens se révoltent moins que les autres n’est pas vraie, en fait.

	-Une année après la chute du clan Moubarak, la transition démocratique connaît des vacillements, l’armée qui dirige le pays réprime et tue des Egyptiens. Veut-elle s’accrocher au pouvoir ?

	Sans doute. Moubarak était la tête du régime, l’armée en était l’armature. Elle n’a jamais été du côté de la révolution. Le Conseil militaire n’a pas protégé la révolution comme on a voulu le faire croire. Il a permis au régime de Moubarak de se maintenir au pouvoir. En Égypte, jusqu’à maintenant, le régime de Moubarak est toujours en place. Je pense qu’il y avait des malentendus dès le commencement de la révolution. Le peuple qui a fait la révolution a considéré que la chute de Moubarak était la première étape pour éliminer le régime ; par contre, le Conseil militaire a accepté le départ de Moubarak comme une étape nécessaire pour préserver le régime. Nous ne parlons pas le même langage que les militaires, nos objectifs sont diamétralement opposés.

	Maintenant, la scène est très claire. Le Conseil militaire a préservé clairement le régime et résiste violemment au vrai changement. C’est ce qui explique l’acharnement des militaires contre les forces révolutionnaires. En dix mois de pouvoir, l’armée a tiré à trois reprises sur la foule. Les militaires font tout pour être un élément essentiel dans la formule politique égyptienne. Je suis ennuyé parce que nous avons perdu dix mois et que le changement désiré par la révolution tarde à voir le jour. Nous vivons des crises fabriquées par le régime de Moubarak pour faire pression sur les Égyptiens dans le but de leur faire détester la révolution. Mais je reste optimiste parce que je fais confiance au peuple et surtout que la révolution appartient au futur ; personne n’est capable d’arrêter ce futur. Il arrivera fatalement.

	-Les élections législatives ont été remportées majoritairement par les islamistes. Vous qui êtes connu pour votre opposition à ce courant que vous qualifiez souvent de dictateur «parce qu’ils s’estiment détenteurs de la vérité absolue», quelle est votre appréciation ?

	Je dois rappeler que je suis en totale opposition avec les islamistes. Je suis contre leur interprétation de la religion, comme je suis contre l’utilisation de la religion à des fins politiques. J’estime que la religion doit rester à sa place. Mais dans le Monde arabe, la majorité n’a pas cette vision. Je suis de ceux qui pensent qu’il faut les aider à vivre cette expérience à travers laquelle ils découvriront que l’islam politique n’a rien à voir avec la religion à laquelle ils croient et que les tenants de l’islam politique ne sauront pas résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés. 

	Cependant, il y a un principe sur lequel je suis intransigeant : on doit accepter le choix du peuple. Je ne suis pas contre que les islamistes arrivent au pouvoir à travers des élections propres et honnêtes. Ce ne sont pas des ennemis, mais ce sont des Egyptiens avec lesquels je suis en totale opposition. Il faut assumer la démocratie, surtout quand elle ne nous arrange pas et qu’elle porte au pouvoir nos adversaires. Contrairement à l’image qu’on se fait d’eux en Occident comme d’un danger et qui assimile l’islamisme au terrorisme. Je suis entièrement contre cette conception occidentale. Je n’accepte pas cela. L’islamisme, pour moi, veut dire quelqu’un qui a un background islamique. Il y a des islamistes violents et d’autres ne le sont pas. Les Frères musulmans, avec qui je ne suis pas d’accord du tout, sont absolument intégrables dans une démocratie. Ils ont quitté le terrain de la violence dès 1965. Ils seront un autre parti comme les partis de droite chrétienne en Europe.

	-Vous parliez d’un pacte  qui aurait été passé entre les militaires et les islamistes pour phagocyter la révolution. Pouvez-vous être plus explicite ?

	Je n’accuse pas, mais il y a sans doute un accord entre eux, c’est très visible. Le Conseil militaire fait dans la manœuvre pour rester au pouvoir de manière indirecte. Il cherche un Président qui obéisse au doigt et à l’œil. Et pour réussir cette manœuvre, il ouvre la porte aux islamistes en les intégrant dans sa stratégie. Le Conseil militaire est en train de persécuter les révolutionnaires en les accusant d’être financés de l’extérieur et les faire passer pour des agents, ce qui est totalement faux par ailleurs, alors que curieusement il ferme les yeux sur le financement étranger des islamistes. On les a vus à la faveur de ces élections ; ils dépensent des fortunes. Le parti salafiste a acheté 30 appartements à Alexandrie pour cette élection. Il distribue des tonnes de nourriture gratuitement. En démocratie, le citoyen a le droit de savoir qui paie qui. Les militaires laissent faire les islamistes. Par ailleurs, sur le plan politique, il y a une convergence de vues sur la gestion de la transition. On voit comment les islamistes ne disent rien quand des jeunes se font massacrer sur la place Tahrir.  

	-Alors que des voix expriment leur inquiétude de la montée des islamistes, vous appelez à soutenir le futur Parlement même si les islamistes y sont majoritaires. Pourquoi ?

	Absolument. Je soutien ce Parlement parce qu’il sera finalement la seule institution élue par le peuple. Et je trouve cela essentiel, parce que ce Parlement va nous aider à faire pression sur le Conseil militaire pour le pousser à quitter le pouvoir. Il faut laisser faire la démocratie. Elle est la solution. Cependant, je dois souligner que les élections n’étaient pas justes. La loi électorale  a été faite de sorte à empêcher les révolutionnaires d’y participer.

	-Les USA, qui ont une grande influence sur l’Egypte, semblent s’accommoder de la victoire des islamistes, alors que ces derniers présentent les Américains comme des ennemis jurés parce qu’ils sont contre l’islam. Qu’en pensez-vous ?

	Ce n’est pas vrai. C’est une diversion. Les Américains ne sont jamais contre les islamistes. L’ami le plus proche de tous les gouvernements américains est l’Arabie Saoudite, qui est la source de toutes les idées wahhabites, mais à cause de son  pétrole, aucun gouvernement américain ne peut critiquer ce royaume. Au Pakistan aussi, le général Dhiya El Hak était à la fois un agent américain et un extrémiste religieux. Les talibans ont été montés et financés par les Américains. Les Américains ne sont ni contre ni pour l’islam,  mais plutôt pour leurs intérêts. Et quand leurs intérêts sont menacés, ils interviennent, comme au Chili en 1973 contre le président Allende. S’il y avait un gouvernement bouddhiste qui préserve les intérêts US, ils le soutiendraient !

	Les islamistes, de leur côté, rassurent les Américains, notamment sur «les accords de paix» avec Israël. Je dois rappeler ici un article de Naom Chomsky publié le 4 février 2011 (soit quelques jours avant la chute de Moubarak) dans le journal britannique The Gardian. Il a dit clairement que «la démocratie en Egypte aura des problèmes. Et ce n’est pas la menace islamiste qui empêche le soutien américain au régime en place. Si l’Égypte devenait un pays réellement indépendant, elle serait un grand pays qui influencerait les pays arabes. Et cela, les Américains ne peuvent pas se le permettre parce que derrière il y a Israël». Ce qu’a dit Chomsky se produit maintenant. La manière américaine de contrôler  la situation était de soutenir la dictature de Moubarak jusqu’à la fin, mais après la deuxième étape, de dire de très belles phrases sur la révolution tout en empêchant le changement. Je ne fais pas confiance au gouvernement américain. Il ne voudrait pas d’un progrès et d’une indépendance de l’Egypte.

	-Nous avons assisté, durant la campagne électorale, à une attaque en règle des salafistes contre les libertés individuelles ; ils se sont attaqués à Naguib Mahfouz et veulent instaurer la charia !

	Vous savez, le discours salafiste ne m’étonne pas. Il y a toujours un conflit entre l’extrémisme et l’art. Ce sont deux choses qui ne marchent pas ensemble. L’Europe a connu cela aussi. La littérature présente une vision du monde très tolérante, qui ne juge pas les autres ; elle pose des questionnements et tente de comprendre les sociétés. L’extrémisme, c’est le contraire ; il est dans le jugement permanent et classifie les gens. Les extrémistes pensent qu’ils sont détenteurs de la vérité absolue et prétendent détenir des réponses définitives. Si vous avez le goût littéraire, vous ne serez jamais extrémiste et le contraire est juste aussi.

	-Cela ne vous fait pas peur ?

	Il n y a pas de risque, mais plutôt un combat à mener et je suis déterminé à le porter. On doit défendre la liberté d’expression, qui n’est jamais un cadeau. C’est vrai que je fait l’objet d’un lynchage médiatique de la part des extrémistes, mais ce sont les hommes de main du pouvoir qui sont venus me menacer devant mon cabinet. Les salafistes sont un corps étranger à l’Egypte. Ils s’attaquent à des éléments qui structurent la société égyptienne. La musique et le cinéma sont des éléments essentiels de la culture égyptienne. Les salafistes défendent une conception de la religion importée d’Arabie Saoudite. Ils interprètent le désert. Ce qui est le contraire de notre interprétation de la religion qui est faite par Mohamed Abdou. Toutes les interprétations faites par Mohamed Abdou sont l’exact contraire de la vision salafiste de la religion ; il était pour la liberté de la femme, la liberté de création, la démocratie. Il disait déjà, en 1899, que la burqa n’a rien avoir avec la religion, que c’est une habitude qui vient du désert et que l’islam n’a jamais dit qu’il fallait cacher le visage de la femme.L’interprétation wahhabite de la religion, qui est très fermée, est soutenue par l’argent du pétrole et toutes ces chaînes de télévision.

	-Comment avez-vous vécu le 25 janvier 2011 et la chute de Moubarak, vous qui militez contre le régime depuis des années ?

	C’était un grand moment de ma vie, un moment unique. On ne fait pas de révolution chaque matin. C’est une chance de vivre des moments pareils, des moments où j’ai appris énormément de choses sur mon peuple. J’écris souvent le mot «peuple» dans mes romans et dans mes livres, mais c’était la première fois que je sentais ce que veut dire le mot peuple. Vivre avec deux millions de personnes sur la place Tahrir avec ce sentiment d’être une seule famille est extraordinaire. J’ai été inspiré pour écrire des livres et des livres ; j’espère avoir le temps pour le faire.

	-La révolution égyptienne sera-t-elle le futur roman de Aswany ?

	Je travaille sur un roman sur l’Egypte des années quarante depuis trois ans, mais j’ai arrêté d’écrire durant la révolution. Il est clair que la révolution sera présente dans mes prochains romans.</description>
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	Intellectuel égyptien
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        <item>
           <title>Mohammed Harbi : «Nos gouvernants disent n’importe quoi…»</title>
           <author>Mustapha Benfodil </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Entretien</category>
           <pubDate>Tue, 03 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	La réédition par la maison Dahlab d’un important ouvrage de Mohammed Harbi, Les archives de la Révolution algérienne, vingt ans après leur première parution en France, est le fil rouge de cet entretien dans lequel l’éminent historien révèle comment il a réuni cette masse de documents inédits qui composent son ouvrage. M. Harbi plaide pour une histoire plurielle du Mouvement national, affranchie des manipulations politiques. Il répond au passage au ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, qui l’accuse d’avoir accaparé des archives de Krim Belkacem.
	  
	- Selon le quotidien Waqt El Djazaïr, le ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, vous aurait accusé d’avoir accaparé des archives de Krim Belkacem dont, rappelle-t-on, vous étiez le chef de cabinet au moment où il était ministre des Forces armées au sein du GPRA. Quelle réaction cela vous inspire ?  

	J’ai attendu un démenti du ministre de l’Intérieur avant de m’exprimer sur les propos qui lui sont attribués. Le démenti n’est pas venu. Chacun sait que nos gouvernants ont, à quelques exceptions près, tété au biberon de l’impunité. Cela ne les gêne pas de dire n’importe quoi au mépris des faits. Le ministère des Forces armées, dont Krim Belkacem était le chef, n’était pas la caverne d’Ali Baba qu’imagine le ministre de l’Intérieur après coup. Le cabinet civil, dont j’étais le directeur, avait ses propres locaux et nous ne disposions pas d’archives. Nous étions deux au cabinet, le lieutenant Ferhat et moi-même. Nous n’appartenions pas, non plus, au clan dont Krim était le chef. En dépit de sa centralisation au niveau du GPRA et l’existence d’une bureaucratie segmentée, l’appareil du FLN était loin de correspondre à la constitution d’intérêts publics. La distribution du pouvoir s’opérait entre des chefferies qui n’ont cessé, surtout après le CNRA d’août 1957, de contrarier le processus d’étatisation et de gouverner en manipulant l’information à leur seul profit. Le huis clos sur les archives et le culte du secret étaient des armes destinées à instaurer un pouvoir incontrôlé. Tous ceux qui se sentaient responsables devant le pays, et non devant de nouveaux maîtres, s’informaient comme ils le pouvaient dans un environnement où le recrutement des élites ne répondait ni à la capacité sociale, ni à la capacité technique, ni au mérite. Quel patriote, soucieux de l’avenir du pays, oserait nous le reprocher ? Les critères de sélection du personnel sont ceux de la loyauté personnelle, de l’appartenance à une cour servile, de la soumission dénuée de sens critique. Ne parvenaient au sommet de la pyramide que des exécutants obéissants et autoritaires, d’où cette sélection à rebours, responsable de la «médiocrisation» progressive de ce qu’on appelle, à tort, la classe politique. Une classe où chaque niveau s’édifie sur la manipulation du niveau inférieur. N’est-ce pas manipuler les commis de l’Etat, les commissaires de police que de leur faire croire que j’ai accaparé les archives de Krim ? Dans quel but ? Les préparer à un procès en sorcellerie ? Leur inculquer une doctrine où les non-conformistes sont définis comme l’ennemi intérieur ?!
	La publication, vingt ans après de leur première parution, des Archives de la Révolution algérienne, troublerait-elle autant le sommeil de nos gouvernants ?!

	
	- La maison Dahlab a réédité, récemment, un de vos ouvrages les plus importants,  Les archives de la Révolution algérienne. Comme vous le précisez d’emblée, le livre est composé dans sa quasi-totalité de documents inédits. Comment avez-vous réussi à réunir tous ces documents ?

	Mon intérêt pour les archives vient de loin. Dès 1950, alors que j’étais encore lycéen, j’ai commencé à collecter toutes sortes de documents : tracts clandestins, discours de leaders politiques, publications du Mouvement national dans toutes ses composantes. C’est un travail mené sous la pression de l’événement et des grands débats politico-historiques sur l’interprétation de l’histoire algérienne : processus de formation de la nation algérienne, réflexions sur la culture.

	Mon père a voué au feu, en mon absence, les documents accumulés après l’arrestation de mon frère cadet, Mahmoud, en décembre 1955. J’en ai reconstitué une partie, mais c’est une perte irréparable. L’ensemble des documents qui nous initiaient en tant que militants MTLD aux débats pakistanais sur la nature de la nation dans une société musulmane, sur ses fondements, etc. n’ont pu être retrouvés. L’histoire du nationalisme n’a jamais été monolithique, même avec le FLN. La place de l’échelon régional dans la politique nationale a suscité, très tôt, ma curiosité. J’ai cherché, au moment des controverses sur la création de l’Ugema à m’informer sur ce sujet. Mon regretté ami Smaïn Mana m’a appris qu’en 1949, ses amis, dont Mabrouk Belhocine, ont rédigé une brochure à cet effet. J’ai fait la connaissance de Mabrouk Belhocine en 1956.

	Cette brochure intitulée L’Algérie libre vivra, signée de Idir El Watani, était en sa possession. Il me l’a confiée. En 1959, j’en ai parlé à Tunis à un ancien dirigeant du MTLD, Mustapha Ferroukhi. Je lui ai prêté cette brochure. Nommé ambassadeur en Chine en 1960, il périt dans un accident d’avion en rejoignant son poste à Pékin. Le document s’est perdu. Mabrouk Belhocine l’a retrouvé dans les années quatre-vingt chez Embarek Djilani, membre du comité central du MTLD. J’ai publié, en 1987, cette brochure censurée, à la fois par le colonialisme et par la direction du MTLD, dans la revue Sou’al que j’ai créée en 1981 à Paris.
	Les situations les plus propices à l’acquisition des documents sont celles de crises : scission du MTLD, luttes entre factions dirigeantes du FLN en 1959, implosions du FLN en 1962, etc. Ce sont des moments où ceux d’en haut lèvent le secret pour s’assurer l’appui de ceux d’en bas et débaucher les clientèles de leurs adversaires. Parfois, les secrets qu’on nous cache figuraient dans les publications de l’ennemi. C’est le cas, par exemple, des controverses sur le Congrès de la Soummam, évoquées, documents à l’appui, en 1957, dans la Revue militaire d’informations ou dans le quotidien Le Figaro. Mais il était de bon ton de faire passer leurs révélations pour de la propagande, ce qui laissait sceptiques les plus naïfs.

	
	- La problématique de l’accès des historiens aux archives revient avec insistance dès qu’il est question de lever le voile sur certaines séquences de la guerre de Libération nationale. D’aucuns regrettent par exemple que l’accès aux archives présentes en Algérie soit difficile, y compris aux chercheurs. Avez-vous, à titre personnel, rencontré des entraves dans ce sens ?

	A titre personnel, non. Je ne suis rentré en Algérie qu’en 1990, après 17 ans d’exil forcé. A cette date, mes travaux pionniers étaient déjà publiés sans recours aux archives d’Etat. Mais les travaux de mes collègues qui les ont utilisées, à l’exception de ceux du regretté Mohamed Teguia, d’un acteur donc, ne m’ont pas appris grand-chose, ce qui signifie que leur accès pose problème. J’ai par contre eu à constater le triste état de la Bibliothèque nationale. J’étais intéressé par le journal des débats de l’Assemblée constituante en 1962-1963 et les publications parues de juin 1965 à janvier 1966. Amine Zaoui, alors directeur de la Bibliothèque nationale, m’avait confié aux bons soins d’un de ses collaborateurs.

	Mais il a été impossible de retrouver le journal des débats parlementaires. Il n’existe pas, non plus à l’Assemblée nationale. A Mabrouk Belhocine qui a voulu consulter ses propres interventions, il a été répondu que les archives ont été transférées dans un lieu inconnu après l’élection de la nouvelle Assemblée.

	A Constantine, les archives de la wilaya ne possèdent que quelques exemplaires du journal des débats. Manque, entre autres, le débat sur le Code de la nationalité. Autre exemple, j’ai offert à la Bibliothèque nationale une collection d’El Oumma, journal de l’Etoile nord-africaine, mais les étudiants à qui je l’ai recommandée n’y ont pas eu accès. Elle serait introuvable. Quant aux journaux que je voulais consulter à la bibliothèque, il semble qu’ils aient été perdus, mais on peut, heureusement, les trouver dans la bibliothèque du Centre diocésain, à la rue des Glycines à Alger.

	
	- Une certaine confusion entoure l’accès aux archives françaises de la guerre d’indépendance. On lit çà et là que «les archives seront ouvertes en 2012». Pouvez-vous nous éclairer sur ce point précis ? Quelles sont exactement les archives qui seront ouvertes à la consultation en 2012 en France ?

	Je n’ai pas d’informations particulières sur ce point, mais il s’agit, sans doute, des archives sonores et de la filmographie de la guerre auxquelles des chercheurs ont déjà eu accès par dérogation. Mais, il y a quelques jours, un doctorant m’a assuré que certains dossiers concernant les personnes sont, depuis peu, ouverts à la consultation.

	En lisant votre ouvrage, on prend la mesure des divergences qui faisaient rage entre les protagonistes de la Révolution, sans compter les guerres fratricides FLN-MNA. Vous plaidez personnellement pour une rupture avec les «mythologies héroïques et les récits moralisateurs» que l’on nous sert habituellement pour parler de la guerre de Libération. Comment dire la vérité aux Algériens sur leur histoire ? Comment en finir concrètement avec la censure et «le culte du secret» que vous dénoncez ?

	L’intrusion de la politique dans l’enseignement de l’histoire est difficilement évitable. Un pays ne peut vivre sereinement avec des cadavres dans le placard. C’est une erreur de concevoir l’enseignement comme un discours moral. C’en est une autre de confondre l’histoire et la mémoire des faits. Si on veut rendre, par exemple, des questions comme l’identité ou la question linguistique moins vives, il faut définir de manière précise les enjeux et y entrer par une réflexion sur les concepts pour éviter toute approche émotionnelle. En un mot, il faut s’attacher à créer une situation qui permette une mise à distance. En vous disant cela, je ne sous-estime pas, pour autant, la difficulté qu’il y a à se mettre à distance, surtout pour les questions où plusieurs traumatismes se superposent.

	
	- Votre livre a le mérite d’accorder une place importante aux archives de Messali Hadj et autres responsables du MNA, ainsi qu’au Parti communiste algérien. Pensez-vous qu’on a été injustes envers ces acteurs, et en particulier Messali ?

	Confondre l’histoire de l’Algérie avec celle du FLN est une erreur. On ne peut pas accepter d’apprécier le déroulement des événements à travers l’exigence de monopole du FLN. Il faut faire parler le passé depuis le présent et donc écouter tous les acteurs du Mouvement national, des radicaux aux modérés. A quoi bon invoquer le modèle démocratique si on ne veut pas repenser l’aventure qui nous a amenés à l’autoritarisme ? C’est dans cette optique qu’il faut réexaminer les orientations de Messali Hadj et du PCA et cesser de les diaboliser, sans laisser croire qu’avec eux la démocratie était au bout du chemin. L’injustice à l’égard de Messali a été plus grave qu’à l’égard du PCA. Il a été accusé de trahison. En donnant son nom à l’aéroport de Tlemcen, le président Bouteflika lui a rendu justice. Il était souhaitable que cela se fît en toute clarté sur la base d’un discours argumenté et porté à la connaissance de l’opinion pour éviter les déclarations intempestives de ses détracteurs.

	
	- D’après vous, y a-t-il encore de nombreux documents inédits qui seraient entre les mains de militants du Mouvement national ou de leurs proches et qui gagneraient à être rendus publics ?

	Sans doute. C’est une question politique qui ne peut être traitée que par des moyens démocratiques, une fois le patrimoine foncier et immobilier devenu, effectivement, l’affaire de la nation. On n’en est pas encore là.
	Le pillage, par exemple, du patrimoine foncier et immobilier est, à cet égard, instructif. La nation a besoin d’histoire pour faire face aux interrogations qui la traversent et pour surmonter ses traumatismes. Elle a besoin d’une culture fondée sur le partage de repères communs.

	
	Elle dit, à voix haute, que le despotisme colonial ne doit plus être le prétexte à la défense du despotisme plébéien. Elle aspire à la vérité sur son histoire et on la lui refuse. Un exemple : le 25 juin 2008, on apprend par la presse et sans explication aucune que l’Académie de Cherchell a donné, en présence du président de la République, le nom de Lakhdar Bouchema à trois promotions d’officiers. Lakhdar Bouchema a été assassiné, avec d’autres compagnons, en Wilaya IV, pour son implication dans une rencontre avec le général de Gaulle, à l’insu du GPRA. Comment en est-on arrivé à cette décision ? On doit le savoir. Des acteurs de cette tragédie sont encore en vie. Qu’en pensent-ils ? Et pourquoi se taisent-ils ? Les officiers éliminés ont été, certes, les victimes d’une situation, mais la procédure utilisée pour les réhabiliter ne favorise pas le civisme.
	 

	Mohammed Harbi. Les archives de la Révolution algérienne. Éditions Dahlab 2010. 2000 DA.
	 </description>
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           <title>«Le débat sur le génocide arménien a gagné en force en Turquie»</title>
           <author>Walid Mebarek </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>France-actu</category>
           <pubDate>Tue, 03 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Après le vote par l’Assemblée nationale française d’une loi visant à pénaliser la négation des génocides, la réaction turque, vis-à-vis de la France, est montée d’un cran. Pour y voir plus clair, nous avons demandé à Ali Kemal Dogan, doctorant à l’Ehess Sorbonne de nous aider à comprendre la situation. 
	- Pourquoi la réaction turque vis-à-vis de la décision française de voter une loi sur les génocides a-t-elle été si radicale ?

	Près de 22 Parlements de divers pays ont reconnu le génocide arménien. Parmi ces derniers, le Parlement suisse a voté une loi similaire à celle adoptée par la  France le 22 décembre 2011, ce qui a suscité de vives réactions qu’on pourrait qualifier d’«émotionnelles», qui ont cependant eu une très courte durée et peu de conséquences à long terme. Le principal allié de la Turquie sur le sujet est, malgré des turbulences, Israël, pour qui la Turquie représente le seul soutien au Moyen-Orient. Ainsi, le lobby juif aux Etats-Unis bloque, pour le moment, le vote d’une loi sur le génocide par le Congrès américain et même par Israël. Mais le risque de perdre ce soutien existe. En particulier la reconnaissance du génocide par les Etats-Unis est souhaitée par la diaspora arménienne d’ici son centenaire en 2015, ce qui peut avoir un effet boule de neige dans le monde et isoler la position turque sur le sujet.

	
	- Est-ce que cela ne va pas affaiblir la position des Turcs, qui, depuis quelques années, tentent de mettre cette question du génocide dans le débat public ?

	Il y a un certain progrès en Turquie dans l’évocation du traumatisme des événements de 1915, et ce débat a gagné en force depuis l’assassinat, en 2007, de Hrant Dink, journaliste turc d’origine arménienne. A la fois, le monde académique (une pétition demandant pardon aux Arméniens pour la «grande catastrophe» et des conférences universitaires ont été organisées), mais aussi la société civile ont remis en question l’approche de cette période douloureuse. En même temps, le gouvernement turc a proposé de créer une commission internationale sur cette question et a promis, en 2005, d’ouvrir ses archives.
	Par ailleurs, des échanges diplomatiques ont été lancées entre l’Arménie et la Turquie en 2009, ce qui a permis d’établir un premier contact, même s’il n’y a pas eu de réalisations concrètes. Ce travail interne et ces ouvertures ont permis de parler d’événements jusqu’alors tabous et de faire évoluer doucement le regard sur ce qui s’est passé. Evidemment, ce travail interne sera long, mais ce qui est important, à mon avis, c’est que ce processus soit engagé. Par contre, les lois parlementaires ont non seulement durci la position gouvernementale turque, mais elles nourrissent aussi l’idée nationaliste que le Turc n’a pas d’autre ami que lui-même, ces lois étant perçues avec un sentiment fort d’injustice en Turquie.
	Ces lois ont donc tendance à freiner le processus d’évolution du débat interne turc. Ce même sentiment d’injustice avait aussi été perçu lors de l’acceptation seulement de la partie sud de Chypre dans l’Union européenne, alors que la Turquie participait activement au débat au sein des Nations unies pour résoudre d’abord cette question et que la partie nord turque de Chypre avait voté en faveur de la résolution de Kofi Annan.

	
	- Que pensez-vous de la position du gouvernement turc de renvoyer la France à son propre génocide en Algérie ?

	Je pense que dans cet argumentaire, nous ne sommes plus dans la négation du génocide. Il s’agit d’une contestation de la légitimité de la France : l’exemple de l’Algérie (ou de la Vendée après la révolution française, selon les Turcs) tente de montrer que la France n’est peut-être pas exemplaire dans ce domaine. Dans une certaine mesure, la réaction de la France renvoie aussi à un sentiment d’injustice. La position turque, qui affirme que la France a aussi fait des génocides, a sa propre problématique interne, une position qui exprime une certaine attitude décomplexée sur le sujet, voire une banalisation du terme génocide, à l’inverse de la négation. L’avenir nous dira si le Parlement turc adoptera aussi une loi qui fait aussi reconnaître le génocide de la France en Algérie. Pour l’instant, l’accusation de génocide est restée focalisée sur le cas des Arméniens dans le Parlement français, alors qu’il faut souligner que la loi qui a été votée réprime la «contestation des génocides reconnus par la loi». Au-delà du débat sur la liberté d’expression ou sur la qualification d’événements du passé qui appartient aux historiens, est-ce le rôle du Parlement français de rechercher et de reconnaître tous les génocides qui ont eu lieu dans le monde ?

	
	- Que reste-t-il aujourd’hui en Turquie comme souvenir de sa domination (ottomane) de l’Algérie et de l’invasion française de 1830 ?

	En ce qui concerne le souvenir de «Cezayir» en Turquie, nous pouvons dire que l’histoire officielle de la République turque a pris une certaine distance avec celle associée à l’empire ottoman, l’histoire de l’empire ou de l’ancien régime n’étant pas celle de la Turquie moderne, Etat-nation qui s’inspire, pour son destin, de la modernité occidentale. Par contre, la perte du territoire de l’Algérie ayant eu lieu dans la période du grand réformateur Sultan Mahmud II, n’a pu que renforcer l’idée de la nécessité des réformes, ce qui a conduit à une période longue de réformes militaires, politiques, sociales et économiques, une période de lutte des idées qui a conduit à la naissance de la République.
	Actuellement, sous le gouvernement de l’AKP — qui met en valeur considérablement le respect du souvenir de l’empire ottoman —, une tendance répandue dans les partis islamistes prône le renforcement des relations avec les pays musulmans, particulièrement ceux de l’ancien territoire ottoman.
	L’Algérie est donc perçue comme un partenaire privilégié partageant un héritage et une culture avec la Turquie. Par contre, le mot de «domination» ottomane ne serait pas particulièrement bien vu, car c’est le terme d’«administration ottomane de l’Algérie» qui est avancé. La terminologie pour évoquer les événements du passé reste donc un sujet sensible en Turquie, et assumer l’histoire de l’empire ottoman, son rôle dominateur, de manière objective n’est pas chose facile.</description>
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        <item>
           <title>«De nouvelles conditions profitables aux investisseurs »</title>
           <author>Ali Titouche </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Entretien</category>
           <pubDate>Tue, 27 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	«Le mouvement des responsables est quelque chose de courant dans toutes les entreprises du monde»
	«Sonatrach est passée par un traumatisme qu’elle est en train de surmonter» l «Des objectifs clairs lui ont été assignés : effort d’exploration, programme de pétrochimie et de raffinage, renforcement du contrôle interne de gestion»l «L’enjeu consiste à attirer les partenariats et certaines dispositions de la loi ne conviennent plus, ce qui nécessite leur mise à jour, notamment par certains incitatifs financiers». 
	-Des rumeurs ont accompagné la «destitution» de Noredine Cherouati de son poste de PDG de Sonatrach. Pour vous, qui êtes premier responsable du secteur de l’Energie et des Mines, quelles étaient les véritables raisons à l’origine du limogeage ?

	Je n’ai pas de remarque particulière sur ce sujet. Il n’y a rien d’anormal dans ce changement. Le mouvement des responsables est quelque chose de courant dans toutes les entreprises du monde. Durant leur mandat, les responsables apportent leur contribution dans le cadre des objectifs qui leur sont assignés et M. Cherouati a réalisé la mission qui lui a été confiée. Je souhaite à son successeur un plein succès dans l’atteinte des objectifs tracés.  

	-L’instabilité au niveau de Sonatrach n’est-elle pas de nature à influer négativement sur l’image de marque de la société ?

	Sonatrach est passée par un traumatisme qu’elle est en train de surmonter, mais elle est restée solide et n’a pas été perturbée dans son fonctionnement. Elle joue un rôle majeur dans l’économie du pays et continue à bénéficier de la considération et du respect de ses partenaires à travers le monde. Des objectifs clairs lui ont été fixés, notamment en ce qui concerne l’intensification de l’effort d’exploration, le lancement de l’ambitieux programme de la pétrochimie et du raffinage, le développement de la ressource humaine et le renforcement des procédures de contrôle interne de gestion.

	-Vous avez annoncé le projet de revoir la loi sur les hydrocarbures. Quelles sont les raisons essentielles qui motivent cette nouvelle refonte ?

	La politique énergétique du pays s’inscrit dans une perspective de très long terme, à un horizon de 30 à 40 ans, et la priorité du secteur dans le domaine est le renouvellement et l’accroissement des réserves d’hydrocarbures. Il s’agit d’accroître les réserves nécessaires pour satisfaire les besoins internes du pays, mais également pour financer le développement économique et social du pays ainsi que pour rester un acteur actif sur le marché énergétique mondial. Nous sommes témoins de grandes découvertes d’hydrocarbures dans de nombreuses régions du monde et l’Algérie ne peut pas rester en retard. De nouvelles technologies ont été développées dans l’industrie des hydrocarbures et des perspectives prometteuses s’offrent à nous pour mettre en valeur de grands potentiels.

	Ainsi, nous souhaitons intensifier l’effort d’exploration dans les bassins matures mais aussi dans les bassins peu connus, au nord et au sud-ouest de l’Algérie, dans l’offshore, et ce, aussi bien pour les hydrocarbures conventionnels que pour les non-conventionnels dont le potentiel est très important. C’est tout cela qu’il faut encourager à travers des partenariats mutuellement avantageux.
	Une loi ne peut pas rester figée et doit s’adapter à l’évolution de l’environnement pétrolier et gazier. La loi 05-07 a été élaborée dans un contexte de prix autres que ceux d’aujourd’hui et dans des conditions techniques et économiques différentes. Les réflexions d’amendements concernent essentiellement l’adaptation des mesures fiscales et il n’est nullement question de revoir la base fondamentale du principe de 51/49 ni de discuter de la souveraineté du pays sur ses ressources.

	C’est une adaptation technique de certaines dispositions et non une refonte politique ou stratégique à laquelle nous procédons. Le but essentiel visé étant de permettre le développement de notre potentiel en hydrocarbures dans des conditions économiques et financières profitables, aussi bien au pays qu’aux investisseurs. Il s’agit, encore une fois, de renouveler et d’accroître nos réserves en hydrocarbures et il n’y a pas d’autre objectif. Le partenariat est nécessaire pour l’atteinte de ces objectifs.

	-Les trois derniers appels d’offres déclarés infructueux ont-ils un lien avec le projet de réviser la loi sur les hydrocarbures ?

	Ce n’est pas spécialement le cas. L’enjeu est celui qui consiste à attirer les partenariats et certaines dispositions de la loi ne conviennent plus, ce qui nécessite leur mise à jour, notamment par certains incitatifs financiers. Des mesures de la loi ne conviennent plus parce que les prix ne sont plus les mêmes, les techniques et les coûts aussi, mais également les méthodes de production et d’exploration.

	Cette loi devrait donc apporter des mises à jour nécessaires pour ces aspects pour pouvoir attirer les partenaires et atteindre, par la même, les objectifs de renouveler et d’accroître les réserves. Pour ce qui est de l’aspect fiscal, nous sommes toujours en train d’étudier avec les experts de l’énergie et ceux des finances. La taxation des superprofits n’a absolument rien à voir parce qu’elle touche les contrats d’association conclus entre Sonatrach et ses associés étrangers, dans le cadre de la loi relative aux hydrocarbures de 1986. Il s’agit donc de répondre à un souci objectif : celui d’accroître l’effort de recherche et d’exploration.

	Il y a des études qui se font en permanence à ce sujet et dès qu’il y a une nouvelle découverte, des informations nouvelles nous proviennent sur l’état des réserves et des potentialités. C’est à la lumière de ces informations que sont susceptibles d’être connues les nouvelles techniques qu’il faudra mobiliser à l’avenir. Nous avons commencé également les études pour l’offshore, il semble qu’il y ait un potentiel, mais il faudra aller vers les forages pour le confirmer. Nous sommes en train de compléter les études sismiques et géophysiques.

	-En matière de valorisation et de commercialisation des hydrocarbures, allez-vous consolider les investissements en pétrochimie ou bien faut-il favoriser l’amont pétrolier et l’exportation d’hydrocarbures à l’état brut ?

	Notre premier objectif, comme je viens de le dire, est d’abord de renouveler puis d’élargir notre base de réserves d’hydrocarbures. Au niveau de l’aval, nous accordons la priorité à la satisfaction du marché national en produits stratégiques, à savoir les produits énergétiques et les carburants.
	Un important programme de réhabilitation et d’augmentation de capacité de l’outil de raffinage est en cours de réalisation pour satisfaire les besoins de carburants du marché national en volume et en qualité. En ce qui concerne les projets pétrochimiques, une étude de réévaluation de plusieurs projets est en cours au niveau du secteur avec, pour objectif celui d’identifier les filières pétrochimiques susceptibles de contribuer réellement au développement industriel du pays en générant des produits finis qui vont approvisionner le marché national ou des produits semi-finis pour les PME intégrées au tissu industriel algérien. Il n’existe pas de contraintes majeures en termes de recherche de débouchés rémunérateurs pour les productions, notamment de gaz naturel, allouées à l’exportation. En un mot, nous allons relancer fortement les projets de pétrochimie.

	-Mais il semble que des projets de pétrochimie sont actuellement à l’arrêt, dont celui de Sonatrach avec Total et l’autre projet en association avec Fertial pour la production de l’ammoniac…

	Les projets de Sonatrach avec Total et Fertial ne sont pas à l’arrêt. Je peux vous dire même que nous avons d’autres projets à même de renforcer cette industrie, à l’instar surtout du projet de fibres synthétiques, un projet de polystyrène, la production du plastique, un projet de production de méthanol, des projets pour renforcer la chaîne des solvants sans oublier la consolidation de l’industrie du raffinage. Ces projets nécessitent de grands investissements et de gros montants financiers que nous sommes en train d’examiner.      

	-Quelle est la stratégie de l’Algérie à l’international en matière d’investissement dans les hydrocarbures et en matière de commercialisation ?

	Sonatrach est une entreprise qui, au même titre que les compagnies internationales, recherche les hydrocarbures et la meilleure manière de les valoriser. Elle ambitionne de renforcer ses positions dans l’amont international. Pour cela, elle étudie toutes les possibilités offertes et prend ses décisions d’investissement au cas par cas. Son objectif, en tant que groupe énergétique intégré, est d’abord de consolider ses positions en Afrique. L’Afrique a, en effet, enregistré d’importantes découvertes ces dernières années et Sonatrach y est déjà implantée ; elle est également présente  dans d’autres pays.

	Les hydrocarbures et les dérivés produits par Sonatrach approvisionnent toutes les régions du monde, et pour ce qui concerne le gaz naturel, l’Europe est notre principal débouché. Les ventes sur ce marché sont effectuées à travers un portefeuille de clients répartis au sein d’une dizaine de pays et Sonatrach compte bien garder sa place de leader du gaz naturel sur le marché méditerranéen. Les perspectives d’exportation indiquent une hausse à moyen terme en liaison avec l’entrée en production des nouveaux gisements.

	-En parlant des exportations de gaz vers l’Europe, le Medgaz a été mis en service, tandis que le gazoduc Galsi semble souffrir de quelques retards. Le projet est-il remis en cause ?

	Le Medgaz est déjà opérationnel et va se développer davantage. Quant au gazoduc Galsi, nous sommes en train d’examiner les aspects techniques et économiques du projet. Il n’y a donc pas de remise en cause du projet.

	-L’Algérie a-t-elle tourné la page du nucléaire ?

	Nous avons une vision à très long terme au sujet du nucléaire. Il est possible qu’il y ait dans le futur un besoin de faire appel à toutes les sortes d’énergies disponibles, y compris le nucléaire. Je suis persuadé que les technologies des réacteurs vont évoluer dans le sens de garantir la plus grande sécurité possible pour les réacteurs. Quoi qu’il en soit, cette option n’est pas envisageable à court et à moyen termes, d’autant plus que le pays ne dispose même pas de ressources humaines qualifiées pour faire fonctionner un réacteur nucléaire.

	-Quelles sont vos prévisions par rapport aux futurs investissements de l’Algérie dans l’exploration des bassins Nord et Sud-Ouest, l’offshore et le gaz de schiste ?

	En plus des potentialités des bassins du Nord et de l’offshore, zones où  nous prévoyons de redynamiser l’exploration, l’Algérie, de par son étendue et sa variété géologique, constitue l’un des territoires les plus potentiels en termes d’hydrocarbures non conventionnels. La démarche que nous cherchons à développer se veut globale et cohérente : évaluer les potentialités associées aux thématiques de tous les bassins, tester les modèles et les concepts et mettre en place l’ensemble des mesures et conditions permettant le développement des réserves. Nous travaillons sur ces trois axes simultanément, notamment par la mise en œuvre de projets pilotes pour les hydrocarbures non conventionnels, et le lancement des premiers forages en offshore.

	-Vous avez tenu récemment une réunion à Bruxelles avec la partie européenne sur la coopération énergétique, quels étaient les axes du débat ?

	Nous avons exposé surtout notre vision en matière de développement des énergies renouvelables en Algérie. Nous avons expliqué ce que nous attendons en matière de partenariat dans l’investissement, la production des équipements et l’exportation d’une partie de l’électricité produite vers l’Europe. Cependant, il faut que le marché européen soit ouvert pour pouvoir exporter. Pour le moment, l’Europe est loin d’avoir un marché d’électricité ouvert. Nous espérons que les choses évolueront dans le futur, en attendant de régler certains problèmes techniques et économiques.
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	Youcef Yousfi, ministre de l’Energie et des Mines.
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           <title>«Le creusement des inégalités déstabilise la société»</title>
           <author>Naima Benouaret </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sun, 18 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 18 Dec 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	- Après une éclipse de plusieurs mois, le phénomène des harraga a étonnamment réapparu, début novembre 2011. En une seule semaine et pour la seule ville de Annaba, 186 harraga, dont un nombre non négligeable de femmes et de mineurs, ont tenté l’expédition dans des conditions extrêmement dangereuses. Comment interpréteriez-vous cette reprise soudaine et spectaculaire ?

	Cette situation dramatique, cette inflation dans le pire que vous décrivez depuis l’Algérie, est malheureusement confirmée en écho dans les pays de transit et d’arrivée. Savez-vous que sur l’itinéraire terrestre entre la Turquie et la Grèce, qui canalise maintenant plus du tiers des passages des migrations irrégulières vers l’Europe en raison de la surveillance accrue de la route maritime vers l’Italie et Malte au départ des côtes maghrébines, les Algériens qui se classaient, en général, loin derrière les Marocains et les Tunisiens, ont été en 2011 presque deux fois plus nombreux que les premiers et six fois plus que les seconds.

	
	- «Expulsion systématique», «fermeté absolue» et «mesures impitoyables», les autorités des pays d’arrivées, l’Italie surtout, en ont fait leur maîtres-mots de leurs politiques migratoires. Les chiffres qui vous semblent les plus significatifs ?

	Pour les arrivés par mer, la situation est encore plus dramatique. Les arrivés dans les dix premiers mois de 2011 ont retrouvé le niveau de 2008, le plus fort. Mais les morts, eux, le surclassent de loin et connaissent un niveau jamais égalé. Sur le canal de Sicile, celui emprunté par les Algériens, depuis 1994, l’année où on commence à comptabiliser les morts, ceux-ci se sont élevés à 5962. Mais durant les seuls dix premiers mois de l’année 2011, leur nombre s’est élevé à 1674 ! Cela veut dire que cette année, il y a eu 5 fois plus de morts que la moyenne des années précédentes. La quasi-totalité des morts dans les traversées méditerranéennes (87%) est désormais sur cet itinéraire maritime, le canal de Sicile, l’itinéraire privilégié des harraga algériens. Ces chiffres, bien sûr, ne tiennent pas compte des «navires fantômes» disparus sans laisser de trace. Pour les Algériens, les morts identifiés, et en tant qu’Algériens, s’élèvent à 189 dans la navigation depuis la région de Annaba. Par ailleurs, il n’est pas exclu que parmi les migrants déclarés arrivés de Tunisie ou de Libye dans les îles italiennes, il y ait des Algériens qui se prévalent de l’identité tunisienne ou celle libyenne, car censées être plus admissibles à l’exil en raison de la situation politique qui prévaut dans leurs pays.

	
	- Ce phénomène récursif «harraga» ne traduit-il pas, selon vous, la politique de faillite absolue de nos gouvernants qui restent incroyablement autistes face à cette tragédie nationale qui se joue depuis plus d’une décennie et sur laquelle ils n’estiment pas être encore temps de baisser le rideau ?

	Mais justement, ce n’est pas fortuit que le phénomène des harraga explose en ce moment. Il est aussi une réponse à l’autisme du pouvoir. Alors que celui-ci veut afficher et se féliciter d’une apparente stabilité de l’Algérie et d’une prétendue immunité aux contestations populaires et qu’il refuse de voir les malaises qui traversent toute la société, les harraga remettent ceux-ci au cœur de l’actualité. La harga est une forme de contestation violente et désespérée et le pouvoir ajoute à la désespérance en se murant dans son autisme. Le pouvoir ne peut pas proposer d’alternative à la question des harraga puisqu’il ne veut pas et ne peut pas répondre de façon générale aux attentes de toute la société. Regardez comment, alors que toute la région est traversée par des mouvements de contestation sociale et démocratique qui appellent à des réformes politiques et économiques profondes et urgentes, le pouvoir préfère jouer cyniquement sur l’épuisement et les traumatismes des populations par la guerre civile pour «laisser passer la tempête» et ne rien changer, et cela au risque d’explosions ultérieures plus graves. La harga n’est certainement pas la réponse appropriée, mais elle est une façon de vouloir sortir de ce jeu de dupes et de laisser le pouvoir à ses combines. «Roma oula entouma» (plutôt Rome que vous) comme le disait si bien le film de Téguia.

	
	- Le harrag n’est-il pas, tel que vous l’aviez si bien dit, «cette laide icône qui renvoie à la grave panne économique de l’Algérie et qui caricature tout le mal qui ronge le pays» ? En bravant la mort, ne cherche-t-il pas, animé par un désir ardent, à échapper à une différence de niveau de vie, à l’injustice sociale, à l’étouffement jusqu’à l’asphyxie des libertés et au chômage, à la pauvreté ?

	Plus que la pauvreté qui gagne la société alors que le pays est riche, c’est le creusement des inégalités, rapidement, qui déstabilise l’ensemble d’une société qui y est moins habituée que ses voisines. Plus que le rigorisme moral imposé aux jeunes et  plus que l’absence de démocratie, c’est la déliquescence du sens de l’Etat et la certitude qu’il n’existe plus de contrat social, même injuste, qui alimentent le sentiment d’insécurité et un vent de panique souffle alors sur les couches moyennes. Or, ce sont elles, en Algérie comme ailleurs, qui fournissent, aujourd’hui, la part importante des aspirants à la migration. D’ailleurs, le phénomène, devenu massif, concerne des jeunes dont la majorité occupe un emploi ou sont de niveau universitaire. Cela révèle un désarroi sociétal encore plus grand. Même le petit-fils de notre ancien président, Chadli Bendjedid, a tenté la harga comme l’a révélé WikiLeaks. Partir en Tunisie ou au Maroc est déjà une bouffée d’air pour nos jeunes. Les Algériens surclassent souvent les Français par le nombre de touristes en Tunisie et une des raisons du désir du Maroc de normaliser ses relations avec l’Algérie, c’est de récupérer une part de cette manne. C’est dire à quel point les jeunes se sentent mal à l’aise dans le pays ! Mais je renverserai la question. C’est l’entourage même du pouvoir qui fournit une bonne partie des «harraga», les «harraga de luxe». Tous les hauts responsables, à commencer par les ministres, ont leurs enfants ou proches en Occident. Ils sont les premiers à ne pas croire au pays. Ils s’humilient auprès des responsables étrangers pour leur trouver des points de chute et viennent après parler de souveraineté nationale ! Et ce sont ceux qui crient le plus fort contre l’Occident qui y planquent le plus leur progéniture. Je lance un défi à travers vos colonnes : que le responsable algérien qui n’a pas d’enfant ou de proches placés à l’étranger me jette la première pierre !

	
	- Le durcissement du régime des frontières et la poursuite de sa militarisation, incarnée par Frontex que l’Europe veut légitimer par la crainte d’un effondrement de ses systèmes de contrôles migratoires, ne sont-ils pas, au contraire, en train de doper les migrations irrégulières ?

	Oui, l’Europe n’a pas de gestion de la question migratoire autrement que par la dramatisation qui fausse complètement le problème. En s’enfermant dans la fuite en avant d’un verrouillage toujours plus grand de ses frontières, en empêchant les gens de circuler, elle ne laisse d’autre voie qu’à la mobilité par la transgression. L’actualité de ces derniers jours, à l’occasion des révoltes arabes, est bien instructive à cet égard. Une fois toute honte bue de s’être compromis avec des dictateurs contre leurs peuples, beaucoup de dirigeants européens sont retombés sur leurs pattes et ont retrouvé leurs vieux réflexes de stigmatisation des peuples du Sud en retournant contre eux leur propre révolution. Le prétexte ? Les flux migratoires censés générés par ces révolutions. Le ministre italien de l’Intérieur a ainsi prophétisé un «exode biblique» vers l’Europe alors que le président français brandissait l’épouvantail de «flux migratoires devenus incontrôlables» menaçant une «Europe aux premières lignes». Qu’en a-t-il été ? De Tunisiens, il n y en a eu que 23 000 dont une partie a été refoulée et une autre rentrée de son plein gré et seulement 14 000 ont eu un permis de séjour de six mois pour des raisons humanitaires. Quant à la Libye, malgré la guerre, au final, il n’y a eu que 23 890 personnes qui ont débarqué à Lampedusa et en Sicile en provenance de la Libye, soit les 2/3 du nombre de personnes qui y sont arrivées durant l’année 2008. Lors de la guerre du Kosovo, 50 000 personnes étaient arrivées dans les Pouilles et on sait que l’essentiel des réfugiés se destinait alors plutôt à l’Allemagne. Et, en fait, ce n’est pas vers l’Europe que se sont dirigés les réfugiés mais vers les pays voisins, et la seule petite Tunisie en a reçus, selon le HCR, 540 000 parmi lesquels 70 000 Libyens. C’est-à-dire que la Tunisie a reçu 25 fois plus de réfugiés qu’elle n’a émis de migrants et s’est retrouvée avec 1 réfugié pour 20 habitants ! Cette situation en Tunisie traduit une réalité des flux de réfugiés qui n’est pas exceptionnelle mais générale : l’écrasante majorité des réfugiés, plus de 80%, est dans des pays du Sud et le restant qui se dirige vers l’Occident n’est pas composé seulement de gens du Sud mais aussi d’Européens comme ceux des Balkans. C’était aussi le cas pour l’Irak. Alors que le conflit a été provoqué par l’intervention de l’Occident, ce sont les pays arabes qui ont hérité du fardeau des deux millions de réfugiés : 1 500 000 en Syrie, 450 à 500 000 en Jordanie, 50 000 au Liban. Alors qu’en 2007, tous les pays occidentaux ont totalisé à peine 10 000 réfugiés irakiens. Et pour s’opposer à l’admission de réfugiés de ce pays, y compris ceux qui avaient servi les armées de la coalition et se sont retrouvés en danger après, les Américains ont créé la notion de «réfugié combattant» pour justifier leur refus de les recevoir. L’invasion donc tant agitée pour décrédibiliser les révolutions arabes n’a pas eu lieu. Mais plus, cela a démontré qu’il n’y a jamais eu de risque d’invasion et que celui-ci était instrumentalisé pour des raisons de politique intérieure. Rappelez-vous ce que disait, en 2004, l’ancien ministre italien de l’Intérieur, M. Pisanu, qu’il y avait 2 millions de migrants africains et asiatiques en Libye en attente de passage clandestin vers l’Europe. Finalement, non seulement ils ont été peu nombreux à venir en Europe, mais ceux qui y sont venus en raison de la guerre, étaient en fait des résidents de longue date en Libye et y avaient fait leur vie et ne se destinaient nullement à l’Europe comme on l’agite facilement.

	
	- Est-ce à dire qu’en brandissant la menace d’invasion migratoire, les politiques occidentaux veulent donner un accent de vérité à leurs discours où ils prônaient sournoisement les valeurs universelles de la liberté et de la démocratie ?

	J’ai fait ce détour par l’actualité arabe pour illustrer la dramatisation instrumentale en Europe de la question migratoire et qui fait que ses dirigeants se ligotent par les épouvantails qu’ils ont eux-mêmes agités. Ce n’est pas fortuit que la question migratoire qui ne figure qu’en 11/13e position dans les préoccupations des Français en période normale, remonte à la 3e position en période électorale où l’on ré-agite le mythe de l’invasion alors que dans les faits, la proportion des immigrés dans la population française reste stable et se situe dans la moyenne européenne (8,2%). Il faut préciser que quand on parle d’immigrés, cela inclut également les personnes naturalisées. Et quand on parle de pourcentage d’immigrés, cela inclut également les citoyens de l’Union européenne (36% des immigrés) qui sont plus nombreux que les Maghrébins (31%) ou les Subsahariens (12%) alors que la focalisation se fait sur ces derniers. D’ailleurs, entre 1995 et aujourd’hui, la part des étrangers en France a augmenté 6 fois moins vite qu’en Espagne, 3,5 fois moins vite qu’en Grande-Bretagne, 1,8 moins vite qu’en Allemagne et 5 fois moins vite qu’aux USA. Et les migrants, au contraire de l’image d’une misère à l’assaut de l’Europe, sont des migrants de plus en plus qualifiés. Il y avait, en 1990, 12% des immigrés en France qui étaient qualifiés, en 2007, ils étaient 25% contre 29% pour les natifs. Plus que cela, il y a plus de migrants très qualifiés (11,7%) que de natifs (10,1%).

	
	- Confronter à la réalité de l’accueil réservé à ceux qui revendiquent précisément ces mêmes droits – libertés et démocratie – ce que l’Europe défendait haut et fort, n’a-t-il donc pas permis de déceler l’arrière-goût de mensonge, de lever un coin du voile sur la véritable nature de ses velléités à l’égard des voisins du Sud, à savoir maintenir ceux-ci assignés au rôle d’auxiliaire de la répression pour satisfaire les impératifs du Nord ?

	Ce que je viens d’énoncer sont des vérités bonnes à rappeler, qui illustrent la dramatisation instrumentale en Europe de la question migratoire. C’est cette dramatisation qui conduit à un verrouillage, au coup par coup, toujours plus grand. Or, c’est paradoxalement l’interdit de mobilité qui exacerbe le phénomène des migrations irrégulières alors que leur répression est contre-productive. Le système ultra-policier de Ben Ali, justifié autant par la «lutte contre le terrorisme» que par la «lutte contre l’immigration clandestine» n’a pas empêché que, l’année qui a précédé son départ, il y ait 6000 migrants tunisiens irréguliers alors que l’année 2010 était celle marquée par la plus forte baisse de migration irrégulière en Méditerranée. Cette politique répressive renforce plutôt la pression migratoire aux portes de l’Europe et la fixation précaire de ceux qui ne peuvent plus repartir.
	Plus on ferme les frontières, plus les migrants s’installent alors que l’ouverture facilite la circulation, comme ce fut le cas pour l’Est. Un million d’Algériens, par an, se rendaient librement en France dans les années 1980 sans que l’on ait à s’inquiéter de «l’immigration clandestine». Les visas n’ont été instaurés qu’en 1986. Ils étaient formels et ne se justifiaient pas par des considérations migratoires mais par la nécessité d’avoir une traçabilité des entrées en France à une période marquée par les attentats iraniens et libanais. Les commerçants marseillais, toutes tendances confondues, avaient d’ailleurs protesté contre ces restrictions qui ont vu partir vers Dubaï la clientèle qui faisait leur prospérité. Aujourd’hui, la question des mobilités est devenue le dossier noir des relations euro-méditerranéennes illustré macabrement par les plus de 17 000 morts ces deux dernières décennies dans leur tentative d’atteindre l’Europe.</description>
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           <title>Hacen Boukhelifa : «La convention bilatérale est dépassée»</title>
           <author>Nadjia Bouzeghrane </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Actualité</category>
           <pubDate>Sat, 03 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	L’équipe de campagne du candidat socialiste François Hollande a créé, à côté d’un conseil politique, des pôles thématiques parmi lesquels celui consacré à l’immigration et à l’intégration dont fait partie Hacen Boukhelifa, avocat à Paris et à Marseille et professeur de droit des étrangers, en qualité d’expert. 
	-Quel sera votre rôle au sein de ce pôle immigration-intégration du candidat socialiste François Hollande ? Quelles seront vos propositions ?

	Comme d’autres experts qui vont alimenter ce pôle, mon rôle est d’apporter, d’ici janvier au plus tard, un certain nombre de propositions concrètes à François Hollande pour une réforme globale du droit des étrangers lui-même, à savoir le code d’entrée et de séjour des étrangers en France (l’ordonnance du 2 novembre 1945 qui a été modifiée à plusieurs reprises). Nicolas Sarkozy, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, avait décidé d’unifier l’ensemble des textes de loi dans le code d’entrée et de séjour des étrangers en France, en vigueur depuis le 24 juillet 2006, mais celui-ci tend à un durcissement croissant des conditions d’entrée et de séjour en France.

	Ce code ne concerne pas les Algériens, lesquels sont soumis, depuis 1968, à une convention bilatérale dont la dernière modification a eu lieu le 11 juillet 2001. Ma première mission c’est de réformer d’une manière globale le code d’entrée et de séjour des étrangers en France en réaffirmant que la France c’est le pays des droits de l’homme, et que nous devons respecter la dignité des étrangers présents sur le territoire français. Par ailleurs, lorsqu’un refus de séjour leur est opposé, les étrangers en situation irrégulière doivent être raccompagnés dignement dans leur pays d’origine, et surtout ne pas être stigmatisés.
	 

	L’une des premières réformes que j’ai proposées, elle est symbolique, mais combien importante, concerne les conditions d’accueil des étrangers dans les préfectures et sous-préfectures, il est inadmissible que pour, soit une première demande de carte de séjour, soit pour un examen de situation administrative ou pour un renouvellement d’un simple récépissé de demande de carte, les étrangers n’aient pas de rendez-vous fixe, soient obligés de faire la queue, la veille, la nuit, dans le froid ou sous la pluie, pour qu’à 8 heures du matin, on distribue une centaine de tickets et qu’on dise aux autres de repartir chez eux. Je suis praticien du droit des étrangers et je sais très bien comment dans certaines préfectures et sous-préfectures on accueille les étrangers. Nous voulons donner, par circulaire certainement, à toutes les préfectures et sous-préfectures, des moyens de recevoir dignement les étrangers et surtout en uniformisant le droit des étrangers dans la mesure où malgré les textes de loi, malgré les règlements, l’accueil des étrangers et même la pratique elle-même du droit n’étaient pas appliqués d’une manière uniforme dans toutes les préfectures.

	-Y a-t-il trop d’immigrés en France ?

	Absolument pas. François Hollande a très bien compris que toutes ces déclarations auxquelles on assiste, depuis un an, sont faites sciemment par le ministre de l’Intérieur et de l’Immigration certainement sur ordre du président de la République dans le seul but de stigmatiser ces étrangers et obtenir les voix de la frange la plus extrême de l’électorat de droite. Il y a un certain nombre de statistiques, notamment de l’INSEE, sur la nécessité d’avoir dans certains secteurs d’activité une main-d’œuvre étrangère. Par la circulaire du mois d’août dernier, Claude Guéant a limité l’activité salariée des étrangers sur le territoire français par la suppression de 16 métiers sur les 30 qui leur étaient ouverts.

	C’est une circulaire que je qualifie de honteuse, dans la mesure où on sait très bien qu’elle ne concerne en rien les étrangers qui font des demandes de visa d’installation pour pouvoir travailler sur le territoire français et dont le nombre est à peine de 20 000 entrées sur le territoire français chaque année, mais elle concerne plutôt des étrangers qui sont déjà sur le territoire français, la plupart en situation irrégulière et dont certains secteurs sont en demande croissante d’activité salariée. Cette circulaire est inefficiente et on a bien compris dans le pôle immigration-intégration du candidat François Hollande, que cette mesure est une goutte d’eau qui cible l’activité salariée de ces étrangers pour masquer l’océan du chômage de masse.

	-Les faux et fraudes sont-ils très répandus parmi les étrangers ?

	Il y a un certain nombre de problèmes sur lesquels on va se pencher dans le pôle immigration pour apporter des solutions concrètes, et là où on va surtout mettre le doigt, c’est sur ces marchands de sommeil, tous ces chefs d’entreprise qui profitent de la dureté des circulaires sur le droit du travail des étrangers. En vérité, cela se retourne contre Claude Guéant lui-même puisque cela permet à certains chefs d’entreprise en France de ne pas déclarer leurs salariés étrangers en situation irrégulière, de faire des fraudes aux cotisations sociales.
	
	-Toutes ces mesures annoncées par le ministre de l’Intérieur concernent-elles les Algériens ?

	Elles ne les concernent pas officiellement, les Algériens étant soumis à la convention bilatérale du 27 décembre 1968, modifiée le 11 juillet 2001. Lorsque Claude Guéant s’exprime, il ne cible pas une nationalité en particulier, sauf lorsqu’il a désigné les Comoriens qui n’ont jamais eu de problème d’intégration malgré ce qu’il dit, à Marseille. Vu le passé entre la France et l’Algérie et les liens unissant les deux pays, il ne peut pas prendre la responsabilité d’avoir des propos diffamants et racistes envers les Algériens. Cela étant, j’ai l’intime conviction que Claude Guéant, lorsqu’il s’exprime sur les étrangers, vise en particulier les ressortissants maghrébins et même les Français d’origine maghrébine.

	Mais en l’état actuel des choses, les réformes, les règlements qui ont été pris dernièrement ne s’adressent pas directement aux Algériens, hormis le cas de la circulaire du 31 mai 2011 qui concerne la restriction du changement de statut pour les étudiants étrangers. Cette circulaire va rendre quasiment impossible le changement de statut pour ceux qui ont fait de hautes études sur le territoire français et les amener, une fois qu’ils ont eu leurs diplômes, à immigrer vers le Canada, les Etats-Unis, puisque la France les forme, mais leur refuse le droit, alors qu’ils ont un contrat à durée indéterminée de travail sur le territoire français. D’ailleurs, le sociologue français d’origine algérienne El Yamine Soum, auteur du livre La France que nous voulons pointe du doigt cette problématique qui fait que la France est à la traîne dans ces questions et ce, par pure idéologie conservatrice électoraliste.
	
	-Les Algériens rencontrent-ils des problèmes particuliers ?

	Le problème qui me remonte le plus est celui ayant trait au visa de court séjour et à une restriction des visas d’installation, tout au moins des délais qui sont insupportables. L’une des mesures que nous prendrons, c’est en tout cas ma proposition sera de desserrer l’étau des visas d’affaires, d’installation, mais également des visas touristiques, avec la garantie d’un retour dont nous examinerons les mécanismes à mettre en œuvre pour ce faire. Il n’est pas question que l’on accepte qu’il y ait un  détournement du visa de court séjour en vue de s’installer durablement sur le territoire français.  
	
	-Si François Hollande est élu en mai 2012, la gauche reviendra-t-elle sur les mesures restrictives prises par le gouvernement de Nicolas Sarkozy ?

	Je vais pousser dans le pôle immigration-intégration pour qu’il y ait l’abrogation de la circulaire du 31 mai 2011 concernant les étudiants, l’abrogation de la circulaire de août 2011 concernant le travail salarié avec la réduction des métiers ouverts aux immigrés, et pour qu’on puisse permettre en matière de nationalité française un accès plus large à tous les étrangers qui résident en France depuis plus de cinq ans.
	
	-L’Etat algérien a-t-il intérêt à conserver la convention bilatérale ou à s’aligner sur le droit commun ? L’accord de 1968 continue-t-il à être favorable aux Algériens ?

	La convention bilatérale franco-algérienne est complètement obsolète.

	-Elle a pourtant été révisée…

	Sa révision remonte à 2001. A mon sens, les Algériens n’ont pas intérêt à s’arc-bouter à une convention qui est aujourd’hui en deçà du droit commun, qui est dépassée, dans la mesure où un certain nombre de textes de droit commun, notamment le code d’entrée et de séjour des étrangers qui, dans certaines situations, sont beaucoup plus favorables aux autres étrangers que pour les ressortissants algériens. J’en veux pour preuve l’exemple de la carte de séjour «compétences et talent» - émanant de la loi du 24 juillet 2006 – qui ne s’applique pas aux ressortissants algériens dans la mesure où la convention bilatérale a été réformée en 2001. L’idéal serait soit qu’il y ait une réforme de cette convention bilatérale et qu’elle reprenne le droit commun, soit - et c’est une de mes propositions – qu’il y ait des négociations avec les Algériens pour rendre caduque cette convention. 

	-Il y a eu des séances de travail entre experts français et algériens l’année dernière, notamment…

	Des travaux qui sont suspendus. L’intérêt de la France c’est d’avoir des relations de franchise, de respect et de véritable coopération avec le partenaire algérien dans la mesure où il y a des liens indéniables entre les deux pays, où une communauté algérienne importante vit en France, des Français d’origine algérienne, et surtout de ne pas faire de cette question du droit des étrangers un alibi pour ne pas s’entendre sur ce qui doit être réformé. Il faut qu’on arrive à une réforme de cette convention dans l’intérêt de la France, mais aussi de l’Algérie et de ses ressortissants.

	-Si l’Algérie adhérait au droit commun qu’en serait-il des spécificités algériennes et de l’héritage des Accords d’Evian ?

	Les acquis des Accords d’Evian se sont amoindris. La spécificité de la convention bilatérale issue des Accords d’Evian n’a plus aucune efficacité, les gouvernements français successifs ont promulgué un certain nombre de textes qui font que les ressortissants algériens soient aujourd’hui sous le droit commun, y compris pour la question de la nationalité française. Il faut qu’il y ait une réunion d’experts dès le début de la législature de François Hollande et que tout soit mis sur la table. Si les partenaires algériens souhaitent un certain nombre de spécificités qui découlent des accords d’Evian, elles devront être examinées, mais la négociation doit reposer sur l’intérêt de chacune des parties.

	-En cas de victoire en 2012, la gauche demanderait-elle aux Français la réciprocité en matière de droit de séjour ?

	Nous n’avons pas encore discuté cette question. Il est grand temps – après cinquante ans d’indépendance de l’Algérie - qu’il y ait entre la France et l’Algérie des relations de respect et de confiance mutuels et de réciprocité. Nous devons aujourd’hui avoir un partenariat sérieux, d’égal à égal, dans tous les domaines. D’une manière générale, la convention bilatérale c’est du droit international et l’une des bases du droit international c’est la réciprocité. Personnellement, je lutte depuis tant d’années, pour que nous ayons des relations avec l’Algérie telles que la France les a créées avec l’Allemagne. De mon point de vue il est grand temps de tourner la page en termes de spécificités. </description>
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           <title>Antoine Basbous : «Les électeurs ont accordé une prime aux opprimés des systèmes déchus»</title>
           <author>Amel Blidi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 30 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Wed, 30 Nov 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description> 
	- Maintenant que la Libye se met à l’heure de la charia, que la Tunisie proclame la victoire d’Ennahda dans ses premières élections libres, que le Maroc s’achemine vers la mise en place d’un gouvernement à majorité islamiste et que les Frères musulmans se dirigent vers une victoire certaine en Egypte, peut-on dire que les islamistes tiennent leur revanche ?

	
	Nous ne pouvons pas réunir tous les islamismes sous la même «étiquette», car leurs mouvements sont à géométrie variable puisqu’il existe plusieurs degrés d’islamisme. Les plus compatibles avec la modernité sont sans doute l’AKP turc et l’Ennahda tunisien en raison de leur pragmatisme, de leur compatibilité avec le jeu démocratique et de leur relative tolérance. Ils ne cherchent pas à faire du prosélytisme et imposer des valeurs anachroniques aux fidèles.

	Il existe également des islamistes de «l’ancienne école» qui prolifèrent dans des pays fermés qui se sont construits en marge du monde extérieur, à l’image des islamistes libyens qui ont évolué de façon souterraine et en vase clos durant le règne d’El Gueddafi et qui n’ont donc pas été en contact avec les millions de touristes qui se rendent, chaque année, en Tunisie ou en Turquie. Par ailleurs, les capacités financières que leur fournissent les réserves de pétrole et de gaz libyens leur permettent de vivre en autarcie et ainsi forger une doctrine qui ne tient pas compte de la réalité des temps modernes et des échanges internationaux. Les islamistes égyptiens, héritiers de Hassan El Banna et de Sayyed Qutb, ne sont, quant à eux, pas assez ouverts et restent sous l’influence d’une vieille garde idéologique. Ils n’ont surtout jamais été confrontés à l’exercice du pouvoir. En revanche, le PJD marocain a déjà eu à gérer de grandes villes et il était représenté par 47 députés dans l’Assemblée sortante ; il a donc fait ses armes et devrait sans doute se montrer pragmatique, comme annoncé. Toutefois, ayant déjà participé au pouvoir, il ne représentera pas une totale alternance.

	Globalement, les électeurs ont accordé une prime aux opprimés des systèmes déchus ; les islamistes étant les plus enracinés dans leur société respective, ils en ont bénéficié. En revanche, si les partis salafistes accédaient au pouvoir, ils véhiculeraient la version wahhabite de l’islam, incompatible avec la modernité et, bien entendu, la démocratie, car le salafisme, qui se nourrit des pétrodollars du Golfe, est la version «exportable» de la doctrine wahhabite. Ils ont effectué une percée, notamment en Egypte, et représentent une menace réelle pour la liberté d’expression, la liberté de culte, la tolérance et, à terme, l’avènement de la démocratie.

	
	- La scène politique a été délibérément détruite par les régimes autoritaires. N’y a-t-il pas aujourd’hui un risque d’anarchie ?

	
	Les régimes déchus n’ont laissé derrière eux ni institutions ni Etat de droit. Ils ont régné de façon clanique et fait profiter leurs familles et leurs proches des délices du pouvoir en «bunkérisant» le régime, dans la mesure où ils ont «cadenassé» le système (partis politiques, syndicats, presse, associations, justice, finances…). Ils n’ont toutefois pas pu fermer les mosquées qui ont ainsi fait office de points de ralliement pour les opposants qui ont pu s’y réfugier.Ces régimes laissent derrière eux une certaine forme de chaos à laquelle les aspirations de la jeunesse, qui les a abattus, doivent s’efforcer de mettre fin pour construire des régimes d’Etat de droit dans le sens moderne du terme et respectant la liberté de chacun et la diversité de la société.

	
	- Les slogans brandis par les révolutions arabes étaient – hormis l’exemple libyen – plutôt pragmatiques («Dégage», «Le peuple veut la chute du régime»), qu’est-ce qui explique l’attirance pour le modèle islamiste ? La charia peut-elle représenter un modèle alternatif à la démocratie ?

	
	S’il est vrai que ceux qui ont abattu les anciens régimes sont les jeunes internautes qui ont trompé la vigilance des dictateurs, lesquels étaient braqués sur la menace islamiste, ces jeunes élites urbanisées et connectées au monde n’ont pas le recul et l’enracinement nécessaires pour se constituer en partis ou formations politiques, alors que les mouvements islamistes ont su occuper le terrain en s’implantant dans la société en étant proche du peuple (entretien des dispensaires, des écoles, implication dans le milieu caritatif). A l’heure du choix, les islamistes sont ainsi structurés, organisés et reconnus, alors que ceux qui ont fait tomber les anciens régimes n’ont eu ni le temps, ni les structures, ni l’organisation, ni même l’unité pour les concurrencer. Ce qui a profité aux islamistes, ce n’est pas l’attirance pour la charia, mais le fait qu’ils soient organisés et structurés depuis des décennies, alors que les autres sont de nouveaux venus dans la politique et le militantisme, leur âge témoignant de leur inexpérience et de leur manque d’enracinement. Mais le jour où les islamistes ne tiendront pas leur promesse, il est certain qu’ils seront balayés au profit d’autres formations structurées.
	L’ère du règne absolu et illimité des dictateurs me semble bien révolue. L’alternance doit être l’emblème des années à venir. Nous n’assisterons plus à des règnes de tyrans qui se maintiennent mandat après mandat et qui tenteront de créer des voies dynastiques.

	
	
	- Les partis politiques se proclament généralement du modèle turc. Y a-t-il, d’après vous, un risque de radicalisation ?

	
	Le modèle turc est salué par les islamistes arabes, alors que rares sont ceux qui se réclament du modèle iranien. Aujourd’hui, la Turquie est un modèle inabouti, puisqu’il n’a pas encore été confronté à l’alternance. Bien qu’il ait fait reculer la laïcité «à la turque» depuis dix ans, l’AKP s’est montré très préoccupé par le bien-être de ses concitoyens, apportant une croissance régulière et faisant régner un Etat de droit.

	Néanmoins, les droits des minorités sont bafoués et le nombre de journalistes emprisonnés reste très élevé. Attendons le jour où les électeurs auront décidé de confier le pouvoir à une autre formation. Si, ce jour-là, l’AKP se plie au vote des électeurs, il aura gagné l’appellation de formation islamique et démocratique. En attendant, on peut lui faire crédit de cette hypothèse et nous ne pouvons que constater que les Turcs sont heureux de connaître la croissance et la prospérité économiques qu’ils attendaient, aux côtés de la stabilité et du rayonnement de la nouvelle Turquie sur la scène régionale et internationale.

	
	
	- L’effet anesthésiant de la guerre civile a, jusque-là, prémuni le gouvernement algérien d’une contestation majeure. Les islamistes se sont embourgeoisés, ils siègent au Parlement et n’ont plus de projet social bien défini. La vague verte qui déferle sur le Maghreb et le Monde arabe risque-t-elle de rompre cet équilibre ?

	
	Avec la vague des Printemps arabes, que je préfère qualifier de «tsunami arabe», aux multiples répliques qui ne manqueront pas de se produire, comme nous le voyons actuellement en Egypte, le régime algérien doit se sentir isolé, voire encerclé par des pays qui ont changé, qui se sont réformés, soit par la révolution, soit par la guerre civile, soit à froid, comme le régime marocain. Dix-sept jours ont passé entre les manifestations réclamant des réformes, le 20 février, et le discours du roi annonçant une feuille de route qui s’est soldée par une réforme minimaliste de la Constitution, un référendum et une élection anticipée. Les principaux dirigeants algériens civils et militaires, qui sont quasiment tous plus que septuagénaires, doivent se sentir quelque peu mal à l’aise dans cet environnement qui change et qui rompt le statu quo. Mais ils se sont imposé comme conduite d’acheter la paix sociale avec des pétrodollars, le pays disposant de suffisamment de ressources pour en redistribuer à tous ceux qui le réclament bruyamment dans la rue.

	Toutefois, si jamais le prix des hydrocarbures chutait, l’Algérie se trouverait vite à court de moyens pour poursuivre cette politique anesthésiante, alors que ces fonds auraient pu être investis dans des infrastructures ou des secteurs productifs pour que le pays diversifie ses exportations, hors pétrole et gaz.

	Le régime a créé des islamistes, les a associés au «festin» gouvernemental en leur confiant des ministères très «juteux» et a écarté du paysage politique tous ceux qu’il estimait être des adversaires. In fine, la coalition au pouvoir représente des groupes divers, mais qui ont en commun le même souci de continuité du régime. Les islamistes armés se sont exclus du paysage politique pour rejoindre le maquis et être combattus par la coalition arc-en-ciel qui règne à Alger.</description>
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           <title>Lahcen Daoudi. Membre du secrétariat général du PJD (Maroc) : «Notre victoire confirme cette lame de fond islamiste»</title>
           <author>Hassan Moali </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>International</category>
           <pubDate>Mon, 28 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Membre du secrétariat général du Parti de la justice et du développement (PJD) et président de son groupe parlementaire, Lahcen Daoudi est le n°2 du PJD. Avec son allure «occidentale» (sans barbe), il incarne la vision moderniste du parti; il passe allégrement de l’arabe au français et au tamazight. Il n’hésite pas à serrer la main aux journalistes femmes – étrangères – avec lesquelles il discute sans retenue. Dans cet entretien, il exprime à chaud ses sentiments après la victoire de son parti et dessine les contours de ce que sera le Maroc à la sauce islamiste.      
	  
	Rabat (Maroc). De notre envoyé spéciale

	 

	
	- Quel bilan faites-vous de la campagne électorale et du déroulement du vote ?

	
	Je pense que le PJD a mobilisé beaucoup de monde, parce que de nombreux Marocains devaient boycotter ces élections du fait que les attentes sont trop grandes et les frustrations aussi. La participation de notre parti a été donc une valeur ajoutée pour ce scrutin, d’autant plus que les autres partis n’ont pas mobilisé grand monde en se contentant de sortir la nuit pour distribuer de l’argent. Même des chefs de parti ont malheureusement succombé à cette corruption politique. Si l’administration s’est abstenue, cette année, de toute intervention, il y a eu tout de même un laisser-aller au niveau de la corruption.

	
	- Vous voulez dire que le pouvoir de l’argent a influé sur les résultats des élections ?

	
	Oui, hélas, il y a des Escobar qui distribuent l’argent et c’est toujours difficile de les attraper. On appelle la police et la gendarmerie, qui viennent, mais ces gens ont déjà déguerpi. Il est évident que ces pratiques ont influé sur les résultats et c’est bien au détriment du PJD qui, lui, a mené, et depuis des années, une campagne de proximité. Là où on pouvait prendre deux ou trois sièges, on n’en a pris qu’un seul. Nous avons, certes, gagné beaucoup de sièges (80), mais nous aurions pu en prendre un peu plus.

	
	- Vous pensez donc que le PJD est la première force politique du royaume…

	
	Oui, malgré la corruption et l’achat des voix, le PJD sera le premier parti, c’est évident. Sans cette corruption, on aurait été de loin les premiers. Et si le taux de participation a atteint 45%, c’est aussi grâce à nous. C’est un taux acceptable ,si l’on tient compte des grandes frustrations du peuple marocain. Mais c’est déjà mieux que les 37% de 2007.

	
	- Vous serez appelés à nouer des alliances pour gouverner, compte tenu du mode de scrutin qui ne vous permet pas de prendre le gouvernail tout seul…

	
	Absolument, mais nous nous engageons à ne jamais faire alliance avec le Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM) de Fouad Ali El Himma (proche du roi). Non, il n’est pas question de s’allier avec les bandits ! Nous n’allons pas donner de la crédibilité à des bandits, impossible !

	
	- Y a-t-il eu des fraudes au niveau des bureaux de vote ?

	
	Non, non, il n’y a eu que l’argent. L’administration, cette année, s’est abstenue ; on n’a pas eu de plaintes de ce côté-là.

	
	- Le Maroc aura, sauf grosse surprise, le premier chef du gouvernement islamiste de son histoire…

	
	Oui, fort probablement, mais lequel ? C’est, comme vous le savez, le roi qui choisit au sein du parti vainqueur. Donc on ne sait pas lequel parmi nous.

	
	- Beaucoup d’observateurs évoquent désormais un «Maghreb islamique» en référence aux succès d’Ennahda en Tunisie, des rebelles islamistes en Libye et, maintenant, du PJD au Maroc. Quel commentaire faites-vous ?

	
	C’est un Maghreb tout court. Le Maghreb est par nature islamique et si on ajoute cet adjectif, c’est pour le rendre péjoratif. Or, les pays du Maghreb sont musulmans. Donc, à mon avis, la vague est arrivée, les gens veulent vivre leur identité et personne ne pourra la leur enlever.

	
	- Qu’est-ce qui fait la force du PJD pour s’ériger en première force politique du royaume ?  

	
	L’intégrité. C’est l’image d’intégrité qui est fondamentale chez les Marocains. Je vous fais remarquer que dans toutes les communes et régions où nous sommes présents, nous avons rempli notre contrat avec succès. D’ailleurs, l’organisation Transparency International prend comme modèle les communes et les régions gérées par le PJD. Et ce n’est pas pour nos beaux yeux.

	
	- En tant que parti islamiste sans expérience dans la gestion des affaires du pays, vous sentez-vous capables de faire face aux problèmes du Maroc ? 

	 
	Oh ! Vous savez, on va jouer un match qui n’est pas gagné d’avance. C’est un match difficile contre la crise ; on a beau être le Barça du Maroc, mais le Barça peut lui-même perdre.

	
	- Est-il vrai que le PJD a demandé au roi dernièrement de supprimer l’expression «la personne du roi est sacrée» dans la Constitution ?

	   
	Ecoutez, je l’ai dit en public dans une conférence : il n’y a que Dieu qui soit sacré. On l’a fait dans les années soixante, parce qu’il y a eu des tentatives de coup d’Etat, mais en 2011, cela ne rime plus avec la réalité.

	
	- Quel est votre avis sur la revendication d’une monarchie parlementaire ?

	
	On ne peut pas sauter comme cela vers la monarchie parlementaire, c’est impossible. Les laïcs marocains n’ont rien proposé.
	En Occident, vous avez l’Eglise qui gère le côté religieux, chez les chiites vous avez un clergé et dans les pays sunnites, il n’y a rien. Si le religieux n’est pas géré par l’Etat, il y aura alors toutes les possibilités d’un éclatement. Le PJD aura ses mosquées, les salafistes auront leurs mosquées, Al Qaîda aura ses mosquées. Donc on ne peut dire, dans un pays comme le Maroc, qu’on va créer un Etat laïque, c’est impossible.

	
	- Et que pense le PJD de l’Union maghrébine ?    

	
	On a beau créer des obstacles pour stopper cette marche vers l’Union des pays du Maghreb, c’est une marche inexorable. On n’a vraiment pas le choix.

	
	- Entretenez-vous des relations avec le MSP algérien avec lequel vous partagez les référents idéologiques ?

	
	Oui, nous travaillons avec ce parti algérien comme nous travaillons avec l’AKP en Turquie, Ennahda en Tunisie et les Libyens. Nous attendons aussi le succès des Frères musulmans en Egypte et en Syrie.

	
	- Cette vague islamiste est-elle un phénomène de mode ou un refuge populaire pour le Monde arabe ?

	
	C’est une lame de fond, parce que le marxisme a échoué, le libéralisme a échoué, c’est donc en quelque sorte un retour vers soi. On a cherché dans les poches de Marx, d’Adam Smith et qui sais-je encore, mais on n’a rien trouvé. Il est temps de fouiller dans nos propres poches !

	
	- Que répondez-vous à ceux qui craignent le pouvoir du PJD, au Maroc et ailleurs ?   

	
	Il n’y a que les corrompus qui craignent le PJD. S’agissant de nos partenaires, les Américains et les Anglais veulent travailler avec le PJD, il n’y a que les corrompus européens qui ne souhaitent pas travailler avec nous, parce que le PJD va jouer la transparence.

	
	- Quel sera votre mot d’ordre, maintenant que vous êtes au pouvoir ?

	
	La moralisation. Et là j’insiste, au-delà de la dimension religieuse, sur l’éthique dans la gestion des affaires. Il s’agira pour nous de lutter contre la corruption sous toutes ses formes. Ne soyons pas complexés ; l’éthique islamique est semblable à l’éthique universelle.</description>
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