Edito
 

Vrais problèmes, fausses solutions

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le 18.07.17 | 12h00 Réagissez


Il n’y a rien de gratuit dans tout ce qui se décide aujourd’hui en haut lieu : les pouvoirs publics paraissent obéir à une seule et même feuille de route qui balise l’Algérie jusqu’en avril 2919. Il s’agit, pour son concepteur, qui est le cercle présidentiel, de veiller à ce que Bouteflika traverse les quelques mois qui lui restent au pouvoir sans accrocs ni soucis majeurs.

En d’autres termes, ordres et orientations sont donnés à l’ensemble des intervenants étatiques ou parapublics pour s’assurer le contrôle le plus large possible de la société civile et politique. En premier lieu, veiller strictement à ce que le front social ne dépasse pas le seuil de la contestation et de la grogne et ne franchisse pas la cap de la révolte ou de l’insurrection aux conséquences imprévisibles, comme en janvier 2012, ou au Venezuela aujourd’hui.

Redoutable jeu d’équilibriste pour le gouvernement tenu d’un côté, par un manque cruel d’argent, à restreindre les dépenses à caractère social, plus particulièrement les subventions, et de l’autre veiller à réduire leur impact sur le niveau de vie des populations. Si Sellal a été évincé, c’est précisément en raison de son incapacité à résoudre cette équation : il n’a pas su trouver de nouvelles ressources financières devant alimenter le Trésor public et donc endiguer la colère sociale montante.

L’ex-Premier ministre a aggravé son cas en couvrant, par ignorance ou complicité, des gestions ministérielles désastreuses qui ont éclaté en scandales publics, telle celle de Bouchouareb à l’Industrie. Il fallait donc pour le cercle présidentiel se débarrasser des deux responsables et les remplacer par d’autres aux profils différents, de surcroît non impliqués dans des affaires de comptes à l’étranger. Un nouveau ministre de l’Industrie pour donner quelque peu un sens à la nouvelle orientation économique de substitution de la production à la rente, et un Premier ministre pour ressouder le gouvernement, le rendre plus efficace et moins lié aux milieux de l’argent et de la corruption.

En s’attaquant à Haddad, le patron du FCE, Tebboune vise à récupérer l’argent public généreusement octroyé au patron de l'ETRHB sans résultats tangibles, mais surtout à débarrasser la sphère dirigeante (donc Bouteflika ) d’un homme qui s’y était trop agrippé. Au départ, Haddad avait émergé grâce au soutien du pouvoir politique qui en avait besoin pour le 4e mandat du président de la République, mais depuis il est devenu envahissant et encombrant.

C’est dans cette entreprise «d’épuration politique» que s’étaient inscrits le limogeage de Amar Saadani et le départ de parlementaires sulfureux, tel Tliba, ainsi que la liquidation par la justice des affaires Khalifa, Sonatrach et l’autoroute Est-Ouest. Tebboune, qui a un rôle-clef dans cette stratégie de neutralisation du front social et de la sphère politique, va tenter de faire avaliser les mesures fortes d’austérité par un «consensus» national, c'est-à-dire par les différents acteurs sociaux et politiques, y compris l’opposition.

Exercice périlleux quand on sait que ce type de démarche a largement montré par le passé ses limites et surtout son caractère trompeur. Cette fois-ci, il s’agit ni plus ni moins que de faire partager la responsabilité de l’austérité par tous, alors que seul le pouvoir politique est à l’origine de l’impasse.

La mission assignée aux pouvoirs publics de faire régner la paix à tout prix jusqu'en avril 2019 est perdue d’avance : à de vrais problèmes se substituent de fausses solutions. Alors qu’il s’agit de sauver une nation, ce qui préoccupe les dirigeants, c’est «le sauvetage» d’un homme, fut-il le président de la République. Sur l’autel de cette dérive «institutionnalisée», l’avenir de l’Algérie est sacrifié, dont chaque mois sans solution l’enfonce un peu plus dans le sous-développement et le désespoir social.
 

Ali Bahmane
 
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