Edito
 

Voies de fait

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le 05.08.17 | 12h00 Réagissez


Le décès, avant-hier, d’une femme âgée dans un véhicule sur une route bloquée par des manifestants, dans la wilaya de Tizi Ouzou, met tragiquement devant leurs responsabilités les autorités, les services de sécurité, les élus locaux et ce qui reste du mouvement associatif structuré. La mort sur les routes, en pleine circulation, s’est pratiquement banalisée ces dernières années et nous ne sommes pas les seuls dans le monde à rouler à «tombeau ouvert».

Cependant, le drame de jeudi, à Tadmaït, ne peut pas avoir d’équivalent dans aucune autre société. Des éboulements de neige, de rochers, des troncs d’arbres en travers de la route causent des décès à travers le monde, mais le blocage intentionnel, prémédité et finalement mortel de la circulation est notre malheureuse marque de fabrique.

Comment en est-on arrivé là : empêcher une vieille femme d’aller se soigner à l’hôpital, ou de rentrer chez elle en se passant des soins et échapper à l’agonie dans une voiture immobilisée sur la route, sous le soleil, pendant des heures ? Il est proprement indécent de débattre de la légitimité des revendications de ceux qui étaient citoyens jusqu’au moment de cette grave atteinte à la vie d’autrui.

Ce développement fatal sur la RN12 ôte toute trace de citoyenneté à une action qui prend les contours hideux d’une entreprise de mise en danger des personnes vulnérables. Les automobilistes, fréquemment accompagnés de leurs parents devant se rendre à des rendez-vous médicaux, parfois programmés dans les blocs opératoires, ont longtemps souffert le martyre sur les routes sans possibilité de recours, face à des «manifestants» qui agissent sans crainte devant les points de contrôle des services de sécurité.

«Qui veut-on gêner en fermant la route ? Le wali et les membres de son exécutif habitent à deux pas du siège de la wilaya et le gouvernement est loin. Ce sont les simples citoyens qui paient le prix», s’offusquaient régulièrement les victimes des prises d’otages sur les routes. En effet, ces actions sont, au final, dirigées contre la population. On se venge massivement de la société qui n’aide pas à régler ses problèmes particuliers, suspectée de ne pas vivre les mêmes difficultés, avec le facteur aggravant de rouler carrosse en zone de dénuement.

Les assemblées élues étant officiellement et notoirement «sans moyens ni prérogatives», il reste à s’interroger sur l’attitude et le rôle des autorités locales qui ont le pouvoir effectif de police. Elles ne se sentent tout bonnement pas interpellées par ces actions sauvages et les atteintes flagrantes à la liberté de circulation. Les walis se mettent dans cette posture d’attentisme en toute bonne conscience. L’instruction cardinale émanant du gouvernement est de veiller à la stabilité sociale.

Et la souffrance de la population ne rentre pas dans le registre des troubles à l’ordre public. La hantise, ce sont les affrontements et le spectre des débordements. Le calvaire silencieux et circonscrit sur un tronçon d’autoroute est perçu, au sein de l’administration, comme un épiphénomène anodin. Aucun gendarme ou policier qui constate ces voies de fait ne peut intervenir s’il ne reçoit pas l’ordre de l’administration, elle-même soumise à l’instruction politique. Celle-ci demeurera inhibée tant que la question de la légitimité populaire n’est pas résolue.
 

Djaffar Tamani
 
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