Edito
 

Une visite recadrée

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le 04.12.17 | 12h00 Réagissez


Pour sa première visite officielle en Algérie de chef d’Etat, on attendait tout naturellement que le président français, Emmanuel Macron, effectue une visite d’Etat avec toute la symbolique et le protocole qui s’y rattachent, lui que l’on avait présenté, côté algérien, comme un «ami de l’Algérie», selon les propos de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra. De son agenda international chargé, il n’aura que quelques heures à consacrer à son premier déplacement officiel dans notre pays, rabaissant du coup, au plan de la symbolique, le niveau de sa présence en Algérie, à une visite de travail.

Cette requalification de la visite, qui a surpris nombre d’observateurs, permettra à l’hôte de l’Algérie de ne pas s’astreindre à un programme contraignant, qui mettrait mal à l’aise les autorités algériennes, compte tenu des difficultés évidentes du président Bouteflika d’assumer les charges d’un protocole laborieux et exigeant du fait de sa maladie. En cela, la visite de Macron présente tous les attributs d’une visite de bienséance politique, destinée à honorer un engagement pris après son élection de se rendre en Algérie à une date qu’il avait laissée à la discrétion du président Bouteflika, pour les raisons que l’on connaît.

On a vu combien le président français est imprégné de la culture de l’Etat sublimée en se présentant au soir de son élection devant les Français marchant, droit dans ses bottes, sous des airs monarchiques et un protocole dignes des rois de France, pour rejoindre la tribune officielle. C’est ce message qu’il avait voulu transmettre aussi à l’opinion française et au monde en choisissant le château de Versailles pour prononcer son allocution devant les parlementaires des deux Chambres, renouant ainsi avec la solennité et les ors de la République, sous les auspices desquels il entend placer son mandat.

Quand on place la barre aussi haut, on imagine l’embarras du président français, qui est accueilli avec faste à l’étranger partout où il se rend, de devoir s’accommoder d’être reçu entre deux portes en s’affichant furtivement aux côtés de Bouteflika comme l’ont fait tous les hommes politiques français qui furent reçus à El Mouradia. Il sait que son voyage sera suivi à la loupe et analysé au scalpel dans l’Hexagone par l’opposition et les milieux nostalgiques de l’Algérie française.

Le caractère de visite de travail imprimé au déplacement en Algérie du président français apparaît à cet égard comme une belle trouvaille sémantique, qui permet aux deux parties, algérienne et française, de renouer le contact à un haut niveau. Le président Macron aura le loisir de solder sa dette envers l’Algérie qui a mal vécu le fait que le chef de l’Etat français ait privilégié le Maroc à l’Algérie pour sa première visite officielle dans la région.

De son côté, en mal de légitimation, le pouvoir algérien entend bien engranger les dividendes politiques attendus de la venue de Macron en Algérie en ces temps moroses, où les visites de personnalités de haut rang ne se bousculent pas dans notre pays. Le temps chronométré de quelques heures consacré à cette visite éclair du président français offre un bel alibi à M. Macron pour ne pas aborder les dossiers lourds, objets de contentieux entre l’Algérie et la France. Mais surtout pour ne pas donner le sentiment d’un soutien franc et inconditionnel au régime que pourrait laisser suggérer une visite prolongée et un accueil démesuré par rapport à l’objet de la visite.

Omar Berbiche
 
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