Edito
 

Transition infernale

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le 02.10.17 | 12h00 Réagissez


Le Premier ministre adressait au peuple algérien, le 12 septembre dernier, à l’occasion d’une rencontre avec les représentants des partis de la majorité parlementaire, un «message d’espoir et de sérénité politique».

Depuis, il n’aura que le mot «enfer» à la bouche. Il l’agite, le suggère et l’admet parfois, comme lors du débat à l’APN autour du plan d’action du gouvernement, annonçant que «nous vivons l’enfer» en raison de la crise budgétaire. Hier, à Oran, Ahmed Ouyahia n’a pas abandonné ces étonnants éléments de langage en déclarant que l’exploitation du gaz de schiste ne signifie pas «l’ouverture de la porte de l’enfer». Si le délai fixé pour faire le premier bilan du plan anticrise financière est de trois ou six mois, il est possible de dire aujourd’hui que la communication gouvernementale est calamiteuse, sinon totalement désarticulée. Les images suggérées dans le discours officiel vont à contresens du vœu de sérénité exprimé au lendemain du remplacement de Abdelmadjid Tebboune, accusé d’avoir secoué trop violemment les branches du système en place. La rigueur d’une démarche de réforme peut être esquissée dans le discours des dirigeants investis de la mission d’enrayer la crise. Les choix discursifs du Premier ministre sont d’autant plus dangereux qu’ils appuient au lieu de dissiper le sentiment de défiance qui domine au sein de la société.

Devant le Conseil de la nation, la semaine dernière, il déclarait : «Nous sommes des enfants du peuple. Nous ne sommes pas des coopérants techniques.» Il est inutile de rappeler l’idée que se font les enfants du peuple sur la caste des dirigeants et des dignitaires du régime qui ne se résolvent pas à passer la main, préférant agiter le spectre du chaos. Il y a deux ans, lors d’une conférence de presse, Ouyahia, alors directeur de cabinet à la Présidence, surprenait son auditoire en allant plus loin que le jugement de l’opinion publique à propos du pouvoir, en assurant que le régime algérien n’est pas Néron. Les citoyens peuvent accuser le pouvoir de provoquer la faillite, mais pas de mener la politique de la terre brûlée.

Celle-ci a été, pour rappel, exécutée par l’hydre intégriste, puisque le peuple est convoqué pour s’en remémorer. L’irruption, ces derniers jours, sans sommation, des images de la barbarie subie par les Algériens il y a une vingtaine d’années a un effet pareillement désastreux. Là, on ne suggère plus l’enfer, on le montre. Des corps calcinés ou déchiquetés. Dans le registre de la mémoire, le pouvoir a également beaucoup à apprendre. Si l’exemple des Etats-Unis a été cité pour étayer l’option de la planche à billets, il conviendrait également de prendre connaissance de l’organisation des haltes mémorielles dans les sociétés civilisées. Aucun corps des 3000 victimes des attentats du 11 septembre 2001 n’a jamais été montré. Le jour des commémorations, on cite les noms, tous les noms des victimes, gravés dans le marbre et dans la mémoire collective.

Le terrorisme a été vaincu et la crise économique ne fait que commencer. Elle commande une transition politique. Les Algériens la souhaitent démocratique, pas infernale.

Djaffar Tamani
 
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