Edito
 

Où va l’Algérie ?

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le 14.02.18 | 12h00 Réagissez


Un mythe s’effondre, d’un Ouyahia homme des situations difficiles, capable de déjouer les crises, le voilà aujourd’hui impuissant face à la colère grandissante de la rue, sans voix, à demi-visible. Inquiets, des groupes parlementaires alliés, le FLN, le RND, TAJ, auxquels se sont joints les indépendants, lui demandent de réagir «avec fermeté» contre les protestations mais tout en étant à «l’écoute» des revendications sociales.

Un exercice qui ne semble pas, à leurs yeux, avoir été accompli par Ouyahia — effacé volontairement ou marginalisé ? — dont l’absence a été quelque peu suppléée par le volontarisme de certains de ses ministres, notamment de l’Education et du Travail, pour tenter d’éteindre le feu social. En vain, car la grande décision politique leur échappe, celle qui relève précisément du conseil du gouvernement et surtout du Conseil des ministres.

Ces derniers n’ont pas jugé utile de se réunir ou n’ont pas pu le faire et cela a accéléré le pourrissement au niveau des grands secteurs en crise que sont l’éducation, la santé et l’industrie. L’impression de vide politique au sommet a encouragé les résidents en médecine à braver l’interdit de manifester dans la capitale. Le tabou d’Alger inviolable est tombé autant par la détermination des manifestants que par l’absence de la décision politique. La rue de la capitale est désormais ouverte à d’autres contestataires, ce qui mettra inévitablement les services de sécurité devant une situation intenable : accentuer la répression pour obéir à la loi, mais en même temps payer un double prix, celui des moyens, car il faudra se déployer sur plusieurs fronts, et celui du discrédit politique et moral du fait que le recours à la matraque contre des revendications sociales, généralement légitimes, est toujours très mal perçu par l’opinion publique.

D’autant que le mot d’ordre, on suppose, donné aux services de l’Etat est de calmer le jeu sur tous les fronts pour que le 4e mandat de Bouteflika ne s’achève pas dans un climat chaotique susceptible de compromettre autant le bilan général du président de la République que ses chances de décrocher un 5e mandat. Et c’est apparemment cela qui complique tout. Il n’y a pas que les services de sécurité qui sont tenus de faire attention au climat social, toutes les autres institutions sont concernées.

Ce n’est pas un hasard si Saïd Bouhadja, président de l’APN, s’est empressé d’offrir sa médiation dans la question des médecins résidents et aux partis dits de la coalition, avec les indépendants, d’interpeller Ouyahia pour qu’il agisse sur le front social. Celui-ci risque réellement de déboucher sur un «5 Octobre 88» bis du fait de la conjonction de ces triples facteurs que sont l’aggravation de la précarisation sociale, la paralysie politique née de l’approche de l’élection présidentielle, et enfin la montée des puissances de l’argent. Un rapport de l’OPEP s’inquiète de la tension sur les prix du pétrole créée par la hausse de la production aux Etats-Unis, ce qui signifie que l’argent va encore manquer au Trésor public algérien, qui sera contraint de puiser davantage dans ses réserves en devises placées à l’étranger, descendues en dessous de 100 milliards de dollars.

Conséquence, la poursuite en 2018-début 2019 de l’austérité et des licenciements de travailleurs par le pouvoir politique qui n’a pas su, dès 2013, anticiper sur la crise, préférant les tergiversations, les calculs et les demi-mesures, voire les fausses solutions. Et qui a, stratégiquement, fait rater à l’Algérie le train de l’industrialisation dès le début des années 2000 en privilégiant la folle dépense sociale.

Enfin, un autre convive s’est invité au banquet, celui de l’argent. Plus de 1500 milliards de dinars circulent dans l’informel, selon le gouverneur de la Banque d’Algérie, et les milliardaires qui ont pignon sur rue sont légion, quelques-uns ne cachant pas leurs ambitions politiques. Lorsque la politique et l’argent font jonction ou quand l’argent dicte la politique, c’est la démocratie qui s’efface. De lourdes incertitudes pèsent sur l’Algérie, la population et les élites n’en ont pas pleinement conscience tant elles sont désarmées.

Ali Bahmane
 
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