Edito
 

Marches et grèves

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le 23.01.18 | 12h00 Réagissez


Le front social est en ébullition. Grèves sporadiques enclenchées çà et là, y compris dans des secteurs névralgiques tels ceux de la santé avec le mouvement de contestation des médecins résidents qui a paralysé le fonctionnement des structures de soins, et depuis hier le débrayage du personnel navigant d’Air Algérie, qui a provoqué une pagaille indescriptible dans nos aéroports et dans les escales à l’étranger. D’autres mouvements, touchant d’autres secteurs, sont annoncés pour les prochains jours. La grogne sociale s’amplifie et s’élargit en l’absence d’écoute et de solutions viables et durables.

On a vu comment, face à la contestation sociale suscitée par le projet de réalisation d’un aéroport en France, le gouvernement français a reculé, sans rougir, en annulant le projet hérité de l'ère Hollande, à la grande satisfaction des écologistes. Les conflits sociaux et les mouvements de contestation chez nous ont cette particularité de s’enraciner dans le vécu quotidien des Algériens à un point tel qui confine à la banalisation du phénomène. Les grèves et les marches sont devenues, pour beaucoup, au mieux, un sujet de curiosité. La solidarité que l’on exprime pour un corps professionnel n’est pas forcément l’expression d’une adhésion à un combat revendicatif, mais se décline souvent comme une forme de réprobation et de dénonciation de l’autoritarisme du pouvoir, lequel crie au complot à la moindre poussée de fièvre pour discréditer les contestataires.

C’est sans doute le but recherché par les pouvoirs publics qui misent sur l’essoufflement des mouvements de grève et de contestation et la lassitude des citoyens face aux désagréments causés aux citoyens par ces actions de revendication très souvent justes et légitimes. Les retraités de l’armée qui s’échinent depuis un certain temps avec une farouche détermination à marcher sur Alger pour porter leurs revendications risquent de passer à trépas sur l’autoroute où ils sont interceptés et bloqués par les forces de l’ordre à chacune de leur tentative de se faire entendre. Un conflit qui perdure n’est jamais un bon signe, surtout s’il s’accompagne de violences, comme c’est le cas des scènes de bastonnades et de crucification vécues par les médecins résidents lors de leur sit-in à l'hôpital Mustapha Pacha d’Alger.

Le recours à la violence, d’un côté comme de l’autre, de la part des contestataires comme des forces de l’ordre, fait toujours courir le risque de déplacer le conflit du terrain social et politique, revendicatif, vers une confrontation physique qui ne fera que compliquer encore davantage la recherche d’une solution et alimenter un sentiment de haine, de rejet et de défiance de l’autorité publique et politique. Le pouvoir ne semble pas avoir assimilé ces éléments élémentaires de sociologie politique qui enseignent qu’un citoyen privé de ses droits, persécuté, atteint dans sa dignité, menacé dans son emploi, inquiet pour son avenir et celui de sa famille, est une force vive sacrifiée, une voix qui fera défaut lors des consultations électorales, un harraga potentiel et un rebelle irascible au pouvoir. Le gouvernement ne semble pas avoir compris que la force d’un pouvoir et d’un Etat ne se mesure pas à sa capacité de répression, à la maîtrise du terrain par la force. Mais à sa capacité à anticiper les crises et les conflits et à trouver les réponses appropriées, avec célérité et responsabilité, par le dialogue permanent et inclusif, loin des manœuvres politiques et électoralistes.
 

Omar Berbiche
 
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