Edito
 

Leçon d’Aokas

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le 30.07.17 | 12h00 Réagissez


Des livres brandis pour braver l’interdit et désarmer la matraque. Une belle image d’un sursaut citoyen. Des centaines de personnes se sont mobilisées pour défendre le droit à la culture, au débat intellectuel et à la pensée autonome. Sous l’étendard de la liberté, la petite localité d'Aokas a remporté hier une extraordinaire bataille et à forte charge symbolique. Celle du savoir, de l’intelligence et de la raison contre l’ignorance imposée. Choqués par l’absurdité de la répression policière et l’interdiction violente de la tenue d’une conférence, des militants associatifs, politiques, des élus, des universitaires et des citoyens de la région se sont élevés contre les velléités brimantes de l’administration. Une barricade dressée contre l’avancée ravageuse de la désertification culturelle.

C’est l’expression de la conscience en mouvement. Une re-prise de conscience citoyenne face à la régression en marche. Signe d’une vitalité politique et intellectuelle que l’on cherche à étouffer. Face à l’incurie générale et l’indigence nationale érigée en culture dominante, Aokas élève la voix. Montre la voie à suivre. Celle de la pensée libre et du triomphe de la raison. Elle est le phare scintillant dans un pays livré au dogmatisme religieux et autres archaïsmes. Ce qui se passe dans cette petite ville côtière n’est pas un acte isolé. Encore moins un fait banal. Il est révélateur d’une crise profonde qui maintient la société dans une pensée sclérosée, figée et stérilisante. A travers ses appareils idéologiques, le pouvoir politique multiplie les laboratoires à formater le cerveau national. L’état de l’université algérienne en est l’illustration parfaite. Toute initiative citoyenne invitant à la réflexion autonome sur les sujets de société est jugée au mieux suspecte et au pire subversive. Sur ce terrain, il rivalise avec les tenants de l’islamisme partisans d’une société passéiste. Dans un partage de rôle sournois, ils se liguent contre les idées novatrices, modernes et progressistes. La collusion est manifeste.

C’est leur programme commun. Quand ce n’est pas l’interdiction administrative et policière, ce sont les sirènes des fatwas des ayatollahs de la haine qui sonnent. Combien d’écrivains, artistes et intellectuels persécutés, intimidés et interdits. Des animateurs et militants associatifs voués aux gémonies. Et c’est pour cela qu'Aokas et les rares collines de la pensée libre dérangent. Leur existence rappelle l’ampleur du désastre culturel infligé à la société. Dans cette belle cité coincée entre la mer et la montagne se joue une partie de l’avenir du pays. Briser «les clôtures dogmatiques» et rompre avec «l’ignorance sacrée». La mobilisation d’hier exprime un puissant désir de culture. Loin d’être un luxe, elle est une nécessité sociale et sociétale. Une urgence politique. Une demande démocratique. Elle est surtout l’antidote contre tous les archaïsmes. C’est la leçon d’Aokas.
 

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