Edito
 

Le salaire de la peur

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le 05.10.17 | 12h00 Réagissez


La crise financière dans laquelle est engluée l’Algérie est en passe d’être utilisée par le pouvoir comme un décapant d’infortune pour désoxyder certains projets qui structurent son nouveau modèle économique. C’est le cas, entre autres, du dossier brûlant du gaz de schiste mis en branle sous le gouvernement de Abdelmalek Sellal avant d’être remisé au placard après un puissant mouvement de protestation des habitants du Sud, largement soutenu partout à travers le pays. Ce projet et d’autres mis sous l’éteignoir sous les gouvernements précédents vont, selon toute vraissemblance, être remis au goût du jour avec le retour d'Ouyahia à la tête de l’Exécutif. Connu pour son style bulldozer, prêt à aller au  charbon pour des missions périlleuses, même les plus socialement et politiquement coûteuses, le nouveau Premier ministre répond au profil exigé par la mission de sauvetage du régime en sortant du placard les dossiers poussérieux, objet de contentieux que l’on a mis au frigo en attendant des jours plus «cléments» pour faire passer les pilules amères.

Ce jour est arrivé et le débarquement d'Ahmed Ouyahia au gouvernement est en soi un signal et un indicateur du cap et de la feuille de route assignés au nouveau Premier ministre. A peine installé dans ses nouveaux quartiers, sabre au clair, il imprime sa démarche en plantant triomphalement sur le chemin de crête d’une Algérie en proie au doute et à l’incertitude, le premier étendard de son expédition : la planche à billets. Grisé par la victoire et le vote sans surprise du programme d’action du gouvernement qui lui ouvre les coffre-forts du Trésor public, il n’hésite pas à ouvrir un nouveau front en remettant sur les tablettes du gouvernement le dossier controversé du gaz de schiste. Qui l’arrêtera ? Les critiques de l’opposition, des experts et de la presse n’y changeront rien. L’opinion publique et la réactivation des mouvements de contestation des populations du Sud ? Ouyahia, qui connaît bien le fatalisme des Algériens, sait pertinemment que devant des épreuves difficiles, à l’image d’un patient en détresse, terrassé par une maladie grave, l’Algérien est prêt à tout : à recourir à la médecine parallèle, aux charlatans, à l’automédication, au mysticisme religieux...

Pour pacifier et sécuriser le terrain, Ouyahia a mis le doigt sur la plaie, là où cela fait le plus mal : la sécurité de l’emploi et la menace de ne pas verser les salaires des travailleurs et des retraités. Le pouvoir a compris qu’en instrumentalisant dans cette conjoncture de crise «le salaire de la peur», il peut faire passer toutes les mesures impopulaires. Le moment semble bien choisi par l’Exécutif pour tenter le grand écart en brisant toutes les digues qui contrarient son programme d’action, tel ce recours autosuggéré à la planche à billets. La boîte de Pandore ainsi ouverte et en l’absence de résistances — les citoyens étant préoccupés par la dégradation du pouvoir d’achat, et la classe politique trop affairée par les élections locales — il faudra s’attendre à d’autres ondes de choc de la même veine, telles que l’amnistie fiscale , l’amnistie générale des terroristes, la révision de la loi sur l’investissement pour supprimer le verrou 51/49 et d’autres encore toutes aussi douloureuses et lourdes de conséquences.
 

Omar Berbiche
 
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