Edito
 

Le pain, les prix et la politique

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le 03.12.17 | 12h00 Réagissez


Face à la hausse des coûts de production du pain, les boulangers ont dû procéder unilatéralement à l’augmentation du prix de la baguette. Maintes fois, ils ont tiré la sonnette d’alarme, du moins ceux qui sont restés sur leur métier de base : celui de la fabrication du «pain normal». Ceux qui n’ont pas baissé le rideau (des milliers) se sont rabattus sur le commerce juteux de la pâtisserie ou sur celui du pain dit «amélioré» aux prix libres. Si  les autorités avaient été à l’écoute des vrais professionnels et de leurs représentants, il n’y aurait pas eu de fait accompli, c’est-à-dire une hausse brutale de 50%.

Une négociation sérieuse aurait permis l’élaboration d’un «juste prix», satisfaisant pour tout le monde, en premiers les consommateurs, dont le pain est l’aliment de base. Ce n’est pas trop tard. Extrêmement sensible, le dossier doit être pris à bras-le-corps, à condition que les autorités ne tournent pas le dos à la négociation et n’exhibent leur arme de choix : la répression. Tout récemment, celle-ci s’est abattue sur l’intersyndicale de la Fonction publique qui protestait contre le contenu de la loi de finances 2018. Elle a été révélatrice, une nouvelle fois, du déficit existant en culture du dialogue entre les dirigeants et la société. Cette crise du prix du pain remet sur le tapis la question, plus globale, des prix liée à celle du pouvoir d’achat dans le nouveau contexte créé par la chute brutale des prix des hydrocarbures qui a déstabilisé la trésorerie publique dans son rôle traditionnel de subvention massive des produits et services de large consommation ( céréales, laitages, café, sucre, transport, santé, éducation, énergie… ). L’Etat a choisi de poursuivre sa politique de soutien des prix, légèrement réajustée, mais tout en prenant le risque d’une aggravation des déficits publics auquel (que) palliera, un temps, le recours à la planche à billets. Cette dernière solution a été décriée par l’ensemble des experts au motif qu’elle est artificielle, ne reposant sur aucune production de biens et de services. Elle est également fortement génératrice d’une inflation en mesure de laminer le pouvoirs d’achat des ménages et les trésoreries d’entreprises, confrontés par ailleurs à la dégringolade de la valeur du dinar.

Le gouvernement assume ce risque pour deux raisons : strictement politique, la première est de ne pas toucher (globalement) aux subventions pour maintenir la paix sociale sur les 18 mois restants pour l’achèvement du 4e mandat de Bouteflika, celui-ci pouvant cependant même en briguer le suivant. La seconde, d’ordre économique, est que les pouvoirs publics ne disposent d’aucune autre solution que celle de la dépense publique par le biais des ressources financières tirées des exportations d’hydrocarbures. Lorsque l’argent coulait à flots, l’Algérie n’a pas été dotée d’une économie productrice de biens et services et elle le paye aujourd’hui. Le pays n’échappera au chaos que si le marché mondial des hydrocarbures se redresse puissamment, ce qui est un pari hasardeux. Quant à la population, elle n’acceptera aucun sacrifice, convaincue que la manne pétrolière qui s’est déversée sur le pays a été en partie volée et gaspillée : elle n’a pas à en assumer les conséquences comme elle n’a pas l’intention de couvrir la mauvaise gouvernance qui a privé l’Algérie d’un statut de pays émergent.

Ali Bahmane
 
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