Edito
 

La marche est encore longue

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le 08.03.18 | 12h00 Réagissez


Les femmes s’emparent de la parole à des degrés et des niveaux divers selon les sociétés, des plus libérales aux plus répressives, pour dénoncer les discriminations et les violences qui leur sont faites, dans la famille, dans la rue et dans les espaces publics, sur leur lieu de travail. Ainsi, pour ce 8 Mars, associations et ONG appellent à une mobilisation, partout dans le monde, pour défendre les droits des femmes et exiger des mesures contre les violences sexistes et sexuelles.

En Algérie, même si le combat pour l’émancipation de la femme a pu engranger des acquis au fil des années, des régressions et des pratiques archaïques inquiétantes sont aussi à relever. Le taux d’activité féminine reste bas et celui du chômage élevé. Les verrous consacrés par le code de la famille, bien qu’ayant subi quelques amendements, se posent encore comme un obstacle à l’égalité entre les deux sexes. La société en général reste, par ailleurs, peu réceptive à l’exigence du changement des mentalités.

Ainsi, la loi criminalisant la violence conjugale votée par l’Assemblée populaire nationale en mars 2015 n’a été adoptée que le 10 décembre 2015 par le Sénat, en raison de l’opposition des islamo-conservateurs, sous prétexte que cela disloquerait la famille.
Mais comme l’affirme Soumia Salhi, présidente de la commission des femmes syndicalistes UGTA et seule femme à ce niveau de responsabilité dans l’instance syndicale (dans une interview à El Watan), la bataille des mentalités n’est pas encore totalement gagnée. «On désapprouve le harcèlement, mais on trouve des excuses au harceleur, preuve qu’il y a une sorte de ressentiment contre cette femme qui est là dehors, libre de ses mouvements au lieu d’être enfermée comme nos grand-mères.»

Le code de la famille a été révisé en 2005, mais il contient encore des dispositions discriminantes à l’encontre des femmes. Pour ne citer que l’exemple de la demande de rupture du lien conjugal qui reste favorable à l’époux. «Nous constatons que la répudiation (près de la moitié des divorces) est parfaitement acceptée, mais on s’émeut lorsque l’épouse utilise le khol’â.

Pourtant, cette forme de résiliation du lien du mariage ne représentait, entre 2007 et 2011, que 11% des divorces. Il faut noter que le khol’â, ce droit de l’épouse à divorcer de son mari, est une possibilité accordée par le droit musulman à travers le Coran, notamment la sourate 2-229, en contrepartie d’une compensation matérielle.» «Le code de la famille a repris cette règle affinée par la Cour suprême, qui a mis fin à un abus d’interprétation de la règle par les juges qui exigeaient l’accord de l’époux.

Elle a affirmé que la demande de khôl’â n’était plus subordonnée à l’acceptation de l’époux», affirme Nadia Aït Zaï, juriste et présidente du Ciddef, dans une récente interview à El Watan. Et d’ajouter : «L’époux, ou l’ex-époux, considère cette liberté de répudier comme une atteinte à sa dignité, à son pouvoir, à son autorité sur la femme. Mais ceux qui s’élèvent contre le khol’â ou ceux qui ont abusé de la répudiation après 20, 30 ou 40 ans de vie commune se sont-ils interrogés sur les sentiments de l’épouse ? N’est-ce pas une atteinte à sa dignité et à sa personne ?»

L’abrogation du code de la famille et la promulgation de lois civiles égalitaires et protectrices, mais aussi un recul des mentalités rétrogrades et archaïques sont au cœur de l’engagement des Algériennes. Mais quel aboutissement à ces revendications en l’absence de pratiques et de culture démocratiques ? Lorsque les quelques espaces de liberté se réduisent à vue d’œil. Lorsque la société civile est malmenée. Lorsque des acteurs et actrices associatifs porteurs d’une action d’intérêt public autonome sont réduits au silence. La récente fermeture, puis décision de réouverture provisoire après une mobilisation citoyenne, des locaux de deux associations féminines, l’Afepec et FARD — au motif qu’elles n’auraient pas renouvelé leur demande d'agrément — en dit long du peu de considération portée à la condition des femmes par les représentants de l’Etat et de leur volonté de l’améliorer. Une posture qui ne peut que conforter l’idéologie fondamentaliste et obscurantiste.

Aussi la longue marche des Algériennes pour la conquête de leur citoyenneté et le respect de leur dignité, d’abord tracée par les moudjahidate et dont elles ont pris le relais, génération après génération, continue.

Nadjia Bouzeghrane
 
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