Edito
 

La fracture

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le 26.09.17 | 12h00 Réagissez


Comment vivent les Algériens, que pensent-ils de leur vécu quotidien et comment conçoivent-ils leur avenir ? Aucune institution publique ou privée n’est en mesure d’apporter des réponses claires et fiables à ces interrogations pourtant fondamentales : l’Etat n’a jamais pu mettre en place de vrais instruments de connaissance de la population, et la recherche universitaire dans ce domaine est restée embryonnaire. Les quelques études réalisées depuis l’indépendance, çà et là, dans les rares structures publiques, sont rendues caduques par le manque de moyens, la rapidité des mutations de la société et surtout par l’absence de volonté politique. La plupart du temps, les dirigeants pensent bien connaître leurs administrés et qu’ils peuvent se passer de travaux scientifiques, tels les sondages d’opinion ou les enquêtes sur les comportements et les idées des citoyens.

En outre, ils n’ont jamais accordé d’intérêt aux débats et aux manifestations publiques, là où justement s’expriment les citoyens. Quant aux médias, ceux relevant de la sphère étatique ne livrent qu’une vision étriquée de l’état d’esprit de la population, laquelle vision conforte et consolide généralement le discours politique dominant.

Faute de moyens, pris dans l’engrenage du quotidien, les médias indépendants ne disposent pas du recul suffisant pour diagnostiquer la population. Aussi tout le monde navigue à vue, en premier lieu les autorités politiques pour lesquelles pourtant est vitale la connaissance de la population pour affiner leurs stratégies. Elles se fient uniquement aux rapports des départements ministériels, aux travaux de quelques instituts de recherche publics, lesquels ne disposent que de ressources très limitées et d’une indépendance aléatoire. Et bien entendu aux rapports des services de sécurité. Base de toute bonne politique, les statistiques, générales ou sectorielles, sont limitées et très souvent contradictoires.

De tout cela, s’en ressentent les textes de loi élaborés par les structures gouvernementales : ils sont généralement à contresens des besoins réels et des attentes des populations. Censés les enrichir, les parlementaires n’y peuvent rien : ils subissent eux aussi l’absence de données scientifiques fiables et actualisées sur la population : de fait, leur «touche» se limite la plupart du temps à des considérations politiques ou idéologiques, ce qui au demeurant satisfait les autorités gouvernementales qui ne demandent au Parlement qu’une caution. Nombre de lois sont devenues de ce fait inopérantes une fois promulguées. Elles sont vite dépassées par la réalité. L’arsenal législatif algérien traîne un nombre considérable de textes juridiques baclés ou inopérants. Or, ce qui fait la force des sociétés démocratiques avancées, c’est la qualité des rapports entre autorités et administrés, c’est la connaissance exacte à tout moment de l’état d’esprit de la population, de ses besoins et aspirations.

Cela permet la confection de bonnes lois, mais également l’anticipation politique. Lorsque les Algériens ont boycotté en masse les législatives d’avril 2017, les responsables sont tombés des nues. Ils n’imaginaient pas un tel désaveu des autorités en place. Les exemples ne manquent pas de la fracture entre les pouvoirs et la société, le plus célébre étant la victoire écrasante de l’ex-FIS aux législatives de 1992, insoupçonnée par le régime de l’époque, par méconnaissance de la réalité sociologique du moment de la société algérienne et par la confiance aveugle mise dans des structures étatiques et sécuritaires incompétentes et guidées davantage par leur servilité aux puissants que par le travail scientifique. La leçon de l’histoire n’est pas tirée : le gouvernement actuel risque de graves dérives en décidant d’engager l’Algérie sur des voies politiques et économiques qui n’ont pas reçu l’aval de la population : il agit tout seul, n’écoutant ni les citoyens ni les experts, encore moins les hommes politiques de bon sens. Il fonce tête baissée, jouant l’avenir de toute une nation au poker afin de sauver ce qui reste d’un régime politique agonisant.

Ali Bahmane
 
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