Edito
 

La bombe sociale et le fusible Ouyahia

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le 03.01.18 | 12h00 Réagissez


Les vœux, c’est une puissante catharsis et, dans notre culture où l’imploration divine est très forte, ils accompagnent l’individu tout au long de sa vie. En cette fin d’année, il y en a eu à profusion mais peu ont glorifié la joie et le bonheur, la plupart exorcisant la peur et l’angoisse. Ce qui rappelle quelque peu la décennie 1990, lorsqu’il fallait chaque matin implorer Dieu pour le retour de la joie et de la quiétude dans un pays que les terreurs humaines et politiques ont transformé en un enfer sur Terre.

Si la paix a fini par retrouver ses droits, le terrorisme armé pratiquement vaincu, la précarité de la vie quotidienne est devenue problématique. Quant à l’avenir, il se dessine d’une manière préoccupante. Finalement, les années 2000 n’ont été qu’un mirage, reposant sur l’illusion de la prospérité, alors qu’elles n’étaient le fait que de la nature et pas d’une richesse nationale produite et redistribuée par les hommes. Les gouvernants n’ont pas compris que la générosité du pétrole et du gaz est tributaire d’un marché mondial extrêmement versatile et qu’elle peut se perdre à tout moment.

En l’espace de trois années, tout a basculé : de la richesse à la rareté, de l’opulence à l’austérité, de la vie normale à la lutte pour la survie. Dès ce début d’année 2018, se dessine cette nouvelle réalité. Le pompiste et le transporteur affichent plusieurs dinars de plus, les étals de l’épicier se clairsèment, les légumes et les fruits ne sont plus achetés par kilos mais en grammes, les médicaments se raréfient, les postes de travail se vident…

Ce n’est pas encore la grande crise sociale, mais elle avance à grands pas et cela ne semble nullement inquiéter les dirigeants toujours sans voix. Pas de message solennel à la nation du président de la République et pas de déclaration du Premier ministre sur ce qui attend les Algériens. Une seule obsession : faire «passer» sans encombre 2018 au plan sécuritaire afin d’éviter que ne soit compromis le 4e mandat de Bouteflika et parallèlement préparer l’opinion publique à un éventuel 5e mandat. C’est le FLN, fer de lance politique du système, qui est chargé de cette besogne, secondé par le RND.

Les deux partis s'occuperont à enjoliver au maximum le bilan du long règne du chef de l’Etat afin de détourner les Algériens des autres candidats. Une tâche à laquelle s’associeront quelques autres partis de la galaxie présidentielle, tels TAJ et le MPA, et une multitude d’associations, dont des zaouïas.

La grande difficulté des autorités, si ce n’est leur impossible pari, sera de faire admettre aux Algériens que le pouvoir n’est en rien responsable de la crise et que Bouteflika n’est pas comptable de leurs difficultés actuelles ni des malheurs à venir. Que le roi est bon, c’est son entourage – ou une partie – qui est mauvais.

La mesure concernant Yennayer, jour officiellement férié, entre dans cette stratégie de dédouanement du président de la République des dérives antérieures. Son Premier ministre, qui avait qualifié «d’agitation» les manifestations en faveur de tamazight, a été désavoué comme il l’a été dans le choix des constructeurs automobiles en Algérie. Il n’est pas exclu que si la crise sociale s’aggrave, des interventions spectaculaires du chef de l’Etat interviendront afin de la désamorcer.

En 2012, il avait quelque peu stoppé le vent du «printemps arabe» en décidant d’importantes hausses de salaires et en maintenant les transferts sociaux. La planche à billets lui permettra de financer les «remises» en cause. Et puis, il y aura toujours un fusible à faire sauter en cas d’aggravation de la situation sociale (à l’image de l’Iran) : Ouyahia.

 

Ali Bahmane
 
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