Edito
 

Harraga vs migrants subsahariens

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le 22.06.17 | 12h00 Réagissez


Un nouvel accès de xénophobie et de racisme s’empare ces dernières semaines des réseaux sociaux. Les migrants subsahariens sont de nouveau pointés du doigt et les autorités sommées de leur faire quitter le territoire sous peine de voir le saint pays succomber très vite à des épidémies aux noms fatidiques. Des médias s’étant mis à la vocation de touiller dans les abjections et la bêtise crasse, appellent même à un sursaut national devant ce qu’ils identifient comme un plan de destruction massive de l’Algérie via l’afflux acridien de ces pauvres hères repus de misère et de terreur.

Il faudrait donc craindre que les petits théoriciens agités de l’exclusion et de la haine n’inspirent demain des initiatives violentes et que les malheureux Subsahariens subissent encore les descentes de quelques vaillants protecteurs autoproclamés des valeurs et, osons le jeu de mots, des couleurs nationales. Par le passé, de jeunes «ouled el houma» excités ont bien pris l'initiative d’«assainir» leur quartier et chasser du Noir à coups de gourdin en des «battues» qui ont fait la honte du pays. Des épisodes certes condamnés par la majeure partie de l’opinion, mais la gravité des faits et leur infamie exigent plus que des démarcations outrées. Des actions pour que plus jamais cela ne se reproduise et soit justifié.

Ces éruptions de haine cycliques envers les «Africains» sont d’autant plus surprenantes quand on sait que les réseaux sociaux qui montent les plans et la littérature de l’exclusion sont pratiquement les mêmes qui s’émeuvent et parfois glorifient des harraga d’Oran ou de Annaba prenant le large pour le sud de l’Europe. C’est dire combien les Algériens peuvent bien comprendre ce besoin irrépressible d’aller quêter la vie ailleurs au prix de mille risques. La Toile grouille de vidéos des épiques traversées de ces jeunes bravant les dangers de la mer et fuyant le mal-être algérien, juste à côté d’images qui font la démonstration de l’insalubrité, et donc des fléaux innommables que les migrants «africains» essaimeraient dans le pays à partir des squats pouilleux de Baba Ali à Alger ou dans d’autres villes d’Algérie.

Ce sont les mêmes réseaux également qui hurlent au scandale et à la guerre des civilisations dès que le bruit commence à courir sur l’expulsion d’un fils du bled de Paris, d’Alicante ou de Naples, alors que se célèbre comme un haut fait humanitaire, dûment couvert par les caméras de la télé publique, le convoyage de centaines de Nigériens renvoyés vers la frontière sud et remis entre les crocs de la misère qui les a fait fuir.
Il faut espérer qu’on ne fait pas dire au ministre de l’Intérieur ce qu’il ne dit pas concernant la possibilité, entre autres, d’accorder aux migrants subsahariens des permis de travail, en sus de la promesse de prise en charge plus complète que laisse entrevoir l’opération de recensement annoncée. L’Etat algérien doit certainement et rapidement agir pour se mettre au diapason de ce que préconisent les principes universels des droits de l’homme s’il veut garder un peu de respectabilité dans le concert des nations.

Au niveau des lois prioritairement où subsiste encore le déni de réalités aussi évidentes que le racisme dans la société et persiste l'entêtement à ne pas accepter le fait que l’Algérie passe désormais, de par l’histoire et la géographie, de pays de transit à pays d’accueil pour les migrants.

Mourad Slimani
 
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