Edito
 

Haro sur l’entreprise publique

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le 26.12.17 | 12h00 Réagissez


Dépassé par l’ampleur de la crise ou en panne d’idées, Ouyahia ne propose rien d’autre que de vieilles recettes, parmi celles-ci, celle de livrer les petites et moyennes entreprises au privé. Ce fut la ligne directrice de tous les régimes passés, de l’«infitah» de Chadli aux énièmes restructurations des entreprises avant que ne s’installe la longue marche vers la «transition à l’économie de marché», dans laquelle le pays a fini par s’embourber, et ce, jusqu’à aujourd’hui.

Mise en branle dès la fin des années 1980, cette politique a été impitoyable pour les sociétés nationales rendues responsables de tous les maux du pays. Les grands complexes industriels, fierté des années Boumediène, ont été dissous ou éclatés en une multitude de petites entités sans grande consistance. Le secteur textile a carrément disparu, emportant avec lui 200 000 postes de travail.

Durant la décennie 1990, 1800 entreprises publiques économiques ont été cassées par le même Ouyahia, qui n’a pas hésité à envoyer en prison des centaines de cadres dirigeants, accusés de mauvaise gestion, alors que ces derniers ne faisaient qu’appliquer des directives des tutelles ministérielles. Le coup de grâce est venu de l’ouverture sauvage au commerce extérieur décidée par les réformateurs conduits par Hamrouche, dont le projet économique a été stoppé par la vague terroriste et sa gestion politico-sécuritaire.

A des prix défiant toute concurrence, les importations massives de produits et services, particulièrement du Sud-Est asiatique, de mauvaise qualité, ont cassé les quelques biens localement produits. Imposant leurs prix et leurs marchandises, des milliers d’importateurs se sont engouffrés dans la brèche, alimentant la corruption, la surfacturation et le secteur informel.

La porte a été grande ouverte aux multinationales qui ont engrangé d’énormes profits, notamment dans l’automobile et la téléphonie mobile. Le Trésor public a été contraint de débourser des milliards de dollars en biens et services importés, alors que s’accumulaient les déficits des entreprises publiques sans cahier des charges, sans grande compétitivité, piégées par les contraintes sociales.

La grande crise pétrolière qui a commencé à frapper durement le pays dès l’année 2015 fit ouvrir les yeux sur cette amère réalité de la dépendance exclusive du pays aux exportations en hydrocarbures. Mais elle n’aboutit pas à un changement de cap, c'est-à-dire la mise en place d’un véritable tissu économique de production basé sur le couple public-privé qui, outre l’industrie et les services classiques, irait vers le numérique, enjeu de demain.

Ouyahia ne fit que diaboliser l’entreprise publique qu'il jette de nouveau dans les bras du secteur privé, lequel n’en fera que du profit immédiat. S'il a de belles réussites, le privé reste néanmoins globalement mal connu, peu développé, souvent archaïque. Une partie ne survit que grâce à la commande publique, parfois aussi aux relations d’intérêts tissées avec des clans du pouvoir politique.

Dans ces conditions, comment le projet Ouyahia de délestage des PMI-PME publiques pourrait-il connaître le succès ? D’autant que son initiative, désuète et irréaliste, ne s’inscrit dans aucune doctrine économique à moyen et long termes. Tout indique qu’elle ne sert, une nouvelle fois, qu’à faire gagner un peu d’argent au Trésor public à travers les cessions d’actions. Et comme d’habitude, qu’importe le coût social et l’aggravation de la désindustrialisation.
 

Ali Bahmane
 
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