Edito
 

Du déni à la confiscation

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le 12.01.17 | 10h00 Réagissez


Trop d’Etat tue la culture. C’est pourtant ce que fait le pouvoir en place qui a décidé de placer le patrimoine culturel amazigh sous le poids des institutions, dans une stratégie d’étouffement. La Fête du tapis est délocalisée faute de pouvoir la supprimer, celle de la poterie transformée en «festival national» pour mieux la noyer et une rencontre sur le cinéma amazigh est «doublée» en langue arabe tout en la plaçant sous le «haut patronage» du président de la République.

Le même parrainage a été annoncé cette semaine par le ministre de la Jeunesse et des Sports à propos de la célébration de Yennayer 2967, dont la reconnaissance officielle paraît évidente à ses yeux en raison de l’engagement symbolique de la Présidence. Des institutions dédiées à l’amazighité mises en place suite à des luttes populaires antérieures suivent cette démarche, qui s’avère plus proche de l’embrigadement que de la promotion du patrimoine culturel et identitaire.

Parmi ces «acquis» politiques qui ont été littéralement aspirés et broyés par l’engrenage institutionnel figure le Haut-commissariat à l’amazighité, créé en 1995 suite à la «grève du cartable» et mis sous l’autorité du chef de l’Etat. Des activités organisées à l’occasion de Yennayer en partenariat avec le Haut conseil de la langue arabe ou le ministère des affaires religieuses, tout comme des campagnes d’«alphabétisation» en collaboration avec l’association Iqraa sont perçues avec défiance par l’opinion locale, qui garde en mémoire les luttes populaires nées sous la pression du dogme officiel et exclusif de l’arabo-islamisme.

La tentation d’imposer un projet de société à une quête identitaire non encore aboutie est une dangereuse démarche qui prend à rebours le sens d’un combat mené par plusieurs générations de militants imprégnés d’une culture moderniste et ouverte sur le monde. Cette stratégie latente de dévoiement est doublée d’un souci permanent de confiscation des repères. Et l’on a vu, l’année dernière, la mise en œuvre d’un grossier plan de récupération de la mémoire du chantre de l’amazighité, Matoub Lounès.

Des activités commémoratives de son assassinat avaient été tout bonnement supervisées par des chefs de daïra. Les autorités locales et centrales continuent de déployer ce qui s’apparente à un plan de normalisation savamment conçu, après avoir longtemps tenté la répression et le déni.

Dans la tourmente des révoltes populaires apparues ces dernières années dans les pays voisins et dont la menace n’est pas totalement évacuée dans les sociétés réputées être «stables», le pouvoir en place a franchi un nouveau pas dans le cynisme en voulant instrumentaliser une quête identitaire qui a pourtant drainé son lot de larmes et de victimes.

Si le Premier ministre considère que l’amazighité est une valeur refuge contre les tourments qui agitent le monde, il est possible, avant une réelle reconnaissance qui n’interviendra qu’avec la démocratisation, de lever le poids institutionnel qui est en train d’asphyxier une lutte qui a survécu à toutes les répressions.

Djaffar Tamani
 
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