Edito
 

Délit de faciès

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le 30.09.17 | 12h00 Réagissez

Des documents diffusés sur les réseaux sociaux évoquent des instructions données par certaines directions de wilaya aux transporteurs privés, leur enjoignant d’éviter de transporter des migrants clandestins subsahariens.

L’instruction, écrite pratiquement de la même manière nonobstant l’origine de son émission, menace de retirer le permis de transport à tous ceux qui seraient tentés de l’ignorer.
Le tollé soulevé par cette instruction a été tellement grand, notamment sur les réseaux sociaux, que la wilaya de Mostaganem s’est sentie obligée de publier des excuses. Mais le mal est fait. Les documents dont il s’agit trahissent donc une pratique qui est déjà en cours au sein des institutions de l’Etat depuis un certain temps.

Les documents qui circulent sur les réseaux sociaux sont une traduction dans les faits des déclarations faites l’été dernier par Ahmed Ouyahia, quelques semaines avant sa nomination à la Primature. Le Premier ministre, qui exerçait encore les fonctions de directeur de cabinet de la présidence de la République, a en effet affirmé que l’immigration clandestine était «porteuse de maladies» et de «fléaux sociaux» comme la drogue et la prostitution. Les propos d'Ouyahia ont été appuyés, deux jours plus tard, par le ministre des Affaires étrangères. Abdelkader Messahel a évoqué, lui, des «réseaux» de trafiquants d’êtres humains.

Il était alors attendu que de tels propos ne pouvaient rester sans suite. Une rafle de dizaines de migrants, essentiellement venus du Niger, a été le premier acte de ce que sera le traitement qui sera réservé à ces milliers de pauvres familles venues chercher un peu de quiétude et de la nourriture. Les autorités ont certes mis les formes. Mais il est clair que l’affaire est gérée avec beaucoup de maladresse. A commencer par la brutalité avec laquelle certains jeunes migrants ont été traités l’an dernier.

Il est évident que les directions des transports des wilayas n’ont pas agi seules. Les documents en circulation se réfèrent à une instruction ministérielle. Plus que cela, ces pratiques ont été signalées déjà dans les régions du Sud depuis longtemps. Cela s’apparente à un délit de faciès. Au pire, c’est un acte de ségrégation qui ne dit pas son nom. Car, s’il est vrai que l’Algérie n’a pas les moyens d’accueillir «toute la misère du monde», il n’en demeure pas moins qu’un minimum de maîtrise de soi et de respect de la dignité humaine doit accompagner des initiatives visant à «reconduire» les migrants dans leur pays.

Puis, un devoir de solidarité – dont a souvent fait preuve l’Algérie – s’impose face à des populations qui viennent des pays instables politiquement et non viables économiquement.
En plus de l’aspect humanitaire, cette affaire démontre que les autorités algériennes ne gèrent les problèmes qu’une fois survenus. La prospective, la prévision et la prévention ne font pas partie du dictionnaire de nos dirigeants.

Ali Boukhlef
 
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