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«La corruption et le clientélisme ont contribué au déclin de quelques industries»

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le 20.03.17 | 12h00 Réagissez

Par Karim Si Lekhal (*)

L’économie algérienne nécessite une transformation structurelle. Elle manque cruellement d’entreprises, mais aussi, elle n’arrive pas à faire grandir la taille des quelques 750 000 PME qui la constituent.

Malgré la croissance qu’elle a connue durant plus de 15 ans (2000-2014) le pays s’est désindustrialisé. Le secteur manufacturé représentait près de 15% durant les années 1980 et 90. Aujourd’hui, il ne pèse à peine que 5 à 6% de la valeur ajoutée. Les causes de cette faiblesse de l’investissement productif sont plurielles : le rationnement du crédit, qui caractérise le marché bancaire national, la fiscalité, qui pèse lourdement sur les entreprises qui exercent dans la légalité, la rareté du foncier industriel, les lenteurs administratives… Le développement de l’industrie algérienne est par ailleurs freiné par le Plan d’ajustement structurel des années 1990, qui visait le redressement des comptes de l’Etat et qui avait pour conséquence la fermeture de nombreuses entreprises publiques manufacturières, sans que des entrepreneurs privés prennent le relais.

Ces fermetures et ces privatisations d’entreprises ont entraîné, comme tout le monde le sait, des centaines de milliers de licenciements, ce qui a alimenté un secteur informel peu productif qui échappe totalement à toute fiscalité.

Le climat des affaires peu propice au développement, la corruption, le clientélisme et la gouvernance publique souvent défaillante, ont aussi considérablement contribué au déclin des quelques industries dont disposait le pays. Par ailleurs, la main-d’œuvre qualifiée, susceptible de favoriser l’industrie manufacturière et la sous-traitance, fait encore défaut, compte tenu d’un nombre insuffisant de techniciens suffisamment formés dans le domaine industriel et dans celui de la maintenance.

Continuer donc aujourd’hui à encourager l’investissement productif constitue un impératif, si l’on veut vraiment créer de la richesse et des emplois durables. Concernant les cimenteries et les minoteries, pour reprendre vos exemples, des investissements sont encore nécessaires pour améliorer les capacités nationales à répondre à la demande intérieure et créer des capacités d’exportation. Pour un pays producteur de produits agricoles, le développement de l’agro-industrie est aussi une source de richesse.

Certes, l’Algérie est un gros importateur de céréales, mais elle dispose d’un potentiel réel pour développer la transformation locale des produits agricoles (céréales, dattes, huiles…), qu’elle pourrait exporter pour réduire son déficit extérieur. Les avantages octroyés par les pouvoirs publics, pour encourager la création d’entreprises, sont un élément-clés de l’attractivité des régions.

Ils encouragent l’investissement productif et financent des dépenses utiles et justes sans décourager la prise de risques entrepreneuriale -propre à l’économie de marché- et ils participent au développement des territoires. Mais si l’appui à l’activité productive d’une vraie richesse n’est pas suffisant, le pays n’aura pas les capacités de se doter d’un tissu d’entreprises capables de le sortir de la crise. Autrement dit, si la fiscalité écrase les entrepreneurs et investisseurs de charges lourdes, elle servira de repoussoir aux opérateurs économiques qui voudraient s’installer sur le territoire national.

Attirer des investissements directs étrangers, apportant des capitaux et un savoir-faire, pour développer des lignes de production industrielles spécialisées (automobile par exemple) apparaît, actuellement, plus réalisable que de mettre en place toute une chaîne de valeurs : de la conception à la finalisation du produit. Le pays dispose de sérieux atouts pour attirer des IDE grâce à la taille de son marché intérieur (40,8 millions d’habitants) et son emplacement stratégique (porte du continent africain), à condition d’assainir son climat des affaires, d’octroyer certains avantages et surtout de se doter d’une politique économique crédible.

     
(*)Docteur en sciences économiques
 

Karim Si Lekhal
 
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