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L’ère des restrictions d’aide à l’investissement commence

Des filières favorisées, d’autres en pâtissent

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le 20.03.17 | 12h00 Réagissez

Des filières favorisées, d’autres en pâtissent

Après les restrictions annoncées en matière d’importations en ces temps de vaches maigres, place aux restrictions des avantages liés à l’investissement.

Le gouvernement a décidé de revoir sa copie dans ce cadre en optant  pour la limitation des avantages aux activités porteuses. Durant des années, au moment où la situation financière du pays le permettait, les pouvoirs  publics ont autorisé (via des mesures incitatives) de nombreuses entreprises à se lancer dans des filières sans étude d’impact sur l’économie et sans en mesurer l’apport  en termes de création d’emplois et de richesses pour le pays, pour décider de resserrer l’étau autour des segments d’activité qu’ils jugent aujourd’hui saturés, à l’exemple des transports, des minoteries, des briqueteries, des cimenteries, des unités de production de boissons (sodas, eaux fruitées, jus, eaux minérales…) et des biscuiteries. 

Au total, ce sont 110 segments qui sont mis sur une liste négative pour marquer ce changement de cap. L’annonce faite par le ministre de l’Industrie et des Mines (MIM), Abdessalem Bouchouareb, la semaine dernière, est intervenue quelques jours après la déclaration du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, à Annaba, en marge de la vingtième réunion tripartite, Gouvernement-UGTA-Patronat, portant sur la saturation dans le secteur du ciment et des minoteries.

Cette mesure entre dans le cadre des modifications prévues dans le nouveau code des investissements. Un code dans lequel a eu lieu la révision et la réorganisation de l’architecture des avantages et des incitations accordés aux investisseurs. Objectif : orienter les aides vers les investissements utiles. D’ailleurs, le ministre de l’Industrie et des Mines a parlé de 14 filières prioritaires. Lesquelles ?

Régime spécifique

«Les filières où l’Algérie doit être présente couvrent les filières motrices, dont l’énergie inclut l’industrie du renouvelable, les industries chimiques et pétrochimiques (pétrochimie et fertilisants), ainsi que l’industrie du numérique. Ensuite les filières structurantes à caractère stratégique, comme la sidérurgie et la métallurgie», indique un document du ministère de l’Industrie à ce sujet. Un document qui cite la sidérurgie et la métallurgie, les liants hydrauliques, électriques et électroménagers, la mécanique, l’automobile et l’aéronautique, la chimie industrielle et la pharmacie, la construction et la réparation navales, l’agro-industrie, les THC (textile-habillement-cuir), le bois et l'industrie du meuble, comme filières prioritaires.

Ces secteurs vont, à la faveur de ces nouvelles orientations, bénéficier d’un régime d’aide spécifique.
En d’autres termes, et selon les explications fournies récemment par un responsable du MIM, «plus l’investissement est important économiquement plus l’avantage sera important».

Ces secteurs vont bénéficier d’avantages propres à eux via une convention qui permettra d’accéder à des avantages particuliers, lorsque le projet présente un intérêt particulier pour l’économie, alors que les filières dites saturées ne seront plus soutenues. Elles bénéficieront d’un régime général. Les banques ont été instruites dans ce cadre. La démarche vaut-elle réellement le coup ? A chacun son avis. Mais globalement, les patrons et les experts regrettent l’absence d’une vision claire dans ce cadre.

Parmi les entreprises de ces filières qu’on veut intégrer dans le régime général, certaines se sont lancées sans l’appui de l’Etat. «Certaines filières se sont développées en dehors de toute intervention étatique, en s’organisant quelque peu, à l’exemple de celle des boissons rafraîchissantes non alcoolisées et qui se sont vite retrouvées sur le marché de l’export», nous dira à ce sujet l’expert industriel Lotfi Halfaoui, pour qui "le reste des filières patauge, tout simplement parce qu’il n'y a pas de stratégie ni de vision à long terme dans ce secteur."

«Démarche brutale»

Un avis que partage Sim Othmani, président du Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (CARE). Pour ce dernier, ces décisions ne s’inscrivent pas dans une démarche cohérente. «Il fallait mettre en place un observatoire du développement industriel pour suivre l’évolution des filières.

Cela fait des années que le CARE  a proposé cela», regrette-t-il, soulignant que c’est une démarche «brutale qui n’a pas de sens économique». "Même les chefs d’entreprise auraient pu s’appuyer sur l’observatoire pour décider de leur créneau d’investissement. Idem pour les banques, mais tant qu'on n’a pas d’analyses sur lesquelles se baser, on ne peut pas évaluer le secteur et prendre des décisions qui ont un sens économique " résumera M.Othmani.

Ce que notera Boualem Mrakech, président de la Confédération algérienne du patronat (CAP). Pour ce dernier aussi, la création d’une structure pour évaluer toutes les actions entreprises dans le monde industriel est utile. «Elle aura pour vocation de suivre l’ensemble de la démarche de développement pour pouvoir avoir une visibilité du monde entrepreneurial. L’Etat doit juste jouer son rôle de régulateur», expliquera M.Mrakech.

De son côté, Habib Yousfi, président d’honneur de la Confédération générale des entreprises algériennes (CGEA) estime que les changements prévus sont les bienvenus. «Il y a lieu d’apporter des améliorations, mais il faut des dispositifs clairs et nets. On peut corriger et aller de l’avant. Il est temps de le faire», dira t-il.

Le rôle du budget de l’Etat

Notant qu’il y a des cas de saturation par l'effet d’un investissement de masse largement dépassé, l’expert financier, Souhil Meddah, expliquera, pour sa part, que cette décision s’interprète aussi sur un plan conjoncturel par la maîtrise et le contrôle des autres parties importantes qui interviennent directement ou indirectement dans la sphère avec ou sans complémentarité.

Il s’agit donc pour notre interlocuteur, d’abord «de la nécessité de limiter le rôle très important qu’engage le budget de l’Etat dans la compensation de la dépense fiscale en contrepartie des exonérations en phase d’investissement, ou du manque sur les recettes fiscales pour les chiffres et bénéfices réalisés par les entreprises concernées après leur entrée en exploitation».

Par ailleurs, poursuivra-t-, «c’est dans le souci de veiller et de promouvoir le principe de la diversification économique d’une manière très large en utilisant un mécanisme de flexibilité basé sur l’équilibre entre les échelles de valeurs en favorisant la compétitivité de certains créneaux qui enregistrent des déficits d’opportunité contre d’autres qui enregistrent des cas de plein emploi ou de saturation».

Pour cela, l’actualisation de cette liste devrait se faire au fur et à mesure que les différents segments avancent et que la demande s’oriente au cas par cas selon les modèles de consommation et d’industrie ou de service qui seront en place à moyen terme. Des éléments qui ne peuvent être fournis comme déjà suggéré par MM. Othmani et Mrakech que par une structure bien organisée. M.Meddah revient, à cet effet, sur le comité de veille intersectoriel installé la semaine dernière par Abdelmalek Sellal. «Il pourra, entre autres, jouer son rôle de veilleur intersectoriel, qui contrôle et analyse les tendances et anticipe aussi les futurees demandes, telles que les besoins dans l’émergence d’un tissu industriel nouveau ou dans le développement des autres énergies, ou, à l’inverse, dans l’approche d’une saturation pour d’autres segments», expliquera t-il encore.

L’impérative coordination

Mais en sera-t-il réellement le cas sur le terrain ? A titre indicatif, cette instance  présidée par le ministre, directeur de cabinet du Premier ministre, est composée des secrétaires généraux des ministères de l’Intérieur  et des Collectivités locales, des Finances, de l’Industrie et des Mines, de  l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, ainsi que du ministère de l’Aménagement du territoire, du Tourisme et de l’Artisanat. Elle comprend aussi le directeur général de l’Agence nationale du développement de l’investissement (ANDI), celui de l’Agence nationale d’intermédiation et de régulation foncière (Aniref) et le président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (ABEF), selon la décision de création  de ce comité.

Théoriquement, le comité est chargé de collecter, traiter et analyser les données et informations relatives à l’investissement, la surveillance et l’observation active de son environnement et les conditions dans lesquelles sont réalisés les projets d’investissement. Il est également appelé à élaborer régulièrement des notes d’analyse et d’alerte sur la situation de l’investissement et les perspectives de son développement. Une mission qui s’annonce difficile, connaissant les difficultés de collecte de l’information à travers les différentes, mais aussi l’absence de coordination intersectorielle. Cela pour dire que des changements devraient d’abord intervenir à ce niveau.

Samira Imadalou
 
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