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La semaine éco d’El Kadi Ihsane

Ce que cache la tentation américaine du protectionnisme, et, accessoirement, celle de Sellal

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le 20.03.17 | 12h00 Réagissez

Le protectionnisme des puissants conduit à la guerre. C’est sur cette sentence que s’est construite l’expansion capitaliste d’après la seconde guerre mondiale.

Et qu’elle s’est accélérée après la chute du Mur de Berlin, il y a plus d’un quart de siècle. La rencontre, cette semaine, entre l’Américain, Donald Trump, et l’Allemande, Angela Merkel, marque le mémento dans l’histoire de cette expansion, où la sentence doit être actualisée. Le protectionnisme des puissants conduit toujours à la guerre, mais le libre-échange crée de très fortes inégalités, qui ne peuvent plus se perpétuer ainsi. La grande surprise de ce mémento aurait dû être le fait que ce soit la première puissance économique du monde qui se soit politiquement convertie à l’hyperprotection de son commerce extérieur.

En fait, ce scénario est écrit dans les comptes extérieurs des Etats-Unis depuis de très longues années. Déficit commercial chronique, devenu abyssal. Le modèle vertueux de la croissance américaine est en fin de vie. Exporter des capitaux, rapatrier des dividendes et des marchandises low cost pour maintenir bas les coûts salariaux domestiques et financer l’écart entre les deux flux par la captation de l’épargne mondiale dollarisée. Ce modèle a affaibli l’Amérique. Les emplois de qualité, essentiellement les emplois industriels, ont migré. L’endettement tendanciel de l’Etat a fait fléchir son rôle souverain dans la redistribution de la croissance. Enfin, la surprime des géants américains globalisés, qui tirent le plus profit du modèle, s’est retournée en rente de situation rejetée par les perdants du modèle.

D’où Donald Trump. Son élection propose une réponse chaotique à un vrai problème. Les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens. Ils devraient en toute logique de marché ajuster leur demande solvable à leur moyens de paiement extérieur. Mais ils sont les Etats-Unis. C’est à dire le dollar et l’armée la plus puissante du monde. Et pensent donc faire porter l’effort de l’ajustement à leurs partenaires économiques. En les privant de leur gigantesque marché domestique. Une menace récurrente qui n’a pas arraché Angela Merkel à son superbe stoïcisme. Pourtant le premier excédent commercial au monde, l’excédent germanique, devrait bien redouter la montée du pont-levis au devant de la nouvelle citadelle américaine. Tout autant que l’excédent chinois ou japonais. Le fait est que le protectionnisme américain montant est incapable de construire un nouveau modèle gagnant. De faire porter «l’austérité» à Berlin, Pékin, ou Delhi. D’inverser le cours de la mondialisation, dont il a été, pendant 50 ans au moins, la tête de bélier. La boucle vertueuse qui a entretenu de manière factice la prospérité américaine ces vingt dernières années ne peut pas se déboucler par un arrêté de la Maison-Blanche, qui surtaxe les produits allemands.

La réduction des excédents du reste du monde avec les Etats-Unis entraînera rapidement la réduction du financement de la dette publique américaine par ce reste du monde, dont l’Algérie. Le dollar n’est plus la seule monnaie de réserve. Donald Trump a engagé, sur l’arène du commerce mondial, une partie de bras de fer qu’il ne peut pas gagner. Tout au plus, il peut il s’attirer quelques points d’investissements étrangers supplémentaires sur le territoire américain. Au cas par cas. La contrition expressive de Donald Trump face à la décontraction démonstrative d’Angela Merkel raconte cette distorsion moderne. Celui qui porte le fer contre le consensus capitaliste d’un demi-siècle est un peu honteux. Il n’a pas un autre paradis à vendre.

Donald Trump ne peut donc pas rattraper trente années de désindustrialisation des états-Unis par une inversion doctrinaire de libre-échangiste à protectionniste. Il va tout de même essayer. En attendant, il veut préserver le statut d’hyperpuissance américaine par la dépense militaire. Protectionnisme de puissant rime toujours avec préparatifs à la guerre. 64 milliards de dollars de dépenses militaires additionnelles dans la première esquisse de son budget. Elle a été rendue publique à la veille de sa rencontre avec la chancelière allemande. Et elle a choqué les Américains et le monde. Pour ne pas aggraver le déficit du Trésor, le président américain a compensé les dépenses supplémentaires par des coupes claires dans la plupart des budgets sociaux et environnementaux : scolarité des enfants des ménages précaires, réchauffement hivernal des maisons d’indigents, vieillesse, accès à la culture, limitation des émissions de carbone, la liste des aides fédérales supprimées ou baissées a fait dire à un conseiller de Georges Bush junior, qu’ «il s’agit d’un budget  obscène». En vérité, la guerre déclarée aux pauvres aux Etats-Unis, est l’autre pendant de l’ajustement demandé aux partenaires économiques des Etats-Unis.

Elle a, malheureusement pour eux, plus de risques de faire des victimes. Rapport de force asymétrique. Même si les congressmen, dans les deux camps, se promettent de ne pas laisser passer une telle horreur en l’état. La précédente grande offensive de classe des riches contre les pauvres aux Etats-Unis remonte aux années Reagan. Similitude avec l’actuelle, elle s’accompagnait d’une campagne effrénée de réarmement militaire. Différence avec l’actuelle, elle était libre-échangiste et inspirée de toute l’économie capitaliste à travers le FMI et la Banque Mondiale sous le «consensus de Washington» en faveur de l’économie de l’offre. Les années Reagan ont accéléré la chute de l’Empire soviétique. Cette fois, l’adversaire mondial n’est plus Antonov ou Lada. C’est l’atelier planétaire de Ganzhou et les centres de R et D de Bavière. Les années Trump promettent d’accélérer le déclin de l’Amérique.

Deux grandes doctrines ont dominé les théories du développement des pays ex-colonisés ou dominés. Se protéger des marchandises et des capitaux étrangers pour réussir l’émergence d’une production nationale, ou, à l’inverse, attirer les acteurs étrangers et donc nécessairement accepter aussi leurs marchandises. L’Algérie a eu raison de se protéger aux premières années de l’indépendance. Aucune industrialisation digne de ce nom n’était possible avec des frontières ouvertes. A-t-elle eu tort de s’ouvrir aux marchandises étrangères au début des années 90 ? En vérité, elle n’a même pas eu le choix. Défaut de paiement de la dette, l’ouverture du commerce extérieur a été la plus pressante des conditionnalités au rééchelonnement.

Mais alors où est le biais qui fait que la balance des paiements algérienne continue à virer au rouge à chaque baisse importante du prix du pétrole ? Toujours le même, depuis l’indépendance, l’incapacité à remplacer une insertion primaire dans l’économie mondiale (matières premières) par une autre avec une valeur ajoutée industrielle. Cela aurait dû être le cœur du nouveau modèle de croissance de Abdelmalek Sellal. Au lieu de quoi l’actualité continue à être polluée par les seules listes négatives de produits à l’importation. Qui redeviendront positives en 2019 à 65 dollars le baril en moyenne annuelle ? Le protectionnisme montant en Algérie n’est pas plus pensé que la séquence précédente. Celle du tout-importation. Il dit tout de même le déclin final de l’économie rentière.
 
 

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