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       <title>El Watan - 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</title>
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       <lastBuildDate>Mon, 20 May 2013 10:10:45 +0100</lastBuildDate>
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           <title>Edito : les Algériens se réapproprient leur histoire</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[  
	Quelle est la part de vérité dans L’Iliade et l’Odyssée ? C’est un récit fabuleux. Eblouissant d’imagination, dont la construction de toutes pièces est attribuée à  Homère. Et pourtant, le poème s’est révélé une source intarissable d’informations et d’enseignements sur une période fort reculée (entre 1300 et 1100 av. J.-C.) de l’histoire de la Grèce antique. Homère, s’il n’est pas une identité fabriquée, comme certains spécialistes le supposent, aurait  vécu à la fin du VIIIe siècle (av. J.-C.). Et pourtant, si l’on s’en tient à la seule partie qui concerne La Guerre de Troie, la narration qui en a été faite par l’aède ionien a permis à l’archéologue Heinrich Schliemann de découvrir, en 1870, les ruines de la cité antique.

	La comparaison peut paraître incongrue dès lors qu’on met en équation des événements qui se sont déroulés il y a plusieurs siècles avec d’autres qui nous sont proches et qui se sont passés à l’ère de la télévision et du cinéma, c’est-à-dire des instruments qui ont enlevé son caractère absolu à la mort elle-même. La source demeure identique : le témoin ; le vecteur en est la parole. La crédibilité, elle, peut donner sujet à l’incertitude ou, en tout cas, à une forme de scepticisme.

	Toutefois, au regard de ce qui se passe,  notamment dans le domaine de l’édition et du journalisme, les Algériens, confrontés au silence des pouvoirs publics en charge de la reconstruction mémorielle, sont en train de se réapproprier leur Histoire. Il est vrai que les historiens auront fort à faire, à l’avenir, pour passer au crible tous les témoignages qui sont en train de s’exprimer de façons diverses ; mais tout ce qui s’écrit et se dit est bon à prendre. Rien n’est à dédaigner. Tous les témoignages doivent être récoltés, consignés, filmés, enregistrés, non pour attribuer des satisfecit ou distribuer des mérites, mais pour constituer une véritable banque de données.

	Dès le lendemain de l’indépendance nationale, les premiers ukases ont frappé l’histoire. Les autorités ont commencé par en extraire des personnages, puis des dates et des événements. Il aura fallu attendre la fin des années 1970 pour que la presse puisse parler du Congrès de la Soummam et que les officiels le célèbrent. On a assisté au jumelage des dates importantes comme le 5 Juillet qui a été couplé avec la Fête de la jeunesse et, plus tard, du FLN (le parti et non l’artisan de la Libération). Le 19 juin était commémoré et férié, mais pas le 19 mars, par exemple.

	L’histoire de l’Algérie était prisonnière «des fonctionnaires de la Vérité» ainsi que Ben Khedda désignait les cerbères de l’Histoire. Ce dernier rapporte qu’en 1976, le président Houari Boumediène avait demandé aux historiens et aux chercheurs du Centre national des études historiques (CNEH) d’écrire l’histoire de l’Algérie et de sa Révolution en insistant sur la nécessité de ne pas citer de noms dans la phase contemporaine. Le deuxième président du GPRA poursuit  : «A un historien qui s’étonne qu’on puisse écrire cette histoire sans citer les noms de Abdelkader, Ben Badis, Messali, Ferhat Abbas… le Président estima que ce qui a été fait par la Révolution algérienne dépassait de loin leurs actions...» No comment. ]]></description>
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           <title>Ma guerre à moi</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Mon enfance a été marquée deux blessures. En effet, deux événements restent enfouis en moi comme des cicatrices mémorielles. 
	L’un, à l’entame de la guerre ou presque ; l’autre survenu alors que se dessinaient les prémices d’une indépendance laborieusement arrachée, au prix du sang et des larmes.
	Le premier événement saillant se produisit lorsque mon père, que Dieu ait son âme, officiait en qualité de représentant des oulémas, prodiguant des cours d’arabe à des jeunes, de condition modeste mais assoiffés de savoir, qui considéraient que l’acquisition des connaissances était un formidable moyen pour se hisser dans l’échelle sociale. La mission du paternel était aussi d’éveiller les consciences. Mon père répétait souvent, en faisant allusion au joug colonial, que la liberté ne consiste pas à avoir un bon maître, mais à n’en point avoir ! L’idée prônée par l’enseignant qu’il était consistait à dire que l’homme a beaucoup à savoir et peu à vivre et il ne vit pas s’il ne sait rien !

	Un jour, un de ceux qu’on appelait les «bellounistes» au service du tristement célèbre colonel félon, avait tenté d’attenter à la vie de mon père. Armé, il lui tendit un piège en l’accostant à la sortie de la médersa, pointant l’arme à feu sur son visage… Mon père s’en sortit miraculeusement en se jetant sur son assaillant. Sa forte corpulence l’aida à maîtriser son adversaire, à le rouler par terre et à lui subtiliser l’arme. Mais dans la bagarre, une balle fusa et alla se nicher dans son pouce. La main ensanglantée, déstabilisé, mon père rentra à la maison en essayant de dissimuler sa blessure.

	Enfant, cette séquence m’avait bouleversé. Le lendemain, mon père nous signifia qu’on allait vite quitter les lieux. Ce qu’on fit dans un long et éprouvant exil qui nous mit à l’abri pendant quelque temps pour ensuite reprendre une autre destination. Mon père survécut à cette tentative d’assassinat. Digne et pudique, il n’évoquera jamais plus ce fait, jusqu’à sa mort, en 1996.

	L’autre fait qui s’est invité dans mon enfance a eu lieu à la fin des années soixante. J’avais pris part, sans en connaître les tenants et les aboutissants, à des manifestations à Kouba contre l’ordre colonial. Insouciant et/ou inconscient, je me retrouvais au milieu des protestataires dans une posture qui, pour moi, participait moins d’une action politique revendicatrice que d’un mouvement de masse presque festif… J’ai souvenance que la soldatesque coloniale avait barricadé la route principale et lançait des grenades dans notre direction. En retrait, j’observais les opérations avec une certaine jouissance jusqu’au moment où, battant en retraite, la foule se disloqua, prise de panique et courant dans tous les sens. J’avais pris la poudre d’escampette, mais dans la mêlée, je m’étais foulé la cheville. J’ai eu du mal à rejoindre le domicile familial, heureusement à quelques dizaines de mètres seulement du lieu des hostilités. Cette «blessure» m’attira les foudres de mes parents, auxquels j’avais promis de ne plus jamais refaire cela. ]]></description>
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           <title>Une histoire d'hommes</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	C’est une histoire d’hommes. D’une rencontre. Des deux côtés de la Méditerranée. 
	Une rencontre entre deux porteurs de projets, en Algérie et en France. C’est une histoire dans la grande Histoire qui nous inscrit pleinement dans l’humanité, ses défis et ses douleurs, ses désirs aussi d’accéder à son histoire librement, sans les entraves des versions officielles et des coffres-forts du secret d’Etat.

	C’est ainsi qu’à l’occasion du 50e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, El Watan et le site d’information français OWNI se sont associés pour lancer, le 19 mars 2012, Mémoires d’Algérie*, le premier musée numérique sur la Guerre de Libération nationale.
	Après un an de collecte de témoignages, photos, pièces administratives… auprès de vous, lecteurs d’El Watan, nous avons pu réunir plusieurs centaines de documents inédits grâce à votre confiance. Car, face aux manipulations et aux occultations officielles, nos centaines de contributeurs des quatre coins d’Algérie, mais aussi de France, ont répondu à notre appel : «La guerre de Libération, c’est vous !»
	Une manière de détourner le slogan officiel «Un seul héros, le peuple !» et de le prendre au pied de la lettre.

	L’initiative d’El Watan Week-end a croisé un autre projet, celui de l’équipe d’OWNI, qui a, de son côté, compilé et numérisé des milliers de documents classifiés des archives françaises concernant la Guerre de Libération et qui seront mis en ligne à partir du 50e anniversaire des Accords d’Evian, dans un souci de casser les tabous et de briser le silence, côté français, autour de cette période charnière de l’histoire.
	Le projet prendra la forme d’un site internet qui sera enrichi en témoignages, photos, documents… jusqu’au 5 juillet, jour de l’Indépendance de l’Algérie, pour devenir, à partir de cette date, un véritable musée numérique dédié à la mémoire, mis à la disposition du public avec une liberté totale d’accéder aux documents, pour naviguer dans le temps, l’espace et les thématiques, mais aussi la possibilité de participer en commentant ou en soumettant d’autres archives.

	Notre démarche, grâce à la formidable plateforme imaginée par les ingénieurs data d’OWNI, permet une accumulation et une organisation inédite des données sur la Guerre de Libération. La direction éditoriale est assurée par les deux médias, en partenariat avec des historiens spécialistes de cette période.L’application vous permettra donc de vous emparer, de vous saisir de ce vécu commun, de l’histoire écrite par ceux qui l’ont vécue et non par les Etats, mais par des hommes des deux côtés de la Méditerranée. L’histoire écrite par vous.          
	
	
	* www.memoires-algerie.org ]]></description>
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           <title>Dessine-moi l’indépendance</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	«L’enfant en sécurité n’hésite pas à communiquer ses idées, ses sentiments sans retenue, sans timidité.» 
	C’est ainsi que Mohamed Bencharif, auteur du Livre de notre Vie, explique la sincérité, l’émotion, mais aussi la maturité qui se dégage des textes et des dessins produits pendant la guerre par ses élèves de l’école Freinet de Hussein Dey. Publié une première fois en 1967, le recueil est peu à peu oublié. Aujourd’hui, Mohamed Bencharif souhaite le faire rééditer, avec le soutien de l’Algérie, de l’Unesco et des éditions Dalimen. Il n’y a pas de système éducatif du tout. Plein d’enseignants ont passé toute leur carrière, à tous les niveaux, sans jamais lire une revue pédagogique ni assister à un colloque sur l’éducation. Après l’indépendance, j’étais à l’Institut pédagogique national (aujourd’hui Institut national de recherche en éducation, INRE).

	Nous accueillions des consultants internationaux, en particulier de la francophonie, et nous-mêmes, les Algériens, étions une référence en matière de pédagogie. Je me suis rendu à l’INRE en 2011 pour présenter le Livre de notre Vie. J’ai été reçu par le directeur adjoint. Il m’a expliqué qu’il ne pouvait prendre aucune décision, que son rôle était de chapeauter et de convoquer une commission chargée de valider les nouveaux contenus éducatifs. Or, la commission n’avait pas été réunie depuis deux ans, faute de budget. Ce manque d’investissement dans la pédagogie a encouragé la prolifération du «par cœur», une vraie plaie pour la jeunesse algérienne. On décourage la créativité de l’enfant alors que celui-ci a des capacités d’analyse, de critique et d’imagination souvent supérieures à l’adulte. Si j’étais ministre, j’obligerais tous les établissements à exposer les travaux des élèves. Il faut encourager les travaux manuels, le théâtre, etc. ]]></description>
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           <title>Constantine 1954-1962  : un enfant raconte la guerre</title>
           <author></author>
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           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	1953. Médersa Ettarbia wa Ettaâlim, Zenket Arbaine Chérif, 19h, cours d’éducation islamique. 
	«Bon, maintenant nous allons réviser certaines sourates du Coran. Un volontaire... Voyons, Badjadja passe au tableau.» «Oui, sidi.» Mais je ne suis pas du tout volontaire ! Je suis effrayé, notre maître a une sacrée réputation de terreur à la médersa. Un véritable volcan en éruption permanente ; il est le seul en mesure de calmer toute l’école si d’aventure nous prenait un vent de fronde. Il lui suffisait de frapper violemment du pied, et de hurler «la ferme tout le monde», pour que aussitôt un silence de mort fige sur place toute la médersa, aussi bien les élèves que les enseignants ! Et voilà que je suis convoqué au tableau... Dieu me protège !
	«Allez, récite-nous le Coran à partir de la sourate du prophète Nouh.» «…» Je n’arrive pas à ouvrir la bouche.
	«Alors, qu’est-ce que tu attends, Leïlet el Kadr ? Badjadja, j’attends les sourate, on ne va pas y passer la soirée...»

	Les cours commencent à 18h et s’achèvent à 20h ; dans la journée, nous sommes tenus par les lois coloniales de ne fréquenter que les écoles françaises.
	«Ah, je comprends, tu n’as pas révisé le Coran !»
	Si, j’ai bien révisé les sourates, mais je n’arrive pas à ouvrir la bouche…
	«Je parie que tu ne peux même pas réciter la Fatiha, la première sourate du Coran que l’on vous a enseignée en première année !»
	Comment ? Je l’ai apprise voilà trois ans, mais aucun son ne sort de ma bouche, je suis totalement paralysé face à cette boule de nerfs.
	«J’attends au moins la sourate El Fatiha...»
	«...» Rien ne se passe. Vlan ! Un violent coup de poing me propulse sous les tables du premier rang, où je heurte les jambes des filles qui les occupent... Je n’ai gardé aucune rancune pour ce maître. Cheikh Salah Boudraâ a rejoint les rangs de la Révolution dès le début ; il est tombé au champ d’honneur en 1961, aux côtés de Messaoud Boudjeriou.

	8 novembre 1954. Djebel El Ouahch, hauteurs de Constantine. Messaoud Boudjeriou conduit au maquis le premier groupe de huit maquisards de Constantine et les confie aux représentants de Zighout Youcef. Mon oncle Kamel Bentalha, 22 ans, a décidé de prendre le maquis avec sept autres militants, pour rejoindre une Révolution qui s’était déclenchée sans eux une semaine auparavant. Pourtant, ils avaient suivi, dans cette perspective, une préparation militaire dans l’Organisation spéciale (OS). Ils ne comprennent pas pourquoi leurs chefs ne les avaient pas informés ; plus tard, ils sauront qu’une divergence de leadership était à l’origine de l’absence de Constantine, le premier jour de la Révolution…

	Plusieurs mois à crapahuter dans les djebels en subissant les rigueurs de l’hiver, sans moyens et sans ressources. Mon oncle, cardiaque, est invité à retourner à Constantine pour «travailler» en ville… Etant déjà fiché comme suspect, mon oncle est arrêté, puis assigné à résidence. Il fait partie du premier groupe de déportés de Constantine, en avril 1955 ; ils sont d’abord dirigés sur le centre d’hébergement de Djorf, près de M’sila, un camp de toile qui sera rapidement dispersé par un vent de sable ; puis ils sont déportés à l’ouest, à Bossuet, au sud de Sidi Bel Abbès.

	Constantine, samedi 20 août 1955, midi. Je me trouve Zenkat Sidi Affane, à l’entrée du passage voûté qui débouche sur la place Kouchet Ezziat, du nom de la boulangerie qui s’y trouve. Tout à coup, la sirène se met à hurler. Les gens s’interrogent : «Que se passe-t-il ? Nous sommes samedi, ce n’est pas le jour habituel de la sirène ? La sirène n’est déclenchée que le dimanche à 12 heures précises !
	–Peut-être s’agit-il d’une maison qui s’est effondrée ?
	–Oui, mais dans ces cas-là la sirène siffle trois fois, or là, elle ne s’arrête pas...»
	Tout à coup, déferle du haut de la rue une foule agitée qui cherche à fuir un danger invisible : «C’est grave, c’est grave, rentrez chez vous... Des bombes et des coups de feu un peu partout...
	–Ils ont crié El Djihad fi Sabil Allah, du côté de Rahbat El Djamel...
	–Il y a des morts et des blessés, c’est très grave...»
	Je suis coincé à l’entrée du passage voûté, ma maison se trouve plus haut, mais je ne peux remonter la rue, je ne peux même pas arriver jusqu’à la mosquée Sidi Affane, qui ne se trouve pourtant qu’à quelques mètres ! J’ai peur d’être écrasé par la foule qui continue de descendre la rue en courant. Je n’ai pas d’autre choix que d’attendre le passage des gens qui fuient avant de rentrer chez moi. Je n’ai que dix ans et je viens de faire connaissance avec la révolution armée !

	Eté 1956. Je suis accoudé au Comptoir, où mes oncles fabriquent et vendent des glaces depuis les années 1946-1947.
	Tout à coup, une explosion. Un pneu éclaté ? A cette époque, tout le monde ne pensait qu’à une seule chose : une grenade ! Je ressens une vive brûlure à l’avant-bras, du sang, pas beaucoup, mais du sang quand même. Je m’enfuis immédiatement, ayant déjà compris à 11 ans que du sang sur quelqu’un à la suite d’un attentat fait de lui automatiquement le premier suspect. Pas question de soins au dispensaire ! Je rentre à la maison située Zenket Sidi Affane. Inutile d’alerter ma mère, la blessure est superficielle.

	1956.  Zenket Sidi Affane. Nous jouons devant notre maison, Dar El Kellal, lorsque nous voyons s’engouffrer dans notre rue un groupe de roumis ! Spectacle inhabituel. Un agent, roumi ou juif, pour relever les compteurs d’électricité, oui de temps en temps, mais pas tout un groupe, armé en plus. Un géant déboule devant moi, un pistolet à la main. Des policiers en uniforme accompagnent les civils. Un peu plus tard, nous les revoyons remonter la rue, les armes ne sont plus visibles. Ils tournent à gauche vers Bab El Djabia. Nous reprenons possession de notre quartier et, à notre tour, nous dévalons la rue en direction du local des Scouts musulmans algériens. Instinctivement, nous avions compris que les roumis en voulaient au local des SMA, situé sous le pont de Sidi Rached ; nous l’avons trouvé fermé, définitivement. Comme notre médersa. Plus d’activités scoutes, plus de rencontres avec de mystérieux visiteurs, des «invités» qui nous parlaient de l’Algérie, de son histoire, de la politique, avant de terminer leur visite en participant à nos jeux et nos chants.

	1956. A l’entrée de notre rue, près de la fontaine publique, des gens entourent un homme qui vient de tomber sous les balles tirées à bout portant par un inconnu. Je me faufile au premier rang. L’homme est mourant ; quelqu’un tente de lui faire prononcer la Chahada en lui tenant l’index droit pointé vers le ciel. C’est la première fois de ma vie que je vois quelqu’un mourir sous mes yeux, habituellement les enfants sont interdits d’accès dans la chambre d’un mourant. Difficile à oublier !

	Mai 1957. Souika, école Arago, classe de CM2. Notre instituteur, M. Naït, nous prépare chaque matin à l’examen d’admission en sixième des collèges : deux exercices de math, suivis d’une dictée. La classe, 31 élèves, travaille dur… lorsqu’une forte explosion secoue toute l’école. Notre maître se précipite aux nouvelles. Il s’agit d’une grenade lancée en plein milieu de la cour ! Heureusement, ce n’était pas la récréation de 10h ; par miracle, aucun enfant ne s’était rendu aux toilettes à cet instant fatidique. A la sortie de l’école, tous les parents étaient là à nous attendre. Plus question d’école pendant une semaine, puis reprise avec quelque inquiétude.

	Avril 1958, Clinique de phtisiologie Mimouni, faubourg Lamy, Constantine. La moitié de la famille est hospitalisée dans cette clinique pour problèmes de poumons, à commencer par ma mère. Mon frère cadet Abdelkader, ma petite sœur Mériem et moi-même avons été sommés de quitter l’école pour risque de méningite. C’est alors que nous parvient une mauvaise nouvelle : mon père a été arrêté par les parachutistes sur son lieu de travail, rue Nationale (Tarik Djadida pour les Constantinois). Tous ses collègues aussi, sauf le patron réfugié à Tunis. Ma petite sœur Aïcha, 5 ans, et notre bambino Abdelaziz, 3 ans, ont assisté à la scène sans rien comprendre. Mon père a juste eu le temps de les embrasser avant d’être saisi par le col et jeté dans un camion. Les enfants sont abandonnés sur le trottoir. Tous les employés, cinq ou six, sont conduits vers la sinistre cité Améziane, un centre de tri, ou plutôt de torture. Mon père sera menacé d’être dévoré par un chien-loup, une mitraillette pointée sur sa tempe…     

	Avril 1958. Centre de torture de la cité Améziane. Mon père subit la  question infligée par les paras, en attendant une éventuelle corvée de bois. Mon père est prêt à tout avouer, mais il n’a rien à dire en réalité. Il n’est ni membre du FLN, ni fidaï, ni moussebel, rien de rien. Il est tout juste le fondé de pouvoir de son patron, qui est aussi son ami d’enfance, Mohamed Damak, négociant en alimentation en gros, réfugié à Tunis depuis le déclenchement de la Révolution.
	« Alors, comme ça tu vires chaque mois de l’argent à Tunis qui va tout droit dans les caisses du FLN ?
	–Je ne fais qu’exécuter les ordres du patron, je ne suis que son fondé de pouvoir. J’arrête les comptes chaque mois et je lui vire l’argent dont il a besoin. Je ne suis pas responsable de ce qu’il en fait, répond mon père.
	–On va voir ça ! Tu as délégation de pouvoir pour signer les chèques aussi ?
	–Oui, bien sûr pour régler les fournisseurs...
	–Bon écoute, tu vois le chien-loup là, il ne demande qu’à te dévorer, et la mitraillette pointée sur ta tête sera déchargée après son repas !
	–Mais pourquoi vous me faites ça ? Je vous ai dit que j’ignore ce qu’il fait de son argent... se défend mon père.
	–T’occupe pas de ton patron maintenant, il est à l’aise à Tunis. Pense à toi d’abord. Tu as des enfants non ?
	–Oui, j’en ai six, et la moitié sont à la clinique avec leur mère...
	–Alors, si tu veux éviter le chien-loup, la mitraillette et retrouver ta famille, tu vas signer un chèque là...
	–Mais pour qui je dois signer un chèque ? Je n’ai pas le droit, ce n’est pas mon argent ! dit mon père.
	–Ne recommence pas ! Signe ce chèque au porteur, le reste ne te regarde pas !»

	Mon père finit par céder et signe le chèque au porteur. Il sera libéré quelques jours après, en même temps que les autres employés du magasin, sauf Salah Damak, le neveu du patron, qui disparaîtra définitivement, coupable à leurs yeux de téléphoner chaque semaine à son oncle pour l’informer des évènements à Constantine : «On a arrêté flen, on a tué felten...» Les communications internationales sont sous écoute ! Le chèque sera encaissé par x pour un montant de quatre millions de francs de l’époque. Une enquête fut déclenchée par la gendarmerie française suite à cette escroquerie, qui ne donne rien de toute façon, les loups ne se mangeant pas entre eux. Mais aucune enquête pour retrouver le neveu du patron ; il fera partie du million et demi de chouhada de la guerre 1954-1962.
	1960, Constantine, rue de France. Je déambule en compagnie de mon copain Moussa, tout à coup, une explosion. Les gens s’interrogent : «C’est une grenade à coup sûr !
	–Bien entendu, tu ne voudrais pas que ce soit un pneu de camion, non ?
	–Mais, c’est où ?
	–Probablement à Souk El Acer, en tout cas ça me semble venir de là...Tiens, voilà des gens qui viennent de cette direction, alors les gars c’est où ?
	–Souk El Acer, il y a des morts et des blessés, tous des Arabes...»

	Sans nous concerter, Moussa et moi prenons la direction de Souk El Acer. Au lieu de rentrer à la maison comme tout le monde dans ce genre de situation, nous nous lançons au devant des problèmes. Arrivés sur les lieux, nous nous mêlons à la foule affairée à s’occuper des corps étalés sur le sol. Des soldats arrivent, les bérets noirs de la «Centaine» stationnés place des Chameaux, au centre-ville.
	Les gens se plaignent : «La grenade a sûrement été lancée de l’une des fenêtres là, et il n’y a que les juifs qui habitent ce quartier... (depuis 1775, à l’époque de Salah Bey qui avait fait aménager le quartier Charaâ pour rassembler les juifs)
	–Comme par hasard, il n’y avait que des Arabes au marché, aucun juif, aucun Européen !
	–Vous inquiétez pas, on va s’en occuper, restez tranquilles...»

	En fait, les soldats étaient en train de s’occuper de nous. Mine de rien, ils quadrillaient la place et une fois le dispositif mis en place : «Allez, tout le monde se rassemble ici, mettez-vous en rang l’un derrière l’autre, les mains sur la tête, fissa, fissa (vite, vite).»
	Et nous nous retrouvons en plein milieu des problèmes que nous pouvions parfaitement éviter ! Dans la logique des soldats français, les musulmans sont toujours coupables, même si c’est eux les victimes ! La colonne est conduite sous bonne escorte vers la «Centaine» certainement. Nous traversons la rue de France, où nous nous trouvions libres quelques instants auparavant. Les gens nous regardent, certains avec compassion, d’autres indifférents, les rafles étant quotidiennes. Quelques-uns, franchement goguenards : «Qu’est-ce qui vous arrive les gars ?»

	A l’avant du cortège, un jeune homme proteste : «Mais enfin, qu’est ce qu’on a fait ? C’est nous les victimes, non ?
	–On verra tout à l’heure, avance !
	–Où allons-nous, ce n’est pas juste, les Arabes sont les victimes, les Arabes sont aussi les coupables ? insiste-t-il.
	–Avance, on te dit», commence à s’énerver l’un des soldats...
	Arrivée à la «Centaine», place des Chameaux, les bérets noirs nous disent : «Allez, tout le monde les mains contre le mur, regardez devant vous, fissa fissa... Hé toi le petit malin, viens là, on va t’apprendre à protester, tiens mon salaud, tiens !»
	Les soldats tombent à bras raccourcis sur le pauvre malheureux, qui hurle de douleur.
	«Ce n’est qu’un début mon salaud, on te réglera ton compte tout à l’heure ! Avance... Allez vous autres, entrez là-dedans, l’un derrière l’autre, descendez dans la cave.»
	Le jeune homme tabassé à mort prend une autre direction ; quant à nous, nous devons subir des coups de matraque sur la tête en guise de bienvenue avant d’accéder à la cave. Les gens commencent à s’interroger, d’autres à paniquer : «Qu’est-ce qu’ils vont nous faire ?
	–Nous sommes trop nombreux dans cette cave, nous allons manquer d’air !
	–Peut-être ont-ils l’intention de nous gazer ?
	–A coup sûr, ils vont au moins nous torturer !
	–Mais enfin, qu’est ce qu’on a fait, le jeune homme avait raison tout à l’heure, c’est nous les victimes, et c’est également nous les coupables !
	–Tu rêves ou quoi, c’est ça Qamir (la France coloniale) tu es toujours  perdant. Le pauvre malheureux, il ne s’en sortira pas...
	–Et nous, allons-nous nous en sortir ?
	–Allez, silence en bas ! Un premier groupe va monter, toi, toi, toi et les deux jeunots là, fissa, montez.»
	Encore une file, cette fois-ci devant un soldat aux lunettes qui tient un fichier.
	«Allez toi, ta carte d’identité, attends voir... Au suivant...»
	Vient notre tour, Moussa et moi avons décidé de rester ensemble quoiqu’il arrive.
	«Quel âge as-tu toi ?
	–Quinze ans... (maigre comme un clou, j’en paraissais moins)
	–Et toi ?
	–Quinze ans aussi... (Moussa triche un peu, en réalité il a 16 ans)
	–Ah bon, on arrête même les enfants maintenant ! Eh, ces deux-là vous allez me les faire sortir tout de suite, hein !»
	Nous nous retrouvons dehors, place Rahbat El Djemal. Une seule envie : rentrer immédiatement à la maison... pour cette fois-ci. D’autres imprudences seront commises plus tard, mais c’est la guerre, nous voulons y participer à notre façon...
	Dimanche 11 décembre 1960, 11h 45. Je viens de quitter la maison à Rahbat Souf et j’emprunte le passage voûté en direction de la placette de R’cif, sans but précis. J’ai en poche deux billets de cinéma, achetés la veille avec le pécule hebdomadaire que me verse un commerçant en guise de salaire pour des calculs comptables. Tout à coup, j’entends l’inévitable refrain «tatata... tata... tatata... tata...» venant cette fois de Tarik El Djadida. Quoi ? Mais non, ce n’est pas «Al...gé...rie fran...çaise» que j’entends, c’est deux fois trois coups, «tatata... tatata» ! Qu’est-ce que c’est que ce nouveau refrain ? Je tends l’oreille tout en changeant de direction, prenant un raccourci pour Tarik El Djadida. Ce n’est pas possible, je n’ose y croire !

	Je débouche sur cette longue artère commerçante qui coupe la vieille ville en deux parties. Les slogans proviennent du bas de la rue, près du pont Bab El Kantara. C’est bien «Al…gé...rie mu...sul...mane» que j’entends distinctement maintenant. C’est la première fois que j’entends un slogan hurlé non pas par les Européens, mais bien par des Arabes ! Un groupe de jeunes, à leur tête Kamel Idir ; il avait été détenu en 1958 à la sinistre cité Améziane en dépit de son jeune âge, en même temps que mon père qui était le plus vieux. Une jeune fille hurle à tue-tête au milieu des garçons. Sans hésiter un instant, je me mêle aux manifestants. Pour le cinéma, on verra après...

	Toute la ville est en ébullition, ce groupe de manifestants a traversé une partie de la cité : R’sif, Rahbat Essouf, rue de France, Souk El Acer, rue du 26e de Ligne. Après avoir débordé les CRS à La Casbah, nous continuons vers le pont de Sidi M’cid, l’hôpital, l’avenue Forcioli, Bab El Kantara, ensuite par camions aux immatriculations camouflées jusqu’à la cité des Mûriers, d’où il est impossible d’aller plus loin, des soldats en joue barrant le pont de Sidi Mabrouk.

	A 15h, je décide de quitter la manifestation pour traverser la voie ferrée et rejoindre le cinéma  Versailles où la séance a commencé depuis une heure. Un copain avait gardé ma place, surpris de me voir débarquer en retard ; je résume en quelques mots ce qui se passe dehors, quelques spectateurs écoutent avec attention, se détournant momentanément du film. A la sortie, mon copain donne son avis sur la manifestation : «Je veux bien avoir l’indépendance, mais assis dans un fauteuil !» Il sera plus tard chef de département à la présidence de la République durant le règne de Chadli Bendjedid !

	Constantine, 1961. Je suis au milieu d’un cortège qui se dirige vers le cimetière central. Manifestation pacifique s’il en est, en cette période. Mais nous sommes obligés de passer par le quartier de la Pyramide, surnommé ainsi en souvenir d’une pyramide érigée à la mémoire du maréchal Comte de Damrémont, commandant de l’armée coloniale tombé sur place lors du deuxième siège de Constantine, le 12 octobre 1837.

	Tout à coup, des balles sont tirées en direction de la tête du cortège. Certainement des tueurs de l’OAS ! La foule reflue vers Bab El Oued, du côté de la poste centrale, où elle est accueillie par des soldats français qui brandissent des matraques ! Il faut choisir entre les balles de l’OAS et les coups de matraques servis à tour de bras... Au milieu, une station de taxis dont les chauffeurs sont tous musulmans. Plusieurs manifestants essaient de s’engouffrer dans les taxis. Certains chauffeurs font le plein et démarrent aussitôt. Nous sommes deux ou trois à tenter d’ouvrir les portières d’un taxi, mais rien à faire, le chauffeur a verrouillé son véhicule avant de quitter la station en trombe. La solidarité, ce sera pour une autre fois.

	Tiens, une possibilité de fuite du côté du jardin El Mourkantia (les riches, c’est-à-dire les Européens). Nous dévalons l’escalier qui surplombe la caserne des pompiers pour nous réfugier dans notre chère Souika, la vieille ville.
	Constantine 1961. Tous les lycéens musulmans de la ville se sont donné rendez-vous devant le lycée technique, à Bab El Kantara.
	«Les internes en classe... les internes en classe... les internes en classe…»
	«Que se passe-t-il mes enfants, pourquoi cette manifestation ?
	–Cinq camarades, internes au lycée technique, ont été renvoyés de l’établissement, nous demandons leur réintégration...
	–Qu’est-ce qu’ils ont fait pour être renvoyés ?
	–L’administration prétend qu’ils avaient des canifs dans leur cartable, c’est faux, il s’agit seulement d’un prétexte.»
	«En classe... les internes... en classe... les internes... en classe... les internes…»
	–Allez les gars, nous sommes suffisamment nombreux maintenant, direction le siège de l’Académie au Coudiat...
	–On va passer par Tarik Djadida, c’est le chemin le plus court !»
	«En classe les internes... en classe les internes... en classe les internes…»
	On ne peut pas passer par Tarik Djadida, la police nous barre la route, nous allons du côté du pont de Sidi Rached.
	«En classe les internes... en classe les internes... en classe les internes…»«Attendez les gars, cette fois-ci c’est l’armée qui occupe le pont, faites attention, ils nous tiennent en joue...»

	Nous nous engageons sur le pont, puis nous nous arrêtons. Un premier rang de soldats, genou à terre, nous vise ostensiblement ; un deuxième rang se tient debout dans une même position menaçante. Nous voulons revenir en arrière, mais nous nous retrouvons face à des chars de l’armée française, sortis d’on ne sait où. Ils ont pris position derrière nous et pointent déjà leurs canons ! D’autres soldats apparaissent sur le flanc des tanks. Nous sommes coincés entre deux feux !  Les plus âgés d’entre nous, des élèves de terminale, quittent les rangs et tentent de négocier le passage en faisant valoir qu’il s’agit d’une manifestation pacifique qui n’a rien à voir avec la politique. On leur répond : «Rien à faire, vous troublez l’ordre public, il faut disperser la manifestation dans le calme.»

	«Bon les gars, il vaut mieux nous disperser maintenant par petits groupes. Les uns vont se diriger calmement sans manifester du côté de Tarik Djadida, d’autres passeront par la passerelle de l’ascenseur, les derniers pourront passer par le pont de Sidi Rached, mais un par un... Rendez-vous tous à Coudiat, c’est là que nous poursuivrons notre manifestation !»
	Nous nous dispersons dans le calme, puis nous nous dirigeons vers Coudiat où la manifestation reprend de plus belle devant l’Académie.
	Les motards du commissariat central entrent en action. Ils nous poursuivent avec leurs motos jusque sur les trottoirs ! Gare aux coups de pied lancés à toute vitesse. Rachid se fait avoir, un beau coup de pied sur les fesses. Tout le monde en rit, sauf les motards...
	De retour à la maison, je suis brutalement pris à partie par mon oncle Kamel : «Qui vous a dit de manifester ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
	–C’était pour demander la réintégration de nos camarades renvoyés du lycée technique...
	–Je n’en ai rien à f... El Djemaâ (les responsables du FLN) ne sont pas du tout contents de cette manifestation que personne n’avait ordonnée. Des centaines d’enfants au milieu du pont de Sidi Rached, des fusils devant vous et des chars derrière vous ! Tu te rends compte ? Ils auraient fait de vous une boucherie !»

	Effectivement, ce jour-là, Constantine a échappé de peu à un massacre de lycéens...
	Constantine, 5 juillet 1962, fête de l’Indépendance. Des chants et des danses partout, de nombreux drapeaux accrochés sur tous les édifices et toutes les maisons... Qu’il est beau notre drapeau national : vert et blanc frappé d’un croissant et d’une étoile de couleur rouge ! Et en avant la musique, il y en a pour tous les goûts, zendali malouf comme il se doit à Constantine, mais aussi chaâbi algérois et même... rock avec Bill Halley et Elvis Presley, twist avec Johnny Hallyday et Richard Antony ! Je fais partie des danseurs de twist...
	«Eh toi le danseur de twist, viens avec moi !»
	Qu’est-ce qu’il me veut celui-là, qui joue au «nidham» (service d’ordre) ? Je le suis, les copains sont derrière, prêts à parer à toute éventualité, c’est la fête de l’Indépendance, on a bien le droit de danser non ?
	«Mademoiselle, vous là, qui dansez le twist, venez par ici !»
	Les gens se demandent ce qui se passe.

	« Bon, arrêtez-moi toutes ces musiques. Faites un grand cercle. La sono, mettez-nous un twist endiablé... Allez jeune homme et vous mademoiselle, vous allez danser ensemble ! Vous êtes les meilleurs sur la place, montrez-nous ce que vous savez faire...»
	Ah, concours de twist, je veux bien, avec une demoiselle pour la première fois, réquisitionnée par le FLN en plus ! Et en avant twist again yéyé... Toute la foule est emballée et se déhanche sur place. La danse terminée, je commente l’évènement avec les copains lorsqu’un autre «nidham» nous interpelle : «Vous êtes des étudiants ?
	–Non, des lycéens, nous venons tout juste de décrocher le BEPC.
	–Kif-kif ! Voilà vous allez vous rassembler à Djenane Zaoualia (le jardin des pauvres, c’est-à-dire les musulmans). Faites passer le mot d’ordre à tous ceux que vous connaissez, nous avons besoin de tous les étudiants et les lycéens. Je vous retrouve tout à l’heure.»
	Nous sommes plusieurs dizaines de lycéens et étudiants à attendre au niveau du square. Le «nidham» arrive : «Voilà jeunes hommes, jeunes filles, vous allez vous mettre en rang pour une nouvelle manifestation. Vous prendrez la direction des quartiers européens en commençant par Saint Jean et la rue Pinget.»
	Quoi ? Pourquoi passer par les quartiers européens en manifestant ? Nous sommes indépendants maintenant, le temps des manifestations anticoloniales est bien terminé, alors à quoi ça rime ?
	«Vous allez scander les mots d’ordres suivants, et rien d’autre, compris ! Allez-y...»

	Le cortège s’ébranle en silence d’abord. Nous traversons la première partie du boulevard Saint Jean, sous le regard interrogatif d’une foule de musulmans qui se demande où va ce cortège silencieux... Arrivés à la hauteur de la rue Pinget, nous quittons le boulevard pour nous engouffrer dans la rue où n’habitent que des familles européennes qui n’ont pas encore quitté l’Algérie.
	«Etudiants avec nous... Etudiants avec nous... Etudiants avec nous...» Le message est reçu cinq sur cinq par les familles européennes. Tout le monde se précipite aux balcons. Nous invitons les lycéens et les étudiants français à se joindre à nous pour partager la fête. Le FLN visait en quelque sorte à rassurer ces familles, qui nous applaudissent au passage. Aucun étudiant français ne se joint à nous, mais le message a été transmis et bien accueilli... Ce qui encouragera certains à finir par sortir, ne serait-ce que par curiosité, aucune menace ne planant sur eux.

	Le lendemain, 6 juillet 1962. Cette fois-ci, je fais partie du «nidham» (service d’ordre) placé à l’entrée du cinéma Cirta, en même temps que Rachid, celui-là même qui s’était fait botter les fesses par un motard ! Aujourd’hui Rachid est à son avantage, il arbore une belle tenue scoute : short noir, chemise bleue, foulard et écusson, chapeau de brousse.
	Tiens ! Qui approche en compagnie de son épouse ? Notre professeur de sciences naturelles, M. Muscat. Tout à fait à l’aise, il nous aborde, visiblement heureux de retrouver ses élèves. M. et Mme Muscat sont impressionnés par la belle tenue de Rachid, il n’y en a que pour lui. Je suis quelque peu jaloux... Nous les invitons à entrer dans la salle pour assister à l’un des nombreux spectacles qui sont organisés pour célébrer l’Indépendance. Nous nous assurons qu’ils sont bien installés ; ils ne risquent rien, sinon de devoir se mettre debout au moment où retentira l’hymne national, Kassaman, qui marque le début et la fin de chaque spectacle.
	 Le surlendemain, 7 juillet 1962. Je rentre chez moi, Rahbat Souf. Encore le couple Muscat ! Décidément, ils ne veulent rien rater. Cette fois-ci, ils sont en plein quartier musulman, devant la vitrine d’un bijoutier...
	  ]]></description>
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	Le 3e régiment de parachutistes coloniaux sur sa base de Sidi Ferruch
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           <title>Ma grand-mère a eu raison des militaires français</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Ma grand-mère maternelle s’appelait Hamidi M’barka bent Cheikh. Elle a eu une seule fille, ma mère, dont elle était peu fière d’ailleurs à cause de leur caractère opposé. 
	Autant ma mère était douce et calme autant ma grand-mère était dure et entreprenante. Dans la famille, on la qualifiait d’homme. Elle a été mariée durant une bonne période à mon grand-père paternel. Elle a dû être pour beaucoup dans la décision de marier mon père avec sa fille (ma mère) qui était veuve et mère de quatre enfants, alors que mon père était jeune homme et encore jamais marié. Elle nous (ses dix petits enfants) a tous élevés et chéris. Son préféré était mon frère Cheikh chez qui elle a passé les dernières années de sa vie. C’était une femme de petite taille, claire de peau, avec plein de tatouages sur le visage, les bras et les jambes.

	Elle était très forte dans le tissage de la laine. Elle excellait en particulier dans la conception et la direction des dessins compliqués des tapis de la région d’El Bayadh (dessins de couleur rouge et noire séparés par des points repères blancs : erragm). Ses qualités principales étaient le courage, la bravoure et un franc-parler (elle possédait le tac au tac) qui en faisait un personnage redoutable. Elle était très écoutée dans la famille et ses conseils recherchés et suivis. Elle a réalisé de très beaux tapis en couleur sans utiliser de teinture.

	Coups de poing

	Les couleurs étaient choisies dans la laine elle-même (noire, marron, grise). Elle excellait dans la confection (à même le sol et non sur métier à tisser) des bandes en laine et poil de chèvre qu’on utilisait pour fabriquer les tentes. De même, les burnous et djellaba n’avaient aucun secret pour elle. Durant les années de disette (les années 1940), elle confectionnait aussi du tissu en laine pour confectionner des pantalons et des vestes. Avant d’habiter la ville, elle fabriquait des ustensiles de cuisine avec de la terre glaise. Pendant la Révolution, elle amenait aux prisonniers, à Kenadza des vivres, des vêtements, du courrier… Devant l’intransigeance des gardiens (les militaires français) pour l’empêcher d’entrer, elle les bravait en criant (en arabe bien sûr, elle ne connaissait pas un mot de français) et en leur donnant des coups de poing. Ils ont fini par la prendre pour une folle et la laissaient entrer quand elle voulait…
	  ]]></description>
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	Un groupe de femmes au passage du défilé militaire , le 1- novembre 1962.
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           <title>Baya, Zohra, Fatma et les autres...</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	La Révolution algérienne de Novembre 1954 souleva tout un peuple valeureux et digne. Et ce, dans toutes ses composantes. 
	Hormis les renégats qui avaient renié leur patrie par trahison, par intérêt ou par dépit, les autres, tous les autres s’étaient pleinement engagés dans la lutte pour la liberté, chacun selon l’âge, la force et les moyens. Dans cet affrontement sans merci, la femme occupa une place importante et mena sa Révolution avec un esprit de sacrifice sans égal. Et au même titre que les hommes, elles furent de farouches partisanes. Guemat Baya, Lagha Zohra et Tahir Fatma, parmi bien d’autres, étaient de celles-là… Nous sommes en 1959. C’est un après-midi ensoleillé du mois d’août. L’opération Jumelle (opération de ratissage à grande échelle dont le but était la liquidation de la Révolution dans les wilayas I, II et IV) est lancée depuis quelques semaines déjà. Et ce jour-là, depuis plusieurs heures, un grand accrochage entre l’armée française et l’ALN fait rage dans la montagne d’Aït Aïssa.

	Dans le feu de l’action, un combattant, Salah n’Tkitount, est touché. Il a reçu une balle dans la cuisse gauche. Le sang commence à couler abondamment et une vive douleur fait grimacer le blessé. Au prix d’un effort intolérable, il réussit à se traîner en clopinant jusqu’au refuge des Aït Aïdali, tandis que les bombardements et les crépitements de mitraillettes emplissent l’espace alentour. A bout de forces, le moudjahid est sur le point de tomber et de perdre connaissance. Soudain, sorties de nulle part, trois femmes accourent vers le blessé. Hâtivement, deux d’entre elles le soutiennent par les aisselles. La troisième saisit le fusil, un mass 36, et défait la cartouchière. Entre deux souffles courts, la plus âgée rassure l’homme : «Courage, courage ! Nous allons te conduire en lieu sûr pour te faire soigner.»

	Piment rouge

	Les gestes rapides des trois femmes sont volontaires et parfaitement coordonnés, comme si elles répétaient cette action pour la énième fois. Dans leurs têtes, elles revoient l’itinéraire détourné, plusieurs fois emprunté, menant vers Achrit massif montagneux assurant une complète sécurité. Pendant que deux des femmes remplissent la fonction de béquilles en aidant le blessé à marcher sur une seule jambe, l’autre part en éclaireur en devançant le petit groupe de quelques dizaines de mètres. Ils marchent dans les fourrés de broussailles depuis plusieurs minutes quand, aux environs du lieudit Tagoussimte, la femme de reconnaissance revient précipitamment sur ses pas pour alerter ses camarades.

	Une patrouille de soldats est dans les parages immédiats ! Avec une extraordinaire rapidité, insoupçonnable chez des êtres du sexe faible, les trois femmes s’affairent comme un seul homme. Un tas de bois coupé et rangé là par un bûcheron, dans l’attente d’être transporté dans un autre lieu, offre une cachette idéale pour le blessé. Quant à l’arme et à la cartouchière, elles sont enterrées en quelques secondes à quatre ou cinq mètres plus loin. En petites foulées, une des femmes fait le tour du périmètre en saupoudrant le sol avec du tabac à priser et du piment rouge en poudre, celui à saveur très forte qui brûle la bouche. Ce condiment a été préalablement mélangé à de la cendre grise pour ternir sa couleur écarlate qui pourrait éveiller l’attention des soldats. Ces substances pulvérisées que les partisanes avaient toujours sur elles sont destinées à annihiler le flair des chiens de piste.

	Le détachement passe à une faible distance de la cachette sans soupçonner outre mesure la présence des résistants qui retiennent leur souffle. Dix minutes plus tard, l’arme et les munitions récupérées, Salah n’Tkitount et les trois femmes reprennent le chemin caillouteux qui les conduit à une sorte de casemate où les premiers soins sont prodigués au blessé. A l’heure du crépuscule, des combattants transportent le blessé à dos de mulet vers les profondeurs du maquis, dans ce lieu inaccessible appelé Achrit. Fin de mission pour les trois valeureuses femmes.

	Par leur bravoure et leur détermination, combien ces partisanes ont-elles sauvé de vies ? Ces vies précieuses qui continueront, comme celle de Salah n’Tkitount, à intensifier la lutte pour l’indépendance. Sans ces créatures humaines, ces mères, épouses, sœurs, filles, ces femmes simples et admirables, pétries par le limon de la patrie, la Révolution pourrait-elle triompher ? Assurément non.  Mais la Révolution a triomphé ! Un peu, beaucoup grâce à elles.
	  ]]></description>
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	Section féminine de l’ALN.
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           <title>La place Tahrir me rappelle le Palais des sports</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Je suis né en 1936 à Boghni. Un matin, à Bouira où je travaillais comme forgeron, on a vu des soldats noirs, des Sénégalais, débarquer dans le village. On a compris que quelque chose se passait. 
	C’était le début de la guerre. Peu de temps après, le 19 mars 1955, je suis parti en France pour travailler. J’avais 19 ans. Je me suis installé à Boulogne Billancourt. On vivait dans des cafés dont les propriétaires étaient Algériens. Les forces de l’ordre françaises avaient l’habitude de contraindre les Algériens à se déplacer pour éviter que des cercles de connaissances ne se créent. Mais malgré tout, on se connaissait tous. En 1957, je deviens chef de groupe, puis chef de cellule, pour le FLN. Je suis chargé de recruter ceux qui vont relever les cotisations auprès des Algériens. En parallèle, je travaillais chez Air Liquide. C’est à ce moment-là que le FLN à lancé la grève des huit jours. Nous ne savions pas qui avait lancé la grève  ni pourquoi, mais nous n’avons pas posé de question. Nous étions obligé de suivre le mot d’ordre, au risque de nous faire tabasser.

	En 1959, à Paris, les membres du FLN sont en guerre avec les messalistes. C’était une période difficile, nous avions peur des problèmes tout le temps, de jour comme de nuit.  Mal logés, entassés dans les cafés, nous n’étions jamais très joyeux. Et il y avait toujours des problèmes, nous n’étions jamais tranquilles. A l’époque, les informations sur ce qui se passait au pays nous parvenaient au compte-gouttes grâce à la radio ou aux amis qui arrivaient à Paris. Car en ce temps-là, l’Algérie c’était la France, on pouvait circuler entre les deux pays comme on voulait. J’ai reçu quelques lettres de ma mère et de mes deux sœurs, restées en Algérie à Boghni. Les journaux, eux, étaient globalement anti-algériens : quand il y avait 10 morts, ils en annonçaient 20. C’était pour nous démoraliser.

	Coups de crosse

	Mais les Français étaient solidaires avec nous. Beaucoup de gens ont soutenu le FLN. Nous n’aurions jamais tenu aussi longtemps dans la clandestinité sans cela. Certains nous prévenait des patrouilles, des descentes de police. Certains policiers fermaient les yeux, parce qu’ils savaient ce qui nous attendait.
	Durant toute la guerre, j’ai été arrêté deux fois. La première fois, j’ai passé 18 jours en prison. La deuxième, c’était le fameux 17 octobre 1961. J’étais monté dans le bus pour aller jusque dans le centre de Paris, avenue de Wagram. Et c’est là que la police française m’a arrêté. J’ai reçu des coups de crosse. J’ai encore des trous dans la tête aujourd’hui. Les policiers nous ont tabassés puis nous ont transféré au Palais des sports. On est restés là pendant 5 jours. Impossible de savoir s’il faisait jour ou nuit. Il y avait beaucoup de monde.

	Lorsque je vois la place Tahrir à la télévision, aujourd’hui, ça me rappelle le Palais des sports. Un jour, il y eut des disparitions. Un policier nous avait prévenu qu’à partir de minuit, il ne fallait pas répondre si on entendait notre nom. Nous avons déchiré nos papiers d’identité et nos photos pour qu’ils ne puissent pas nous reconnaître. Alors, ils ont fait autrement : ils nous ont annoncé qu’ils allaient nous libérer. Ils nous ont demandé de nous présenter à des bureaux en fonction de notre nom de famille. Quand j’ai donné mon nom, ils m’ont mis dans un car pour m’emmener jusqu’à Vincennes. J’y suis resté pendant sept jours. Au début, nous dormions debout tellement nous étions serrés. Certains sont allés directement en prison. Moi j’ai été transféré en Algérie, le 17 novembre 1961. Là, j’ai été emprisonné à nouveau. A Alger d’abord, puis dans d’autres villes. Finalement, j’ai été libéré le 16 mars 1962.
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	Note de renseignement alertant sur la manifestation du 17 octobre 1961.
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           <title>Apprendre à se défendre dans les rangs de l’ennemi</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Le bureau régional de Tizi Ouzou de l’Association des moudjahidine de la Fédération  FLN en France (1954-62) a organisé, à la maison de la culture Mouloud Mammeri, une cérémonie de remise de médailles de mérite et d’attestations de reconnaissance à des dizaines de moudjahidine et militants de la Fédération de France du FLN, à l’occasion de la commémoration du 49e anniversaire des manifestations, le 17 octobre 1961, de milliers d’Algériens à l’appel de cette organisation. 
	Des centaines de manifestants furent alors massacrés et d’autres arrêtés par la police de Maurice Papon. Après avoir écouté l’hymne national, la cérémonie a été ouverte par le président du bureau régional de l’Association des moudjahidine de France, qui a remercié l’assistance, dans une salle archicomble d’anciens maquisards venus des quatre coins de la wilaya. La parole a été donnée à Ouali Aït Ahmed, ancien officier de l’ALN et membre du bureau de Tizi Ouzou de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM). M. Ouali a dit, «pour ne jamais oublier», que la prise de conscience quant à la nécessité de se débarrasser du joug colonial français est venue surtout de l’émigration en France, ces «mon z’ami» comme la police de Papon appelait alors les Algériens militants en raison de leurs défauts de prononciation du français des termes «mon ami» et «mes amis» (confusion involontaire).

	«Il ne faut pas oublier que de cette émigration, qui a appris comment se défendre dans les rangs mêmes des syndicats de l’ennemi en France, est venue la prise de conscience dans le militantisme, avant de donner naissance en 1926, sur le sol français, à la fameuse Etoile nord-africaine (ENA)», ajoute M. Aït Ahmed Ouali, en remontant encore un peu plus dans l’histoire pour apprendre à la nombreuse assistance, composée de beaucoup de jeunes et surtout de vieux maquisards, qu’il y a eu, depuis 1830, quelque 105 insurrections un peu partout dans le pays, avant que la meilleure ne se déclenche dans l’union, le 1er Novembre 1954.

	Second front

	Parlant toujours des militants de l’émigration, M. Ouali a rappelé qu’«il ne faut jamais oublier que les messalistes avaient fait beaucoup de mal en aidant, par délation, la police de Papon sur les activités des militants du FLN». «La plupart des massacres et assauts lancés par Papon dans des cafés fréquentés par des Algériens étaient précédés par le passage de groupes de repérage de messalistes», ajoute-t-il, rappelant que derrière les massacres de Papon, il y a toujours le principal instigateur, le général de Gaulle. Pour sa part, un autre responsable, ancien militant de la Fédération FLN, a rappelé que lors des quadrillages militaires, en 1957, sur la population en Algérie, un second front a été ouvert en France par l’émigration, qui décida de suivre simultanément, elle aussi, la grève des huit jours de janvier 1957.

	Lorsque de Gaulle consacrait un milliard de nouveaux francs pour financer quotidiennement les frais de la guerre en Algérie et des 80 000 soldats qu’il y envoya, les militants de la fédération du FLN ramassaient et transféraient 1,2 milliard de nouveaux francs. C’est dire le rôle primordial des militants de l’émigration, autrement dit de la 7e Wilaya, dans la réussite de la lutte armée de Libération nationale. Au terme de ces courtes interventions, il a été procédé à la remise de dizaines de médailles de mérite et d’attestations de reconnaissance à ces anciennes et anciens militants, maquisards de l’émigration. Mme Zohra Hamoudi, l’une des militantes de la Fédération FLN, a été la première à recevoir des mains du président de l’APW son cadeau de reconnaissance, suivie de l’ensemble des autres anciens. L’assistance a été conviée ensuite à goûter à une modeste mais conviviale collation organisée en l’honneur de tous les libérateurs de la patrie et à la gloire de ses martyrs.
	  ]]></description>
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           <title>Le cessez-le-feu, jour de victoire</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Une période dite transitoire, prévue par les Accords d’Evian, s’étalait du 19 mars 1962, date de la proclamation officielle du cessez-le-feu, au 3 juillet 1962, date de la proclamation officielle des résultats du référendum, au cours duquel 99% des Algériens s’étaient prononcés pour l’indépendance. 
	De mon point de vue, ce référendum était voulu par le gouvernement français pour prouver à son peuple ainsi qu’à ses alliés qui l’avaient aidé militairement, que l’Algérie avait recouvré son indépendance grâce à la consultation du peuple. Car une superpuissance comme la France, aidée de surcroît par les forces alliées de l’OTAN, ne pouvait pas se déclarer vaincue par la force des armes d’un peuple asservi durant 132 ans. Pour gérer cette période, il fut désigné un exécutif provisoire,  composé de trois personnalités neutres du côté algérien, trois autres personnalités neutres du côté français, cinq membres du FLN ; cet exécutif était présidé par Abderahmane Farès et installé à Rocher Noir (aujourd’hui Boumerdès) au mois d’avril 1962, avec  pour mission essentielle d’assurer la continuité de l’administration, le maintien de l’ordre et la préparation matérielle du référendum.

	Cette institution ayant, entre autres missions, le maintien de l’ordre, elle disposait d’une entité militaire appelée «force locale» composée de goumiers et d’éléments du contingent d’Algériens appelés sous les drapeaux français. Elle devait exercer ses missions en relation avec ce qui restait de la police locale et l’appui de l’armée française. En réalité, l’ordre n’était pas maintenu, notamment dans les villes. L’OAS continuait de frapper. Cette organisation terroriste constituée de pieds-noirs et de déserteurs de l’armée française appliquait la politique de la terre brûlée. Elle assassinait des personnalités et détruisait immeubles, magasins, café et édifices publics au moyen de bombes au plastic à retardement. Même les places publiques n’étaient pas épargnées.

	Toutes ces actions destructrices se passaient sous l’œil bienveillant de l’armée française. La communauté européenne s’affolait et prenait ses valises pour se rapatrier outre-mer, en abandonnant tous ses biens. Ces biens constituaient le socle de l’économie du pays : les meilleures terres agricoles, des unités industrielles, des commerces et autres édifices immobiliers, qui ont été déclarés par la suite biens vacants par les autorités algériennes.

	Paralysie totale

	Par ailleurs, les fonctionnaires de l’administration et des établissements publics, qui représentaient la majorité de leur effectif, fuyaient eux aussi leur postes pour se rendre en France. A l’entreprise de destruction des biens par l’OAS s’ajoutait le vide laissé dans l’administration. Dans le pays, il ne restait que ruine et désolation. C’était la paralysie totale. Devant tous ces faits abominables, l’exécutif provisoire avait affiché son impuissance. Des opportunistes avaient profité de cette situation d’anarchie pour s’accaparer de biens abandonnés par les Européens. Certains d’entre eux avaient passés des contrats notariés pour consacrer leur acquisition, de ces biens au mépris des directives données par l’ALN/FLN interdisant toute transaction.

	Le prix payé à l’Européen était dérisoire par rapport à la valeur réelle du bien. Etant résolus à partir, ils étaient bradaient leurs biens à n’importe quel prix.Dans le même temps, des divergences au sommet entre le FLN/ALN et le GPRA étaient visibles. Les Accords d’Evian ont rencontré beaucoup de difficultés dans leur application tant du côté ami que du côté ennemi. En ce qui concerne les aspects purement militaires, il était stipulé que ces derniers, de quelque camp qu’ils soient, devaient se fixer là ou ils se trouvaient à la date du cessez-le-feu soit au 19 mars 1962 à minuit. Il nous a été signalé, çà et là, quelques bavures de moindre importance, tant du côté de l’armée française que de notre côté. On a enregistré également quelques dérapages dans des villages qui s’étaient soldés par le lynchage de harkis reconnus coupables d’assassinat de citoyens pendant la guerre.

	Devant cette situation dramatique et dans le souci du maintien de l’ordre ô combien fragile, nous avons dû intervenir pour arrêter l’effusion de sang qui coulait depuis plusieurs années déjà. Le commandement de la Wilaya III étant informé, ordre nous a été donné d’arrêter tous les harkis, pour préserver leur vie d’une part, et de les faire juger par l’Etat algérien d’autre part. Cette délicate opération ne s’était pas déroulée sans difficultés. Au moment de leur arrestation, certains harkis, pris de panique, tiraient avec une arme à feu sur les djounoud venus pourtant les sauver de la vengeance de leurs concitoyens. Un incident de ce type s’était produit malheureusement au village d’Aït Lahcen (Ath Yenni) qui a coûté la vie au jeune Mokrane, notre secrétaire de région.

	Lynchage de harkis

	Au fur et à mesure de leur arrestation, les harkis étaient rassemblés au Camp du Maréchal (Tadmaït actuellement), pour être transférés ensuite vers la prison d’El Harrach dans l’attente de leur jugement. La transition au Camp du Maréchal ne s’était pas passée comme nous le souhaitions. A l’insu des responsables du camp – j’étais l’un d’eux –certaines de leurs victimes ont pu accéder à l’intérieur pour se venger. Ces forfaits étaient rendus possibles par la complicité de certains gardiens. Quand nous nous sommes rendu compte de ces actes, nous avons précipités leur transfert vers la prison d’El Harrach. Au lendemain du cesser le feu, les populations civiles réfugiées en sol tunisien sont rentrées au pays.

	Profitant de cette occasion, un certain nombre de djounoud de la Wilaya III, déguisés en civils, se sont infiltrés pour rejoindre la Kabylie. Tous les prisonniers furent libérés en vagues successives, sur plusieurs semaines. Parmi eux, des djounoud faits prisonniers au combat ont rejoint nos unités, qui venaient d’ailleurs d’être restructurées. Au fur et à mesure que les soldats français quittaient les villages, les populations défonçaient d’abord les barbelés qui les encerclaient puis, se sentant libres, sortaient en foule à travers les champs qui étaient, la veille encore, des zones interdites. C’était le déchaînement. Depuis plusieurs jours, la Kabylie était en fête. Les populations enthousiasmées accueillaient les moudjahidine en héros.

	Plusieurs jeunes étaient venus nous demander avec insistance leur recrutement au sein de nos unités. Nous avons choisis parmi eu, des éléments proches des moudjahidine qui ont été intégrés dans nos unités. Ils ont rempli honorablement leur tâche. Pendant ce temps, des opportunistes de tous bords cherchaient à approcher des responsables dans le but de prendre des postes au sein de l’administration ou bénéficier d’un intérêt économique quelconque. D’autres se ruaient sur les biens mobiliers et immobiliers abandonnés par les Européens.

	Zones interdites

	Ils s’en sont accaparé, durablement d’ailleurs. Certains allaient jusqu’à se faire délivrer des actes pour justifier la soi-disant transaction. Tandis que la majorité des Algériens, qui n’avaient d’ambition que l’indépendance du pays, criaient haut et fort «Vive l’Algérie».
	A la même époque, on racontait une anecdote : des voleurs se mêlaient aux foules enthousiastes pour les alléger de leurs portefeuilles, puis criaient le mot «Qassamen» pour se partager le butin. Ce refrain de l’hymne national était répété à longueur de journée par toute la population. Toutes les troupes des postes avancés de l’armée française durent rejoindre leurs garnisons implantées dans les villes. Les unités reconstituées de l’ALN prenaient leur place. Les quelques djounoud venus des frontières étaient, quant à eux, intégrés dans nos unités pour être ensuite affectés dans des centres d’instruction. Tel fut le cas du jeune Bay Saïd, promu au grade d’aspirant et affecté au centre d’instruction de Tadmaït en qualité d’instructeur. Sa dernière affectation que je connais était chef de la 1re Région militaire avec le grade de général.

	Référendum

	Les officiers, membres du comité de notre région, avons été désignés chacun dans un secteur, avec pour principales missions de veiller au respect du cessez-le-feu, au maintien de l’ordre, à la discipline et, de manière générale, pour encadrer les populations qui déferlaient de partout pour manifester leur joie afin d’éviter tout dépassement. Notre PC fut installé au village de Taourirt Mokrane (Ath Yenni). Une autre mission et pas des moindres nous avait été confiée : assister les émissaires de Rocher Noir venus faire campagne pour le référendum d’autodétermination. Dans ce cadre, nous avions reçus maître Djender, avocat, avec qui nous avons fais la tournée des villes et villages. Lors des rassemblements des populations, je prenais la parole moi-même, d’abord, pour présenter l’émissaire de l’exécutif provisoire.

	Une fois la campagne terminée et le référendum passé, M. Djender avait eu droit à une prime de campagne, selon nos informations, d’un million de francs ! Tandis que mes compagnons d’armes et moi-même, percevions toujours la solde de 5 francs par mois... En réalité, la campagne électorale avait été faite par les moudjahidine, les seuls en lesquels les populations avaient confiance ; cela a été constaté à l’occasion des  rassemblements populaires. De l’autre côté des frontières, des divergences idéologiques entre les responsables politiques du FLN, le GPRA et l’état-major de l’Est (l’armée des frontières) éclataient au grand jour, non sans se répercuter sur l’intérieur. Après l’échec du Congrès de Tripoli, ils entamèrent une course effrénée pour la prise du pouvoir. On entendait parler du groupe de Tlemcen dont le chef de file était Ahmed Ben Bella, du groupe de Tizi Ouzou, à sa tête Krim Belkacem, chacun cherchant l’appui des responsables des wilayas et la sympathie des populations.

	Le tout-puissant état-major de l’Est, commandé par le colonel Houari Boumédiène, s’était rangé du côté d’Ahmed Ben Bella. Tan disque les wilayas III et IV, elles,  soutenaient le GPRA. Les hauts responsables du FLN de l’extérieur, qui s’étaient formés en clans, se sont introduits chacun dans sa région natale pour demander l’appui de l’ALN de l’intérieur et des populations. En ce qui nous concerne, nous avons eu l’honneur d’accueillir si Krim Belkacem, membre du GPRA et chef de la délégation du FLN aux négociations d’Evian. Au mois de mars 1962, à quelques jours seulement du cessez-le-feu, Si Krim, accompagné de certains responsables du FLN, s’est rendu dans la Wilaya III pour la tenue d’une première réunion avec les officiers de l’ALN de cette région. Le colonel Akli Mohand Oulhadj, surnommé Amghar, chef de wilaya, avait convoqué ces derniers pour y participer. A cette occasion,  Krim Belkacem a porté à notre connaissance les tenants et les aboutissants des divergences qui opposaient les différents responsables au sommet du FLN. Cette réunion s’est tenue à Boghni. Nous étions les hôtes du maire de la ville, seul susceptible d’accueillir un nombre de personnalités aussi important dans des conditions acceptables.

	Etoile sur chaque épaule

	Certains moudjahidine et une partie de la population, n’ont pas vu d’un bon œil le fait que se soit le maire qui invite les héros de la Révolution, dans son bastion. Pendant ce temps, les populations de la ville et de tous les villages environnants se rassemblaient sur la place de Boghni, attendant l’apparition de Si Krim. Après le repas de midi, nous nous sommes dirigés vers la place ou était érigée une esplanade à l’intention des invités de cette localité, pour une prise de parole. Le premier discours fut prononcé par Si Krim durant plus d’une heure, suivi par Si Mohand Oulhadj qui a clôturé ce rassemblement.

	Dans notre région se trouvaient deux grandes garnisons de l’armée française, l’une à Draâ El Mizan, l’autre à Boghni. Nous avions reçu instruction de les occuper avant leur évacuation par les Français, et ce, après un accord préalable passé avec les commandants des garnisons concernées.  Nous étions, moi et l’aspirant Sahnoun Abdallah, choisis pour prendre la relève des éléments de l’armée française. J’ai été désigné pour la garnison de Draâ El Mizan et Si Abdellah pour la caserne de Boghni. Avec un groupe de djounoud, je me suis rendu dans cette garnison pour la prendre définitivement en charge. Vêtu d’un treillis neuf, une étoile sur chaque épaule, accompagné d’un groupe de djounoud, nous marchions vers la caserne. Arrivés au portail d’entrée, nous fumes accueillis par une section, commandée par un colonel, qui nous a rendu les honneurs.

	C’était un geste qui m’avait marqué pendant longtemps. Sans tarder, nous passâmes à la passation de services. Après avoir passé en revue les matériels existants, un inventaire fut arrêté, le procès-verbal dressé et signé par les deux parties. Nous avons procédé ensuite à l’inspection d’une compagnie de la force locale que nous devions prendre en charge, en application des Accords d’Evian. La liste de cette compagnie faisait ressortir un effectif de près de 150 hommes. L’inventaire des matériels, quand à lui, était constitué d’armement léger et de fusils de chasse, de mortiers de 60 et de 80 m/m, de canons de 57 m/m, de véhicules de transport de troupes (camions, jeeps).

	Divers produits d’hygiène corporelle étalés sur des étagères du foyer ont également été pris en charge. Une fois les opérations d’inventaire terminées, un procès-verbal de passation de services fut conjointement signé. Ceci étant, après un échange d’adieux, le colonel français et un groupe de soldats montèrent dans une jeep et un camion à destination de Tizi Ouzou. C’est ainsi que les derniers soldats français quittèrent définitivement notre région. Immédiatement après avoir pris possession de cette garnison, nous avons descendu le drapeau français et levé le nôtre à sa place.
	  ]]></description>
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	Alger, juillet 1962.
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        <item>
           <title>Tonton, le roi  de l’évasion</title>
           <author>Khider Ouahab </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Mohamed Laïfa, 84 ans, des centaines de souvenirs, quelques trous de mémoire et une bonhomie à faire pâlir les plus altruistes. 
	«Tonton», comme on aime bien l’appeler à Skikda, ville qui l’a vu naître et combattre, en dépit de son âge et du diabète qu’il traîne depuis quelques années, garde encore assez d’aptitude physique et de lucidité pour narrer, toujours avec le sourire, ses souvenirs. Mais d’abord, pourquoi Tonton ? Il sourit et explique : «Ce surnom m’a été donné par mes amis alors que j’étais encore jeune, certainement parce que je n’arrêtais pas de leur prodiguer des conseils.» Ce qu’il y a de particulier dans la rencontre avec Tonton, c’est qu’à aucun moment on se lasse de l’écouter. Quand il parle de son parcours de combattant et de ses faits d’armes, il le fait sans emphase et sans jamais se prendre au sérieux, comme s’il parlait d’une journée ordinaire. Il est capable de raconter plusieurs événements de la Révolution dans un enchaînement intelligible et logique.

	La seule entrave de mémoire, vu son âge peut-être, est en relation avec les noms ; il éprouve quelquefois des difficultés à se souvenir de certaines personnes. Maniant assez bien la langue française, d’une simplicité admirable, il voue une grande admiration aux lettrés. «Je suis né et j’ai grandi rue des Aurès.» Déjà ! serait-on tenté de dire, car c’est aussi dans les cimes des Aurès qu’il suivra Mustapha Ben Boulaïd pour le combat libérateur. Fils de pauvre, il a dû s’impliquer dès sa jeunesse pour la survie de sa famille : «J’ai arrêté mes études très jeune et j’ai travaillé comme menuisier à Zkak Arab. C’était un minuscule atelier où l’on fabriquait des tabourets et qui nous a servi par la suite de lieu de réunion. »

	Skikda, le bastion du PPA

	Il n’en fallait pas plus à Tonton pour s’impliquer dans la lutte car Zkak Arab, un quartier populaire, était parsemé de cafés maures et grouillait, à l’époque, de militants du MTLD. Véritable fief de la lutte politique, Skikda, comme en témoignent plusieurs historiens, était l’une des plaques tournantes du MTLD puis du PPA. D’ailleurs, le plus grand nombre de militants PPA du pays, à l’époque, se trouvait bel et bien dans cette ville. Mais revenons à Tonton et écoutons-le évoquer son passage à la vie politique. « J’avais 26 ans quand Guedrouche  Messaoud est venu me proposer de rejoindre, en tant que militant, le MTLD. Nous étions un groupe de jeunes ouled lebled. Notre activité se limitait au départ à distribuer les tracts, à assister aux meetings dans les cafés ; moi je me suis spécialisé dans les graffitis.

	Puis, quelque temps avant le déclenchement de la Révolution, Mohamed Boudoukhana est venu me chercher pour assister à une réunion au lieudit Bin Lekouara (entre les écuries), dans le faubourg. Il y avait Boudoukhana, Si El Haouas Boukadoum, Didouche Mourad et un autre militant algérois dont j’ai oublié le nom. Là, on me fit la proposition de rejoindre le CRUA. On m’a nommé responsable d’un groupe de dix personnes et Boudoukhana, qui est toujours vivant, s’est occupé de notre formation. Il nous emmenait sur les hauteurs, à l’ouest de la ville, pour faire des exercices de tir. Il disposait d’un mousqueton et nous entraînait à tirer sur des bouteilles... »

	Premières évasions

	Quand il parle du jeune qu’il fut, Tonton ne rougit aucunement. Il évoque avec nostalgie cette période où il a connu le meilleur et le pire. C’est peut-être difficile à croire, mais quand il parle de cette période d’errance, il n’use d’aucune autocensure. Ecoutons-le raconter ses premières évasions de la prison de Skikda : « Oui’ je n’étais pas sage il faut le dire, mais c’était la jeunesse. Je précise pour l’histoire que mes deux séjours en prison n’ont rien à voir avec la politique. J’y étais pour des délits de droit commun (il rit pendant longtemps). Je me suis évadé une première fois, avec deux autres détenus. On a creusé un trou dans le plafond puis, en se faufilant sous la toiture, on est parvenus sur le toit. Pour la deuxième évasion, j’étais seul. J’ai creusé un trou dans la dalle pour parvenir à la cour de la prison. Je n’avais alors qu’à grimper la muraille pour retrouver la liberté. Pour moi, m’évader de la prison de Skikda c’était comme un jeu d’enfant. » Ce « don », comme Tonton aime à dire, allait lui servir plus tard dans l’évasion de la prison de Coudiat. Mais avant d’arriver à cette grande évasion, il faut demander à Tonton les raisons qui l’ont mené à Coudiat. Il raconte.

	« La Révolution s’est déclenchée le 1er Novembre, mais à Skikda il ne s’était rien passé. On était là, fins prêts, mais il nous fallait attendre l’ordre des chefs. Puis Didouche nous ordonna de liquider un policier. Au début du mois de décembre 1954, Boulekroua Salah, qui faisait partie de mon groupe, s’est porté volontaire pour abattre le policier près de la rue du Ravin. Le 18 décembre, des personnes nous ont vendus et on a été interpellés, Boulekroua, Hammadi Krouma et moi. On nous a aussitôt jugés et on a écopé de dix ans de prison ferme pour reconstitution de parti dissous. On a alors été transférés à la prison Barberousse, à Alger. Au mois d’août 1955, on a de nouveau comparu pour l’assassinat du policier et on nous a condamnés à mort. On a alors été transférés à la prison de Coudiat, à Constantine. »

	Grève de la faim

	L’évasion de Coudiat a fait couler beaucoup d’encre. Comment fut préparée l’évasion, comment s’est-elle déroulée, quel fut le rôle de chacun des 30 détenus condamnés à mort ? Tonton témoigne : «A notre arrivée à Coudiat, je fus émus de retrouver Si Mustapha Ben Boulaïd (il marque une longue pause). C’était un homme comme on n’en voit plus. Il y avait aussi beaucoup de valeureux combattants, des hommes, des vrais, comme Tahar Zbiri, Mechri, Chougui Saïd’ On était une trentaine de condamnés. On s’est entendu par la suite de tout entreprendre pour faire évader Si Mustapha, quitte à nous faire tous tuer. Au départ, nous étions séparés dans des cellules et constamment enchaînés. On a alors décidé de faire la grève de la faim et les deux avocats de Si Mustapha, un Français dénommé maître Stibbe et un Algérien de Batna, maître Lamrani, le frère du chahid Abdelhamid que je connaissais, car il avait fait ses études à Skikda, ont plaidé notre cause. On nous enleva les chaînes pour nous transférer tous dans une même salle.

	Là, nous pouvions constamment communiquer et préparer notre évasion, du moins celle de Si Mustapha.» Quand Tonton parle de son ami, il laisse transparaître une grande amertume et à chaque fois qu’il évoque son nom, ses yeux brillent. Au sujet d’une première tentative d’évasion qui aurait échoué, il rétorque : «Non, ce n’est pas vrai. Il est cependant vrai que Si Mustapha avait demandé à un prisonnier de droit commun, coiffeur de son état, qui allait sortir de prison, de nous faire parvenir un petit matériel qu’il devait introduire dans un balai et nous le balancer dans la cour. Malheureusement, le balai est tombé dans la cour des prisonniers mineurs. Les gardes s’en sont rendu compte et on nous rassembla de suite dans une salle pour une fouille. On envisagea par la suite de tuer les gardiens à mains nues, pour permettre à Si Mustapha de fuir, mais c’était assez difficile car ils faisaient leur ronde en binôme et l’un d’eux armé restait toujours en retrait.»

	Babioles

	Quand on lui demande qui était le véritable instigateur de l’évasion de Coudiat, Tonton répond : «Ecoutez, nous avons tous pris part à cet acte. Tous. Mais c’est moi qui étais chargé de préparer le plan d’action. Dieu m’est témoin et Si Tahar Zbiri, qui est encore vivant, peut en témoigner.» Puis il continue : « Mes longues discussions avec Si Mustapha, à qui j’ai raconté mes deux évasions de Skikda, ont fini par le dissuader. Un jour, il m’a appelé et m’a dit : Dabbar rassek. Prends tes responsabilités, prépare un plan et mets-le à exécution. Aussitôt je me mis à l’œuvre. Le coiffeur était revenu en prison. Il me donna tous les détails au sujet de la prison, de ses bâtiments, ses murs, ses salles. Je me suis rendu compte que la salle mitoyenne à la nôtre servait de débarras où on entreposait la literie et autres babioles ainsi que des balles d’alfa.

	De plus, le coiffeur nous avait assuré que le débarras disposait d’une fenêtre qui donnait sur le chemin de ronde. J’en conclus que l’affaire était vraiment réalisable. J’ai rendu compte à Si Mustapha de la faisabilité de l’opération et il m’a donné son consentement. Il nous fallait d’abord parvenir au débarras, donc on a commencé à creuser. On a détaché une paumelle d’une fenêtre de la cellule qui nous a servi à creuser. On a d’abord tracé un triangle juste devant le mur séparant notre cellule du débarras et à tour de rôle, on s’est mis au travail. C’était au mois d’octobre 1955. On a passé 15 jours ainsi, à creuser à partir des angles du triangle tracé et à débarrasser les débris. Pour nous faciliter la tâche, on avait du vinaigre qu’on versait sur les fêlures de la dalle. Les gros cailloux, on les semait dans la cour lors de la promenade et le sable était jeté dans les toilettes. La dalle fut détachée au bout de 5 jours seulement ; il nous restait à creuser encore pour parvenir au débarras.

	La nuit du 7 novembre, c’était la joie enfin. On est finalement parvenus au débarras. Si Mustapha et moi étions les premiers à pénétrer sur les lieux. On a de suite remarqué que la fenêtre dont nous parlait le coiffeur était bétonnée. Si Mustapha me regarda comme pour me dire : que devons-nous faire maintenant ? Dans son obstination, il grimpa sur les balles d’alfa pour atteindre le plafond dénudé. Il a déplacé légèrement une tuile puis est redescendu pour me dire que la distance séparant le toit du débarras du mur de la prison est importante. Il nous réunit par la suite pour informer tout le monde de l’impossibilité de l’opération. Je suis revenu à la charge pour dire à Si Mustapha que le débarras disposait d’une porte que je pouvais ouvrir sans la forcer.

	Aussitôt, je me mis à l’oeuvre. Je suis parvenu à ouvrir la porte du débarras et à la refermer. Le problème n’était pas là, il nous fallait surtout penser aux moyens à utiliser pour escalader la muraille. J’ai remarqué que dans le débarras il y avait des traverses de lit. On en prit quatre qu’on a attachées solidement pour qu’elles nous servent d’échelle. On a alors repris espoir et on s’est vite mis à tresser des cordes avec des bandes détachées des matelas. On a tout préparé, et l’échelle et les cordes. Le 9 novembre 1955, il ne restait qu’à décider du jour J. Si Mustapha nous réunit pour décider que l’évasion aura lieu le lendemain. Nous étions onze détenus concernés. Il a réglé minutieusement tous les détails. Pour éviter tout cafouillage, il a procédé à un tirage au sort pour décider du passage de chacun et des chemins qu’on devait emprunter. Le 10 novembre, vers 17h, on a enclenché l’opération... »

	Les enfants de Si Mustapha

	Tonton commence par ouvrir la porte du débarras. Il est le premier à descendre à l’aide d’une corde jusqu’au chemin de ronde, suivi de Si Mustapha. «Il faut glisser jusqu’au chemin de ronde, attendre l’échelle puis aller vers la muraille pour l’escalader. A tour de rôle, on a exécuté tout ce scénario et en moins de 20 minutes, nous étions déjà de l’autre côté de la muraille d’enceinte de Coudiat. Si Mustapha et moi, on a pris le chemin ensemble. Il connaissait parfaitement les lieux, vu qu’il avait l’habitude de travailler sur la route reliant Batna à Constantine. Je n’avais qu’à le suivre. Pieds nus, on marchait la nuit pour nous reposer la jour dans les buissons et les oueds. Avant d’arriver à Batna, on a dû traverser la sebkha. Là, Si Mustapha m’a dit : Alors Skikdi, tu ne sais pas nager !

	Je lui réponds que je nage très bien et, pour le narguer, je lui pose la même question. Il me regarde avec un sourire et me dit : non, mais moi je sais marcher. Je lui réplique : alors on marche. On a traversé les lacs salés de bout en bout en dépit de la fatigue, de la faim et surtout du froid. Après quatre jours de marche, nous sommes enfin arrivés dans les Aurès, près de la ferme de Si Mustapha. On s’est caché dans l’écurie. Le beau-frère de Si Mustapha est alors venu nous proposer de nous préparer un méchoui. Si Mustapha a refusé carrément et lui a demandé d’aller le plus vite possible en ville, contacter le relais des frères. Par la porte entrouverte de l’écurie, j’ai aperçu les enfants de Si Mustapha qui jouaient. Il les regardait en silence, sans se montrer. C’était un grand moment de silence et de solitude. Je lui ai dit d’aller voir ses enfants, il m’a répondu que ce serait dangereux pour eux. Etant encore gamins, ils pouvaient sans faire attention raconter devant des étranger que leur père était passé par là. J’ai compris alors la force de cet homme.»

	Il poursuit «Une fois le contact établi, on a pu rejoindre le PC des frères. Là, on a trouvé Si Omar, le frère de Si Mustapha, et d’autres moudjahidine. A partir de cet instant, je n’ai jamais quitté Si Mustapha, sauf lorsqu’il m’a ordonné de me rendre à Tunis pour une mission spéciale alors que lui devait se rendre au Caire. Mais je devais d’abord, avec deux autres moudjahidine, faire un rapport sur les agissements d’El Ouardi, qu’on accusait à tort. Il nous informa qu’une fois en Tunisie, une personne devait nous contacter sans nous donner son identité. Finalement, c’était Mehsas, qui était en relation avec Ben Bella. Il m’a informé que j’allais être désigné commissaire politique à Tunis. Deux jours après, la villa qu’on occupait a été plastiquée. Un frère a été tué et un autre, nommé Mouats Salih, originaire de Skikda, a été blessé. D’après certaines informations, c’était l’œuvre de certains que je ne voudrai pas citer...»

	Quand on lui parle de la mort de son compagnon, Tonton évite courtoisement de trop en parler et se contente de dire : «J’ai rencontré Lalmani plus tard et il m’a juré que c’était bien lui qui avait mis les explosifs dans le poste radio mais qu’il lui manquait les batteries. Il ne savait pas que cette bombe allait tuer le frère Si Mustapha !» Mais c’est là un autre volet que seuls des historiens confirmés peuvent aborder, même si Tonton en sait quelque chose, il garde encore ce code d’honneur que Ben Boulaïd lui a inculqué.
	
	NB : Mohamed Laifa est décédé en novembre 2011. ]]></description>
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	Arrestation dans une rue d’Alger.
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           <title>Nous imprimions des drapeaux  en prévision de l’indépendance</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[  
	-Imprimeur de formation, vous avez travaillé au sein de la première imprimerie de l’ALN à l’ouest. Quel était votre rôle, et le quotidien de l’imprimerie ?

	J’ai en fait créé la première imprimerie de l’ALN à la base Ben M’hidi. Pour commencer, nous avons utilisé le matériel que j’avais chez moi, que j’avais pu acheter à bas prix à l’époque. Ensuite, on a acheté une grande imprimerie et commencé à former des jeunes. A l’époque, tout se faisait à la main. N’importe qui ne pouvait pas s’improviser imprimeur. Au quotidien, nous imprimions des tracts, parfois des revues, mais aussi des fanions et des drapeaux algériens en prévision de l’indépendance. Nous étions également chargés de nombreux travaux administratifs. Nous étions directement rattachés à l’EMG et au commandement des frontières. J’étais le responsable de l’imprimerie, avec sous mes ordres une quinzaine d’hommes : machinistes, typographes, d’autres encore chargés de la transmission, comme mon cousin. Il nous était interdit de sortir. Pour moi, c’était surtout gênant à cause de ma passion pour le foot. Un jour, le chef est venu et a demandé à toute l’équipe de l’imprimerie de quel sport chacun était fan. Nous étions trois passionnés de foot et nous avons eu l’autorisation de sortir une fois tous les quinze jours, pour aller au stade.

	-Comment vous êtes-vous retrouvé à ce poste ? Avez-vous été imprimeur dès le début de la guerre ?

	Non. Mon souhait était tout d’abord de rejoindre l’ALN. En 1954-55, je travaillais à Casablanca. Cela faisait déjà quatre ans que je travaillais dans l’imprimerie. A l’époque, il n’y avait pas d’imprimeur musulman. Etant musulman, mais également Français, j’ai pu obtenir une licence. J’étais responsable d’une revue, Le Maroc Mélangé. Mes collègues étaient juifs, Espagnols, Portugais… Un jour, dans un café, j’ai entendu de la musique algérienne. Je me suis donc dit qu’il devait être tenu par des Algériens. J’ai alors choisi du Ahmed Wahbi sur le jukebox. Le patron est tout de suite venu me voir  et a commencé à rigoler. Il était bien Algérien. Je lui ai alors demandé où se trouvaient les bureaux de la fédération FLN.

	«Ici, au premier étage, m’a-t-il répondu. Venez ce soir à 18h.» Je m’y suis rendu avec mon frère. C’est comme cela que nous avons pris contact avec le FLN. Le lendemain, j’étais de retour à Oujda pour voir mes parents. Deux gendarmes français ont sonné à la porte et m’ont emmené. J’ai sauté de la jeep et me suis enfui. Je voulais rejoindre le maquis, mais le FLN m’a envoyé au bureau de liaison à Oujda. C’était en 1956. J’ai passé sept mois là-bas, à remplir des charges administratives, mais je me sentais exploité, donc j’ai fini par partir. Je voulais absolument rejoindre l’ALN et j’ai enfin pu rejoindre le maquis.  J’ai alors suivi 3 ou 4 mois d’instruction, jusqu’à ce qu’on découvre que j’étais imprimeur. On m’a alors envoyé à la DGO, la plus grande base de l’ALN dans la région, puis, au bout de trois jours, à la base Ben M’hidi.

	-Quel a été votre souvenir le plus marquant à l’imprimerie ?

	La veille du 1er novembre 1961, nous avons imprimé le premier numéro de la revue El Djeïch. Nous n’avions à l’époque que du matériel de dépannage, du coup nous sommes allé voir un imprimeur espagnol. Quand nous lui avons dit : «Monsieur Cassares, nous avons besoins de vous», il a cru que nous voulions de l’argent. En réalité, nous voulions seulement utiliser son imprimerie. Il a tout de suite accepté. La pression était très forte. Pendant six jours et six nuits, nous n’avons ni dormi ni mangé. Personnellement, je m’autorisai juste du café et des cigarettes. Je me souviens aussi d’autres anecdotes. Un jour, deux avions français, des bombardiers T6, ont survolé la zone en vue de détruire l’EMG et l’imprimerie qui était juste à côté. Ils ont fait six tours, nous les avions en joue avec la DCA, mais le wali ne nous a pas autorisés à les descendre. Une autre fois, un char français a traversé la ligne Morice pour déserter. Plus tard, ce fut un camion. Il faut dire que nous imprimions des tracts avec les noms des déserteurs et que certains militaires, reconnaissant leurs amis, suivaient leur exemple.

	-Racontez-nous comment s’est passé pour vous la fin de la guerre…

	J’ai d’abord été promu sergent-chef, puis sous-lieutenant, et enfin lieutenant. Malheureusement, courant 1961, j’ai attrapé la tuberculose. J’ai continué à travailler malgré tout. A l’indépendance, j’étais à Alger. J’ai croisé Abdelkader El Mali. Nous nous connaissions depuis longtemps, nous étions en classe ensemble à Oujda. Nous avons discuté et il m’a promis le grade de capitaine. Je devais aller chercher la carte en faisant état le soir même. Mais ce jour-là, j’ai recommencé à cracher du sang. Je n’ai pas pu me rendre à son bureau et j’ai cherché en vain de quoi me soigner à Alger. Les hôpitaux étaient vides, il n’y avait pas de médecin. J’ai donc demandé à être démobilisé afin de me rendre à Oujda, auprès de mes parents. De retour là-bas, certains m’ont pris pour un déserteur. Pourtant, j’ai été réformé pour inaptitude physique, j’ai toujours ma carte d’invalide de guerre, mais je n’ai jamais reçu le grade de capitaine qui m’avait été promis.
	  ]]></description>
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	 L’équipe de l’imprimerie de l’Ouest, en 1961 à l’imprimerie, directement reliée à l’état-major général, étaient imprimés tracts, revues, fanions et drapeaux.
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        </item>
        <item>
           <title>Les tueurs de l’OAS avait pour consigne de viser la tête</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 08 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[  
	-A cause de vos activités de militante, vous avez été incarcérée à Serkadji dès le début de la guerre. Quelle ambiance régnait dans cette prison ?

	Ce qui me frappait, c’était la grande solidarité entre les femmes détenues. Nous étions séparées des prisonnières de droit commun. Au lieu d’apporter un couffin personnel à chaque détenue, les familles étaient réunies au presbytère de l’église Sainte-Croix, en face, qui était tenu par l’abbé Declerc. Elles se relayaient et l’argent était mis en commun pour apporter les repas à l’ensemble des détenues politiques. J’ai un autre souvenir, plus difficile : il y avait certains jours des exécutions capitales. A ce moment-là, les femmes de la prison faisaient des youyous, les hommes criaient Allah Akbar et la population de La Casbah, qui entendait, reprenait nos cris. C’étaient des moments très difficiles, tragiques, mais qui marquaient la solidarité nationale.

	-Vous êtes expulsée en France, mais vous réussissez peu après à rejoindre la Tunisie et à travailler pour le FLN. Quelle était votre mission ?

	Je travaillais comme médecin. Le service sanitaire de l’ALN-FLN était dirigé à partir de Tunis. Beaucoup de médecins algériens ont d’abord été affectés dans les hôpitaux tunisiens. Selon l’importance des pathologies, on attribuait des salles entières aux blessés de l’ALN. C’était le cas à l’hôpital Seddiki de Tunis. Nous effectuions des consultations dans cet hôpital, mais également aux frontières. Nous faisions le tri pour évacuer les malades ou les blessés sur Tunis. En tant que chirurgien, je devais surtout reprendre des amputations qui avaient été faites auparavant. On enlevait aussi des balles et des éclats. Ce service était destiné aux blessés de l’ALN. Bien sûr, s’il y avait des civils à prendre en charge, nous le faisions. Notre salle, qui pouvait accueillir une trentaine de personnes, était constamment remplie.

	-Une année après, vous créez une maison pour jeunes moujahidate. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

	A partir de 1957, l’ALN avait commencé à faire sortir les femmes et les services de santé du maquis. Principalement pour des raisons de sécurité. Ces joundiate n’avaient pas de formation précise. En 1959, le ministère des Affaires sociales du GPRA a estimé qu’il valait mieux les regrouper. Nous avons recensé ces jeunes femmes et nous les avons regroupées dans une villa, où l’intendance était assurée par du personnel. Toutes les responsables étaient des femmes, dont Claudine Cholet par exemple. J’habitais dans la villa, car j’étais la seule responsable à ne pas être mariée. Je travaillais un peu à l’hôpital mais j’assurais une présence. Les jeunes filles avaient des cours d’arabe et de français. Celles qui le voulaient pouvaient faire une autre formation. L’une d’entre elles est rentrée dans la troupe théâtrale algérienne. La plupart se sont mariées. Et la plus jeune, qui avait 15 ans et était analphabète, a été inscrite au lycée tunisien. Elle a fait des études de droit et est devenue sage-femme. Au bout d’une année, la plupart d’entre elles avaient leur autonomie parce qu’elles travaillaient ou grâce au mariage. Nous avons donc fermé cette maison.

	-Vous avez exercé votre activité de médecin jusqu’à la fin de la guerre. En quoi cela consistait-il ?  

	De 1960 à 1962, j’étais responsable du service médical du ministère des Combattants. C’était une structure qui prenait en charge les démobilisés grâce à un suivi médical complet et à une aide sociale. Leur état de santé global n’était pas aussi inquiétant qu’on pouvait l’imaginer, parce que dans les maquis, les services de santé étaient vigilants. Après la signature des Accords d’Evian, le GPRA a demandé aux médecins volontaires d’aller travailler dans les villes. Je suis rentrée à Alger. J’ai travaillé d’abord dans un dispensaire pour assurer des consultations à la population civile.

	Très rapidement, nous avons dû prendre la clinique Naïma. La rue de Lyon (aujourd’hui, rue Belouizdad, ndlr) était divisée en deux parties : le bas, contrôlé par l’OAS et le haut par le FLN. Au milieu de cette rue, il existait une clinique. Le FLN a pris la clinique de force. Nous avons pu y opérer les blessés par l’OAS en cet endroit jusqu’au deuxième cessez-le-feu. Nous avions forcement peur, la clinique était gardée, certains d’entre nous étaient armés, c’était une ambiance de guerre. Mais nous étions tous optimistes et confiants. L’indépendance se rapprochait. Le plus difficile à accepter, c’était de voir mourir certains blessés. Les tueurs de l’OAS avaient pour consigne de viser la tête. Quand quelqu’un recevait plusieurs balles dans la tête, on ne pouvait rien faire.
	  ]]></description>
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           <title>Edito : question de majuscule</title>
           <author>Ameziane Farhani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[  
	On a coutume, à propos de l'histoire, de distinguer celle avec une majuscule à sa lettre initiale et celle avec une minuscule. L'Histoire avec un grand «H» est bien sûr celle des nations, des époques et des grands mouvements de l'humanité. Avec un petit «h», elle devient celle des hommes, des petits groupes, des familles, etc. Cette petite histoire est donc la manière dont les personnes vivent la grande Histoire, avec son lot de souvenirs, d'anecdotes et de récits qui, naturellement, mêlent faits et émotions. Nichée dans les mémoires, parfois aussi dans des notes, lettres et journaux personnels, la cadette de l'histoire vient des acteurs et témoins d'évènements divers.

	Quant à l'aînée, elle est le produit des historiens mais aussi, dans nombre de nations, des Etats et gouvernements.
	C'est le cas dans notre pays où, depuis l'indépendance, une historiographie officielle s'est développée à travers le discours politique et le système éducatif.  Il a fallu attendre les années 1990 pour voir l'édition privée se développer et commencer à publier des essais historiques et des témoignages indépendants.

	De qualités inégales, ces ouvrages ont produit cependant une véritable bouffée d'air, dévoilant des pans occultés de notre histoire, apportant des éclairages nouveaux, mettant en valeur des périodes ou faits mal ou méconnus. Mais ils ont surtout révélé l'extraordinaire soif des Algériens envers leur passé. Tous les libraires sont formels : exclu l'art culinaire (!), l'histoire est en tête des demandes. Et dans cette catégorie, la petite histoire passionne, celle des récits, autobiographies, témoignages et mêmes romans inspirés de faits réels.
	L’histoire serait-elle donc plus attirante que l'Histoire ? Certes oui, car plus facile et plus agréable à lire.

	De plus, elle devient un refuge quand l'Histoire scientifique est difficile à aborder et que l'Histoire officielle rend méfiant. Mais au-delà de ces considérations, il faut souligner que la petite histoire constitue un pan important des sources de la grande. Elle fait partie de la matière première de l'écriture historique et assure une fonction socioculturelle d'appartenance et de reconnaissance des individus envers leur pays.
	Les histoires personnelles vécues dans la grande Histoire nous émeuvent mais nous édifient aussi. Et même si elles sont nécessairement subjectives, elles nous apportent, de manière vivante, ce que les histoires scientifique et officielle ne peuvent avoir : des valeurs et une possibilité d'identification directe.

	L'expression populaire et citoyenne de l'Histoire est un formidable tremplin d'équilibre identitaire, de projection de soi et de diffusion de qualités humaines, sociales et patriotiques. Témoigner, c'est participer à nouveau à l'histoire et nourrir la recherche historique de pistes et d'éléments, loin de tout formatage ou falsification. La chose est d'une importance capitale dans notre chère Algérie où, si nous devons préparer notre futur, nous avons aussi à construire notre passé. ]]></description>
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           <title>Un certain soir de 1955</title>
           <author>Tayeb Belghiche </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	C’était un dimanche après-midi. Avec ma grand-mère Zaâra, on se rend chez ma tante qui habite ce qu’on appelait à l’époque la Cité indigène. Je m’en rappelle très bien, comme si c’était aujourd’hui. Je n’avais pas encore 10 ans. 
	Après une dizaine de minutes de repos, tante Kamir me demande de lui acheter des spaghettis pour le dîner. Je n’ai pas mis le nez dehors que, brusquement, on entend des coups de feu qui durent un bon moment. On voit un voisin, un ancien de la Seconde Guerre mondiale, en train de s’installer sur le toit avec son fusil de chasse. Il s’était entouré la tête de feuilles de vigne, sans doute pour se dissimuler. On avait peur de lui, surtout que c’était un solitaire qui ne communiquait avec personne. Il vivait avec une jeune fille qu’on disait sa nièce. Elle se suicidera une année plus tard avec une arme à feu. Nous nous réfugions à l’intérieur des chambres, la peur au ventre.

	Le souvenir des massacres du 8 mai 1945 est encore vivace chez les adultes. On en parle à voix basse. Ma grand-mère s’empare d’une lettre qu’elle a sur elle et la déchire en mille morceaux. Elle lui a été envoyée par son fils Mohamed, qui vit à Paris ; elle estimait qu’elle pouvait nous porter préjudice. Nous nous endormions la peur au ventre, sans avoir mangé. Le couvre-feu était imposé dans toute la ville de Guelma, du moins pour les indigènes. Le lendemain, la population est autorisée à sortir pendant une heure, le temps de s’approvisionner. Je profite de l’occasion pour aller chez ma mère. Nous habitions la rue Scipion, à la maison Capertini, une maison d’une soixantaine de chambres où cohabitaient juifs et musulmans en bonne harmonie.

	Même le rabbin de la ville a été, à une époque, un de nos voisins.Que s’est-il passé ? Et là, les informations les plus fantaisistes se donnent libre cours. Les fellagas avaient attaqué la ville. Jeune, c’était la première fois que j’entendais parler de nos maquisards. «Ils sont insaisissables.» «Ce sont des fantômes, les balles ne les tuent pas.» Au-delà des fantasmes, quelqu’un venait d’entrer de plain pied dans la guerre, dans nos esprits. Durant trois jours, nous subissons le couvre-feu. Dimanche était jour de marché. Et les paysans qui étaient en ville, ce jour-là, se sont retrouvés pris au piège. Beaucoup d’entre eux ont été massacrés par l’armée et la police durant la répression déclenchée après l’incursion des éléments de l’ALN. On parle de plusieurs dizaines de morts qui ont été enterrés dans des fosses communes.

	A partir d’un balcon, j’ai vu Garrivet, le maire de Guelma, à bord d’une jeep et armé, bien sûr, en train de circuler dans la ville déserte. Il a été mon instituteur au cours préparatoire première année. Instituteur pour la ville. Quand il se présentait en classe, car c’était un grand absentéiste, il nous demandait, le matin, d’écrire sur l’ardoise de 1 à 100 et l’après-midi de faire le contraire… C’est tout ce qu’il nous a appris. En classe, il passait son temps à chasser les mouches avec une règle. Il estimait sans doute que les «moutons» ne méritaient pas d’être éduqués. Hypothèse qui tient la route si l’on sait qu’il a participé aux massacres des Guelmois, le 8 mai 1945, à la tête de milices européennes. Plus tard, nous apprenions que ce qui s’était passé dimanche soir à Guelma n’était que le prolongement d’événements qui avaient eu lieu la veille à Phillipeville (aujourd’hui Skikda), c’est-à-dire le 20 août 1955. A partir de cette date, je vivais, comme tous les Algériens, au rythme de la Guerre de Libération avec ferveur. ]]></description>
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           <title>Une histoire d'hommes</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	C’est une histoire d’hommes. D’une rencontre. Des deux côtés de la Méditerranée. 
	Une rencontre entre deux porteurs de projets, en Algérie et en France. C’est une histoire dans la grande Histoire qui nous inscrit pleinement dans l’humanité, ses défis et ses douleurs, ses désirs aussi d’accéder à son histoire librement, sans les entraves des versions officielles et des coffres-forts du secret d’Etat.C’est ainsi qu’à l’occasion du 50e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, El Watan et le site d’information français OWNI se sont associés pour lancer, le 19 mars 2012, Mémoires d’Algérie*, le premier musée numérique sur la Guerre de Libération nationale.

	Après un an de collecte de témoignages, photos, pièces administratives… auprès de vous, lecteurs d’El Watan, nous avons pu réunir plusieurs centaines de documents inédits grâce à votre confiance. Car, face aux manipulations et aux occultations officielles, nos centaines de contributeurs des quatre coins d’Algérie, mais aussi de France, ont répondu à notre appel : «La guerre de Libération, c’est vous !»
	Une manière de détourner le slogan officiel «Un seul héros, le peuple !» et de le prendre au pied de la lettre.

	L’initiative d’El Watan Week-end a croisé un autre projet, celui de l’équipe d’OWNI, qui a, de son côté, compilé et numérisé des milliers de documents classifiés des archives françaises concernant la Guerre de Libération et qui seront mis en ligne à partir du 50e anniversaire des Accords d’Evian, dans un souci de casser les tabous et de briser le silence, côté français, autour de cette période charnière de l’histoire.
	Le projet prendra la forme d’un site internet qui sera enrichi en témoignages, photos, documents… jusqu’au 5 juillet, jour de l’Indépendance de l’Algérie, pour devenir, à partir de cette date, un véritable musée numérique dédié à la mémoire, mis à la disposition du public avec une liberté totale d’accéder aux documents, pour naviguer dans le temps, l’espace et les thématiques, mais aussi la possibilité de participer en commentant ou en soumettant d’autres archives.

	Notre démarche, grâce à la formidable plateforme imaginée par les ingénieurs data d’OWNI, permet une accumulation et une organisation inédite des données sur la Guerre de Libération. La direction éditoriale est assurée par les deux médias, en partenariat avec des historiens spécialistes de cette période. L’application vous permettra donc de vous emparer, de vous saisir de ce vécu commun, de l’histoire écrite par ceux qui l’ont vécue et non par les Etats, mais par des hommes des deux côtés de la Méditerranée. L’histoire écrite par vous.          
	
	
	* www.memoires-algerie.org ]]></description>
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           <title>Dessine-moi des moudjahidine</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	«L’enfant en sécurité n’hésite pas à communiquer ses idées, ses sentiments sans retenue, sans timidité.» 
	C’est ainsi que Mohamed Bencharif, auteur du Livre de notre Vie, explique la sincérité, l’émotion, mais aussi la maturité qui se dégage des textes et des dessins produits pendant la guerre par ses élèves de l’école Freinet de Hussein Dey. Publié une première fois en 1967, le recueil est peu à peu oublié. Aujourd’hui, Mohamed Bencharif souhaite le faire rééditer, avec le soutien de l’Algérie, de l’Unesco et des éditions Dalimen.
	
	Max Marchand était un homme admirable, un humaniste. Il fut assassiné par un commando de l’OAS le 15 mars 1962, avec ses amis et collègues Mouloud Feraoun, Ali Hamoutène, Salah Ould Aoudia, Robert Eymard et Marcel Basset. A l’époque où il était inspecteur d’académie à Orléansville, j’étais en poste dans cette ville. Un jour, le directeur m’annonce, inquiet : «L’inspecteur d’académie est dans votre classe.» Il faut préciser qu’un inspecteur d’académie n’inspecte pas directement. Mais ses supérieurs, l’administration, avaient appris que mes élèves dessinaient et écrivaient sur les militaires, sur les exactions, etc.

	Il a donc assisté à la séance du matin de choix et de commentaire des textes des enfants. Il a demandé les dossiers personnels des élèves, a épluché les travaux, et finalement a envoyé ses félicitations aux élèves et à l’enseignant ! Il m’a offert son propre livre, Liberté, un recueil de poèmes qu’il avait écrits en prison en Allemagne. Je voudrai aussi dédier cette réédition à Abderrahmane Benhamida, premier ministre de l’Education de l’Algérie indépendante. Pour sa première visite officielle, il s’est rendu à une rencontre où les dessins des enfants étaient exposés.  

	Contact : mohamed.bencharif@gmail.com ]]></description>
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           <title>L’enfant héros</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	La Révolution algérienne fut portée par tout un peuple, guerrier et fier, qui ne recula devant aucun sacrifice pour arracher son indépendance et sa liberté. Hommes et femmes, vieux et jeunes, garçons et filles, tous adhéraient au même idéal : la souveraineté de l’Algérie. 
	Même les enfants, avec leur innocente pureté, comprirent assez tôt qu’il fallait résister à l’occupant. Et tout naturellement, ils suivirent les pas de leurs aînés, ces traces qui conduisirent la nation algérienne hors de la nuit, vers le jour et le soleil.
	Bellouze Essaïd né le 17 février 1944, avait seulement treize ans et huit mois, au seuil de l’adolescence, quand il répondit par un acte de courage à l’appel du patriotisme. Il quitta l’école indigène à la fin de l’année scolaire 1955. Peu de jours après, il trouva un travail de commis de ferme chez Georges Becker, un colon implanté à Cap Aokas.

	Monsieur et Madame Becker se comportaient paternellement avec le petit Bellouze qui, de son côté, s’acquittait de manière satisfaisante de ses nombreuses activités dans la ferme. Vers la fin de l’année, dans le cadre des mesures de protection des colons, arriva dans l’exploitation agricole un corps de troupes de l’armée française commandé par un vieux capitaine surnommé Tartuffe. D’emblée, celui-ci prit en sympathie le petit Bellouze et donna des consignes au chef cuistot pour que le petit garçon emporte chez lui chaque soir un panier rempli de provisions. Cette attention était quelque peu calculée par l’officier, car il nourrissait le projet d’envoyer le commis de ferme sous les drapeaux français, à l’école militaire d’El Goléa . Instruit de cette intention, M. Becker opposa une fin de non recevoir au capitaine en refusant de se substituer aux parents du petit garçon.

	Café maure

	Un jour, l’enfant surprit une conversation animée entre quelques soldats et le chef cuisinier, regroupés dans la cour de la ferme. Les propos particulièrement virulents du cuistot choquèrent le petit Bellouze : «Les fellagas sont des égorgeurs et des assassins ! Ils ne méritent aucune indulgence ! Ce sont des vermines qu’il faut éliminer sans vergogne !» Soudain, son second, premier jus (soldat de 1re classe), tenant une louche géante posée sur l’épaule comme un fusil, se précipita vers le petit groupe et s’adressa au gosse en montrant le chef avec la grande cuiller : «Petit, n’écoute pas ce vieux fou, il radote !» Puis, se tournant vers le cuistot, il lui lança: «Mais qu’est-ce que tu racontes ? Ces fellagas comme tu les appelles, ce sont des soldats.

	D’après toi, qui a commencé à emmerder l’autre ?» Au mois d’août 1956, le corps de troupes fut relayé par une compagnie d’infanterie. Dans l’appartement des colons, M. Becker lisait son journal pendant que sa femme faisait la vaisselle. Ils firent venir le petit commis Bellouze pour lui faire ces prudentes recommandations : «Ecoute, Essaïd. Sache que ces soldats sont venus pour s’occuper des fellagas. Si on te pose des questions, tu réponds toujours que tu n’a rien vu et rien entendu.» Un jour de l’été suivant, le petit Bellouze se trouvait dans son douar d’Aliouène, au café maure Topal quand un maquisard connu, Kasmi M’hamed, vint s’asseoir sur un banc, appuyant son fusil automatique contre un mur. Sur l’insistance de quelques gamins, le moudjahid entreprit de leur montrer le maniement de l’arme à feu en faisant glisser la culasse pour mettre la balle au canon.

	Boissons alcoolisées

	En suivant avec curiosité cette démonstration, le petit Bellouze songea que son patron avait la même arme et qu’il pourrait peut-être un jour s’en saisir. A partir de ce moment-là, ce projet insensé ne quitta plus les pensées de l’enfant de treize ans. L’occasion ne tarda pas à se présenter le jour où les Becker s’absentèrent pour se rendre à une fête annuelle, à Bougie, laissant le petit Bellouze seul à la ferme. C’était un mercredi. Comme d’habitude, le grand panier d’osier sous le bras, le il alla détacher quelques rameaux de mûriers destinés au cochon de la ferme.

	Mais au lieu de se rendre à la porcherie, Bellouze Essaïd monta à l’appartement et là, avec mille précautions, entreprit de dissimuler le fusil à cinq coups dans le grand couffin, parmi les branches feuillues. Il agissait avec un calme confiant, comme s’il venait de s’approprier un objet légitime. Ou comme s’il s’adonnait à un nouveau jeu, innocent et sans danger. En sortant dans la cour pour se diriger vers la soue, quelques soldats un peu éméchés le hélèrent en agitant des bouteilles de boisson alcoolisée : «Hé, petit ! Bière, bière !» Bellouze Essaïd sourit et pressa le pas tout en agitant son index en signe de refus : «Non, non. C’est péché !»

	Soleil de plomb

	Les soldats partirent d’un éclat de rire et poursuivirent leurs libations. Pendant ce temps, le petit garçon arriva au pied d’une clôture à claire-voie par-dessus laquelle il balança son couffin avant d’enjamber à son tour le grillage. Le relâchement de la vigilance des sentinelles, probablement occupées elles aussi à boire à l’occasion de ce jour férié, arrangea les affaires de Bellouze Essaïd qui grimpa un talus et se perdit dans la nature sous un soleil de plomb. Un peu plus loin, il s’arrêta à l’ombre d’un figuier, suspendit le fusil à une branche et s’employa en toute quiétude à cueillir les fruits charnus et sucrés.

	Oui, Bellouze Essaïd pouvait se glorifier de cet exploit. Mais courir un pareil risque à l’âge de treize ans et demi ne relevait-il pas de l’inconscience ? Non, assurément non ; car le geste de Bellouze Essaïd était dicté par un sentiment de patriotisme qui baignait son foyer et tout son douar. Précocement, dès son jeune âge, il avait pris conscience que la Révolution ne pouvait triompher sans l’appui inconditionnel d’un peuple uni. Désormais, le petit commis de ferme serait un combattant de la liberté. Le soir même, le jeune garçon, à peine entré dans l’adolescence, s’en alla remettre l’arme au chef des moussebiline, Khalfaoui Ahmed. Celui-ci le présenta à un homme, gros et grand, portant des lunettes de vue. Le commissaire politique prit dans ses bras le jouvenceau, lui donna quelques tapes sur la tête et proclama avec un tremblement d’émotion dans la voix : «Tu es notre zaïm, mon fils !»
	  ]]></description>
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	Convoi militaire à Tizi Ouzou
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        <item>
           <title>Mohamed Tâb raconte son enfance durant la guerre d'Algérie</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	«A l’indépendance, j’avais 22 ans. J’ai eu l’honneur de participer à la Révolution de façon très modeste. Voici quelques souvenirs de jeunesse.» 
	Je suis de la tribu des Chenâïf (Ahl Stitten) dont les terres sont situées aux alentours du village de Stitten (à 25 km environ au nord-est de la ville d’El Bayadh) et de Mekther (à 7 km à l’est d’El Bayadh). Notre grand-père le plus lointain est Sid Essegheier dont le mausolée (koubba) est à Stitten. Venant de la région de Mascara, il a enseigné le Coran aux enfants de la tribu. Notre nom, Tâb, est en fait un surnom qui a été donné à mon arrière grand-père Larbi. C’était lors d’une prière de l’îcha2 à la mosquée de Stitten. Alors que tous étaient prosternés, mon grand-père Mohamed, alors enfant, était entré brusquement en criant «papa tâb !» pour prévenir son père que le souper était prêt. Et depuis, nous portons ce nom. D’après mon père, notre véritable nom serait Hassini. Stitten est construite aux pieds du djebel Ksel.

	Le village était constitué de ruelles très étroites et de maisons pour la plupart avec un étage. La maison des Tâb à Stitten était l’une des plus grandes du village. Elle était située en cul-de-sac, à côté de la mosquée qui portait le nom de la famille, à l’extrémité du village, côté jardin, à proximité des Chenâïf avec le puits et la Khattara. Je suis né  présumé en 1940, au petit matin d’une journée où la neige arrivait au genoux. D’après mon père (que Dieu ait son âme), c’était bien en 1940, à la fin hiver ou au début du printemps, à Bouknissa, qui veut dire littéralement «celui recouvert d’un linceul» allusion faite à la neige. C’est un lieudit situé à 4 ou 5 km au sud-ouest de Stitten, où mes parents avaient planté leur tente pour enlever les mauvaises herbes de leur champ et faire paître leur troupeau.

	C’était la Deuxième Guerre mondiale et la famine sévissait. Durant sept ans, me racontait mon père, de 1939 à 1945, chaque année les paysans semaient des grains l’hiver et ne récoltaient guère plus que la même quantité l’été, faute de pluie. C’était donc la famine avec tous les maux qui l’accompagnaient : typhoïde, typhus, brigandage… Ces années ont été dénommées par nos parents «âm achar» ou «âm lahrira», c’est-à-dire «année de la faim» ou «de la soupe» qui était quasiment le plat journalier de la grande majorité des populations. C’est durant cette période que beaucoup de gens de Aïn Sefra, de Mechéria, d’El Bayadh, de Saïda et d’ailleurs s’étaient installés à Béchar. L’or noir de l’époque, le charbon, était exploité à Kenadza et Bidon II (aujourd’hui Béchar Djedid), faisant la prospérité de cette région.

	Les Houillères du Sud Oranais (HSO) qui géraient ces mines avaient besoin de main-d’œuvre et payaient relativement bien. Il avait été fait appel même à des Marocains. C’est ainsi que des colonies de gens de Figuig, Bouarfa, Boudnib, Djerada (où le charbon était aussi exploité), d’Oujda et de tout le Sud-Est du Maroc ont rejoint aussi Béchar. L’autre grand avantage était que les houillères distribuaient des bons de denrées alimentaires au prix réglementaire à leur personnel en fonction du nombre de personnes constituant la famille. Les prix des denrées alimentaires au marché noir étaient dix fois plus élevés. Toutes ces gens avaient gagné Béchar momentanément pour passer la période difficile et retourner chez eux dès la fin de la sécheresse et de la guerre.

	En fait, la majorité d’entre eux s’implanta définitivement à Béchar, comme ce fut le cas pour ma famille.  Entre 1954 et 1956, l’armée française avait tué tout le cheptel durant les bombardements et avait confisqué même les denrées alimentaires aux populations rurales pour éviter qu’elles ne ravitaillent les moudjahidine. Les habitants de Stitten avaient été prévenus de l’enlèvement des denrées alimentaires par les militaires français. Ils prenaient tout et imposaient un rationnement. Ils donnaient un reçu au propriétaire, qui pouvait chaque mois venir récupérer la quantité qui lui était nécessaire en fonction du nombre de personnes constituant sa famille. Beaucoup de gens cachaient alors leur grain en dehors du village, dans des matmoura. Mon père a été plus astucieux : le fond de la chambre de feu mon grand père était constitué d’un makhzen qui contenait la provision en blé de toute la famille.

	Cette chambre, au premier étage, surmontait le magasin. De l’intérieur du makhzen, il avait ôté une dalle de pierre qui ne se trouvait pas au-dessus d’une poutre maîtresse et découpé les branchages du plancher pour pouvoir accéder au magasin situé en dessous. Il plaça une échelle et descendit toutes les provisions en laissant dans le makhzen une petite quantité pour ne pas attirer l’attention des militaires. En bas, dans le magasin, il construisit un mur à environ un mètre cinquante du fond. Le magasin avait été repeint de l’intérieur pour que le nouveau mur passe inaperçu en ayant la même couleur que tout le reste du magasin. Ainsi, à partir de la trappe créée dans la chambre au dessus, il pouvait accéder à ses provisions à tout moment, sans se déplacer. Lors de leurs visites inopinées, les militaires français ne s’étaient pas aperçus du subterfuge.

	Avec le déclenchement de la Révolution (1954) l’armée s’est installée à Bidon II et s’était accaparée du seul cinéma du village. Le bâtiment était situé dans le quartier européen dit Bâtiment Rouges. Ces bâtiments étaient en fait des villas juxtaposées.  L’entrée au cinéma, réservée aux militaires et à la population européenne, était gratuite. Bien entendu, les Arabes n’y avaient pas droit. Avec un camarade (Abdallah Drissi, que Dieu ait son âme), nous venions souvent tenter notre chance. Parfois, nous tombions sur des militaires sympathiques qui nous laissaient entrer. Souvent, c’était le refus.

	Dans ce dernier cas, nous nous mettions à une certaine distance et lancions, à l’intention de ceux qui s’étaient opposés à notre entrée la maxime de la République française : «Liberté, égalité, fraternité.» Puis nous les harcelions en scandant : «Egalité où es-tu ? Egalité où es-tu ?» Nous rentrions alors à la maison avec la satisfaction d’avoir nargué les militaires, à défaut de film que nous nous faisions conter le lendemain par nos camarades européens. Durant les années 1956 et 1957, la situation sécuritaire était très tendue à Béchar. A partir de 1958, la Saoura a connu un calme relatif. D’abord les conditions climatiques sont très dures dans la région (en été la température arrive à 45° et l’hiver il fait souvent en dessous de zéro la nuit). La région a été épargnée également pour en faire une zone de repli pour les moudjahidine. Cela avait commencé par une action spectaculaire.

	Un samedi soir, jour de quartier libre pour les militaires français, des fidayine (combattants en ville) ont parcouru la grand-rue de Béchar à moto et ont lancé des grenades dans les nombreux bars et restaurants, bondés de militaires, le long de cette avenue principale de la ville. Parmi ces fidayine on peut citer Si Ali Ben Boualem (dont une rue de Béchar porte le nom depuis l’indépendance). La ville était quadrillée par les militaires vingt-quatre heures sur vingt-quatre. A chaque carrefour, à chaque pâté de maisons, on se faisait arrêter, fouiller, bousculer. La nuit, le couvre-feu était de rigueur, sauf à Bidon II et Kenadza à cause de la sortie des ouvriers de la mine à toute heure. En janvier 1957, il eut la grève de sept jours décrétée par le FLN (Front de libération nationale). Cette grève a été largement suivie à Béchar, Bidon II et Kénadza. A Bidon II et Kénadza, l’armée sortait les ouvriers de chez eux manu militari et les amenait au travail.

	 

	Cette partie est relatée par Bentaleb Abderrahmane, mon ami d’enfance et voisins à Bidon II durant une quinzaine d’années. Il a fini sa carrière comme receveur des contributions diverses à Béni Abbès ; il est aujourd’hui retraité et installé avec sa famille à Sidi Bel Abbès.
	C’était le 8 janvier 1962, un lundi, premier jour de la semaine. Cela faisait environ deux années que j’étais employé aux contributions diverses de Béchar en tant qu’agent non titulaire (ANT). Ce matin-là, comme d’habitude, j’étais arrivé au bureau à 8 heures. Il ne faisait pas très froid. J’étais habillé légèrement, une chemise et une veste mi-saison. C’était une journée comme une autre, la routine, le train-train habituel. Rien ne laissait présager le tournant que devait prendre mon existence ce lundi 8 janvier. A peine une heure plus tard, vers 9 heures, deux gendarmes se présentèrent dans le bureau que j’occupais et me questionnèrent: «Vous êtes bien SNP Abderrahmane ben Moussa?»
	- Oui, répondis-je.
	- Suis-nous à la brigade.
	- Je dois en aviser Monsieur le receveur au préalable.
	- Non tu dois nous suivre immédiatement, sans prévenir qui que ce soit.»

	Une polémique s’ensuivit, arrêtée par l’entrée du receveur dans le bureau, alerté par des collègues. Marcel Mathieu, le receveur des contributions diverses de Béchar, était un homme d’un certain âge, très respectueux et très respecté par l’ensemble du personnel. Français de souche, c’était un ancien résistant durant l’occupation de la France par les Allemands. Il s’opposa énergiquement à ce que je sois emmené par les gendarmes, mais ces derniers ont insisté en disant qu’ils avaient reçu des instructions fermes de leur hiérarchie. Pour m’emmener, ils ont du exhiber la décision d’expulsion du territoire de la Saoura. Furieux, il les assura de se plaindre officiellement auprès du préfet. J’ai appris qu’il en avait pleuré ! Ainsi je quittais le bureau entre deux gendarmes, devant tous mes collègues ahuris, ne comprenant rien à la situation. Moi-même je n’y comprenais rien. Le mot expulsé me trottait dans la tête. J’avais déjà rencontré ce mot, cependant, sa signification exacte m’échappait encore.

	Dans le véhicule qui nous menait vers la brigade, je faisais le point en passant en revue les raisons qui auraient pu justifier cet enlèvement. J’en ai trouvé deux, mais à ce jour je ne sus jamais la raison réelle de cette expulsion. La première  : à cette époque, comme la majorité des Algériens, je militais au sein du FLN en tant que moussebel et avais participé aux deux manifestations (décembre 1960 et 1961).

	La seconde était que mon frère aîné, Mohammed, faisait partie de l’ALN depuis bientôt cinq ans. Durant les vacances scolaires de l’été 1956 ou 1957, je ne me souviens plus exactement, ma mère avait pris une décision capitale, toute seule. Toute seule car mon père était déjà décédé depuis trois ans. Elle emmena tous ses enfants, huit orphelins (six garçons et deux filles) par train au Maroc, à Oujda, ville que nous voyions pour la première fois. Nous fûmes accueillis par de braves gens aussi pauvres que nous (probablement des parents éloignés) dont je ne connais pas l’identité. Au bout de quelques jours, ma mère, après s’être renseignée, vraisemblablement aidée par nos hôtes, se présenta à la base Larbi ben Mhidi de l’ALN à Oujda, nouvellement créée. Elle expliqua aux responsables qu’elle était elle-même originaire du Rif marocain et qu’elle vivait depuis fort longtemps en Algérie.

	Son mari était également Marocain (natif du sud saharien marocain) mais a vécu dès son jeune âge, sous le nom de Moussa El Houari, en Algérie plus précisément à Constantine. C’est dans cette ville d’ailleurs que fut enterré mon grand-père paternel qui était venu de Tunisie rendre visite à son fils. Elle expliqua que son mari avait milité jusqu’à sa mort (en septembre 1953), durant de longues années pour la cause algérienne, lui laissant huit enfants tous nés en Algérie en partie à Sétif et en partie à Béchar. En conséquence, ses enfants devaient êtres considérés comme des Algériens et à cet effet elle venait mettre à la disposition de l’ALN ses deux aînés, mon frère Mohammed et moi-même.

	Après concertation entre eux, ces responsables l’ont félicitée pour sa bravoure et ont décidé de ne retenir que l’aîné de la famille, c’est-à-dire mon frère Mohammed en expliquant à ma mère que le second garçon devait rester avec elle pour l’aider à subvenir aux besoins de sa nombreuse famille. Ils lui ont clairement signifié qu’elle était exemptée de tout ichtirak. C’est ainsi que mon frère Mohammed fut remis aux autorités de l’ALN à Oujda et ma mère, mes autres frères et sœurs et moi-même retournâmes à Béchar. En son temps, je n’avais pas mesuré la portée de son geste. A l’âge adulte et après être devenu père moi-même, j’ai alors pris conscience de l’ampleur du courage dont ma mère avait fait preuve. Dieu, qui ne perd pas la récompense des bienfaiteurs doit l’avoir accueillie dans Son Vaste Paradis, auprès de son mari, pour le sublime sacrifice qu’elle a fait.

	Mon frère Mohammed utilisa toute son ingéniosité de chef de bande de gamins au service de la lutte armée et devint, après un stage au Maroc, un élément moteur dans le déminage pour créer des passages dans la ligne Morice qui longeait la frontière entre l’Algérie et le Maroc et devait interdire toute traversée de personnes, de ravitaillement ou d’armement entre les deux pays. Brave et insouciant, il sauta sur une bombe qui le handicapa à vie et fut pris par l’armée française et incarcéré à la prison de Kenadza, vers la fin de l’année 1959, où il resta emprisonné jusqu’à l’indépendance.

	Durant ces trois années, ma mère lui rendait visite, assidûment, les trois fois permises par semaine. Aidée par l’un de ses enfants, elle se rendait à la visite avec un lourd couffin de vivres, vêtements et tout ce dont il avait besoin ainsi que ses compagnons moudjahidine dont les parents n’habitaient pas la région. Ces couffins, ainsi que la subsistance de toute la famille provenaient de mon maigre salaire que gérait parcimonieusement ma mère. Quoique cela fut tout à fait dans l’ordre des choses, j’en ressentais tout de même un sentiment de fierté et, encore à ce jour, chaque fois que j’y pense, la satisfaction du devoir accompli m’envahit comme une bouffée de chaleur. Je prie pour mes parents et les remercie de l’éducation qu’ils nous ont prodiguée, conforme à notre noble religion : faire le bien et n’en espérer de récompense que du Tout-Puissant et Miséricordieux. Toutes ces pensées me traversèrent l’esprit le temps d’arriver à la brigade de gendarmerie, sur la route de Bidon II.

	Là, je fus brutalement poussé dans une cellule dans laquelle était assis, sur un banc, Si Bouréah M’hamed, qui commenta mon arrivée à haute voix, pour bien se faire entendre par les gendarmes : «Maintenant, on embarque même les enfants !». Si M’hammed Bouréah était un notable de Bidon II. Originaire d’El Bayadh, il était installé depuis longtemps dans la région. D’un certain âge, très aisé matériellement, il était instruit pour son époque. Lettré aussi bien en arabe qu’en français, il avait un franc-parler très apprécié par toute la population de Bidon II, de Béchar et Kenadza. Il était très connu aussi par les autorités coloniales qui n’appréciaient pas du tout sa façon hautaine de s’adresser à eux, sans peur ni complexe.

	 

	Bien sûr, enfant de Bidon II, Si Bouréah  me connaissait bien ainsi que toute ma famille. A Bidon II, tout le monde connaissait tout le monde. Nous formions une grande famille. En particulier, il connaissait mon père pour avoir milité avec lui, ensemble durant de longues années pour la libération de l’Algérie et aussi pour celles de la Tunisie et du Maroc. Le Maghreb uni existait bel et bien, concrètement, dans les faits, sans discours creux. Si Bouréah  me rassura, me disant de ne pas avoir peur et qu’ils ne peuvent rien nous faire ; Dieu Tout Puissant était au dessus d’eux et de leur pouvoir éphémère. Un moment plus tard, la lucarne de la porte s’ouvrit avec fracas et un gendarme lança : «ça sent mauvais ici ! - Oui ça sent mauvais ici, et ici c’est chez vous», rétorqua Si Bouréah, un ton plus fort que celui du gendarme. A 15 heures, on nous sortit de la cellule pour nous mettre dans un véhicule 6x6. A l’arrière étaient déjà installés trois autres habitants de Bidon II : les deux frères Gerdine Mohamed et Abdeslem) et Mébarki Mohammed.

	Avec mes 20 ans, j’étais le plus jeune. Si Bouréah avait la cinquantaine et les trois autres tous plus 25 ans. Ma mère et ma sœur étaient là aussi. Ma mère tenait les ridelles du véhicule, pleurant, implorant. Le véhicule démarra en trombe, l’obligeant à lâcher prise. Je n’oublierai jamais cette image de ma mère au sol, recroquevillée sur elle-même, se tordant de douleur, devant plusieurs gendarmes menaçants. Le véhicule tourna très vite pour aborder la grande route qui contournait de la ville de Béchar vers Beni Ounif et tout le nord, m’épargnant la vue plus longtemps de cette image insoutenable. Nous arrivâmes à Beni Ounif (110 km au nord de Béchar) à la tombée de la nuit.

	A la sortie de Beni Ounif, nous fûmes débarqués et les gendarmes nous intimèrent l’ordre de continuer à pied notre chemin vers le Nord, où bon nous semblerait, mais sans jamais remettre les pieds sur le sol de la Saoura. Si Bouréah protesta énergiquement, disant que nous n’étions pas des assassins pour être chassés de la sorte et demanda que nous passions la nuit en ville pour partir le lendemain. Les gendarmes refusèrent catégoriquement. Par bonheur, un semi-remorque arriva de Béchar, se dirigeant vers le Nord. Si Bouréah demanda aux gendarmes la permission de négocier avec le chauffeur. Ils acceptèrent avec un haussement d’épaules. Après une brève discussion, nous embarquâmes sur le camion, Si Bouréah en cabine avec le chauffeur, nous quatre sur le plateau vide du semi-remorque.

	Avec la vitesse, il faisait très froid et, à Moghrar, me voyant mal en point (j’étais très peu habillé), Mébarki Mohamed et Gerdine Mohamed arrêtèrent le camion pour demander au chauffeur de me mettre en cabine. Depuis ce voyage, j’ai contracté une forte bronchite qui, mal soignée, est devenue chronique avec deux à trois crises annuellement, à ce jour. Arrivés à Aïn Sefra vers 22 heures, nous nous dirigeâmes directement vers le poste des légionnaires pour l’autorisation de passer la nuit. Après examen de nos décisions d’expulsion, ils nous autorisèrent à dormir à Aïn Sefra à la condition de quitter les lieux en prenant le train qui passe à 4 heures du matin en direction du nord. Je fus gardé au poste des légionnaires pour subir un questionnaire particulier. Ils voulaient savoir pourquoi nous avions été expulsés et j’ai du jurer, par Dieu et tous les saints, que je n’en savais absolument rien aussi bien à mon sujet qu’à celui de mes quatre compagnons d’infortune. Ils essayèrent en vain de me faire boire du vin pour me délier la langue. Je fus relâché au bout d’une heure environ. Arrivé au bain maure, je trouvais Si Bouréah qui m’attendait, inquiet pour mon sort. Les autres dormaient à poings fermés.

	Le lendemain, vers 3h du matin, nous fûmes réveillés à coups de pied par les légionnaires pour aller prendre le train. Les frères Gerdine et Mébarki décidèrent de rejoindre Tlemcen, Si Bouréah me proposa de m’emmener avec lui à El Bayadh. J’acceptais volontiers car je ne savais où aller. J’ai passé 12 jours à El Bayadh, totalement pris en charge par Si Bouréah qui avait de la famille et des biens dans sa ville natale. Avant de poursuivre mon récit, je tiens à rendre un vibrant hommage à Si Bouréah pour m’avoir assuré, dès les premiers instants de cette aventure, à la brigade de gendarmerie à Béchar, de son soutien indéfectible. Soutien moral et matériel. Je me sentais vraiment protégé par ce quinquagénaire qui inspirait tellement d’assurance et de confiance. Il n’a pas cessé de me réconforter tant durant le voyage, qu’à Aïn Sefra, devant les gendarmes et les légionnaires.

	Durant les 12 jours que j’ai passé chez lui, je n’ai jamais manqué de quoi que ce soit. Même les contacts avec le receveur des contributions de Béchar ont pu être effectués grâce à son concours. C’est lui qui a téléphoné, en donnant son adresse pour l’envoi de l’ordre de mission. Je témoigne de ce que Si Bouréah M’hamed était un nationaliste convaincu, qu’il a dépensé sa fortune et donné tout son temps pour la Révolution. Dieu le récompensera beaucoup mieux que les hommes et l’acceptera certainement dans Son Vaste Paradis.

	
	Durant ces douze jours passés à El Bayadh, le receveur des contributions de Béchar avait tout essayé pour me venir en aide. Il m’envoya de sa poche la somme de 300 francs (l’équivalent d’un salaire mensuel) et un faux ordre de mission, établi discrètement sous sa responsabilité m’affectant à la direction régionale de Laghouat. Il avait appelé le directeur de cette structure et m’avait recommandé auprès de lui. Il écrivit au préfet pour intervenir en ma faveur. Cette démarche s’était avérée infructueuse. Avec l’ordre de mission, document sans lequel je ne pouvais entrer dans la ville de Laghouat et les 300 FF en poche, je remerciais infiniment Si Bouréah pour son hospitalité et toute l’aide qu’il m’avait prodiguée. Je suis arrivé à Laghouat le 21 janvier 1962, un dimanche, après un périple par bus par Tiaret et Aflou (la route nationale 47, entre El Bayadh et Aflou n’existait pas encore).

	Le lendemain, à la première heure, je m’étais présenté à la direction régionale des contributions diverses de Laghouat. De petite taille, la cinquantaine, le directeur me reçut avec amabilité à peu près dans ces termes : «Jeune homme, M. Mathieu, le receveur de Béchar, m’a parlé de votre dévouement au travail et de votre conduite respectueuse. Continuez à vous comporter de la sorte et vous n’aurez aucun problème, nous ne nous occupons pas de politique. Soyez donc le bienvenu et je vous souhaite un bon séjour parmi nous ».

	Et il m’envoya chez le sous-directeur pour l’affectation de bureau et la définition de la tâche à effectuer. Ce sous-directeur, par contre, m’avait reçu avec froideur et avec un ton de menace à peine déguisé : «Vous avez intérêt à vous tenir tranquille et à ne pas vous mêler de choses en dehors de votre travail comme ce fut le cas à Béchar. Je vous tiendrais personnellement à l’œil et au moindre faux pas, vous serez également chassé de Laghouat.» Je pris mes fonctions sur le champ et fus logé dans un hôtel. Au bout de quelques jours, dès que l’on sut que j’avais été expulsé de la Saoura, mes nouveaux collègues arabes me prirent en charge. D’abord ils m’ont appris que l’hôtel où je logeais appartenait à un pied-noir et que j’y risquais ma vie. Ils me conseillèrent l’hôtel de l’Hadj Lakhdar, tout proche de la recette des impôts (critère à avancer en cas où l’on me demanderait pourquoi avoir changé d’hôtel). Dans cet hôtel, je fus très bien accueilli, en particulier par le réceptionniste Mohamed qui m’avait pris en sympathie.
	
	Un soir, le réceptionniste Mohamed me demanda de ne pas quitter l’hôtel et m’appris l’arrestation par des djounoud de l’ALN d’un individu ayant commis un délit d’escroquerie ou tenté de le faire auprès de commerçants militants de la ville. Cet individu, expulsé lui aussi de la Saoura, résidait dans le même hôtel. Ces mêmes djounoud vinrent me rendre visite à 3 heures du matin, en plein couvre-feu. Ils m’apprirent que l’ALN avait enquêté à mon sujet et avait appris que mon frère aîné était au front, que je militais au sein du FLN et que je subvenais aux besoins de ma mère veuve et de mes frères et sœurs tous plus jeunes que moi. Ils m’ont assuré du soutien de l’ALN et du FLN et que j’étais le bienvenu à Laghouat. Ils me quittèrent vers 5 heures du matin, juste avant la levée du couvre feu. Bien entendu, durant tout mon séjour, je continuais à subvenir aux besoins de ma famille en envoyant mensuellement de l’argent à la maman à Bidon II, ne gardant que le strict minimum pour vivre.

	Vers la fin du mois de mai, je fus convoqué par la police et on me demanda de m’apprêter à rejoindre l’armée pour faire le service militaire. Mes amis de Laghouat m’ont conseillé de répondre aux policiers par l’affirmative mais de tergiverser, car les pourparlers entre le colonisateur et le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) allaient bon train à Evian et que l’indépendance n’était plus très loin ; le cessez le feu ayant déjà eu lieu le 19 mars 1962. Effectivement j’ai eu la chance d’éviter le service militaire, quelque 18 mois qui auraient posé un sérieux problème de subsistance à la famille. De mon séjour de Laghouat qui a duré quelques cinq mois, je garde de merveilleux souvenirs.

	Cette partie est relatée par Naïmi Abdelmalek, un ami depuis les années cinquante, qui a fini sa carrière comme sous-préfet. Il est retraité et installé avec sa famille dans sa ville natale d’El Bayadh. Flash-back : je rentre à la maison après une petite promenade au vieux ksar de Kenadza, avec mon ami Khalif. Je croise mon père qui s’en va, normalement comme à son habitude, assurer le service de garde à la caserne de Belhadi de Kenadza. Nous échangeons un salut et rien d’autre, sauf un au-revoir. Je ne me doutais nullement que cet au-revoir était plutôt un adieu. C’était le lundi 13 novembre 1956. Fin ]]></description>
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           <title>Un moudjahid lynché sous mes yeux</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Je suis né en 1947 dans une ferme aux environs d’Aouebellil, dans la wilaya d’Oran. Notre ferme était située sur une colline, dominant tout le paysage avoisinant. Quand la Révolution éclata, j’avais 7 ans. 
	Je me souviens de ma première rencontre avec l’armée française, dans les années 1955. Nous vivions encore à la ferme. Du palier du préau, ma mère et moi aperçûmes un groupe de militaire qui avançait vers notre ferme. Ma mère intriguée, me lança d’une voix pleine d’inquiétude : «Regarde mon enfant, cette monstrueuse colonne de soldats verts qui viennent vers nous. Prions le ciel de nous en protéger.» Et elle entra précipitamment pour avertir les hommes.
	Notre clan familial se résumait en mon oncle Mohamed, mon neveu Otman et mon père. Ils arrivèrent et s’entretinrent avec mon père, qui était l’ainé de la famille. Je ne compris pas très bien ce qui s’ensuivit mais mon oncle Mohamed fut embarqué. Mon oncle était tuberculeux et crachait du sang.Le lendemain, nous prîmes nos petites affaires et nous nous sommes installés chez ma grand-mère, à De Malherbe, alors que la famille d’Otman fut hébergée à Aoubellil chez des proches et celle de mon oncle Mohamed à Aïn Témouchent.

	Ferme abandonnée

	Le verdict venait de tomber sur notre ferme comme un jugement de déracinement effectif. Les soldats français nous avaient donné 24 heures pour vider les lieux sinon ils brûlaient notre ferme et nous avec. Notre bétail et nos biens furent vendus, dans un contexte précipité, à des prix dérisoires. Mon oncle séjourna pendant plus de 6 mois en prison, malgré son état de santé déplorable. Quand on le libéra, après maints recours et supplications de mon père, il était méconnaissable. Il mourut quelques mois plus tard, auprès de la famille de sa femme qui les avait recueillis.

	Fini le temps des labours, des récoltes de blé et des vignobles. La ferme était abandonnée et personne ne songea à s’y rendre par peur de représailles.Je me souviens qu’avant cet événement, une nuit, des moudjahidine étaient venus chez nous. Ils avaient pris du blé et le mulet pour se ravitailler. Les Français avaient certainement eu vent de cela, que nous entretenions les fellaga comme ils les surnommaient à l’époque. Peut-être que c’est cela qui a amené l’armée colonialiste à agir de la sorte.

	Maculés de boue

	A Aghal (ex-De Malherbe), nous vivions misérablement dans un réduit d’une pièce pour une famille de cinq personnes. J’entrai à l’école primaire du village, qui s’appelait alors De Malherbe.
	J’ai encore en mémoire le souvenir de cette image qui ne cesse de m’interpeller depuis, jusqu’à ce jour. Dans la rue principale, dans les années 1957, un homme mort, les vêtements déchirés et sales, était adossé au mur de la devanture d’un bar géré par un pied-noir. Il avait la figure blême, les lèvres enflées, les yeux grands ouverts, la bouche béante. Ses cheveux étaient maculés de boue. Sa tête pendait sur le côté. Ses parties intimes étaient mises à nu car son pantalon était déchiré. Les Français riaient ; ils semblaient ravis de voir cet homme mort, exposé misérablement.

	Cet homme était un jeune du village, de la famille Sadaoui. Il avait rejoint le maquis et il avait été capturé dans les montagnes avoisinantes. Je crois qu’il n’avait pas encore pu entrer en contact avec les moudjahidine. Il devait se battre en solitaire, juste avec son fusil de chasse. L’image de cet homme mort, exposé de la sorte, reste gravée à tout jamais dans ma mémoire.
	En retournant à la maison, ce jour-là, je me suis mis à pleurer en silence. Ma mère, s’apercevant de mon état, me demanda, inquiète :
	«Qu’est ce qui ne va pas petit ? T’es-tu encore battu avec tes camarades ?» «Non pas ça !» «Quoi alors ?» «Maman, ils ont tué un moudjahid. Et si tu savais dans quel état, ils l’ont mis maman ! En plus ils riaient et s’amusaient en lui crachant dessus…» Et je me remis à pleurer à chaudes larmes.

	Ma mère me prit dans ses bras et essaya de me consoler en me disant bien plus que des mots : «Il est maintenant au ciel, mon enfant. Il est au paradis ! C’est un vrai martyr... un vrai martyr», me chuchotait-elle en me caressant tendrement les cheveux.
	  ]]></description>
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	Corvée de fontaine à Bou Adnenane.
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           <title>Souvenirs traumatisants</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Née en 1951 en Algérie, j’y ai vécu pendant 18 ans ;  je suis arrivée en France en 1969 mais je retourne régulièrement dans mon cher pays. Parler des années 1958 à 1962 m’est très douloureux ; dans ma petite enfance, je n’ai connu que la colonisation. 
	Dès que je vois les enfants palestiniens, c’est inévitable, ça me renvoie à mon passé. Des parents âgés, maltraités, la terreur des soldats sur notre terre, la torture… Mon frère a été torturé pour rien ; ma maman a été blessée dans son âme, elle qui ne connaissait rien à la politique. Elle aimait ses enfants, son pays et ne comprenait pas pourquoi cette haine, cette ségrégation, ces horreurs de la colonisation. Les soldats français semaient la terreur sur notre sol.

	Je n’ai gardé de mon enfance que des souvenirs terribles et Dieu seul sait qu’il y a beaucoup d’exemples. Je me souviens qu’un jour où nous étions en train de manger, les soldats ont enfoncé la porte et sont rentrés dans la maison. Ma maman pleurait, suppliait… Mon père, vêtu d’une kachabia, a reçu des coups de pied, des humiliations… Nous, les plus jeunes, étions terrifiés. Mes sœurs aînées  avaient une vingtaine d’années à l’époque ; mon père leur a lancé : «Faites semblant de donner le sein aux enfants pour que les soldats ne les prennent pas…» Je garde en moi, de cette période, un état maladif qui resurgit à chaque injustice.
	  ]]></description>
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        <item>
           <title>L’affaire des trois garçons disparus dans la région de Aïn Beïda</title>
           <author></author>
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           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Depuis longtemps que les faits se sont déroulés, il me semble que l’histoire s’estompe. Mais certains événements de la Guerre de Libération resteront toujours gravés dans ma mémoire. 
	En effet, le 5 mai 1956, la Dépêche de Constantine faisait paraître en première page, la nouvelle suivante : «Partis en fin d’après-midi se promener bicyclette, trois jeunes garçons de Aïn Beïda, Jean-Paul Morio, Gilbert Bousquet, et André Almiras, ont été enlevés par les rebelles.» Ils étaient âgés de quatorze et quinze ans. A l’époque, j’avais sensiblement le même âge. Je ne les connaissais pas personnellement. Pourtant, leurs maisons se trouvaient non loin du domicile de mes parents. Plus particulièrement, celle de Jean-Paul Morio, le fils de l’horloger bien connu de Aïn Beïda. Le jour de la disparition de ces trois Européens, il faisait un temps splendide. C’était le printemps.

	Partout, les champs de blé ondulaient sous la brise légère soufflant du nord. C’est à peine si on voyait à l’horizon quelques nuages épars que la lumière du soleil rendait presque invisibles dans un ciel d’un bleu éclatant. Cependant, l’atmosphère était loin d’être gaie pour les paysans des douars environnants. Une tension extrême régnait dans les campagnes à cause de cette situation dramatique. De gros amas nébuleux s’amoncelaient au dessus de toutes les têtes et ne permettaient à personne de profiter de la nature en pleine mutation, de la verdure et de la beauté des près en fleurs. Personne n’écoutait le chant des oiseaux et le vol des abeilles butinant dans les champs. Et pour cause. Au petit matin du jour suivant, de fortes patrouilles du 16e régiment de Dragons, stationné dans une caserne de la ville, avaient été envoyées dans les directions pour retrouver les trois jeunes disparus. C’était de jeunes appelés du contingent assez inexpérimentés mais décidés à en découdre avec les fellagas qu’on accusait d’être à la source de cet enlèvement.

	Cruauté inutile

	Sur la route de Khenchela, à 8 kilomètres de Aïn Beïda, juste en face du douar d’Oulmen, mon grand-père possède une ferme où je me rendais à vélo ou à cheval, presque chaque soir, après mes cours au Collège complémentaire de la ville. J’y étais scolarisé en classe de cinquième. J’observais alors le mouvement incessant des troupes françaises, lesquelles avec leurs jeeps, leurs half-tracks et leurs camions GMC, sillonnaient la région, faisaient irruption dans les mechtas, questionnaient rudement les paysans et les terrorisaient. Dans leur esprit, ils se figuraient être «le bien» et les Arabes représentaient «le mal». Ils oubliaient que tout est relatif et que la méchanceté peut être partout. Il faut se souvenir de cette période tourmentée où on confondait les individus avec les situations, où les Algériens devenaient étrangers sur leurs propres terres, où ils étaient soumis à la discrétion totale des Européens qui avaient droit de vie ou de mort sur les autochtones.

	Les soldats français croyaient qu’ils étaient les seuls à avoir droit de supprimer les méchants, de provoquer la douleur. Bien au contraire, en agissant aussi inconsciemment, ils ne se rendaient pas compte combien leurs actions de représailles et de vengeance apportaient aux habitants d’Oulmen, d’El Zorg, de Fkirina, de Oued Nini et d’El Tarf, un poids incommensurable de peines, de douleurs et de cruauté inutile. Et de haine. Surtout quand le mensonge masque la vérité et tend à s’ériger en postulat immuable. De mon côté, malgré mon jeune âge, je découvrais de quelle façon la presse et ce qu’on appelle aujourd’hui les médias peuvent manipuler les esprits, déformer la réalité et colporter de fausses nouvelles, pour brouiller les pistes et orienter les opinions dans le seul intérêt des partisans de l’Algérie française.

	Mais la puissance des armes n’est jamais parvenue à venir à bout des résistances authentiquement populaires et des volontés inexpugnables des hommes déterminés et assoiffés de liberté. Toujours est-il que selon les thèses des journaux coloniaux en ces temps troublés, ce serait un soldat d’un détachement de l’armée française qui aurait, lors de recherches au douar d’Oulmen, découvert les corps des trois jeunes européens, en donnant un coup de crosse dans un tas de fumier. On imagine aisément la suite : Il s’ensuivit de terribles représailles contre cette population complètement désarmée : exécutions sommaires et massacres de tout ce qui bougeait dans la mechta. Un déchaînement de violence inouïe. Une furie vengeresse sans aucune limite.

	Véritables bouchers

	A l’issue de cette opération dévastatrice, il ne restait que gourbis en ruines avec, tout autour, un amoncellement de cadavres de vieillards, de femmes et d’enfants. Seuls quelques hommes et quelques femmes qui avaient pu fuir ou se cacher dans des endroits retirés, avaient survécu au carnage. Il est vrai que certains gradés militaires étaient choqués par la brutalité de leurs subordonnés. Au fond d’eux-mêmes, ils gardaient un sentiment humaniste. En ce qui les concernait, leur pays, la France, patrie des droits de l’homme et du siècle des Lumières, agissait de manière barbare, en punissant de soi-disant «hors-la-loi», de la façon la plus atroce qui soit. Elle ternissait ainsi gravement sa réputation. Mais les autres soldats, dans leur majorité, sourds à tous les appels de la raison, s’étaient transformés en véritables bouchers que la colère rendait complètement aveugles.

	En tout état de cause, la version donnée par les autorités coloniales selon laquelle c’étaient les fellagas qui étaient à l’origine de la mort des trois garçons européens était complètement fausse. La réalité était tout autre. Le jour de leur promenade à vélo, ils avaient accosté un berger afin de lui demander des renseignements. Ce berger ne trouva mieux que de les attirer dans un guet-apens et de les tuer froidement, croyant faire œuvre utile. Il ne savait pas combien son action était ignoble et nuisible à la Révolution algérienne. L’ALN étant fortement implantée dans le secteur, elle interdisait formellement de s’en prendre aux civils européens, sauf en cas d’absolue nécessité.

	Guillotiné

	Lors du déclenchement de l’insurrection du 1er novembre 1954, Mustapha Ben Boulaïd, le chef mythique des Aurès-Nemenchas, avait donné des instructions fermes pour éviter de pareils dépassements. Les Français étaient parfaitement au courant de tout cela. D’ailleurs, c’est grâce au flair d’un chien berger allemand qu’ils avaient réussi à localiser l’endroit où avaient été enterrés les trois enfants, Jean-Paul Morio, Gilbert Bousquet et André Almiras. Dans la foulée, ils avaient réussi à identifier le berger, à l’arrêter et à le faire guillotiner à la prison El Coudiat de Constantine, après sa condamnation à mort par un tribunal d’exception. Mais il était de bonne guerre, compte tenu du contexte de l’époque, de mettre tout sur le dos des fellagas.

	Psychologiquement, les colons espéraient déprécier davantage le soulèvement légitime mené par les Algériens et justifier leurs actions contre la population «indigène». Alors, malgré l’évidence, malgré les combats acharnés, presque quotidiens qui avaient lieu, surtout dans les montagnes, opposant les moudjahidine aux troupes aguerris des légionnaires et des parachutistes, et aux divisions blindées du général Cherrière, les autorités françaises continuaient à ignorer l’atmosphère de guerre dans laquelle baignait toute l’Algérie et plus particulièrement les Aurès-Nemenchas. Pour eux, il ne s’agissait que d’événements passagers. En quadrillant le territoire, en menant des actions de «pacification» grâce aux effectifs d’une armée nombreuse et suréquipée par l’OTAN, ils étaient persuadés qu’ils viendraient facilement à bout de la rébellion.

	Scène féérique

	Vers la fin du mois de mai 1956, Si H., un chef de l’ALN, chargé du secteur 3 dans la Zone 1 (future Wilaya 1) décida de faire une tournée d’explication au niveau des douars environnants. Accompagné d’une escouade de djounoud devenus déjà des vétérans, son travail consistait à remettre les pendules à l’heure, au moment où les partisans de l’Algérie française se livraient à une intense propagande tentant à diaboliser au maximum ce qu’ils appelaient les bandits du FLN. Presque partout, ils avaient placardé des affiches portant la mention «La France construit, le FLN détruit». Si H. se proposait de donner un nouveau souffle à la Révolution et d’expliquer en même temps les derniers événements tragiques ayant suivi la mort des trois adolescents européens. Je les vis arriver au crépuscule, lui et ses hommes, montés à cheval. Le soleil couchant donnait à leurs silhouettes, un halo particulier et irréel. Le rouge, l’orange, le jaune et le bleu de l’horizon se mélangeaient et rendaient la scène féerique.

	L’air de cette soirée était limpide. Le calme et la paix régnant aux alentours contrastaient avec les tragédies qui se déroulaient un peu partout. Quiconque étranger à la région, n’aurait jamais cru que la guerre régnait en maître dans la contrée. Si H. était un de ces hommes d’une audace et d’un courage inouïs. Ayant milité au MTLD, il avait ensuite pris le maquis, tel un preux chevalier des temps anciens, mu par un patriotisme sans faille et une détermination dure comme l’acier. Je faisais partie de l’assemblée qu’il avait réunie dans notre ferme pour assister à son discours : «Nous luttons pour une juste cause, leur dit-il. Nous avions eu la possibilité de tuer de nombreux soldats français. Mais là n’est pas notre objectif principal. Nous devons éviter à la population, les représailles qui en découleraient. Vous devez aussi être très prudents et ne jamais vous attaquer aux civils français ou autres, sauf ordre express du Front. Si j’avais pu mettre la main sur le berger qui a assassiné les trois garçons européens, je l’aurais puni moi-même.»

	Images des héros

	Si H. continua son intervention verbale pendant plus d’une heure. Son art oratoire laissait apparaître un caractère trempé dans les épreuves et une aisance particulière dans l’expression de ses idées. Ce n’était pas vraiment un idéaliste mais c’était plutôt un pragmatique qui savait que d’innombrables sacrifices attendaient le peuple algérien, avant la fin de son calvaire et de sa délivrance. Je venais ainsi de faire la connaissance d’un guerrier d’une générosité renversante, d’une épaisseur hors normes et en même très ferme dans ses convictions. Ses hommes, sans être des personnages comparables, savaient créer une ambiance insouciante, sachant toutefois que la mort pouvait les attendre à chaque détour du chemin. Je me suis demandé longtemps après, s’ils ne figuraient les images des héros qu’on découvre lorsqu’on lit des romans d’aventures.

	Après avoir dîné avec sa troupe, ramassé les cotisations exigées par le Front, Si H. repartit vers minuit. Je ne pus jamais le revoir car il tomba les armes à la main, avec d’autres moudjahidine, au djebel Tarf, suite à la dénonciation d’un traître. Je garde de lui le souvenir d’un homme de haute stature, capable de manipuler deux mitraillettes à la fois et de porter sur son dos une quantité incroyable de munitions. L’odyssée ne se termina pas pourtant pour les fellahs du pourtour «harkati». Ils eurent à subir, pendant plusieurs mois, les exactions et les persécutions des Unités territoriales armées, composées essentiellement d’Européens. Ceux-ci procédaient à des expéditions punitives dans les douars. Surtout le propriétaire de l’horlogerie, le père de Jean-Paul Morio. Ce dernier ne ratait pas une occasion de donner la chasse aux Arabes. Dès qu’il sortait de la ville, il tirait sur tout ce qui bougeait. Des volontaires de l’ALN (moussebiline) tentèrent à plusieurs reprises de le mettre hors d’état de nuire, en jetant des grenades dans sa boutique. Il eut un bras et une jambe arrachés. Mais il était écrit qu’il s’en sortirait chaque fois vivant, avec des séquelles physiques durables.
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	Les parachutistes français dans un accrochage.
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           <title>J’avais des copines juives, qui, à plusieurs reprises, m’ont sauvée</title>
           <author>Boukhalfa Amazit </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[  
	-Pour la révoltée que vous étiez, le 1er Novembre 1954 a dû être inoubliable. Comment l’aviez-vous vécu ?

	Aussi paradoxal que cela puisse vous paraître, je m’en souviens vaguement. Mais je sais que c’était un jour de joie. Je me rappelle mon père qui est entré avec un large sourire qui lui barrait le visage et qui m’avait dit : «Ça y est, nous avons démarré !» Je tiens de lui l’idée de l’inéluctabilité de l’indépendance nationale. Je ne sais pas pourquoi mais il me semble qu’il m’en parlait beaucoup plus qu’il n’en parlait aux garçons car j’avais de grands frères. Notre père nous a appris le sens de l’égalité entre garçons et filles que ce soit au niveau familial ou celui de l’instruction qu’il voulait pour toutes et pour tous avec un égal intérêt. Cela malgré les remontrances de ma mère, plus traditionaliste si je puis dire.

	-Aviez-vous pris conscience dès le déclenchement de la Révolution que vous deviez vous engager et donc que vous aviez un rôle à jouer ? A quand remontent vos premiers contacts avec l’Organisation ?

	Absolument. J’avais compris que mon heure était arrivée et que je devais passer à l’action. Restait à savoir où, quand et comment. C’est à l’école d’infirmières, que j’ai été approchée par les frères du réseau d’Alger. Cela doit dater de 1955 environ, je n’ai pas la date exacte. J’ai commencé par faucher des médicaments, puis je suis passée à la distribution des tracts et enfin au transport d’armes et de munitions. Tout dépendait des missions que l’on me confiait. A ce propos, il me vient à l’esprit que j’avais des copines juives qui, à plusieurs reprises, m’ont sauvé la mise, lorsque je me réfugiais chez elles, quand je me sentais suivie. Elles étaient des filles de mon quartier, beaucoup étaient dans un grand dénuement. Elles vivaient dans des baraquements. Eh bien ! Il leur arrivait souvent de m’assister et de cacher des objets ou des effets que je destinais aux frères ou à l’Organisation. Que s’est-il passé ensuite ? Pourquoi ont-elles rejoint le camp ennemi ? Je ne le saurai jamais.

	-Vos parents étaient-ils au courant de vos activités patriotiques ?

	Pas du tout ! Pas même mon père. Mais avec le recul et plus j’y pense, plus je me dis qu’il soupçonnait quelque chose. Quant à ma mère, elle n’y pensait même pas. Lorsque j’ai pris la résolution, le jour de mon départ au maquis de l’en informer, elle m’a envoyé le fer à repasser qu’elle tenait au visage. Vous voyez d’ici sa surprise. La peur de mourir loin d’elle m’avait, en effet, incitée à lui faire part de la décision des responsables de l’Organisation de m’évacuer d’urgence. Mal m’en a pris. Sa réaction était compréhensible par-delà toute considération patriotique ou politique. J’étais une fille, sa fille de surcroît. La perspective de m’imaginer au maquis parmi des hommes... En revanche, lorsque j’en ai parlé à mon père, je lui ai dit que j’étais recherchée et que si on me capturait, je risquais de ne pas résister aux tortures et que je mettrai en danger la vie de mes compagnons, il a vite compris. Certainement pas de gaieté de cœur, puisqu’il a pleuré, mais il s’est résolu à la nécessité de mon départ et il m’a donné sa bénédiction.

	-Et vous aviez quel âge ?

	Moins de vingt ans.

	-Quelle a été votre réaction lors de votre premier contact avec le maquis et les moudjahidine ?

	Les premières personnes que j’ai rencontrées étaient Ali Khodja et ses hommes. J’étais impressionnée, ahurie devant ces combattants en battle-dress impeccables. Bien armés. Il me semblait qu’ils n’étaient pas nombreux, une soixantaine environ ou, peut-être, un peu plus.

	-C’était un commando zonal ?

	Oui, le commando de la Zone 1, une unité d’élite, qui allait après sa mort, devenir le prestigieux commando Ali Khodja.

	-Est-ce à cette occasion que vous avez reçu votre nom de guerre «Baya El Kahla ?»

	Non, c’est le capitaine Si Abdallah, que Dieu ait son âme, qui m’a donné ce nom. A mon arrivée comme c’était d’usage, il m’a demandé de choisir mon nom de guerre. J’avais déjà, en famille, un petit problème de prénom. Mon père, pour l’état civil, m’avait appelée Toumya, ma mère trouvant ce prénom désuet et trop campagnard, m’appelait Baya, ça faisait plus citadin. «Vous voulez m’en ajouter un autre ?» ai-je dit au capitaine. Il m’a observé un bon moment puis m’a dit : «Serais-tu offensée si nous t’appelions Baya el Kahla» (Baya la noire). Et depuis... Même dans les tracts de l’armée française, on m’appelait ainsi.
	
	Paru le 5 août 2004 dans El Watan
	Lire en intégralité sur www.elwatan.com
	  ]]></description>
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	Opération de contrôle des couffins à Alger.
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        <item>
           <title>Laraf</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	C’était une journée de Ramadhan en plein été, le soleil brûlait déjà. Tout près, les bureaux de la police judiciaire, qui servaient à leurs heures d’antres de Dracula tant les militants de la cause nationale y étaient torturés de jour comme de nuit, ouvraient leurs portes. 
	C’était une action de routine mais elle devait se faire sans regards insistant des passants sous peine de brimades et autres sévices des barbouzes de service. Un policier à moto arrive pour prendre son service ; il arrête le moteur de sa rutilante motobécane, descend et, tranquillement, entre dans la sinistre bâtisse et referme la porte derrière lui. A cet instant, un homme sorti d’on ne sait où, la trentaine, l’allure altière, arrive, s’approche de cette porte comme pour demander un renseignement, frappe ; quelqu’un ouvre. L’homme sort une arme à feu et tire à bout portant sur le policier de service. L’attaque n’a duré que quelques secondes. On croyait vivre une séquence de film. Encore sous le choc, des policiers en civil ameutent leurs collègues des autres brigades et l’encerclement du bureau de la police judiciaire commença à se faire. Pétrifiés, les résidents de Dhala ferment leurs portes et se cloîtrent dans un bruyant silence.

	Représailles

	Un quart d’heure à peine après la mort du fonctionnaire de police, les rues du quartier grouillent de paras. Barrages, contrôles musclés, toutes les démonstrations de force sont utilisées par la soldatesque française pour marquer son mépris envers ce peuple qui n’a jamais invité la France à le «civiliser». Et comme pour punir encore plus ce peuple, l’arabe de service, répondant au nom de Hamma, la soixantaine, coiffé d’une chéchia tunisienne, sillonne les rues du quartier, un porte-voix à la main, fièrement perché sur une Jeep exigeant la sortie des demeures de tous hommes, femmes, enfants et même les bébés qualifiant la population de «tueurs» de «bandits», de «criminels»… C’était une rafle ; laraf comme disaient les vieilles personnes. A coups de crosse, les femmes, les enfants et les hommes valides seront expulsés de leurs modestes logis par des soldats en furie. Les handicapés et autres malades nécessitant une présence sont laissés seuls, isolés, dépourvu de toute assistance. A l’école coloniale on ne cessait pourtant de nous ressasser que «la non-assistance à personne en danger était un crime».

	Portes ouvertes, les demeures vides étaient laissées au pillage en règle qu’opéraient les soldats français. Petits bijoux en or, postes de radio, bibelots, réveils … tout ce qui était à portée de main était embarqué et caché dans des treillis devenus, par la force des choses, la caverne d’Ali Baba. Le temps passait et aucune solution ne se profilait à l’horizon. Le soleil commençait à monter au zénith et tapait dur sur les crânes dénudés des habitants du quartier. Pas le moindre coin d’ombre. Au fil des heures, insolation et déshydratation font tomber sur les genoux quelques uns des hommes contraints par les soldats à se mettre bras levés, face au mur, sous le soleil. Du sang coulait de leurs nez ; les coups de crosse et les insultes pleuvaient de toutes parts sur ces malheureux.

	Lalla Sahra

	A ce moment-là, une dame d’un âge certain se lève, descend de la montagne en dépit des sommations des soldats ; elle pénètre dans son logis, sort une guerba (outre en peau de chèvre) pleine d’eau fraiche et asperge la tête de ces innocentes victimes, sous l’œil médusé des canailles de service. Soudain, comme commandées par un maestro, toutes les femmes déclenchèrent des youyous à vous donner la chair de poule pour saluer la témérité de cette valeureuse dame. Lalla Sahra sera quand même molestée malgré son âge avancé. Cela ne fait pas reculer les défenseurs des droits de l’homme qui jettent l’outre et remettent les hommes debout, toujours sous le soleil. Vers 18 heures, l’homme au haut-parleur   annonce enfin à la centaine de femmes et d’hommes opprimés, réduits à l’état des loques, de rejoindre leurs logements.

	C’était la fin de laraf. Les yeux hagards, épuisés, mutilés jusqu’au plus profond de leur âme, les vaillants habitants de Dhala regagnent leurs habitations à l’heure du f’tour. Des enfants venus des quartiers environnants déposaient sur le pas de la porte, sans poser aucune question, des paniers garnis de victuailles encore chaudes ; même le dessert y était. Le f’tour avait été préparé par les résidants des autres quartiers pour les résistants.
	  ]]></description>
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	Sadia Oulaceb (à gauche) et Bahia Aït Tale, à Ighil Bouhamas.
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           <title>Sorti du tribunal par les policiers</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Je m’appelle Mohamed Ghafir, dit Mohamed Clichy. Au moment des faits, en 1958, j’étais âgé de 24 ans. Je suis un ancien militant et responsable au sein de la fédération de France du FLN, chargé de la banlieue nord de Paris, y compris le 17e arrondissement. Arrêté le mercredi 8 janvier 1958 par la DST, mon nom a été cité dans toute la presse de l’époque. 
	En octobre, je devais comparaître devant le tribunal pour «atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat» (Asee). Lors de la création du GPRA, le 19 septembre 1958, je me trouvais à la prison de Fresnes (écrou 26216 - cellule 182) la plus grande prison de France où se trouvaient la majorité des cadres de l’organisation FLN… Membre du comité de détention chargé de la commission socioculturelle, parmi d’autres membres, les frères Bachir Boumaâza, Kebaïli Moussa dit Derradji, Hadj Ali Ahmed, Benaïssa Mohamed, Mustapha Francis et Belhadj Abdelkader, chacun responsable d’une commission. Ces droits politiques ont été obtenus après plusieurs grèves de la faim. Les cinq ministres du GPRA - les frères Aït Ahmed, Ben Bella, Bitat, Boudiaf et Khider - qui se trouvaient à l’infirmerie de l’hôpital central de Fresnes, ont donné des instructions au comité de détention par l’intermédiaire des avocats du collectif du FLN, Mourad Oussedik et Abdesmad Benabdallah. La consigne était de charger les responsables qui devaient comparaître devant la juridiction française de faire une déclaration politique déniant à la justice colonialiste de nous juger.

	Grosses lunettes

	Vu que «le peuple algérien a son gouvernement depuis le 19 septembre, lui seul est apte à lui administrer sa justice». Le hasard a voulu que je comparaisse le 8 octobre 1958 devant la 10e chambre d’appel, car ayant été condamné à trois ans de prison ferme le 30 juillet 1958 par la 16e chambre correctionnelle de la Seine. Un texte avait été rédigé communément par les cinq ministres du GPRA, le comité de détention et le collectif des avocats. Je l’avais donc appris par cœur du fait qu’il était interdit aux détenus d’avoir un papier sur soi lors de la comparution. Le frère Oussedik m’avait fait répéter le texte dans le parloir de la prison, tout en me donnant des consignes sur l’attitude à prendre face au tribunal. Le jour J, sur le banc des accusés en compagnie d’autres détenus, le président du tribunal m’a appelé en me disant : «Inculpé levez-vous !» Vint ensuite la lecture d’usage des chefs d’inculpation, la qualification des délits pour lesquels j’étais poursuivi («atteinte à la sûreté extérieur de l’Etat»).

	Le président de la cour m’a posé la question : «Avez-vous quelque chose à répondre ?» Je me suis levé, en me mettant dans une position digne d’un djoundi, et en fixant le président, j’ai récité mon texte calmement et posément, en martelant chaque mot, suivant les consignes reçues : «Monsieur le président, nous sommes des Algériens. A ce titre, nous n’avons fait que notre devoir au service de la Révolution de notre peuple. Nous nous considérons comme des soldats qui se battent et savent mourir pour leur idéal. Ainsi, nous faisons partie intégrante de l’Armée de libération nationale. Nous avons des chefs à qui nous devons obéissance. Nous avons un gouvernement, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), que nous reconnaissons seul capable de nous administrer sa justice.» De temps en temps je jetais un coup d’œil sur l’avocat Oussedik, qui ne me quittait pas du regard à travers ses grosses lunettes, me faisant des signes d’encouragement avec ses sourcils et les ridules de son front.

	Sacrifices

	Je poursuivais la récitation du texte appris comme une table de multiplication : «Nous déclinons ainsi la compétence des tribunaux français. Quel que soit votre verdict, nous demeurons convaincus que notre cause triomphera, parce qu’elle est juste et parce qu’elle répond aux impératifs de l’histoire. Face à ce tribunal, à la mémoire des Martyrs algériens morts pour la libération de leur patrie, nous observons une minute de recueillement.» Sans me démonter, je conclus à haute et intelligible voix : «Garde-à-vous ! Vive l’Algérie libre et indépendante ! Vive le Front de libération nationale et son Armée de libération nationale ! Vive la République algérienne ! Vive la Révolution algérienne !»

	Le président a, bien évidemment ordonné de procéder sur le champ à mon expulsion du box. Maître Oussedik s’est levé pour demander au président de «laisser mon client terminer ce qu’il doit dire et répondre ainsi à votre question». J’ai continué ma déclaration jusqu’à la fin, malgré les policiers qui me bousculaient pour me faire sortir. J’ai appris plus tard que devant d’autres tribunaux de France, d’autres protestations de ce genre avaient été faites. Je n’en connais pas hélas les auteurs ni le contenu. Cette manifestation devant le tribunal à l’âge de 24 ans, que j’évoque à l’occasion du 50e anniversaire de la création du GPRA, je la dédie à notre jeunesse pour qu’elle prenne conscience des sacrifices consentis par tout le peuple algérien pour que vive l’Algérie libre et indépendante. Pour la petite histoire, le procès a confirmé la sentence du premier jugement, à savoir trois ans ferme. Déclaration faite devant le tribunal de la Seine (Paris) le 8 octobre 1958, 20 jours après la constitution du GPRA le 19 septembre 1958.
	Ghafir Mohamed dit Mohamed Clichy, responsable de la super-zone (2 zones) Wilaya 1, Paris Rive-Gauche. Fédération de France du FLN.
	 

	Article publié le 18 septembre 2008
	dans El Watan ]]></description>
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	Note de renseignement du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE)  à laquelle est attaché un tract du FLN appelant à la poursuite de la lutte malgré l’ouverture prochaine des négociations (OWNI/memoires-algerie.org).
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           <title>L’ami Jeanson</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Au début de ce mois d’août nous quittait Francis Jeanson. Durant la guerre d’Algérie, au risque de sa liberté et au péril de sa vie, le philosophe allait nous montrer comment serait bien vaine la pensée qui refuse l’action. 
	Engagé dès son jeune âge dans la résistance à l’occupant nazi, il comprit d’emblée que la liberté n’a pas de frontière et la dignité pas de limite.Dès 1955, dans son ouvrage l’Algérie hors la loi, il se rangeait à nos côtés car, pour lui, est légitime tout combat contre l’oppression des hommes ou la domination des peuples. Traduisant sa conviction dans ses actes, il allait, au cours de nombreuses années, mettre quotidiennement à la disposition de la Fédération de France du FLN son autorité d’écrivain, sa réputation de philosophe et le poids de la revue de Jean-Paul Sartre les Temps modernes.

	Il ne pouvait admettre que son pays, la France, dont il entendait défendre les grands principes humanitaires, puisse au XXe siècle traîner encore ses citoyens dans une guerre anachronique de reconquête coloniale, sans que des voix autorisées s’y opposent publiquement.
	Recherché par tous les services de police et de la DST, il ose les défier en tenant une conférence de presse clandestine en plein Paris pour témoigner de son refus et d’une certaine idée de la France. Condamné à dix ans de prison comme responsable des «Porteurs de valises» et du «Réseau de soutien» au FLN, il vivra dans la clandestinité quatre années après l’indépendance, alors que nous-mêmes étions libérés du carcan colonial.

	L’homme ne fut pas un militant du FLN, il fut davantage défenseur de la personne humaine, de son intégrité, de sa liberté et de sa dignité, en fait, un défenseur des droits de l’homme. A nos côtés, Jeanson fut d’un précieux apport et d’une efficacité sans bornes. L’histoire ne manquera sans doute pas de le dévoiler lorsqu’elle pourra s’écrire, sans passion pour les uns ni amertume pour les autres. «Francis, tu demeures toujours présent au cœur de tes amis, ceux avec lesquels tu as partagé six années de vie clandestine d’une intensité que seuls peuvent ressentir ceux qui l’auront vécue. Ils formulent l’espoir que l’Algérie honorera ta mémoire comme tu as su participer à son juste combat. Francis, Il n’est pas dans nos habitudes de pleurer. Mais il nous faudra beaucoup pour retenir nos larmes.» Merci l’ami. Adieu frère.

	Les membres du comité fédéral de la Fédération de France du FLN : Ali Haroun, Omar Boudaoud, Saïd Bouaziz

	Alger, le 19 août 2009
	 

	Article publié le 14 août 2009 dans El Watan ]]></description>
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	Note de renseignement rapportant que la fédération de France du FLN et le GPRA n’ont jamais aussi bien agi ensemble que depuis le remaniement du GPRA en août 1961. Ils sont d’accord pour intensifier la lutte terroriste (OWNI, memoires-algerie.org)
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           <title>La grève des 8 jours à Guenzet</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Les évènements se sont déroulés dans le village de Guenzet, près d’Ighil Ali, Zone 1 de la Wilaya III, durant la Guerre de Libération. La femme dont je tiens ce récit a été mariée au début de la guerre à Mohand Seddik, fils de Ameur Badache. 
	Dans les villages kabyles, la grève consistait à ne pas aller dans les champs surtout qu’elle coïncidait avec la cueillette des olives. Les gens de la région de Guenzet l’ont suivie avec rigueur parce qu’elle avait été décrétée par l’ALN.
	Au septième jour de cette grève, un messager, ami de Ameur Badache, lui rapporta que le camp militaire de Taourirth, situé sur une colline au nord de Guenzet, préparait une descente punitive sur notre village. Les Français avaient décidé de punir la population pour que la grève ne se reproduise plus.

	Ameur se retrouve dans une situation des plus graves. S’il maintient la grève, il sait qu’un malheur va se produire ; s’il ordonne de casser la grève, il aura affaire a l’ALN et le paiera sûrement de sa vie. Il était trop tard pour évacuer les villageois et puis, pour aller où ? Trop tard pour consulter la hiérarchie du djihad, le temps pressait.

	Dans la nuit, il réunit ses hommes de confiance dans le village et leur dit : «Demain matin si vous entendez le berrah, vous devez immédiatement faire sortir tout le monde. Chaque famille dans son champ !» Etonnés ils lui demandent : «Que faire avec les frères ?» Il répond : «Ce sera mon affaire à moi et à moi seul. Il place un observateur pour guetter le départ des militaires du camp. Il n’y avait, à l’époque qu’un seul chemin pour rejoindre Guenzet : descendre la colline et ensuite remonter jusqu’au village.
	Au lever du jour, l’observateur aperçoit la colonne de soldats, sur la colline d’en face, se diriger vers Guenzet. Il n’y a pas une minute à perdre. Ameur ordonne au berrah de faire un appel et, en moins d’une demi-heure, tout le monde est dans les champs.

	Ruse

	Ameur, lui, descend vers son moulin à huile et met en marche le pressoir. Peu après, les soldats arrivent au village, décidés à faire un carnage. Ils défoncent quelques portes et se rendent vite compte que, curieusement, Guenzet ne fait pas grève. Ils passent devant la «maâçara» de Ameur. Un harki lance en kabyle à Ameur : «Alors vieux renard, tu ne fais pas grève, tu ne crains pas tes maîtres. Tu risques de te faire égorger !» Avec un sang-froid exemplaire, Ameur répond : «La grève c’est fait pour ceux qui encaissent des billets. Nous nous n’avons que nos olives, si on ne les cueille pas, on n’aura rien a manger durant toute l’année.»

	Le bruit des pas des militaires s’éloigne peu à peu jusqu’à disparaître. Les gens sont fous de joie. Dieu merci, le pire a été évité. Ameur sait que, pour lui, les ennuis ne font que commencer. Effectivement, les habitants de Ouizrane, un village situé juste en face de Guenzet, ont tout vu. Ils rapportent les faits à un lieutenant de l’ALN présent dans leur village en poste avancé avec quelques moudjahidine.
	Le lieutenant, s’ennuyant à longueur de journée à ne rien faire, croit tenir une affaire qui fera parler de lui. Il crie au scandale et, à la nuit tombée, il décide de faire une descente sur Guenzet où il s’installe dans une maison, dans le bas du village. Il ordonne à ses accompagnateurs d’aller chercher Badache Ameur. Deux hommes armés se présentent devant la porte des Badache, appellent Ameur, lui confisquent son pistolet et l’emmènent comme un prisonnier pour être jugé et probablement exécuté.

	Pendant ce temps, la djemaâ, au centre du village, s’emplit de gens désemparés ; ils ne savent pas quoi faire jusqu’à ce que l’un d’eux se lève et dit : «Si nous laissons Badache Ameur entre les mains de ces gens-là on va le regretter toute notre vie et on terminera nos jours en lâches.»

	Les villageois encerclent la maison où se trouvent les moudjahidine et Ameur : «Si vous voulez emmener Ameur, alors il fut tous nous emmener, nous voulons tous y aller. Si vous décidez de l’exécuter, alors il va falloir tous nous exécuter !»  Le lieutenant essaya de les intimider en braquant des armes sur eux, mais rien, les villageois ne se découragent pas. Le lieutenant est obligé de céder ; il libère Ameur mais promet aux villageois de Guenzet de faire parvenir son rapport aux hautes autorités territoriales et qu’ils paieront cher leur action.
	     ]]></description>
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	Le 3 février 1957 à Alger, un parachutiste du 1er REP surveillant le marché Clauzel pendant la grève.
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        </item>
        <item>
           <title>D’Indochine aux montagnes de Kabylie</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	«Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre» (Winston Churchill) 
	En 1950, Jakal Bayzid est envoyé, comme beaucoup d’autres Algériens, en Indochine, qui était en pleine guerre insurrectionnelle. A l’été 1955, de retour de cette malencontreuse et bénéfique expérience, il fait partie du contingent de soldats de l’armée coloniale affecté à la caserne de Bordj Bou Arréridj ; ce retour coïncide avec la généralisation de la lutte armée à travers le territoire national par l’intensification des combats sous différentes formes, de la guérilla au combat classique.
	Après avoir bénéficié d’une permission de longue durée de fin de campagne, le 19 janvier 1956, le brigadier Jakal Bayzid et le sergent-chef Yousfi Hocine, réalisent une opération spectaculaire de prise sur l’ennemi d’un lot d’armes de guerre, dont un FM-24/29 et des munitions dérobé à la caserne où ils étaient stationnés. C’est à bord d’un camion Renault détourné pour la circonstance que ce butin de guerre fut chargé et dirigé vers les maquis du Nord d’où était originaire le sergent-chef Yousfi ; le relief de cette région de Kabylie n’avait aucun secret pour lui.

	Ils rencontrèrent un groupe de moudjahidine qui, après le contrôle d’usage dévoilant les intentions de ralliement de nos héros et le succès de l’opération, se firent un plaisir de les accompagner pour emmener le matériel pris à l’ennemi jusqu’à Akfadou, au PC de la Wilaya 3.  Nos deux héros et le groupe de moudjahidine qui les accompagnait furent amenés à prendre part activement à la bataille d’Amacine que livra, au matin du 20 janvier 1956 la compagnie du lieutenant Arezki Baïri, plus connu sous le nom d’Arezki Lourassi. Dotés d’armes de guerre et disposant de munitions, ils n’eurent aucune difficulté à faire face avec bravoure à l’ennemi, démontrant ainsi leur connaissance du métier des armes et leur aptitude pratique sur le champ de bataille découlant de l’expérience acquise en Indochine. La bataille se termina par le repli des forces ennemies et la victoire de l’ALN.  

	Après avoir parcouru quelques kilomètres, toujours sous bonne escorte, ils arrivèrent au PC de la Wilaya 3 où ils furent accueillis chaleureusement par le colonel Amirouche qui les félicita pour ce qu’ils avaient entrepris au profit de la Révolution. Le moudjahid Si Jakal, tireur d’élite et spécialiste du maniement du FM24/29 n’a aucune peine à s’intégrer en Région 4, Zone 2, parmi ses frères de combat. Sans tarder, il est désigné à la tête d’un groupe de moudjahidine, prouvant sur le terrain ses capacités de baroudeur et de meneur d’hommes ; par temps de répit, il se convertissait en instructeur interarmes des jeunes recrues de l’ALN.

	Tombé au champ d’honneur

	Les préparatifs du Congrès de la Soummam allaient bon train, en ce mois d’août 1956, à Ifri-Ouzellaguen et c’est en toute logique que les formations de l’ALN, entre autres celle de si Jakal, activant dans la vallée de la Soummam, se virent attribuer la mission de protection et de sécurisation des congressistes jusqu’à la fin de ce conclave de politiques et de chefs militaires de la Révolution.
	Tout au long de son parcours de maquisard, si Jakal n’a eu de cesse de mener vaillamment des actions à la tête de son groupe puis de sa section. Son combat fut écourté à la fin de l’année 1957, lorsqu’il tomba en martyr au champ d’honneur, les armes à la main, dans une embuscade tendue à l’ennemi par sa section au lieudit Assama, à 10 km de la ville de Béjaïa, sur la route menant vers Tizi Ouzou.
	Quelle que soit la diversité de sa population, l’Algérie est indivisible.

	Le choix de Si Jakal Bayzid et de Si Zernouh Mohamed El Hourani – un autre enfant de Djelfa, artisan de la prise du poste d’El Horane – de rejoindre leurs frères maquisards en Kabylie pour combattre sans relâche l’armée coloniale jusqu’à leur mort héroïque en martyrs, consolide de fait, par le sang versé, les liens de fraternité entre populations de régions aussi éloignées, justifiant de manière indiscutable l’intégrité territoriale du pays, imitant en ce sens les combattants de la Wilaya 3 qui se sont portés volontaires pour renforcer, dès le début de la Révolution, des régions de l’intérieur.
	  ]]></description>
           <link>http://www.elwatan.com/dossiers/50eme-anniversaire-independance-algerie/d-indochine-aux-montagnes-de-kabylie-07-07-2012-177606_260.php</link>
        </item>
        <item>
           <title>Dans les maquis de Kabylie</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Avec si Rabah Nia, nouveau chef de la Région I, nous avions pris la route de Aïn El Hammam en compagnie d’un agent de liaison pour rejoindre Aït Ouabane, localité que le colonel Amirouche avait choisie pour y installer son premier PC de Wilaya. Nous avons trouvé ce village complètement rasé par l’aviation ennemie. 
	Le chemin y menant était le même que celui que j’avais emprunté lors de mon affectation dans la Région III, une année auparavant. Nous y arrivâmes au bout d’une semaine, après avoir enduré tant de difficultés. Dès que nous mettions les pieds sur le territoire d’un secteur, nous étions accueillis par les responsables avec lesquels le chef de Région passait en revue la situation qui y prévalait.
	Les effets de l’opération Jumelle en cours s’étaient traduits par la réduction des activités à tous les niveaux. Comment pouvait-il en être autrement sachant que tous les villages non déplacés étaient occupés par l’ennemi et entourés de barbelés ? Malgré cela, le moral des moudjahidine était intact et leur détermination à lutter jusqu’à la dernière goutte de leur sang était sans pareille. Aussi, les relations organiques avec les populations n’ont jamais été coupées. Au cours des réunions, Si Rabah Nia donnait des directives aux responsables des secteurs concernés.

	Arrivés à Aït Ouabane, nous rencontrâmes les responsables du Secteur I pour une réunion de travail. C’est là qu’il fut fait état de l’enlèvement de deux présumés traîtres, originaires des villages d’Aït Laaziz et d’Aït Ouagour, qui devaient passer devant un tribunal pour être jugés. L’un d’eux a trouvé la mort par accident, en glissant sur un rocher.

	Mauvaise reputation

	Le chef de région, me connaissant natif de la région, prit soin de me consulter sur le deuxième cas en cours de discussion. Connaissant personnellement ce dernier, j’avais témoigné qu’il avait mauvaise réputation, mais qu’il ne pouvait pas être un traître. La première décision délicate à prendre par si Rabah Nia, pour sa prise de fonctions dans la région, était de libérer le suspect sur le champ. Après avoir pris connaissance de la situation qui prévalait dans ce Secteur I de Aïn El Hammam, où il a passé plus d’une semaine, Si Rabah Nia devait continuer sa prise de contact avec les autres secteurs de la région. Nous prenions la route  pour le Secteur II des Ouacifs, en compagnie de Si Saadi (de son vrai nom Ibrahim Djaafar), chef de secteur.

	Arrivés aux Ouacifs, nous primes refuge au village d’Aït Sidi Athman, situé à quelques encablures de Tiguemounine où les forces ennemies avaient installé leur campement. Les rares villages des Ouacifs non occupés par les soldats français recevaient sans cesse la visite de ces derniers en patrouille, notamment la nuit. Le groupe commando nous rejoignit dans ce refuge. On nous offrit un repas comme on n’en avait rarement eu au cours de notre vie de maquis. Nous étions enthousiasmés par l’accueil qui nous a été réservé. Notre insouciance n’a duré qu’un instant. Une patrouille ennemie de passage devant le refuge avait compris que nous étions à l’intérieur ; c’était précisément le moment où nous nous apprêtions à sortir. Après un profond silence, un feu nourri tiré par les soldats, embrasa la maison. Nous ripostâmes pour essayer de sortir du guêpier.

	Certains djounoud essayaient de défoncer la porte car il fallait sortir avant l’arrivée des renforts. Si Saadi était le premier à sortir en tirant deux rafales, suivi par moi-même blessé, puis Si Rabah Nia. Ce dernier, mortellement blessé, tomba sur le champ. Quand à moi, j’étais touché par une balle au bras gauche et des éclats de grenade sur le coté gauche, du bras jusqu’à la plante du pied. Malgré tout, j’ai réussi à sortir du guêpier avec beaucoup de chance vu mes blessures.

	Ramper pour avancer

	J’ai retrouvé Si Saadi à quelques centaines de mètres, en dehors du village. Je l’ai informé de la mort de Si Rabah Nia et nous nous retirâmes avec prudence avant l’arrivée des renforts. Les autres djounoud ont résisté jusqu’à la dernière cartouche. On a dénombré, de notre côté, la mort de cinq djounoud ; la femme qui tenait le refuge avait été touchée d’une rafale au ventre et succomba à ses blessures. Du côté ennemi, deux soldats furent tués, selon nos informations. Je ne pouvais pas marcher et j’avais perdu beaucoup de sang. Si Saadi essaya de me porter, en vain. Il me quitta pour alerter au plus vite les autres responsables du secteur, tout en me fixant un rendez-vous chez Aït Oukaci Arab, gardien de la centrale électrique d’Imeghras, située à quelques encablures de Souk El Djemaâ, daïra de Aïn El Hammam.

	A l’arrivée des renforts, la maison refuge fut fouillée de fond en comble ; les soldats français découvrirent la cache, qu’ils ont détruite à coups de grenades alors qu’ils brûlèrent la maison. Quant à moi, je continuais mon chemin vers le lieu du rendez-vous. En cette nuit de décembre 1959, il faisait froid, il neigeait. Je ne pouvais pas me tenir sur les jambes à cause de mes blessures. Cependant, je devais m’éloigner du lieu de l’accrochage pour échapper au ratissage qui s’ensuivra automatiquement. Je me traînais à plat ventre en m’appuyant sur la pointe du pied droit lorsque j’affrontais une côte ; quand j’entamais une pente c’était facile pour moi de dégringoler. Cette nuit-là, j’avais de la chance car la neige qui ne cessait de tomber faisait disparaître mes traces. J’arrivais à proximité du village de Tassaft Ouguemoun au petit matin. Je me suis camouflé sous un buisson et j’ai recouvert mon corps de neige. Les chutes de neige étaient si fortes que toute trace fut dissimulée. Le choix de me réfugier près de ce village était dicté par le fait que cette localité était occupée par l’ennemi ; on n’y soupçonnerait pas ma présence.

	Bol de lait chaud

	Au lever du jour, j’aperçus les soldats ennemis en position sur les crêtes. C’était probablement une opération de ratissage déclenchée suite à l’accrochage survenu la veille. Vers la fin de l’après-midi, le calme régnait autour de moi ; c’était sans doute la fin du ratissage. Une fois la nuit tombée, je recommençais à me traîner par terre pour rejoindre le lieu du rendez-vous. Au prix de grands efforts, je parvins enfin à la maison du rendez-vous. Je frappais à la porte et un homme très méfiant sortit pour me poser plusieurs questions du genre : qui suis-je, qu’est-ce que je cherchais, d’où je venais, etc. Au terme de mille et une explications, je fus introduit à l’intérieur. On m’installa devant la cheminée flamboyante pour sécher mes vêtements mouillés et pleins de boue.

	C’était pour moi la meilleure offrande après le froid glacial de ces derniers jours. Quoique j’étais accoutumé à ce genre de situation pour être resté mouillé de jour comme de nuit tout au long de l’hiver. On m’offrit un bol de lait chaud avant de me conduire dans une chaumière remplie de foin, où m’attendait Si Saadi. Nous y avons pris un dîner copieux avant de continuer notre route vers la «boîte» du Secteur I. Arrivés au refuge, nous fumes contraints de nous diriger vers Aït Mislain, un village en ruines dont la population avait été évacuée depuis déjà plus d’une année. J’y restais quelques jours, le temps de me remettre de mes blessures ; faute de moyens, je n’avais reçu aucun soin médical. Dans ce secteur, la situation était aussi critique que le reste de la Zone IV que j’avais parcourue.

	Parmi les responsables que j’y ai rencontrés figurait Si Mohand Ouramdane, de son vrai nom Hachour Mohand Ouramdane, qui venait d’être désigné à la tête de la Région I. Il me cherchait justement pour me remettre ma nomination en qualité de sergent-chef liaisons et renseignement dans le Secteur II de Boghni Boumahni.
	  ]]></description>
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	Femmes en Kabylie.
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        </item>
        <item>
           <title>Mémoires d’un moudjahid clandestin</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	En 1957, comme j’exerçais la profession de photographe, on m’a contacté pour développer des pellicules du FLN, tout en me disant que les photos étaient destinées à être envoyées à l’ONU pour faire reconnaître notre cause. Pour cela, j’utilisais du papier de premier choix, sans contrepartie. 
	En 1958, je fus appelé sous les drapeaux pour faire mon service militaire à Orléansville (aujourd’hui Chlef). Libéré en 1960, je continuais à participer à la révolution. C’est ainsi que Metahri Laouni, frère de la personne avec qui je travaillais, m’apporta trois pellicules de moudjahidine de Vialar, me demanda de les développer, ce que j’ai fait. Je lui ai remis les photos et, deux jours après, la personne qui lui avait remis les pellicules a été arrêtée et, sous la torture, m’a dénoncé.

	Les services du 2e bureau de Vialar où cette personne a été arrêtée ont projeté de venir perquisitionner chez moi où ils auraient pu trouver non seulement les trois pellicules de l’intéressé, mais une dizaine d’autres que je devais développer pour le FLN. Servoles Gaston, capitaine de l’unité territoriale de Bourbaki dont il est originaire et où il est colon, qui connaissait ma famille, a pris l’affaire en main. Il est venu me trouver, devant l’épicerie de mon père, et m’a invité à monter dans sa Jeep. Tout juste installé, je lui dis : «Ça va Monsieur Gaston ?» D’un air sévère, il me répliqua : «Non, ça va pas !» «Pourquoi ?» Il me répondit : «Parce que tu as fait le con.» Puis me raconta, dans le détail, l’affaire des trois pellicules.

	Réflexion faite, je n’avais pas d’autre choix que de reconnaître les faits car craignant une perquisition qui aurait été catastrophique. Après avoir récupéré les photos, il me conduisit au 2e bureau où j’ai été fixé en compagnie de la personne qui m’a ramené les pellicules et comme consigne : interdiction de quitter le village.

	Le 5 septembre 1961, j’ai été arrêté avec deux autres moudjahidine, les frères Tchikou M’hamed et Abdelkader. Détenus dans la cave du PC militaire de Bourbaki, le soir nous fûmes transférés au 2e bureau de Vialar (la Remonte) qui était un centre de torture. A peine arrivés, on nous sépara. On m’emmena dans la salle de l’horreur où on me déshabilla. Une fois tout nu, ils commencèrent les séances de torture sans répit. J’ai été torturé à la gégène dans les parties intimes, aux oreilles. Le plus insupportable était l’eau mélangée à du sel. Lorsqu’ils me plongeaient la tête et le tronc dedans, c’était écœurant et insupportable. J’ai fini par perdre connaissance. Ceux qui me torturaient étaient deux militaires, dont un sergent-chef du nom de Mistral qui parlait couramment l’arabe.

	Le sacrifice d’une amie

	En présence du capitaine chargé de la torture, celui-ci ne cessait de me rappeler : «L’autre jour c’étaient des photos, mais aujourd’hui ce sont les armes disparues», faisant référence aux membres du groupe d’autodéfense qui avaient déserté.
	Vingt jours après, on m’emmena dans une salle où il y avait deux lieutenants ; je connaissais l’un  d’eux, qui était originaire de Bourbaki ; on était à la même école et son père avait été tué par le FLN. Ce dernier me dit qu’il ne s’était pas occupé de mon affaire me conseilla de tout dire pour être laissé tranquille. Je lui ai répondu par la négative. Le lieutenant qui l’accompagnait, chargé de mon interrogatoire, m’invita à m’asseoir devant une table et me remit un stylo et une feuille blanche, tout en me dictant un sujet pour comparer mon écriture avec une lettre du FLN.

	Durant ma détention, une amie, Française de souche, avec laquelle j’étais lié depuis notre enfance, est intervenue auprès d’un membre du 2e bureau, Plantier Max, qui était son voisin, pour obtenir ma libération en contrepartie d’un chantage. La personne arrêtée pouvait être violée et exécutée, mais elle pouvait s’en sortir à une condition ; donner son honneur. Sans hésitation, elle a accepté. Deux jours après, j’ai été libéré. Ce n’est qu’en 1966 que j’ai eu connaissance de ces faits, lors d’une visite à Toulouse, en France. Elle me dit avec un  soupir «Tu sais Aïssa, tu m’as coûté très cher !»
	  ]]></description>
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	Combattants prenant la pose.
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           <title>J’ai volé le fusil de chasse de mon père</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Ancien membre de l’ALN, je suis né en 1942 à Tizi Ouzou. En 1959, j’étais garçon d’épicerie chez mon père, qui avait un magasin d’alimentation générale et chaussures, mitoyen de notre maison, à Bérard (aujourd’hui Aïn Tagouraït). 
	C’est là que j’ai été approché par des membres du FLN ; ils me demandaient de travailler avec eux. Je leur fournissais de la nourriture en cachette et je trafiquais les bons d’achat de chaussures pataugas délivrés par la SAS jusqu’en 1960. C’est alors que j’ai été appelé par la France à passer mon service militaire dans l’armée française. Après l’examen du service armé, l’ALN m’a contacté, me demandant de rejoindre le maquis et non la caserne française. J’ai accepté…

	Pour faire un attentat, j’ai volé le fusil de chasse de mon père et des munitions, après une réunion avec les membres de l’ALN. J’en profitais aussi pour leur prendre quelques cartouches de cigarettes Bastos, alors que mon père s’occupait de ses clients et ma mère de sa cuisine. Je plaçais le fusil et les cigarettes dans un sac de pomme de terre et je sortis discrètement, sans faire de bruit, par la porte de la cour qui donnait sur la rue. J’ai ensuite couru jusqu’au lieu de rendez-vous où j’ai trouvé trois membres de l’ALN qui m’attendaient.

	Djebel Tamesguida

	Tous les quatre, nous sommes repartis en courant jusqu’à la maison d’un militant qui nous a donné à manger. Je me rappelle avoir mangé des pommes de terre frites et des œufs. A la nuit tombée, nous sommes repartis ; nous avons marché toute la nuit jusque dans un champ d’artichauts où nous sommes restés cachés toute la journée un militant nous a ramener à manger dans le champ d’artichaut. A la faveur de la nuit, nous avons rejoint djebel Tamesguida, entre El Afroun et Mouzaïa où se trouvait un groupe de moudjahidine qui m’ont félicité.
	Après une semaine de repos, je fus chargé de faire le coiffeur, mais je n’étais pas doué : à chaque rasage je blessais mes compagnons… On me confia alors un sac de médicaments et j’accompagnais l’infirmier pour soigner les blessés.

	Au bout de quelques mois, je fus affecté à un groupe de fidayine. Nous étions chargés de tendre des embuscades aux militaires français. On a saboté les rails de chemin de fer, on a coupé des poteaux téléphoniques et électriques... J’ai été blessé à deux reprises, j’en garde toujours les séquelles.
	Après le cessez-le-feu, en avril-mai 1962, mon père et ma mère sont venus me voir à Tamesguida et nous avons pris des photos avec eux et la compagnie… J’ai quitté l’armée en 1963 pour reprendre le commerce à Aïn Tagouraït. Aujourd’hui, je suis à la retraite et je souffre d’une maladie chronique.
	  ]]></description>
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	Après les combats dans la région des Aurès, le 30 novembre 1954. Les parachutistes de l’armée française ont capturé 18 combattants algériens emmenés dans un véhicule militaire.
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           <title>Attentat à Fréjaville</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Au cours d’une de nos promenades crépusculaires nous conduisant à la fontaine du village, mon ami Lahcène me confia un secret qui me bouleversera toute la nuit et le jour suivant : 
	«Ecoute, Ménouar, je vais te révéler un secret d’une grande importance, et je compte sur toi pour le garder jalousement.» Sans attendre ma réponse, il continua en tapotant le sol avec ses espadrilles : «Hamid, le fils du garde forestier et moi-même allons commettre demain soir un attentat à la grenade au magasin de Fréjaville avant de prendre le maquis pour toujours. Tu sais, pour être admis chez les frères, il faut d’abord accomplir un acte de bravoure. Ce soir, nous nous quitterons donc pour longtemps, et si Dieu le veut, nous nous reverrons après l’indépendance du pays.» D’habitude, nos conversations tournaient autour d’histoires drôles, de l’école et du sport, le football ; voilà que nous étions devenus brusquement des adultes avant la lettre. Je crois que je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit-là. Le lendemain, Lahcène fut naturellement introuvable. Devant les autres copains, je goûtais in petto le sel d’un orgueil indomptable ; un sentiment patriotique transcendant s’empara de tout mon être, et je me sentis tout à coup supérieur à tous mes camarades…

	Recroquevillés 

	Je passais toute la journée dans l’angoissante attente de la nuit qui arriva soudainement. A la maison, à l’heure du dîner, ma mère, mon petit frère Nabil, mes deux sœurs – Lalla et Khalida – et moi-même étions réunis dans la cuisine autour de la table basse, la meïda. Au milieu du repas, l’imminence de l’événement exerçait une pression insoutenable sur ma volonté ; et subitement, je m’entendis dire à haute voix : «Cette nuit, une bombe explosera dans le village.» D’abord surprise par cette déclaration impromptue, ma mère se ressaisit en m’intimant de manger et de ne plus dire ce genre de bêtise. Le tic-tac du réveil trônant sur le buffet de la cuisine se confondait dans ma tête avec le tic-tac d’une bombe ; je revis Tintin, le fameux reporter créé par Hergé, échappant de justesse à l’explosion de l’engin de mort dans un épisode de la célèbre bande dessinée. J’en étais là à laisser vagabonder mon imagination quand une terrible déflagration déchira le silence de la nuit. Il sembla que tout le village tremblait sur ses bases.

	Presque aussitôt, ma mère et ma sœur éteignirent les lumières, et nous nous retrouvâmes recroquevillés de peur sous une fenêtre. Le crépitement d’une mitraillette se fit entendre suivi de coups de feu de plus en plus espacés. Notre maison étant située à une encablure du magasin de Fréjaville, des voix indistinctes et des bruits confus parvenait jusqu’à nos oreilles. Quelques minutes après, on entendit le vrombissement des véhicules militaires roulant à vive allure. Puis un silence, un silence qui paraissait une éternité, s’installa dans la pièce plongée dans le noir. Le lendemain, l’attentat avait mis tout le village en effervescence. Les interrogations allaient bon train, et chacun donnait à l’événement une version différente de celle de son voisin.

	Recalé

	La devanture vitrée du magasin de Fréjaville était endommagée, et des ouvriers s’affairaient autour pour la remettre en état. Le propriétaire de l’établissement commercial, Robert, arborait un pansement sur la joue gauche. L’information la plus crédible circulant de bouche à oreille faisait état d’un attentat commis par «des frères» non identifiés qui avaient disparu après l’audacieuse opération. Lahcène et Hamid étaient donc sains et saufs. Je les imaginais, en compagnie des autres frères, la kalachnikov en bandoulière, arpentant les chemins rocailleux et escarpés de la montagne en entonnant l’hymne Min Djibalina, synonyme de victoire et de liberté. Or, l’après-midi, j’eus la surprise de ma vie quand je sortis de la maison pour répondre à l’appel d’une personne. C’était Lahcène ! «A la dernière minute, un responsable de l’ALN m’a signifié qu’il ne pouvait pas, vu mon jeune âge, m’autoriser à participer à la dangereuse opération. En revanche, il me félicita pour avoir aidé Hamid à la préparer. Il m’a dit que le moment venu, il fera encore appel à moi pour remplir d’autres missions.»

	Je ressentis un mélange de soulagement et de déception : j’étais à la fois content de retrouver mon ami bien vivant, et contrarié de ne pas compter parmi les «frères» un héros de ma connaissance…
	  ]]></description>
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	Défilé.
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        </item>
        <item>
           <title>Une vie sous les bombes</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Nous venions d’entrer de plain pied dans la Guerre de Libération nationale. C’était le deuxième village de la région, après Tachouaft, à être la cible de la quatrième puissance mondiale. Une manière de dire aux villages avoisinants : gare à vous, le châtiment sera sévère.  
	Des officiels de l’organisation et pas des moindres – le colonel Amirouche, le commandant Fedhal (dit Si Ahmimi) et Omar Ben Boulaïd (qui a prononcé un discours de condoléances et d’encouragements à la population) et plus tard Krim Belkacem – nous avaient rendu visite à cette triste occasion. Le bombardement du chef-lieu de la commune d’El Maïn (Bordj Bou Arréridj) avait servi de leçon aux autres douars qui avaient pris la mesure et tiré les conséquences ; ils désertaient leur village, le jour, pour aller s’abriter dans des abris creusés dans des endroits moins exposés, difficiles à repérer pour un aviateur et parfois même pour un soldat.

	Une vie de pourchassés

	Cette précaution a été payante, comme en témoignent les nombreux bombardements qui ont suivi et qui visaient d’autres villages, sans pertes humaines importantes. Désormais, le moindre bruit d’un avion faisait détaler les gens et créait un no man’s land instantané. Depuis ce jour, notre vie quotidienne avait pris une autre tournure ; nous nous étions adaptés à un nouveau mode de vie de pourchassés. Nous devions travailler la terre pour survivre, luter pour notre libération et rester en en vie. Nous avons la preuve que l’ennemi employait tous les moyens sans discernement et ne faisait aucune distinction pour arriver à ses fins.

	Combines

	Dès l’aube, femmes et enfants quittaient le village et allaient vers les champs pour se cacher ; le soir venu, ils regagnaient la maison et procédaient aux corvées de ménage, à l’approvisionnement en eau et à la préparation du repas du lendemain.
	Comme si la nuit avait peur du soleil, les hommes en profitaient pour faire les emplettes, se retrouver entre voisins et amis, participer aux corvées collectives, effectuer des missions de reconnaissance ou encore servir d’éclaireur pour les moudjahidine ou accomplir leur tour de garde : chaque crête et voie de passage étaient surveillés, dans une atmosphère de vigilance accrue.

	Le 26 mai 1956, le village de Ouled Sidi Idir était bombardé par les mêmes avions que ceux d’El Maïn, occasionnant des pertes en vies humaines et la destruction de plusieurs maisons. Au nombre des victimes on dénombre 7 femmes : Bendjoudi Zineb, Zamit Djouhra, Bouchemou Keltoum, les trois sœurs Daou Ménana, Aldjia et Kheira, Benyahia H’mama, ainsi que Daou Mohamed Lahlou, les trois frères Zamit Abdelhamid, Mohamed et Mouloud. En outre, 17 maisons ont été détruites, celles des familles Benchikh, Benmammar, Daou, Khiari (2), Bouremane, Chadi, Daou, Karkache, Medagh, Riah, Souahlal (2), Zamit, Mellah, Ouilali et Sadoune.                                                
	  ]]></description>
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	Combattants algériens capturés par les parachutistes.
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        </item>
        <item>
           <title>Carnet de guerre</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Je suis la plupart du temps dans l’ignorance des activités de la compagnie. Je sais que les sections ne cessent de tourner autour d’Aït Ouabane et de 1501. Se terrent le jour dans les éboulis du massif après des déplacements nocturnes dans les zones interdites. Mais cette fois-ci, ce n’est pas le ronronnement du Pipper lanceur du courrier, mais les battements des pales d’hélicos qui nous font lever la tête. 
	Jean-Louis embarque à l’aube dans ces machines sur la DZ de la compagnie. Toujours ces grottes, ces refuges d’où il faut déloger les combattants nationalistes de l’ALN ! Jean-Louis sait que l’opération est importante, Elle se déroule en face de 1501 à l’aplomb de la prise d’eau (carte Aït Ouabane). Saut de l’hélico en stationnaire avec tout le barda. Quelques tirs les accueillent. Le commandant de compagnie est informé de la présence dans la grotte d’un important responsable de la résistance qu’il conviendrait de capture et/ou de tuer. Peut-être s’agit-il de Si Ahmed, chef local du FLN. L’adjudant-chef, qui commande la section de Jean-Louis, subodore une engagement éventuellement gratifiant, se porte volontaire et s’introduit dans la grotte avec quelques éléments du groupe. Jean-Louis est prié de demeurer en couverture, à l’entrée, avec l’autre moitié.

	Voyant ressortir quelque temps après son «patron» seul et silencieux il s’inquiète, prend l’initiative d’aller rechercher ses hommes et s’engage dans la grotte. Boyaux, échelles, puits, le conduisent à une extrémité du repaire où il retrouve ses compagnons, à l’affût, en attente, tétanisés. Il s’aventure aussi loin que possible, puis décide du repli de son groupe et sortira le dernier du labyrinthe, au grand soulagement du commandant de compagnie. Celle-ci a laissé place aux équipes chargées de diffuser dans la grotte, à haute dose, des gaz lacrymogènes. Des armes ont été saisies, comme à l’accoutumée.L’homme de métier rate les honneurs, Jean-Louis rafle la citation !

	C’est que le comportement de l’adjudant-chef est demeuré tout à fait énigmatique, mais le personnage, que j’avais côtoyé durant les quelques jours passés à Aït Ali, n’inspirait guère la confiance ! Je dois sans doute à ce caractère instable mon affectation, à sa place, comme chef de poste à Bou Adenane. Mon ami devra se le «coltiner» durant tout notre séjour. Dans la nuit, Jean-Louis entend du bruit au fond de l’oued : Il pense que les rebelles avaient un itinéraire de repli et une sortie discrète … Le général Challe a perdu son absurde pari puisqu’il faut sans cesse occuper et débusquer. Je suis inquiet. J’ai peur.

	Les femmes et la vie quotidienne

	La fontaine située sur le flanc ouest du village est aussi, et peut-être surtout, le lieu de rencontre des femmes. Loin du poste, loin des lieux de réunion des hommes, au demeurant peu nombreux. Personne ne sait ce qui s’y dit, ce qui s’y élabore ou ce qui s’y décide. Tout laisse à penser qu’il ne s’y échange pas seulement des recettes, mais aussi des informations et aussi sans doute des consignes, voire des ordres. Quelques hommes vivent au village. Vieux pour la plupart. Quelques jeunes handicapés. Quelques-uns de passage. Tous figés. En attente. La vie du village est portée, assumée et signifiée par ces femmes sans cesse en mouvement. Infatigables. Obligatoirement infatigables. Elles doivent occuper la place des hommes.

	Effectuer les travaux des hommes. Eux sont dans la rébellion ou travaillent en métropole pour nourrir chichement la famille et financer, volontairement ou non, le FLN. On retrouve des images dont nous avons le souvenir. Des femmes au travail dans les champs et les usines en 1914 et en 1939... Mais, outre ce quotidien épuisant, elles sont aussi dans la guerre. Et pas «à l’arrière». Ce lieu ne figure nulle part dans la géographie des guerres révolutionnaires. Convaincues ou non, elles ne peuvent qu’être impliquées. Depuis la présence dans le maquis, jusqu’aux soucis d’intendance en passant par les liaisons, elles sont en première ligne, au contact permanent avec l’occupant inquisiteur, continuellement menacées d’être victimes de toutes les violences possibles, y compris le viol et la torture. Les femmes vont souvent pieds nus en toute saison. Elles portent. Il y avait encore quelques bêtes de somme à Ighil Bouamas. Je n’ai pas le souvenir d’en avoir vu à Bou Adenane. Ce sont les femmes qui portent.

	Le réferendum

	Il reste quelques moutons et quelques chèvres. Faute de pouvoir les laisser pâturer en liberté, les femmes, pour les nourrir, vont recueillir aux limites des zones interdites des branches de frêne rassemblées en lourds fagots liés par des cordes qui blessent épaules et poitrine.Pour l’essentiel, les travaux les plus durs sont assurés par les femmes plus âgées. On peut voir peut-être dans ce choix les effets conjugués des traditions, contraignantes pour les jeunes femmes, et des craintes qu’inspire l’occupant tout puissant. Ces femmes, que je n’ai rencontrées que dans le cadre de leur travail devant d’antiques métiers à tisser ou dans les quelques maisons où nous étions invités à boire un café, demeurent dans le silence. J’ai le souvenir des échos de disputes et de cris. Je n’ai aucun souvenir d’une parole de femme qui me soit adressée, même dans le soin, même dans le négoce de leurs travaux comme lorsque j’ai acheté cette immense couverture aux couleurs vives .

	Le courage et l’abnégation de ces femmes imposent la reconnaissance. Silencieuses, rien ne leur a été épargné. Pas même l’oubli. Le 8 janvier, j’ai participé à l’organisation du référendum. Le bureau de vote est installé dans l’école. La présence militaire est pesante. J’ai voté «oui». J’ajoute dans une lettre cette étrange formule : «A cause de Bourguiba» (sic). Il semble que ce dernier ait publiquement souhaité une large adhésion des électeurs, en métropole et en Algérie, à la politique du général de Gaulle. Je suis en désaccord avec la gauche métropolitaine. Et donc avec tous mes amis ! A mes yeux, le jour se lève sur l’Algérie. Et nous n’avons aucun droit de retarder la fin d’un conflit dont j’ai mesuré les effets terrifiants, pour des raisons de politique intérieure. J’ai un «adjoint opérationnel» depuis le début de l’année et j’exerce exclusivement des fonctions administratives. Nous avons constitué un conseil de village pour gérer les problèmes posés par le regroupement des villages. Nous préparons avec les habitants des échéances dont nous ignorons tout, mais dont nous espérons tout. Le jour se lève. Pourtant, l’aube va être terriblement longue.

	A la demande de son auteur, voici des extraits de Petite chronique subjective, le site que Jean-Claude Borrel a dédié aux habitants des villages d’Ighil Bouamas et de Bou Adenane, ainsi qu’à sa famille. À la fin de l’automne. Les premières neiges sont tombées. Ce repas qui réunissait quelques libérables de la classe 58 2 B, chez moi, à Bou Adenane, je n’en avais aucun souvenir !C’est en janvier 2001 que Jean-Louis et moi nous sommes retrouvés aux arrivées de la gare Montparnasse. Il m’a reçu chez lui et fait découvrir ces photos. C’est stupéfiant de se voir figurer dans une scène à laquelle la mémoire ne donne plus accès. Plus surprenant encore le fait de me retrouver à table aux côtés de ce camarade barbu dont je viens d’évoquer l’histoire. Les compétences de Jean-Louis ont été sollicitées pour la décoration de cette impressionnante quille.

	Derniers jours

	Nous sommes à deux ou trois mois de notre libération. La guerre va se poursuivre encore 15 mois avant le cessez-le-feu. Le «manifeste des 121» vient d’être publié et la revue immédiatement saisie. Avons-nous eu quelques échos de cet appel ? Ce qui est stupéfiant de constater aujourd’hui, c’est qu’il a fallu plus de six ans de guerre pour que, en France, s’élabore et se formule la conviction que «la cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres.» Je retrouve, avec cette échéance qui se rapproche, la peur sourde des débuts. Des généraux osent aujourd’hui soutenir «que la guerre était quasiment gagnée» ! Pourtant durant mon séjour au 7e BCA, deux officiers, l’un de réserve et l’autre d’active, ont été tués sur la courte crête qui va des Beni Yenni à Tala n’Tazert !

	Ainsi non seulement cette affirmation est un mensonge, mais, plus encore, une stupidité qui consiste à envisager, comme en Palestine encore une fois, une vie qui puisse s’épanouir paisiblement, et durablement, à l’ombre des miradors, des postes militaires et des chars ! La peur s’insinue en moi au point de refuser de m’exposer un soir dans une patrouille sans doute exigée par la compagnie, qui soupçonne des mouvements aux abords du village. Je décide d’envoyer les harkis, seuls, «faire du bruit» avec la consigne de ne pas s’aventurer à plus de cinquante mètres du poste et de ne pas s’engager dans le coeur du village. Malgré ce luxe de précautions, je les ai exposés aux risques de ces «rencontres inopportunes» que nous redoutions tous.

	Avec le temps, je ne suis pas parvenu à me défaire d’un sentiment de honte pour cette «désertion». Le courage physique ne fait pas partie de mon paquetage et cette carence me pèse. Je ne parviens pas à m’en accommoder. Encore un avatar, peut-être de cette difficulté à soutenir des choix ? Pourquoi ne se souvenir que des défaites ?
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	Stridences du moteur, vent des pales.
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           <title>J’ai choisi d’aller en Algérie pour montrer qu’il était possible de faire la paix</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 07 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[  
	-Quel était votre but en arrivant en Algérie ?

	J’étais officier des affaires algériennes. Volontairement. J’ai choisi d’aller en Algérie pour montrer qu’il était possible de faire la paix. Dans un premier temps, je suis parti faire un stage de fin d’études de deux mois. J’ai très vite compris que nous nous dirigions vers une Algérie indépendante. Je suis retourné dans les SAS. Nous étions rattachés à la sous-préfecture. J’ai choisi Sétif comme zone d’affectation. Je fus alors nommé adjoint à la SAS de Beni Fodda.

	A mon arrivée, la première question que je me pose est la suivante : dois-je tutoyer ou vouvoyer mes interlocuteurs ? Je décide de vouvoyer tout le monde, sauf les enfants du centre sportif et mes hommes. Il ne s’agit pas de faire la guerre ou des fouilles. Nous devions entraîner la population dans des choses positives : les enfants grâce au foyer sportif, les femmes et les jeunes filles grâce à un ouvroir où elles apprenaient aussi bien à coudre qu’à soigner. Nous organisions des tournées médicales dans les villages, des chantiers de piste étaient ouverts pour faire travailler les gens et pour désenclaver les hameaux. Notre objectif était de préparer la fin de la guerre et surtout en trouvant des emplois aux jeunes.

	Certains jours, il fallait prendre des décisions compliquées. En juillet 1961, le FLN voulait peser sur les négociations et avait décrété une grève générale. Je venais d’arriver dans la SAS, j’avais ouvert un chantier. Mais je considérais que je n’avais pas à m’occuper de politique. Alors, j’ai refusé les arrêts de travail de mes ouvriers sans justificatif. Ceux qui voulaient aller manifester pouvaient le faire, à condition qu’ils trouvent un remplaçant.

	-Français, vous travailliez pour l’armée. La population ne vous était-elle pas hostile ?

	Pas du tout. Le village était calme. A la caserne, nous ne faisions même pas de ronde de garde, la nuit. Ce qui m’étonne, c’est qu’il y ait eu la guerre. Dans les grandes villes, il y avait l’OAS. Mais dans ce village, il n’y avait plus de pieds-noirs. Je n’ai jamais vu de violences.

	-A la fin de la guerre, vous avez pu filmer les fêtes de l’indépendance à Sétif...

	J’avais fait le mur pour filmer.  Le jour de l’indépendance, j’étais en civil. J’ai suivi la foule, je me suis retrouvé par hasard au grand meeting qui avait lieu au stade de Sétif. J’étais placé très haut, accroché à un grillage, les gens me soutenaient. J’ai filmé le meeting : il y avait Ferhat Abbas, que je ne connaissais pas à l’époque.
	D’un point de vue technique, il fallait remonter la caméra comme un réveil et les bobines de film devaient être changées toutes les 2 minutes. Enfin, il y avait la lentille pour mesurer la lumière. J’étais occupé à tous les instants. J’avais des boîtes de films neufs et usagés plein les poches. J’ai utilisé tous mes rushs pour en faire un documentaire de 15 minutes.

	-Quelle était l’ambiance dans les rues de Sétif pendant ces deux jours de juillet 1962 ?

	Le premier jour, la fête se passait dans le stade. Les gens assistaient aux discours. Mais le lendemain, la foule a envahi les rues. La population était très joyeuse et très bon enfant, absolument rien à voir avec ce qu’il s’est passé à Oran, par exemple. C’était une joyeuse pagaille, il y avait des gens dans tous les sens, à pied, à cheval, en voiture, en camionnette. Les drapeaux étaient partout. Il n’y avait aucun militaire. Mais on voyait beaucoup de femmes et de jeunes filles habillées d’une jupe verte, un chemisier blanc, un foulard rouge. Cela a duré pendant toute une journée. Je n’ai vu aucune manifestation vindicative ou agressive, c’était très étonnant. J’ai été arrêté par un couple avec un petit garçon. Ils voulaient que je les filme, ils m’ont dit : «Vive l’amitié franco-algérienne.» Les gens étaient heureux de cette indépendance. Le soir de l’indépendance, il y a eu un grand rassemblement, les femmes d’un côté et les hommes de l’autre.
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	Jean Kersco. En Algérie pour maintenir la paix, il filme les fêtes du 5 juillet 1962 à Sétif.
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           <title>Edito : la fable du traître et du martyr</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[  
	Concernant la guerre d’indépendance, les récits à la première personne ont été longtemps inexistants. Cependant, depuis plus d’une dizaine d’années – sans doute en fait depuis que 1988 a fait sauter le verrou du parti unique – les mémoires individuelles se sont ouvertes pour être rendues publiques.
	Les témoignages de combattants sont omniprésents dans les librairies sous la forme d’autobiographies et de mémoires et une initiative comme le site Mémoires d’Algérie, lancé par El Watan et OWNI, recueille des centaines de réponses.

	Fatalement, ces témoignages écornent ou contestent le récit dominant fondé sur une sacralisation de la lutte armée et s’appuyant sur l’incontournable diptyque du traître et du martyr. Histoire dominante donc, et pas seulement officielle, car produite à la fois par un Etat en quête de légitimité et par une société en quête de récits pour donner sens à la tragédie. Au pays d’un seul héros (et d’un seul parti), le sens fut bien souvent sens unique qui niait la diversité du mouvement national, disqualifiait la variété des formes d’engagement pour l’indépendance et gommait les nuances des pratiques de lutte.

	Les témoignages qui, aujourd’hui, s’accumulent viennent enrichir et complexifier la connaissance de la grande guerre fondatrice. On y lit la multiplicité des parcours, l’évocation des conflits interalgériens longtemps tus ; on y (re)découvre l’engagement au combat des communistes, des messalistes et des militants de l’UDMA.
	Ce passage de l’unique au pluriel est aussi celui du sacré au plus trivial : la Révolution risque de se morceler à force de répétitions et, à trop dire, sans doute banalise-t-on ce dont on veut témoigner.

	Mais cette saturation de récits indique deux choses : d’abord qu’il existe aujourd’hui des sources plus variées pour les historiens – et pas seulement pour eux. Les journalistes, les poètes, les cinéastes et d’autres y puiseront peut-être pour inventer d’autres relations à la guerre.
	Elle dit aussi que l’événement lui-même perd de son intensité, qu’il devient moins brûlant et entre dans le passé. Cette mise à distance est de l’ordre de la perte, elle est douloureuse – inacceptable sans doute pour certains.
	Mais elle est inexorable et nécessaire aujourd’hui pour que la génération du présent construise son propre passé et s’imagine un avenir.
	  ]]></description>
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           <title>Les cris dans la nuit</title>
           <author>Mohammed Larbi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Quand on n’a pas encore franchi l’âge de l’enfance, il est difficile de parler de la guerre. Même pas dix ans, tout juste pour se rendre compte que tous ceux qui faisaient la loi n’étaient pas comme les autres. Eux, c’était la France, finira-t-on par apprendre. Et nous alors ? 
	On n’était pas la France, diront des adultes, et de nous le faire comprendre surtout dans la période qui a suivi la conclusion des accords de cessez-le-feu. A Climat de France, non loin de La Casbah, à Alger, et juste au-dessus de Bab El Oued, trois quartiers séparés par de véritables no man’s land, les écoles étaient fermées, d’autres ont pris leur relève. Tout y était enseigné. Le nationalisme, nous le découvrions, et l’on nous préparait même au défilé le jour de l’indépendance. Encore fallait-il savoir ce que cela signifiait. Une affaire d’adulte, mais on en avait quand même plein les oreilles. Les plus âgés se racontaient des choses et tout, pouvait-on constater, laissait comprendre que la situation que nous vivions n’était pas normale. Et les yeux aussi, quand des fidayine – une expression que l’on finira par retenir – liquidaient les traîtres.

	Deux en l’espace de quelques jours. Une balle chaque fois, pas une de plus. Des tireurs redoutables. C’était cela, durant les derniers mois de la guerre. Cela ne nous empêchait pas de la vivre, tandis que d’autres l’ont faite aux côtés des adultes. Car l’Algérie était en guerre et cette guerre, chacun la vivait de manière très personnelle, sans jamais révéler quoi que ce soit. On craignait les traîtres et les bouchkara, même si rien ne distinguait les uns des autres. Tenez par exemple, il fallait signaler au poste militaire du quartier tout nouveau venu dans la maison, à quelque titre que ce soit. Mais l’ambiance changeait chaque fois que des personnes venaient à la maison, et même dans le quartier, chargées d’effets personnels. Rien ne les interdisait, mais ce n’était pas le temps des visites.

	Cela se lisait dans les regards. Quelques couvertures étaient mauvais signe. Ce n’était plus une visite ordinaire et la raison n’en était pas réjouissante. A double titre. Des charges pour ceux qui recevaient, eux-mêmes généralement à l’étroit et aux ressources limitées, une question surmontable, et ceux qui s’y invitaient ne le faisaient pas de gaieté de cœur. Ceux-là fuyaient les attaques de l’armée française et encore, finissaient-ils pas s’interroger, était-ce le bon choix, sachant que ceux qui en ont ainsi décidé devenaient eux-mêmes suspects.

	Ainsi donc, des quartiers et des villes se vidaient et d’autres se remplissaient. Comme le mien. Climat de France, même si, comme partout ailleurs, le danger était réel. Lorsque par exemple la sinistre OAS se lançait contre tout ce qui était algérien, la prudence s’imposait. La vigilance aussi, avec ces cris dans la nuit pour alerter les habitants sur tout danger. Les adultes échangeaient des informations, attentifs aux clameurs qui s’élevaient de Bab El Oued, aux mains d’irréductibles qui refusaient la perspective de la fin de la guerre et inévitablement celle de l’indépendance de l’Algérie. Tout était fait pour terroriser la population musulmane, c’est ainsi qu’elle était qualifiée, et celle-ci répliquait par des «tahya El Djazaïr».

	Bruits de casseroles, rafales d’armes automatiques qui déchiraient le silence de la nuit. Et aussi explosions. Le plasticage d’édifices se poursuivait. C’était la politique de la terre brûlée. Voilà donc qui explique le déplacement de populations entières. L’on apprendra alors que des villages avaient été rasés par la colonisation et leurs populations parquées dans des camps. Le quartier de mon enfance, c’est aussi cet élan de solidarité spontané avec les dockers victimes de l’attentat à la bombe perpétré par l’OAS. C’était le 2 mai 1962, et les blessés y étaient acheminés afin d’être soignés, leur transfert vers les hôpitaux signifiant la mort. Fabuleux Algériens qui avaient pensé à tout, jusqu’au plus petit détail dans cette chaîne d’entraide.
	  ]]></description>
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           <title>Une histoire d'hommes</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	C’est une histoire d’hommes. D’une rencontre. Des deux côtés de la Méditerranée. 
	Une rencontre entre deux porteurs de projets, en Algérie et en France. C’est une histoire dans la grande Histoire qui nous inscrit pleinement dans l’humanité, ses défis et ses douleurs, ses désirs aussi d’accéder à son histoire librement, sans les entraves des versions officielles et des coffres-forts du secret d’Etat.C’est ainsi qu’à l’occasion du 50e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, El Watan et le site d’information français OWNI se sont associés pour lancer, le 19 mars 2012, Mémoires d’Algérie*, le premier musée numérique sur la Guerre de Libération nationale.

	Après un an de collecte de témoignages, photos, pièces administratives… auprès de vous, lecteurs d’El Watan, nous avons pu réunir plusieurs centaines de documents inédits grâce à votre confiance. Car, face aux manipulations et aux occultations officielles, nos centaines de contributeurs des quatre coins d’Algérie, mais aussi de France, ont répondu à notre appel : «La guerre de Libération, c’est vous !» Une manière de détourner le slogan officiel «Un seul héros, le peuple !» et de le prendre au pied de la lettre.

	L’initiative d’El Watan Week-end a croisé un autre projet, celui de l’équipe d’OWNI, qui a, de son côté, compilé et numérisé des milliers de documents classifiés des archives françaises concernant la Guerre de Libération et qui seront mis en ligne à partir du 50e anniversaire des Accords d’Evian, dans un souci de casser les tabous et de briser le silence, côté français, autour de cette période charnière de l’histoire.
	Le projet prendra la forme d’un site internet qui sera enrichi en témoignages, photos, documents… jusqu’au 5 juillet, jour de l’Indépendance de l’Algérie, pour devenir, à partir de cette date, un véritable musée numérique dédié à la mémoire, mis à la disposition du public avec une liberté totale d’accéder aux documents, pour naviguer dans le temps, l’espace et les thématiques, mais aussi la possibilité de participer en commentant ou en soumettant d’autres archives.

	Notre démarche, grâce à la formidable plateforme imaginée par les ingénieurs data d’OWNI, permet une accumulation et une organisation inédite des données sur la Guerre de Libération. La direction éditoriale est assurée par les deux médias, en partenariat avec des historiens spécialistes de cette période.L’application vous permettra donc de vous emparer, de vous saisir de ce vécu commun, de l’histoire écrite par ceux qui l’ont vécue et non par les Etats, mais par des hommes des deux côtés de la Méditerranée. L’histoire écrite par vous.          
	 

	* www.memoires-algerie.org ]]></description>
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        <item>
           <title>Dessine-moi un prisonnier</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	«L’enfant en sécurité n’hésite pas à communiquer ses idées, ses sentiments sans retenue, sans timidité.» 
	C’est ainsi que Mohamed Bencharif, auteur du Livre de notre Vie, explique la sincérité, l’émotion, mais aussi la maturité qui se dégage des textes et des dessins produits pendant la guerre par ses élèves de l’école Freinet de Hussein Dey. Publié une première fois en 1967, le recueil est peu à peu oublié. Aujourd’hui, Mohamed Bencharif souhaite le faire rééditer, avec le soutien de l’Algérie, de l’Unesco et des éditions Dalimen.Les dessins et les textes publiés ici ont été réalisés entre 1958 et 1962. En 1961, je me suis dit qu’il fallait diffuser ce travail auprès du plus grand nombre. J’ai écrit une lettre à la zone autonome d’Alger mais les documents se sont perdus. Finalement, c’est un colonel qui les a retrouvés alors qu’il brûlait les documents de la Wilaya IV. J’ai donc pu les récupérer en 1965. Aujourd’hui, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance, je souhaite que le Livre de notre Vie soit réédité, dans une version améliorée, en trois langues (arabe, français et tamazigh), incluant les textes manuscrits originaux que j’ai retrouvés.

	Dans l’idéal, j’aimerai même que soit réalisé un DVD. Les dessins seraient animés et les textes lus par des enfants. J’ai donc téléphoné peut-être cinquante fois aux ministères de la Culture et des Moudjahidine, en vain dans un premier temps. Finalement, dernièrement, le directeur du patrimoine au ministère des Moudjahidine m’a rappelé. Il est emballé par le projet. Dès que j’aurai fini de préparer l’avant-projet avec la dame quim’aide, j’irai le lui présenter. La réédition est donc sur la bonne voie, avec le soutien de l’Algérie, de l’Unesco et des éditions Dalimen.

	Contact : mohamed.bencharif@gmail.com ]]></description>
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           <title>Dans les tourbillons de la guerre</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Un jour alors qu’il s’affairait à servir un groupe de combattants qui venait d’arriver au douar, exténués par une nuit de combat et de marche, une ombre menaçante submergea Omar. 
	Des sabots frôlèrent sa tête, le souffle puissant et le hennissement d’une bête cabrée emportèrent au loin sa chéchia. Il leva la tête. Il n’en crut pas ses yeux et évita de peu d’être écorché par le harnachement d’un cheval à la robe alezan, monté par un officier des spahis français. L’escadron de cavaliers, dont les chevaux étaient certainement dressés à se déplacer dans le plus grand silence, avait auparavant pris position sur toutes les collines environnantes et commencé les fouilles des maisons et jardins. Les recherches progressaient avec beaucoup de brutalité vers le centre. Les femmes en haillons, dont les plus jeunes s’étaient barbouillé le visage de suie et saupoudré les cheveux de terre pour paraître le plus rebutantes possible et écœurer les velléités de viol des soldats, les enfants et les vieillards étaient conduits à coup de fouet et d’insultes vers une colline qui surplombe le hameau. Les hommes valides étaient ligotés et traînés par une corde commune accrochée au pommeau d’une selle vers un ravin où quelques spécialistes de l’interrogatoire musclé avaient délimité l’arène et se préparaient au sale boulot.

	Les habitants du hameau d’Ath A. étaient encerclés hermétiquement sans aucune possibilité de s’échapper, avec un groupe de moudjahidine parmi eux ! La vigie, chargée de surveiller les mouvements suspects et les signaler rapidement afin de ne pas être pris au dépourvu, s’était assoupie un moment, c’est ce qu’on apprendra plus tard. Les chiens, qui auraient pu avertir du danger, avaient été éliminés, dès le début de la Révolution, sur ordre de la résistance. La peur le paralysa. Il allait servir le café aux moudjahidine, il se retrouva nez à nez avec un officier ennemi ! Il lâcha le plateau avec la cafetière et les tasses de café, qui se fracassèrent sur le sol.

	Le gradé, intrigué par le début de panique qui saisissait l’enfant le regardait d’un air soupçonneux. Son père qui, au même moment, sortait du gourbi situé plus bas, dans lequel un groupe de moudjahidine achevait de soigner un blessé et attendait le café, avait saisi la scène et mesuré ses conséquences tragiques. Alerté par la situation inconfortable dans laquelle allait s’empêtrer son fils il reprit son sang-froid et accourut en criant très fort : «Je t’ai dit, espèce d’âne, de commencer à servir le café en voyant arriver messieurs les officiers de l’armée française. Dépêche-toi de ramener un autre café et ne le renverse pas cette fois-ci !» Arrivé à hauteur de l’officier, responsable de son effroi, il se met dans un garde-à-vous impeccable et déclama : «Sergent Belkheir 2e compagnie, 7e régiment de tirailleurs algériens, à vos ordres mon lieutenant !» Ce dernier rendit le salut et posa l’inévitable question à cet indigène qui baragouinait un français approximatif au lieu d’appeler l’un de ses traducteurs occupés pour le moment ailleurs : «Où sont les fellagas ? On m’a informé qu’ils passent souvent ici pour se reposer et se restaurer.»

	Faits d’armes

	Le vieux jura impudemment sur tous les saints connus et inconnus qu’il n’a jamais vu ces bandits. D’ailleurs, si jamais il les voyait, il n’hésiterait pas un seul instant pour aller directement informer et demander secours à l’armée française. «Parole d’ancien combattant !» lui rétorque-t-il. Il insista ostensiblement pour leur rappeler que lui-même était menacé par ces fellagas en tant que fidèle serviteur de la patrie.+
	A-t-il été convaincu par cette profession de foi ? On ne sait cependant par quelle magie il le descendit de cheval et l’entraîna vers le nord de la chaumière, au centre d’une large excavation peu profonde creusée sur le flanc d’un petit monticule d’où les vieilles du hameau extrayaient l’argile pour la fabrication des ustensiles de cuisine. Elle servait aussi de plateforme de battage pour les moissons, Les garnements du hameau l’utilisaient comme terrain de jeu de chara. C’est aussi l’agora pour les adultes où, par beau temps, les sages du hameau venaient débattre les problèmes de la tribu ou jouaient au sig. Elle se transformait quelquefois en piste de danse pour les nombreuses fêtes qu’on organisait sous n’importe quel prétexte. C’était la place centrale.

	Le lieutenant siffla, quelques militaires les rejoignirent ; tout le monde prit place sur les pierres disposées en cercle et la discussion s’engagea. Il fut question de Monte-Cassino, d’Alsace et d’autres batailles ainsi que de l’évocation des noms des grands officiers sous les ordres desquels le père avait servi la patrie. Il n’est pas insensé d’espérer retrouver parmi eux quelque ascendant au moins à l’un d’eux et ainsi amadouer leur ardeur guerrière ! La maman avait tout de suite compris et finissait de préparer un autre café dans un nuage de fumée qui assombrissait l’intérieur du logis et rendait la respiration suffocante. Omar, comme convenu antérieurement, avait couru jusqu’à la petite valise en carton où étaient soigneusement rangés les papiers personnels, les effets de toilettes et les médailles militaires arrachées de haute lutte sur les champs de bataille du Moyen-Orient et d’Europe qu’il ramena et que son père exposa ostensiblement avec une profusion de détails devant la curiosité morbide des sous-officiers.

	Le papa le regarda profondément dans les yeux et lui dit : «Dépêche-toi de conduire les chèvres chez le pâtre et ramène le café !» Omar allait lui répondre que les bêtes étaient déjà au pâturage, puis se ravisa tellement l’ordre lui paraissait insolite et comprit qu’il s’agissait plutôt de trouver une solution pour sortir le groupe de moudjahidine de l’encerclement. Implicitement, ils s’étaient partagé les rôles : son père devrait attirer et occuper le maximum de soldats au nord de l’habitation avec ses histoires guerrières et l’exposition de ses médailles. Quant à lui, il devrait conduire les moudjahidine hors de vue des soldats, c’est-à-dire les sortir de l’encerclement.

	Manœuvres

	A côté du gourbi où ces derniers étaient déjà en position de combat, le doigt sur la gâchette, il y avait une séguia qui descendait vers le sud jusqu’à l’oued en passant au milieu de quelques figuiers rabougris et de cactus, mais elle n’était pas assez profonde pour cacher entièrement un être humain, même en position allongée. Omar remarqua, à son grand désarroi un adjudant que la réputation de cruauté et de haine avait déjà précédé dans les hameaux environnants vociférer, insulter et rudoyer avec une rare violence tout ce qui passait devant lui, se diriger dangereusement vers le gourbi. Il était presque sur le seuil et Omar, paralysé par la peur, allait mettre ses mains sur les yeux pour ne pas voir le début du déluge, quand le miracle se produisit : le lieutenant le héla avec une pointe d’agacement et lui intima l’ordre de le rejoindre tout de suite… Ce qu’il fit manifestement à contrecœur comme s’il avait senti qu’on venait de lui arracher des mains quelque chose de très important. Le danger n’était pas totalement écarté pour autant et il devenait donc impérieux de détourner par un quelconque subterfuge l’attention des soldats qui étaient de garde aux alentours du gourbi pendant que les moudjahidine se faufileraient l’un derrière l’autre en rampant dans la seguia, bien plaqués contre le sol, avec une chance sur mille de passer inaperçu.

	Omar se rappela que dans l’enclos, il y avait des chevreaux. Et s’il les sortait et les lâchait dans la nature en les orientant vers le nord ? Il joua le tout pour le tout et tenta la combine tout en suppliant Dieu de faire comprendre la manœuvre aux moudjahidine. Les bêtes s’égaillèrent dans une totale confusion et il se mit à courir et à crier pour les pousser vers la direction opposée à la seguia, en faisant semblant de vouloir les rattraper et de trébucher plusieurs fois. Quelques soldats, dérangés dans leur travail ou peut-être même apitoyés par sa balourdise, l’aidèrent à récupérer, après une véritable chasse à courre, les chevreaux pendant que d’autres lui jetaient des pierres. Il jeta un coup d’œil furtif vers le point le plus éloigné de la séguia, là où elle atteignait l’oued.

	A son grand soulagement, il vit la dernière silhouette disparaître derrière le bosquet de lauriers-roses entre des soldats qui s’esclaffaient en suivant le spectacle des mésaventures d’Omar avec ses caprins. On l’aida même à ramener les chevreaux récalcitrants à la bergerie. Sa mère, qui avait suivi toute la scène grâce aux trous d’observation pratiqués discrètement dans les murs de torchis que seules les campagnardes savaient positionner aux points stratégiques, le happa à la porte, le serra un moment en silence contre elle et le regarda longuement, pendant que les soldats mettaient sens dessus-dessous l’intérieur de l’habitation en éparpillant sans ménagement les maigres objets qui s’y trouvaient.

	Ses beaux yeux étaient embués et sur ses joues ravinées par le froid et la misère, quelques larmes ruisselaient. Omar ne sait si ces larmes exprimaient la délivrance de savoir que les djounoud s’étaient échappés ou la peur toujours présente pour le sort des siens, ou bien simplement à cause de la fumée acre qui remplissait le gourbi dès que le feu était allumé pour préparer les repas. Le gaz butane n’existait pas encore pour les indigènes, on se contentait de feu de bois vert qu’on ramenait en cachette de la forêt.Le plateau de café bien serré entre les mains, il se dirigea vers le lieutenant et son groupe devant lesquels il le déposa et commença à servir tout en jetant un coup d’œil complice à son père qui avait deviné qu’il y avait un espoir de salut pour cette fois-ci.

	Sauveurs

	Tout en prenant une tasse de café, le lieutenant le regarda et lui dit : «Est-ce que tu vas à l’école ? Quel âge as-tu ?»
	«Onze ans Monsieur, et je vais à l’école mixte de B.», lui répondit-il.
	L’officier était visiblement surpris et son visage se détendit en lui disant de s’approcher de lui pendant qu’il ouvrait sa boite de ration de combat et lui tendit une barre de chocolat, au grand dam de l’adjudant qui fulminait de rage intérieurement et les fusillait du regard.
	Comment appeler un moment pareil ? Peut-être que ce jour-là le bon Dieu, dans Son immense miséricorde, lui a permis d’être celui qui a peut-être sauvé des vies humaines par de simples gestes dictés par le prodigieux instinct de survie. Après avoir longuement discuté, le lieutenant manifesta un intérêt pour les capacités intellectuelles de l’enfant et lui conseilla de poursuivre sa scolarité à l’école des enfants de troupe pour embrasser une carrière militaire qui lui conviendrait parfaitement ; il l’invita à passer au cantonnement avec son père pour prendre des denrées alimentaires et des couvertures.
	Les fouilles du hameau avaient été, paraît-il, infructueuses. Le lieutenant donna l’ordre de rassembler la population et lui fit un petit discours pendant que son médecin auscultait les gens, surtout les enfants ; il leur promit de revenir avec le maximum de choses dont il avait constaté le besoin.

	On relâcha tout le monde, l’encerclement fut levé et les spahis prirent la direction de leur campement. A part quelques taloches servies aux moins chanceux, personne n’a été à proprement parler, secoué outre mesure, ce jour-là.
	Ce soir-là, Omar et son père étaient devenus les sauveurs du hameau et ils en étaient fiers ! Tous les voisins reconnurent que sans leur présence d’esprit le douar aurait été rasé à l’heure qu’il est !

	Le lendemain, montés sur leur cheval blanc ils prirent la direction du cantonnement de spahis situé à une demi-douzaine de kilomètres au piémont de djebel M. Il était aménagé prés d’une ancienne maison forestière. Les spahis s’affairaient chacun à sa besogne de l’entretien des lieux au nettoyage et graissage des armes. L’odeur de la cuisine et le hennissement des chevaux emplissaient l’air. On les conduisit jusqu’à une petite bâtisse qui servait de bureau et de chambre à coucher pour le lieutenant. Il sourit à leur vue et les accueillit avec beaucoup de gentillesse. On parla de tout, de Saint Cyr, de Saumur, de ses enfants restés en France qui lui manquaient terriblement et bien sûr de la guerre et des souffrances des deux côtés.
	Omar était éberlué : même les lieutenants avaient donc des enfants, comme tout le monde, lui qui croyait que les militaires étaient une espèce insensible qu’il fallait éviter de rencontrer ! Ils prirent le café et on les invita à partager le déjeuner.

	Démasqué

	Après le repas, un sergent arabe avec un accent prononcé de l’Ouest, nommé Kada, vint les voir et les conduisit vers la cambuse pour leur donner les denrées alimentaires et les couvertures ; en chemin ils furent rejoint par un caporal, un Arabe lui aussi, qui aborda le père en lui lançant : «Hier, pendant que ton fils nous embarquait dans la course-poursuite après les chevreaux, j’ai vu avec Kada quelques chèvres prendre la séguia et disparaitre dans l’oued au sud de ton gourbi, nous en avons compté huit il y avait même deux chèvres trainant une autre chèvre qui paraissait en mauvais état, a-t-elle survécu ? On pourrait t’aider, on aimerait bien la soigner !» Le père accusa le coup. Il comprit l’allusion et était estomaqué par tant d’audace, il ne savait quoi répondre, le terrain pourrait être miné et la question devait être carrément éludée pour le moment .L’autre n’insista pas. On se sépara dans un silence pesant.

	Arrivés à la sortie, Omar retrouva le lieutenant avec la photo de ses enfants dans la main: une fille et un garçon. Ils étaient très beaux et le lieutenant lui donna leurs prénoms : la fille s’appelait Jocelyne, une grande fille de quinze ans, bien portante, et Daniel, un garçon qui était lui aussi au CM1 comme Omar. Il lui remit un paquet où il y avait quelques friandises et des fournitures scolaires rangées dans un joli cartable en cuir naturel, qu’Omar a gardé toute sa scolarité. Il rejoignit son père et ils reprirent le chemin de retour. Ce dernier était soucieux et la situation semblait le préoccuper, il ne desserra pas les lèvres tout le long du voyage.

	Sitôt arrivés au gourbi, il ne descendit même pas de cheval, il prit un morceau de galette et un peu d’eau et continua son chemin. On ne le revit que deux jours plus tard, il était bien fatigué mais paraissait moins bouleversé. Il lui remit un petit paquet enveloppé dans un morceau de toile de chèche vert, c’était un joli dictionnaire, le premier qu’il avait entre les mains. Il comprit que son père était repassé par le cantonnement des spahis.

	Quelque temps plus tard, juste après le coucher du soleil, un groupe de moudjahidine arriva au gourbi. Omar s’affairait à servir le dîner que sa mère, véritable magicienne des fourneaux avec des moyens rudimentaires et l’aide de sa voisine, avait déjà préparé .Il faisait très sombre et la lumière blafarde de la lampe à pétrole n’éclairait pas suffisamment pour bien distinguer les visages. Après le repas, comme toujours, Omar aimait plaisanter avec les moudjahidine qui passaient souvent chez eux et dont certains l’appelait familièrement Bézouiche. Il était fasciné par les armes, d’ailleurs il pouvait vous citer en donnant des détails tous les modèles qui ont servi pendant la Guerre d’indépendance. Alors qu’il ramassait les cuillères à la fin du repas, un moudjahid l’attrapa par le bras, le fit asseoir près de lui et lui demanda : «Alors tu as attrapé tes chevreaux ! Ils ont du grandir depuis ce temps où tu courrais après !» Il était sidéré quand il reconnut la voix : c’était Kada le spahi. Omar sut, bien après, que Kada et quelques uns de ses compagnons avaient déserté l’armée française avec armes et bagages, et rejoint l’ALN. Du fond d’une des poches de sa vareuse il sorti quelques bonbons qu’il remit à Omar avant de disparaître avec son groupe dans la nuit. Ce fut un moment pathétique.

	Double jeu

	L’objectif de ce départ avant lequel chaque moudjahid avait vérifié et graissé son arme était facile à deviner. Une attaque était prévue pour cette nuit ! Quelques heures plus tard, le ciel s’embrasa au dessus du cantonnement des spahis. De temps en temps, une fusée éclairante inondait le paysage de lumière comme en plein jour, les rafales d’armes automatiques et des détonations durèrent une bonne partie de la nuit. Vers l’aube le calme retomba, c’était fini ! Au petit matin, on apercevait encore des volutes de fumée monter vers le ciel, un avion d’observation survolait longuement les lieux, suivi par des hélicoptères et un long convoi de camions. On apprit plus tard que le cantonnement avait subi une attaque sévère et qu’il y avait beaucoup de morts et de blessés.

	Paradoxalement, Omar s’était retrouvé partagé entre deux sentiments contradictoires : la fierté d’apprendre la destruction d’un camp ennemi et peut-être l’élimination des monstres, tels que l’odieux adjudant, d’un côté, et de l’autre, l’espoir que ce lieutenant, dont le comportement humain était empreint de grandeur d’âme et de noblesse, et ses semblables fussent épargnés et qu’ils puissent aller en paix retrouver leurs enfants. Omar ne saura jamais ce qu’était devenu le sympathique lieutenant pour lequel il garde un profond sentiment de respect, voire d’amitié presque, malgré l’antagonisme des camps auxquels ils appartenaient .Personne n’avait échappé aux souffrances. Même le père, qui a côtoyé sur les différents fronts de guerre plusieurs genres de personnes disait, en l’invoquant, que les Français de souche évitaient souvent de faire le mal pour le mal.

	Le cantonnement de spahis de M. fut démantelé et abandonné à jamais ; sa position géographique rendait sa défense aléatoire et personne n’y remit les pieds jusqu’à l’indépendance. Quant à Kada, il le revit encore deux ou trois fois, toujours plaisantant sur tout et boute-en-train parmi ses compagnons. Un jour, il disparut et Omar fut très affligé d’apprendre plus tard qu’il était tombé au champ d’honneur lors d’une des nombreuses batailles de M. Les matinées de cet automne de l’année 1956 devenaient de plus en plus fraîches et annonçaient l’approche de la rentrée scolaire. Omar, que le dernier événement avait armé de quelques expériences supplémentaires, a gagné en maturité pour affronter l’adolescence et la redoutable année du CM2. C’est-à-dire celle de l’examen de 6e !
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	Photo de classe.
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           <title>Souvenirs d’un enfant révolté</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Etant gamin à Hussein Dey, j’étais écolier à Paul Langevis. Un jour, j’ai écrit «vive FLN» sur le mur du magasin d’un commerçant français, Monsieur Mol ; il m’a obligé à l’effacer avec une raclée. Une voisine française est intervenue, lui disant «c’est un gamin». 
	Les militaires nous apportaient du lait à l’école ; je disais à mes camarades «faut pas le boire, il est empoisonné». Un militaire m’a repéré et m’a couru après ; j’ai été secouru par un Français, un commerçant voisin, Vincent Berenger, et par Mme Ferres Dolorès, qui lui ont dit «laissez-le, c’est un gosse». Ce sont des souvenirs qui restent gravés dans ma mémoire. Cela ne veut pas dire que j’ai participé à la Révolution, mais j’ai été marqué par ce que j’entendais dans ma famille. Mais ce qui m’a marqué  à jamais c’est l’assassinat de mon père, en 1956,  par le MNA de Messali Hadj en raison de sa prise de position pour l’OCFLN.

	L’écriture de l’histoire de notre Révolution est faussé par la réalité des faits que le MNA de Messali, le «zaïm» aveuglé par le «pouvoir absolu» a collaboré (en avril 1953) avec la colonisation : Bellounis 4000 hommes, Belhadj Djillali (Cobus)… Les membres du MNA en France ont collaboré avec Papon en dénonçant les Algériens qui cotisaient pour le FLN de l’époque. Tous ces faits sont occultés par le système pourri qui nous gouverne et beaucoup de journalistes passent sous silence ces trahisons de la Révolution. Messali a voulu être homme en 1936, mais il n’est pas resté homme par zaïmisme. Arrêtons le maquillage de notre Révolution pour plaire aux «maîtres des lieux», le clan d’Oujda.

	Mon oncle a «disparu» après avoir été reconnu ; il conduisait une Traction qui a mitraillé un bar de la rue de la République, à Hussein Dey. Ma mère a été emmenée à la caserne du génie pour dénoncer son frère. Elle a continué à cotiser jusqu’à l’indépendance. En récompense, l’inspecteur principal du ministère des Moudjahidine (plus jeune que moi) use de son pouvoir et persiste à ne pas reconnaître les victimes du MNA. Tous ces faits faussent notre histoire. Les héros meurent et les lâches en profitent.
	  ]]></description>
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           <title>Fatima, la collégienne martyre du 17 Octobre 1961</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	On a beau noyer l’histoire de l’immigration algérienne dans les profondeurs de la Seine, elle finira bien un jour par remonter à la surface tel le corps de Fatima Bedar, jeune collégienne retrouvée quinze jours après son décès dans le canal de Saint-Denis. C’était le 17 octobre 1961. 
	Les Français musulmans algériens (FMA) avaient occupé Paris le temps de dire au préfet de police, Maurice Papon, qu’ils étaient des Algériens ; que comme leurs frères, pères, sœurs et mères de la colonie en guerre, ils étaient avec le Front de libération nationale et pour la libération de leur pays du joug du colonialisme français. Pour eux aussi, l’indépendance de l’Algérie n’avait pas de prix. Les ouvriers algériens étaient sortis manifester pacifiquement contre le couvre-feu raciste imposé par Papon aux seuls Algériens à l’exclusion de toutes les autres populations vivant à Paris et sa banlieue. Plus qu’une commémoration, ce 45e anniversaire de la chasse au faciès, ordonnée par les plus hautes autorités de Paris, est celui d’un retour, celui du transfert de la France vers l’Algérie, des restes post-mortem de la jeune chahida Fatima Bedar.

	Née le 5 août 1946 à Béjaïa, elle n’a que cinq ans quand elle rejoint, avec sa mère et sa sœur, son père à Sarcelles. Fatima était l’aînée de quatre sœurs et deux frères auxquels s’ajouteront ultérieurement deux autres sœurs. Fatima ne les verra pas, car entre elle et eux des mains criminelles se sont interposées pour mettre fin à sa vie. Comme tous les Algériens qui vivaient dans la banlieue parisienne, son père Hocine, employé à Gaz de France, domicilié à Stains en Seine-St-Denis, avait tenu à répondre présent à l’appel de la Fédération de France du FLN.

	Couffin à la main

	Cette chahida de 15 ans passés de 2 mois et 12 jours, ne constitue qu’une pièce d’un puzzle éclaté en mille morceaux dont la reconstitution exige des moyens appropriés et des sacrifices humains à la mesure des objectifs que s’assigne tout chercheur. C’est dans cet esprit que nous avons organisé, entre autres, deux tables rondes. L’une le 17 juin 2002 en hommage à la moudjahida Baya Hocine décédée le 1er mai 2000, l’autre le 16 octobre de la même année en hommage précisément à Fatima Bedar. Mais qui est Fatima Bedar ? Réponse courte à une question courte : une élève du collège commercial et industriel féminin sis rue des Boucheries, à Saint-Denis. Comment devient-on chahida quand on n’a que 15 ans et qu’on réside en France ? Y a-t-il d’abord un âge à cela ? Il faut inverser la question et se demander comment cette adolescente au regard doux, à la coiffure soignée, au sourire angélique, au visage serein, malgré des sourcils prononcés et une tenue vestimentaire simple mais de bon goût, a pu se retrouver le soir du 17 octobre 1961 au fond des eaux mortelles de la Seine ?

	Elle n’avait pourtant pas l’air d’une enfant revêche, elle n’était pas rebelle à l’autorité paternelle. Elle ne portait pas non plus en elle les signes d’une enfant travaillée par le militantisme et l’engagement jusqu’au sacrifice suprême. Pour répondre à ces questions et à d’autres qui se poseront par la suite, tout un travail d’enquête s’impose. On ne vient pas au militantisme comme on va faire ses emplettes un couffin à la main. Les dures conditions de vie et de travail imposées de fait à l’émigration maghrébine en France, particulièrement ceux vivant dans la banlieue parisienne, renvoyaient les ouvriers algériens de Renault-Billancourt, de Peugeot, du bâtiment, des mines… à un passé qu’ils avaient laissé loin derrière eux en Algérie.

	Saint-Denis n’était pas le ghetto de Nanterre, mais la misère humaine de ces ouvriers des colonies qui était partout la même. C’est dans ces foyers, parmi les ouvriers maghrébins qu’est née l’Etoile nord-africaine. Le nom, les idées du père du nationalisme algérien, Hadj Messali, faisaient partie des rudiments de la culture militante de chaque ouvrier. La photo du zaïm constituait un élément du mobilier familial, aussi modeste était-il.

	École maternelle 

	L’histoire mouvementée de l’ENA, du PPA et du PPA-MTLD, les incarcérations répétées du zaïm, les interdits en tous genres qui le frappaient et son exil faisaient partie de la culture historique diffuse des ouvriers perquisitionnés de nuit dans les meublés, dans les foyers nord-africains, dans les bidonvilles et autres espaces de regroupement de l’immigration algérienne. Vint le 1er novembre 1954, les premières cellules FLN en France, les attaques contre les harkis, l’incendie dans la nuit du 24 au 25 août 1958 par les commandos de la Fédération de France du FLN des raffineries de Mourepiane près de Marseille. La guerre d’Algérie avait franchi les portes de Paris et de la métropole.

	Le sigle FLN éclipse, non sans peine, le MNA qui livre une autre guerre à son rival. Les autorités françaises multiplient les contrôles d’identité, les rafles, les séquestrations, la torture des Algériens. Les disparitions par noyade, les pendaisons sauvages au Bois de Boulogne qui avaient commencé bien avant le 17 Octobre, suscitaient l’inquiétude de certains journaux comme Le Monde ou Témoignage chrétien. Fatima a baigné dans ce climat d’angoisse, de terreur et de lendemains incertains, celui de ne pas voir revenir son père la nuit tombée. Fatima avait 8 ans en novembre 1954, 15 en 1961, un âge où la curiosité est la mère des écoles.

	Mais Fatima était connue pour son sens des responsabilités. Elle secondait sa mère dans les travaux ménagers en même temps qu’elle assurait le suivi scolaire de sa jeune sœur Louisa qui voyait en elle une seconde maman et accompagnait le petit Djoudi à l’école maternelle. Bref, c’était jusque-là une fille modèle avec en plus des responsabilités d’une jeune fille moderne. L’annonce du 17 Octobre brouillera toutes les cartes. Tout change brusquement. En décryptant à partir de l’une de ses dernières photos les traits de cette collégienne tout à fait comme les autres, on découvre une autre Fatima. Elle paraît grave et surtout déterminée. Les Bedar gardent en mémoire deux 17 Octobre.

	Cartable

	Celui d’une discussion animée entre Djida, la mère et sa fille et celui de la disparition de Fatima. Les parents ne voulaient pas que leur fille prenne part à la manifestation prévue le soir-même. Sa mère l’avait chargée de garder ses frères et sœurs. La détermination de Fatima était telle, qu’elle sortira en courant du domicile familial qu’elle quitta à jamais. Dans sa course vers l’inconnu et malgré la tension entre elle et sa mère, Fatima n’avait pas oublié de prendre avec elle son cartable. C’était mardi et elle avait classe. Le 18 octobre, son père signale sa disparition au commissariat de Saint-Denis Banlieue. Un procès-verbal daté du même jour en fait foi. Hocine et son épouse que suivait le petit Djoudi, la chercheront en vain jour après jour dans les rues de Stains.

	Les recherches prendront fin le 31 octobre avec la découverte par les pompiers, à la 7e écluse du canal de Saint-Denis de la dépouille d’une jeune fille qu’ils venaient de repêcher. Le corps était dans un état de décomposition avancé. Il était méconnaissable. Les Bedar ne l’identifièrent que grâce aux longues et épaisses nattes châtain foncé de leur fille disparue la nuit du 17 au 18. Quant au cartable, il sera remis le 1er novembre au père par le commissariat de police de Saint-Denis. Une porte venait de se fermer sur les Bedar et une autre allait s’ouvrir, celle du silence et le refus de dire. Djida rendra l’âme le 3 avril 2003 dans la douleur de la perte cruelle de sa fille aînée.

	Hocine Bedar, aujourd’hui malade, sa sœur Louisa et son frère Djoudi se souviennent des derniers moments qui opposèrent Fatima à sa mère. Ils gardent en mémoire le cartable restitué par la police, les recherches sans succès dans les rues de Stains dans l’espoir de trouver Fatima. Ils se souviennent du corps tuméfié découvert quatorze jours après sa sortie du domicile. Ils se souviennent de l’inhumation le 4 novembre 1961 de la chahida Fatima Bedar au cimetière communal de Stains. Ils se souviennent de tant et tant de choses. «Mais qui a tué Fatima Bedar ?», s’est interrogé Jean-Luc Einaudi. On ne le saura jamais. Mais ce que l’on sait, c’est qu’au commissariat de Saint-Denis et au poste de police de Stains, dépendant de Saint-Denis, des policiers avaient, depuis des semaines, pris l’habitude de jeter des gens dans le canal et dans la Seine. Sans commentaire.

	                                   *************************

	Références :
	1- Jean-Luc Einaudi : La bataille de Paris. Seuil, Paris, 1991.
	2- Idem. : Octobre 1961, un massacre à Paris. Fayard, Paris, 2001, 385p.
	3- Malika El Korso (sous la direction de) : Femmes au combat : hommage à Baya Hocine. Table ronde organisée par le laboratoire Encyclopédie des Figures historiques de la révolution algérienne (1954-1962) ; Centre national d’étude et de recherche sur le Mouvement national et la révolution du 1er Novembre 1954 ; 17 juin 2002.
	4- Idem : Militants et militantes de la Fédération de France du FLN et le 17 octobre 1961 : hommage à Fatima Bedar ; idem ; 16 octobre 2002.
	5- Fédération de France du FLN, section femmes : Les manifestations des femmes algériennes en France brochure octobre-novembre 1961, 63p.
	6- Linda Amiri : La Bataille de France. La guerre d’Algérie en métropole. Laffont ; Paris 2004. 235p.
	Voir également
	1- Ali Haroun : La 7e Wilaya, la guerre du FLN en France 1954-1962, Seuil, Paris , 1986 ; Ed ; Rahma, Alger, 1992, 522p.
	2- Olivier Le Cour Grandmaison : Le 17 Octobre 1961, un crime d’Etat à Paris. Ed. La Dispute, Paris, 2001, 282p.
	Aujourd’hui, grâce à un travail de défrichage scientifique, grâce à la volonté à toute épreuve d’un militant de la Fédération de France du FLN, en l’occurrence Mohamed Ghafir dit Moh Clichy, grâce à la mairie de Stains, grâce aux autorités locales de la daïra de Tichy, grâce enfin au ministère des Moudjahidine, les restes post-mortem de la chahida Fatima Bedar, dont la dépouille reposait jusqu’à ce jour au cimetière de Saint-Denis, seront réinhumés, après 45 années jour pour jour, au cimetière des martyrs de son village natal Tichy. Voilà pourquoi la commémoration du 45e anniversaire des massacres du 17 Octobre 1961 est d’une spécificité toute particulière.

	
	Texte publié le 16 octobre 2006 dans El Watan ]]></description>
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           <title>Assassins, on veut les fatmas !</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Perle dans un écrin, princesse courtisée faisant face avec dignité aux vicissitudes de l’histoire, Alger la Blanche brillait sous les rayons d’un soleil printanier en ce dimanche de ces années cinquante, années des zazous aux cheveux gominés et surtout années noires pour notre peuple. 
	Avec mes petits copains du quartier nous nous aventurâmes, des ruelles étroites et tortueuses de notre Casbah bien-aimée, jusqu’à «Bab El Oued l’interdit», ne nous doutant pas que cette journée ensoleillée allait marquer notre vie à jamais. Hauts comme trois pommes, prenant notre courage à deux mains et notre candeur aidant, nous dévalâmes la pente de la Rampe Valée qui longe le magnifique jardin Marengo, jusqu’à ce fameux quartier, repaire des pieds-noirs, juste pour admirer cette chose magique, pour nous, petits «Arabes» : une télévision allumée exposée dans une vitrine.

	C’était grâce au «téléphone arabe» que nous faisions cette virée. Cette journée dominicale était l’occasion, pour les plus pieux, d’aller prier là haut sur la colline dans la basilique Notre-Dame d’Afrique où le panorama était magnifique, pour certains de faire leurs emplettes au marché des Trois-Horloges ou au marché Nelson aux étals biens achalandés et aux odeurs méditerranéennes, pour d’autres de déambuler sur le front de mer d’El Kettani, profitant de cette chaude matinée qui appelait au farniente. Les plus âgés, en bras de chemise, béret basque sur la tête, jouaient à la pétanque à l’ombre des arbres tout en commentant le tiercé de la journée. Bab El Oued, ou Cantera comme l’appelaient les Algérois, Bab El Oued de nos jeunes années, Bab El Oued le frondeur, respirait la Méditerranée par ses odeurs, son ciel azur, ses belles filles aux yeux de feu et cet inimitable accent propre aux pieds-noirs, le «pataouète».

	Journée magnifique et calme où le pastis et l’anisette coulaient à flots dans les bars et où la gouaille s’entendait jusque dans la rue. Image d’Epinal ! Soudain, un bruit sourd, des cris, des gens apeurés et affolés courant dans tous les sens en criant. Une bombe venait d’éclater à l’arrêt de bus des Trois Horloges, en plein centre de Bab El Oued. Attirés par les cris et curieux comme pas un, nous nous précipitâmes vers les arrêts de bus et là, au milieu de cette foule dense qui gesticulait, nos yeux innocents virent une chose atroce : des corps mutilés gisant sur le trottoir, du sang, des gémissements, des pleurs ; deux femmes voilées, blessées aux mains et aux bras, étaient allongées par terre.

	Cauchemar ou réalité ?

	En quelques instants la police fut sur les lieux. Son premier geste fut d’évacuer les deux femmes vers le commissariat qui se trouvait à quelques dizaines de mètres de là, suivi par cette foule qui grossissait à vue d’œil et qui devenait de plus en plus menaçante. Nous faufilant au milieu de ces hommes et femmes de tous âges, nous nous retrouvâmes face au commissariat du 5e arrondissement où de nombreux policiers, venus en renfort, montaient la garde face à ce flot qui devenait de plus en plus agressif. Une émeute se préparait. Les esprits échauffés par ce spectacle macabre, les uns encourageant les autres, agglutinés face au commissariat, les pieds-noirs appelaient au meurtre des deux femmes arabes. Pourquoi, nous demandions-nous, puisque ce sont des victimes, blessées aussi et nécessitant d’être soignées en toute urgence ?

	«Assassins, assassins, on veut les fatmas !» vociférait la foule en délire tout en avançant vers l’entrée du commissariat. Soudain, les policiers furent débordés et quelques «gros bras» réussirent à entrer dans le poste de police. Image gravée à jamais dans nos jeunes esprits : les «gros bras» ressortirent, traînant par les cheveux les deux femmes blessées. Nos cœurx se serrèrent et nos yeux s’emplirent de larmes à la vue de ce spectacle inhumain. Sourds aux supplications et aux lamentations de ces deux malheureuses femmes aux vêtements en lambeaux et au visage tuméfié, ils les jetèrent en pâture à cette masse ivre de folie qui rend l’homme plus féroce qu’un animal sauvage et plus vil que jamais. Nous assistions à un lynchage en bonne et due forme, digne du Ku Kux Klan qui sévissait dans le sud des Etats Unis !

	La foule, devenue incontrôlable, criait : «A mort, à mort les fatmas !» Tel des sables mouvants, cette ignoble masse humaine engloutit ces pauvres femmes à jamais, elles disparurent de notre vue ; lambeaux de chairs humaines. Pétrifiés, nous restions là, terrassés par cette atrocité commise sous nos yeux d’enfants, terrible scène qui hanta nos nuits et nos rêves innocents devenus cauchemars. Subitement, nous rendant compte que nous aussi étions des «petits mokhamed», nous prîmes nos jambes à notre cou jusqu’à notre fief, notre Casbah où nous nous sentions en sécurité. En fait, c’étaient deux moudjahidate victimes de leur propre bombe artisanale dont le détonateur avait été mal réglé. Combien furent-elles à sacrifier leur jeunesse pour cette noble cause qu’on appelle liberté ? Cinquante ans après je revois, dans le détail, cette atrocité commise sous mes yeux. C’est le cœur déchiré que je me permets aujourd’hui de rendre hommage à ces deux Algériennes que je considère, avec fierté, comme mes sœurs. Valeureuses femmes !
	  ]]></description>
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	Algériennes à La Casbah
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           <title>D’Alger à Paris, le parcours de «Kaddour»</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Amar Ladlani, plus connu durant la lutte d’indépendance sous le nom de «Kaddour», vient de décéder. 
	Dès 1945, Ladlani est membre d’une cellule MTLD du Ruisseau (aujourd’hui Les Annassers) à Alger et gravit bientôt l’échelon de chef de groupe des Tanneries. Quatre ans plus tard, comme beaucoup de jeunes à l’époque, il émigre en France et se retrouve à Liévain, dans le Pas-de-Calais, comme membre du comité de kasma, spécialement chargé des finances.
	Début 1950, la Fédération de France du MTLD fait passer à certains militants un test d’aptitude aux fonctions de permanent. Kaddour subit avec succès l’épreuve.

	Aussitôt après, il est désigné comme «régional» du Centre, territoire s’étendant de la frontière suisse à Annemasse, jusqu’à l’Atlantique à l’ouest, et comprenant en particulier les fortes concentrations maghrébines de Lyon, Clermont-Ferrand, Roanne et Montluçon. Deux ans plus tard, une permutation des cadres affecte Ladlani dans le Nord, aux lieux et place de Benferhat muté dans le Midi. Quant à la région Centre, elle échoit à Abderrahmane Guerras. Ainsi, Ladlani va-t-il occuper son poste de 1952 à 1954.

	Eclate alors au grand jour la scission du MTLD, enfin portée à la connaissance de la base, lors de la conférence annuelle de février, salle de la Grange-aux-Belles, à Paris. A ce moment Boudiaf, qui occupe la fonction de responsable d’organisation au niveau fédéral, et Mourad Didouche son adjoint, vont quitter la France et se rendre à Alger pour se lancer corps et âme dans la constitution du CRUA. Dès lors, le comité fédéral se disloque et ses membres, dans leur ensemble, vont s’opposer à Messali. Tous les permanents sont alors libérés de leurs fonctions.

	«Qui a bien pu faire ça ?»

	Le 1er Novembre surprend Ladlani dans cette situation de «permanent libéré». Comme la plupart des militants MTLD non «au parfum» des choses du CRUA et du FLN, il se pose la question : «Qui a bien pu faire ça ?» Les anciens cadres essaient de se positionner par rapport à l’évènement. Il agit de même. Aussi après quelques mois, le contact est-il établi avec Terbouche, Guerras et Bensalem. Et voilà l’ancien chef de région MTLD qui reprend du service comme militant de base du FLN. Mais aujourd’hui les choses revêtent une autre tournure : la guerre de Libération a effectivement commencé. Guerras qui, l’année précédente, était son collègue «régional», se trouve appartenir à «la direction des Quatre». Avec l’accord des trois autres, il désigne, en juillet 1955, Ladlani comme son adjoint pour le Centre et l’envoie à Saint-Etienne.

	Six mois plus tard, Ladlani est muté à Lyon comme responsable d’une zone Centre-Sud comprenant les agglomérations algériennes de Lyon, Marseille et Côte d’Azur, ainsi que toute la région du centre de la France, s’étendant d’Annecy jusqu’à la côte Atlantique. C’est en cette qualité de «zonal» qu’il est invité par Mohamed Lebdjaoui, nouveau responsable fédéral à la réunion de fin décembre 1956 à Paris, où il lui annonce sa nomination comme responsable d’organisation au niveau de la Fédération de France. Juste après la réunion, il retourne à Lyon pour y superviser le déroulement de la «grève des huit jours». Lorsqu’il revient à Paris, fin février, pour exercer sa nouvelle fonction, la DST a déjà lancé le vaste coup de filet du 26, qui a réduit le comité fédéral de plusieurs de ses membres. Il n’y retrouvera que Boulahrouf, assisté de Boumendjel, Moundji et Soussi ; tous les autres sont arrêtés.

	Ladlani assurera dans le dernier comité fédéral de 1957 à 1962 la fonction, combien lourde et primordiale, de responsable à l’organisation. Depuis, tous les cadres, du chef de cellule jusqu’au chef de wilaya lui ont voué estime, respect, et, pour ceux qui l’ont connu de près, une amitié qui ne s’est jamais démentie. Avec le décès de Ladlani, responsable important de la Fédération de France du FLN et depuis 1959 membre du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), c’est un pan entier, et peu connu de notre histoire de la guerre d’indépendance, qui s’en va. Adieu ! Adieu Kaddour notre frère, ton apport à la lutte de Libération restera dans le souvenir de tes compagnons pour toujours comme une contribution de premier ordre à l’édification de l’Algérie indépendante.
	
	Publié le 3 juillet 2004 dans El Watan ]]></description>
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	Note de renseignement du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) faisant état de l’extension des tribunaux clandestins du FLN après le cessez-le-feu entre la France et les rebelles algériens (OWNI, memoires-algerie.org).
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        </item>
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           <title>Militer des deux rives de la Méditerranée</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	J’ai commencé à militer chez les scouts musulmans à 14 ans, près de Maison Carrée. J’assurais la permanence avec un jeune de la CGT et du MTLD. J’ai participé à la distribution de tracts et à des manifestations jusqu’en 1946. 
	Après une altercation armée avec quelqu’un de mon village, j’ai été expulsé ver la France. Je suis allé directement dans le Nord, où j’ai travaillé dans les mines. J’allais à l’école à Lens, en même temps, je faisais des traductions pour les Algériens qui ne savaient pas parler français. En 1949, je suis venu en congé à Paris. En trois jours, j’ai trouvé du travail à l’Union de maçonnerie. Le soir, je retrouvais les camarades du PPA à la salle Wagram. J’ai participé à toutes les manifestations à Paris entre 1949 et 1953. Avant la Révolution, il n’y avait pas d’arrestation. Dès la mise en place de la Fédération de France, j’ai commencé à militer. A partir de ce moment-là, plus personne ne manifestait. Pourtant, on nous arrêtait pour un oui, pour un non.

	Lorsque j’ai été arrêté pour la première fois, j’ai été conduit à la Villette. Il faisait très chaud. Nous étions nombreux, des personnes de toute la région parisienne avait été arrêtées ; tous les stades parisiens étaient pleins. Les gens tombaient par terre de fatigue. Nous devions être imaginatifs pour nous en sortir. Ce jour-là, nous avons fait en sorte que 4 ou 5 personnes puissent s’asseoir côte à côte ; sur leurs jambes une autre pouvait s’allonger. Au camp de concentration, je n’ai jamais pris mon repas dans les premiers pour éviter d’être repéré par les policiers. C’est souvent ce qui m’a sauvé.

	Nuits entières au cinéma

	Je suis rentré en Algérie en 1956 et j’ai pu assister au Congrès de la Soummam. Je n’ai jamais posé de question, je n’ai jamais demandé qui était présent ; en cas d’arrestation, je n’avait rien à donner. J’ai fini par aller au maquis. Des agents de liaison s’étaient sauvés, je les ai remplacés.  J’ai aussi été chargé de représenter l’ALN à l’organisation des douars. En même temps, je faisais office d’administrateur et de procureur. Mais l’ALN avait besoin de nouveaux financements. Fin 1956, les caisses étaient vides ; alors ils m’ont renvoyé à Paris. Comme j’étais connu des services de police français, j’ai fait de faux papiers. J’ai trouvé du travail sans problème.

	Mais par peur d’une arrestation, je ne dormais jamais chez moi. J’allais dans les cinémas des grands boulevards. A l’époque, la séance coûtait 7,50 francs. J’y restais toute la nuit. Je suis rentré en Algérie parce que je n’en pouvais plus. Le rythme était intenable. Je me suis dit qu’en rentrant, je monterais à nouveau au maquis. Et si j’y perdais la vie, tant pis. J’ai à nouveau fait faire des faux papiers, puis j’ai retrouvé du travail chez mon ancien employeur. L’armée m’a arrêté puis enfermé dans un camp. J’ai été libéré au moment du cessez-le-feu.  
	  ]]></description>
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	Manifestants à Paris le 17 octobre 1961.
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        </item>
        <item>
           <title>Des armes pour les moudjahidine</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ J’avais 7 ans lorsque la flamme du 1er Novembre a jailli. Je suis issu d’une famille qui a payé un lourd tribut à la Révolution algérienne, aussi bien humain que matériel. 
	Certains de mes proches, qui ont tant donné pour la libération de mon pays, ont survécu à la guerre mais se sont éteints dans l’anonymat le plus complet. A Lambèse (Tazoult aujourd’hui) mes parents ont caché tant d’hommes et d’armes destinés au maquis des Aurès. A l’indépendance, nous nous sommes interdit toute demande de reconnaissance ou de rétribution. Mon père, le patriarche, décédé en 1977 à l’âge de 89 ans, avait toujours dit que c’était un honneur pour la famille d’avoir participé à la lutte du peuple algérien.
	Un jour de 1958, nous avons reçu des armes, des munitions, des cartouchières, des sacs à dos et autres équipements destinés aux moudjahidine. Nous les avons entreposés dans notre réserve de céréales, cachés sous une montagne de blé. Vers 3h du matin, des soldats accompagnés de gendarmes ont débarqué chez nous ; ils ont réveillé tout le monde.

	Pour mes parents ce fut une nuit cauchemardesque. Après avoir fouillé tous les recoins de notre vaste maison, aveuglés par je ne sais quel miracle, ils n’ont pas cherché dans le blé. J’étais le dernier à être réveillé, je me souviens de ce sergent qui m’a mis dos au mur et m’a mis en joue avec sa carabine US ; il me demandait de lui dire où était la cachette et qui nous avait rendu visite ce jour-là. Mes parents étaient persuadés que j’allais craquer, je n’ai rien dit parce que ma famille ne m’avait pas mis dans la confidence. Les soldats de la coloniale sont repartis bredouille.

	Le lendemain, mon père a décidé de tout jeter dans la fosse septique, de détruire les WC et de construire une chape à cet endroit, puis une petite pièce dessus. Depuis, tout est resté en l’état. Il faudrait peut-être, pour la mémoire de Messaoud, Abdelkader et des deux Ahmed, tous quatre membres de ma famille tombés au champ d’honneur, déterrer ce petit arsenal.

	Mort sans un dinar

	Le dernier membre de ma famille à avoir participé à la guerre est Ali, convoyeur d’armes depuis la Tunisie jusqu’aux maquis des Aurès ; il est mort en 2008, à 80 ans, dans une sombre misère. Je peux même dire que ce dernier n’a jamais connu l’indépendance de notre pays ! La guerre m’a beaucoup marqué, j’en ai horriblement souffert, j’en porte les stigmates : blessé au cours d’un attentat à la grenade le 14 juillet 1958, j’ai été touché par 5 éclats, 4 m’ont été retirés le cinquième est toujours logé derrière mon oreille droite. Je ne suis pas non plus reconnu comme victime civile de la guerre.

	Nombreux sont les Algériens qui ont tout donné pour l’indépendance de l’Algérie et qui ne se sont jamais fait connaître. Plus nombreux sont ceux qui se réclament de cette honorable Révolution alors qu’ils n’y ont nullement participé.
	J’ai connu cette guerre, elle m’a marqué à tout jamais parce que, enfant, elle m’a traumatisé. J’ai des souvenirs plein la tête. Vive l’Algérie ! Vive la liberté pour laquelle des hommes et des femmes ont donné leur vie. Nous n’avons pas le droit de les trahir.
	  ]]></description>
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	Un parachutiste en opération en Kabylie.
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        </item>
        <item>
           <title>Rachid Haddad, le martyr oublié</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Natif d’Alger, Haddad Rachid, moudjahid avéré, a grandi dans l’hippodrome d’El Kerma (Le Figuier). 
	Il a connu une fin tragique durant les réjouissances des premiers jours de l’indépendance, à Oran, dans des circonstances restées inexpliquées à ce jour. El Kerma a largement contribué à la lutte armée ; ses martyrs sont nombreux, mais parfois oubliés, comme le brave Haddad Rachid Ould Amar ! Militant dès son jeune âge (20 ans) au sein du groupe de fidayine d’El Kerma, il était connu des services d’information et de propagande des réseaux de renseignement du FLN dans les années 1959 à 1962, pour ses activités de maintenance des appareils de radio et de transmission et la collecte de renseignement militaire (activités, positions et circulation des troupes de l’armée coloniale) grâce a sa position stratégique, juste en face de l’ancien aérodrome, au nez et à la barbe des barbouzes du bureau du DST, les services de renseignement français, qui avaient leur siège au niveau de cette structure (ancienne base américaine abandonnée aux Français vers la fin des années 1940).

	Haddad Rachid était aussi un excellent culturiste qui avait une belle stature athlétique ; il ne manquait jamais d’encourager ses compagnons de lutte d’El Kerma à pratiquer l’haltérophilie. Ce fut d’ailleurs un excellent stratagème pour se retrouver en même temps et échanger des renseignements sur les positions l’armée coloniale ou s’enquérir des cotisations ou dons pour le compte de la lutte armée.
	Haddad Rachid, oublié par ses compagnons de lutte, attends toujours que son nom soit donné à une place, une rue ou un lieu public respectable à El Kerma…
	  ]]></description>
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	Réunion d’explication de l’accord de cessez-le-feu entre commissaires politiques de l’ALN et des colons de la région de Tissemsilt. Mars 1962.
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        <item>
           <title>Petite histoire de la Révolution algérienne</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Il ne s’agit pas de mon histoire, mais d’une anecdote que ma mère nous a racontée à propos de son père. Il y a des histoires plus sombres, mais celle-là est peut-être l’une des seules à faire sourire. 
	L’histoire se passe dans la wilaya de Aïn Témouchent, aux environs de la ville de Hammam Bouhadjar, dans l’ouest du pays.
	Au début de la Guerre d’Algérie, mon grand-père Abdelkader K. avait déjà plus de 55ans et 9 enfants à nourrir. Il ne pouvait matériellement prendre les armes pour rejoindre le maquis, mais a essayé à sa manière de défendre la juste cause des Algériens. Agriculteur, il avait alors l’habitude de recevoir les combattants chez lui, de les nourrir, de les cacher ou de cacher leurs armes. Parfois, la nuit avec un voisin, il faisait le guet. Un jour, lui et son ami ont convenu de faire le guet la nuit sans fixer l’heure de leur rendez-vous. Arrive le soir, mon grand-père va se positionner et commence à s’énerver contre son ami qui n’est pas venu avec lui.

	Toutefois, il n’osait bouger, car il avait entendu du bruit dans le coin, craignant de voir apparaître un soldat français, il décida de conserver son poste. Il passa la nuit durant à faire le guet et à essayer de faire le moindre bruit possible apeuré à l’idée de se faire attraper, mais au lever du jour, il se rendit compte que c’était son ami qu’il avait entendu toute la nuit et qui avait les mêmes sentiments.
	L’histoire de la Révolution est celle aussi des petites gens qui n’ont pas pris le maquis, mais qui ont soutenu à leur façon, avec certes beaucoup d’amateurisme, leurs frères algériens.
	  ]]></description>
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	Combattants algériens en mai 1955.
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           <title>Souvenirs du cessez-le-feu</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Selon des informations qui nous étaient parvenues des frontières, des unités de l’état-major de l’Est se préparaient à marcher sur Alger. 
	En effet, en violation des Accords d’Evian, ces unités faisaient mouvement vers la capitale. Il s’agissait des bataillons formés aux centres d’instructions de Mellag et de Ghardimaou, en sol tunisien, leurs instructeurs étant des officiers de l’armée française d’origine algérienne qui disposait d’un matériel de guerre moderne, en armement et en moyens de transport. Ils avaient forcé la porte de la Wilaya II, qui a faiblement résisté. Dans leur avancée donc vers la capitale, les unités de la Wilaya III leur ont affiché une sérieuse opposition.

	Sur le sol de la Wilaya III, toutes les routes menant vers le Nord étaient barricadées et gardées par nos unités. En certains endroits, le pire a été évité grâce aux pourparlers engagés entre les deux parties. Par contre, des combats violents ont été enregistrés à Aïn Lehdjel, du côté de Sidi Aïssa, à la limite de la Wilaya III. C’était là que des foules impressionnantes venues de partout, bravant la mort, se mettaient entre les deux camps pour les séparer en scandant le fameux «sebaâ snin barakat» (sept ans ça suffit). Des pertes en hommes étaient déplorées des deux côtés, y compris des civils. Ces informations m’ont été rapportées par des compagnons d’armes ayant vécu ces événements regrettables.

	L’affrontement évité

	Pour exprimer la désapprobation des affrontements entre les frères de l’intérieur et ceux de l’extérieur, le même mot d’ordre fut porté par les populations et répandu à travers les rues, les champs, les villes et les villages lors d’interminables manifestations.
	Pendant ce temps, le bataillon dont faisait partie ma compagnie se dirigeait vers Bougie (Béjaïa) pour barrer la route à cette armée des frontières, du côté nord-est de la Wilaya III. Dieu merci, la rencontre eut lieu sans heurts. En effet, après un entretien cordial entre les dirigeants des deux parties, l’affrontement, qui était imminent, s’est transformé en un accueil chaleureux. Les djounoud positionnés aux premiers rangs entreprirent de s’embrasser affectivement, les larmes aux yeux.

	Pourtant, les djounoud des frontières appartenaient tous au même peuple. Ils étaient originaires de différentes régions du pays : Kabyles, Chaouias, Oranais, Constantinois, de l’Ouarsenis, des Hauts-Plateaux, du Sahara. C’étaient des Algériens tout court. Ces mêmes djounoud étaient persuadés que les hommes qu’ils avaient trouvés devant eux n’étaient pas de la force locale, contrairement à la propagande répandue dans leur milieu, mais il s’agissait de moudjahidine de l’intérieur, dont la plupart avaient reçu des blessures de guerre non encore cicatrisées, ou portaient des traces des tortures subies dans des camps ennemis. Cette heureuse rencontre, qui avait failli faire couler de nouveau le sang des Algériens, dans la région de Béjaïa, à démenti la propagande des politicards défaitistes qui voulaient semer la division entre les enfants du même peuple, vivant sur le même territoire. D’autres troupes des frontières avaient préféré rentrer sur Alger par le Sud, en traversant les Wilayas I, V et VI. La Wilaya IV étant renforcée par des unités de la Wilaya III, elle avait elle aussi résisté.

	S’occuper de tout...

	De retour de Béjaïa, ma compagnie fut désignée pour assurer la sécurité dans la sous-préfecture de Bordj Menaiel. Il faut préciser que les forces de sécurité publiques françaises (policiers, gendarmes ou autres agents de renseignement) avaient fui leurs postes ou avaient été retirés par les responsables de leurs corps respectifs. Toutes les infrastructures et institutions publiques étaient abandonnées à leur sort et exposées à toutes sortes de convoitises. Ce vide ne devait être comblé que par des unités de l’ALN. Le sous-préfet étant originaire de cette localité, il avait failli être lynché par la population, si ce n’était notre intervention pour calmer les esprits. Ses concitoyens lui reprochaient d’avoir collaboré avec l’ennemi durant la Guerre de Libération.

	De notre point de vue, nous n’avions aucune preuve de son implication dans des actions liées à la contre-révolution. D’ailleurs, la confiance dont nous jouissions auprès des populations étant intacte, le sous-préfet ne tarda pas à reprendre ses fonctions en toute sécurité. Plusieurs années plus tard, il fut promu au poste de wali. Il fallait également prendre en charge le contrôle de la circulation routière. Ainsi, outre le gardiennage des institutions publiques, j’ai dû faire installer deux sections dans des fermes abandonnées par leurs propriétaires européens, l’une à Felix Faure (Si Mustapha aujourd’hui) et l’autre aux Issers, pour assurer le contrôle routier, sur l’axe Alger-Tizi Ouzou. D’autres unités de la Wilaya III furent elles aussi installées dans la capitale, notamment à la caserne Ali Khodja, pour les mêmes raisons et les mêmes tâches.

	La situation sécuritaire était critique à Alger ; les bombes de l’OAS continuaient d’exploser. Aussi, un climat de méfiance et de suspicion s’y était installé après la circulation de rumeurs selon lesquelles l’armée des frontières avançait sur la capitale. La peur d’un affrontement prévisible entre cette dernière et les unités des Wilayas III et IV, stationnées à Alger, se lisait sur tous les visages des Algérois. Par ailleurs, des individus de l’armée des frontières qui s’étaient infiltrés au sein des populations avaient répandu une autre rumeur selon laquelle les unités des Wilaya III et IV n’étaient que des éléments de la force locale (harkis et goumiers) léguée par l’armée française et que les vrais combattants de l’ALN étaient tous morts. Un mensonge qui ne tenait la route.

	Car l’armée des frontières, qui vivait sur le sol tunisien à l’abri du danger, du froid et de la faim, ne savait rien des combattants de l’ALN qui vivaient toujours au sein des populations avec lesquelles ils partageaient leurs souffrances. Savaient-ils seulement que ces combattants n’étaient autres que les rescapés de l’opération Jumelle qui avait sévi dans la Wilaya III du 1er juillet 1959 au 19 mars 1962, date du cessez-le-feu ?

	A propos de la force locale, il y a lieu de préciser que tous les éléments qui la composaient avaient été désarmés et libérés par nos soins, une semaine seulement après que nous les ayons comptés dans nos effectifs. Leurs armes avaient été affectées aux nouvelles recrues volontaires, choisies parmi les enfants de familles connues pour leur engagement dans la Révolution.
	  ]]></description>
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	Alger le 19 mars 1962.
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           <title>Des dizaines de paras emportés par l’oued Guergour</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Vers le début de l’année 1957, j’ai connu le chahid Benzahra Ahmed, dit Rouget ; il était artisan-peintre et commerçant en droguerie. 
	C’était dans le cadre du travail sans au préalable m’intéresser à ses relations personnelles, car j’étais au sein de la cellule FLN. Si Ahmed m’a un jour chargé d’une tâche de confiance : porter un jerricane d’essence et le déposer à l’intérieur de son véhicule en stationnement à la sortie de la ville de Miliana, sans autres précisions. Un moment après se sont présentés ses deux compagnons, que je connaissais, en l’occurrence Abdelouahab Tadjedine et Kouache Youcef. Tous deux sont tombés en martyrs. Ils ont alors décidé de partir. J’ai tenté de me joindre à eux, mais Si Ahmed m’a donné brièvement leur destination – Margueritte (Aïn Torki) – ajoutant que la tâche qu’ils avaient à accomplir ne me concernait pas car j’étais encore trop jeune.

	Le lendemain matin, j’ai appris qu’ils avaient incendié la ferme d’un colon, connu sous le nom de Bouryoug, et qu’ils étaient recherchés par l’armée coloniale et les gendarmes. Sans moindre hésitation j’ai informé Si Ahmed. Il m’a invité à l’accompagner à son domicile situé au quartier des Annassers ; à notre arrivée il est rentré puis revenu avec un carton et m’a demandé de l’aider à vider son contenu dans l’oued mitoyen Saguia ; là j’ai remarqué qu’il s’agissait des bâtons de dynamite. Il m’a alors quitté pour rejoindre le maquis Z4 S4. Quant à moi, j’ai continué à être actif au sein de la cellule FLN jusqu’à l’arrivée des paras, conduits par le colonel Bigeard.

	Mon ami des RG

	Le 27 novembre 1957 à l’aube, dans le département d’Orléanville (Chlef) dans l’arrondissement de Miliana, une opération de grande envergure a été déclenchée par les paras du colonel Bigeard. Il y a eu des arrestations massives de la population ; les personnes arrêtées ont été acheminées à bord des camions militaires à la caserne du 9e régiment des tirailleurs algériens pour y être soumis à un contrôle systématique d’identité. Personnellement, j’ai été relâché par un agent des renseignements généraux car à une certaine époque (les années 1945 à 1947) c’était un voisin et un ami d’enfance.

	Mais le lendemain matin, j’étais activement recherché par les paras. J’ignorais que le responsable de la cellule FLN et ses membres avaient été arrêtés et exécutés. Le chahid Meziane Mohamed, dit Si El Mekki, a été atrocement torturé puis exécuté à Aïn N’sour (Miliana). J’étais le seul rescapé car le sort en avait décidé ainsi. Et ce suite à un groupe de l’Armée de libération nationale qui s’était rendu à Oued Guergour, situé à la pointe des Blagueurs (actuellement Ali Amar), avec pour mission de s’introduire par un endroit précis à la caserne où étaient cantonnés le paras. Mais l’opération n’a pas réussi, suite à une dénonciation, par un traitre, à l’armée coloniale.

	Ce qui a provoqué un violent accrochage avec les paras aux abords de la pointe, tandis que le colonel Bigeard dirigeait l’opération. Ils ont utilisé divers armements : lance VB, napalm, etc. Cela s’est terminé par un combat corps à corps. Etant recherché, j’ai pris le risque de me rendre sur l’esplanade, à proximité des lieux, et je me suis approché de quelques mètres auprès de ce fameux colonel. Il ne s’est même pas intéressé de ma présence, puis à la fin du combat, je l’ai entendu dire, en ces termes : «Je félicite le FLN.»
	Par la suite, j’ai appris que des dizaines de paras avaient été tués et emportés par l’oued Guergour (qui recueille les eaux d’égout de la caserne et de l’hôpital). Les corps des paras ont été récupérés puis évacués, à la tombée de la nuit, par des hélicoptères sur Alger.

	Vengeance

	Le lendemain matin, pour ne pas reconnaître la leçon de la défaite, les corps de 11 chouhada ont été déposés au centre-ville de Miliana. Je me suis rendu sur les lieux ; je me suis approché de chaque corps ; à première vue, j’ai remarqué que les corps avaient été habillés à la hâte de tenues militaires de combat ; aucun ne portait de ceinture ; leurs corps étaient perforés de balles de gros calibre, tous au même endroit, au niveau du cœur. Suite à l’opération déclenchée par les paras, les personnes arrêtées ont été soumises à des tortures à la caserne de Miliana. De même, des exécutions sommaires ont eu lieu à l’extérieur des personnes interpellées dans la région ont été portées disparues.

	Après l’élimination des membres de la cellule FLN, à leur tête le chahid Si El Mekki, j’étais le seul rescapé. Une semaine après, j’ai été contacté. Après le départ des paras avec leur palmarès des crimes, j’ai été surpris par la situation, le contact avec Si Mohamed, commissaire politique du Secteur 4, était en compagnie de Raoui Ali. Il m’a demandé de lui remettre un sac marin qui contenait divers objets (pataugas, etc.) que d’ailleurs j’avais dissimulé à l’arrivée des paras. Puis le contact est demeuré continuel pour diverses activités.

	Quant à Raoui Ali, le domicile de ses parents et celui de Abdesmed servaient de refuge au groupe de l’ALN, en particulier Si Tayeb (en vie), Si Mohamed (chahid), Si Djelloul (chahid), Si Benyoucef (chahid), Si Rachid (chahid), Si Djamel et d’autres. Au cours du repas, Djamel, qui était assis à côté de Si Tayeb et en face de moi, détenait un fusil Garand USA. J’ai remarqué son comportement bizarre quand madame nous a servi le repas puis le thé ; j’ai cru qu’il s’agissait des défauts.
	A notre départ, je me suis rapproché de Si Mohamed pour lui dire en ces termes : «J’évite la connaissance avec ce genre de moudjahidine comme Djamel.» Sans aucune explication il m’a répondu brièvement «tu en doutes» et il a insisté sur les mêmes propos : «Tu as des doutes.»

	Après mon arrestation, il a commis l’irréparable dans un refuge situé au mont du Zaccar ; il s’est rallié à l’armée coloniale, au 2e Bureau de la caserne de Miliana, et il a donné toutes les coordonnées : les refuges, les itinéraires du groupe de l’ALN, ainsi que les personnes à partir du collecteur de fonds, etc. La razzia.
	  ]]></description>
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	Le colonel Bigeard (à droite) est à la tête du 3e régiment des parachutistes coloniaux.
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           <title>L’opération Rachel</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	C’est en décembre 1961 que le réseau Rachel a pu réceptionner, acheminer et livrer un lot d’armement aux officiers de la Wilaya IV en charge de la zone autonome d’Alger 2 (ZAA2). 
	Il est nécessaire d’indiquer les différentes phases qui ont concouru à la création du réseau Rachel, vers la fin de l’année 1960, à Alger. L’objectif du réseau était de réceptionner et de livrer des meubles bourrés d’armes et d’explosifs en provenance de Casablanca, lequel armement était destiné aux commandos de la ZAA2. Les armes faisaient cruellement défaut en cette période, alors que les hordes de l’OAS en étaient puissamment pourvues et exécutaient chaque jour des civils musulmans dans Alger et sa banlieue.

	A l’époque, j’étais agent de liaison au sein du MALG (ministère de l’Armement et des Liaisons générales) et travaillais comme steward (PNC) dans une compagnie aérienne. C’est au cours d’une mission de liaison à Tunis, lors d’une escale, qu’il me fut demandé par les frères Ferhat (Zerhouni Sid Ahmed) et Fewzi (Lounis Abdelkader) s’il était possible d’introduire des armes en quantité par avion de Tunis vers Alger via Bône. Apres étude, la faisabilité de cette opération s’avéra risquée à entreprendre du fait de l’inexistence de fret sur cette ligne, en dehors de quelques casiers de poissons à destination d’Alger, et aussi en raison des contrôles multiples effectués par les services de sécurité dans les deux aéroports desservis.

	Des armes par la mer

	Lors d’une autre liaison sur Tunis, j’exposais mon rapport aux frères Ferhat et Fewzi et c’est durant cet entretien que j’eus l’idée de proposer une solution de rechange : la voie maritime ! Mes interlocuteurs étaient surpris de cette suggestion de quelqu’un venant de l’aérien... Je leur expliquai que cette alternative pouvait se réaliser grâce à l’intervention d’un ami d’enfance, Benferhat Abdelkrim, clerc de notaire à Alger. J’avais remarqué, lors de mes visites à cet ami, qu’il était souvent entouré de gens exerçant la fonction de douanier au port d’Alger ; il régnait chez lui une ambiance amicale et chaleureuse. C’est en considérant l’importance stratégique représentée par ce groupe que je suggérai à mes collègues des services, responsables de l’opération «introduction d’armes» l’exploitation de cette filière comme alternative à la voie aérienne.

	Cette idée fut rapidement retenue par les services et j’eus donc la charge de faire les démarches délicates de recrutement de mon ami en premier lieu, lequel n’était pas dans le secret quant à mon engagement au service de la lutte de libération. Il fut chargé de poser la question de confiance à ses amis douaniers afin de constituer un réseau susceptible de remplir une mission d’intervention pour réceptionner un déménagement en provenance de Casablanca, sans évidemment attirer l’attention de leurs collègues européens, majoritaires dans l’effectif du port d’Alger. Les conditions réunies, les douaniers furent volontaires pour cette mission, avec les diverses précautions de rigueur en pareille situation. Je proposais mon ami Benferhat Abdelkrim comme chef de réseau. Les services acceptèrent cette proposition compte tenu de sa position déterminante auprès du groupe de douaniers. Le nom de code Rachel fut attribué à cette opération.

	Douze mois de préparation

	Pour les passations de consignes, la mise en relation avec les services, l’adresse postale à Tunis, la fabrication de l’encre sympathique pour les correspondances avec les services, etc., il fallut presque une année de préparation pour rendre opérationnel ce réseau. En décembre 1961, le réseau Rachel put accomplir sa mission en réceptionnant et en livrant les armes et explosifs contenus dans les meubles aux responsables de la ZAA2, au 46, rue de la Lyre, à Alger. Le soir même de la livraison de l’armement, les commandos de la ZAA2 donnèrent la réplique à l’OAS à travers une opération de représailles.
	Cette mission du réseau Rachel a été dirigée par le regretté Tewfik Hadj Rouai, dit El Berego, responsable du service spécial S4 au MALG.

	Rendons hommage à ces «hommes de l’ombre» du réseau Rachel qui ont contribué efficacement à armer les combattants de la ZAA2 : Hirèche Makhlouf, Debbab Djillali, Bouchar Noureddine, Nouaz Mohamed, Guella Ahmed, Moulay Mehdi… Le lot d’armement était constitué de 209 revolvers 9mm Astra ; 7 caisses de grenades ; 5 sacs de cartouches en vrac ; 148 mitraillettes ; 1 caisse de 40 kg d’explosifs ; 1 caisse de détonateurs.
	A la suite de cette livraison d’armes aux commandos de la ZAA2, qui pouvaient ainsi répondre aux assassins de l’OAS, il fut instauré par ces derniers un cessez-le-feu de facto qui évita de nombreuses victimes parmi la population musulmane.
	  ]]></description>
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	Groupe de l’ALN après le cessez-le-feu. 1962
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           <title>Mon père, ce héros</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Voici le témoignage posthume de mon père, qui a laissé un manuscrit de plusieurs centaines de pages, un journal où il transcrivait sa lutte armée. Un témoignage extraordinaire, captivant, que je voudrais un jour publier. 
	Depuis ma plus tendre enfance il m’a toujours relaté la guerre qu’il a faite, cette guerre qui l’a profondément marqué, surtout psychologiquement. J’ai toujours de la peine quand je pense à lui, à cet homme qui a dû manger de l’herbe dans le maquis pour subsister, qui a marché des kilomètres et des kilomètres pieds nus dans les montagnes, qui à 24 ans a perdu toutes ses dents sous la torture, lui qui a été tabassé dans des commissariats… Mais ce qui l’a profondément marqué c’est cette peur obsessionnelle de la guillotine, à laquelle il a échappé heureusement. Lui qui voulait mourir au champ d’honneur, les armes à la main, pas décapité comme une bête. De son vivant, il m’a souvent raconté comment les gardiens se jouaient de ses nerfs et venaient (après s’être déchaussés pour ne pas faire de bruit) dans se cellule avant le lever du jour, l’heure où généralement on emmenait les condamnés à mort à l’échafaud ; chaque fois mon père se disait : ça y est, c’est mon dernier jour… Cette peur de la guillotine l’a hanté jusqu’à la fin de ses jours. 

	Mon père, Sifi Loucif est né le 11 octobre 1934 à Skikda, dans une famille militante et pauvre. Son histoire est celle d’un ancien maquisard. Un ancien fidaї. Un ancien condamné à mort : il a été cinq fois condamné à mort par la France coloniale, ce qui est un cas rare. Un ancien prisonnier de guerre qui s’est évadé de la maison d’arrêt de Saint-Etienne avec un pistolet en bois. Un ancien membre de l’ALN à la frontière algéro-tunisienne…  

	Dès son jeune âge, il s’implique dans le nationalisme algérien. En fait, c’est son père Ali dit Salah qui l’entraînera dans le militantisme, lui-même militant du PPA-MTLD et membre actif au sein l’OS dans la région de l’Est regroupant Constantine, Skikda, Annaba. Au cours de leur parcours révolutionnaire, père et fils ont côtoyé des figures célèbres, nationales et locales de la Révolution algérienne : Didouche Mourad, Zighoud Youcef, Ali Abdenour, Salah Boulkeroua, Hamadi Krouma…

	Sifi Ali, boulanger de son état, a été l’un des commanditaires du premier attentat commis à Skikda, après le déclenchement de la Guerre d’Algérie, le 24 décembre 1954, contre un agent des renseignements généraux. Il fut appréhendé et condamné à mort. Ses complices étaient Salah Boulekeroua, Mallem Ramdane, Laifa Mohamed, Amri Amar. 
	Déjà à 12 ans, l’âge de l’innocence,  Sifi Loucif est renvoyé de l’école pour un acte de revendication national après avoir écrit innocemment sur son cahier de dessin : «Vive l’Algérie libre et indépendante.» Un slogan qu’il avait l’habitude d’inscrire à la peinture noire, la nuit, sur les murs de la ville, en compagnie et sous les ordres de son père. A un âge précoce, il trime comme un adulte afin de subvenir aux besoins de la famille comme commis boulanger tout en participant aux activités militantes avec son père. Des réunions clandestines étaient organisées parfois au foyer familial sis, porte des Aurès. Des réunions auxquelles participait parfois Didouche Moura, alias Si Abdelkader. 

	Chef de commando

	Avril 1955. Sifi Loucif monte au maquis avec un ami, un certain Chaïbout, ayant partagé la cellule de son père en prison, qui leur propose d’aller rejoindre les frères dans les montagnes. Le 18 juin 1955, Loucif et son groupe de maquisards sont les auteurs d’une série d’attentats à la bombe en différents endroits de la ville pour dire non au colonialisme. Ils commettent également, dans la région, des actions de sabotage contre les biens appartenant aux colons. En juillet de la même année, il se rend à Alger où il y séjourne quelques mois. Recherché par la police, il décide de fuir en France.

	Après plusieurs tentatives, il établit enfin des contacts avec des activistes du FLN à Grenoble. Il active sous les ordres de Omar Haraigue et a pour nom de guerre Si Saïd. Il sera désigné comme chef d’un commando de choc qui commettra plusieurs actions armées dans la région stéphanoise et la vallée du Gier et de l’Ondaine. Il est finalement arrêté le 25 août 1957 et incarcéré à la maison d’arrêt de Saint Etienne d’où il s’évadera, six mois plus tard, le 23 février 1958 avec un pistolet en bois et en compagnie d’un détenu de droit commun, Jean-Baptiste Chometon.

	Grâce aux filières secrètes de la Fédération de France, Sifi Loucif est exfiltré vers la Tunisie sur le bateau Ville d’Oran. Il rejoint d’abord les rangs de l’ALN à Garn El Halfaya où il est responsable du service cartographie, sous les ordres de Safi Boudina et Ammour Abdelkader, puis fait partie d’un commando spécial (police militaire) ALN-GPRA à Tunis, sous la responsabilité du colonel Lakhdar Bentobal. Après le sabotage spectaculaire du Maurepianne, Omar Haraigue rejoint le commando.
	Sifi Loucif connaîtra dans des circonstances particulières le cinéaste René Vautier, le président provisoire du GPRA Ferhat Abbas et bien d’autres personnalités qui ont marqué la guerre d’Algérie.

	Le manuscrit de mon père est un récit fleuve, haletant, qui se lit d’un trait : plusieurs centaines de pages de témoignages transcrits par celui qui les a vécus. Une histoire  choquante, à l’odeur de poudre et sang, relatant un vécu incroyable qui débute au cœur du colonialisme par le militantisme en passant par le maquis puis la lutte armée en France et se prolonge jusqu’à la frontière algéro-tunisienne. Un récit qui mérite d’être diffusé car agrémenté de documents, de coupures de journaux d’époque et de photographies exceptionnelles sur la Guerre de Libération.
	  ]]></description>
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	Sifi Loucif avec un groupe de djounoud de l’ALN (au milieu, agenouillé)
	 
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           <title>Le maire qui m’a sauvé la vie</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Vers la fin des années cinquante, je faisais partie des moussebiline, un réseau civil de soutien secret au FLN. J’étais un agent de liaison entre les différents chefs de zone du FLN  à qui je transmettais leurs messages tout en les renseignant sur ce qu’ils voulaient savoir sur telle personne ou tel événement. 
	Un jour, j’ai pris le train à la gare de Barraca (Rocher de sel) pour me rendre à Hassi Bahbah. Mais à la gare de Mesrane, je fus pris de stupeur quand un détachement important de soldats français monta à bord du train et se mit à contrôler l’identité des passagers. Quand mon tour arriva, je fus tout de suite suspecté d’actes subversifs par ces militaires rompus à la guerre qui ne se fiaient qu’à leur instinct. Donc, je fus arrêté et conduit, après notre arrivée à la gare de Hassi Bahbah, au poste militaire de ce village.
	J’avais vingt ans à peine et j’avais aussi la peur au ventre. Non pas la peur de mourir, mais la peur d’être torturé, de ne pas supporter la torture et de finir par avouer mes faits et gestes quant à ma liaison avec le FLN. J’avais peur de trahir et de donner des noms de djounoud et de contribuer ainsi à la défaite de la Révolution. Je me voyais déjà humilié et déshonoré en pénétrant sous bonne escorte dans les locaux de la caserne militaire. Dans un bureau, un capitaine entama mon interrogatoire : «Pourquoi tu as pris le train ?» «Où allais-tu ?» «Où travailles-tu ?»

	Devant mon silence, le capitaine s’approcha de moi en s’apprêtant à me gifler, mais comme inspiré par la naïveté de ma jeunesse, une réponse providentielle sortit de ma bouche : «Je travaille à la ferme de Monsieur le maire Ben Cherif Mouaouia !»
	«C’est vrai ça ! dit le capitaine. Nous allons voir ! Mais gare à toi si tu as menti ! Va t’asseoir sur ce banc devant mon bureau et ne bouge pas !» Le capitaine prit son téléphone et appela le maire de la ville de Hassi Bahbah qui lui répondit qu’il allait venir le rejoindre dans un moment.Pour moi, ce moment fut une éternité, parce que je venais de mentir pour essayer de me tirer d’affaire. Je n’ai jamais travaillé chez Monsieur le maire Ben Cherif Mouaouia. Ma seule relation avec ce personnage est qu’il venait, quand il passait devant notre maison de temps à autre, rendre visite à mon vieux père et que c’était moi qui lui ramenais le café ! Donc, je le connaissais que de vue !

	Mensonge

	Le maire Ben Cherif Mouaouia fit soudain irruption dans le couloir où, la mort dans l’âme, j’attendais un destin funeste. En me voyant au bout du couloir, ce dernier, de son regard d’aigle, me reconnut comme étant effectivement le fils de son vieil ami et voisin Chouiha et il se mit alors à me réprimander à très haute voix, d’un air très furieux, tout en venant vers moi : «Ah, te voilà toi, espèce de fainéant ! Que fais-tu à Hassi Bahbah ? Pourquoi as-tu délaissé ton travail à la ferme, paresseux, vagabond ! Qui t’as permis de déserter ton travail ? Viens ici !»

	Tout en continuant ses cris de forcené qui firent sortir tous les occupants ainsi que le capitaine français des bureaux, le maire Ben Cherif m’asséna une gifle magistrale dès que je fus à sa portée ! Cette gifle me fit tourner vers la porte de sortie du bâtiment militaire. Un grand coup de pied dans le derrière de sa part finit par m’expulser hors des locaux de mes pires ennemis. En sortant dans la rue, enfin libre et content, tout en remerciant Dieu et Mouaouia Ben Cherif de m’avoir sauvé d’une mort certaine, j’entendais encore sa voix rugissante qui vociférait : «Dégage et ne revient plus roder à Hassi Bahbah ! »
	  ]]></description>
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	Le chahid commandant  Bachene Mahmoud, avec le chahid colonel Si Tayeb Bougasmi dit Djoughlali, morts en 1959 près de Bou Saâda.
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        </item>
        <item>
           <title>Trahison et exécutions</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Suite à l’opération déclenchée par les paras, les personnes arrêtées ont été soumises à des tortures à la caserne de Miliana. 
	De même, des exécutions sommaires ont eu lieu à l’extérieur des personnes interpellées dans la région ont été portées disparues.
	Après l’élimination des membres de la cellule FLN, à leur tête le chahid Si El Mekki, j’étais le seul rescapé. Une semaine après, j’ai été contacté. Après le départ des paras avec leur palmarès de crimes, j’ai été surpris par la situation, le contact avec Si Mohamed, commissaire politique du Secteur 4, était en compagnie de Raoui Ali. Il m’a demandé de lui remettre un sac marin qui contenait divers objets (pataugas, etc.) que d’ailleurs j’avais dissimulé à l’arrivée des paras. Puis le contact est demeuré continuel pour diverses activités. Quant à Raoui Ali, le domicile de ses parents et celui de Abdesmed servaient de refuge au groupe de l’ALN, en particulier Si Tayeb (en vie), Si Mohamed (chahid), Si Djelloul (chahid), Si Benyoucef (chahid), Si Rachid (chahid), Si Djamel et d’autres.

	Au cours du repas, Djamel, qui était assis à côté de Si Tayeb et en face de moi, détenait un fusil Garand USA. J’ai remarqué son comportement bizarre quand madame nous a servi le repas puis le thé. J’ai cru qu’il s’agissait des défauts. A notre départ, je me suis rapproché de Si Mohamed pour lui dire en ces termes : «J’évite la connaissance avec ce genre de moudjahidine comme Djamel.» Sans aucune explication il m’a répondu brièvement «Tu en doutes» et il a insisté sur les mêmes propos : «Tu a des doutes.» Après mon arrestation, il a commis l’irréparable dans un refuge situé au mont du Zaccar ; il s’est rallié à l’armée coloniale, au 2e Bureau de la caserne de Miliana, et il a donné toutes les coordonnées : les refuges, les itinéraires du groupe de l’ALN, ainsi que les personnes à partir du collecteur de fonds, etc. La razzia.
	  ]]></description>
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        </item>
        <item>
           <title>Lettres d’un appelé à ses parents</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Exercice «Algérie», étude sur la pacification, secteur de Géryville. Ecole de guerre. Courrier du docteur Xavier Jacquey. 
	1960

	Papa, maman, merci pour la Sélection hebdomadaire du Monde, ça va me permettre de ne pas être trop coupé. Je me fais un peu à l’arabe médical, mais voudrais bien me faire à l’arabe courant. Maintenant nous n’avons plus qu’un mort tous les 2 ou 3 jours au lieu de 4 par jour comme il y a 2 semaines. Mais ce n’est qu’à moitié rigolo pour les nomades. Leurs troupeaux sont de 10 à 50 km du poste, ils ne peuvent être traits, donc pas de lait pour les kheïmas ; en plus, l’épicier qui venait de Saïda a été arrêté et son camion saisi : plus de sucre, plus de café, plus de thé... il ne reste que le couscous, c’est peu ! A côté de cela, depuis 15 jours j’ai eu connaissance d’’au moins 30 arrestations et de 5 interrogatoires au poste même. J’ai eu à soigner deux des gars : électricité ; arcades sourcilières et cuir chevelu fendus ; joue arrachée, coups de couteau dans la poitrine, brûlures avec phlyctènes, etc.  L’un des deux était resté à coucher nu dehors toute la nuit et il y a de la gelée blanche tous les matins.

	Tout cela empeste l’atmosphère du poste et fout la trouille aux nomades. On se demande où on va. Mon médecin-chef et son remplaçant, un toubib d’active, étaient en rage, ils parlaient de n’avoir plus de contact avec le poste. Le sergent auquel je rappelais, en soignant mes types, que notre commandant avait formellement interdit qu’on touche à un prisonnier (dans les postes évidemment !) m’a dit qu’ils avaient reçu l’ordre du 2e Bureau de faire les interrogatoires sur place pour pouvoir les exploiter illico et d’achever d’une balle les gars trop esquintés. C’est une des raisons pour lesquelles j’essaie de les soigner. Alors on m’appelle — en se foutant de ma poire, mais après tout j’en suis heureux — «le bon Samaritain».

	C’est d’autant plus étonnant que le chef de poste est un jeune sous-lieutenant appelé, chrétien pratiquant, et qu’il y a un religieux parmi les appelés. En fait, 15 jours plus tard, la position des hommes de troupe appelés du poste avait complètement viré. Mon attitude y avait-elle été pour quelque chose ?… Entre-temps, je me souviens d’avoir ressenti un soir, à propos de ce sous-lieutenant un mouvement de colère intense : «Mais qu’on le passe à la gégène ce sous-bite qui aime tant le renseignement !» Et, devant l’incohérence de ce mouvement — moi qui lutte contre la torture je voudrais que ce sous-lieutenant on le torture — je me suis repris : «Attention, Xavier, tu te fais contaminer.»

	Juin 1959

	Mon vieux papa, décidément je suis assez écœuré par ce que je vois depuis mon arrivée en Afrique. Vrai, pas joli, joli. Actuellement il y a un gars qui est en train de gueuler, les paras l’« interrogent ». Bientôt 48 h qu’ils sont sous de la tôle sans boire ni manger. J’ai demandé ce matin au chef de poste qui s’occupait de leur graille. Il m’a répondu qu’ils étaient encore à la diète. Et lui n’y peut rien, nous sommes sous les ordres d’un commandant parachutiste ! Tous ces jours-ci il y a dans la région des opérations de grande envergure, mais ça ne donne rien : 6 prisonniers en deux jours je crois ; alors on se reporte sur les villages. Les copains du poste ont été employés pour le bouclage du ksar et ont un peu participé au début de pillage.

	C’est étrange comme certains se laissent facilement prendre à l’atmosphère, quitte à le regretter ou à reconnaître que c’est moche ensuite. Mais l’ennui, le climat, l’ambiance, tout pousse à regarder cela comme pas très important. Je vous ai dit que nous avions 45 kheïmas, on vient hier de les faire re-déménager pour la troisième fois en dix jours. Ils étaient à environ 500 mètres du poste, on les a amenés à 20 ou 30 mètres des barbelés, en ligne ; pas mauvais comme protection, ça vaut un champ de mines, en cas d’attaque on serait obligé de tirer dedans. Bien sûr, les paras ont déjà tué deux des prisonniers qu’ils ont torturés, ils comptent en tuer encore deux autres. C’est exact d’ailleurs, vu l’état dans lequel ils les mettent, c’est aussi bien.

	Ca ne m’a guère fait plaisir et je ne l’ai pas caché : les gars de leur 2e Bureau voulaient me casser la gueule, heureusement notre aspi-chef de poste est intervenu. Ce qui frappe, c’est l’engouement d’un certain nombre pour ça ; depuis les deuxièmes pompes jusqu’aux officiers ; il y a une escadrille d’hélicoptères, ils voulaient emmener notre aspi au spectacle, leur capitaine est allé y passer un petit moment Les gens du village eux aussi entendent le gars gueuler même s’ils ne le voient pas ; ça dure déjà depuis plus de 24 heures, on pense qu’il y en a pour au moins 8 jours.A Géryville aussi, ce n’est pas drôle actuellement, il vient d’y avoir 150 arrestations, dont le maire. Pardonne-moi, papa, de t’écrire tout cela brutalement ; mais un officier me le disait hier soir : devant tout cela on se demande si nous sommes vraiment civilisés. Les archives militaires m’ont appris qu’en ces seuls 15 premiers jours de juin 1959 à Géryville, ce furent en fait, je les cite, «300 suspects qui furent fortement interrogés au cours d’une période d’intimidation». 300, c’était un homme sur 10…

	Novembre 1958

	Une intervention d’un de nos commandants, la semaine dernière, m’a effrayé. On faisait un exercice de bouclage-ratissage et un margis gardait les quelques «faisant fonction» de fellagas, les mains sur la tête, fusil dans le dos. Le commandant approche : «Vous les avez interrogés ?
	—Oui, mon commandant, mais ils n’ont pas voulu parler.
	—Mais, vous ne savez pas qu’un prisonnier, ça se torture ?» Et il prend un «prisonnier», le jette par terre et fait mine de lui donner des coups de pied dans la figure et dans le ventre.

	Quand c’est un margis ou un chef qui dit des choses comme ça, on n’y fait plus grand cas, c’est normal, ils l’ont fait, ils l’ont vu faire et ne s’inquiètent pas de la portée de cet acte, d’autant qu’ils ont aussi vu leurs copains égorgés. Mais un officier, et un officier supérieur ! C’était la troisième fois pendant les manœuvres qu’on nous le disait en instruction : «Quand vous attaquez une mechta, que vous faites un coup de main, les gens sans importance vous les tuez ; les ‘légumes’ vous les faites prisonniers et quand on les a fait parler, on les fait rejoindre leurs collègues au jardin d’Allah.» Le plus terrible c’est qu’ils étaient de bonne foi et en toute conscience, croyaient que leur devoir était d’agir comme cela. Ils portent la responsabilité de toute une section, de toute une compagnie, il faut le renseignement ! Notre lieutenant de compagnie, lui, nous a dit : «S’il faut tuer 2 ou 3 millions de ces bougnoules, on en tuera 2 ou 3 millions.»

	En tant qu’appelés, notre réaction la plus commune à ces interventions était, en Allemagne, du style «cause toujours, ce n’est pas pour nous !». Et je m’étonnais que notre encadrement semble s’en inquiéter aussi peu alors qu’il n’avait pas pu ne pas le saisir. Je compris mieux une fois arrivé en Algérie. Au bout de trois mois et de quelques accrochages meurtriers, une grande partie de mes camarades avait changé d’opinion. En arrivant dans le sud de l’Oranie en janvier 1959, j’ai été infirmier d’abord dans un rassemblement de 4000 nomades, dont les quelque 650 tentes (les kheïmas) avaient été regroupées autour d’un petit poste d’une trentaine d’hommes, à Kef Lahmar, sur les Hauts-Plateaux couverts d’alfa. A l’époque, en Algérie, deux millions d’autochtones avaient été ainsi regroupés, de gré ou le plus souvent de force, dans des camps, soit le quart de la population musulmane totale. Dans le secteur de Géryville (El Bayadh depuis l’Indépendance) c’étaient 30 000 des 40 000 nomades du pays ; les trois-quarts !

	Fevrier 1959

	Ce vaste secteur, grand comme quatre départements métropolitains, seule zone interdite de l’Oranais, était fait de hauts-plateaux semi-désertiques et de djebels rocailleux. Nous y étions 1800 soldats français à demeure (chasseurs, légionnaires et supplétifs) et il y avait en face environ 400 combattants de l’ALN sur les 700 que comptait la région. Les actions des forces rebelles étaient dirigées avant tout contre les forces de l’ordre. Pour la seule année 1959, chez nous, 150 morts, blessés ou disparus, plus de 8% de notre effectif ; des pertes nettement plus importantes que les leurs. Et un seul acte de terrorisme, du moins de la part du FLN. Un de trop. Mais un seul. Sur ces données, mes lettres, mes souvenirs et les archives militaires – notamment une très intéressante «Etude sur la pacification» rédigée en mai 1960 par cinq commandants, stagiaires de l’Ecole de guerre – concordent.
	
	  ]]></description>
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	Exercice militaire des parachutistes.
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        </item>
        <item>
           <title>J’étais Algérien jusqu’à l’indépendance</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Condamné par contumace par les autorités militaires françaises, les Accords d’Evian me sauvèrent la peau. 
	Né à Alger, en haut de la rue Michelet en avril 1933 dans une famille française de la classe moyenne, j’ai absorbé la culture et la vie algérienne dès mon jeune âge en vivant à Bône, Sidi-Bel-Abbès, Oran et Alger. Cette profonde influence eut pour résultat de me donner l’occasion d’éveiller en moi et de permettre de cultiver un sens intime de mon algérianité, en ressentant, en comprenant et en vivant les profondes évolutions de l’époque (Messali Hadj, MNA, MTLD, OS) au cours de discussions avec mes copains algériens. Amitiés algériennes immédiatement contrebalancées par les ostracismes français. Né en Algérie, j’étais Algérien.

	Après 4 ans à l’EN Bouzareah, bac, année de prép à l’ENSET en France, je décidai d’écourter mes études après avoir lu les nouvelles du 1er Novembre 1954... à Genève ; je voulais être en Algérie car il était clair qu’un choc immense était en train de se préparer. Je choisis Orléansville (El Asnam, puis  Chlef) pour mon premier poste d’instituteur et pour y retrouver beaucoup de mes copains algériens qui y étaient déjà. Les pères de certains de mes camarades étaient actifs dans l’OS de l’époque, puis dans le FLN en formation. De fil en aiguille, ils me suggérèrent de prendre un poste à Molière, pour les besoins de l’organisation, mais sans me le faire savoir. Là aussi, je fus accueilli par la famille activement militante du directeur de l’école.

	C’était l’époque du début des accrochages dans la Wilaya 4 et le début de mon engagement actif. Mon rôle était de passer des messages entre El Asnam et Molière. Je réussis à acquérir un revolver et à le passer au maquis. La guerre faisant rage, je fus témoin des exactions françaises. La gendarmerie commença à me soupçonner et me conseilla fermement de me «mettre au pas». L’organisation me fit plier bagages, me cacha dans une famille à El Asnam et me donna des faux papiers français et un laissez-passer FLN pour aller me réfugier à Oujda via Tunis, Rome, Madrid et Tanger. Du point de vue français, j’étais un «insoumis» condamné par contumace. Cela valut beaucoup d’ennuis à mon père, ma mère, mes sœurs et mon frère. Arrivé à Oujda, je n’avais qu’un seul désir : être admis dans l’ALN.

	Mes amis et chefs de cellule FLN militaient en ma faveur, mais sans que je puisse obtenir gain de cause. Ayant appris qu’un corps de radio-transmission était en formation, je pris des cours de radio par correspondance pendant un an et je devins un «self-made» ingénieur radio-électronique. Avec ces connaissances en poche et après une grève de la faim d’une semaine pour éliminer les derniers obstacles, je réussis à entrer dans l’ALN. Je me mis immédiatement au travail comme dépanneur de matériel américain. Puis je fus envoyé à Nador comme technicien à Sawt El Djazaïr, avant d’être replié sur la base Ben M’hidi et de là sur Alger. Après l’Indépendance, j’appris qu’on m’offrait une possibilité de bourse soit en URSS, soit aux USA.

	Le commandant Si Omar me conseilla d’accepter la bourse au lieu de rester dans l’armée ou dans le civil. Je choisis les USA parce que je maîtrisais l’anglais. Je reçus un billet d’avion pour New York, un passeport de l’Etat algérien et une feuille de route au nom de la Commission nationale des transmissions du Bureau Politique du FLN. Me voilà en mission d’études aux USA, bien reçus mais fichés. Après le 19 juin 1965 l’ambassade à Washington demande à tous les étudiants de restituer leurs passeports pour renouvellement. Je ne reçois pas mon nouveau passeport. Appels, démarches, visites, lettres, intercessions, rien n’y fait… je suis renié par l’Algérie politico-bureaucratique. Je deviens un «sans-papiers», un apatride administratif, sans bourse, perdu dans la masse new-yorkaise. Cette situation pénible, dégradante et déprimante perdure huit ans. Condamné par contumace par les autorités militaires françaises, poursuivi, je dus passer en jugement après m’être rendu en 1981.

	Les Accords d’Evian me sauvèrent la peau. Je continue à faire des démarches auprès de l’ambassade d’Algérie à Washington et j’obtiens finalement gain de cause, mais seulement en 2004… A l’occasion du 50e anniversaire du déclenchement de la Guerre de Libération, j’obtiens la reconnaissance officielle de ma contribution à la lutte pour l’indépendance ainsi que ma citoyenneté et enfin (après 39 ans d’attente !) mon passeport algérien. Le ministère des Moudjahidine continue de m’ignorer jusqu’à ce jour.
	  ]]></description>
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	Des parachutistes déposés par hélicoptère.
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           <title>Les parachutistes sont venus me chercher à la maison</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Fri, 06 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[  
	-Comment avez-vous commencé à militer pour le FLN ?

	Toute ma famille militait, chacun avait son rôle. Mon père était dans la police ; il fournissait les armes, il faisait des quêtes d’argent et tout cela partait au maquis grâce à lui. Il a été arrêté plusieurs fois. Ma mère tricotait énormément et ma sœur Talah cousait, principalement des drapeaux et des brassards. Mon petit frère était étudiant à Sidi Bel Abbès, il nous ramenait des pataugas, des chaussures très utiles aux moudjahidine. Quant à moi, j’achetais des fournitures de bureau : des stylos, des crayons, du scotch, du papier à lettres ou encore du corrector.

	-Vous avez été arrêtée en 1958, alors que vous étiez très jeune. Comment s’est passée l’arrestation ?

	Des parachutistes et des policiers ont frappé à la porte un soir de Ramadhan. En fouillant la maison, ils ont trouvé une lettre que j’avais écrite à une correspondante tunisienne. Ils m’ont arrêtée. Ils étaient suffisamment nombreux pour remplir deux jeeps. Tout ça pour une gamine toute menue ! Ils m’ont emmenée au commissariat. Mais avant, sur la route, ils m’ont donné des claques, des coups, ils m’ont pincé le bout des seins, ils se mettaient debout sur mes pieds… Ils ont fini par me déboiter la mâchoire. Evidemment, ils m’ont torturée. La première nuit, ils m’ont laissée dans un WC turc.

	Un policier m’a dit : «N’aie pas peur, je vais pas te violer.» Il m’a donné un carton pour faire un matelas et un autre pour me servir de couverture. J’ai passé une nuit horrible. L’odeur était insupportable, il n’y avait qu’une toute petite ouverture en haut du mur. J’ai passé une nuit blanche, dans le noir. Le lendemain, ils m’ont emmenée dans un camp de concentration pour hommes. J’étais la seule femme. Dans la cellule, il y avait un lit de camp, deux seaux et des couvertures. Le soldat chargé de la surveillance, au dessus de ma cellule, me lançait : «Montre-toi Brigitte Bardot. Danse, danse !» Il y avait aussi des soldats très gentils comme le jeune Simon. Il venait de Metz. Il aimait me lire les lettres qu’il recevait de sa mère et de sa fiancée. Simon m’a rendu de grands services. Il emmenait mon linge chez mes parents. J’écrivais des lettres, il les prenait et me rapportait les réponses.

	Un jour, l’armée m’a transférée à la prison centrale pour femmes. Les détenues politiques et de droit commun étaient mélangées. C’est là que j’ai rencontré Evelyne Lavalette. Sur onze femmes, nous n’étions que quatre militantes. Au début, je me demandais comment vivre avec des criminelles, surtout que la plupart d’entre elles avaient commis des crimes violents. Je n’avais pas 20 ans, c’est tout juste si je ne jouais pas encore à la poupée ! J’ai découvert brutalement que la vie était parfois pleine d’horreurs. Mais j’ai sympathisé très vite avec mes codétenues. Elles m’ont protégée. Je prenais mon bain seule et elles refusaient que je participe à la corvée de sardines. J’ai pu garder ma coquetterie dans cette cellule. Comme les miroirs étaient interdits, nous remplissions un petit bassin de terre d’eau et nous faisions avec notre reflet. Je suis restée deux mois dans cette prison avant d’être acquittée. En sortant de prison, j’ai voulu reprendre mes études, mais j’ai été renvoyée. Sur le bulletin, le lycée avait marqué «perturbatrice».

	-Quel a été le rôle de vos sœurs dans la guerre ?  

	Messaouda et Fatouma sont mortes au maquis. Elles faisaient de l’assistance médicale. La première n’a pas supporté la hogra, le racisme ; nous, les «indigènes», nous ne valions rien du tout. Elle est partie en 1957. Fatouma l’a rejointe quelque temps après. Un jour, nous avons revu Fatouma clandestinement. Elle nous a raconté ses conditions de vie difficiles, la misère des gens des douars, leur liesse quand ils recevaient les combattants, les difficultés d’approvisionnement en denrées alimentaires et en médicaments, celles des soins pour les blessés et les malades qui leur étaient confiés, car elle était infirmière.

	Les nuits blanches, les guets, la fraternité et le sacrifice. Nous buvions ses paroles. Je la dévorais du regard : son visage basané, presque brûlé par le soleil et la neige, la peau rêche de ses petites mains aux ongles rongés me ramenait au temps où elles étaient si bien traitées avec les crèmes et les vernis. De temps en temps, elle les portait à sa tête pour se gratter. Je découvrais la couleur naturelle de ses cheveux pour la première fois. Ils étaient toujours teints au henné. Un pou, dérangé, est tombé sur son épaule. Elle le prit entre les ongles des pouces et nous avons entendu un crac ! Elle a lancé : «Ouf ! Un de moins !» Elle nous a expliqué qu’elle passait des jours sans se servir d’un peigne ! Je retenais mes larmes devant ce petit bout de femme qui, autrefois, était une maniaque de l’hygiène et adorait le hammam. C’était la dernière fois que je la voyais. Elle est morte dans un bombardement.
	  ]]></description>
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           <title>Le cinquantenaire vu par les jeunes : un juillet 2012 orageux à Alger</title>
           <author>Mustapha Benfodil </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Thu, 05 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 05 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Alger, 2 juillet. Nous sommes à J-3 du grand événement de l’été : le cinquantenaire de l’indépendance. Quel regard portent les Algérois – les jeunes surtout – sur cette kermesse patriotique ? Quelle trace aura imprimé dans l’imaginaire collectif ce fameux chiffre «50» ? Quel bilan le peuple en tire-t-il ? 
	Première image : les drapeaux. Evidemment. Ils pavoisent à profusion les artères principales de la capitale. Mais nettement moins que la forêt d’emblèmes déployés massivement et spontanément au lendemain de la campagne d’Oum-Dourmane. Des affiches au logo officiel du cinquantenaire sont placardées un peu partout sur de grands panneaux. Les annonceurs y vont eux aussi de leur attirail de célébration. A l’image du légendaire Hamoud Boualem. «Kounna h’na ou mazalna» (On était et on sera toujours là) scande le limonadier historique à la marque de gazouz 100% DZ. La ville se pare de ses plus beaux atours pour faire honneur à l’évènement. Spectacles et réjouissances au menu. Aux abords de la Grande-Poste, une scène est apprêtée pour accueillir une série de concerts. Idem à l’Esplanade de Riadh El Feth. Sur fond de polémique autour de la venue de la star libanaise Elyssa (à l’invitation de la ville de Annaba) pour un cachet de 950 millions de centimes. Les plus hostiles crient au gaspillage.

	Disons-le tout de go : les Algériens n’ont pas tellement le cœur à la fête. Et c’est un euphémisme. Au demeurant, en ce 2 juillet, c’est plus le dernier match de l’Euro, la finale Espagne-Italie, que le match France-FLN, qui alimente les palabres. Virée dans les boyaux de La Casbah. Dans un atelier de couture, une femme, dans la cinquantaine, ne cache pas son amertume. Trônant derrière sa machine à coudre, elle confie: «Je suis une fille de moudjahida. Ma mère a même fait la prison de Berrouaghia. Mais vous savez, par les temps qui courent, on a presque honte de dire qu’on est fils de chahid ou fille de moudjahed. On vous criera aussitôt à la figure : tout le monde a fait la révolution. Du coup, on se fait tout petit. Moi, ma mère, à part sa petite pension, elle n’a rien eu. Et moi, je suis toujours célibataire et je vis dans un taudis au bidonville de Bousmaha, à Bouzaréah. J’ai dû construire ma baraque toute seule. Nous n’avons ni eau potable, ni électricité, ni route, ni rien. J’ai le sentiment que nous n’avons pas accédé à l’indépendance. lebled rahi fawdha ».

	Une mémoire qui s’effrite

	Quelques venelles plus loin, nous rencontrons Mohamed. Il tient une petite épicerie à l’ombre d’une treille. Mohamed avait 6 ans en 1962. Pour lui, le cinquantenaire, c’est surtout la plaie béante d’une Casbah qui s’effrite. : «El Qasba meddat erdjal (la Casbah a donné des hommes), et regardez dans quel état elle se trouve ! », se désole ce natif de la vieille médina. Mohamed se voue à la restauration de sa douira avec les moyens du bord. C’est son combat. «Ana eddoula ma âtatni oualou, l’Etat ne m’a rien donné. J’ai fait un dossier pour obtenir une aide afin de pouvoir restaurer mon bien, mais j’attends toujours. Ils ont fait mille et un recensements. On nous a promis monts et merveilles, mais on n’a rien vu. Les familles de La Casbah sont en danger de mort !» fulmine-t-il. Entre les ruines et les détritus, La Casbah n’est plus qu’une citadelle avachie. Symbole vivant d’un pays qui a maille à partir avec son patrimoine mémoriel.

	La vielle cité ottomane soutient mal la comparaison avec les médinas tunisiennes ou marocaines, savamment entretenues. Pourtant, et comme nous le rappelle à juste titre Mohamed, la mémoire passe aussi par la sauvegarde de ces murs qui accueillirent Abane, Ben M’hidi, Krim Belkacem et autres dirigeants du premier CCE (Comité de coordination et d’exécution),  et qui sont maculés du sang de Ali La Pointe et de Hassiba Ben Bouali froidement exécutés par les paras du général Massu dans le feu de la Bataille d’Alger (1957).
	Nous traversons la rue Larbi Ben M’hidi. Halte à la Cinémathèque qui propose une programmation spéciale pour la circonstance (dont  Chroniques des années de braise de M.L.Hamina). Au Mama, une expo de Ben Bella. Pas le défunt président. Plutôt l’artiste peintre Mahjoub Ben Bella. A la Librairie du Tiers-Monde, les ouvrages historiques sont à l’honneur comme chez tous les bons libraires de la capitale.

	Dans une rue parallèle à l’avenue Pasteur, brève discussion avec un jeune gardien de parking à propos du cinquantenaire. Sa réponse est lourde de sens : «Ya kho hada sujet saîb âliya. Loukan sakssitni âla el parking, kifache t’gari, n’jawbek. Hadja kh’ra khatini. (C’est un sujet trop compliqué pour moi. Si vous m’interrogiez sur l’organisation du parking, je vous répondrais volontiers. Le reste ne me regarde pas)».

	«On est indépendants mais pas libres»

	Nous empruntons le métro pour nous rendre au Jardin d’essais. Le métro : objet urbain le plus emblématique de l’Alger 2012. La fierté de Bouteflika. Inauguré en grande pompe le 1er novembre 2011, il cartonne. Les rames sont climatisées, au bonheur des passagers. A la station Jardin d’essais, nous prenons le téléphérique pour gagner Riadh El Feth. Le téléphérique ne désemplit pas.
	Des flots de visiteurs se déversent sans discontinuer sur le «Maqam». Nous souhaitions visiter le musée du Moudjahid, mais l’on apprend qu’il est fermé au public pour cause de festivités officielles. Les gens se rabattent sur le musée de l’Armée situé à l’autre bout.
	Loin d’être un temple de l’ANP, sa collection est un joyeux patchwork historique, de l’Antiquité à la Guerre de Libération nationale. Un jeune lycéen s’attarde sur les vestiges de la Révolution : « Moi, quand je vois ces héros qui ont pris le maquis si jeunes pour libérer le pays, je me dis simplement que nous n’avons pas le droit de les décevoir», dit-il, un brin ému.

	Près de la salle Ibn Zeydoun, nous croisons le jeune comédien Mehdi Ramdani dont on a pu apprécier la prestation dans le court-métrage de Sofia Djama, Mollement, un samedi matin  et dans  Demain, Alger ?  de Amine Sidi Boumediène. Mehdi plaide pour l’indépendance culturelle : «Il y a des artistes qui font des choses extraordinaires avec très peu de moyens. Il faut les laisser travailler. Il faut les affranchir du carcan bureaucratique et envisager une vraie politique culturelle pour libérer tous ces talents et leur permettre de s’exprimer.» Anis Saïdoune, 20 printemps, étudiant en pharmacie, un manuscrit sous le bras, celui de son premier roman intitulé  La rivière de l’amour et des illuminations (avis aux éditeurs), est l’incarnation même de cette jeunesse bourrée de talent, pétillant d’intelligence, et qui ne demande qu’à s’épanouir et s’exprimer justement. Anis soulève la question ô combien sensible de la transmission : « L’histoire a été instrumentalisée par le régime. Chaque jeune Algérien doit faire sa ‘‘private investigation’’  pour s’imprégner de notre histoire, la vraie. Il faut développer un esprit de doute méthodique. Moi, je lis tout, la version officielle aussi bien que les récits occultés. Il est navrant de constater que notre histoire s’écrit par des étrangers. C’est aberrant qu’on soit obligés de voir un documentaire sur Arte fait par des Français ou des Américains pour connaître notre propre histoire.»

	Atika, 23 ans, étudiante en critique et histoire de l’art, plaide, quant à elle, pour l’indépendance citoyenne des femmes : «on est indépendants mais pas libres», regrette-t-elle. «50 ans après, où sont les droits des femmes ? C’est la tache noire de l’indépendance. La moitié de la société est encore sous-citoyenne. C’est grave. Il va falloir lutter davantage pour changer le statut des femmes, pour changer le code de la famille, pour arracher le droit à l’avortement, le droit à l’héritage, l’accès au logement. C’est un grand chantier qui attend notre pays, à croire qu’on vient seulement d’accéder à l’indépendance».

	Belcourt. Marché Laâqiba. Sofiane, 30 ans, tient une table de cigarettes. Il ronge son frein en ruminant sa peine : «je suis agent d’entretien et de nettoyage au ministère de l’Energie et des Mines et je viens de me retrouver au chômage. Mon contrat qui vient d’arriver à son terme n’a pas été reconduit. Ils vont certainement placer des gens de leurs connaissances comme d’habitude. Plusieurs de mes collègues sont dans la même situation. Nous sommes dans la précarité la plus totale. Moi, tout ce que je demande, c’est un travail stable, dans une institution étatique. Je fais ce métier depuis sept ans. J’ai travaillé chez le privé et c’est pire que le colonialisme français. Le privé te suce ton sang. Ce n’est pas vrai que les jeunes Algériens sont des fainéants. Ils ne demandent qu’à travailler mais dans des conditions dignes. J’étais dans un ministère et voilà que je me retrouve vendeur de cigarettes au marché. C’est injuste.»

	«Cérémonies indépendante »

	Place Audin. Effervescence militante au café Le Podium. Tahar Belabès, figure de proue du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC), est venu spécialement de Ouargla pour diriger une grosse manif à Alger le 5 juillet. C’est l’autre face des commémorations. «Nous allons organiser un rassemblement des chômeurs en brandissant des drapeaux noirs. Nous décrétons ce cinquantenaire journée de deuil national», martèle le leader du Comité des chômeurs. Tahar Belabès qui estime le taux «réel» de chômage autour de 25% poursuit : «Aujourd’hui, les Algériens subissent un colonialisme interne. Nous vivons sous le joug de la hogra, de la corruption, du népotisme et de la répression. Nous nous battons pour notre dignité. Ce régime devrait avoir honte de célébrer le cinquantenaire de l’indépendance au moment où le pays enregistre des cohortes de harraga et d’immolés. Le peuple algérien n’a pas encore recouvré son indépendance. Vous n’avez qu’à aller voir ce qui se passe à Hassi Messaoud, où les multinationales américaines et autres font la pluie et le beau temps. Nous, citoyens du Sud, nous vivons une situation de marginalisation et de mépris épouvantables. Mais nous sommes déterminés à faire valoir nos droits. Et nous ne céderons pas ! Qu’ils disent qu’on est ‘‘Al Qaïda’’, qu’on est ‘‘irhab’’, nous ne cèderons pas! »

	Parallèlement aux festivités officielles, plusieurs cérémonies «indépendantes», convient-il de le souligner, seront organisées jeudi prochain (sauf intervention de la police). Comme cette initiative du collectif RDLD (Réseau de défense des libertés et de la dignité). «Nous allons organiser une manifestation symbolique durant laquelle nous allons allumer des bougies, et nous allons réaliser une fresque en collaboration avec des artistes en faisant contribuer tous les citoyens qui désirent s’exprimer sur cet événement», explique Kader Farès Affak, militant protéiforme, membre fondateur du RDLD. «C’est notre manière de nous réapproprier cette date si chère à nos cœurs et de lui redonner du sens. Le 5 juillet est avant tout la fête du peuple algérien. Il est grand temps de sortir de la légitimité historique pour entrer dans la légitimité populaire.»         ]]></description>
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           <title>En dépit de l’âge avancé des gouvernants : la tentation du pouvoir à vie</title>
           <author>Hassan Moali </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Thu, 05 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 05 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	8 mai 2012 à Sétif. Dans une ultime mission de sauvetage d’un scrutin législatif mal engagé, le président Bouteflika tord le cou à la loi qui interdit la poursuite de la campagne électorale en dehors du délai légal, lance sa formule racoleuse : «Tab Jenana» (notre génération est finie). 
	Décryptage immédiat de la vox populi. C’est un discours d’adieu du Président et de tous ces vieux de la République qui nous gouvernent depuis des décennies. Il fallait donc voter cette fois, pour accompagner cette génération à sa «dernière demeure» et remettre, enfin, les clés de l’Algérie à sa jeunesse.
	26 mai 2012. Le Président, qui annonçait, 18 jours auparavant, que l’heure du grand départ à la retraite a sonné, fait élire Larbi Ould Khelifa, 74 ans, président de l’Assemblée populaire nationale (APN)…
	Les promesses, semblait dire Bouteflika, n’engagent que ceux qui les croient. On a eu donc tout faux d’avoir pris pour argent comptant une promesse discursive et électoraliste d’un président qui n’en est pourtant pas à son premier coup du genre. Juste une énième tromperie de la longue série noire qui dure depuis 1962…
	Cinquante après l’indépendance, l’Algérie, ce pays si jeune, est gouverné encore par ceux qui avaient participé peu ou prou à la Révolution. Comme s’ils l’avaient libéré pour eux-mêmes et leurs rejetons qui en profitent évidemment. Il est d’ailleurs significatif de noter qu’en 2012, on continue encore à servir généreusement des attestations de chahid ou d’anciens moudjahid à des enrôlés de la 25e heure…

	En effet, la famille dite «révolutionnaire» par opposition- c’est le cas de le dire- à tous les Algériens basiques, qui a noyauté tous les rouages de l’Etat, est soucieuse de faire des «petits» pour s’assurer une relève. Et, aussi longtemps que possible.     

	Toufik, Ould Kablia et David Cameron

	Force est donc de constater que l’Algérie, ce pays jeune sur lequel se gargarisent nos officiels, est, 50 ans après l’indépendance, sous le joug des septuagénaires. Une gérontocratie qui n’a rien à envier à la monarchie wahhabite et à l’ex-Union soviétique, dont on semble avoir copié les tares et les avatars.
	A l’heure où la mode dans le monde est aux quadras (le Premier ministre britannique David Cameron est plus jeune que tous les ministres de Bouteflika), l’Algérie recrute encore parmi les vétérans de la révolution.
	Au-delà de cet incroyable défit à la biologie qui consiste à confier des missions d’Etat à des hommes dont les aptitudes physiques et les facultés intellectuelles commencent à lâcher, il est pour le moins anachronique de voir les contemporains de la communication par «morse» à la baguette du pouvoir à l’ère de facebook.
	Il serait d’ailleurs curieux de savoir si notre ministre de l’Intérieur, du haut de ses 79 ans, dispose d’un compte sur les réseaux sociaux ou simplement d’une adresse mail…  

	Il n’est hélas pas le seul. La pyramide du pouvoir en Algérie est truffée de personnalités du troisièmes âge. A commencer par le chef de l’Etat qui, malgré une santé fragile que cachent mal quelques haussements de ton circonstanciels, s’accroche avec une incroyable ténacité à son pouvoir. Il tient à ce que sa présidence soit au moins aussi longue que celles de Chadli et Boumediène. Parfois cela relève à ce point de la psychologie…
	A lui seul, Bouteflika symbolise l’incroyable vieillesse du personnel politique algérien. Ministre en 1962. Président en 2012. En 50 ans, il aura tété les mamelles du pouvoir jusqu’ à l’overdose. Et çà ne lui donne pas encore des nausées.
	Il a l’âge de son plus jeune ministre (Amar Ghoul 51 ans) aux commandes du pays. Un symbole qui se passe de tout commentaire…
	Benbouzid : un tableau rare…

	Et comme la nature du pouvoir en Algérie est souvent liée à la révolution et à l’armée, il est loisible de noter que la «règle» des vieux se vérifie aussi dans les rangs des officiers supérieurs nés sous la bonne étoile.
	Les trois «majors», les généraux Gaïd Salah, Mohamed Mediène dit «Toufik» et Abdelmalek Guenaïzia, respectivement chef d’état-major de l’armée, patron des services de renseignements (DRS) et ministre délégué à la Défense, ont tous presque l’âge du Président ; c’est-à-dire plus de 72 ans. Ils ont aussi cette particularité d’être plus au moins vieux dans leurs fonctions, notamment le chef du DRS, en poste depuis 1990.

	Les Algériens, les partis politiques notamment, ne jugent évidemment pas utile de pointer ces permanences aux commandes à un même poste.Tout se passe comme si nul n’a le droit de fourrer son nez dans la gestion des carrières militaires réservée exclusivement au pouvoir discrétionnaire du Président et sa hiérarchie. Sur ce plan, les centres du pouvoir filent le parfait amour dans le respect mutuel ; du moins en apparence.Dans les rangs des «civils», le constat n’est guère mieux. Le Premier ministre Ouyahia, plus au moins «jeune» (61 ans), est entouré d’une escouade de sexagénaires et septuagénaires qui veillent au respect du «droit d’aînesse» et de vieillesse…

	Le doyen du personnel politique

	Mohamed Cherif Abbas, Daho Ould Kablia et Mourad Medelci font figure de grands- pères dans une équipe où seuls Amar Ghoul et Khalida Toumi, proposent un sourire plus au moins sympathique.      
	Faut-il ajouter l’inoubliable Noureddine Yazid Zerhouni, dont le nom s’est confondu avec l’Intérieur une décennie durant. Du haut de ses 74 ans, «Si Yazid» coule une «retraite» heureuse à la tête d’un poste inutile de vice-Premier ministre, créé à sa convenance.
	Etre payé à ne rien faire, quoi.     

	Il faut noter aussi cette maladie bien algérienne qui consiste à maintenir certains ministres plus d’une décennie à leurs postes. Certains se sont quasiment aménagés leur territoire dans les différents cabinets successifs. Benbouzid fait figure à cet égard de tableau  rare…
	Quid du personnel diplomatique ? Les Algériens ne le voient pas dès lors que les voies du système sont impénétrables. Mais notre ambassadeur en poste à Paris depuis 2005, Missoum Sbih, qui dépasse les 85 ans, donne déjà un aperçu de la «nomenclature» des âges dans notre diplomatie. Comment peut-il en être autrement quand le conseiller du président aux affaires diplomatiques approche un siècle d’âge ! Abdelatif Rehal, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est en effet le doyen du personnel politique algérien avec ses 90 printemps. En Algérie, c’est apparemment l’âge de raison… On comprend mieux cette phobie maladive aux jeunes cinquante ans après l’indépendance du pays.       ]]></description>
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	Abdelaziz Bouteflika : président de la République.
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        </item>
        <item>
           <title>Les promesses oubliées de la Soummam</title>
           <author>Zine Cherfaoui </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie</category>
           <pubDate>Thu, 05 Jul 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 05 Jul 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Le 5 juillet 2012, l’Algérie fête le cinquantenaire de son indépendance. Si le patriotisme est à fleur de peau chez les Algériens, il est à craindre néanmoins que beaucoup d’entre eux ne s’attarderont pas sur cette date symbole. 
	La remarque vaut surtout pour les jeunes. Touchés par un chômage endémique, écœurés par la bureaucratie et une corruption galopante, ils sont aujourd’hui les grands oubliés d’une Algérie prisonnière des rets de gérontocrates. Le sentiment de hogra est tel que beaucoup ne songent qu’à quitter le pays.
	Pourtant, c’est d’abord l’espoir qui a dominé au lendemain du 5 juillet 1962. Après 8 ans de lutte contre le colonialisme français qui les a spoliés de leurs terres et de leurs droits, les Algériens allaient enfin réaliser le rêve de bâtir la «République démocratique et sociale» promise par la proclamation du 1er Novembre et la plateforme de la Soummam. Dans l’euphorie de la victoire, l’Algérie indépendante s’était également engagée à aider les autres peuples opprimés à se libérer eux aussi du joug colonial et à combattre le racisme.

	Lors des premières années de l’indépendance, le pays est ainsi très vite devenu l’épicentre des contestations contre la colonisation. Surnommée la Mecque des révolutionnaires, la capitale algérienne fut une halte obligatoire pour les leaders des mouvements en lutte pour les indépendances. Amilcar Cabral, Ernesto Che Guevara, les leaders de l’ANC et bien d’autres grandes figures du tiers-monde y trouvèrent une terre d’accueil et une tribune pour leurs idées. L’Algérie avait alors les atouts nécessaires pour devenir un exemple de démocratie. 50 ans après, c’est cependant la désillusion.   

	Le renversement du président du GPRA par le groupe de Tlemcen et l’accaparement du pouvoir par celui-ci ont fini par transformer le rêve en cauchemar. Incapable de se réformer, le système algérien est aujourd’hui bloqué. Le pouvoir en place s’entête encore à prendre en otage le destin algérien au nom d’une légitimité historique qu’il a pourtant lui-même décrété comme étant révolue. Le discours sur l’Algérie combattante, que les décideurs ont exploité jusqu’à l’usure pour se légitimer et se maintenir en place, ne fait certes plus recette. Mais à la longue, les harangues servies à toutes les sauces par les pouvoirs successifs ont eu pour effet de provoquer une rupture entre la population et son histoire… ses héros.     

	Combien de jeunes connaissent aujourd’hui Abane Ramdane, Larbi Ben M’hidi, Zighout Youcef, le colonel Amirouche ou encore Krim Belkacem, le signataire des Accords d’Evian ? Combien ont lu la proclamation du 1er Novembre ? Bien peu malheureusement. Même s’ils reconnaissent cette lacune, il n’est tout de même plus question pour eux d’accepter davantage le diktat de la «famille révolutionnaire». Cela d’autant que l’enseignement de la guerre de Libération nationale est aujourd’hui sujet à critiques. Les jeunes, en particulier ceux qui ont été à l’origine d’octobre 1988, savent que l’histoire a été sciemment bafouée pour servir des ambitions de pouvoir et les intérêts de clans. Des clans qui se sont employés à bâtir une Algérie à deux vitesses : l’Algérie utile qui est auréolée d’un tas de privilèges et l’Algérie d’en bas.

	Et la vérité aujourd’hui est que, dans les faits, le message de la révolution de Novembre et le programme de la Soummam ont été reniés et parfois même combattus. Les Algériens, spoliés de leurs droits fondamentaux, ont été dépossédés de leur mémoire et exclus de leur histoire. Leurs aspirations démocratiques de la société ne rencontreront aussi aucun écho. Normal, dirions-nous : les dirigeants conçoivent la conquête du pouvoir et son exercice par la violence, l’opacité et le népotisme.

	Conséquence de la chape de plomb que l’on a fait peser depuis l’indépendance sur le pays : l’une des plus belles luttes de Libération nationale assiste impuissante au naufrage de ses idéaux. Au lieu de célébrer ses réalisations et ses acquis, le pays vit au rythme des émeutes, les jeunes se jettent à la mer, des cadres fuient par dizaines de milliers, tandis que d’autres, désespérés et rongés par le désarroi, s’immolent régulièrement par le feu. L’Algérie est un pays dont l’économie est informelle à environ 50%, son administration est délabrée et sa justice est devenue le symbole même de l’indignité nationale. Et pour couronner le tout, le gouvernement est miné par le régionalisme, et les ressources nationales sont dilapidées, hypothéquant le destin national.

	Les décideurs tireront-ils les leçons de ces 50 ans d’indépendance en s’attaquant à l’essentiel du blocage qui est le fonctionnement du système. Tout cela, bien sûr, en évitant d’assimiler l’Algérien à un tube digestif ? Il est certain que la télévision algérienne, vivant encore à l’ère du parti unique, va faire état, comme toujours, d’un bilan tout aussi euphorique qu’irréprochable. Et c’est justement l’erreur à ne pas commettre. Le bon sens aurait recommandé d’éviter l’autosatisfaction, comme le suggèrent d’ailleurs les tensions sociales qui touchent tous les secteurs et toutes les régions du pays. Le bilan socioéconomique du pays montre clairement le manque de visibilité et de cohérence, fruit de rapports de force contradictoires pour le  partage de la rente pétrolière.

	L’enjeu aujourd’hui consiste à éviter les graves dangers que fait peser l’économie prédatrice et mafieuse sur le pays. Pour cela, la bonne gouvernance doit être de mise à tous les niveaux. Les réformes qui attendent d’être menées supposent une société où domine un Etat de droit et où la notion de citoyenneté est consacrée. L’instauration de l’Etat de droit est un pari politique majeur, car il implique tout simplement et nécessairement un nouveau contrat social et politique entre la nation et l’Etat. C’est là, probablement, le moyen le moins couteux pour la société de réaliser les promesses de Novembre et d’affronter l’avenir avec sérénité.             ]]></description>
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