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       <title>El Watan - Dossier</title>
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       <lastBuildDate>Tue, 29 May 2012 00:35:08 +0100</lastBuildDate>
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           <title>La diplomatie des petits pas</title>
           <author>Mohammed Larbi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Mon, 23 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	C’est aujourd’hui qu’arrivera à Alger le ministre marocain des Affaires étrangères pour une visite de deux jours. 
	Un délai suffisant pour procéder, avec les responsables algériens, à une véritable mise à plat d’une relation qui, constate-t-on des deux côtés de la frontière, n’est pas ce qu’elle aurait dû être.Dans un communiqué annonçant la visite de Saad Eddine El Othmani, les autorités algériennes indiquent que celle-ci s’inscrit dans le cadre de «la dynamique constructive engagée par les deux pays à travers l’échange de visites ministérielles et la concertation pour raffermir les liens de fraternité et de coopération qui unissent les deux peuples frères». La discussion, apprend-on de même source, sera étendue à l’UMA (Union du Maghreb arabe), à l’arrêt depuis 1994, date de son dernier sommet, et condamnée à l’inaction en raison de l’opposition du Maroc qui s’est manifestée en décembre 1995 à la suite d’un vote de l’ONU relatif à la question du Sahara occidental.

	Rabat a, en effet, demandé la suspension du fonctionnement de l’UMA, reprochant à l’Algérie son soutien au peuple du Sahara occidental. On croyait pourtant que cet ensemble régional était suffisamment prémuni contre ce type d’action, puisque sa création, en 1988 à Alger, a été décidée au lendemain dès lors que cette question faisait l’objet de négociations entre les deux parties (Maroc et Front Polisario), et surtout depuis que le défunt souverain marocain Hassan II avait solennellement affirmé en 1987, que ce conflit n’a jamais opposé son  pays à l’Algérie. C’est cette mise au point qui a permis un nouveau départ dans les relations bilatérales, élément essentiel dans la construction maghrébine.

	De la même manière, l’Algérie a toujours fait en sorte que les relations bilatérales ne soient en aucun cas liées notamment au dossier sahraoui, Alger soulignant que celui-ci est pris en charge par les Nations unies.
	A l’inverse, bien entendu, des autorités marocaines qui avaient accusé les services algériens d’avoir commis l’attentat de Marrakech en juillet 1994, et immédiatement imposé aux ressortissants algériens, le visa d’entrée sur son territoire. Alger a répliqué en appliquant la réciprocité et surtout fermé sa frontière terrestre avec le Maroc. Même les plus proches alliés des Marocains avaient détruit cette accusation.

	Dans le même temps, les Algériens avaient demandé un examen approfondi des relations bilatérales, ce qui n’a pas été rejeté par les Marocains qui avaient même accepté la mise sur pied de cinq commissions mixtes. Sauf que celles-ci n’ont jamais accompli leur mission, les Marocains refusant d’y siéger. Ces derniers ont même souligné qu’il n’y aura pas de normalisation des relations bilatérales tant que ne sera pas réglée la question du Sahara occidental. Et là, la précision s’impose puisque les Marocains ne voulaient rien d’autre que la reconnaissance de leur occupation du Sahara occidental, celle-ci se faisant, selon eux, dans le cadre de «leur souveraineté nationale».

	Cette même question a été déplacée au sein de l’UMA, pressée elle aussi de reconnaître ce fait colonial. La réplique a été cinglante, puisque, faisait-on valoir, aucune menace ne pèse sur les frontières internationalement reconnues du Maroc, ce qui les distingue clairement de celles que lui-même veut s’octroyer. Encore, devrait-on dire, l’UMA a surtout subi le poids du choix de ses membres, l’Algérie en ce qui la concerne, en faisant un choix stratégique, quant au Maroc qui a décidé de rejoindre le CCG (Conseil de coopération du Golfe) a pendant longtemps privilégié sa relation avec l’Europe.  Beaucoup a été dit sur cette frontière terrestre encore fermée, les Algériens refusant d’en faire une question à part. Qu’en sera-t-il alors d’une relation qui, sans être en aucun cas complexe, nécessite une approche globale ?   
	 </description>
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	Saad-Eddine El Othmani, nouveau ministre des Affaires étrangères du royaume marocain, entamera à partir d’aujourd’hui une visite de deux jours à Alger et sera reçu par le président Abdelaziz Bouteflika.
	
	 
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           <title>«Il faut aller à la racine de nos maux pour les traiter»</title>
           <author>Nadjia Bouaricha </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Mon, 23 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	Dans cet entretien, M. Abdelmoumni souligne la nécessité d’ouvrir un vrai dialogue entre les deux pays, Maroc et Algérie, sur les différends qui les opposent afin d’arriver à de vraies solutions. Il estime que «nous priver de l’unité économique du Maghreb, nous priver de la liberté de circulation des biens, des personnes et des idées, nous priver de la liberté d’expression et de la liberté d’organisation collective, nous priver des opportunités de mutualisation de nos moyens et de nos efforts sont des crimes qui sont commis par les responsables de nos Etats et il est temps d’y mettre un frein». 
	-Pour son premier déplacement à l’étranger, le ministre marocain des Affaires étrangères a choisi l’Algérie. Que représente, à votre avis, ce geste pour les relations bilatérales ?

	Les relations entre le Maroc et l’Algérie sont une clé absolument déterminante pour le progrès, la stabilité et le développement dans la région. Il me semble que les signaux positifs émis de part et d’autre pendant la période récente sont tout à fait les bienvenus. Cependant, juger des perspectives ne dépendra pas simplement d’un activisme pour montrer de la bonne volonté, mais de la capacité des deux partenaires à aller au fond des choses et aplanir de manière profonde, rapide et stable les différends qui existent entre les deux pays. Je pense que tant que ces différends ne sont pas aplanis, nos pays vont continuer de se réfugier dans l’image du voisin ennemi qui motive la fuite dans l’équipement militaire, dans l’autoritarisme étatique et qui permet de légitimer le mal-développement de la région et le maintien des sources de tension et de conflits à tous les égards.

	Evidemment, la question du Sahara est la plus lourde dans ces différends, mais il y a d’autres questions que sont la finalisation des accords frontaliers, la gestion des flux migratoires, l’ouverture des frontières, la gestion de la lutte antiterroriste, la gestion de divers trafics, notamment de contrebande et de drogue, les relations humaines, la question des populations qui ont été déplacées de part et d’autre et lésées dans leurs droits. Il y a énormément de choses à faire et je ne m’avance pas trop loin en arguant que, des deux côtés, il y a eu des crimes contre le Maghreb et il est temps qu’on en finisse.

	Personnellement, j’aurais aimé que le nouveau gouvernement marocain aille dans son intégralité en Algérie et annonce qu’il vient pour traiter l’ensemble des dossiers litigieux ou conflictuels ou en suspens et qu’il y aille avec une obligation de résultat. On ne reste plus, d’un côté comme de l’autre, sur le discours de «nous avons fait de notre mieux et ce sont les autres qui sont des salopards». Je crois que nous n’avons pas d’autre choix que d’avancer.

	Quelque part, je considérerai quand même que nous sommes servis non seulement par le renouvellement relatif du personnel dirigeant au Maroc, mais aussi et surtout par ce printemps de la démocratie qui est en train de s’ébaucher, qui montre que les expédients avec lesquels on a traité la situation jusqu’à maintenant ne suffisent plus et qu’il faut aller à la racine de nos maux pour les traiter. Je pense en particulier à la crise économique internationale, la crise dans chacun de nos pays et la crise sociale qui s’ensuit et qui est appelée très vraisemblablement à s’aggraver de manière radicale pendant les prochains mois ; ce contexte imposera, s’il y a un minimum de sens stratégique, de sens des responsabilités et de sens civique chez nos dirigeants, non pas simplement de se rencontrer, mais de trouver des solutions intégrales, radicales, rapides et convenues communément pour nous sortir de l’impasse dans laquelle nos Etats nous ont placés jusqu’à maintenant.
	
	-L’ouverture des frontières se pose comme une de ces solutions ?

	Clairement. La fermeture des frontières et l’insignifiance des partenariats économiques et des échanges commerciaux sont une contre-performance très grave des Etats marocain et algérien et je crois que l’ouverture très rapide des frontières s’impose. Je ne dis pas que les torts sont d’un côté ou de l’autre, pour moi, ils sont très largement partagés. L’essentiel, ce n’est pas de nous enserrer dans les litiges qui ont été créés par les générations antérieures de dirigeants de nos pays, mais de trouver les solutions qui serviront le futur de nos enfants.

	-Ne pensez-vous pas que c’est le printemps démocratique qui pousse les officiels des deux pays à ce rapprochement ?

	Absolument, je le pense et je l’espère. Je crois que nos dirigeants se complaisaient dans le maintien du statu quo parce qu’il permettait de maintenir leur leadership, de maintenir la barque et de maintenir des intérêts qu’ils servent de part et d’autre des frontières. Je crois qu’aujourd’hui, nos populations ont dit : c’en est assez et il est temps que vous rendiez compte de ce que vous êtes en train de faire ou de ne pas faire pour notre développement. Et qu’il est clair que nous priver de l’unité économique du Maghreb, nous priver de la liberté de circulation des biens, des personnes et des idées, nous priver de la liberté d’expression et de la liberté d’organisation collective, nous priver des opportunités de mutualisation de nos moyens et de nos efforts, sont des crimes qui sont commis par les responsables de nos Etats et il est temps d’y mettre un frein.

	-Pensez-vous qu’il est aussi temps pour la construction d’un Maghreb des peuples en opposition à l’idée de ce Maghreb des dirigeants ?

	Il est plus qu’impératif. Le Maghreb des peuples est quelque chose qui s’impose et va s’imposer de plus en plus, mais qui ne peut pas se construire de manière significative si nous continuons à ne pas avoir des structures d’accueil et d’accompagnement de ce Maghreb des peuples. Si les frontières restent fermées, si les instances maghrébines ne sont pas construites, si des moyens significatifs ne sont pas mis ensemble à tous les égards, que ce soit dans les échanges entre représentations de nos sociétés civiles, de partis politiques, de nos syndicats, de nos universités, de notre recherche scientifique, de notre presse, etc., eh bien, nous allons continuer de végéter. Le Maghreb des peuples restera quelque chose qui miroite dans les yeux de nos concitoyens, mais il n’aura pas d’effectivité tant que nos dirigeants y opposent leur veto.
	 </description>
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           <title>Presse marocaine</title>
           <author>Ghania Lassal </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Mon, 23 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	«Un signal fort». La presse marocaine, à la veille de la visite officielle à Alger de Saâd-Eddine El Othmani, ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, est majoritairement dans l’expectative. 
	Toutefois, l’on s’accorde à dire que cette visite est une étape importante dans les relations entre les deux «frères ennemis». «C’est un signal fort de la volonté des nouveaux dirigeants marocains de normaliser les relations avec le voisin algérien», estime Yabiladi.com, dans un article au titre évocateur : «El Othmani en visite chez Bouteflika pour accélérer le rapprochement». «Ce déplacement vise à consolider le processus de dialogue engagé entre les deux pays pour hisser les relations au niveau des aspirations des deux peuples», est-il poursuivi sur ce site d’information online.

	«La saga de la normalisation et de la réconciliation entre les deux pays entre dans une nouvelle phase», titre Al Alam, un quotidien arabophone proche du parti Istiqlal. La publication rappelle la rupture consommée entre les deux voisins, un froid qui a atteint son paroxysme en 1994, lors de la fermeture de la frontière terrestre. D’ailleurs, «s’achemine-t-on vers un dégel imminent dans les relations entre le Maroc et l’Algérie ?», s’interroge Aufait Maroc. «Cette hypothèse, plusieurs fois évoquée ces derniers temps, se trouve renforcée depuis l’annonce» de cette «première visite officielle à Alger d’un chef de la diplomatie marocaine depuis 1989», d’insister le quotidien.

	Bien plus que les relations bilatérales, c’est, pour d’autres, une question régionale, avec un déplacement qui «s’inscrit dans la dynamique globale de renforcer l’intégration maghrébine». Et si dans les colonnes de la presse du royaume chérifien l’on temporise, il est laissé à d’autres le soin de se réjouir. Et qui de mieux qu’une Algéro-Marocaine pour le faire ? Rachida Dati, ministre française et eurodéputée, n’a pas caché sa satisfaction quant à cette visite «historique». «L’Algérie et le Maroc unis, c’est un Maghreb fort et dynamique», affirme Mme Dati, dont le communiqué a été repris par moult organes de presse marocains.

	Pourtant, cet optimisme n’est pas général et l’on est conscient que les choses ne sont pas aussi simples. Car, comme le souligne Yabladi, «l’inconnue de l’équation reste bien sûr la question du Sahara. De quel génie El Othmani pourra-t-il faire preuve pour obtenir des concessions de la part de ses voisins ?». «Parviendra-t-il toutefois à faire bouger les lignes ? L’avenir le dira», conclut-on.</description>
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           <title>Abdelaziz Rahabi. Diplomate  : «Les Marocains doivent prouver leur bonne volonté»</title>
           <author>Hassan Moali </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Mon, 23 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	-Le ministre marocain des Affaires étrangères arrive aujourd’hui en Algérie, avec pour ordre de mission de déblayer le terrain pour la normalisation des relations entre les deux pays…

	Je pense que cette visite traduit le souhait que le nouveau gouvernement marocain puisse normaliser les relations avec l’Algérie, là où ses prédécesseurs ont échoué à cause d’une attitude inamicale, parfois même belliqueuse. Le changement du gouvernement au Maroc offre, de mon point de vue, une opportunité pour aller de l’avant.

	-Les islamistes marocains sont-ils, d’après vous, plus prédisposés à renouer le dialogue avec l’Algérie que le palais royal ? 

	Ils ont besoin d’écouter les Algériens, ils ont besoin aussi de connaître le dossier parce qu’ils n’ont pas l’expérience de l’exercice du pouvoir. Ils n’ont pas non plus d’expérience dans le traitement des dossiers diplomatiques. Je pense que la question de la réouverture de la frontière est importante pour eux en raison, notamment, des retombées économiques. Ils arrivent dans une conjoncture de crise économique où il y a moins de touristes occidentaux et moins d’investissements, notamment français et espagnols. Les besoins économiques, aussi bien des Marocains que des Tunisiens, déteignent, aujourd’hui, sur leur politique étrangère vis-à-vis de l’Algérie. 

	-Les motivations de cette volonté de réchauffer les relations sont donc essentiellement économiques du côté marocain… 

	Je pense que cette prise de contact est tout de même nécessaire pour un gouvernement qui n’a pas d’expérience dans la gestion des dossiers diplomatiques. Les islamistes ont donc besoin de comprendre.

	-Comment cette visite du MAE marocain est-elle perçue à Alger, surtout qu’elle a été annoncée par la partie marocaine puis confirmée en Algérie ?

	Cela est lié à la communication institutionnelle. On est toujours informé par les autres et pas seulement par les Marocains. Je pense, et c’est mon point de vue, que les Algériens vont encore adopter une attitude historiciste vis-à-vis du Maghreb. Ils sont encore dans l’esprit de la conférence de Tanger (1958). Ceci, alors que les Tunisiens et les Marocains ont une conduite plus pragmatique. Ils développent une démarche d’intégration avec l’Europe et l’Occident et une démarche commerciale avec l’Algérie. Ils savent que l’intégration doit se faire au nord, pas à l’est ni à l’ouest.

	-Faudrait-il alors revoir le paradigme algérien de l’intégration maghrébine ? 

	Oui, elle est irréaliste et archaïque. C’est une approche liée à l’esprit de Tanger alors que celui-ci n’existe plus. Nous sommes dans un monde nouveau, où l’intégration se fait par l’économie.

	-Mais les contentieux entre l’Algérie et le Maroc sont plus politiques qu’économiques…

	Vous savez très bien que les Marocains sont à l’origine du blocage du processus d’intégration. Depuis 1994, le Maroc développe une approche contradictoire en faisant remarquer que le problème du Sahara occidental plombait ce processus. Or – et j’en suis témoin – l’UMA a été fondée en 1989 à Marrakech, donc elle est postérieure à la question sahraouie.
	En 1989, les Marocains disaient que l’intégration maghrébine était un facteur supplémentaire et favorable pour le règlement de cette question. Aujourd’hui, en 2012, ils reviennent à l’esprit de Marrakech, à savoir que les bonnes relations entre l’Algérie et le Maroc pourraient servir de catalyseur au règlement de la question sahraouie.

	-Justement, au Maroc, on semble convaincu que le principal facteur intégrateur serait la réouverture de la frontière…

	Vous savez, l’Algérie est vue avant tout comme un marché.

	-Quels sont ces facteurs qui bloquent cette dynamique d’intégration algéro-marocaine ?

	Les Marocains ne peuvent pas prétendre normaliser les relations avec l’Algérie et, en même temps, voire simultanément, faire exercer des pressions sur l’Algérie par la France et les Etats-Unis, essentiellement sur la question des frontières et sur la question sahraouie. 

	-Il y a aussi ces nombreux Algériens qui ont été spoliés de leurs biens au Maroc…

	Oui, et cela fait globalement du contentieux. Il faut savoir qu’il y a une convention d’établissement entre le Maroc, l’Algérie et la Tunisie qui a été signée en 1963. Cette convention stipule que les citoyens algériens, tunisiens et marocains qui sont établis dans l’un des trois pays sont considérés comme des nationaux. Le roi Hassan II, quand il avait marocanisé les terres, a nationalisé celles des Algériens ; or, c’est en contradiction avec la convention d’établissement qui disposait qu’il fallait les traiter comme des Marocains et non pas comme des étrangers.

	-Comment tout cela va-t-il être réglé alors qu’en face, les Marocains se montrent impatients de retrouver le chemin d’Alger ?

	Ils sont impatients parce que l’éventuelle réouverture de la frontière va apporter un peu d’oxygène à l’économie marocaine. Cela représenterait, selon les experts, à peu près 1% dans la croissance du Maroc. Les Tunisiens ne sont pas aussi pressés parce qu’ils font l’essentiel de leur commerce avec les Libyens.  

	-En tant qu’ancien ministre et diplomate, quelle solution préconisez-vous pour des relations plus apaisées entre le Maroc et l’Algérie ? L’Algérie a-t-elle plus à gagner ou à perdre dans les retrouvailles avec le Maroc ?

	Pour enclencher une dynamique sérieuse et porteuse, il faut que nos amis marocains fassent preuve de bonne volonté. D’abord, une volonté politique sérieuse de régler le problème sahraoui.

	-Il y a aussi l’exigence d’un mea culpa par rapport aux accusations proférées contre les services algériens lors des attentats de 1994…

	Non, non ! Pour les attentats de 1994, ils avaient mis en cause l’armée algérienne puis ils se sont rendu compte que les Algériens n’avaient rien à voir avec ces attentats de Marrakech. Il faut rappeler aussi que c’est Rabat qui avait imposé le visa aux Algériens. Et quand on impose un visa pour un pays en pleine crise sécuritaire, c’est qu’on veut accentuer cette crise.

	-Que peut-on attendre de cette première visite du ministre marocain des Affaires étrangères ?  

	Je pense que ce sont plutôt les Marocains qui attendent beaucoup de cette visite. Ce sera tout de même l’occasion de voir si le nouveau gouvernement marocain a la volonté d’assouplir sa position par rapport à la question sahraouie. Même si, on le sait très bien, ce dossier est piloté directement par le palais royal. Ceci dit, il faut se féliciter de cette visite parce que, par principe, nous devons avoir de bonnes relations avec tout le monde, tout en restant attachés aux fondamentaux de notre politique étrangère.   </description>
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           <title>Abdelkader Messahel : «La réouverture de la frontière n’a pas été évoquée»</title>
           <author>APS </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Mon, 23 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	La question de la réouverture de la frontière algéro-marocaine n’a pas été évoquée ni par la partie algérienne ni par la partie marocaine lors des différentes discussions entre les responsables des deux pays, a indiqué, hier à Alger, le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel, à la veille de la visite en Algérie du MAE marocain. 
	«C’est une question qui n’a pas été évoquée lors des différentes réunions entre les parties algérienne et marocaine», a ajouté M. Messahel dans une rencontre avec la presse, faisant observer que cette question «trouvera sa solution un jour».
	Début janvier, le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, avait déclaré que la fermeture des frontières entre «les deux pays frères n’a jamais été considérée comme une décision définitive», précisant que «le rapprochement qui s’opère depuis plusieurs mois avec le Maroc plaide pour une normalisation des relations à terme avec ce pays».

	M. Messahel a indiqué, par ailleurs, que la visite, lundi et mardi, en Algérie, du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du royaume du Maroc, Saâd-Eddine El Othmani, à l’invitation de son homologue algérien, s’effectue dans le cadre du «renforcement» des relations entre les deux pays ; elle s’inscrit également dans un contexte marqué par des changements dans le monde et à la veille d’une «volonté partagée» de tous les pays de la région de «dynamiser» l’Union du Maghreb arabe (UMA).

	M. Messahel a rappelé qu’une série de visites a été effectuée ces deux dernières années par des ministres des deux pays. «Les réunions sectorielles aboutissent beaucoup plus», a-t-il dit, rappelant qu’en novembre 2011 à Marrakech (Maroc), l’Algérie et le Maroc avaient convenu d’élargir ces visites à plusieurs secteurs. «C’est cette densification qui va donner plus de visibilité aux rapports entre les deux pays», a souligné M. Messahel.

	Le Maroc est le premier partenaire de l’Algérie dans la région et en Afrique en termes d’échanges commerciaux, a-t-il rappelé. La dernière visite d’un ministre marocain des Affaires étrangères en Algérie remonte à 2003. M. Messahel annoncera en outre que la réunion regroupant les ministres des Affaires étrangères de l’UMA se tiendra «probablement» le 17 février 2012 à Rabat (Maroc). L’Algérie a demandé à inscrire les questions sécuritaires à l’ordre du jour de la réunion, a précisé M. Messahel.</description>
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           <title>L’école algérienne s’enfonce dans la médiocrité : Comment en  est-on arrivé là…</title>
           <author>Said Rabia </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 19 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 19 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	L’école, le système éducatif… Tout le monde s’en plaint : les parents, les élèves, les enseignants, les directeurs des établissements scolaires. Mais personne n’ose le crier tout haut. 
	Tout bas, tous les acteurs de la vie éducative sont scandalisés. Un enseignant d’Alger est allé jusqu’à dire que «ce qui se fait actuellement au niveau de l’école s’apparente à un véritable plan de destruction, un plan de sape établi pour abrutir nos enfants». Les dysfonctionnements sautent aux yeux. A commencer par le préscolaire. Il n’est dit nulle part que cet enseignement est obligatoire.
	Censé être généralisé pour les enfants dont l’âge varie entre trois ans et six ans, l’enseignement préscolaire ne se résume en fait qu’à l’année préparatoire. Et encore ! Des milliers d’élèves n’y ont pas encore droit. Du coup, on assiste à une école à deux vitesses. Des enseignants, on ne sait pour quelle raison, ne prennent pas en considération cette situation et dispensent des programmes qui font fi des besoins de ceux qui n’ont jamais fait d’année préparatoire. Et ce n’est un secret pour personne aujourd’hui, le secteur de l’éducation ne dispose ni de structures pouvant accueillir les élèves ni de formateurs, en quantité et en qualité, pour dispenser l’enseignement préscolaire.

	La première faille se situe donc incontestablement à ce niveau. Devant une situation aussi préjudiciable pour les élèves, les responsables du secteur semblent adopter la politique de l’autruche. Ce n’est pas l’unique problématique que pose l’enseignement en Algérie : méthode et contenus. La stratégie de l’enseignement et de l’éducation nationale est un véritable ovni (objet volant non identifié). On a tout essayé. L’école algérienne est devenue un interminable laboratoire où l’on a tenté plusieurs expériences sans en réussir aucune. La dernière en date c’est évidemment la méthode dite «approche par les compétences».
	Un enseignant du secondaire, nouvellement recruté, avoue ne rien connaître de cette approche. Un autre, rencontré à Alger, critique les programmes confectionnés par la tutelle et souligne toute la difficulté de les transmettre aux élèves.

	Les différentes réformes, menées depuis presque deux décennies, de l’avis de beaucoup d’observateurs et de spécialistes de la question, ont conduit des générations droit dans le mur. Des parents d’élèves n’arrivent pas à donner un sens à la charge de travail à laquelle sont soumis leurs enfants, et encore moins à la nouvelle méthode d’enseignement.
	Certains que nous avons rencontrés, ceux qui ont leurs enfants dans le primaire, se plaignent du fait qu’ils se retrouvent à refaire les cours dans la soirée. Une parente d’élève en a par-dessus la tête. Elle dénonce le volume des programmes et le nombre incalculable de devoirs qu’on donne à son fils à la maison.
	A ce rythme, les enfants ne peuvent qu’être saturés et détesteront à coup sûr une école qui les fatigue. Pour les érudits, cela s’appellerait l’approche par compétences (APC), qui oblige l’apprenant – on ne parle plus d’élève font remarquer des spécialistes – à apprendre de lui-même.

	La méthode est née aux Etats-Unis avant d’être adoptée, quelques années après, dans certains pays européens. Et beaucoup parmi ces derniers l’ont limitée au stade expérimental, sinon cantonnée dans le secteur de la formation professionnelle avant de l’abandonner tout simplement. En Algérie, elle a été généralisée au premier coup d’essai. L’échec est patent. Au-delà même de cette histoire de méthode, le constat est sans appel : la qualité de l’enseignement laisse à désirer.
	Les élèves sortent de l’école avec de sérieux handicaps de langues, des analphabètes trilingues, comme on les désigne, et avec de sérieux manques dans beaucoup de matières.
	Les statistiques présentées par des syndicats indiquent qu’à l’issue des examens du premier trimestre de l’année en cours, les résultats dans les matières scientifiques, les mathématiques et la physique sont catastrophiques. Un ancien enseignant à Alger soutient que la méthode globale, au lieu de l’ancienne approche dite méthode syllabique, adoptée pour l’enseignement des langues, est en décalage avec nos réalités sociales. Cela est valable pour les langues nationales et les langues étrangères.

	
	Quand la régressionobéit à une politique !

	 

	Un autre enseignant évoque, lui, la méthode mixte. Un troisième affirme qu’en réalité aucune méthode n’est maîtrisée et lance avec beaucoup d’ironie que celle qui est en vigueur s’appelle «la méthode débrouille-toi !». Un prof de physique dans un lycée à Tizi Ouzou questionné sur la méthode de l’approche par les compétences pour savoir si elle constituait un problème pour l’enseignement, a répondu : «Ce n’est pas un problème de méthode mais de compétences.» Selon lui, «les enseignants en général sont issus de cette pseudo école qui a échoué». Il explique : «La méthode se résume à ne pas dispenser des cours comme avant, elle suppose que les parents sont instruits, qu’ils sont connectés à Internet et que les élèves peuvent faire eux-mêmes de la recherche.» A la question de savoir si cette manière d’enseigner colle à notre réalité, l’enseignant de physique soutient : «Bien évidemment non pour la majorité des élèves. La raison est que ces derniers doivent apprendre d’eux-mêmes.» En ont-ils les moyens ?

	Ce n’est pas évident. En 2008, lorsque le ministère s’apprêtait à appliquer cette approche au niveau du secondaire, les lycéens sont sortis dans la rue. Le département de Benbouzid a été obligé de calmer le jeu en répondant favorablement à leurs doléances. Leurs ardeurs calmées, le ministère revient à la charge et c’est elle qui est en vigueur dans nos écoles. Pour ce qui est de l’enseignement des langues, notre interlocuteur trouve logique que les élèves n’aient la maîtrise que de la langue arabe, en raison du volume horaire qui lui est consacré. L’enseignement des langues étrangères n’est en réalité qu’accessoire. La preuve, dans plusieurs wilayas, le département de Benbouzid n’a pas encore, à l’entame du deuxième trimestre, pourvu des milliers d’élèves d’enseignants de français. On n’est pas, en effet, au premier dysfonctionnement du système éducatif. Des enseignants du primaire, préférant garder l’anonymat, parlent carrément de contradictions, même entre le manuel scolaire et les programmes qu’on leur demande.

	C’est le cas par exemple pour les maths en troisième année primaire. Plus que cela, et de l’avis de beaucoup d’enseignants avec qui nous nous sommes entretenus, «les cours de langue arabe, plus précisément ceux concernant la grammaire, sont de plus en plus compliqués pour le cerveau d’un petit enfant. On sert aux écoliers des cours qu’ils ne sont censés maîtriser logiquement qu’après avoir appris certaines règles grammaticales». Même les responsables des établissements scolaires n’y comprennent pas grand-chose.
	Dans l’anonymat, ils dénoncent cet état de fait, mais ils se réservent le droit de le dire publiquement. L’année dernière, beaucoup a été dit sur l’allègement des programmes. Le ministère de l’Education a fait d’incroyables promesses. Mais c’était beaucoup plus pour faire taire les parents d’élèves qui se plaignaient de la charge des programmes et de la lourdeur du cartable. En fin de compte, ce n’est que de l’esbroufe. On a diminué un quart d’heure de chaque cours.

	Ce qui fait que les élèves sont libres à partir de 14h30. Mais pour faire quoi en fait ? Rien jusqu’à 15h30. Le ministre a parlé d’activités périscolaires, comme le dessin, le sport et la musique, mais dans certains établissements scolaires d’Alger, l’on a fait appel à la contribution des parents d’élèves. Les salaires des enseignants sont bien évidemment assurés par ces derniers. Et à défaut, il y a des écoles où les enseignants chargés du préscolaire font carrément du gardiennage. La situation de l’école est catastrophique.
	Et nous avons l’impression que ce n’est pas seulement à cause de l’incompétence, mais cela semble relever d’une volonté d’installer l’école définitivement dans la régression. Il suffit de prendre un exemple frappant concernant les études de médecine et d’autres filières scientifiques : il n’y a aucun système d’enseignement dans le monde où l’élève jusqu’à l’obtention du bac suit un cursus totalement arabisé, et ensuite se voit obligé de faire des études supérieures en langue étrangère. </description>
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           <title>Généralisée en Algérie, décriée partout</title>
           <author>Said Rabia </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 19 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Un curriculum vitae (CV) riche de quatre pages et un pedigree à faire pâlir le plus érudit des experts. Il s’agit de celui qui a fait la promotion de l’approche par les compétences (APC) en cours dans l’enseignement en Algérie. 
	On peut dire que c’est lui qui a vendu la nouvelle méthode d’enseignement aux responsables algériens. Il s’agit  de Xavier Roegiers, professeur à l’université catholique de Louvain-la-Neuve, en Belgique, et directeur du Bureau d’ingénierie en éducation et en formation (BIEF). Selon son CV, «il est spécialiste de l’accompagnement des systèmes éducatifs en matière de curricula, d’évaluation des acquis et de manuels scolaires, en particulier en termes de compétences. Son expertise est reconnue par les grandes organisations internationales qui se préoccupent du développement de l’éducation à travers le monde, comme l’Agence intergouvernementale de la francophonie, l’Unicef, la Banque mondiale, l’Unesco ou encore l’Union européenne».

	Des sources bien au fait de la situation affirment que les responsables algériens l’ont suivi aveuglément. Xavier Roegiers a séjourné plusieurs fois dans le pays, au milieu des années 2000. Il a donné des formations dont on retrouve la trace dans son CV : «Formation au pilotage d’une réforme des membres du comité de la réforme éducative en termes de compétences. Formation des concepteurs des programmes de l’enseignement primaire en termes de compétences. Formation de concepteurs et d’évaluateurs de manuels scolaires en termes de compétences.»
	Seulement, l’approche en question n’a pas eu longue vie dans le monde. Hormis une vingtaine de pays, exclusivement francophones, où elle a été appliquée dans les systèmes éducatifs, aucun autre ne s’en est inspiré. La plupart l’ont mise en œuvre, disent plusieurs experts, mais seulement à titre expérimental.

	En Algérie, elle a été généralisée dès le départ. L’APC a été très critiquée dans tous les pays où elle a été essayée. Pour certains, c’est «une mystification pédagogique», pour d’autres c’est «un concept flou».  Selon une étude réalisée par Gerald Boutin, professeur de sciences de l’éducation à l’université du Québec à Montréal (UQAM), «au Québec, lors de la tenue de la Commission des états généraux sur la situation de la langue française, plusieurs linguistes et professeurs d’université ont exprimé leur inquiétude sur la façon dont le nouveau programme de français, basé avant tout sur la notion de compétences, négligeait l’acquisition des connaissances.» D’après lui, «curieusement, on trouve encore peu de textes critiques concernant l’APC dans le monde de la francophonie, alors que les Australiens, les Britanniques et les Américains, dont la longue pratique de l’approche par les compétences remonte aux années 1970, émettent à son endroit de nombreuses objections et réticences».

	«L’APC, même dans sa version la plus récente de la pédagogie des résultats attendus (Out-Come Based Education), ne semble pas, et de loin, être la panacée tant attendue dans le domaine de l’éducation.» «Elle n’a pas réussi à ‘‘assurer le succès de tous’’, pour reprendre un slogan à la mode», dit-il en faisant remarquer qu’«il ne se passe pas un mois sans que les journaux spécialisés fassent allusion aux limites d’une telle démarche». Jean-Claude Michea, pédagogue, a écrit un brûlot sur le sujet, en 1999 : L’enseignement de l’ignorance. Dans ce livre, il a établi un rapport très net entre la logique libérale et l’APC.
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           <title>La réforme qui a accouché d’une souris</title>
           <author>Said Rabia </author>
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           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 19 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	N’ayons pas peur des mots : la situation de l’école algérienne est catastrophique. On est peut-être loin d’évaluer le sinistre, mais tous les spécialistes le disent aujourd’hui. 
	Les satisfecit officiels cachent mal un malaise visible au quotidien. Les réformes, dont le ministre, Boubekeur Benbouzid, en place depuis plusieurs années, vante la réussite, ne semblent pas avoir donné de résultats. Au contraire, l’école est confrontée à la dure réalité de la régression. Le dossier a été pourtant l’une des priorités du président Abdelaziz Bouteflika, à l’orée de son premier mandat en 1999. La commission Benzaghou a travaillé durement pendant plusieurs mois pour remettre un rapport exhaustif sur l’école algérienne et les réformes qui devaient être conduites. Plusieurs années plus tard, le document a fini dans les tiroirs. Ce qu’on a pris des recommandations de la commission de réforme a été, selon des sources au fait du dossier, trituré et changé pour aboutir à l’aggravation du marasme dans lequel se débat le système éducatif.

	Les contenus ont été maintenus dans une «idéologisation» accentuée de l’école, où logiquement doit primer le rationalisme. Difficile de croire donc les satisfecit que sert le ministre de l’Education. On en trouve d’ailleurs à s’en gaver dans cette préface d’une publication dédiée par l’Unesco en 2005 à La refonte de la pédagogie en Algérie, défis et enjeux d’une société en mutation. L’évocation pompeuse de la nécessité d’ancrer les valeurs de la démocratie républicaine et citoyenne et la culture des droits de l’homme au sein de l’école algérienne est une insoutenable tromperie sur la marchandise. Boubekeur Benbouzid se complaît à transfigurer tout simplement la réalité d’une école que le défunt Mohamed Boudiaf avait qualifiée, à juste titre d’ailleurs, de sinistrée. Comme les taux exagérés de réussite aux examens du bac et du BEM, le discours officiel sert à édulcorer une situation qui, comme tout le monde le sait, est grave. Une incroyable fuite en avant qui enfonce encore plus l’école dans sa médiocrité. Jusqu’à quand continuera-t-on à cacher la déliquescence de l’école ? Depuis 1995, on ne cesse de lancer, chaque année, des chiffres qui n’ont jamais été démentis par le ministère de l’Education : une déperdition de 500 000 élèves éjectés du système scolaire. Plus de 40 000 cas de violence (0,50%) entre les élèves tous niveaux confondus ont été recensés en 2010, a révélé, à Alger, Mme Latifa Remki, directrice des activités culturelles et sportives et de l’action sociale au ministère de l’Education nationale.

	Par ailleurs, selon une étude diligentée par l’Union des associations des parents d’élèves, (elle concerne 17 wilayas), la majorité des enfants scolarisés dans les trois paliers, primaire, moyen et secondaire, ont obtenu des résultats «catastrophiques» en mathématiques, en physique et en langues étrangères. La même source a indiqué à El Watan dans son édition du 20 décembre dernier que plus «de 70% des élèves n’ont pas obtenu la moyenne de 10 sur 20 dans les épreuves de français et d’anglais ». «Les résultats sont encore plus inquiétants concernant les maths et la physique : plus de 80% des élèves ont eu moins de 10 dans ces deux matières scientifiques.» Voilà des statistiques qui donnent froid dans le dos et qui logiquement devraient interpeller les hauts responsables du pays. Mais cela semble ne pas être l’urgence de l’heure. A entendre le ministre parler de e-éducation, on a l’impression qu’il est sur une autre planète, alors que l’école algérienne se débat dans un marasme indescriptible. C’est bien beau d’équiper les écoles de l’outil informatique, mais ce serait mieux de lancer urgemment un véritable débat pour trouver une réponse aux questions de fond.  
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           <title>Les élèves insistent, les éducateurs mettent en garde</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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           <pubDate>Thu, 19 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Les candidats au baccalauréat revendiquent, depuis trois ans, l’allègement des programmes. En vain. 
	La grève des lycéens de 3eAS se poursuit et se propage. Il n’y a pas de chiffres officiels taux de suivi de cette grève. Mais à l’ouest d’Alger, les lycéens, qui ont organisé une marche avant-hier vers l’annexe du ministère de l’Education nationale, poursuivent leur grève. D’autres lycéens ont intégré le mouvement, attirés surtout par la nature de la revendication des grévistes, à savoir la limitation des cours à réviser pour l’examen du baccalauréat. Cela fait trois années consécutives que les candidats au baccalauréat demandent la limitation des cours programmés à l’examen. «Les programmes sont surchargés. Nous ne pouvons pas réviser tous les cours», affirment ces élèves. De plus, «nous voulons la limitation des cours comme cela a été fait l’année dernière», réclame un lycéen.

	Les élèves de terminale sont-ils punis lorsqu’ils sont évalués sur l’ensemble du programme ? C’est en tout cas ce qui ressort de leurs discussions. Ils utilisent le téléphone portable et le réseau social facebook pour se mobiliser : «La limitation des cours facilite les révisions, voire la réussite au bac.» Mais à quoi sert l’enseignement des cours qui ne sont pas concernés par l’évaluation ? N’est-ce pas un motif de négligence à la fois pour les enseignants et les élèves ? D’autant plus que les élèves, cette année, demandent la limitation des cours très tôt.

	«Chaque matière contient un ensemble de connaissances. Juger les élèves sur 50% du programme est une fausse évaluation», analyse Idir Achour, porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA). Ce dernier met en garde sur le fait qu’«un taux de réussite à l’examen du bac est un taux d’échec en première année universitaire. La limitation des cours est la remise en cause des connaissances».
	Sur le terrain des spécialistes de l’éducation essayent de convaincre les élèves de l’utilité de l’ensemble du programme, tandis que les parents restent indifférents. «Des inspecteurs nous ont expliqué que tous les cours sont importants pour nous. Mais on insiste sur cette limitation», continue à revendiquer un lycéen de la banlieue d’Alger. Les spécialistes tiennent à chaque fois à dénoncer la surcharge des programmes, comme ils appellent à la révision de la réforme mise en place.

	«Le problème doit être pris en charge par le ministère de l’Education nationale. Il est temps de faire l’évaluation des réformes», demande Idir Achour. Ce syndicaliste dénonce l’emprise de l’aspect idéologique sur l’aspect pédagogique : «Il y a la dominance de la gestion administrative sur la gestion pédagogique des problèmes. Les rapports des inspecteurs ne sont toujours pas pris en considération.» Et de préciser : «L’année scolaire est gérée en termes de mois, alors qu’il faut la gérer en termes d’heures pour chaque matière.» «Le ministre veut écourter l’année scolaire pour permettre la préparation des élections prévues au mois de mai», conclut-il. </description>
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           <title>«Si rien n’est fait, dans cinq ans ce sera plus grave»</title>
           <author>Said Rabia </author>
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           <pubDate>Thu, 19 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	C’est la faute à l’explosion démographique. En plus, il suffit de voir le taux de l’analphabétisme à l’indépendance : il y avait 85% d’analphabètes. Cela veut dire qu’il n’y avait que 15% d’Algériens qui étaient alphabétisés 
	- Monsieur Bourouina, vous qui avez été pendant longtemps cadre dans le secteur de l’éducation, que pensez-vous de l’école algérienne d’aujourd’hui, de ses insuffisances et de ses points positifs s’il y en a ?

	Vous savez, l’artisan du succès de la mission de l’école est l’enseignant. Le problème central dont souffre l’école algérienne est lié à l’encadrement. C’est un problème qui n’est pas lié aux aspects quantitatifs. La question est réglée avec la démocratisation de l’enseignement et avec la multiplication des centres universitaires sur l’ensemble du territoire. Quant à la qualité, aussi bien en ce qui concerne la qualification académique, c’est-à-dire la maîtrise des disciplines enseignées, qu’en ce qui concerne l’art de former, la situation n’est pas bonne. Enseigner est un métier, un véritable métier. Et nos enseignants manquent de professionnalisation et de professionnalisme.

	 

	- A votre avis, à quoi cette situation est-elle due ? Est-ce la faute aux enseignants ? Est-ce la faute des responsables en charge de l’éducation nationale ?

	Ce n’est la faute à personne, ce n’est ni celle des autorités ni celle des enseignants.

	
	
	- C’est la faute à qui, alors ?

	A l’explosion démographique. En plus, il suffit de voir le taux de l’analphabétisme à l’indépendance : il y avait 85% d’analphabètes. Cela veut dire qu’il n’y avait que 15% d’Algériens qui étaient alphabétisés. Au lendemain de l’indépendance, les statistiques montraient que le nombre d’élèves, à cette époque-là, était de 860 000. Nous en sommes à plus de 8 millions. Il y a eu des efforts des politiques publiques en direction de l’éducation. On ne peut pas leur reprocher de ne pas avoir construit suffisamment.  

	
	- Alors, à quoi est dû l’échec de l’école ?

	C’est une question de formation des enseignants. On a souvent cru qu’en élevant le niveau de qualification, on améliorait la qualité de l’enseignement dispensé. C’est faux. C’est quelqu’un qui a passé 46 ans dans l’éducation qui vous le dit. On a vu des moniteurs, au lendemain de l’indépendance, avec le niveau de certificat d’études, recrutés et formés «à la cocotte-minute», mis dans les classes en face d’effectifs pléthoriques, 45 à 50 élèves. Ils se sont débrouillés et ont formé des générations.  

	
	
	- Pourquoi en est-on arrivé là ?

	Le problème est que l’on a considéré, pendant très longtemps, certains jusqu’à présent, que la qualification universitaire suffisait. Le licencié a encore besoin de formation, d’adaptation au poste de travail, de formation initiale au métier d’enseigner. Les enseignants sont recrutés par voie de concours.

	
	
	- Justement, l’école n’est-elle pas victime de cette politique ?

	C’est l’évolution du système qui a voulu cela. La formation des enseignants, en Algérie, a fluctué depuis le système de l’école normale qui existait à l’époque coloniale et dont nous avons hérité à l’indépendance. Nous l’avons développé en y adjoignant des écoles normales d’instructeurs. A l’époque, il n’y avait pas de bacheliers. On prenait des élèves avec le niveau du BEPC de cette période ou avec le brevet élémentaire, on les formait dans ces écoles pour leur donner le savoir-faire, comment enseigner, comment établir la relation maître-élève, comment gérer la pratique de la classe, comment préparer ses cours, comment les planifier sur un trimestre, sur toute l’année. Tout cela s’apprend ! Disons que l’enseignant à qui l’on remet une affection, aujourd’hui, pour qu’il rejoigne une école, ne sait pas tout cela. Cependant, il y a des wilayas ou des régions, où était déjà implantée une école normale, et là où il y en avait une, il y a forcément un noyau de pédagogues et une tradition de formation des enseignants.  

	
	 
	- Donc, pour vous, le problème central est l’enseignant ?

	Je vous le redis encore une fois, le problème central, le problème vital est celui de l’enseignant. C’est celui de la formation professionnelle de l’enseignant. La formation pédagogique de l’enseignant. L’inculcation des savoir-faire élémentaires qu’il ne maîtrise pas.  

	
	
	- La question des programmes chargés revient à chaque fois ; elle est considérée comme étant l’une des raisons de l’échec scolaire…

	Il n’y a pas de programmes légers et il n’y a pas de programmes trop chargés. Les programmes ne font que recenser l’ensemble des connaissances que les élèves sont censés maîtriser au cours d’un cycle d’études déterminé, que ce soit une année scolaire ou un niveau d’enseignement. On ne peut pas parler de la charge des contenus qui sont universels. Prenez les programmes des mathématiques et comparez-les à ceux de l’ensemble des pays de la planète, vous allez trouver que ce sont les mêmes programmes. Là, c’est du point de vue notionnel. La différence est dans la présentation et dans l’orientation méthodologique.

	
	
	- Une question sur l’enseignement en général et celui des langues en particulier : l’enseignement élémentaire, lire, écrire et compter, l’école éprouve du mal à accomplir cette tâche…

	Lire, écrire et compter sont les fondamentaux de l’éducation.
	
	Pour l’apprentissage des langues, les résultats, comme vous le savez, sont catastrophiques. Serait-ce un problème d’approche ?
	Au niveau de la commission nationale des programmes, ils ont adopté l’approche par les compétences. Pour les langues c’est très simple : il y a quatre compétences qu’on ne cesse de développer depuis la première année primaire jusqu’au baccalauréat et, plus encore, jusqu’à la licence de langue. On ne fait que continuer à développer ces quatre compétences.
	La première est d’avoir la capacité d’entendre et de comprendre un message, une information. La deuxième, c’est la capacité de lire et de comprendre. Ces deux compétences sont passives parce que vous n’avez pas d’effort à fournir pour entendre. Le son vient à votre oreille. Les deux autres, qui sont actives, c’est parler et se faire comprendre, écrire et se faire comprendre. Les programmes sont basés sur ces quatre compétences ; l’entraînement en classe est bâti sur celles-ci. Sauf si l’enseignant n’a pas conscience du fait que l’architecture de son programme repose sur ces quatre piliers.

	
	
	- Si ce n’est ni la méthode d’enseignement ni les programmes qui posent problème, c’est quoi alors ?

	Là il y a une incompréhension. Si vous parlez de la méthode tracée par la commission nationale des programmes c’est une chose, si vous me parlez de la méthode d’enseigner, c’est une autre chose.

	
	
	- Il y a une différence ?

	Bien sûr qu’il y a une différence. On dit à l’enseignant comment il faut faire, il essaie de s’imprégner de ce « comment il faut faire » et il l’applique. A quel degré a-t-il compris ? A quel degré est-il capable de respecter les consignes ? C’est une autre histoire. C’est pour cette raison que je dis que le point focal du succès ou de l’échec d’un système éducatif, c’est la formation de l’enseignant. Si on avait formé l’enseignant à l’art d’enseigner, s’il avait été quelque peu initié grâce à un contact avec une autorité pédagogique, avec un inspecteur, un ancien collègue, il n’y aurait pas de dégâts, même s’il n’est pas très efficace. Malheureusement, nous avons des gens qui font des dégâts parce qu’ils n’ont jamais été initiés à la manière de conduire une classe.

	Je comprends les parents d’élèves, ceux qui se plaignent de la manière dont réagissent leurs enfants à leur contact avec l’école. Le premier contact, en première année. Les élèves qui ont fait le préscolaire, à la rigueur, arrivent à suivre, les autres moins. Un enseignement préscolaire auquel des pays comme le nôtre n’accordent pas une grande importance. Des études scientifiques démontrent que les enfants qui ont fait le préscolaire, qui ont bénéficié d’activités d’éveil dès la première enfance, c’est-à-dire entre trois et six ans, sont ceux qui réussissent le plus dans leurs études ultérieures, y compris les études universitaires. On se dit : comment cela est-il possible ? Il y a l’effet cumulatif.  Encore mieux : un prix Nobel d’économie a dit que la participation aux programmes d’éveil et d’éducation dans la petite enfance contribuent à diminuer la criminalité dans le monde adulte.   

	
	
	- Pourquoi le préscolaire n’est-il pas obligatoire chez nous ?   

	Il me semble que c’est en raison des incidences financières de cet enseignement.

	
	
	- Mais il y a une sorte d’école à deux vitesses…  

	Vous savez, il faut que le feu vert soit donné par la puissance publique (l’Etat, le gouvernement). La loi est claire à ce sujet : elle définit l’éducation préscolaire et prévoit que l’éducation préparatoire, c’est-à-dire la dernière année du préscolaire, de 5 ans à 6 ans, soit généralisée progressivement. En principe, on devrait la voir concrétisée d’après la programmation du ministère de l’Education nationale. Mais ce n’est pas le cas. Aussi faut-il comprendre que le ministère ne peut défoncer un portail blindé lorsqu’au niveau de la puissance publique, on dit : «On ne peut pas». En vérité, on ne sait pas quoi faire de nos richesses. Cet enseignement n’est pas encore généralisé ; ce qui se fait actuellement est insuffisant parce qu’on ne s’intéresse qu’à la troisième année préparatoire. Voilà une faille qu’un ministère seul ne peut pas régler.

	
	 
	- Revenons à la méthode d’approche par les compétences qui est aujourd’hui en vigueur dans l’enseignement ; elle est critiquée dans les pays mêmes où elle a été initiée… Pour ses détracteurs, cette méthode néglige les savoirs et les connaissances. Comment a-t-on pensé à en faire usage dans l’école algérienne ?

	Beaucoup critiquée même. Il y a des effets de mode. Quand ils ont appris qu’une nouvelle approche avait été mise au point, ils s’y sont agrippés tout de suite. On a encensé cette méthode et on a cru trouver la clé pour résoudre tous les problèmes de l’Algérie. La gestation a commencé au début des années 2000. En 2003, il y a eu la première mise en œuvre des programmes de la première année primaire et de la première année moyenne avec l’approche par les compétences. Et chaque année, on avançait dans la mise en place des nouveaux programmes basés sur l’approche par les compétences. Les partisans de cette approche, en Occident, avaient déjà réussi à l’implanter dans un certain nombre de pays africains. Et lorsqu’ils l’ont fait au Maroc et en Tunisie, les Algériens ont dû se dire pourquoi pas nous aussi. Normalement, même en s’y engageant, ce n’est pas catastrophique parce que les méthodes évoluent. Et quelle que soit l’évolution, on retrouve la trame. Chez nous, ceux qui ont mis en œuvre cette méthode ont coupé la trame en disant qu’avec l’approche par les objectifs, on était à côté de la plaque ! Et puis, le mot compétent est un mot magique. Même les parents d’élèves étaient séduits par l’approche. Il n’y aura pas d’échec. L’approche par les compétences a été conçue par Noël Chomsky, un sociolinguiste du Massachusetts Institute of Technology. C’est lui qui a mis au point la dichotomie en linguistique, la dichotomie compétence-performance. Ceux qui se sont embarqués sur ce modèle pour faire l’approche par les compétences à des fins d’enseignement ou de formation se sont dit c’est formidable : d’un côté on a la compétence, de l’autre on a la performance, donc on va augmenter la productivité et le rendement des usines ! Ce sont donc les Etats-Unis qui ont été les premiers à transposer l’approche par les compétences dans le domaine de l’enseignement. Mais, très pragmatiques, ils ne l’ont expérimentée que dans un nombre réduit de classes avec un nombre limité d’élèves. Après évaluation, les résultats ont été significatifs : ceux qui étaient censés devenir compétents étaient les moins capables. Le verdict n’a pas tardé à tomber : au bout d’un certain temps, les Américains ont abandonné cette méthode. Chez nous, on s’est précipité à l’appliquer et à la généraliser dès le début. On ne peut pas parler de compétences si, au préalable, il n’y a pas les connaissances.   

	
	 
	- Mais a-t-on conscience des résultats que cela donne ? Certains craignent l’existence d’un plan diabolique pour détruire l’école…

	Effectivement. Personne n’a été formé à l’approche par les compétences. Les inspecteurs qui n’ont été formés à aucune approche, eux aussi, disent aux enseignants : faites comme vous savez faire. Le fond du problème est que les enseignants sont recrutés directement par voie de concours. Si c’est une politique délibérée, il est évident qu’elle vise à former des abrutis. Mais je ne le pense pas. C’est un dysfonctionnement qui a existé dans l’histoire du système éducatif algérien en matière de formation des enseignants. Les ITE n’existent plus. La formation des enseignants est déterminante pour l’efficacité du système éducatif ; elle en est la pierre angulaire. On a pensé que le niveau allait être relevé avec le niveau de qualification. Quand on parle de pédagogie, on vous répond : épargnez-nous votre philosophie ! C’est là le langage tenu à l’éducation et c’est la raison qui a fait qu’on est arrivé à ce point presque de non-retour. Ce ne sont pas les mathématiques ou les langues qu’il faut leur enseigner ; il faut leur inculquer comment enseigner les mathématiques et les langues.

	
	
	- Mais dans le cas ou à l’origine déjà, il n’y avait pas de maîtrise de ces matières…

	C’est kafkaïen. C’est absurde.
	
	On dit que les enseignants qui arrivent dans les écoles, aujourd’hui, appartiennent en partie à cette même école qui a échoué…   
	Il y a toujours ceux qui appartiennent à l’ancienne génération. Mais effectivement, ils commencent à arriver. Je vais vous dire, avec le système LMD, si rien n’est fait pour la formation des enseignants, dans cinq ans la situation sera plus grave.  

	
	 
	- Quelle est la solution à la problématique de l’école algérienne, à votre avis ?

	C’est de faire un vaste programme de formation pour les enseignants en cours d’emploi. De mettre en place un dispositif de formation en cours d’emploi – obligatoire et non pas optionnel – pour l’enseignant afin qu’il soit efficace dans sa classe.</description>
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           <title>Est-ce que nous sommes toujours indépendants ?</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 19 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Un général algérien, ancien officier de l’Armée de libération nationale, ancien ministre de la Défense d’un gouvernement algérien, est convoqué par un procureur suisse comme un vulgaire ressortissant suspecté d’avoir torturé ses concitoyens. 
	N’importe quel Algérien, quels que soient ses choix politiques ou ses penchants idéologiques, ne peut qu’être choqué de voir un serviteur de notre Etat traité de la sorte. Depuis 1962 l’Algérie, après 130 ans de souffrances et au prix de sacrifices immenses, est indépendante et souveraine. L’Etat, qui en est l’expression majeure malgré ses faiblesses, ses injustices et même ses crimes, si crime il y a, ne peut être jugé que par le peuple algérien, à travers une juridiction de citoyens algériens, même si pour cela il faut recourir à la révolution.
	Le général Nezzar, à l’instar de l’immense majorité de nos militaires, est un soldat d’honneur et de bravoure. Il n’a jamais levé la main sur un simple djoundi parce que le règlement l’interdit. Je rappelle qu’il a fait partie, pendant que d’autres se posaient encore des questions, de ces milliers de jeunes Algériens qui ont abandonné le confort et la sécurité des études et des carrières pour se jeter dans le combat libérateur avec la mort au bout.

	Ainsi a-t-il pris l’engagement irréversible pour que jamais un étranger, quelle que soit sa sincérité ou sa motivation humanitaire, ne se permette de juger un Algérien pour des faits non avérés et qui se seraient déroulés sur le territoire national. Ceci d’autant que certaines ONG et juridictions de pays dits de liberté et de démocratie ne sont pas toujours au dessus de tout soupçon. Car dès lors qu’il s’agit d’«inculpé» étranger, leur justice fonctionne souvent à deux vitesses et se prête aisément à légitimer le droit d’ingérence dans nos pays pour des buts inavoués.  J’ai fait le serment à mes nombreux compagnons qui sont tombés au champ d’honneur de dénoncer et de combattre jusqu’à mon dernier souffle tout Algérien qui concède la moindre parcelle de notre souveraineté et qui donne procuration à une ONG ou autre juridiction pour juger mon pays ou un citoyen de mon pays. D’autres diront que cela s’appelle du nationalisme primaire. Si tel est le cas, alors je me trompe depuis 1956 et, plus grave, plus d’un million de mes compatriotes sont morts par erreur.
	Snoussi Hocine, Colonel à la retraite</description>
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           <title>Peut-il y avoir quatre millions de nouveaux électeurs ?</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 12 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 12 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	Le nombre d’Algériens nés entre 1991 et 1994 dépasse seulement, en 2012, les 2 millions à raison d’une moyenne de 700 000 naissances au cours de ces années. D’où vient le chiffre de 4 millions avancé par le ministère de l’Intérieur ? Les différentes commissions de contrôle des élections n’ont jamais eu droit de regard sur la confection du fichier électoral. 
	Azzedine est originaire d’un quartier populaire situé sur les hauteurs d’Alger. Lors de la présidentielle de 2009, il avait opté pour l’abstention. Ce geste est pour lui un acte politique exprimant sa désapprobation. Son père a, en revanche, voté. Inscrit sur la liste électorale de la commune d’El Biar, le patriarche de la famille était le seul à avoir donné une voix à un candidat en lice. Sauf que le père de Azzedine est décédé bien avant le jour du scrutin. «Un voisin, agent dans un bureau de vote, m’a appelé pour me dire que mon père a déposé un bulletin dans l’urne», témoigne-t-il. C’est un cas parmi tant d’autres, qui illustre que le fichier électoral n’est pas fiable, comme le prétendent les responsables du ministère de l’Intérieur. 

	Le fichier électoral, qui comporte les noms des Algériens âgés de plus de 18 ans et aptes à voter, nécessite, de l’avis de nombreux observateurs, une épuration. Cette banque de données est, pour des partis de l’opposition, un moyen de manipuler les chiffres. Ils estiment que l’administration a tendance à gonfler le taux de participation et des suffrages exprimés à partir des listes. L’opposition n’hésite pas à qualifier le fichier électoral de véritable enjeu pour tracer le déroulement d’une élection, afin d’accorder la victoire au candidat désigné par le conglomérat militaire ou à des députés proches du sérail. D’après le politologue Rachid Grim, «l’administration n’est pas neutre et elle est aux ordres du régime en place». Il n’écarte par l’idée selon laquelle «c’est le pouvoir qui, grâce aux élections, fait siéger l’opposition choisie par le pouvoir».

	
	Qu’est-ce qu’une révision du fichier électoral ?

	
	La révision ordinaire du fichier électoral «est réalisée du 1er au 30 octobre de chaque année», explique le président de l’APC de Dar El Beïda, Lyes Gamgani. Entre temps, une commission, qui se consacre à l’examen des listes électorales, est mise en place ; elle est présidée par un magistrat, accompagné de représentants de la wilaya et de l’APC. Par la suite, et cela depuis 2009, «les recours sont étudiés et les procès-verbaux envoyés à la tutelle, qui sont à leur tour renvoyés aux wilayas chapeautant les communes respectives». En ce qui concerne la révision exceptionnelle, «elle est effectuée avant chaque scrutin, généralement pour une période d’un mois, et ce, après convocation du corps électoral par le président de la République», ajoute notre interlocuteur. Mais ce laps de temps n’est jamais suffisant, regrettent des «élus». De manière générale, l’assainissement du fichier électoral a pour objectif de radier les noms des personnes décédées et l’inscription de nouveaux citoyens, notamment ceux qui atteignent leur majorité.

	Toutefois, «les nouvelles inscriptions sont volontaires», indique le président de l’APC de Rouiba, Marzouk Lakrouz. Présentement, en prévision des élections législatives programmées pour le printemps 2012, le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, n’a pas encore convoqué le corps électoral. «Aucune note n’a été envoyée par le ministère de l’Intérieur pour commencer la révision exceptionnelle», affirment des présidents d’APC. Autre point, qui n’est pas de moindre importance : la plupart des 1541 APC d’Algérie ne sont pas dotées d’un fichier électoral informatisé. Des maires s’en plaignent car «lorsque l’opération d’assainissement est lancée, les vieilles habitudes manuelles retardent non seulement la tâche, mais des erreurs peuvent se glisser», avoue un élu de Bab El Oued. Ces manœuvres archaïques répondent-elles à une volonté de laisser les noms des citoyens dans de vieux registres poussiéreux, afin de mieux jouer avec les chiffres ? Pour l’instant, que ce soit le changement de résidence, la radiation ou l’inscription, seul le citoyen est en mesure de modifier sa situation dans le fichier électoral.

	«Tout se fait à la déclaration», précise le président de l’APC de Sidi M’hamed, Mokhtar Bourouina. Et de constater : «Il est très rare que les familles demandent la radiation d’un proche décédé». Avec les dernières opérations de relogement, des Algériens résidant actuellement en dehors de leur communes d’origine «ne se sont pas approchés de leur nouvelle APC pour s’inscrire», souligne, à titre d’exemple, le porte- parole du FLN, Aïssi Kassa. A l’approche des élections, révèle un élu, «les partis politiques incitent leur public à s’inscrire sur le fichier électoral». «Les inscrits sont généralement les militants d’une formation. Mais pour les élections locales, il s’agit principalement des sympathisants de tel ou tel candidat». «Les législatives sont plus à connotation tribales que partisane», ironise-t-il.</description>
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        <item>
           <title>«Les révisions du fichier électoral obéissent aux ordres de la tutelle politique»</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 12 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 12 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description>
	
	  
	- La révision ordinaire du fichier électoral s’effectue au mois d’octobre de chaque année ; quant à la révision exceptionnelle, elle se tient avant chaque scrutin. Pourquoi le fichier électoral est-il le nerf névralgique des élections (présidentielle, législatives) ?

	La réponse à cette question est, me semble-t-il, évidente : il ne peut pas y avoir d’élection sans électeurs et pas d’électeurs sans fichier électoral. Le corps électoral doit être connu en permanence et, encore plus, avant chaque élection. C’est donc, comme vous le dites, «le nerf névralgique des élections». C’est à partir de ces prémices que des questions de gestion du fichier électoral peuvent légitimement se poser : comment et par qui le fichier électoral est-il établi et révisé ? La règle absolue veut que le fichier électoral soit géré par l’administration. Une administration censée être absolument intègre et neutre. Une administration dont la seule vraie mission est d’être UN SERVICE PUBLIC, donc d’être une administration au service du seul intérêt général. Depuis toujours, l’administration de la République algérienne n’a jamais su, ou pu, être neutre ni être au seul service de l’intérêt général. Elle n’a jamais, au moins en ce qui concerne les élections, eu la neutralité que la loi lui impose. L’administration a toujours été aux ordres du régime politique en place.

	Même au cours de la période 1990/1991, période de relative liberté «démocratique» qui a vu le triomphe électoral du FIS, l’administration n’avait pas été neutre. De son plein gré, ou involontairement, elle avait été manipulée et par le système en place et par le FIS qui, pour les élections législatives de décembre 1991, avait utilisé tous les moyens de l’administration locale (les APC) qu’il contrôlait pour faire pencher la balance électorale de son côté. Nous connaissons le résultat dramatique de ces élections et les manipulations auxquelles elles avaient donné lieu. Cela pour ces élections elles-mêmes. Mais avant cela, il y a le problème du fichier électoral qui est la base fondamentale de tout processus électoral. Le fichier électoral est élaboré, révisé et géré au niveau communal, ce qui est la logique même. La commune est l’unité de base du corps électoral et, partant, du fichier électoral qui le reproduit localement, puis regroupé par wilaya et enfin centralisé au niveau du ministère de l’Intérieur. Selon que l’administration est neutre ou qu’elle obéit aux ordres du système en place, elle fait du fichier électoral un outil – neutre ou partisan  – de gestion des élections. Jusqu’à maintenant, l’administration n’a jamais su être neutre. Les révisions successives du fichier électoral, y compris les révisions annuelles ordinaires, obéissent aux ordres de la tutelle politique, représentée par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales. A ma connaissance, aucune partie extérieure à l’administration n’a jamais participé aux opérations de révision du fichier électoral ni même les a un jour contrôlées. Les différentes commissions de contrôle des élections n’ont jamais eu droit de regard sur la confection du fichier électoral. A chaque fois, elles ont hérité des fichiers confectionnés par l’administration, qui servent de base aux élections qu’elles étaient censées encadrer. Rien ne dit que quelque chose a changé dans ce domaine avec la réforme du code électoral.

	Les fichiers électoraux sont toujours aux mains de la seule administration. Une administration toujours aux ordres. L’Algérie n’est encore en rien un Etat de droit pour faire que son administration fonctionne sur les seuls critères du droit et du service public. Il est donc naturel que les partis politiques en lice pour les élections  prochaines – législatives ou présidentielle – et même ceux qui éventuellement les boycotteront, émettent des réserves quant à la fiabilité du fichier électoral. Les manipulations sont toujours à craindre, que ce soit celles concernant le corps électoral (fichier) ou celles concernant les élections elles-mêmes. Ces dernières constituent un autre problème que le nouveau code électoral n’a pas encore totalement réglé. Pour éviter les suspicions de manipulation du corps électoral, certains pays africains (Sénégal et République démocratique du Congo, par exemple) ont accepté un audit indépendant de leurs fichiers électoraux. Un audit réalisé par des experts internationaux indépendants (avec un financement octroyé par la communauté internationale). C’était la condition sine qua non  pour leur participation aux élections. Il n’est peut-être pas besoin d’ arriver à de tels extrêmes en Algérie, mais un droit de regard devrait être donné à une organisation, véritablement indépendante, pour vérifier la fiabilité du fichier électoral et l’honnêteté de son établissement ou de sa révision. Cela mettrait fin aux suspicions qui ne manquent pas de naître avant et après chaque élection. Un contrôle et une vérification qui devraient s’accompagner d’une transparence extrême par l’information de l’opinion publique des résultats obtenus. Internet est un outil privilégié que le ministère de l’Intérieur devrait mieux utiliser pour donner plus de transparence à la préparation des élections prochaines.

	 

	- Les partis de l’opposition reprochent à l’administration, après chaque élection, d’avoir manipulé les chiffres, entre autres l’inflation du nombre d’électeurs et le vote des «morts». Ces accusations sont-elles fondées ?

	Tant que l’administration restera un outil servile entre les mains du régime, il est «naturel» que les partis perdant les élections l’accusent d’avoir manipulé le fichier électoral soit en gonflant artificiellement le nombre d’électeurs, soit en omettant de supprimer les personnes décédées des listes, soit les deux à la fois. Il leur est assez facile d’étayer leurs accusations en se basant sur les expériences passées avérées (par exemple les centaines de milliers d’électeurs supprimés ou ajoutés d’une élection à l’autre, démontrant que l’élection antérieure n’avait rien d’honnête). Même si, par miracle, les révisions des fichiers électoraux obéissaient aux règles d’honnêteté, d’intégrité et reflétaient exactement l’image du corps électoral du moment, aucune crédibilité ne leur sera accordée par les partis d’opposition et par l’opinion publique tant que l’administration n’est pas réformée de fond en comble et ne coupe pas le cordon ombilical avec le pouvoir politique, quel qu’il soit. Parce que même si la donne politique change – et que les prochaines élections (législatives puis présidentielle) recomposent le paysage politique algérien – l’administration publique ne changera pas de comportement : elle sera toujours mise sous tutelle par le pouvoir politique du moment. C’est l’administration qui organise les élections : depuis le fichier électoral jusqu’à la proclamation des résultats, elle en constitue le passage obligé, pratiquement sans aucun contrôle sérieux. Il y aura donc toujours beaucoup de suspicion à son égard. Le pouvoir judiciaire, lui-même partie prenante essentielle des futures élections et n’ayant pas jusqu’ici montré la moindre dose d’indépendance vis-à-vis du pouvoir, ne peut pas être considéré comme un garant fiable de l’honnêteté des prochaines votations populaires.

	
	- La fraude massive des législatives de 1997 n’est plus à nier. Selon vous, malgré cette expérience et celles d’après, comment l’administration peut-elle présenter un fichier électoral crédible pour parer à d’éventuelles manipulations ?

	Les pays démocratiques ont trouvé la parade pour éloigner tout soupçon de manipulation des listes électorales. Il s’agit pour eux de les rendre publiques en les affichant sur la Toile, longtemps à l’avance. Il est donc possible à tout électeur, sans se déplacer au niveau de sa commune – et sans se voir afficher la fameuse formule «c’est interdit !» ou «c’est un secret !» – de vérifier qu’il figure bien sur le fichier et qu’il a bien été supprimé du fichier de son ancienne commune de résidence. Il peut tout aussi bien vérifier, d’un clic, que son voisin décédé ne figure plus sur le fichier. Rien n’interdit à notre administration d’afficher sur le site du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, et/ou sur ceux des communes, le fichier électoral révisé à la fin de chaque année civile et à la veille de chaque élection. Ou bien le ministère de l’Intérieur est-il, comme le prétendent bien des partis d’opposition, viscéralement réfractaire à toute transparence ?
	Ce dernier comportement continuera d’être, très justement, interprété par les partis politiques d’opposition et par l’opinion publique en général comme étant la preuve de l’absence d’honnêteté des élections à venir. Sans confiance dans l’administration  publique, il ne peut y avoir d’élection libre et honnête. Or, la confiance ne peut venir que de l’exemple : que l’administration fasse preuve, pour une fois, de vraie transparence. Les élections prochaines pourront se dérouler sans suspicion de fraude.
	Et pour que l’abstentionnisme, devenu depuis des lustres le «parti politique» dominant du pays, revienne à un taux normatif en fonction de la nature de l’élection.</description>
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           <title>Terrain de lutte entre administration et partis politiques</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 12 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Les partis politiques algériens veulent avoir un droit de regard sur le fichier électoral, grâce notamment à leurs bureaux installés dans les communes. 
	Les formations de l’opposition considèrent que «le fichier électoral, uniquement entre les mains de l’administration, est la première porte conduisant à la fraude». Pour le Parti des travailleurs (PT), «les partis ont le droit de consulter les fichiers électoraux». «Le ministère de l’Intérieur n’a pas à leur en interdire l’accès», affirme le porte-parole du PT, Djelloul Djoudi. «Nous proposons dans ce cadre, ajoute-t-il, une double révision ordinaire du fichier électoral pour un meilleur assainissement». M. Djoudi indique que «la participation des partis politiques à l’élaboration du fichier électoral est plus que recommandée, et ce, des mois avant un scrutin».

	«Présentement, les délais ne sont pas suffisants», estime-t-il. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) va plus loin ; il propose «l’assainissement du fichier électoral par des institutions indépendantes et internationales, sans la participation du ministère de l’Intérieur». Même si pour le département de Ould Kablia, cette idée n’est pas réaliste, voire pas «raisonnable», comme l’a affirmé à maintes reprises le premier responsable du secteur, pour le porte-parole du RCD, Mohcine Belabès, «seule une organisation autonome en gestion et en financement peut aboutir à l’assainissement du fichier électoral d’une manière fiable et crédible». En finir avec les irrégularités motive la démarche du parti de Saïd Sadi. «10% des électeurs sont virtuels. Des gens sont inscrits dans plusieurs communes, des personnes décédées ne sont pas radiées et dans des communes, on s’aperçoit qu’il y a de faux noms. L’assistance et la surveillance internationale restent les seules solutions pour garantir des élections transparentes», ajoute M. Belabès.

	Il rappelle qu’«en Tunisie, les élections, pour élire l’Assemblée constituante, ont été reportées à cause justement du fichier électoral qui n’était pas dûment révisé». «Il faut au moins six mois pour élaborer un bon fichier», avance-t-il. Du côté du Front de libération nationale (FLN), c’est un autre son de cloche. Le vieux parti pense que «l’opposition, faute d’argument, focalise son discours sur la non-fiabilité du fichier électoral pour crier, dès le lendemain d’un scrutin, à la fraude». «Nous appelons avant chaque élection, au plan local, nos militants et nos sympathisants à s’inscrire sur le fichier électoral», indique Aïssi Kassa, porte-parole de l’ex-parti unique. Le FLN se demande si les partis ont la capacité de réviser le fichier électoral et d’avoir droit de regard.                                                                                                                                
	
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           <title>Les arguments de l’administration</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 12 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Selon une source proche du ministère de l’Intérieur, «l’Algérie compte plus de 20 millions d’électeurs potentiels». D’après la même source, «on recense plus de 941 000 électeurs au sein de la communauté algérienne établie à l’étranger». 
	En se référant à la révision exceptionnelle préalable à l’élection présidentielle de 2009, l’administration a enregistré plus de 1 684 000 nouveaux inscrits et en a radié 685 000. Dernièrement, M. Ould Kablia, ministre de l’Intérieur, affirmait que près de «4 millions de personnes seront ajoutées au fichier électoral». Notre source n’est pas de cet avis car ces citoyens ne seront pas forcément inscrits. En fait, Ould Kablia se base sur un recensement établi par l’Office national des statistiques (ONS). Plus explicite, le démographe, Nasreddine Hamouda, indique que «le nombre d’Algériens nés entre 1991 et 1994 dépasse seulement, en 2012, les deux millions, à raison d’une moyenne de 700 000 naissances au cours de ces années». D’où vient donc le chiffre de 4 millions avancé par le ministre de l’Intérieur, d’autant plus que l’inscription au fichier électoral relève d’un engagement personnel ?

	En outre, avant l’élection présidentielle de 2009, l’administration a supprimé les bureaux spéciaux, qui pouvaient accueillir 800 000 électeurs. Les militaires et les effectifs des corps de sécurité pouvaient s’exprimer en chargeant quelqu’un de leur entourage de voter, par le biais d’une procuration. Les bureaux itinérants ont été réduits de 6000 à 600. «Leur capacité de mobilisation avoisinait presque 1,8 million d’électeurs», selon l’ex-ministre de l’Intérieur Yazid Zehrouni. La question du vote des nomades, estimés à 200 000, demeure en suspens. Une source proche du ministère de l’Intérieur révèle des problèmes de logistique pour l’inscription des nomades majeurs sur les listes électorales, vu l’éloignement de certaines tentes des camps de rattachement.  </description>
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           <title>20 ans après l’arrêt du processus électoral: La démocratie toujours muselée</title>
           <author>Nadjia Bouaricha </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	Les officiels algériens ne cessent de dire que l’Algérie a bien connu son Printemps arabe, et qu’elle a été le précurseur dans la région à connaître l’ouverture démocratique. 
	Ces mêmes officiels évitent toutefois de dire que la parenthèse démocratique a vite été refermée sur une expérience d’ouverture qui aura été de courte vie et au souffle coupé. Mais l’histoire est là pour marquer de son verdict ce que l’on veut arracher à la mémoire.
	L’histoire a ce pouvoir de nous rattraper avec son lot d’événements pour réclamer au souvenir cette fameuse page signant l’arrêt d’un processus démocratique. Aujourd’hui, l’Algérie rappelle donc à sa mémoire ce qui a été présenté comme la «démission volontaire» de Chadli Bendjedid un certain 11 janvier 1992. Chadli Bendjedid, démission ou coup d’Etat ? L’histoire a inscrit qu’il a bel et bien été contraint par l’armée à déposer sa démission. Dans le langage juridique, une telle action ne peut être jugée que comme un coup d’Etat ; une armée respectueuse de la Constitution n’étant pas habilitée à arrêter un processus électoral et encore moins exiger d’un Président de le faire. Au-delà de cet acte justifié par ses initiateurs comme un barrage à la montée de l’intégrisme, il aura sans conteste signé l’avènement d’une ère de violence terrible.

	
	COUP DE FORCE

	
	Vingt années auront été écrites dans les pages de l’histoire d’une Algérie tourmentée, une Algérie qui peine à ce jour à sortir du règne des coups de force, une Algérie qui n’a finalement sauvegardé ni la République ni la démocratie. Vingt ans est l’âge d’une génération d’Algériens qui n’aura connu que la violence, le mal-vivre et le désespoir. Le constat est terrible, mais on ne peut en faire l’économie si l’on veut éviter que d’autres générations ne soient sacrifiées. Des erreurs de jugement sont possibles, mais ne pas les reconnaître est plus dangereux dans la mesure où l’on refuse de tirer les leçons d’un passé qui se conjugue malheureusement toujours au présent. Certains diront aujourd’hui, nous avons eu raison de nous opposer à l’arrêt du processus électoral, d’autres diront que c’était inévitable mais que l’armée n’a pas tenu sa promesse de préserver la démocratie, le fait est que vingt ans plus tard le bilan est là pour jeter à la face du régime son entière responsabilité d’avoir plongé le pays dans le chaos. 200 000 morts, plusieurs milliers de disparus, le contentieux est lourd et le jugement sans appel. Chaque goutte de sang d’innocents algériens versée appelle justice. Les vaines tentatives de passer sous silence ce qui s’est passé de longues années durant, traduites par les concorde et charte dites pour la paix et la réconciliation nationale, ne réussiront pas à tairer le questionnement de la mémoire tant que la vérité et la justice n’auront pas dit leur mot.

	
	PARENTHÈSE DÉMOCRATIQUE

	
	La parenthèse démocratique a été bien courte et sacrifiée au carrefour des calculs d’une caste dont le seul souci est de pérenniser un régime. La parenthèse démocratique, brandie aujourd’hui comme un trophée par les officiels du pays, n’a pas eu raison du régime qui depuis 1962 continue de peser de son poids oppressant sur l’Algérie. Le régime avait trente ans en 1992, il en compte 50 ans aujourd’hui, et le hasard veut que l’on se retrouve à la veille d’élections législatives. Ironie du sort ou juste logique, le régime s’est aujourd’hui allié aux islamistes, les rendant fréquentables et les devançant même en appliquant la charia par le truchement de lois et de pratiques destinées à ancrer dans la société algérienne des divisions d’ordre dogmatique. L’on est tenté de dire «1992-2012, même combat ». Choisir entre le pouvoir et les islamistes semble être la seule équation que le régime impose aux Algériens. La coalition pouvoir-islamistes est si naturelle qu’il est aisé de déduire que c’est à la démocratie qu’on a toujours voulu faire barrage et non à l’intégrisme.  
	
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           <title>La démission de Chadli sous la contrainte</title>
           <author>Madjid Makedhi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	1989-1992. Trois ans seulement. Et puis plus rien. L’ouverture politique en Algérie n’était que d’une très courte durée. La parenthèse ouverte après les événements d’Octobre 1988 a été vite refermée, pour mettre les Algériens entre l’enclume du terrorisme intégriste et le marteau de la répression policière et militaire. 
	Tout a été dit ou presque sur cet épisode très peu glorieux de l’histoire d’une Algérie qui cherche désespérément, depuis le 12 janvier 1992, à se mettre sur les rails de la démocratie. Retour sur les circonstances ayant précédé l’arrêt du processus électoral… Avant de prendre des tournures dramatiques, l’ouverture politique a commencé plutôt bien. Après l’adoption en février 1989 de la Constitution, qui a mis fin au système du parti unique en consacrant le pluralisme politique, une première élection pluraliste a été organisée. Les locales du juin 1990, remportées par le FIS avec 54% des voix. En position de force, les responsables du FIS mènent des offensives politiques pour hâter le processus qui devrait leur ouvrir les portes du pouvoir.

	Ainsi, le parti islamiste déclenche, le 25 mai 1991, une grève générale et exige des changements constitutionnels, l’application immédiate de la charia, la démission du président et la tenue d’élection présidentielle. La grève a duré plus d’un mois et débouché sur de violents affrontements à Alger entre la police et les militants du FIS. Le 5 juin de la même année, le président Chadli Bendjedid décrète l’état d’urgence et ordonne à l’armée de restaurer l’ordre dans le pays. Le 30 juin, plusieurs dirigeants du FIS, dont Abbassi Madani et Ali Benhadj, ont été arrêtés. Trois mois plus tard, le 29 septembre 1991, l’état d’urgence a été levé et les fameuses élections législatives ont été annoncées. Mais avant ces élections, l’Algérie enregistre le premier attentat terroriste commis par des islamistes armés : c’était à Guemar (El Oued) le 25 novembre 1991. La cible était une caserne de l’armée.

	Les fameuses législatives n’ont été organisées que le 26 décembre 1991. Sans surprise, le FIS remporte largement le premier tour de l’élection avec 188 sièges sur une possibilité de 231, ce qui le place en excellente position pour obtenir la majorité au deuxième tour. Le FFS et le FLN arrivent, respectivement en deuxième et en troisième position avec 25 et 16 sièges seulement. Mais lors de cette élection, le taux d’abstention était très élevé. Il avoisine les 41%, tandis que le taux de participation était de 59%. Le FIS n’avait obtenu que 47% des voix des votants.

	
	Un fort taux d’abstention

	
	Les partisans de la poursuite du processus électoral s’appuient sur ce fait pour dire que le parti islamiste n’a pas la majorité et qu’il ne fallait pas arrêter les élections. Le FFS, hostile à l’arrêt du processus électoral, fait une démonstration de force en organisant, le 2 janvier, une grandiose marche à Alger contre «l’Etat policier et l’Etat intégriste». Mais le commandement militaire, conduit par le général Khaled Nezzar, en a décidé autrement. Pour ce dernier, le péril islamiste était évident et qu’il faut agir pour «empêcher la transformation de la République en théocratie». Dans les coulisses du pouvoir, la décision d’arrêter le processus électoral a été prise. Elle est même imposée au président Chadli Bendjedid. Refusant de l’endosser, il décide de rendre son tablier, le 11 janvier 1992. Dans sa lettre de démission, lue au journal de 20h, il annonce également avoir procédé, le 4 janvier, à la dissolution de l’APN.

	Poursuivant, Chadli Bendjedid a demandé aux Algériens de considérer son départ comme «un sacrifice au profit de l’intérêt supérieur de la nation». «Les mesures prises et les méthodes qui sont exigées pour résoudre nos problèmes ont atteint aujourd’hui des limites qui ne peuvent être franchies sans danger pour la cohésion nationale, l’ordre public et l’unité nationale», avait -il expliqué. Le terrain est donc préparé à l’interruption du processus électoral, prononcé par le Haut Conseil de sécurité (HCS), formé par Ahmed Ghozali et les plus hauts officiels du pays. Deux jours plus tard, le 14 janvier, un Haut-Comité d’Etat (HCE) a été créé, avec à sa tête Mohamed Boudiaf secondé par Khaled Nezzar, Ali Haroun, Ali Kafi et Tedjani Haddam. Le 23 février de la même année, le FIS est dissous…

	
	 </description>
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           <title>Sid Ahmed Ghozali : «Vingt ans après, je m’aperçois que le pouvoir est pire que le FIS»</title>
           <author>Hacen Ouali </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Acteur de premier plan en sa qualité de chef de gouvernement lorsque le pouvoir avait décidé d’interrompre le processus électoral, Sid Ahmed Ghozali estime que ce choix a été «un coup d’épée dans l’eau» ; car si pour de nombreux acteurs il avait pour but
	de «sauver la République», pour d’autres «la réelle motivation était de sauver le pouvoir à n’importe
	quel prix».
	
	  
	- Vous étiez chef de gouvernement quand l’interruption du processus électoral le 12 janvier 1991 a eu lieu. Vingt ans après, avez-vous toujours le même regard ?

	Simplement un préliminaire au sujet de l’arrêt du processus électoral de 1992. C’est bon d’en parler. C’est un moment important de cette période qui y a conduit et mérite que l’en on parle, non pas pour refaire l’histoire, mais pour en connaître les tenants et les aboutissants, savoir en quoi il a été une bonne chose pour l’Algérie. Il faut qu’un jour qu’on engage un véritable débat national contradictoire sur cette question qui doit être présentée au public sous des angles différents.
	Si le but est d’éclairer l’opinion, les déclarations, écrits ou autres, récits unilatéraux, doivent être étayés par le débat contradictoire. Durant ces vingt dernières années, on a trop peu dit ou alors trop dit. Aussi bien sur la genèse que sur les suites de l’événement et je dirais même sur ses conséquences.
	Sur l’analyse de l’angle du processus, je n’ai pas à changer un iota. Sur l’angle de la santé ou la validité de la décision je n’ai pas à changer. Et ce qui est changé dans mon approche, c’est tout simplement ce qu’on a fait et vu durant vingt ans. Et qui m’a conduit à dire qu’en fin de compte, cette opération a été un coup d’épée dans l’eau. Elle n’a servi en rien notre pays. Pourquoi ? Parce que nous n’avons pas tiré de leçons aussi bien du vote que les raisons qui ont conduit à l’arrêt du processus électoral.

	
	- Pourquoi avoir fait ce choix alors ?

	Je m’explique. Il faut se poser la question de savoir si l’arrêt dudit processus a été le point de départ de quelque chose ou bien l’aboutissement de quelque chose. Or, la pensée dominante une pensée sciemment et pernicieusement instillée dans les esprits par les tenants du même pouvoir va jusqu’à postuler la période tragique des années 1990 qui est le résultat de l’arrêt du processus électoral. Que les initiateurs de l’action violente aient porté cette thèse, cela est de bonne guerre. Pour eux, le FIS dira qu’il y a eu recours pour défendre la démocratie. Mais que ce soit le pouvoir, le même pouvoir d’aujourd’hui qui fut porteur de cette thèse, voilà qui devrait donner un éclairage largement méconnu sur la genèse du 11 janvier 1992. Attendez vous à ce qu’on se mette aujourd’hui à vous expliquer que même la situation actuelle du pays «c’est la faute au processus du 11 janvier 1992».

	
	- Vous laissez entendre qu’il y avait une sorte de pacte entre le pouvoir et les islamistes du FIS...

	
	Pas nécessairement un pacte, mais il y a ce qu’on appelle dans la dialectique marxiste une alliance objective entre les deux forces politiques réelles du pays. Avec l’enjeu commun et le seul enjeu : le pouvoir. Il faut se poser la question de savoir si c’est un hasard qui a fait que l’arrêt du processus n’est pas intervenu en fin de compte pour occulter les vraies raisons du vote des Algériens, à savoir la faillite d’un système et d’une politique. C’est ce qui a conduit les Algérien à donner la majorité au FIS. C’est le résultat d’une décennie d’une gestion politique catastrophique. Par conséquent, il n’avait pas intérêt à charger ce pouvoir. Donc, l’opération a été faite pour exonérer le pouvoir et dire que tout cela est dû à l’arrêt des élections et au terrorisme.

	
	- L’arrêt du processus électoral était présenté comme une décision pour «sauver» la République. A vous entendre, on a finalement sauvé le pouvoir…

	Il faut distinguer une bonne fois pour toutes les acteurs : les acteurs visibles, quelle que soit la couleur de leur tenue. Cette distinction étant bien faite, j’affirme que les seules motivations des uns étaient de sauver la République, qu’ils aient eu tort ou raison, telle fut leur seule motivation, et je reste catégorique sur ce point et prêt à vous le démontrer. J’ajoute, tout aussi catégorique, que la réelle motivation des autres fut de sauver le pouvoir à n’importe quel prix.
	Je rappelle en passant, à un moment où on a tendance à l’oublier, l’existence, parmi les acteurs visibles et de manière massive, la rue et la société civile qui, bien avant la démission de Chadli, ont réclamé l’arrêt du processus électoral entamé le 27 décembre 1991.

	
	- Mais pas pour les mêmes objectifs ?

	C’est ce que je viens de dire. Et ce n’est que la reproduction mot pour mot de ce que j’avais dit officiellement, publiquement, en ma qualité de chef de gouvernement et à plusieurs reprises. Lors du vote d’investiture de l’Assemblée nationale, le 8 juillet 1991, j’ai rappelé les conditions insurrectionnelles dans lesquelles mon gouvernement avait été formé, et j’ai procédé à une analyse en disant que la violence que nous vivions était le résultat d’une situation de violence qui avait commencé à se développer bien avant, dès le lendemain de la disparition de Boumediène. Et que le FIS n’était pas le premier à avoir provoqué cette violence. Avant lui, il y avait une autre violence et c’est là que j’ai employé la formule «le peuple algérien s’est trouvé entre la marteau et l’enclume».
	Entre un pouvoir dont l’obsession première était de s’attacher uniquement au pouvoir, au détriment du règlement des affaires du pays, et cela a duré dix ans. Il a laissé filer une crise économique qui s’est muée en crise sociale, qui s’est muée en crise politique et morale. Et ce n’est qu’après que le FIS est venu, pour essayer de profiter de cette situation, pour prendre le pouvoir à son tour. J’avais même condamné les tractations qui étaient en train de se faire, depuis 1989, avec le FIS pour partager le pouvoir. Il y avait une stratégie qui était déployée qui consistait à amener le FIS aux communes et au gouvernement dans l’idée qu’il allait se casser la figure et que le pouvoir en sortirait régénéré. Voilà la situation.
	J’avais proclamé au préalable, dans mon discours à l’APN, que tous les gouvernements qui se sont succédé, y compris le mien n’émanaient pas de la volonté populaire. Et qu’à  l’époque, mon gouvernement comme les autres étaient handicapés dès le départ.  
	Dans mon analyse publique (interview, télévision) des résultats du premier tour j’ai dit sans ambages que ces résultats avaient une signification, que c’était «un cri de rejet très fort par les électeurs du pouvoir qu’ils considéraient comme responsable de leurs malheurs».

	
	- Vous parliez de tractations entre le FIS et le pouvoir. Peut-on identifier ce pouvoir, la présidence, les militaires ?

	Il y a eu, entre fin 1990 et début 1991, des tractations secrètes et des accords conclus entre le gouvernement et le FIS pour que les élections législatives, avancées à juin 1991, ne donnent pas un vainqueur et puis prendraient le FFS comme arbitre. Cette tractation avait existé et on avait convaincu le président de la République, Chadli Bendjedid. Le gouvernement pensait qu’il fallait laisser le FIS prendre le pouvoir aux communes et au niveau du gouvernement. Comme la situation financière du pays était catastrophique, il se casserait la figure, ce qui permettrait au pouvoir de rebondir. J’ai été ministre des Affaires étrangères et quand j’ai appris cela, j’ai démissionné. Il y avait des gens, à l’intérieur de l’armée, qui étaient contre ces tractations qui se faisaient dans leur dos. Il est important de rappeler cela parce que nous sommes en train de répéter la même chose actuellement.

	
	- Que pensez-vous de la thèse qui édicte que Octobre 1988 était une manipulation du pouvoir ?

	Ce sont eux-mêmes qui le reconnaissent ; ce n’est pas moi qui le dis. Il y a des gens qui étaient au pouvoir à l’époque qui disent qu’Octobre 88 avait été initié par le pouvoir lui-même, mais que les choses, après, lui ont échappé. C’est devenu, malgré eux, un vrai printemps algérien. Les acteurs principaux du pouvoir reconnaissent cela, que vous rappelez à juste titre, à savoir que les événements d’Octobre sont intervenus dans une situation sociale et politique très tendue. Et que l’heure des bilans était arrivée. Et pour justement passer cette période des bilans, on a allumé une mèche. Je ne fais que reprendre ce que les acteurs disent, bien que cela corresponde parfaitement à mon analyse. Les choses ont commencé le 19 septembre avec le discours du président-secrétaire général du FLN, où il dressait un tableau sombre et disait «ça va mal»et que «le responsable, c’est le FLN». Et ce, depuis lors qu’on a commencé à entendre dans la rue «FLN seraqine» (FLN, des voleurs). Le pouvoir lui-même a ancré dans l’esprit des Algériens que le responsable de cette situation-là était le FLN.
	Ce qui est profondément injuste et pas vrai. Parce que le FLN n’a jamais été au pouvoir.

	
	- Qui était au pouvoir alors ?

	Nous sommes dans une situation de pouvoir occulte. Vous n’allez pas croire que nous sommes dans le pouvoir tel que décrit dans la Constitution. Pensez-vous que, chez nous, le Président est élu par le peuple ? Il faut simplement comparer ce que dit la Constitution et ce qui se passe sur le terrain. Jamais le président de la République n’a été élu, mis à part la première élection de 1962. Toutes les autres élections ont été des désignations.

	
	- Y compris Bouteflika ?

	Mais bien entendu.

	
	- J’insiste sur la question de l’identification du pouvoir, sont-ce les services, les militaires, la présidence de la République ou plutôt c’est tout cela ?

	Le pouvoir ce n’est pas l’armée, comme on le dit de manière courante. L’immense majorité des militaires sont des gens comme vous et moi et n’ont aucun poids dans la décision politique.
	On ne peut pas dire non plus que c’est le DRS (département du renseignement et de la sécurité» puisqu’il se trouve à l’intérieur du DRS des gens qui ne sont que des serviteurs de l’Etat et n’ont aucune part dans l’exercice ou la décision politiques.

	Le réel pouvoir est une oligarchie qui s’est sédimentée avec le temps. C’est un système pas des noms. C’est un parti clandestin. C’est un parti qui a une tête qui dispose des moyens de l’Etat et qui a ses militants. Quel est le parti le plus important en Algérie ?! Il n’y a pas un député, un haut fonctionnaire qu’il soit wali, ministre ou bien président de la République qui soit nommé contre la volonté de l’oligarchie. Cela n’existe pas. Ils se comptent par dizaines de milliers ceux qui savent bien à qui ils doivent leur nomination. Car leur nomination est signée par le Président ou le chef du gouvernement, mais qui présente les listes ? On ne peut pas être wali, ministre où Président sans un aval du pouvoir réel. Nous n’avons pas le pouvoir politique que nous avons dans nos lois.
	C’est se mentir à soi-même. D’un autre côté, je crois qu’il est superfétatoire de continuer à se fixer sur cette question qui est le pouvoir. Parce que nous sommes en train d’analyser la santé d’un régime, alors que celle-ci se mesure simplement au résultat auquel il aboutit et savoir qui en est responsable. C’est pour cela qu’on a voulu éviter le débat en 1988. A la fin de l’année, le congrès de FLN  devait se tenir pour faire le bilan d’une décennie.

	
	- Ce parti clandestin contrôle-t-il toutes les strates de la société ?

	Dans les démocraties, le pouvoir c’est un parti qui dispose de militants, d’un programme et de moyens, mais chez nous ce n’est pas formel. C’est un ensemble qui a 2 millions de militants, qui a les moyens financiers de l’Etat qui a les moyens de la violence de l’Etat, les moyens de la légalisation de l’Etat, donc est nécessairement de très loin le parti le plus fort du pays.

	
	- Vous avez dit qu’on a peu ou trop dit à propos de l’arrêt du processus électoral. Si on estime qu’on a peu dit, que reste-t-il à dire ?

	Il y a des livres à écrire sur ce sujet. Vous savez, lorsqu’on évoque cet évènement, on s’attarde beaucoup sur l’anecdote du genre : quelle a été la participation de Khaled Nezzar. Ceux qui étaient contre l’arrêt des élections ont beaucoup fait. Le FFS, je le considère comme un parti démocratique et je suis sûr qu’Aït Ahmed, en son for intérieur, ne voyait pas l’arrivée du FIS au pouvoir comme une bonne chose. Mais comme   il savait que celui-ci n’allait pas passer, il s’est donné le beau rôle de défenseur de la démocratie. Et c’est là que nous sommes différents. Parce que si nous  avions fait un calcul politique personnel, nous aurions dit qu’il y a un vote qui a été fait, chose promise chose due, laissez-les prendre le pouvoir, comme le souhaitait une bonne partie des gens, surtout la partie cachée du pouvoir, et nous serions passés à l’histoire en tant que  défenseurs de la démocratie. Nous aurions peut-être disparu mais ç’aurait été sur le champ d’honneur de la démocratie. Si nous avions fait un calcul personnel, jamais nous aurions pris la décision d’arrêter le processus électoral.

	Mais nous avions fait un calcul pour notre pays. Peut-être, et certains nous disent pourquoi vous n’avez pas laissé le FIS ? Nous étions convaincus que l’arrivée du FIS au pouvoir, ce serait la fin de l’Algérie. C’est-à-dire qu’il n’y avait pas pire. Sur ce plan-là, j’ai changé. Vingt ans après, quand je regarde l’état où a été mis mon pays, je suis obligé de constater qu’il y a pire que le FIS de l’époque : le pouvoir lui-même. Je me resitue dans le contexte de l’époque ; nous pensions «tout sauf le FIS» face à une menace d’écroulement du pays. Les autres faisaient un calcul : «C’est le FIS qui va s’écrouler et nous, nous garderons le pouvoir»…

	J’avais dit devant l’APN, en juillet 1991, que ceux qui faisaient des tractations pour se partager le pouvoir ne montraient un antagonisme qui n’était qu’un écran de fumée pour cacher un travail d’apprenti-sorcier. Il y avait un mélange incestueux. Le discours consistait à présenter au peuple le choix suivant : «C’est nous  ou eux.» Quelle différence entre ce que disait El Gueddafi au peuple libyen et aux Occidentaux : «C’est moi ou Al Qaîda» ? Ce fut dit publiquement et plus caricaturé que chez nous.  
	Ils croyaient, en laissant le FIS hurler dans les rues, menacer, et en le laissant prendre le pouvoir, cela allait conduire inéluctablement à un échec. Et le peuple reviendrait à dire : «Mieux vaut le pouvoir». Et là, ils se sont trompés.

	
	- Si vous considérez que la période dans laquelle s’est engagé le pays après 1992 n’est pas la résultante de l’arrêt du processus électoral, à quoi peut-on alors incomber cela ?

	Encore faut-il étayer un peu plus cette thèse ridicule et que je réfute. Je me contenterais de vous faire remarquer qu’en vingt ans, il y a eu 16 gouvernements, six mandatures présidentielles, six élections législatives et communales et tout cela pour ne pas effacer les «conséquences» prétendument imputées à l’arrêt du processus du 11 janvier.
	C’est grotesque. L’Algérie de maintenant est l’échec éclatant d’un pouvoir congénitalement incompétent et incapable. Et qui renferme, dans sa nature, les ingrédients de son propre écroulement. Et à continuer à fermer les yeux sur cette triste réalité, conduit le pays droit au désastre.
	Et pourquoi ne pas dire, à l’inverse, que si nous avions laissé continuer le processus de décembre 1991 nous n’allions pas nous retrouver dans une situation à l’iranienne, par exemple ?

	
	- Que faut-il faire alors ?

	Il faut revenir à de véritables institutions qui associent le peuple aux décisions. Or, on continue actuellement à croire qu’on peut diriger une société en donnant des ordres de manière autoritaire.
	Ce n’est pas possible. On ne peut diriger une société que sur la base de son adhésion au projet politique et d’une participation active à l’exécution des décisions politiques dans tous les domaines.
	J’avais dit que le résultat des élections de 1991 avait un sens. Il était «l’expression par la majorité des Algériens d’un rejet total de ceux qu’ils considèrent comme étant responsables de leur situation».
	J’avais dit cela à l’époque et ça m’a valu d’être renvoyé comme un malpropre de l’ambassade de Paris.  
	Ce système a la conviction très forte qu’il peut diriger le pays par des ordres, on violant les lois. Les vingt ans qui se sont écoulées m’ont montré très bien qu’aucune leçon n’a été tirée de cette expérience.

	
	- Pourquoi voulez-vous qu’ils tirent les leçons dès lors que leur seule obsession est de se maintenir au pouvoir ?

	C’est là le problème justement. Pas de se maintenir en tant que personne mais de maintenir un système qui est totalement contraire à ceux qui dictent les lois et qui leur paraît à eux le plus efficace. Leur postulat est : «Nous sommes les seuls à pouvoir diriger ce pays.» Et d’ailleurs, à chaque échéance, ils disent à propos de Bouteflika : «Nous avons choisi le moins mauvais.» Cela implique implicitement en tout cas que tous les autres sont mauvais.  

	
	- Où pourrait mener cette situation où c’est un système qui décide à la place du peuple et pour le peuple ?

	Elle conduit nécessairement à l’écroulement, à l’implosion. Parce qu’il est évident qu’il n’existe pas d’avenir pour une société dont la marche repose sur ses trois piliers complètement foireux. A savoir non-respect des lois, mépris total des éléments de la société et surtout, c’est le plus grave, l’irresponsabilité. Le système qui prend les décisions ne rend compte à personne et c’est là que le mal contient les germes de sa propre destruction. Quand ont prend des décisions et tout en sachant qu’on est pas appelé à rendre des comptes, on ne peut prendre que des mauvaises décisions. Et quand ça dure, c’est l’écroulement.

	
	- Ce système gère-t-il le pays comme une sorte de propriété ?

	Il  y a les dérives qui découlent de l’habitude de gouverner seul. Elle conduit naturellement, avec le temps, à ne plus faire la différence entre ce qui appartient à la collectivité nationale et ce qui est privé. Il n’y a plus de frontière. Il y a une véritable privatisation de l’Etat. C’est la conséquence même de la nature du système. Quand Montesquieu dit le pouvoir corrompt, il énonce un postulat universel.
	Un homme au pouvoir est toujours exposé à être corrompu au sens large. Ensuite, on en abuse. Et comme la contradiction est bannie, on finit par croire que cette conviction est une vérité de Dieu. Le pouvoir est un cycle inéluctable, il commence par nous griser, il corrompt, ensuite il rend aveugle et rend fou. Deux exemples caricaturaux, il est sûr que quelques heures avant sa mort Kadhafi était convaincu que la vérité était de son côté. Et dès lors que l’on commence à dire que celui qui ne pense pas comme moi est mon ennemi (dit et redit publiquement chez nous notamment) donc il faut le bâillonner, c’est la fin. On devient dieu, impuni.
	Ce sentiment d’impunité se répand. Il y a aussi tel ministre de qui proclame froidement à propos d’un scandale touchant son secteur : «Je ne suis pas au courant autrement que par la presse.» Vous voyez cette arrogance ! C’est un mépris total des autres et c’est soutenu par un sentiment d’impunité. «Nous sommes intouchables.»

	
	- Comment sortir de cette situation de pouvoir absolu ?

	On ferait un pas géant en avant si nous commencions par deux choses. Primo, respect des lois. Secundo, tout preneur de décision doit être comptable de ses actes. Tout preneur de décision à tout niveau doit être responsable, qui devant telle institution, qui devant le peuple, qui devant tel organisme de contrôle. Il faut qu’il y ait des rendez-vous où on rend compte. Nous avons entendu le président de la République à la fin de son second mandat dire : «Nous nous sommes cassés le nez, mais je n’accuse personne.»
	C’est une manière de dire, on peut se casser le nez sans qu’il y ait de responsables où bien dire : «Je ne suis pas responsable.»
	J’imagine même à la limite qui si nous sommes dans une situation donnée où l’armée prenait le pouvoir, mais en l’assumant, ce serait déjà un progrès considérable, car à partir de ce moment, elle se désignerait elle-même comme comptable.

	
	- Vous suggérez là un coup d’Etat…

	Une hypothèse d’école pour une illustrer l’importance de la responsabilité… Je n’invite personne à faire un coup d’Etat, simplement il est indispensable que celui qui prend les décisions soit comptable et à tous les niveaux.

	
	- Mais seul un pouvoir démocratiquement élu pourrait être contraint à rendre des comptes…

	Pas forcément. La Chine n’a pas un pouvoir démocratique, mais elle a un pouvoir cohérent avec des débats contradictoires à l’intérieur du parti communiste. Il y a des contre-pouvoirs et c’est comptable.
	Quand le chef du gouvernement se présente comme responsable, il rend au moins compte au congrès du PC. Qui le nomme et le dénomme ouvertement pas en cachette, ni par maillons interposés.
	Il faut commencer par la tête, un président vraiment accepté par le peuple, quels que soient les moyens. Le pays est dans un état déplorable et il y a bien un responsable. C’est le régime qui détient le pouvoir politique. Ce pouvoir n’est pas celui dont l’Algérie a besoin. Il a échoué et quand on échoue, on s’en va. Je leur dis que nous n’avons plus le choix entre changer ou pas changer, nous avons peut-être encore, mais ce n’est pas sûr, le choix sur la manière de changer et je crois au changement dans l’ordre. Et si on change dans le désordre, c’est le changement imposé par la rue et par l’étranger surtout. Maintenant, je me demande même si nous avons le choix sur la manière de changer. Parce que nous avons un système politique qui a échappé à son propre contrôle. Il ne se contrôle plus. Le président nous dit qu’il y a la corruption, etc., pour résoudre cela, il change la Constitution, ça veut dire quoi ? Que c’est à cause de ça qu’il y a le chômage, la corruption. Celui qui dit ça, est soit dans l’aveuglement, soit dans la fuite en avant ou bien dans le mensonge. Soit les trois à la fois.

	
	- Vous critiquez ce système alors que  vous en faisiez partie, mais vous en faites partie, du moins par les fonctions que vous avez occupées…

	Quelqu’un qui est interdit d’action publique depuis vingt ans, qui depuis 1962 totalise près de 30 ans d’exclusion, peut-il avoir été ou être un homme du système ? Je ne fais pas partie du système. Je ne me suis jamais considéré comme un des leurs et ils ne m’ont jamais considéré comme tel.  On fait la confusion entre le pouvoir politicien et les pouvoirs publics. Le pouvoir politicien gère le système, les pouvoirs publics servent le public et l’intérêt général. J’ai servi constamment dans les pouvoirs publics, jamais dans le système politicien. Et je suis d’autant plus à l’aise de vous dire que je le regrette. Parce que moi-même et les cadres de ma génération avons cru naïvement qu’on peut servir les pouvoirs publics sans être au pouvoir politique. Et cela, c’est une naïveté considérable. Si on prétend servir les pouvoirs publics, il faut être du pouvoir politique. Faute de l’avoir fait finalement, nous avons servi de «harkis» du système. Notre erreur fut de laisser la politique aux autres.

	
	- Vingt ans après, nous sommes à la veille de législatives qui interviennent dans un contexte régional où les islamistes arrivent au pouvoir. S’il y avait des élections propres et honnêtes, pensez-vous que les islamistes gagneraient ?

	Oui. Aussi bien que les islamistes autonomes par rapport au pouvoir que les islamistes-maison. C’est le résultat inéluctable de l’autoritarisme qui a dominé le Monde arabe et musulman.
	Les seules forces qui sont véritablement internationales, qui utilisent la religion avec des moyens et avec la connivence de l’Etat, ce sont les forces qui se réclament de la religion. Je dois dire que l’anti-islamisme primaire, je ne m’y associe pas. Je réfute le mélange du spirituel et du matériel. L’islam, notre religion, ressortit de l’affaire personnelle de l’individu et la gestion des affaires religieuses publiques relève des hommes de sciences et de connaissance. La problématique politique est l’affaire des politiques. Des politiques comptables devant le peuple. Il faut qu’on arrive à cette distinction.
	La prospérité des mouvements religieux violents vient de la situation créée par le pouvoir. Entre les pouvoirs despotiques locaux et les tenants de la violence religieuse, il y a toujours eu une sorte de connivence tacite qui a conduit à l’étouffement de la pensée démocratique moderne.
	
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           <title>Madjid Benchikh : «L’armée est intervenue pour garder son emprise sur le pouvoir»</title>
           <author>Madjid Makedhi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	L’arrêt du processus électoral en 1992 est un coup d’Etat. Et tous les arguments avancés pour justifier cette décision sont nuls sur le plan juridique. C’est la conviction du professeur Madjid Benchikh, qui présente ici sa vision. 
	- Vingt ans après l’arrêt du processus électoral en Algérie, le 12 janvier 1992, la question suscite toujours la polémique. «L’illégalité» ou la «légalité» de la décision du pouvoir à l’époque a toujours été au cœur du débat, sans que l’on parvienne à trancher. Sur le plan juridique comment qualifier, aujourd’hui, la suspension de ce processus ?

	Après la nette victoire du FIS aux élections législatives de décembre 1991, le commandement militaire a décidé d’annuler les élections et de stopper le processus électoral. Il demande au président de la République d’endosser cette décision, tout comme il lui avait demandé de se séparer de Mouloud Hamrouche quelques mois auparavant. Mais cette fois, le président Chadli Bendjedid refuse d’accepter leur décision et choisit de démissionner. Tels sont les faits très résumés. Le commandement militaire, par la voix du général Nezzar, alors ministre de la Défense, et Chadli Bendjedid lui-même refusent la qualification de coup d’Etat et parlent de démission. La démission signifie que Chadli a décidé librement et sans contrainte.  Tout le personnel civil, qui était favorable à l’annulation des élections, comme la direction de l’UGTA ou celle du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), ou encore l’association des responsables des entreprises publiques nommés par le gouvernement, plusieurs organes de presse soutiennent qu’il n’y a pas de coup d’Etat. L’armée intervient, au contraire, d’après eux, pour sauver l’Algérie et la démocratie. En réalité, il s’agit là d’une lecture politique qui n’a aucune portée juridique et qui a été contestée par d’autres, comme le FFS de Hocine Aït Ahmed ou le FLN de Abdelhamid Mehri, qui dénonçaient au contraire une atteinte à la démocratie et une violation de la Constitution. On peut discuter à l’infini sur le risque encouru de voir le FIS imposer une dictature théocratique si les élections n’avaient pas été annulées. Ce qui est sûr, c’est que le commandement militaire n’a ni établi ni rétabli la démocratie. Sur le plan juridique, il est par contre très facile de répondre aux questions de légalité ou d’illégalité de l’annulation des élections. Personnellement, j’y ai répondu de manière claire au lendemain de l’annulation des élections, dans les colonnes mêmes d’El Watan, en expliquant qu’il s’agit d’un coup d’Etat contre la Constitution.

	 

	- Parmi les arguments avancés par les auteurs et les partisans de cette action, il y a «la sauvegarde de la République et de la démocratie de la menace intégriste». Cet argument tient-il la route ? A-t-on sauvé «la démocratie» ?

	Sur le plan politique, il est très difficile de soutenir que l’armée allait sauver la démocratie en Algérie. Non seulement parce que dans notre monde, ce n’est pas le rôle des armées de sauver la démocratie, mais aussi et surtout parce qu’en Algérie, il faut tenir compte de la place du commandement militaire dans la direction et le contrôle du système politique. Jamais un chef d’Etat n’a été intronisé ou écarté sans une action ouverte ou cachée du commandement militaire. L’armée a annulé les élections lorsqu’elle a considéré qu’elle ne pouvait pas gouverner avec «une façade islamiste de type FIS», surtout que celui-ci était fort de sa victoire électorale et n’était pas vraiment apte à la recherche de compromis politiques. L’une des graves insuffisances politiques du FIS était précisément son incapacité à comprendre le rôle et la place du commandement militaire dans le système politique algérien. Il avait cru qu’il allait pouvoir soumettre l’armée par une simple victoire aux élections. L’armée est donc intervenue pour sauver son emprise sur le pouvoir qu’elle n’avait cessé de fortifier depuis l’indépendance du pays, et non pour sauver la démocratie. Si le commandement militaire était politisé, il aurait pu penser autrement.

	En effet, la victoire du FIS ne signifiait pas que le commandement militaire perdait toute capacité de contrôle de la vie et des institutions politiques. Il avait le Président avec ses pouvoirs énormes, la sécurité militaire et son maillage de tous les secteurs. Le Président pouvait dissoudre l’Assemblée nationale en cas d’abus ou d’atteinte aux règles constitutionnelles par le FIS. Mais tout cela n’était pas à l’ordre du jour en 1992. Il faut se souvenir que dans le système politique algérien, les «gouvernants décideurs» ne sont pas habitués aux débats et aux compromis politiques avec des forces qui leur sont extérieures. Il ne faut pas prendre de risques avec la détention du pouvoir…

	
	- L’intervention de l’armée pour mettre un terme au processus électoral, à l’insu de la présidence de la République de l’époque, était aussi considérée comme un coup de force, et c’est votre point de vue aussi. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?   

	Les faits que nous avons relatés à propos de l’annulation des élections indiquent clairement que le commandement militaire a pris la décision d’annuler les élections et l’a imposée au chef de l’Etat. Ces faits s’analysent comme un coup de force ou un coup d’Etat, en 1992 comme en toute autre période. La démission de Chadli doit être analysée comme le résultat d’un coup d’Etat, même lorsque Chadli lui-même parle de démission. Il convient d’expliquer pourquoi. Il faut évidemment commencer par définir la notion de coup d’Etat, sans quoi on parlerait sans savoir. Il y a coup d’Etat lorsqu’une institution ou une force politique ou militaire s’empare de pouvoirs politiques décisifs qui ne lui appartiennent pas aux termes de la Constitution. Or, aux termes de la Constitution de 1989 qui était alors applicable, il n’appartient pas au commandement militaire de décider de l’annulation des élections. Il ne lui appartient pas d’imposer une politique au président de la République. Dans la Constitution de 1989, seul le Conseil constitutionnel pouvait annuler les élections, sans pression du pouvoir civil ou militaire. Pour qualifier juridiquement la décision d’annuler les élections législatives, le juriste ne doit pas se fonder sur la position ou le discours des hommes politiques concernés, comme le chef de l’Etat ou son ministre de la Défense. Il doit analyser les faits tels qu’ils se sont déroulés et les confronter au droit en vigueur, principalement la Constitution. Sinon, on se fourvoie parce qu’aucun auteur de coup d’Etat n’avouera jamais qu’il est l’auteur d’un tel coup.

	Souvenons-nous du coup d’Etat de juin 1965 où le colonel Boumediene parlait de redressement révolutionnaire… De surcroît, que connaissent MM. Chadli et Nezzar aux qualifications en droit ou en sciences politiques ? Lorsque Chadli a déclaré à la télévision qu’il donnait sa démission parce que, disait-il en substance, «des décisions ont été prises que je ne peux pas approuver», j’ai immédiatement compris et écrit dans le journal El Watan qu’il s’agissait d’un coup d’Etat parce qu’aux termes de la Constitution, aucune autorité militaire n’avait le droit de prendre de telles décisions et de les imposer au président de la République.  Les appréciations et les analyses de Chadli sont celles d’un colonel qui a lui-même été appelé au pouvoir par ses pairs. Il croit que puisqu’il quitte le pouvoir pour ne pas se soumettre à la décision prise sans son accord, il met en œuvre son droit de démissionner. Sa lecture n’est ni celle d’un juriste ni surtout celle d’un homme d’Etat parce qu’un président de la République doit mettre en œuvre la Constitution et s’opposer à sa violation. En démissionnant sans bruit et finalement sans résistance politique, le Président s’était soumis au coup d’Etat perpétré par ceux qui l’avaient choisi comme chef de l’Etat. A sa décharge on peut dire, évidemment, qu’aucun homme politique avisé n’ignore qu’en Algérie, on ne peut gouverner sans le soutien du commandement militaire. En perdant ce soutien, Chadli ne pouvait plus gouverner : il en a tiré les conséquences en démissionnant. L’analyse juridique est ainsi en cohérence avec l’analyse politique du système. Dans une situation différente, l’ancien président Zeroual a eu à tirer les mêmes conséquences. Il convient toujours de prendre garde à ce que l’analyse juridique rende compte de la réalité, sans quoi elle est anecdotique ou peut-être même nuisible.

	
	- Les arguments avancés à l’époque ne tiennent donc pas la route…

	Tous les arguments relatifs aux différences certaines entre décès, empêchement, démission invoqués à l’époque, notamment par le président du Conseil constitutionnel, s’effondrent devant l’acte anticonstitutionnel majeur qu’est l’annulation des élections par le commandement militaire. Les autres actes, comme par exemple la dissolution de l’APN que l’on aurait, dit-on, oublié de déclarer et de publier, l’attribution incroyable d’un pouvoir de décision à un organe constitutionnel consultatif, la création d’un Haut-Comité d’Etat (HCE) et la création d’un Conseil législatif sont des actes «consécutifs» au coup d’Etat pour le renforcer et lui donner du corps. Encore un mot pour en finir avec les arguments techniques spécieux qui prétendent écarter la qualification de coup d’Etat. Toutes les dispositions constitutionnelles relatives à l’empêchement, au décès ou à la démission du président de la République ou à la dissolution de l’Assemblée nationale exigent que les élections soient organisées soit dans un délai de 45 jours soit dans un délai de 3 mois. A défaut d’une disposition précise pour régler un problème, l’esprit de la Constitution devait conduire, même en cas d’imbroglio juridique par lequel on veut couvrir en réalité le coup d’Etat, à organiser des élections. Les élections libres et honnêtes ne sont qu’un élément du processus démocratique, mais elles sont un élément indispensable.

	
	- Récemment, le général à la retraite Khaled Nezzar a été arrêté en Suisse où il est poursuivi en justice pour des faits liés à l’arrêt du processus électoral. Cela fait déjà peur aux responsables qui ont partagé avec lui cette décision. Ces derniers risquent-ils d’être poursuivis à leur tour ?

	L’arrestation du général Nezzar à Genève, il y a quelques semaines, et sa mise en examen par la justice suisse font suite à une plainte supportée par l’ONG Trial pour des faits qualifiés par elle de «crimes contre l’humanité» commis pendant les années 1990, durant la période où Nezzar était ministre de la Défense. Il ne s’agit donc pas directement de juger la décision d’annulation des élections. Mais celle-ci sera nécessairement évoquée. Il s’agit là de l’application des règles et principes de ce que l’on appelle la «compétence universelle» qui permet aux juges d’un pays de juger les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. La convention contre la torture de 1984, d’ailleurs ratifiée par l’Algérie, donne compétence à un juge étranger de juger les auteurs de tels crimes. L’utilisation systématique ou généralisée de la torture ou des disparitions forcées constitue, en droit international, un crime contre l’humanité. En outre, ces crimes sont imprescriptibles. De sorte que la menace pèsera pour toujours sur les auteurs présumés de tels crimes. Lorsqu’elle est bien utilisée, la compétence universelle est une des plus belles conquêtes des militants des droits humains dans un monde où règnent encore trop d’arbitraire et d’impunité. Mais on le sait bien, à la suite notamment des expériences connues des affaires Pinochet ou autres, la preuve des actes de torture, des disparitions forcées et autres crimes contre l’humanité et surtout leur imputabilité à une personne est difficile. C’est pourquoi personne ne peut dire à l’avance le sort qui sera réservé par le juge suisse aux accusations portées contre le général Nezzar. Mais l’agitation algéroise sur cette question montre assez que de nombreux responsables sont préoccupés par cette affaire et par l’exemple qu’elle pourrait constituer. C’est l’occasion de dire que l’image de l’Algérie serait mieux préservée si le pacte fondamental que doit être la Constitution et les droits humains étaient respectés et si, particulièrement, la justice était indépendante.
	
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           <title>Rachid Tlemçani : «L’Algérie pouvait prendre une autre destinée en 1988»</title>
           <author>Mokrane Ait Ouarabi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description>
	Avec la lucidité qu’on lui connaît, le docteur Rachid Tlemçani revient, dans cet entretien, sur l’arrêt du processus électoral en janvier 1992. Il livre son appréciation sur le poids réel de l’islamisme en Algérie. Il estime ainsi qu’un nouveau scénario islamiste est en préparation et que l’amputation de la main pour un vol et la flagellation de la femme adultère ne dérangeraient en rien la communauté des affaires.  
	- Comment analysez-vous l’arrêt du processus électoral, vingt ans après ?

	Pour analyser l’arrêt du processus électoral, il faut impérativement revenir à la crise du système du parti unique dont le dénouement fut paradoxalement l’éruption des émeutes, le 5 octobre 1988.
	Ces émeutes ont engendré, à leur tour, une autre forme de crise de légitimité de l’Etat sécuritaire qui perdure jusqu’au jour d’aujourd’hui. Octobre 1988 fut donc un événement complexe, où interféraient à la fois une crise sociétale multiforme et une crise politique émaillée d’une lutte féroce dans les appareils étatiques. L’Algérie pouvait en effet prendre une autre destinée en 1988, comme ce fut le cas par ailleurs au lendemain de l’indépendance nationale, lorsque les militaires ont renversé le GPRA.
	Ce coup d’Etat a fait basculer le pays dans l’autoritarisme que le pouvoir prétorien a consolidé en modernisant ses institutions. En 1988, l’Algérie a raté sa rencontre avec la modernité, comme c’est le cas encore en 1999 et en 2012.  L’histoire de l’Algérie contemporaine se résume en une  série de coups de force. Aujourd’hui, il y a un consensus sur les tenants et les aboutissants de ces émeutes. Il est nécessaire de souligner qu’il y avait deux grands courants : les tenants de l’économie administrée et ceux de l’infitah, économiquement et, idéologiquement, les islamo-baasistes et les militaro-démocrates. Selon toute vraisemblance, c’est le courant des réformateurs qui a remporté la guerre puisqu’il a permis l’éclosion du «printemps algérien».

	Mais il n’a pas remporté la bataille finale puisque le populisme a repris les leviers de commande ces dernières années. On a eu l’impression, durant cette période, que les Algériens étaient emportés par une grande vague de liberté, sans commune mesure dans les pays arabes. Le ras-le-bol des Algériens était général à l’égard de tout ce qui pouvait représenter l’autorité publique et ses institutions politiques. La société tout entière était en effervescence, en mouvement. Dans la mêlée, la légalisation de l’islamisme politique sous la direction du FIS est passée presque inaperçue. Les islamistes n’ont jamais caché pourtant leur projet de société.
	La démocratie qui leur a donné naissance est perçue comme «kofr». Dans un tel contexte marqué par une grande confusion et un chaos organisé, il était prématuré d’organiser des élections démocratiques. Une période de maturation politique était nécessaire avant de s’engager dans une autre aventure. Cette période était indispensable, particulièrement aux groupes politiques ne recevant pas d’aide extérieure. Dans une telle situation, le FIS a réussi à manipuler le slogan «L’islam est la solution» à la hogra. A cela, il faudrait ajouter deux facteurs d’ordre technique qui ont favorisé la victoire de l’islamisme radical, le découpage électoral et la loi électorale. Les dérives autoritaires devenaient ainsi inéluctables. La victoire islamiste n’était pas donc une surprise. Le pouvoir prétorien et ses réseaux dans la société civile, déconnectés de la réalité sociologique, ont préféré faire confiance aux sondages-maison en organisant les législatives de 1991.

	
	- Le scrutin communal, une année avant, ne laissait pourtant aucun doute quant à une seconde victoire des islamistes.
	Après toutes ces années, le débat sur cette période est-il réellement ouvert ?   

	Le débat sur cette période n’est pas encore ouvert, malheureusement. Aucun dossier sensible n’a fait l’objet d’un débat national sous le prétexte que la société n’est pas encore mûre…
	Ce débat ne risque pas d’être ouvert de sitôt au regard de la publication des nouvelles lois, notamment sur les ONG et l’information, régissant le nouvel ordre sécuritaire en gestation. Au lieu de s’ouvrir en préparant une sortie honorable, le pouvoir en fin de règne s’est recroquevillé sur lui-même en hissant une muraille sécuritaire.

	
	- Dans le contexte des révolutions arabes, quand on parle des islamistes, on cite souvent l’Algérie comme exemple à ne pas suivre. Etes-vous du même avis ?

	Contre toute attente, le Printemps arabe a propulsé les islamistes au pouvoir en Tunisie, en Egypte, en Libye et probablement en Algérie. Très étrange, cette situation révolutionnaire, soutenue par l’opinion internationale, a donné un nouveau souffle au discours anti-impérialiste des années 1960 et 1970, un discours qui a justifié toutes les dérives autoritaires dans les pays arabes. Chaque cas est pourtant bien spécifique. Par exemple, les élections législatives égyptiennes ont été organisées dans un contexte similaire à plus d’un titre à celui de l’Algérie 1991.

	Là s’arrête la comparaison. Les militaires, sous la direction du Conseil suprême des forces armées (CSFA), se sont même opposés à «la place Tahrir» qui a continué, après la chute du raïs Moubarak, de revendiquer la fin de «l’Etat moukhabarate». Sans surprise, les islamistes ont remporté une grande victoire électorale consacrant la première étape de la révolution. L’expression «Etat contre société» prend tout son sens en Egypte. Une armée de plus d’un million de personnes ayant privatisé plus de 20% du PIB n’est pas prête à regagner du jour au lendemain ses baraquements. L’alliance avec les islamistes, la force politique la mieux organisée, s’est avérée indispensable pour se maintenir au pouvoir. La relation entre les militaires et les islamistes a de tout temps évolué en dents de scie en fonction des luttes démocratiques.

	
	- Le cas tunisien est-il vraiment différent du cas égyptien ?

	Le cas tunisien n’est pas vraiment différent sociologiquement du cas égyptien. Les islamistes tunisiens ont mené une lutte sur plusieurs fronts contre le régime policier de Ben Ali depuis plus de 20 ans. Ils sont perçus comme «clean», ils ne sont pas associés à la crise actuelle.
	Ils ont gagné une grande crédibilité au sein de l’opinion publique. Lors de la campagne électorale, Ennahda a fait preuve non seulement d’une organisation solide, mais aussi d’une grande capacité de mobilisation. Les islamistes se sont trouvés pratiquement seuls sur le terrain lors de la campagne électorale. Si les islamistes bénéficient d’un électorat fidèle et discipliné, tel n’est pas le cas des «formations démocrates» dont les sympathisants figurent parmi les non-inscrits. Mais sans le soutien financier des Etats du Golfe, il aurait été très difficile aux islamistes, tant tunisiens qu’égyptiens, de mener de grandes campagnes électorales de type américain. Par contre, le cas marocain est différent et proche du cas algérien. Le roi Mohammed VI a invité les islamistes modérés à faire partie du jeu politique du makhzen. Vainqueur des dernières législatives, le Parti de la justice et du développement (PJD) ne conteste pas l’institution royale, encore moins le statut de «commandeur des croyants» du souverain, à la différence du parti Adl Wal Ihsane (Justice et bienfaisance). L’islamisme institutionnalisé est bien encadré au Maroc, sa victoire électorale n’a aucun impact dans la prise des grandes décisions du pays.

	
	- A l’aune des élections législatives, le spectre islamiste est encore agité. Pensez-vous, comme cela se dit, que les partis islamistes peuvent avoir la majorité dans la prochaine Assemblée ?

	Je pense qu’un scénario islamiste est en préparation, d’autant plus qu’il bénéficie du soutien des partenaires commerciaux. L’amputation de la main pour un vol et la flagellation de la femme adultère ne dérangeraient en rien la communauté des affaires. Bien au contraire, les islamistes au pouvoir, sans aucun programme économique précis, renforceront les mécanismes de l’économie de bazar. Les luttes de sérail se résument actuellement à l’habillage de cette assemblée mosaïque. Sera-t-elle habillée d’un burnous, d’un costume en alpaga ou d’une tenue soudanaise ? La prochaine législature passera le plus clair de ses sessions à palabrer sur les questions culturelles, identitaires et des mœurs relevant de la vie privée des citoyens. Il serait probablement question de créer une police des mœurs pour compléter la professionnalisation des forces de sécurité. Toutes les grandes décisions, du code de la famille jusqu’aux dernières décisions politiques en passant par les codes communal et de wilaya, véhiculent une implacable logique sécuritaire au détriment de la promotion de la citoyenneté. Le régime a tout fait pour que les conditions sociales et économiques nécessaires à l’avènement d’un ordre ouvertement islamiste envahissent tous les espaces de la sphère publique. Une islamisation rampante et sournoise a été mise en œuvre depuis les années 1980. La tendance lourde, au sein du pouvoir, est déjà islamiste dans le sens qu’il est foncièrement conservateur. Tout a été islamisé. Que reste-t-il donc ? Quelques débits de boissons alcoolisés et des jupes longues !

	
	- La victoire électorale des islamistes est-elle inéluctable ?

	Pour répondre à cette question sans grand enjeu à mon sens, il ne me semble pas que la décision finale n’a pas été prise quant au nombre d’islamistes devant siéger au sein de la nouvelle Assemblée.
	Il y a encore des tiraillements et des luttes, à géométrie variable, entre les différents clans et les groupes de pression régulant l’import-import. D’ici la tenue de ce scrutin, je crains qu’AQMI relance ses actes terroristes pour influencer les résultats.

	
	- La présidence de la République sera-t-elle en mesure d’imposer ses candidats appartenant à l’islam traditionnel par opposition à l’islam de bazar ?

	Ce qui est nouveau, c’est que le président de la République, ayant activé durant ses mandats le réseau des zaouïas représentant un électorat large, souhaite des «élections libres et transparentes». Quant aux forces sécuritaires opposées à ce scénario, je pense qu’elles ne sont pas encore parvenues à un consensus sur le type particulier d’islamisme à soutenir. Le choix est entre un «bazar ouvert» et un «marché très bureaucratisé». Tout compte fait, les élections ne seront pas différentes des précédentes.

	
	- Quels sont les véritables enjeux des prochaines élections législatives ?

	Une des plus grandes particularités algériennes, c’est que les urnes n’ont aucune importance, les enjeux sont ailleurs. Sans grande surprise, le taux de participation, comme lors des précédents scrutins, sera très bas. Si le RCD ne participe pas, ce scrutin sera un fiasco total et la crise de légitimité s’accentuera jusqu’à la fin du mandat présidentiel. Mais cette fois, je pense que c’est le FFS qui donnera une certaine crédibilité à ce scrutin. Il semble que les tractations entre le FFS et la présidence de la République d’une part, et entre le FFS et le DRS, d’autre part, ont commencé avant même l’installation de la nouvelle équipe du Front.
	Un des gros enjeux de ce scrutin est associé à la gestion du pactole de 200 à 300 milliards de dollars. Le groupe sortant aura la haute main sur cet énorme «butin de guerre» dont une partie sera transférée à l’étranger pendant que de jeunes chômeurs s’immolent ou tentent la harga.</description>
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           <title>Amnésie dangereuse</title>
           <author>Nouri Nesrouche </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Le 25 novembre 1991, des nouvelles inaccoutumées et choquantes parviennent de la ville de Guemmar, dans le Sud-Est algérien. Une caserne de l’Armée nationale populaire (ANP) est attaquée par un groupe armé, faisant 25 morts. 
	Le commando, composé de jeunes militants islamistes, est mené par le maire de la ville affilié au FIS. Le parti de Abassi Madani et Ali Benhadj ne condamnera jamais l’attentat. A un mois des élections législatives du 26 décembre 1991, les Algériens, déjà au fait du caractère violent des «frères de la mosquée», découvrent incrédules l’autre facette du FIS. L’attentat inaugure le cycle terroriste islamiste en Algérie faisant un bilan de plus de 200 000 morts et la liste reste ouverte.
	Aujourd’hui, l’une des deux thèses qui s’affrontent assure que le recours par les militants du FIS aux armes est la conséquence de l’arrêt du processus électoral le 11 janvier 1992.

	«En refusant l’alternance, le pouvoir a poussé les gens à prendre le maquis. Nous étions élus pour 5 ans. Si on nous avait laissé accomplir notre mandat, rien de tout cela ne serait arrivé», confiait Kamal Guemazi, cadre du FIS et ex-maire d’Alger, dans les colonnes du magazine français L’Express en janvier 2006. Cette thèse est endossée par une partie de l’opinion nationale et internationale, partisane du retour du FIS sur la scène politique. Les faits sont têtus et l’histoire retiendra que les différentes organisations terroristes algériennes, du MIA jusqu’à AQMI, en passant par le MEI, l’AIS, le GIA et le GSPC, ont été créées par des militants du FIS. On retiendra aussi la longue lettre adressée par Ali Benhadj à «ses frères du maquis», depuis sa cellule, les exhortant à poursuivre leur combat.
	Ces groupes se sont tous revendiqués du djihad, la guerre sainte, non seulement contre l’Etat, mais aussi contre le peuple. Non seulement en réaction à l’annulation des élections législatives remportées par le FIS, mais comme stratégie fascisante contenue dans la nature même du parti.

	Les différentes idéologies qui traversaient le front n’ont jamais tranché la question du choix du chemin à suivre en quête du pouvoir. Les modérés défendaient l’idée d’une participation aux élections, alors que les ultras jugeaient que le recours aux armes était la seule solution pour arracher le pouvoir. Certains observateurs estiment que les deux tendances ont servi l’objectif du parti. Les dividendes engendrés par la pression et les actes de violence étaient récoltés par les politiques.
	D’ailleurs, en plus de l’attaque de la caserne de Guemmar, plusieurs faits ont été signalés avant l’échéance électorale de décembre 1991. A commencer par la découverte d’une quantité d’armes lors d’une perquisition opérée dans les locaux du mouvement au lendemain de la grève insurrectionnelle de mai 1991, ou encore la découverte, à Dellys, d’une casemate où était stocké du ravitaillement. Quelques années plus tôt, le mouvement islamique armé (MIA), fondé par Bouyali, commettait ses premiers attentats.

	Les partisans de cette tendance ont pour la plupart bénéficié de formations paramilitaires dans des camps, à Jijel notamment. Et des centaines de jeunes Algériens nourris à l’idéologie islamiste ont pris part à la guerre en Afghanistan. Ils viendront grossir les rangs du FIS et organiseront même des parades en tenue militaire lors de manifestations du parti. Auparavant, en 1982, les islamistes avaient fait leur première victime civile en assassinant à l’université d’Alger un étudiant trotskyste. Le mouvement islamiste en Algérie, et a fortiori le FIS, a toujours porté en lui les germes de la violence.Le numéro 2 du FIS, Ali Benhadj, n’a jamais caché le fond de sa pensée. A l’occasion de nombreux prêches ou discours qu’il a donnés avant l’interruption du processus électoral, il avait proclamé la démocratie impie et annoncé que l’Algérie deviendra un Etat islamique, «quitte à liquider les deux tiers des Algériens».
	Des déclarations pareilles couronnaient des pratiques quasi quotidiennes de moralisation forcée de la société. Les femmes étaient les premières cibles des soldats d’Allah, en barbe et qamis.

	La mixité dans les écoles et sur les lieux de travail, les manifestations culturelles et toutes les formes d’activités assimilées à l’Occident sont remises en question. Des brigades de police parallèle se chargeaient d’exécuter les nouveaux préceptes. En trois ans d’existence, le FIS a fondé son discours sur la haine divisant les Algériens entre croyants et apostats. Vingt ans après, la politique de l’amnésie entretenue par les islamistes et leurs relais stratégiques, à l’extérieur et à l’intérieur du pays, tente d’innocenter le FIS de son implication dans la tragédie algérienne. Les Algériens oublieront-ils qui a tué qui ?
	
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           <title>«Chadli ? Qui Chadli ?»</title>
           <author>Ghania Lassal </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 11 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Il y a 20 ans, jour pour jour, le président Chadli Bendjedid quittait le pouvoir. Deux décades historiques, gravées dans le sang, des crises et des bouleversements. 
	Mais 20 ans, c’est aussi le bel âge, l’âge qu’ont des millions d’Algériens. Génération perdue pour certains, génération de l’espoir pour d’autres, leur enfance a été rythmée par les affres du terrorisme et bercée par l’insécurité. Aujourd’hui, ils ont intégré tous les troubles et les mutations d’une société «de paradoxes», qu’ils cristallisent à merveille. Et que savent-ils, ces «vingtenaires», des événements qui ont façonné la seule Algérie qu’ils connaissent ? Et la chronologie de ce qui a plongé le pays dans le chaos, privant cette génération d’une enfance «normale» ?  

	L’année 1992, ils s’en rappellent, puisque c’est l’année, pour la plupart, de leur naissance. La date, le 12 janvier, ne leur rappelle toutefois rien. Ou si, la célébration de Yennayer. Mais la combinaison des deux ? Toujours pas grand-chose. Un rappel de ces événements s’impose donc afin de les faire réagir. Démission de Chadli, interruption du processus électoral, victoire du FIS aux législatives… Là, certains se tapent la tête de la main, en poussant un grand «ah oui ! Bien sûr !». D’autres haussent les épaules, en vous regardant avec de grands yeux ronds, perplexes pleins d’interrogations. Et comme pour nombre de choses en Algérie, mieux vaut ne pas se fier aux apparences. «Chadli ? C’est qui Chadli ?», bredouille Asma, étudiante en… sciences politiques ! «Non vraiment, je ne vois pas», poursuit-elle, en avouant ignorer tout de cette période, «puisque personne ne me l’a appris».

	Logique ? Il est vrai que ces événements, dans le détail, ne sont pas enseignés à l’école. «A la fac, tout ce qu’on a étudié, c’est Boumediène. Le socialiste, c’était bien lui, non ?», ajoute-t-elle. Même son de cloche chez d’autres étudiants, en sciences politiques toujours.
	Ce n’est pas qu’ils ne connaissent que vaguement les péripéties de l’Algérie indépendante, c’est qu’ils ignorent carrément l’existence même d’un président Chadli, qui a présidé aux destinées de leurs parents pendant plus d’une décennie. «Il était vraiment président ?», insiste Manel. «Wallah jamais ma s’maât bih ! (Je jure que je n’en ai jamais entendu parler !)», pouffe de rire, quelque peu gênée, la jeune fille. D’autres, à l’instar de Kamilia, Siham ou Dalal, toutes trois étudiantes à l’INPS, ou encore d’Imane, en école préparatoire à Draria, savent que le pays a sombré dans la violence à la suite d’élections remportées par le FIS, mais «sans plus». Et ces jeunes citoyens, pur produit des années 1990, ont le même leitmotiv afin d’expliquer, de justifier même, leurs connaissances plus qu’approximatives sur le sujet, voire même leur ignorance : la «politique», très peu pour eux.

	
	«Binathoum… c’est entre eux»

	
	«Hormis les blagues sur Chadli, je ne sais pas grand-chose de tout cela. Vous savez, je ne m’intéresse pas du tout à la politique», confesse Rédha, jeune chômeur, qui vit de sa «débrouillardise». Les anecdotes croustillantes et autres calembours autour de l’ancien président de la République, véritables pans du patrimoine populaire algérien, sont ainsi le seul vestige arrivé aux oreilles d’une certaine génération, et l’unique chose que des milliers de jeunes Algériens retiennent de cette partie de l’histoire, pourtant si récente, de leur pays. Il serait évidemment une erreur de généraliser à l’ensemble de cette tranche d’âge. Ils sont – fort heureusement – nombreux ces jeunes à connaître cette date, et les faits s’y rattachant. Anis a 20 ans. Il est né en juin 1992, «le jour où ils ont tué Boudiaf», précise-t-il, non sans une certaine fierté. Connaît-il les événements qui ont précédé cet assassinat ? «Et comment ! Ce n’est pas parce que je n’ai pas étudié que je ne connais pas l’histoire de mon pays !», s’exclame le jeune, qui «navigue» pour ne pas chômer.
	En casquette et survêtement, Anis rit aux éclats quand on lui parle de Chadli. «La démission ? Le coup d’Etat, oui !», objecte le jeune homme dans un clin d’œil entendu. Entre harga, «t’bezniss» et «l’mizirya», le jeune homme s’est fait «depuis longtemps» son idée sur la question de la justesse de ce coup de force. «L’armée a eu tort ou raison ? Ce qui est fait est fait. Binathoum (c’est une histoire entre eux). Ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui, des millions d’Algériens souffrent pour survivre. Il ne reste plus rien qui vaille la peine dans ce pays. Même l’espoir l’a quitté», assène-t-il, fataliste sous ses airs juvéniles.

	
	«Tout ça pour ça…»

	
	«J’estime que le pouvoir a pris la bonne décision. Intervenir est d’ailleurs, je pense, l’unique bonne chose que le régime ait pu faire pour le pays. L’avenir lui a donné raison. A mon avis, si l’armée ne serait pas intervenue, le pays aurait vécu une pire catastrophe que la décennie noire», enchaîne, pensif derrière ses lunettes, Nacer, étudiant à Alger. «Nous n’aurions jamais pu jouir de la liberté que nous avons. Les choses ne sont certes pas parfaites, mais de deux maux, il faut choisir le moindre», dit-il dans un sourire. Opinion d’ailleurs amplement partagée au sein de cette génération. «Sans ce qui s’est passé en 1992, aujourd’hui l’Algérie serait l’Iran ou l’Afghanistan !», décrète, sans appel, Yacine, étudiant. «La façon dont cela a été fait était antidémocratique. Mais il y avait péril en la demeure ! Une théocratie d’extrémistes ? Nous autres femmes serions où aujourd’hui ?», s’échauffe Meyssa. Habib, lui, est mi-figue, mi-raisin. «En toute franchise, mais avec le confort du recul, peut-être qu’ils auraient dû les laisser gouverner. Au bout de quelques mois, les citoyens se seraient rendu compte que les politiques sont tous les mêmes», juge-t-il. Et de conclure : «Toutes ces manœuvres et ce sang, pour, au final, revenir à la case départ…»
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           <title>2011, L’année des désillusions</title>
           <author>Hocine Lamriben </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 29 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Tripartite, augmentation du SNMG, allégement du credoc, révision de la loi sur les hydrocarbures, lancement des activités de l’assureur français AXA, explosion de la facture des importations, etc. 
	Retour en arrière sur quelques faits marquants de l’actualité économique algérienne. Après une période de tensions, le gouvernement et le patronat privé ont renoué en mai dernier le fil du dialogue. Signe du dégel : l’allègement du crédit documentaire (credoc), fortement contesté par les chefs d’entreprise. Les entreprises sont autorisées à utiliser la remise documentaire, voire même utiliser le transfert libre à hauteur de 4 milliards de dinars (contre 2 anciennement) pour leurs importations de biens d’équipement, de matières premières et d’intrants non destinés à la revente en l’état.

	En 2009, les autorités avaient instauré le credoc comme unique moyen de paiement des opérations de commerce extérieur dans l’espoir de mettre un frein aux importations massives. En vain. L’autre fait marquant : l’augmentation du Salaire national minimum garanti (SNMG). Lors de la 14e tripartite consacrée aux questions sociales, le gouvernement a concédé une majoration de 20% du SNMG fin septembre, faisant passer celui-ci de 15 000 à 18 000 DA à partir de janvier 2012.

	Une concession qui ne satisfait pas pour autant les syndicats autonomes. Cette augmentation coûtera 75 milliards de dinars au budget de l’Etat. Dans le secteur de l’énergie, le gouvernement entend réviser la loi sur les hydrocarbures pour encourager l’investissement étranger dans l’exploration. Alger compte aussi garder le contrôle sur son pétrole et son gaz. L’Algérie a durci à partir de 2009 les conditions d’investissements étrangers.

	Cette mesure interdit à tout investisseur étranger de détenir plus de 49% du capital d’une société de production tout en répartissant les 51% restants entre plusieurs partenaires algériens, de sorte que ces derniers restent majoritaires. Par ailleurs, Noredine Cherouati a été limogé de son poste de PDG de la compagnie nationale Sonatrach, dont l’image de marque est ternie par une série de scandales financiers. Il a été remplacé par un autre haut cadre de l’entreprise, Abdelhamid Zerguine, ancien responsable de la filiale de la société nationale des hydrocarbures à Lugano (Suisse).

	Toujours au sein de Sonatrach, l’ex-PDG du groupe, Mohamed Meziane, a vu sa peine confirmée début décembre par la justice à deux ans de prison dont un ferme pour malversations et à une amende. Abdelhafid Feghouli, qui occupait la vice-présidence du groupe, a été condamné en appel à la même peine, soit un an de prison dont huit mois avec sursis et 200 000 DA  d’amende.
	Côté entreprises, et après avoir conclu en mai 2011 un partenariat avec la BEA et le FNI, l’assureur AXA annonçait, mardi 20 décembre 2011, le lancement officiel de ses activités sur le marché algérien par le biais de ses deux sociétés, AXA assurances Algérie dommage et AXA assurances Algérie en partenariat avec la Banque extérieure d’Algérie et le Fonds national des investissements. AXA espère ouvrir une trentaine d’agences et une quinzaine d’espaces d’ici 2012 et créer de 300 à 400 postes d’emploi en 2012.

	Pour clore cette liste, notons l’explosion de la facture des importations que ni l’annulation du crédit à la consommation ni l’établissement du crédit documentaire n’ont pu juguler. Cette année encore, la facture devrait franchir un nouveau cap avec plus de 43 milliards de dollars. Les onze premiers mois de 2011 enregistrent déjà 42,63 milliards de dollars contre 36,49 au cours de la même période en 2010, soit une hausse de 16,83%, selon des chiffres provisoires du Centre national de l’informatique et des statistiques des Douanes (CNIS).
	 
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           <title>Mohamed Hennad : «Le pouvoir est crispé, ne sachant quoi faire pour dépasser l’impasse politique»</title>
           <author>Madjid Makedhi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 29 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Aucun changement. L’Algérie de 2011 n’a pas changé sur le plan politique. Bien au contraire, elle a encore régressé. C’est ce que pense le politologue Mohamed Hennad qui revient ici sur les «réformes politiques» initiées par le président Bouteflika. Ces réformes venues d’en haut, estime-t-il, ne visent en réalité qu’à maintenir le statu quo. 
	-L’année 2011 tire à sa fin. Elle a été très remarquable pour le Monde arabe, où plusieurs pays ont connu des changements politiques profonds ; des régimes sont tombés et des processus démocratiques ont été enclenchés. L’Algérie a connu, elle aussi, des mouvements de protestation qui ont contraint le pouvoir à annoncer «des réformes politiques». Quel bilan, faites-vous, de la situation politique en Algérie durant cette année charnière ?

	A vrai dire, je ne veux pas être parmi ceux qui veulent faire tendance et s’ingénient à ponctuer le temps pour le simple plaisir de le ponctuer. Il est, quand même, triste de voir les années défiler dans notre pays sans que les choses y changent sinon pour le pire. Bien plus, notre pays ne cesse de régresser dans des domaines vitaux, notamment en matière de sécurité publique et environnementale et de transparence dans la gestion des affaires publiques ; ce qui porte un sacré coup au moral de la nation que certaines chancelleries n’ont pas hésité à qualifier de «malheureuse». Je vais, peut-être, vous étonner si je vous disais, aussi, que le sens de la pudeur est en perte de vitesse dans notre pays, sachant que ce sens est le ciment même de toute vie communautaire. Vous dites «année charnière», les années algériennes n’ont jamais cessé d’être «charnières».

	Sincèrement, je ne peux utiliser cette expression pour qualifier la situation dans notre pays. Pour ce qui est des réformes, je dirais, tout simplement que l’enjeu fondamental semble moins lié aux réformes – inévitables par ailleurs – qu’au souci de ne pas perdre les élections prochaines – la campagne électorale ayant déjà commencé, notamment au sein du FLN ! Car ce pouvoir fera tout pour ne pas permettre l’alternance en perdant les élections.

	C’est le propre d’un pouvoir conquérant ! Cependant, ce dernier sait que les élections prochaines seront beaucoup plus difficiles à manipuler que celles qui ont eu lieu à ce jour, et ce notamment pour les raisons suivantes : les bouleversements que vit la région, avec quatre «révolutions» ayant déjà réussi à faire «dégager» les anciens dirigeants. Aussi, le problème qui se pose, aujourd’hui, au pouvoir algérien réside dans le fait que trois pays aussi nord-africains et arabes que le sien (Tunisie, Maroc, et Egypte) ont situé une barre démocratique déjà trop haute pour lui à atteindre, puisque lesdits pays ont connu des élections qui vont, malgré tout, conduire au changement de la pratique politique et au renouvellement de l’élite dirigeante qui a dominé la scène politique dans leurs pays jusqu’à présent.

	Les frustrations nées de l’échec répété depuis l’ouverture du champ politique en 1989, doublé d’une demande, nationale et internationale, incessante pour une alternance et une meilleure gouvernance du pays. Il faut savoir aussi que les pays occidentaux nous surveillent de très près, notamment à travers leurs chancelleries. Tout le monde le sait. La fragilité grandissante de l’Alliance présidentielle (majorité écrasante au «Parlement», conçue pour freiner le pluralisme) à cause de son caractère plutôt disparate. Les divergences au sein de cette alliance pourraient engendrer une concurrence assez rude entre ses trois composantes lors des prochaines élections. C’est ce qui pourrait expliquer les agitations du leader du MSP depuis quelque temps, encouragé par la victoire des islamistes aux élections qui ont eu lieu en Tunisie, au Maroc et en Egypte. Il faut aussi ajouter au tableau la maladie du président A. Bouteflika et le blocage auquel elle a conduit. En cas d’ un empêchement quelconque d’ici là, le pouvoir se trouvera devant une situation difficile à gérer, d’autant plus qu’actuellement aucune figure ne semble émerger du lot pour assurer une succession en douce.

	-Les textes législatifs élaborés dans le cadre «des réformes politiques», promises par le président Bouteflika, ont largement été critiqués même par des parties au sein du pouvoir. Pensez-vous que la démarche adoptée jusque-là est en mesure de mettre le pays sur la voie de la démocratie ?

	Comme je viens de le dire, le vrai enjeu est ailleurs. A ce titre, les critiques qui peuvent s’exprimer çà et là importent peu finalement, tant que ce qui doit attirer notre attention est moins le contenu de ces réformes que la démarche adoptée dans leur élaboration et adoption. Tout d’abord, lesdites réformes sont le «fait du prince», c’est-à-dire octroyées au lieu d’être le fruit d’un débat national et/ou d’une négociation entre les différentes forces politiques du pays. Elles ont été le résultat de simples «consultations» initiées et conduites par le pouvoir en place. De ce fait, l’application de ces réformes restera, en toute logique, tributaire de la volonté de celui qui les aura décidées. Ensuite, elles sont fondées sur des considérations sécuritaires d’abord, puisque c’est le ministère de l’Intérieur – notre cheval de Troie – qui en est l’élaborateur et l’exécutant ! Enfin, elles n’ont pas été accompagnées de mesures à même d’instaurer la confiance qui fait lamentablement défaut chez nous.

	Parmi ces mesures, l’on peut citer, par exemple : le refus d’annuler l’article 93 du projet de loi électorale obligeant – pour des raisons évidentes – les ministres désirant se porter candidats aux prochaines élections législatives de démissionner, trois mois avant l’échéance électorale ; le remplacement du gouvernement actuel du moment que celui-ci est basé sur des considérations partisanes et de quotas par un gouvernement intérimaire sans enjeu électoral pour ses membres. Il aurait même été judicieux de dissoudre la législature actuelle d’autant plus qu’elle est devenue la risée de tout le monde, y compris des députés eux-mêmes.

	-Dans sa dernière intervention, le président Bouteflika paraît satisfait de sa démarche et promet d’organiser «des élections législatives pluralistes et transparentes». Quels sont les enjeux de ces élections pour le pouvoir et pour la classe politique nationale ?

	M. le Président, comme tous les présidents du monde, a le droit d’être satisfait de tout ce qu’il fait. Toutefois, lorsqu’il insiste que les prochaines élections législatives seront sans précédent en matière de transparence, cela veut dire, a contrario, que les élections qu’a connues l’Algérie jusqu’à présent ont été toutes frauduleuses, y compris ses propres élections, bien entendu. Il faut donc commencer par reconnaître, sans détour, ce fait avant de promettre quoi que ce soit ! En même temps, rien ne garantit que cette promesse sera tenue cette foi-ci, d’autant plus qu’il s’agit d’une promesse qu’on ne cesse de répéter à la veille de chaque échéance électorale. Car une fois les résultats de ces élections seront connus, on ne pourra rien contre ; ce sera un fait accompli, comme toujours !

	Quant aux enjeux de ces élections pour le pouvoir en place, je pense qu’ils sont clairs. Comment faire pour demeurer au pouvoir sans perdre la face devant les opinions publiques nationale et internationale, vu tout ce qui se passe, depuis plus d’une année, chez nous, autour de nous et ailleurs. Il s’agit là d’une équation qui sera très difficile pour le pouvoir à résoudre. Ceci côté pouvoir. Côté «classe politique», il faut distinguer, grosso modo, deux classes : une plus ou moins parasitaire qui voudrait voir les choses rester, tant bien que mal, en l’état dans notre pays et l’autre plus ou moins de défi qui voudrait le contraire, mais qui, primo, peine à s’entendre sur un dénominateur commun, notamment comment préparer le terrain pour une compétition politique saine avant de parler de cette compétition en elle-même ; secundo elle ne donne pas l’impression d’avoir bien appris la leçon, notamment avec le régime en place . Par conséquent, l’enjeu sera différent selon qu’il s’agisse d’une ou de l’autre classe.

	-Le système algérien est-il prêt à faire sa mue ?

	Franchement, non ! Il est quand même triste de constater que la «tragédie nationale» n’a servi à rien jusqu’à présent. Bien plus, elle continue sous une forme ou une autre ! Force est de constater que le pouvoir en place ne veut pas faire sa mue, mais il faut, aussi, se rendre à l’évidence qu’il est foncièrement incapable de faire cette mue sans qu’il y soit contraint d’une manière ou d’une autre. Je dirais même qu’il est crispé, ne sachant quoi faire pour dépasser l’impasse politique que le pays vit depuis une bonne vingtaine d’années. Car, il doit penser que toute initiative crédible de changement dans les mœurs politiques et dans l’élite régnante serait, inévitablement, fatale pour lui. Bien plus, il est à parier que ses dignitaires craignent des poursuites sérieuses si jamais leur système tombe.
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           <title>«Le régime refuse de tirer les leçons de ce qui se passe autour de lui»</title>
           <author>Madjid Makedhi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 29 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	La situation des droits de l’homme en Algérie n’a connu aucune amélioration. 
	  Au contraire, l’Algérie enregistre un recul inquiétant dans tous les domaines. Aveugle, le régime algérien ne veut pas tirer les leçons de ce qui se passe en Afrique du Nord et au Moyen-Orient et s’entête encore à empêcher les citoyens d’avoir leurs droits fondamentaux. C’est le constat établi par le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh), Mostefa Bouchachi. «Contrairement à tous les pays du monde et particulièrement ceux de notre région, l’Algérie a enregistré en 2011 une régression dans tous les domaines : droits de l’homme, démocratie et lutte contre la corruption», affirme-t-il dans une déclaration à El Watan. La vie publique, ajoute-t-il, demeure strictement contrôlée par le pouvoir qui refuse de concéder aucune ouverture aux Algériens.

	«Les droits civiques et politiques sont bafoués. Malgré la levée officielle, le 24 février 2011, de l’état d’urgence, les citoyens algériens ne voient aucun effet sur le terrain. Les marches, comme moyens civilisés de revendications, sont toujours interdites. Non seulement à Alger, mais sur  tout le territoire national. L’administration et les différents services de sécurité interdisent tout mouvement de protestation», souligne-t-il. Le refus d’agréer de nouveaux partis politiques, de nouvelles organisations syndicales et des associations sont aussi, ajoute Mostefa Bouchachi, des preuves supplémentaires de cette régression.

	«Ces interdictions prouvent que les droits des Algériens ne sont pas consacrés par les lois et la Constitution, mais  restent tributaires du bon vouloir des dirigeants», déplore-t-il. Le président de la Laddh relève également les restrictions sur l’exercice du culte non musulman, et ce, en contradiction avec la loi fondamentale du pays qui garantit cette liberté. «La loi de 2006 est contraire à la Constitution, puisqu’elle oblige les non-musulmans à obtenir une autorisation de l’administration pour créer leurs associations ou ouvrir des lieux de culte», explique-t-il.

	La liberté de la presse reste également un vœu pieu. En plus du monopole sur l’audiovisuel, le pouvoir, estime Mostefa Bouchachi, «exerce des pressions sur la presse indépendante et les journalistes, contraints, de ce fait, à recourir à l’autocensure pour échapper aux représailles». «Les tenants du pouvoir imposent des redressements fiscaux aux journaux qui les critiquent, tandis que les titres de la presse qui véhiculent leur propagande bénéficient de toutes les largesses», dénonce-t-il.                   

	Qui refuse la démocratisation du pays ?

	Partant de ce constat, le premier responsable de la Laddh regrette le comportement du régime algérien «qui refuse de voir autour de lui pour prendre connaissance de l’évolution rapide de la démocratie dans le monde». «Il semble que le pouvoir officiel et le pouvoir réel ne sont pas conscients que le rejet de l’ouverture et la privation des Algériens de la liberté et des moyens pacifiques d’expression mèneront à l’implosion sociale», met-il en garde. Et d’enchaîner : «L’Algérie a vécu une période difficile. Je pense qu’il vaut mieux éviter l’aggravation de la crise.» Dans ce sens, Mostefa Bouchachi s’interroge sur les tenants et les aboutissants de cet entêtement à rejeter toute demande de changement en Algérie. «Qui a pris la décision d’empêcher les Algériens d’enclencher une transition démocratique pacifique et au profit de qui ?», demande-t-il, avant de répondre : «Cette situation n’est pas dans l’intérêt de l’Algérie ni de celui du régime.»

	Selon lui, le temps a changé et le monde a évolué et évolue toujours. Et cela, enchaîne-t-il, n’est pas dans l’intérêt des décideurs qui veulent faire barrage à tout changement. «Quand on sait que la démocratie sera effective en Tunisie et qu’au Maroc il y a une ouverture, tandis qu’en Libye la dictature est tombée par la force des armes, je dis qu’il vaut mieux qu’il y ait une transition pacifique en Algérie. Mais si les décideurs optent pour le maintien de la situation actuelle, les conséquences seront dramatiques pour le pays et pour eux-mêmes», avertit-il.

	Poursuivant, Mostefa Bouchachi rappelle qu’avec le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, «il est difficile à tout régime dictatorial de continuer à endormir les peuples». «Les Algériens sont éveillés et la démarche du pouvoir ne réussira pas. Je sais que la société craint toujours le remake de l’expérience des années 1990, mais il ne faut pas la prendre en otage», lance-t-il en conclusion.
	   
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           <title>Manne financière et promesses de réformes pour acheter la paix sociale</title>
           <author>Ghania Lassal </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 29 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	L’année 2011 a commencé, en Algérie, dans la tourmente. 
	De violentes émeutes ont embrasé plusieurs régions du pays, se propageant comme une traînée de poudre. Bien que maîtrisées, les convulsions de ces révoltes ont perduré et fait le lit des mois qui ont suivi. Dans le même temps, le vent de la révolution a soufflé sur de nombreux pays de la région arabe, balayant par la même des présidents greffés au pouvoir. Le rapport entre les deux ? «Il est indéniable que ces mouvements populaires, qui ne sont pas nouveaux en Algérie, aient pris plus d’ampleur et un cachet différent, en partie sous l’influence d’un facteur exogène, à savoir les événements qui ont eu lieu, en Tunisie et en Egypte, entre autres», explique le sociologue, Nacer Djabi. Pourtant, les résultats de ces «expressions populaires» diffèrent du tout au tout, tant sur un plan politique que social.

	Les raisons en sont, selon le sociologue, l’essence même de ces mouvements de contestation, dont il décortique «l’année 2011». «Le bilan que l’on peut faire de cette année de fronde est qu’elle n’a pas dépassé les dimensions socioéconomiques et corporatistes», entame-t-il. La manne financière du pays a pu éteindre les velléités de révolte et acheter la paix sociale. «Et ce en satisfaisant certaines demandes de ces mouvements, qui se sont organisés et rassemblés derrière les syndicats autonomes. Ces derniers ont confirmé leur statut d’acteur majeur et d’interlocuteur incontournable dans la vie publique.

	D’autres formes de contestation sont apparues, qui se rapprochent plus de la révolte populaire auxquelles l’Algérie s’est habituée. Mais ce qui a aussi caractérisé cette fronde sociale,  c’est qu’elle a pu sortir des grandes villes et atteindre les régions du sud du pays, et ainsi poser des problèmes tels que l’emploi et l’iniquité de la répartition des ressources et richesses du pays», énumère-t-il

	Des changements imposés de l’intérieur ou de l’extérieur  

	Le sociologue poursuit : «Toutefois, ces différents mouvements ont poursuivi leurs revendications socioéconomiques et corporatistes, sans poser ou évoquer plus d’exigences citoyennes et politiques, et ce, pour différentes raisons. L’on peut par exemple citer le manque d’encadrement politique de ces lames de fond, la faiblesse des partis politiques, ainsi que le manque de maturité des syndicats.» Par ailleurs, des tentatives avortées de rassemblements pour le changement politique ont été enregistrées. «Ces actions n’ont rencontré aucun écho et aucune adhésion auprès de la population. Elles se sont cantonnées à des franges réduites de la société et à des formations politiques restreintes. Et ce en sus du consensus et le statu quo qui caractérise la scène politique nationale, que l’on peut considérer comme la cause essentielle de cet échec», commente M. Djabi.

	«La seule différence notable que l’on a pu observer en 2011 est le fait que la contestation a pu imposer la mise en œuvre de réformes, officiellement s’entend. Ce processus a démontré encore une fois la paralysie qui maintient le système politique dans l’inertie et son incapacité à améliorer la gestion de la chose publique», analyse-t-il. Et si constante il y a au sein de la société algérienne, c’est bien le manque d’intérêt et de foi des citoyens envers la politique et ceux qui la pratiquent. «La fin de cette année est marquée par l’adoption de ce qui est appelé les ‘réformes politiques’, par la possibilité pour de nouveaux partis politiques d’activer, ainsi que par l’annonce par le président de la République d’élections législatives transparentes et plurielles, sous contrôle international», énumère M. Djabi.

	Ces paramètres garantiront-ils un scrutin et des résultats auxquels les Algériens accorderont du crédit ? «Nous aurons la réponse au printemps», répond le sociologue. D’autant plus que l’on pourrait considérer que le pouvoir est obligé, Printemps arabe oblige, de lâcher du lest. «Ce type de changement politique, auquel n’a toujours pas abouti l’Algérie, est ardu et délicat, de par nos expériences et notre système politique. Le pouvoir n’a aujourd’hui plus le choix. Soit, il introduit des changements de sa propre initiative, soit, ces changements lui seront imposés de l’extérieur. Tout simplement parce que l’Algérie ne peut pas se permettre de se transformer en ersatz de Corée du Nord, en Afrique du Nord», affirme M. Djabi.
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           <title>Vladimir Poutine ébranlé par la contestation</title>
           <author>Madjid Makedhi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Mon, 26 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	A l’image de ce qui s’est passé et se passe toujours dans les pays arabes, les Russes ont investi les rues des principales villes du pays pour «dégager leur tyran» : «Poutine démissionne !» 
	Le régime russe s’ébranle. Considéré comme l’un des plus fermés au monde, le système russe est désormais désacralisé. L’homme qui l’incarne depuis 12 ans, le Premier ministre, Vladimir Poutine, en l’occurrence, est pris dans son propre piège. Alors qu’il s’apprête à reprendre tranquillement les commandes du Kremlin à l’occasion de l’élection présidentielle prévue dans moins de trois mois, l’homme fort de la Russie découvre finalement qu’il est honni par ses propres concitoyens. Même dans son fief de Saint-Pétersbourg. La fraude massive, qui a caractérisé les dernières législatives remportées par le parti au pouvoir, Russie unie, n’a fait qu’exacerber ce sentiment chez les Russes.

	Vladimir Poutine est depuis le début du mois de décembre dans l’œil du cyclone qui risque d’anéantir tous ses projets politiques.
	Après une première manifestation organisée le 10 décembre, des milliers de personnes (120 000, selon l’opposition et près de 30 000, selon les autorités) sont revenus à la charge, samedi dernier, pour lui rappeler que leur mobilisation ne fait que commencer et qu’ils n’arrêteront pas avant d’obtenir «un vrai changement».

	La russie sans poutine

	A l’image de ce qui s’est passé et se passe toujours dans les pays arabes, les Russes ont investi les rues des principales villes du pays pour «dégager leur tyran». «Poutine démissionne !», «Russie sans Poutine !» et «M. Poutine, demain toute la Russie scandera ça pour vous !», scandaient les participants à ce grand rassemblement qui a été couvert, pour la première fois, par les chaînes de télévision d’Etat qui sont strictement contrôlées par le pouvoir.
	Les manifestants ont répondu d’une manière imagée à Vladimir Poutine, qui avait comparé, le 15 décembre, les opposants à la tribu des singes Bandar-Log du livre de La Jungle de Rudyard Kipling. «Il sait traiter avec les Bandar-Log, mais pas avec les humains !», clamaient plusieurs pancartes brandies par les opposants russes. 

	Le conseil de Gorbatchev

	Vladimir Poutine perd même le soutien du dernier dirigeant de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev (80 ans). «Je conseillerais à Vladimir Vladimirovitch (Poutine) de partir maintenant. Il a déjà fait trois mandats : deux en tant que président (2000-2008), un en tant que Premier ministre - trois mandats, ça suffit», lance le père de la perestroïka dans une déclaration à la radio Echo de Moscou.
	Et d’ajouter : «Il devrait faire la même chose que moi. Moi, à sa place, je le ferais, car ainsi il pourrait préserver toutes les choses positives qu’il a faites.» Mikhaïl Gorbatchev explique «qu’il aurait voulu participer à la manifestation de samedi dernier, mais son état de santé ne le lui permettait pas». «Je suis heureux d’avoir vécu ce réveil politique russe. Ça crée un grand espoir», indique-t-il.
	Ce message sera-t-il entendu par l’ancien patron du KGB ? Pas sûr.

	Dans une première réaction officielle après la manifestation, le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, qualifie les protestataires de minoritaires. «L’opinion des manifestants a été entendue et les gens qui sont descendus dans la rue sont une partie très importante de la société, mais ils sont en minorité», estime-t-il, précisant que «Poutine a toujours le soutien de la majorité». «Il est évident que Poutine est candidat à la présidentielle au-delà de toute concurrence», enchaîne-t-il. Ce n’est pas l’avis de l’opposition et des analystes russes.

	«La contestation ne va pas retomber. Ce n’est même plus une question de manifestations, mais de l’opinion publique qui ne considère plus le pouvoir en place comme une institution légitime», analyse Evguéni Gontmakher, dirigeant du centre de politique sociale de l’Institut d’économie. Selon lui, le pouvoir fait des concessions, mais il est en retard, c’est un signe de situation prérévolutionnaire. Pour lui, Poutine n’a pas plusieurs solutions : «Il ferait mieux de réfléchir à sa stratégie de départ du pouvoir.»
	
	 

	 

	 

	A cinq mois de la présidentielle en Russie, l’homme qui se croyait inébranlable, dans son retour vers le Kremlin, en l’occurrence Vladimir Poutine, est envahi par le doute après l’immense manifestation de protestation populaire qui a eu lieu hier et qui se poursuit tous les jours aux quatre coins de la république de Russie.</description>
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	Vladimir Poutine ébranlé par la contestation.
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           <title>La rue gronde en Russie : «L’archipel du Goulag» secoué</title>
           <author>Said Rabia </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Mon, 26 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	Vladimir Poutine a fini par exaspérer son peuple au bout de l’asphyxie. Il a la main sur tout, même le président russe, Dmitri Medvedev,
	à qui il compte bien succéder en mars prochain, n’est en pratique qu’une marionnette. 
	La Russie vit un moment charnière de son histoire. Pour la première fois, le pouvoir de l’ancien agent du légendaire et sinistre KGB, Vladimir Poutine, est aussi ouvertement critiqué. Pas seulement, la contestation et le vent de révolte qui frappe le monde arabe, semblent, inexorablement, atteindre cette partie de l’Europe de l’Est qui est restée imperméable aux idéaux de liberté et de démocratie. L’épisode Gorbatchev et sa perestroïka, n’a été finalement qu’une parenthèse. L’ouverture conduite par l’ancien président de l’Union soviétique à la fin des années 1980 et qui a abouti à la chute du mur de Berlin n’a pas connu de parachèvement.

	Pis, Vladimir Poutine, l’homme fort du Kremlin, a amorcé une espèce de contre-révolution pour aboutir finalement à l’instauration d’un régime totalitaire alliant l’intrigue, la fraude électorale, le crime et l’argent sale. L’épisode de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, journaliste russe et militante des droits de l’homme, donne amplement à voir sur la nature du régime installé à Moscou par l’ancien agent du KGB. C’est la 21e journaliste qu’on a fait taire à jamais depuis l’arrivée de ce dernier au pouvoir.

	Bien qu’il ait pu remettre sur pied l’économie russe, Vladimir Poutine a fini par exaspérer son peuple au bout de l’asphyxie. Il a la main sur tout, même le président russe, Dmitri Medvedev, à qui il compte bien succéder en mars prochain, n’est en pratique qu’une marionnette. Pour beaucoup, d’ailleurs, la prochaine élection présidentielle n’est que de pure forme, puisque tout le monde sait d’avance qui en sera l’heureux lauréat. Poutine a presque tout mis en place. A commencer par les dernières élections législatives entachées d’une fraude généralisée qui a donné une victoire très contestée à son parti, Russie unie. Mais son projet, qui s’inspire visiblement des références soviétiques de mauvais souvenir, a mis les Russes en colère dans un contexte caractérisé par les révoltes dans les pays arabes.

	La contestation gronde même dans les fins fonds de la Sibérie. Les pratiques de Poutine rappellent le sinistre goulag et ses compatriotes ont décidé de lui dire que l’époque est révolue, en demandant expressément l’invalidation du scrutin qui a donné à son parti la majorité au Parlement. De Moscou à Vladivostok, la mobilisation va crescendo et finie l’omerta imposée par la trique et la terreur. La rue en ébullition revendique tout simplement son départ. Poutine n’a finalement rien à envier aux dictateurs arabes qu’il soutient et qu’il aide à se maintenir par la grâce du veto russe au Conseil de sécurité des Nations unies. C’est en fait une question de culture et de valeurs, et Poutine incarne à merveille l’atavisme du système à la soviétique. Lui-même rêve de cette époque.

	La Grande Russie, disait-il à un journal, «n’est rien d’autre que l’ancienne Union soviétique». Nourris aux sources du KGB, Poutine a reproduit le même système. La démocratie, les libertés et les droits de l’homme, ce sont autant d’écueils qu’il doit éliminer sur le chemin de ses ambitions. Les voix qui contestent son règne sont tues ou terrorisées. Les militants des droits de l’homme sont jetés en prison.Un pays aussi grand que la Russie qu’on croyait promu au rang des pays respectant les droits de l’homme et définitivement mis sur le chemin des réformes démocratiques, le revoilà demeuré finalement un «archipel du Goulag».</description>
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           <title>L’économie russe tourne au ralenti, selon l’OCDE</title>
           <author>Hocine Lamriben </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Mon, 26 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Mon, 26 Dec 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	Le rapport de l’OCDE relève l’interventionnisme prononcé de l’Etat, le manque de concurrence de l’économie russe, l’atonie de l’innovation et la faiblesse de l’investissement. 
	Largement contesté sur le plan politique, le tandem Poutine-Medvedev joue l’argument économique. Jeudi dernier, Dmitri Medvedev s’est flatté d’avoir surmonté la crise, avec une croissance économique de 4% par an en moyenne et deux millions de chômeurs en moins par rapport à 2008. «La Russie est devenue la sixième économie mondiale», selon lui. Medvedev affirmait également avoir déclenché une profonde modernisation de l’économie et lutté contre la corruption. Même rhétorique distillée par son Premier ministre, le tout-puissant Vladimir Poutine. En vantant leur bilan économique, ils tentent d’apaiser le front de contestation. Vainement pour l’instant. Si l’économie russe se remet lentement de la récession de 2008-2009, il n’en demeure pas moins que l’activité reste en deçà des taux de croissance observés avant la crise, selon le dernier rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques sur la Russie. «De l’ordre de 4%, le taux de croissance tendanciel est insuffisant pour tirer pleinement parti des possibilités offertes par les ressources naturelles dont est richement dotée la Russie», indique l’OCDE.

	Conjuguée à une corruption endémique et à une inflation persistante, la stagnation entretient la désillusion des citoyens russes à l’égard de leurs dirigeants. D’ailleurs, ce n’est pas étonnant si la colère des manifestants est avant tout dirigée contre la corruption, un fléau qui empoisonne le quotidien des citoyens et des entreprises, nationales ou étrangères. En 2011, la Russie se classe au 143e rang mondial sur 183, selon Transparency International, et la taille moyenne des pots-de-vin n’a fait qu’augmenter depuis dix ans. Le coup de frein de l’économie russe intervient presque à une décennie de forte croissance. Selon le FMI, le PIB russe, entre 2000 et 2008, a augmenté en moyenne de 7,2% par an. Ceci avait permis l’éclosion d’une classe moyenne.

	En revanche, la bonne santé financière du pays n’a pas profité à tous. Le rapport de l’OCDE mentionne que si le taux de chômage est resté relativement bas, même pendant la crise, de fortes inégalités de revenus continuent de laminer de larges couches de la société. Le même rapport note aussi que «le soutien apporté aux chômeurs, qu’il s’agisse de la générosité de l’assurance-chômage ou des mesures d’activation, est faible par rapport à celui accordé dans les pays de l’OCDE». En outre, la classe moyenne est confrontée à la hausse des prix. «La Russie enregistre encore des taux d’inflation qui sont nettement supérieurs à ceux observés dans les pays avancés et relativement élevés parmi les économies à revenus intermédiaires», explique l’organisation. L’inflation devrait atteindre 5,7% cette année.  

	Par ailleurs, le rapport de l’OCDE relève l’interventionnisme prononcé de l’Etat, le manque de concurrence de l’économie russe, l’atonie de l’innovation et la faiblesse de l’investissement. La Russie, qui vient de rejoindre l’OMC, est le premier exportateur mondial de gaz naturel et l’un des deux premiers exportateurs mondiaux de pétrole.
	
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           <title>Ours blanc, mouton noir</title>
           <author>Hassan Moali </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Mon, 26 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Mon, 26 Dec 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description>
	Poutine. Deux petites syllabes qui sonnent aujourd’hui comme une salve de rafales dans les oreilles des Russes. 
	Vladimir Vladimirovitch Poutine, qui incarnait depuis 1999 l’aura retrouvée de la Russie fière et conquérante, a perdu de sa superbe.Jadis, droit dans ses bottes de soldat engagé pour redorer le blason terni de l’ancienne Union soviétique, Poutine est désormais dans ses petits souliers. Hier adoré, aujourd’hui abhorré, ce fringuant homme d’Etat, à l’allure sportive et au look à la James Bond, ne trouve plus grâce aux yeux des Russes.
	Ayant longtemps vécu sous le masque d’un agent de l’ex-KGB, comme espion à Dresde en ex-RDA, Poutine a du mal à devenir un «civil».

	Ayant assisté en «live» à la chute du mur de Berlin et à la désintégration de l’Union soviétique, l’espion modèle va, la mort dans l’âme, rentrer dans sa ville Saint-Pétersbourg dont il deviendra maire. Mais sa qualité d’organisateur et son efficacité vont lui valoir d’être appelé au Kremlin pour exercer dans l’administration présidentielle sous Eltsine.  Un poste qui lui a servi de rampe de lancement pour atterrir en 1998 à la tête du FSB (chargé de la sécurité intérieure, issu de l’ex-KGB). Tout s’enchaîne bien et rapidement pour l’ambitieux Vladimir qui se voit à un jet de pierre du poste suprême. En décembre 1999, c’est la consécration pour l’espion qui devient président grâce à coup de pouce de son ami vieillissant Boris Eltsine qui lui confia l’intérim.

	L’enfant de Leningrad (actuelle Saint-Pétersbourg) – il est né  le 7 octobre 1952 – sera couronné cinq mois plus tard maître du Kremlin. Vladimir Poutine est élu président de la Russie en mai 2000. Ayant hérité d’un pays au bord du gouffre et un peuple au moral en berne,  le fougueux président va tout de suite retrousser ses manches pour lustrer une Russie bien rouillée par la corruption et l’injustice. «La chute de l’Union soviétique est la plus grande catastrophe géopolitique du siècle dernier», affirmera-t-il juste après son investisseur. C’est autour de ce postulat que Poutine articulera sa politique visant à rendre à la Russie ses lettres de noblesse dans le concert des nations.

	Mais par réflexe atavique, l’homme des services, rompu à la manière forte, va tout de suite muscler son discours et ses actes. Il entreprend alors la chasse aux opposants et ferme le «bec» aux chaînes de télévision indépendantes qu’il a placées sous le contrôle de l’Etat. Curieusement, malgré ce verrouillage, Poutine garde intacte sa côte de popularité. Une popularité qu’il doit surtout à son image d’un chef d’Etat énergique et frondeur à l’égard de l’Occident ; un discours qui titille l’ego des Russes. Deux mandats durant, Poutine va réussir à remettre la Russie sur les rails et à la replacer parmi les pays qui comptent. N’était l’exigence constitutionnelle qui limitait les mandats présidentiels à deux, il aurait été plébiscité en 2008.

	Malin, il trouva la parade en adoubant son fidèle ami Dmitri Medvedev, qui a tout juste la quarantaine. Mais le Premier ministre continue à gérer à distance le vrai pouvoir, loin du Kremlin.  Vladimir Poutine pensait pouvoir enfiler à nouveau le costume de président et laisser celui du Premier ministre à son ami en 2012 grâce à la machine électorale qu’il a fabriquée, son parti «Russie unie». Mais cette fois, il semble s’être trompé dans son plan. Les injustices sociales, la corruption, les pots-de-vin et les assassinats politiques semblent avoir enlaidi l’image du duo Poutine-Medvedev qui se livre à un jeu de chaises musicales. La fraude massive durant les dernières législatives aura été de trop. A cinq mois du scrutin, le printemps risque d’être chaud à Moscou.

	Les Russes, qu’on croyait définitivement givrés politiquement, foncent comme des ours polaires dans les rues de Moscou, Saint-Pétersbourg et la lointaine Vladivostok, pour crier leur haine à Poutine. Cela va-t-il refroidir l’ardeur du Tsar des temps modernes ? Pas sûr.
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           <title>L’argent des dirigeants algériens en suisse : Le voile sera- t-il levé ?</title>
           <author>Roumadi Melissa</author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sun, 25 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 25 Dec 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	Les fonds entreposés par les dirigeants arabes dans les paradis fiscaux sont au centre d’une attention particulière depuis le début du Printemps arabe. Le gel des avoirs de dictateurs arabes déchus a surtout permis de lever une partie du voile sur l’ampleur de la saignée. Les organes des Nations unies ont pu aboutir au gel de 186 milliards de dollars d’avoirs libyens appartenant au clan El Gueddafi. 
	En Egypte, on évoque entre 40 et 70 milliards de dollars détournés par les Moubarak. Quant au clan Ben Ali-Trabelsi en Tunisie, même si aucun chiffre n’a été avancé pour le moment, les nouvelles autorités de Tunisie ont émis pas moins de 57 commissions rogatoires internationales pour récupérer les fonds détournés. D’ailleurs, la Suisse et son inaltérable secret bancaire sont en première ligne des accusations. Une pression qui persiste même si les responsables de la Confédération helvétique s’engagent à restituer les biens mal acquis.

	La conjoncture est-elle donc favorable pour amener la confédération helvétique à se défaire d’une partie de son secret bancaire lorsqu’il s’agit de questions liées au respect des droits de l’homme et des droits des peuples ? Si cela semble encore irréalisable, certains veulent y croire. C’est le cas du Syndicat suisse des services publics qui, inquiet de l’état des libertés syndicales en Algérie et dans un élan de solidarité avec le Snapap, a récemment exigé, dans un communiqué, des autorités fédérales helvètes, de veiller «à empêcher le dépôt de fonds de dirigeants algériens dans les banques suisses ou de faire en sorte de pouvoir bloquer ces fonds».

	Une telle exigence et l’atteinte d’un tel objectif exigent une tâche qui s’apparenterait au nettoyage des écuries d’Augias. L’existence ou non de comptes numérotés où seraient entreposés des fonds détournés par des dirigeants algériens est frappée du sceau de l’omerta. Un silence justifié par les impératifs de respect du secret bancaire suisse. D’ailleurs, le secrétaire général du Syndicat suisse des services publics, Stefan Giger, nous a confié que ce même secret bancaire ferme l’accès aux données nécessaires. Il s’est indigné du fait que le gouvernement suisse «pourrait bloquer les comptes des dictateurs. Mais souvent ceci a été fait trop tard».

	Cependant, les seules données accessibles actuellement relèvent des statistiques annuelles établies par la Banque nationale suisse. On y apprend par exemple que les avoirs algériens en Suisse ont été estimés, en 2010, à 97 millions de francs suisses (80 millions d’euros) pour 574 millions de francs suisses (470 millions d’euros) d’engagements. Toutefois, ces chiffres ne concernent, selon nos interlocuteurs de la BNS, que «les avoirs et les engagements des banques en Suisse» et ne constituent donc pas de données globales. Et de préciser que «les données sur des titres dans les dépôts de la clientèle auprès des banques ne sont pas publiées en répartition géographique», et ce, dans le strict respect du secret bancaire. On aura donc fait chou blanc auprès de la BNS.

	Des milliards qui s’évaporent dans la nature

	Des chiffres et des listes avaient bien circulé concernant l’existence de ce genre de comptes et les montants qui y seraient déposés.Toutefois, les informations ayant circulé jusqu’à présent demeurent difficiles à vérifier, notamment à l’image de la liste publiée par la Swiss Bank Control (SBC), où figuraient d’ailleurs les noms de bon nombre de dirigeants algériens. L’institution, en elle-même, est blacklistée par l’autorité fédérale suisse de surveillance des marchés financiers, car ne disposant pas de registre du commerce ni de présence physique en Confédération helvétique.
	La chaîne helvète germanophone Arena y est allée aussi de son estimation, annonçant plus de 700 millions d’euros d’avoirs algériens entreposés dans des banques suisses.
	
	Un chiffre qui contraste lourde ment avec les 25,7 milliards de dollars recensés par le Global Finance Integrity (GFI) pour évaluer les fonds ayant quitté l’Algérie entre 1970 et 2008. Des fonds issus non seulement de la corruption, mais aussi du blanchiment d’argent. Aussi, est-il difficile d’imaginer que l’estimation des avoirs détournés par des responsables algériens s’arrête là. Depuis le détournement du trésor du FLN du temps de la Banque commerciale arabe dissoute depuis, les fonds entreposés en Suisse stimulent la curiosité. Le vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, Jean Ziegler, avait dénoncé depuis des décennies l’existence de réseaux discrets de financement transitant en Suisse. Aussi, les modes de gestion de l’économie opaque favorisant les comportements rentiers et la corruption n’ont fait qu’installer des certitudes sur les fortunes amassées par de hauts responsables et transférées à l’étranger.

	Briser l’omerta

	Cependant, il est difficile de faire la part des choses dans un tel fouillis, d’autant plus que les fonds mal acquis finissent systématiquement dans des comptes numérotés préservant l’anonymat des bénéficiaires et rendant difficile toute tentative de recoupement. Il y a aussi le fait que depuis l’instauration en Suisse de règles de surveillance concernant les «personnes politiquement exposées» pousse les indélicats à maquiller leurs transferts dans une pléthore de sociétés-écran gérées par des pantins qui, à leur tour, multiplient les acquisitions mobilières et immobilières. Certaines pistes commencent toutefois à apparaître, empruntant dans la plupart des cas les circuits fiscaux. Il faut savoir dans ce sens que la Confédération helvétique s’est engagée, sous la pression constante de l’OCDE, à revoir d’ici à février 2012 sa législation concernant le secret bancaire, particulièrement pour les détenteurs de comptes bancaires non résidents en Suisse.

	La Confédération s’engage à ne plus opposer son secret bancaire lors des enquêtes pour évasion fiscale. Toutefois, cette piste pose le préalable de l’ouverture d’une enquête pour évasion fiscale avant tout échange d’information avec les instances judiciaires. Une autre piste s’ouvre. Celle de l’instauration du système Rubik. Mis en place par l’Association des banques étrangères en Suisse (AFBS), Rubik prévoit l’instauration d’un impôt anticipé libératoire sur les fortunes dissimulées et fournir des informations «au cas par cas» à un pays désireux de rapatrier le produit de la fraude de ressortissants «convaincus» d’évasion fiscale.

	Là encore, l’instrument proposé fait face non seulement à l’opposition de la toute puissante Union des banques suisses, et récemment de la Commission européenne, mais demeure aussi très limité en termes de possibilités. Celui-ci ne permet en fait que de récupérer le produit de l’évasion fiscale. Il est également tributaire de la signature d’un accord bilatéral. Il y a aussi la possibilité pour le gouvernement algérien de déposer une moindre requête en entraide judiciaire internationale comme ce fut proposé il y a quelques années par Jean Ziegler, mais rien n’en a été.

	Il faut comprendre en conclusion que toutes les possibilités offertes en ce sens sont liées à la volonté des gouvernants à lever le voile même partiellement sur les fortunes détournées.En attendant, pour ceux qui trouveraient que les cieux européens sont moins cléments depuis le gel des avoirs des dictateurs arabes déchus, il suffit de regarder vers de nouveaux paradis fiscaux, lesquels ne seraient forcément pas dans l’ornière occidentale. Il y a Hong-Kong, Beyrouth ou encore ce qu’on appelle aujourd’hui la Dubaï Connection, laquelle bénéficie depuis quelques années d’un attrait particulier !
	
	 </description>
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           <title>«Bloquer les avoirs des dirigeants algériens  est une pure question de volonté politique»</title>
           <author>Ali Titouche </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sun, 25 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	-Dans un communiqué publié par le syndicat suisse des services publics, dans lequel il a affiché sa solidarité avec les syndicats algériens victimes d’intimidation et de harcèlement de la part des autorités algériennes, dont une copie a été envoyée au Conseil fédéral de la Suisse, au département fédéral des Affaires étrangères et au département fédéral de Justice et de Police, il est demandé à ces instances de veiller à empêcher le dépôt de fonds de dirigeants algériens dans les banques suisses ou qu’il fassent de sorte à pouvoir bloquer ces fonds. Quelle lecture faites-vous, d’abord à ce sujet, vous qui êtes spécialiste en la matière ?

	Je trouve qu’il s’agit d’un fait extrêmement intéressant, car cela démontre qu’on n’a jamais parlé autant de la question du gel des avoirs depuis le début 2011, c’est-à-dire depuis les événements qui ont surgi en Tunisie.
	Ce qui est plus intéressant aussi, c’est le fait que désormais les organes de la société civile, à l’instar du Syndicat suisse des services publics, commencent à se service du gel des avoirs comme un levier pour faire pression dans certains cas, ce qui était rarement usité auparavant. Je crois qu’il s’agit d’une première.

	C’est un fait à la fois important et rarissime, venant notamment de la part des syndicats suisses qui, comme vous les connaissez, réfléchissent deux fois avant de prendre une décision, mais surtout avant de la rendre publique. Je crois qu’il s’agit d’une réelle nouveauté, mais ce qui est plus curieux, c’est de savoir comment le Conseil fédéral va-t-il répondre à cette demande.
	 Je pense que ce genre d’initiatives va se multiplier dans les prochaines années, parce que c’est un vrai moyen de pression contre les personnes politiquement exposées qu’on soupçonne qu’ils ont des fonds dissimulés dans les paradis fiscaux.

	-Sur le plan procédural, les autorités suisses peuvent-elle empêcher et/ou geler des avoirs de certains dirigeants sur une simple demande d’un syndicat suisse soucieux de protéger les libertés dans d’autres pays ?

	Absolument, les autorités suisses peuvent le faire, mais cela dépend d’une réelle volonté politique, car les instruments juridiques existent. Il y a une disposition constitutionnelle en Suisse qui permet au Conseil fédéral de geler les avoirs des personnes physiques et/ou morales.Cette disposition de la Constitution suisse autorise ce genre d’opération lorsqu’il s’agit de sauvegarder les intérêts de la politique extérieure de la Suisse.
	C’est un article de loi extrêmement large. Il a été utilisé, à titre d’exemple, pour bloquer les avoirs de Mobutu en 1987.
	
	-C’est une disposition qui sert dans des cas précis, lorsqu’elle est accompagnée d’une volonté politique, à saisir des fonds. Donc, pour répondre très précisément à votre question, si jamais le Conseil fédéral suisse avait la volonté politique de geler les avoirs des dirigeants algériens dont parle le syndicat suisse, cela est très possible du point de vue juridique et procédural.
	Et comment cela va-t-il se produire concrètement ?

	La concrétisation de la procédure est très rapide. Vous vous souvenez lorsqu’il était question de geler les avoirs de certains dirigeants arabes suite aux événements en relation avec le Printemps arabe, les Suisses ont été quasi-systématiquement les premiers à réagir pour la Tunisie, l’Egypte et la Libye. Il a suffi de quelques heures seulement pour que le Conseil fédéral suisse gèle tous les avoirs par simple ordonnance. Pour ce qui est de votre cas, j’imagine que le Conseil fédéral suisse procéderait à faire une petite enquête préliminaire, mais s’il s’avère réellement que des dirigeants algériens ont des fonds à geler en Suisse et qu’il y a une volonté de le faire, car il faut en être sûr, car les répercussions de cette opération sur les relations entre les deux pays peuvent être graves, mais d’un point de vue purement technique, la décision peut être appliquée en quelques heures seulement.      

	-Comment peut-on retrouver cet argent et l’évaluer aussi ?

	Le Conseil fédéral suisse a tous les éléments en main pour savoir en quelques jours seulement quels sont les fonds détenus par les dirigeants algériens. Ce qui est intéressant dans votre cas, c’est que la Suisse est le premier pays à avoir popularisé en droit la notion du PEP (personnes politiquement exposées). La Suisse était la première à demander aux banques de prendre des mesures draconiennes pour s’assurer que les fonds déposés par des personnes politiquement exposées ne soient pas originaires d’actes de corruption. C’est-à-dire que, concrètement, des ministres, des chefs et des généraux dans l’armée, sont visés par cette disposition.

	-Avez-vous recensé par le passé des demandes de ce genre ?

	Pas à ma connaissance pour ce qui est du cas Algérie. Mais qu’un syndicat suisse s’intéresse à cette question, c’est déjà éminemment important et intéressant. Car qu’un syndicat suisse qui, a priori, défend les droits des fonctionnaires, dise considérer que ses homologues algériens sont maltraités et qu’il se sente interpellé n’a, de prime abord, rien à voir avec la problématique des gels des avoirs. Mais ce qui est intéressant tout de même, c’est le fait que cette question soit usitée pour faire pression sur les dirigeants algériens.   

	-Une pétition de certains cadres algériens en Suisse circulait ces derniers jours sur le web appelant au gel des avoirs de dirigeants algériens. Selon vous, une telle procédure a-t-elle des chances d’aboutir ?

	C’est aussi une pure question de volonté politique. C’est-à-dire que si la Suisse considère politiquement qu’elle doit gérer les avoirs des dirigeants algériens, il est très simple de le faire du point de vue procédural, mais s’il n’y a pas une volonté politique, rien ne se passera.

	-Le secret bancaire suisse est opposé souvent à la moindre demande d’information sur les comptes et les fonds dissimulés dans les banques suisses, quels pourraient être les moyens susceptibles de contourner la législation helvétique et celles analogues permettant de protéger les fonds détournés ?

	Le Conseil fédéral a tous les moyens à sa disposition pour savoir qui a déposé quoi, même si, certes, vous avez des personnes qui dissimulent des fonds derrière des trusts, des fondations et des centaines de sociétés-écran. Tout dépend, je vous le disais, d’une réelle volonté politique.    
	
	 </description>
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           <title>Alger scrute sa «vague verte»</title>
           <author>Mohand Aziri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 22 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Mort et ressuscité. Vingt ans après le raz-de-marée du Front islamique du salut (législatives de décembre 1991), l’histoire convulse à nouveau. «Les prochains scrutins seront gagnés par les islamistes», une «certitude», promet l’avocat des droits de l’homme, Me Miloud Brahimi. «Elle est inéluctable et il faut s’y préparer», dit-il.
	  
	Après Rabat, Tunis, Tripoli et Le Caire, la «vague verte» atteindra bientôt Alger, prédit l’avocat, fondateur de la ligue «officielle» des droits de l’homme en 1987. «Nous aurons certainement des islamistes soft au pouvoir, dans un premier temps, car, après, on n’en sait rien. Et sauf à vouloir reprendre la marche vers l’abîme, il est temps de mettre en place des garde-fous constitutionnels pour garantir le système démocratique, comme cela a été fait en Turquie sous Mustafa Kemal Atatürk. Je ne vois pas d’autre solution que celle-là.» Les «révolutions arabes», au parfum de musc, ont ressuscité de sa belle mort le vieux «rêve» de la Daoula islmia (Etat islamique), caressé par plusieurs générations d’islamistes algériens.

	Grisés par le succès des partis islamistes au Maghreb et en Egypte, évacuant, décomplexés, sans état d’âme et éludant leur responsabilité dans la tragédie nationale, les islamistes «modérés» occupent la scène, exercent un véritable forcing médiatique.
	Abdallah Djaballah, «mouton noir» de la mouvance des Frères musulmans et président du Front pour la justice et le développement (FJD) – en attente d’agrément – croit en sa bonne étoile et se dit prêt «à prendre le pouvoir». Se sachant désormais pièce maîtresse dans la nouvelle configuration du champ politique, le fondateur du parti Nahda, puis Islah, dont il a été évincé par le pouvoir, joue de son image d’«incorruptible» et lorgne la base de l’ex-FIS.
	Un réservoir électoral que d’aucuns estiment en chute libre. Entre les élections locales de juin 1990 et le premier tour des législatives de 1991, le FIS a perdu près d’un million de voix au profit de Nahda et Hamas.

	Bouguerra Soltani, le gourou du Mouvement de la société pour la paix (MSP) est persuadé que «ce qui se passe dans le monde arabe montre que les peuples veulent être gouvernés par les islamistes». Arrivée deuxième force politique lors des élections législatives de 1997 – entachées de fraude massive – le MSP, filiale algérienne de l’Internationale des Frères musulmans, devenu parti croupion, membre de l’Alliance au pouvoir, veut s’imposer désormais comme la déclinaison algérienne de l’AKP turque, le modèle achevé de l’islamisme «light», «moderniste» et «pro-américain».
	Si certains analystes créditent d’ores et déjà les islamistes «modérés» d’une victoire certaine, d’autres estiment que l’émiettement de la mouvance islamiste et l’expérience de ces partis au pouvoir joueront en leur défaveur. Corruption, abus de pouvoir, affairisme, le crédit de ce courant islamiste entriste est largement entamé.

	
	L’islamisation par le haut

	
	«Bien qu’ils disposent de moyens financiers considérables et de réseaux efficaces, affirme H’mida Layachi, ces islamistes n’ont aucune crédibilité auprès de l’opinion.» Le journaliste et spécialiste des mouvements islamistes ne s’attend pas à une déferlante islamiste même si, souligne-t-il, les «climats interne et externe sont plus que jamais favorables» pour l’avènement d’un tel scénario. L’extinction graduelle de l’espèce des «janviéristes», la crise mystique affectant le sommet de l’Etat, l’islamisation rampante de la haute hiérarchie militaire, notamment des «services», couplées au poids de plus en plus important des mouvements salafistes sont autant d’arguments plaidant pour une victoire islamiste, avoue H’mida Layachi.
	«Nous serions vraisemblablement dans les mêmes scores électoraux obtenus par le PJD marocain et Ennahda en Tunisie, des taux ne dépassant pas le tiers des sièges aux assemblées élues.» «A moins, ajoute-t-il ironiquement, que le pouvoir veuille à tout prix offrir à ces islamistes une majorité confortable, auquel cas, il doit avoir recours à la fraude chirurgicale ou bien composer avec certains courants islamistes écartés jusque-là de la scène politique.» Le pouvoir envisage, selon lui, une alliance entre nationalistes et islamistes radicaux tels qu’Anouar Heddam et à un degré moindre Abdallah Djaballah.

	Mais la grande inconnue pour les prochains scrutins demeure, d’après le spécialiste, le poids réel de la salafia, l’idéologie polico-religieuse, prônant une lecture littéraliste et puritaine de l’Islam et constituée d’une mouvance piétiste, traditionaliste et d’une mouvance djihadiste. Mosquée Al Hidia Al Islamia. Comme tous les dimanches, dans une librairie attenante à la mosquée, cheikh Ali Ferkous fait la leçon à des imams et étudiants en sciences islamiques venus par dizaines boire ses paroles. Professeur à l’université des sciences islamiques du Caroubier, le cheikh fait figure de référence en matière de la doctrine salafia, la matrice idéologique du wahhabisme, prônant un retour aux sources de l’Islam, un Islam rigoriste.

	Le fils de Vieux Kouba, reconnu par ses pairs ulémas d’Arabie Saoudite où il a fait ses études (à Médine), a peu de temps à consacrer à ses visiteurs. Signe d’influence qui ne trompe pas, une de ses dernières fatwas a fait reculer le ministre de l’Intérieur sur sa décision d’imposer pour la photo biométrique, l’atténuation de la barbe des hommes et le retrait du voile de la femme.
	Ferkous récuse que la presse le désigne comme le «chef» de la salfia ilmia (piétiste) en Algérie, refuse qu’on le catalogue de salafi, car, pour lui, il n’y a qu’un seul «Islam». Pour le prédicateur, «seule compte sa mission d’instruction, d’éclaireur des questions de foi. Pas la politique». Ferkous avouera volontiers sa préférence pour le califat, le système politique islamique, sans pour autant en faire un programme politique. L’Islam est, à ses dires, non soluble dans le système de démocratie libérale.

	L’avènement de ce courant remonte à la création de l’Association des oulémas. Le «premier» des salafistes, rappelle le chercheur et spécialiste de l’islamisme, Sadek Slaymi, fut cheikh Tayeb El Okbi, un des fondateurs des oulémas, venu de l’Arabie wahhabite après avoir vécu vingt-cinq ans en Arabie Saoudite. Slaymi est alarmé par l’avancée fulgurante de ce courant au sein de la société, recrutant l’essentiel de ses troupes dans les «milieux défavorisés, parmi les semi-analphabètes, faciles à embobiner avec un discours sur Ahl sunna et sur le retour à l’Islam pur». Citant un cadre du ministère des Affaires religieuses, Slaymi affirme que près de «90% des mosquées de l’Algérie, qui dispensaient autrefois un Islam malékite, sont désormais contrôlées par des salafistes».

	Pour ce spécialiste, le discours produit par la salafia ilmia, quant à l’obligation d’obéir au gouvernant, explique le fait que le pouvoir a laissé se développer ce courant, car «il voit en lui un allié objectif». «En réalité, ajoute-t-il, il n’existe pas de différence entre les courants salafistes, ‘‘salafia ilmia’’, ou «salafia djihadia’’, c’est du pareil au même. Les deux courants exécutent une sorte de ‘‘jeu de rôle’’. Les salafistes au maquis maintenaient une pression armée et ceux immergés dans la société en tirent les dividendes. Ils appellent ça la taqqya. Ils cachent leur jeu et ne disent jamais ce qu’ils pensent.»</description>
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           <title>Ce que disent les lois</title>
           <author>Mohand Aziri </author>
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           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 22 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Pour justifier le maintien de l’interdiction de l’exercice politique aux anciens dirigeants du FIS, le gouvernement invoque l’ordonnance portant mise en œuvre de la Charte pour la réconciliation nationale votée par référendum en 2005, qui interdit dans son article 26 l’«exercice de l’activité politique, sous quelque forme que ce soit, pour toute personne responsable de l’instrumentalisation de la religion ayant conduit à la tragédie nationale.

	L’exercice de l’activité politique est interdit également à quiconque ayant participé à des actions terroristes, refuse, malgré les dégâts commis par le terrorisme et l’instrumentalisation de la religion à des fins criminelles, de reconnaître sa responsabilité dans la conception et la mise en œuvre d’une politique prônant la violence contre la nation et les institutions de l’Etat».

	La nouvelle loi sur les partis politiques reprend la même disposition dans son article 4 qui interdit à «toute personne responsable de l’exploitation de la religion ayant conduit à la tragédie nationale de fonder un parti, de prendre part à sa fondation ou de faire partie de ses organes dirigeants».
	La même interdiction est signifiée aussi à «quiconque ayant participé à des actions terroristes et qui refuse de reconnaître sa responsabilité pour sa participation».

	Ces dispositions, note le président de Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) sont «anticonstitutionnelles». «La nouvelle loi sur les partis politiques est contraire aux principes des droits de l’homme et va à l’encontre de toutes les conventions internationales signées par notre pays», a déclaré Me Mustapha Bouchachi, le président de la LADDH lors d’une conférence de presse tenue le 11 décembre à Alger.

	L’Etat algérien, signataire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, persiste à violer les droits des «anciens» du FIS alors que l’article 3 de ce pacte énonce clairement que «les Etats parties au présent pacte s’engagent à assurer le droit égal des hommes et des femmes de jouir de tous les droits civils et politiques».

	L’article 2 stipule que les «Etats parties au présent pacte s’engagent à respecter et à garantir à tous les individus se trouvant sur leur territoire et relevant de leur compétence les droits reconnus dans le présent pacte, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.»
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           <title>FIS : Le «retour»… sur facebook</title>
           <author>Mohand Aziri </author>
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           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 22 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Si la nouvelle loi sur les partis politiques semble scellée «définitivement» l’interdiction du retour des anciens dirigeants du FIS, elle ouvre néanmoins une brèche à une autre catégorie d’islamistes, les «anciens» de l’Armée islamique du salut en l’occurrence. 
	Vendredi 11 décembre. Mosquée Al Wafa Bi Alaâhd «fidélité au sermon». Entouré d’une poignée de fidèles, de flics et de curieux, l’indécrottable n°2 du FIS, Ali Benhadj, plus offensif que jamais, déverse sa colère dans l’enceinte même de la mythique mosquée du «front». Sa cible ? Les moukhabarate, les «services» algériens, concepteurs, selon lui, de la nouvelle loi sur les partis, qui barre la route (lire article 4) aux anciens dirigeants du FIS et les prive de toute perspective de retour sur la scène politique. «Personne dans ce pays, jure-t-il, ne pourra nous empêcher d’exercer nos droits politiques à moins qu’on nous coupe la tête.»

	Deux jours avant, le mardi 6 décembre, Benhadj observera, seul, une pancarte à la main, un sit-in devant le siège du Parlement pour protester contre une loi dénoncée, très timidement par le personnel politique de l’opposition. Embarqué par la police, Ali Benhadj sera relâché quelques heures après. L’enfant terrible de la mouvance islamiste radicale n’a pas cessé, depuis sa libération en mars 2006 de la prison militaire de Blida, de «faire» tapageusement de la politique, tombant, souvent en invité-surprise dans les forums et manifestations publics et produisant des prêches politiques au vitriol dans les mosquées des quartiers populaires. De l’envergure, Ali Benhadj veut de nouveau en prendre, il met en place une «cellule de communication», très active sur internet et les réseaux sociaux. Même dissous par décision administrative au lendemain de l’insurrection islamiste en 1992, le FIS s’offre une «seconde vie».

	Sur le web. Des comptes facebook, Twitter, YouTube… ont été ouverts au nom du Front islamique du salut. L’autorisation légale ? Le cheikh s’en passera. Et ce ne sont ni ses interpellations répétées ni les poursuites judiciaires qui le dissuadent de reprendre du service actif. «Nous ne quémandons pas d’autorisation (pour exercer la politique) et les despotes n’en délivrent pas», prêchait-il ce vendredi 11.
	«Le pharaon d’Egypte a-t-il autorisé le prophète Moïse à accomplir sa mission divine, s’interroge-t-il. Le Prophète Mohamed a-t-il été autorisé par Aba Jahel pour répandre la foi musulmane ?  Les manifestants du 11 Décembre 1960 (Alger) ont-ils demandé une autorisation à l’administration coloniale pour sortir dans la rue ?» Aux côtés d’un Ali Benhadj, d’autres dirigeants du FIS reviennent au-devant de la scène.

	Anouar Heddam, El Hachemi Sahnouni, Abassi Madani, etc., frétillent eux aussi d’impatience à l’idée de devenir un jour «très» proche, «calife à la place du calife». L’approche des élections aiguise les appétits politiques, réveille de vieilles ambitions.
	Le 8 décembre. Deux ex-responsables du parti dissous (FIS), El Hachemi Sahnouni et Abderezak Zeraoui, apparentés aux «services», pondent un communiqué dans lequel ils dénoncent le verrouillage du champ politique et l’interdiction faite aux «ténors» du FIS de revenir sur scène politique. Sahnouni, prédicateur salafiste, idéologue du groupe d’Al Hidjra ou Takfir, s’illustre régulièrement par ses fatwas incendiaires et appels répétés à décréter l’amnistie générale aux terroristes. Le 6 décembre, de Doha, la capitale du Qatar, c’est le leader de l’ex-FIS en personne qui sort de son hibernation. Abassi Madani annonçait par communiqué son intention de «contester auprès d’institutions internationales les dispositions de la nouvelle loi sur les partis estimant que cette dernière violait les conventions internationales sur les droits politiques et civils». Le 28 novembre, du lointain Burkina Faso, où il a été exilé par la France (!), Ahmed Simozrag, militant et avocat du FIS, interpelle, par lettre, le ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia : «Vous venez de commettre une injustice inqualifiable !», lui signifie-t-il suite à l’adoption de la loi sur les partis. «Non seulement votre décision est anticonstitutionnelle, elle est surtout contraire aux intérêts de la nation. L’histoire retiendra que vous êtes le ministre qui a blâmé le peuple algérien en le privant de ses droits civils et politiques», ajoute Simozrag.  

	
	Mezrag et le parti des «repentis»

	
	Le 21 septembre, de Washington, l’ancien dirigeant de l’ex-FIS, Anouar Haddam, tombait à bras raccourcis sur les «janviéristes», collège d’officiers supérieurs et de responsables politiques ayant endossé l’interruption du processus électorale le 12 janvier 1992. D’après des indiscrétions, l’ancien président de la délégation du parti dissous, en exil aux Etats-Unis depuis 1992 et fondateur depuis peu du Mouvement pour la liberté et la justice sociale «négocierait» toujours avec l’entourage du président Bouteflika en vue d’un éventuel retour en Algérie. Anouar Heddam, qui incarne l’aile américaine du FIS, plaide pour un changement politique «pacifique et consensuel» et propose la création «d’un conseil national» chargé d’organiser un «débat ouvert et élargi, pour un changement pacifique du système politique». Si la nouvelle loi sur les partis politiques semble scellée «définitivement» l’interdiction du retour des anciens dirigeants du FIS, elle ouvre néanmoins une brèche à une autre catégorie d’islamistes, les «anciens» de l’Armée islamique du salut en l’occurrence.   L’article 4 interdit à «toute personne responsable de l’exploitation de la religion ayant conduit à la tragédie nationale de fonder un parti, de prendre part à sa fondation ou de faire partie de ses organes dirigeants». La même interdiction est signifiée aussi à «quiconque ayant participé à des actions terroristes et qui refuse de reconnaître sa responsabilité pour sa participation». Cette dernière catégorie, tente d’expliquer Daho Ould Kablia, le ministre de l’Intérieur, soit «ceux qui ont commandité des actes ayant mené à la tragédie nationale, au même titre que ceux ayant commis des crimes et les repentis qui ont des choses à se reprocher ne peut pas créer de partis, mais si elle veut adhérer à une formation politique, la question sera examinée au cas».

	D’après le député Ali Brahimi, l’article 4 semble avoir été conçu «sur mesure» pour des gens comme Madani Mezrag. 15 ans après sa reddition négociée, l’ancien chef sanguinaire de l’armée islamique du salut - dissoute en 2000 après une trêve signée avec l’armée en 1997, suivie d’un accord d’amnistie – commence à trouver le temps long. L’ancien seigneur de la guerre trépigne d’impatience à la perspective de reprendre les maquis de la politique et ambitionne de lever plus qu’une armée de militants parmi les 15 000 terroristes «repentis». Mezrag veut aller vers un «congrès» fédérateur de la mouvance de l’ex-FIS. «Ce jour-là, dit-il, ni Zerhouni, ni Bouteflika, ni Toufik ne pourront nous empêcher de faire de la politique, car celle-ci c’est le peuple qui l’aura imposée par ses luttes». «Le FIS demeure plus que jamais, selon lui, un interlocuteur incontournable : il a été partie prenante dans la crise, car piégé par le régime, le FIS est aujourd’hui indispensable pour la mise en place d’une solution de sortie de crise.» Les «vétérans» de l’AIS, qui ont bénéficié, d’après Mezrag, de «mesures spéciales» de la part du président de la République et gardent «intacts et entiers leurs droits civiques et politiques» bénéficieront-ils de l’article 4 de la nouvelle loi ?

	Mezrag affirme n’avoir jamais «quémandé» quoi que ce soit chez Ould Kablia. «Pour l’instant, nous nous montrons patients. Nous leur donnons encore du temps, mais il m’apparaît, d’après les déclarations des responsables et la démarche de l’Etat, que le pouvoir ne veut pas d’une véritable réforme, qu’il nous rit à la barbe et qu’il ne veut négocier qu’avec lui-même et avec ses soutiens et que lobby sioniste au pouvoir pousse à l’intervention de l’OTAN.» Après une tentative ratée de participer aux législatives de 1997, le «concordiste» Madani Mezrag veut se relancer, en perspective des prochains scrutins, se disant «convaincu de la victoire du courant islamiste». «Mais bien sûr que nous voulons y prendre part. Mais pas avant que l’Etat n’aille vers de véritables réformes, ajoute-t-il. Ces réformes doivent être la résultante d’un consensus entre tous les courants représentatifs de la société algérienne et doivent déboucher sur la signature d’une charte nationale d’honneur dans laquelle seront débattues avec sérénité toutes les questions en rapport à la place de la religion, à l’identité nationale, à la nature de l’Etat, à l’histoire.»    
	
	
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           <title>Entre concessions et manipulations politiques</title>
           <author>Said Rabia </author>
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           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 22 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Le système n’arrive ou ne veut toujours pas à résoudre définitivement l’équation du parti dissous, le Front islamique du salut (FIS). 
	Il tâtonne encore. D’hésitation en hésitation, ceux qui sont en charge des affaires du pays refusent d’exposer la problématique de manière claire. Et la dernière trouvaille, c’est bien évidemment l’article 4 de la nouvelle loi sur les partis qui offre la possibilité d’un retour à la politique à ceux qui sont responsables «de l’utilisation de la religion ayant conduit à la tragédie nationale». Désormais, ils peuvent adhérer à un parti politique, mais sans pour autant prétendre à des postes de commande ni d’en être membres fondateurs. La même interdiction frappe également «quiconque ayant participé à des actions terroristes et qui refuse de reconnaître sa responsabilité pour sa participation dans la conception, la conduite et l’exécution d’une politique prônant la violence et la subversion contre la nation et les institutions de l’Etat».

	Au plan juridique, la conception de cette disposition a dû être une véritable gymnastique. D’un côté, les responsables de l’ex-FIS sont autorisés, même si à demi-mot, à faire de la politique puisqu’ils sont libres d’adhérer à un parti où ils peuvent militer pour leurs idées, de l’autre, ils sont empêchés d’accéder à des postes de responsabilité.
	A quelle logique obéit un tel texte ? Visiblement à aucune. L’idée d’autoriser ceux qui sont impliqués dans la tragédie nationale à faire de la politique à un niveau basique et les priver d’occuper des responsabilités dans les formations auxquelles ils adhèrent n’a aucun sens. Elle est fausse. Ne sachant pas quoi faire exactement, le concepteur de cette loi a dû couper la poire en deux pour entretenir un flou qui rendrait possibles plusieurs lectures.

	La première : elle pourrait être une première étape dans un processus de réhabilitation des anciens militants du FIS. On sent une réelle volonté du pouvoir politique qui, d’ailleurs, a considéré que «la première violence était l’arrêt du processus électoral en janvier 1992», d’emprunter cette voie. Ce serait donc pour lui justice rendue. Seulement, les initiateurs de la réconciliation veulent procéder graduellement pour ne pas brusquer une société qui s’en remet difficilement de la barbarie qu’elle a vécue pendant plusieurs années. La deuxième laisse comprendre que la perche est tendue à la tendance la plus radicale de l’islamisme pour faire partie du décor des prochaines élections par le biais du retour à la vie politique au niveau du militantisme de base puisque ce n’est pas interdit. Là où apparaît réellement cette largesse concédée aux «ex-Fissistes» est le fait que le législateur s’est joué de l’article 26 de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale qui pourtant était claire à ce sujet.

	Il stipule expressément que «l’exercice de l’activité politique est interdit, sous quelque forme que ce soit, pour toute personne responsable de l’instrumentalisation de la religion ayant conduit à la tragédie nationale». Même le deuxième paragraphe de l’article 4 de la nouvelle loi sur les partis politiques est de la même inspiration. Le texte de la charte soumise en 2005 à référendum dit en effet que «l’exercice de l’activité politique est interdit également à quiconque ayant participé à des actions terroristes refuse, malgré les dégâts commis par le terrorisme et l’instrumentalisation de la religion à des fins criminelles, de reconnaître sa responsabilité dans la conception et la mise en œuvre d’une politique prônant la violence contre la nation et les institutions de l’Etat». Conclusion faite, le pouvoir remet en cause un texte qu’il a lui-même défendu et qu’il a soumis à l’approbation des Algériens et qui est supposé donc faire objet de consensus même s’il a beaucoup de choses à dire sur le sujet. On a beaucoup parlé de l’inviolabilité du texte portant sur la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. C’est, à présent, chose faite.

	La justice a interdit le FIS, la nouvelle loi sur les partis donne la possibilité à ses militants de revenir progressivement. Donc, outre le flou des nouveaux textes, les atermoiements qu’ils autorisent, au plan politique le pas est franchi depuis longtemps. Le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Abdelaziz Belkhadem, qui cultive une proximité avec l’islamisme en général et les anciens responsables du FIS en particulier, ainsi que ceux qui étaient directement impliqués dans le terrorisme, a déjà appelé les repentis à rejoindre son parti. Ce n’est pas une première dans les mœurs politiques qui se sont installées nouvellement dans le pays.

	Madani Mezrag, ancien responsable de l’Armée islamique du salut (AIS) et Hassan Hattab, le fondateur du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) et d’autres responsables du parti dissous se sont vu déjà confier la mission politique de faire la promotion de la réconciliation nationale. Leur irruption dans le champ médiatique algérien n’a offusqué personne. C’était même devenu une mode journalistique. Des tribunes leur ont été ouvertes dans une certaine presse pour justifier leurs méfaits et leurs crimes. Et ce n’est pas étonnant de voir Abdelaziz Belkhadem tenter de réveiller les réseaux politiques de l’islamisme version salafiste, que d’autres partis lui disputent, pour les mettre au profit de ses ambitions politiques lors des prochaines législatives et même au-delà.     </description>
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           <title>Veillée d’armes chez les islamistes algériens</title>
           <author></author>
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           <pubDate>Thu, 22 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Le SG du FLN, Abdelaziz Belkhadem, crédite les islamistes de 35 à 45% des voix aux prochaines élections législatives. 
	Prédiction farfelue ou analyse indécente d’un homme politique dont l’ambition autorise des initiatives sinon les plus risquées, du moins parmi les plus douteuses. Mais, en réalité, cette boutade, du premier responsable du parti du pouvoir, cache mal les calculs du régime qui semble accorder ainsi une place importante aux questionnements des chances des islamistes algériens de s’emparer du pouvoir lors des prochaines élections. Les succès en Tunisie et au Maroc de ce courant ont dû faire des émules.

	Pressentant remporter la majorité des sièges de l’Assemblée populaire nationale (APN), pour les «ikhwan» locaux, les victoires d’Ennahda en Tunisie et du PJD au Maroc les ont enhardis. Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) et le Front de la justice et du développement (FJD, en attente d’agrément) ne jurent que par la victoire. Leurs jumeaux d’Ennaha et d’El Islah espèrent, quant à eux, arracher des strapontins supplémentaires au Parlement.

	
	Retour des éléments de l’ex-FIS

	
	Premier signe : le MSP bascule dans l’opposition. En témoigne le vote contre tous les  projets de loi (sur les associations, sur celui de l’information, et bien évidemment la loi des partis politiques). Son président, Bouguerra Soltani, pense que «les calculs de la majorité au Parlement visent les présidentielles de 2014 ; et essaye de tailler sur mesure des lois pour pouvoir tout contrôler». Autres temps, autres mœurs ? Le virage à 180° qu’a entrepris le MSP n’est pas sans rappeler que depuis 15 ans déjà, la formation du défunt Nahnah ne s’est jamais opposée à une directive ou à un projet proposé par le gouvernement. Soltani indique également que «l’Alliance présidentielle est finie».
	De par ce divorce (ou répudiation), le dirigeant de l’ex-Hamas déclenche la bataille électorale. Se démarquer n’est pourtant pas chose aisée, dès lors que Belkhadem, lui-même, aime à rappeler que l’Alliance présidentielle reste intacte. Mais sur la scène, d’autres leaders de ce courant se mettent de la partie.

	Abdallah Djaballah, un come-back à point nommé ? En tout cas, pour lui, c’est l’ultime occasion. Il pense sans complexe remporter les prochaines élections législatives, «si aucune fraude n’entache le scrutin». «Depuis la création du Front, beaucoup d’islamistes et de nationalistes nous ont rejoints. Le FJD répond aux attentes du peuple algérien», affirme-t-il. D’ailleurs, son parti a de fortes chances d’obtenir l’agrément. Pour Djaballah, la moitié du chemin est déjà tracé. A contrario de l’ex-FIS qui, lui particulièrement, se voit interdit de toute activité au titre de la nouvelle loi sur les partis. Mais le MSP ne s’oppose pas à l’activité politique des anciens militants du Front islamique du salut (FIS), dissous en mars 1992 par le tribunal administratif d’Alger. «Il faut donner la liberté et juger avec la loi, et non pas exclure à cause d’une ligne politique. Si on empêche des Algériens de créer un parti, cela est du ressort de la justice et non de l’administration», soutient Soltani.

	Pareil son de cloche chez Djaballah, Rebaï, Akouchi (El Islah) et Menasra (FCN, dissident du MSP) qui ne considèrent pas le retour des militants du FIS comme un désavantage. «Celui qui jouit de ses droits civiques peut militer dans un parti», souligne le président du FJD. En fait, d’anciens militants de ce parti peuvent militer dans d’autres formations politiques avec, quand même, cette condition que toute éventuelle promotion devra être soumise à l’appréciation de l’administration au titre de l’article 4 de la nouvelle loi.
	
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           <title>«Les salafistes sont plus populaires»</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Thu, 22 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Chercheur algérien diplômé de la fac centrale d’Alger et de l’université de Nancy, Gueham Hocine est un islamologue. Il consacre ses recherches sur la mouvance wahhabite. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages en arabe et en français, entre autres Elmadhahir e’chirkia ainda douaate essalafia. 
	- Les islamistes algériens se voient déjà vainqueurs des prochaines élections législatives. Pourquoi tant d’assurance ?

	Boudjerra Soltani déclarait en 2010 que le MSP serait la première force politique en 2012. Ce parti s’est scindé en deux. C’est stratégique. Si Boudjerra échoue, le MSP comptera sur Menasra pour reprendre le flambeau. Je pense que le MSP n’aura pas la majorité à l’APN, même s’il compose avec d’autres partis islamistes. Il n’est pas populaire comme les salafistes, qui travaillent en douceur le terrain social. Mais il faut préciser que ces derniers ont fui l’activité politique. Le salafisme attire aussi plus de gens, puisqu’il est moins élitiste, tandis que les «Ikhwan» reposent plus sur les universitaires. Difficile pour le peuple algérien d’accorder sa confiance à celui qui a participé au pouvoir d’une manière ou d’une autre. C’est le cas du MSP depuis 15 ans. Abdallah Djaballah, lui aussi Frère musulman, est resté dans l’opposition pour des calculs tactiques. Il croit que les Américains et les Français ne craignent plus les islamistes, tout simplement, parce qu’aujourd’hui, le bloc occidental est leur allié, de l’Afghanistan jusqu’au Maroc. Djaballah a perdu, aux yeux de beaucoup d’Algériens, la crédibilité, car à chaque fois, il a été déstabilisé par ses propres lieutenants d’Ennahda et d’El Islah. Les Algériens restent sceptiques concernant son projet.  Je pense que l’Algérie restera toujours entre les mains d’une fraction qui se dit nationaliste. En plus, le pays est déjà un Etat islamique. Dire que l’Algérie n’est pas un état musulman, suppose que l’Etat actuel est impie, donc cela justifierait l’insurrection armée. Cette idée est dangereuse. 200 000 personnes sont mortes à cause de ce concept.

	
	- Victoire des partis islamistes en Tunisie, au Maroc et prochainement en Egypte ? Pourquoi l’islamisme tendance Frères musulmans gagne-t-il ?

	Il est important de comprendre les conditions qui ont précédé les changements radicaux survenus dans le monde arabe à travers les révoltes nées subitement ou d’une manière synchronisée. Au final, nous assistons à l’arrivée au pouvoir d’un courant porteur d’un seul cachet. En second lieu, il faudrait revenir cinq ans en arrière, en 2006, lorsque la guerre a éclaté entre Israël et le Hezbollah. Ce conflit avait tiré la sonnette d’alarme des Américains pour qu’ils changent leur stratégie dans le monde arabo-musulman. Le Hezbollah a pu résister face à l’entité sioniste, mondialement reconnue pour sa force. La résistance du Hezbollah était perçue comme une défaite par l’état-major de l’armée israélienne et ses alliés. Tout au long de cette guerre qui a duré 33 jours, des manifestations dans le monde arabe et musulman, y compris dans des pays européens, n’ont pas cessé. En constatant une telle sympathie pour le Hezbollah, les Etats-Unis ont eu des craintes et ont supposé, à mon avis, un balancement des jeunes musulmans vers le chiisme politique (je ne parle pas du chiisme dogmatique, qui doit être discuté dans un autre contexte). Les peuples constatent que l’Iran ose dénoncer et menacer Israël sans complexe et d’une manière sérieuse. Les sociétés, de par la nature humaine, se rangent du côté des plus courageux. Ainsi, les Etats-Unis ont opté pour le sacrifice des régimes arabes alliés et dictatoriaux, pour encourager une tendance rivale au chiisme : les Frères musulmans. On a favorisé un discours religieux qui serait apte à collaborer avec l’Administration américaine et accepter au moins leur demi-mal au lieu d’un mal entier opposé à la collaboration. Les relations entre le Conseil de transition libyen (CNT) et les services occidentaux ne sont en fin de compte que la répétition de l’histoire. En réalité, les révoltes dans le Monde arabe ne vont pas créer des Etats islamiques, mais des Etats anti-islamiques. Il faut également noter que les salafistes, plus exactement les wahhabites, créés par les services britanniques, avaient pour objectif la défragmentation de l’Empire ottoman. Le même schéma se reproduit : descendre tous les régimes anti-occidentaux par ce mouvement ikhwani qui se couvre derrière la religion. Je crains que le scénario le plus probable vise à préparer de nouvelles guerres civiles plus accentuées dans le monde arabo-musulman.

	
	- Les élections ont été transparentes et les islamistes ne vont pas gouverner seuls. Ces derniers ont-ils été élus démocratiquement ?

	Pour comprendre comment la guerre civile pourrait se produire dans ces pays, il faudrait revenir au cas algérien. L’islamisme wahhabite est porté sur le sang. Pour les wahhabites, la notion du musulman est différente de celle prônée par l’Islam. La société nord-africaine est pacifiste, mais quand on la pousse à la confrontation, elle se voit obligée de se défendre.
	Les Frères musulmans d’Egypte ne s’allieront pas avec les salafistes du Hizb Ennour. Paradoxalement, ils noueront des alliances avec des courants laïques. Les deux tendances islamistes majoritaires en Egypte donneront la première étincelle qui allumerait une guerre de paroles dans le Parlement, cela se répercutera dans les mosquées, puis en batailles rangées dans les rues. A ce moment-là, l’armée ne va pas rester les bras croisés. Quant aux autres franges politiques, qui se réclament du courant démocratique, elles vont réagir pour ne pas laisser leur pays plonger dans un sort méconnu. Le mouvement salafiste en Egypte, qui, hier, déclarait que la démocratie est bidaâ (hérésie), participe du jour au lendemain aux élections après s’être constitué en partis politiques. Les dirigeants qui changent rapidement leurs positions par rapport à leurs principes religieux, il faut s’en méfier.</description>
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           <title>Le record de la Harga aux algériens</title>
           <author>Naima Benouaret </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sun, 18 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	11% des 11 808 migrants illégaux interceptés en Grèce durant la période de novembre 2010 à mars 2011 ont été identifiés en tant qu’Algériens. Le canal de Sicile, intinéraire privilégié de nos harraga, a comptabilisé 87% des 1674 migrants morts en Méditerranée. 
	Missions policières en terre helvétique, collaboration avec l’Office européen de police (Europol), participation aux patrouilles navales avec la marine française ou italienne et la discrète collaboration avec le Centre national d’intelligence (CNI), le principal service de renseignement espagnol, d’un côté et pourquoi pas l’ouverture des eaux territoriales nationales à l’agence européenne de surveillance des frontières Frontex pour qu’elle puisse aider dans la chasse aux harraga. Renforcement des moyens d’intervention des gardes-côtes, surveillance accrue des frontières maritimes, criminalisation du phénomène, approche plus conciliante à travers des incitations financières de l’autre.
	L’Algérie est-elle à ce point incapable de retenir ses enfants, d’apporter des réponses globales à leur mal-vivre ?

	A en croire les chiffres avancés par le spécialiste des questions migratoires Ali Bensaâd, maître de conférences à l’université de Provence, la réponse ne peut être qu’affirmative. Jugeons-en : 11% des 11 808 migrants irréguliers interceptés en Grèce, durant la seule période allant du 2 novembre 2010 au 1er mars 2011 par les forces de Frontex, ont été identifiés en tant qu’Algériens juste derrière les Pakistanais (16%) et les Afghans (23%). Aussi, selon cet enseignant-chercheur à l’Institut de recherche et d’études sur le Monde arabe et musulman, sur l’itinéraire terrestre entre la Turquie et la Grèce, où convergent plus du tiers des passages des migrations irrégulières vers l’Europe au départ des côtes maghrébines, en raison de la surveillance accrue de la route maritime vers l’Italie et Malte, les Algériens ont été, en 2011, presque deux fois plus nombreux que les Marocains et six fois plus nombreux que les Tunisiens : 1700 ont été interceptés après leur entrée, sans compter tous ceux qui ont été refoulés au départ et ceux, encore plus nombreux, qui, au contraire dès leur arrivée par la mer, peuvent s’évaporer dans la nature aussitôt sur les lieux.

	C’est dire que les dirigeants restent étrangement placides devant l’étendue du fossé qui les sépare de plus en plus de la jeunesse, une manière de reconnaître implicitement leur impuissance à mettre au point une thérapie à son désespoir, ce mal qui la ronge dangereusement. Ce sentiment de défaitisme caractérisé – la marque de fabrique «algéro-algérienne – n’a pas sa raison d’être vu les potentialités à même de permettre de sortir de l’impasse qui n’est pas le fait de la fatalité. C’est du moins ce qu’explicite le sociologue chercheur au CNRS, Ali Bensaâd, dans cet entretien.
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           <title>Les harraga et les forces de l’OTAN</title>
           <author>Naima Benouaret </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sun, 18 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	L’ Organisation des Nations unies avait choisi le 18 décembre 2000 pour instituer la Journée mondiale des migrants, rappelant le dixième anniversaire de l’adoption par son Assemblée générale de la Convention internationale pour la protection des droits de tous les travailleurs immigrés et des membres de leur famille. 
	Aujourd’hui 18 décembre 2011 est, par contre, pour notre pays, une date dont il ne pourrait être fier et ou la célébrer dans la joie vu les chiffres macabres se rapportant aux Algériens morts engloutis par la houle de la Méditerranée. Pour la seule période allant de janvier à la fin octobre de 2011, le canal de Sicile, itinéraire privilégié de nos harraga, a, à lui seul, comptabilisé 87% des 1674 migrants illégaux morts dans les traversées méditerranéennes.
	Pour ceux dont l’identification en tant qu’Algériens est établie, le nombre s’élève à 189 victimes et cela, faut-il le souligner, ne concerne que les harraga partis vers la Sardaigne depuis les côtes annabies. Si l’on tient compte de ceux parmi les 5969 ayant péri depuis 1994, l’année où débuta la comptabilisation des morts sur le même canal de Sicile, dans les tentatives de franchissements illégaux, les chiffres seraient ahurissants.

	En termes relatifs, l’année 2011 est la pire. La raison, nombreux étaient les Algériens à s’être mêlés aux dizaines de milliers de migrants illégaux libyens et tunisiens partis vers Lampedusa, en raison des crises qu’ont connues leurs pays respectifs et parmi lesquels on dénombre plusieurs personnes portées disparues dans les naufrages fantômes.
	D’autres harraga, dont les familles restent à ce jour sans nouvelle, ont disparu le long de la route maritime vers l’île sarde. Surcharge aidant, la fragilité de leurs embarcations a souvent raison de tous les efforts de combattre seuls la houle. Car en ce qui concerne le sauvetage, les pêcheurs prêtent de plus en plus difficilement leurs secours en mer, pour ne pas risquer l’arrestation et la saisie de leurs barques. C’est la même chose pour les navires de guerre de l’OTAN, mais bien évidemment pour d’autres raisons.
	Sans le savoir, les harraga annabis arrivent, dans la plupart des cas, sur le littoral sud de l’île sarde, non loin de la plage Capo Teulada, indique Mounira Haddad, présidente de l’association Afad, qui active dans la défense de la cause des harraga.
	Là où est justement implantée une base d’entraînement des forces de l’OTAN dont le polygone avec son vaste terrain de plus de 7000 ha, destiné aux exercices de tirs de l’artillerie, et ce, à partir de la côte.

	
	Des naufrages fantômes

	
	Plus frappant encore, les harraga algériens se retrouvent, en outre, souvent exposés à un autre risque et non des moindres : sauter sur les mines disséminées au sol par les militaires de l’OTAN pour protéger le périmètre de la base, lâche la même source. Car il arrive que des harraga s’égarent aux alentours de cette base militaire lorsqu’ils parviennent à échapper aux mailles des gardes-côtes italiens ou de leurs alliés de Frontex.
	A cela vient se greffer le sort réservé à ceux épinglés par les 3000 militaires récemment déployés dans les grandes villes italiennes pour appuyer les forces de l’ordre dans la chasse aux sans-papiers, les Algériens en particulier. Que faut-il de plus à nos gouvernants pour qu’ils se réveillent et puissent enfin sortir de leur longue et étrange torpeur ? A cette question, Mme Haddad a répondu sans ambages : non : «Ils ne se réveilleront pas de sitôt, nos politiques, eux sont heureux, ils vivent loin des Algériens, dans leur grande majorité, retranchés de la population, et n’ont pas les mêmes préoccupations. Ils ne sont concernés que par la question du pouvoir, ils sont occupés à affûter avec rage leurs armes pour se placer avec les leurs, dans les prochaines élections, et se projeter dans la perspective de la présidentielle, sans se soucier de ce qui se passe autour d’eux», s’indigne-t-elle. Et d’ajouter : «Dans leur programme, la jeunesse demeure un éternel alibi, d’ailleurs au même titre que les femmes, que pour le racolage électoral, en fait comme une simple question subsidiaire. Cette jeunesse n’est associée à aucune décision prise en son nom, le changement tant attendu n’est pas pour demain. Alors vogue la galère, on est en pleine schizophrénie, et ce sont les jeunes qui en payent le prix en fuyant le pays et en mourant engloutis par les flots de la mer.»
	C’est dramatique.
	
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           <title>«Le creusement des inégalités déstabilise la société»</title>
           <author>Naima Benouaret </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sun, 18 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	- Après une éclipse de plusieurs mois, le phénomène des harraga a étonnamment réapparu, début novembre 2011. En une seule semaine et pour la seule ville de Annaba, 186 harraga, dont un nombre non négligeable de femmes et de mineurs, ont tenté l’expédition dans des conditions extrêmement dangereuses. Comment interpréteriez-vous cette reprise soudaine et spectaculaire ?

	Cette situation dramatique, cette inflation dans le pire que vous décrivez depuis l’Algérie, est malheureusement confirmée en écho dans les pays de transit et d’arrivée. Savez-vous que sur l’itinéraire terrestre entre la Turquie et la Grèce, qui canalise maintenant plus du tiers des passages des migrations irrégulières vers l’Europe en raison de la surveillance accrue de la route maritime vers l’Italie et Malte au départ des côtes maghrébines, les Algériens qui se classaient, en général, loin derrière les Marocains et les Tunisiens, ont été en 2011 presque deux fois plus nombreux que les premiers et six fois plus que les seconds.

	
	- «Expulsion systématique», «fermeté absolue» et «mesures impitoyables», les autorités des pays d’arrivées, l’Italie surtout, en ont fait leur maîtres-mots de leurs politiques migratoires. Les chiffres qui vous semblent les plus significatifs ?

	Pour les arrivés par mer, la situation est encore plus dramatique. Les arrivés dans les dix premiers mois de 2011 ont retrouvé le niveau de 2008, le plus fort. Mais les morts, eux, le surclassent de loin et connaissent un niveau jamais égalé. Sur le canal de Sicile, celui emprunté par les Algériens, depuis 1994, l’année où on commence à comptabiliser les morts, ceux-ci se sont élevés à 5962. Mais durant les seuls dix premiers mois de l’année 2011, leur nombre s’est élevé à 1674 ! Cela veut dire que cette année, il y a eu 5 fois plus de morts que la moyenne des années précédentes. La quasi-totalité des morts dans les traversées méditerranéennes (87%) est désormais sur cet itinéraire maritime, le canal de Sicile, l’itinéraire privilégié des harraga algériens. Ces chiffres, bien sûr, ne tiennent pas compte des «navires fantômes» disparus sans laisser de trace. Pour les Algériens, les morts identifiés, et en tant qu’Algériens, s’élèvent à 189 dans la navigation depuis la région de Annaba. Par ailleurs, il n’est pas exclu que parmi les migrants déclarés arrivés de Tunisie ou de Libye dans les îles italiennes, il y ait des Algériens qui se prévalent de l’identité tunisienne ou celle libyenne, car censées être plus admissibles à l’exil en raison de la situation politique qui prévaut dans leurs pays.

	
	- Ce phénomène récursif «harraga» ne traduit-il pas, selon vous, la politique de faillite absolue de nos gouvernants qui restent incroyablement autistes face à cette tragédie nationale qui se joue depuis plus d’une décennie et sur laquelle ils n’estiment pas être encore temps de baisser le rideau ?

	Mais justement, ce n’est pas fortuit que le phénomène des harraga explose en ce moment. Il est aussi une réponse à l’autisme du pouvoir. Alors que celui-ci veut afficher et se féliciter d’une apparente stabilité de l’Algérie et d’une prétendue immunité aux contestations populaires et qu’il refuse de voir les malaises qui traversent toute la société, les harraga remettent ceux-ci au cœur de l’actualité. La harga est une forme de contestation violente et désespérée et le pouvoir ajoute à la désespérance en se murant dans son autisme. Le pouvoir ne peut pas proposer d’alternative à la question des harraga puisqu’il ne veut pas et ne peut pas répondre de façon générale aux attentes de toute la société. Regardez comment, alors que toute la région est traversée par des mouvements de contestation sociale et démocratique qui appellent à des réformes politiques et économiques profondes et urgentes, le pouvoir préfère jouer cyniquement sur l’épuisement et les traumatismes des populations par la guerre civile pour «laisser passer la tempête» et ne rien changer, et cela au risque d’explosions ultérieures plus graves. La harga n’est certainement pas la réponse appropriée, mais elle est une façon de vouloir sortir de ce jeu de dupes et de laisser le pouvoir à ses combines. «Roma oula entouma» (plutôt Rome que vous) comme le disait si bien le film de Téguia.

	
	- Le harrag n’est-il pas, tel que vous l’aviez si bien dit, «cette laide icône qui renvoie à la grave panne économique de l’Algérie et qui caricature tout le mal qui ronge le pays» ? En bravant la mort, ne cherche-t-il pas, animé par un désir ardent, à échapper à une différence de niveau de vie, à l’injustice sociale, à l’étouffement jusqu’à l’asphyxie des libertés et au chômage, à la pauvreté ?

	Plus que la pauvreté qui gagne la société alors que le pays est riche, c’est le creusement des inégalités, rapidement, qui déstabilise l’ensemble d’une société qui y est moins habituée que ses voisines. Plus que le rigorisme moral imposé aux jeunes et  plus que l’absence de démocratie, c’est la déliquescence du sens de l’Etat et la certitude qu’il n’existe plus de contrat social, même injuste, qui alimentent le sentiment d’insécurité et un vent de panique souffle alors sur les couches moyennes. Or, ce sont elles, en Algérie comme ailleurs, qui fournissent, aujourd’hui, la part importante des aspirants à la migration. D’ailleurs, le phénomène, devenu massif, concerne des jeunes dont la majorité occupe un emploi ou sont de niveau universitaire. Cela révèle un désarroi sociétal encore plus grand. Même le petit-fils de notre ancien président, Chadli Bendjedid, a tenté la harga comme l’a révélé WikiLeaks. Partir en Tunisie ou au Maroc est déjà une bouffée d’air pour nos jeunes. Les Algériens surclassent souvent les Français par le nombre de touristes en Tunisie et une des raisons du désir du Maroc de normaliser ses relations avec l’Algérie, c’est de récupérer une part de cette manne. C’est dire à quel point les jeunes se sentent mal à l’aise dans le pays ! Mais je renverserai la question. C’est l’entourage même du pouvoir qui fournit une bonne partie des «harraga», les «harraga de luxe». Tous les hauts responsables, à commencer par les ministres, ont leurs enfants ou proches en Occident. Ils sont les premiers à ne pas croire au pays. Ils s’humilient auprès des responsables étrangers pour leur trouver des points de chute et viennent après parler de souveraineté nationale ! Et ce sont ceux qui crient le plus fort contre l’Occident qui y planquent le plus leur progéniture. Je lance un défi à travers vos colonnes : que le responsable algérien qui n’a pas d’enfant ou de proches placés à l’étranger me jette la première pierre !

	
	- Le durcissement du régime des frontières et la poursuite de sa militarisation, incarnée par Frontex que l’Europe veut légitimer par la crainte d’un effondrement de ses systèmes de contrôles migratoires, ne sont-ils pas, au contraire, en train de doper les migrations irrégulières ?

	Oui, l’Europe n’a pas de gestion de la question migratoire autrement que par la dramatisation qui fausse complètement le problème. En s’enfermant dans la fuite en avant d’un verrouillage toujours plus grand de ses frontières, en empêchant les gens de circuler, elle ne laisse d’autre voie qu’à la mobilité par la transgression. L’actualité de ces derniers jours, à l’occasion des révoltes arabes, est bien instructive à cet égard. Une fois toute honte bue de s’être compromis avec des dictateurs contre leurs peuples, beaucoup de dirigeants européens sont retombés sur leurs pattes et ont retrouvé leurs vieux réflexes de stigmatisation des peuples du Sud en retournant contre eux leur propre révolution. Le prétexte ? Les flux migratoires censés générés par ces révolutions. Le ministre italien de l’Intérieur a ainsi prophétisé un «exode biblique» vers l’Europe alors que le président français brandissait l’épouvantail de «flux migratoires devenus incontrôlables» menaçant une «Europe aux premières lignes». Qu’en a-t-il été ? De Tunisiens, il n y en a eu que 23 000 dont une partie a été refoulée et une autre rentrée de son plein gré et seulement 14 000 ont eu un permis de séjour de six mois pour des raisons humanitaires. Quant à la Libye, malgré la guerre, au final, il n’y a eu que 23 890 personnes qui ont débarqué à Lampedusa et en Sicile en provenance de la Libye, soit les 2/3 du nombre de personnes qui y sont arrivées durant l’année 2008. Lors de la guerre du Kosovo, 50 000 personnes étaient arrivées dans les Pouilles et on sait que l’essentiel des réfugiés se destinait alors plutôt à l’Allemagne. Et, en fait, ce n’est pas vers l’Europe que se sont dirigés les réfugiés mais vers les pays voisins, et la seule petite Tunisie en a reçus, selon le HCR, 540 000 parmi lesquels 70 000 Libyens. C’est-à-dire que la Tunisie a reçu 25 fois plus de réfugiés qu’elle n’a émis de migrants et s’est retrouvée avec 1 réfugié pour 20 habitants ! Cette situation en Tunisie traduit une réalité des flux de réfugiés qui n’est pas exceptionnelle mais générale : l’écrasante majorité des réfugiés, plus de 80%, est dans des pays du Sud et le restant qui se dirige vers l’Occident n’est pas composé seulement de gens du Sud mais aussi d’Européens comme ceux des Balkans. C’était aussi le cas pour l’Irak. Alors que le conflit a été provoqué par l’intervention de l’Occident, ce sont les pays arabes qui ont hérité du fardeau des deux millions de réfugiés : 1 500 000 en Syrie, 450 à 500 000 en Jordanie, 50 000 au Liban. Alors qu’en 2007, tous les pays occidentaux ont totalisé à peine 10 000 réfugiés irakiens. Et pour s’opposer à l’admission de réfugiés de ce pays, y compris ceux qui avaient servi les armées de la coalition et se sont retrouvés en danger après, les Américains ont créé la notion de «réfugié combattant» pour justifier leur refus de les recevoir. L’invasion donc tant agitée pour décrédibiliser les révolutions arabes n’a pas eu lieu. Mais plus, cela a démontré qu’il n’y a jamais eu de risque d’invasion et que celui-ci était instrumentalisé pour des raisons de politique intérieure. Rappelez-vous ce que disait, en 2004, l’ancien ministre italien de l’Intérieur, M. Pisanu, qu’il y avait 2 millions de migrants africains et asiatiques en Libye en attente de passage clandestin vers l’Europe. Finalement, non seulement ils ont été peu nombreux à venir en Europe, mais ceux qui y sont venus en raison de la guerre, étaient en fait des résidents de longue date en Libye et y avaient fait leur vie et ne se destinaient nullement à l’Europe comme on l’agite facilement.

	
	- Est-ce à dire qu’en brandissant la menace d’invasion migratoire, les politiques occidentaux veulent donner un accent de vérité à leurs discours où ils prônaient sournoisement les valeurs universelles de la liberté et de la démocratie ?

	J’ai fait ce détour par l’actualité arabe pour illustrer la dramatisation instrumentale en Europe de la question migratoire et qui fait que ses dirigeants se ligotent par les épouvantails qu’ils ont eux-mêmes agités. Ce n’est pas fortuit que la question migratoire qui ne figure qu’en 11/13e position dans les préoccupations des Français en période normale, remonte à la 3e position en période électorale où l’on ré-agite le mythe de l’invasion alors que dans les faits, la proportion des immigrés dans la population française reste stable et se situe dans la moyenne européenne (8,2%). Il faut préciser que quand on parle d’immigrés, cela inclut également les personnes naturalisées. Et quand on parle de pourcentage d’immigrés, cela inclut également les citoyens de l’Union européenne (36% des immigrés) qui sont plus nombreux que les Maghrébins (31%) ou les Subsahariens (12%) alors que la focalisation se fait sur ces derniers. D’ailleurs, entre 1995 et aujourd’hui, la part des étrangers en France a augmenté 6 fois moins vite qu’en Espagne, 3,5 fois moins vite qu’en Grande-Bretagne, 1,8 moins vite qu’en Allemagne et 5 fois moins vite qu’aux USA. Et les migrants, au contraire de l’image d’une misère à l’assaut de l’Europe, sont des migrants de plus en plus qualifiés. Il y avait, en 1990, 12% des immigrés en France qui étaient qualifiés, en 2007, ils étaient 25% contre 29% pour les natifs. Plus que cela, il y a plus de migrants très qualifiés (11,7%) que de natifs (10,1%).

	
	- Confronter à la réalité de l’accueil réservé à ceux qui revendiquent précisément ces mêmes droits – libertés et démocratie – ce que l’Europe défendait haut et fort, n’a-t-il donc pas permis de déceler l’arrière-goût de mensonge, de lever un coin du voile sur la véritable nature de ses velléités à l’égard des voisins du Sud, à savoir maintenir ceux-ci assignés au rôle d’auxiliaire de la répression pour satisfaire les impératifs du Nord ?

	Ce que je viens d’énoncer sont des vérités bonnes à rappeler, qui illustrent la dramatisation instrumentale en Europe de la question migratoire. C’est cette dramatisation qui conduit à un verrouillage, au coup par coup, toujours plus grand. Or, c’est paradoxalement l’interdit de mobilité qui exacerbe le phénomène des migrations irrégulières alors que leur répression est contre-productive. Le système ultra-policier de Ben Ali, justifié autant par la «lutte contre le terrorisme» que par la «lutte contre l’immigration clandestine» n’a pas empêché que, l’année qui a précédé son départ, il y ait 6000 migrants tunisiens irréguliers alors que l’année 2010 était celle marquée par la plus forte baisse de migration irrégulière en Méditerranée. Cette politique répressive renforce plutôt la pression migratoire aux portes de l’Europe et la fixation précaire de ceux qui ne peuvent plus repartir.
	Plus on ferme les frontières, plus les migrants s’installent alors que l’ouverture facilite la circulation, comme ce fut le cas pour l’Est. Un million d’Algériens, par an, se rendaient librement en France dans les années 1980 sans que l’on ait à s’inquiéter de «l’immigration clandestine». Les visas n’ont été instaurés qu’en 1986. Ils étaient formels et ne se justifiaient pas par des considérations migratoires mais par la nécessité d’avoir une traçabilité des entrées en France à une période marquée par les attentats iraniens et libanais. Les commerçants marseillais, toutes tendances confondues, avaient d’ailleurs protesté contre ces restrictions qui ont vu partir vers Dubaï la clientèle qui faisait leur prospérité. Aujourd’hui, la question des mobilités est devenue le dossier noir des relations euro-méditerranéennes illustré macabrement par les plus de 17 000 morts ces deux dernières décennies dans leur tentative d’atteindre l’Europe.</description>
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           <title>Plus de 700 millions d’euros aux trafiquants</title>
           <author>APS </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sun, 18 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 18 Dec 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	Les bénéfices réalisés par les trafiquants d’êtres humains, soit l’émigration clandestine vers l’Italie par voie maritime, sont estimés  à plus de 700 millions d’euros par an, selon un rapport rendu public lundi dernier à Milan et cité par les médias italiens. 
	Le rapport réalisé par le groupe  Initiative et études multiethniques  a estimé qu’«au cours des sept premiers mois de l’année 2011, le nombre de personnes venues en Italie par la mer a atteint les 51 800 immigrants illégaux contre 4 400 l’an dernier».Le document a affirmé que «les tarifs pratiqués par les trafiquants  pour un voyage illégal des candidats à l’émigration atteignent  7 à 10 000  euros pour les migrants provenant d’Afrique subsaharienne et 2000 euros  pour les candidats en provenance de Tunisie, d’Egypte et de Libye, tandis que  les Afghans et les Iraniens doivent débourser un montant pouvant aller  jusqu’à 5000 euros». Dans ce cadre, le rapport a noté que «le prix d’un voyage coûte une  moyenne entre 4 et 8000 euros», estimant le bénéfice des trafiquants à plus  de 700 millions d’euros. 
	
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           <title>Filière de la datte en Algérie : La relance freinée  par les archaïsmes</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 14 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Wed, 14 Dec 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	Malgré un patrimoine de près de 19 millions de palmiers dattiers, la filière phœnicicole peine à produire une datte qui ne soit pas hors de prix pour le consommateur national et qui puisse être concurrentielle à l’étranger. 500 000 palmiers, plantés en 2004 et 2005 dans
	les oasis de la région de Biskra, entrent en production cette année. 
	L’Algérie, qui dispose d’un patrimoine phoenicicole atteignant les 18,7 millions de palmiers dattiers, peut-elle réaliser la même prouesse avec les dattes que celle réalisée avec, par exemple, les fleurs sous d’autres cieux ? Surtout quand on sait que 48 millions de fleurs en tige et de plantes en pot sont écoulées quotidiennement sur ce marché qui est, le moins qu’on puisse dire, florissant. Mais, qu’en est-il de la datte ? Peut-on offrir aux consommateurs locaux et internationaux des dattes de qualité, à des prix abordables et à une cadence régulière ?

	Au vu de la cherté, le conditionnement rudimentaire et la qualité douteuse de certaines barquettes commercialisées, l’on serait tenté de répondre par la négative. Cependant, plusieurs acteurs du secteur agricole, interrogés à ce propos, soutiennent que le pays est sur la bonne voie pour réaliser de bonnes performances et offrir à ce beau fruit une place au soleil.
	Les effets du Plan national de développement et du renouveau rural (PNDRA), initié par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MADR) dans les années 2000, et les mesures de soutien financier et d’accompagnement technique toujours en cours, commencent à se faire ressentir. Preuve en est, producteurs, revendeurs et exportateurs multiplient les rencontres en cette fin d’année. Les salons et autres expositions consacrés aux produits de la terre, notamment aux fruits du palmier dattier, ont redynamisé non seulement le secteur agricole, mais aussi celui du commerce, du tourisme, de l’artisanat et de l’emploi.

	A Biskra, trois manifestations d’envergure internationale se sont déroulées en quelques jours : la fête de la datte du centre commercial El Kheir, le Salon des fruits et légumes destiné aux professionnels de la filière et pour la première fois à Tolga, fief incontesté de la fameuse Deglet Nour, le Salon de la datte et du tourisme oasien. Toutes ces manifestations ont connu un grand succès, augurant d’un avenir prometteur pour la région. Tolga s’impose donc avec ses 4,2 millions de palmiers dattiers, ses milliers de serres et d’exploitations agricoles, en plus du savoir-faire ancestral en la matière de ses habitants, comme pôle de production agricole nationale.
	La région des Ziban alimente les marchés de 35 autres wilayas du pays et peut multiplier par 9 sa production de fruits et légumes, «Pour peu que les fellahs aient les capacités financières et techniques de passer des serres tunnels aux serres chapelles, d’étendre les superficies de la phoenicicole et de procéder à la mise à niveau des unités de conditionnement des fruits et légumes, notamment de la datte», soutiennent les spécialistes du secteur.

	
	500 000 dattiers entrés en production cette saison

	
	Mais ces projections ne doivent pas occulter le fait que le secteur agricole national bute encore sur des obstacles d’ordre structurel parfaitement identifiés par les concernés.
	Nouad Amokrane, consultant international en agricole et commissaire du Salon des fruits et légumes de Biskra, organisé dernièrement par Licorne Communication sous l’égide du MADR, explique : «Seuls 3% des terres de Biskra sont occupées par des palmeraies. Cette wilaya s’étendant sur plus de 21 000 km² offre des potentialités indéniables avec ses immenses terres, ses ressources hydriques et le savoir-faire de ses agriculteurs. L’Etat soutient le développement agricole,  malheureusement ces aides alimentent l’agriculture traditionnelle, voire familiale. Il est temps de passer à une agriculture technologique et à l’agroalimentaire industriel. La vocation agricole de Biskra est un atout qui doit être valorisé par le recours aux techniques de culture modernes et à la mise en place d’une nouvelle forme de gestion et d’interactions entre les différents acteurs du secteur.»

	Le président de l’association des producteurs de dattes, Khaled Laâdjel, est, quant à lui, persuadé que les fellahs de Biskra, d’El Oued, de Ouargla et Ghardaïa sont capables d’augmenter la production de toutes les variétés de dattes, «pourvu que des débouchés nous soient assurés et que l’Etat ne nous abandonne pas», confie-t-il. A Biskra, il y a 1200 producteurs de dattes, dont 284 bénéficient d’une indication géographique localisée (IGL) pour leur production de Deglet Nour. Beaucoup se plaignent des lenteurs administratives et de la difficulté à accéder au crédit Rfig institué par le ministère de tutelle. La couverture sociale des gens de la terre est déplorable, et ils ont en plus des difficultés à trouver de bons ouvriers agricoles, notamment des grimpeurs de palmiers. Ces derniers demandent 3000 DA par palmier au moment de la cueillette. Notons que 500 000 palmiers dattiers plantés en 2004 et 2005 sont entrés en production cette saison dans les oasis de la région de Biskra, où l’on s’attend à une production globale de 300 000 tonnes de dattes, dont 60% de Deglet Nour. Ce qui fera une augmentation de 11% par rapport à la saison écoulée, puisqu’elle a atteint 261 400 tonnes.

	
	L’informel mine le secteur

	
	Dans le cadre d’un cluster dattes, les producteurs participent à l’expérimentation d’un palmier dattier qui devient productif deux ans seulement après sa plantation, et à des essais techniques visant la mécanisation de leurs activités.
	Ghemri Youcef, président de l’association des conditionneurs et exportateurs de dattes, estime, lui, que «la datte souffre d’un circuit de commercialisation chaotique tenu par des intermédiaires anonymes comme les produits dattiers qu’ils négocient». Il prône de mettre un terme aux circuits informels et l’interdiction de la vente des dattes nues, la mise à niveau et la certification des unités de conditionnement, de parier sur l’atout variétal des dattes et de ses dérivés et d’imposer des étiquettes de traçabilité sur les barquettes de dattes et ses produits dérivés. Il prospecte actuellement les marchés dits ethniques et la manière d’offrir aux clients de nouveaux produits à base de dattes, comme les barres énergisantes et les sachets de dattes sèches dénoyautées.
	Selon lui, la réussite n’est pas loin. Il faut juste prendre les bonnes initiatives. L’objectif de tous les intervenants de la filière datte étant que celle-ci se vende comme les fleurs sous d’autres cieux.  
	                        
	 </description>
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           <title>«De trop nombreux intermédiaires profitent de la filière»</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 14 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Originaire de la région des Ziban, connaissant très bien la filière phœnicicole, Gammari Messaoud, président de la Chambre d’agriculture de la wilaya depuis 2006, a bien voulu répondre à nos questions. 
	- Selon les chiffres en notre possession, 500 000 palmiers-dattiers sont entrés en production cette saison. Le confirmez-vous ?

	Effectivement, mais ce sont encore de jeunes palmiers (djabbar) mis en terre en 2005 et qui ne produisent que de 20 à 30 kg de dattes chacun. Le palmier-dattier des Ziban atteint sa maturité productive maximale 10 ans après avoir été planté. Cette année, la qualité des dattes est excellente. Si nous continuons à planter cet arbre miraculeux, la production ira évidemment crescendo et les effets sur la vie économique de la région ne peuvent que s’en ressentir.  

	
	- Quel est l’impact direct de cette augmentation de la production de dattes sur le marché intérieur ? Les prix vont-il baisser ?

	La datte est encore trop chère pour le client lambda. Cette année, les producteurs l’ont carrément bradée en la vendant sur pied. Elle coûte de 300 à 400 DA le kilo chez les détaillants mais les producteurs l’ont vendue entre 70 et 160 DA pour la meilleure qualité. Ce sont les trop nombreux intermédiaires et négociants qui profitent de ce marché, tandis que les clients et les agriculteurs sont défavorisés. Il faudrait aider les producteurs de dattes à s’équiper de chambres froides et réguler le marché en éliminant tous les spéculateurs.

	
	- Est-il possible que les agriculteurs de Biskra augmentent les superficies des palmeraies ? Si oui, quels en sont les obstacles ?

	Nous n’utilisons aujourd’hui que 10% des terres agricoles de Biskra, où le palmier-dattier peut croître. Nous avons la volonté de poursuivre l’extension des palmeraies. Cette année, nous avons environ 500 ha de terres en plus dévolues au palmier-dattier. Mais le développement des zones phœnicicoles reste tributaire des ressources hydriques et de leur disponibilité.  

	
	- Quelles aides offre l’Etat aux producteurs de dattes ?

	Il faut noter que l’agriculture en général et particulièrement la phœniciculture ont ressuscité avec le PNDRA. L’Etat continue de soutenir les producteurs de dattes par la prise en charge de 60% des travaux d’irrigation, de 60% des frais engagés pour planter un palmier et par la gratuité des campagnes de lutte phytosanitaire. A ce chapitre, je dois dire que nous incitons les producteurs de dattes à se professionnaliser sans attendre les aides de l’Etat.  

	
	- Que diriez-vous si l’on vous demandait de citer trois mesures urgentes à prendre en faveur des phœniciculteurs ?

	Je pense que l’intensification des moyens de lutte contre les ravageurs de la datte comme boufaroua et le myellois est la priorité des priorités car ces parasites mettent réellement en danger la production de dattes. En second lieu, je dirai qu’il faut faciliter aux fellahs l’accès aux crédits Rfig et éradiquer cet esprit d’assistanat survivant encore dans les mentalités. Enfin, vu l’importance de ce créneau d’activité pour l’économie nationale, j’exhorte les pouvoirs publics à ne pas abandonner l’agriculture. Elle fait vivre des milliers, voir des millions de gens.  

	
	- Peu de gens savent que le 12 décembre est la Journée nationale de la datte en Algérie. A quoi attribuez-vous cette méconnaissance ?

	L’année prochaine, nous ferons coïncider cette journée avec la Fête de la datte tenue annuellement à Biskra. Cette journée, qui a pour but de promouvoir ce produit du terroir dont les qualités nutritives ne sont plus à démontrer, devrait être célébrée par la télévision, la radio et les habitants des Ziban, mais elle n’a pas encore eu les échos convenant à la datte.</description>
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           <title>Khenchela se met aussi à la datte</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 14 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Avec une production conséquente de dattes, la wilaya de Khenchela marque cette saison son entrée parmi le gotha des régions phoenicicoles d’Algérie. 
	En effet, des agriculteurs ont pris l’initiative, il y a quelques années, de planter des palmiers dattiers dans les zones septentrionales de cette wilaya des Aurès où les conditions climatiques hivernales sont des plus rudes. «Et cela donne de très bons résultats», a indiqué un exploitant agricole de cette région.

	Constituée essentiellement de ghers et de Deglet Nour, cette première récolte est d’une excellente qualité, avec un taux de rendement appréciable. La Deglet Nour de Khenchela pourrait même, toujours selon l’exploitant, concurrencer celle produite à Oued Souf, car elle est plus douce en bouche et sa robe, d’un jaune claire translucide, est vivement recherchée par les amateurs de dattes.</description>
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           <title>Un défi permanent</title>
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           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 14 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	La protection phytosanitaire est une nécessité absolue dans la région des Ziban. 
	Pour les producteurs de dattes, c’est un sujet sensible qui inquiète, voire exaspère, au plus haut point. Il ne se passe pas une année sans que des dizaines de ces producteurs expriment leur désarroi quand ils ne bénéficient pas des opérations de traitement chimique visant l’éradication des parasites du palmier dattier menées par l’Institut national de protection des végétaux (INPV), en coordination avec la direction des services agricoles.

	Le MADR alloue, annuellement, des centaines de millions pour la protection des végétaux, notamment du palmier dattier lequel est constamment en proie aux attaques du boufaroua et de la pyrale de la datte qui sont capables de dévaster la récolte d’une saison en un rien de temps. En 2011, ce budget a permis de traiter seulement 1,5 million de palmiers dattiers dans la wilaya de Biskra, laquelle en compte 4,2 millions. Face à cette équation insolvable, l’INPV se retrouve devant un dilemme qui ne peut qu’engendrer des incompréhensions de la part des fellahs. Les moyens financiers, mécaniques et humains de lutte contre les ravageurs du palmier dattier doivent être doublés, voire triplés, pour répondre aux besoins des exploitants agricoles.
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           <title>Un produit aux multiples dérivés</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 14 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Une poignée de dattes constitue le repas favori des habitants des oasis, lesquels y trouvent tout l’apport nutritif et vitaminique nécessaire au métabolisme. 
	De nombreux produits sont  préparés à base de dattes. Il y a d’abord le célèbre robb, un succulent jus de dattes qui peut prendre — quand il n’est pas délayé — les caractéristiques et les vertus du miel. La pâte de dattes avec laquelle on fabrique les pâtisseries traditionnelles (makroudh, bradj, etc.) a aussi beaucoup de succès auprès des mères de famille soucieuses d’offrir à leurs enfants des goûters consistants. Et puis, on ne peut parler des produits dérivés sans évoquer la mythique rouina, farine de degla baïdha qui a nourri des générations entières.

	La datte se marie bien avec d’autres fruits secs. Fourrée d’amandes ou autres arachides, c’est une friandise ; mélangée avec des pépites de noix, elle prend la forme d’une barre tonique et énergisante. Il faut savoir aussi qu’on extrait du vinaigre, de l’alcool et un carburant non polluant des dattes, dont les noyaux broyés constituent aussi un aliment d’appoint pour le bétail. Avec tout ce potentiel des dattes, on se demande pourquoi aucun industriel n’a pensé à faire homologuer un de ces produits et à exploiter ce filon de l’agroalimentaire, lequel demeure au stade embryonnaire dans les Ziban.      
	
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           <title>Récolte de 18 000 quintaux à Tébessa</title>
           <author>APS </author>
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           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 14 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Une récolte de 18 000 quintaux de dattes, toutes variétés confondues, a été obtenue cette saison dans la wilaya de Tébessa, a indiqué lundi le directeur des services agricoles (DSA). 
	S’exprimant à l’occasion de la célébration de la Journée nationale  des dattes, Larbi Meziani a précisé qu’une importante partie de cette production est constituée de la variété supérieure connue sous le label Deglet Nour, le reste comprenant les variétés Mech degla et El ghars. Le potentiel phoénicicole de la wilaya comprend 61 500 palmiers dattiers, dont près de 25 500 productifs donnant un rendement moyen d’environ 40 kg par palmier. La palmeraie est essentiellement exploitée sur 816 ha dans la  partie sud de la wilaya de Tébessa qui englobe les localités de Negrine et de Ferkane, a souligné le DSA, notant que la production de dattes «n’a pas connu d’évolution majeure depuis plusieurs années, à l’inverse de l’oléiculture, forte de 158 000 oliviers en production sur une superficie de 530 ha».</description>
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           <title>L’illusion de l’égalité</title>
           <author>Fatima Arab </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sun, 11 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 11 Dec 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description>
	Officiellement, il n’y a pas de discrimination entre les hommes et les femmes. Ni dans les salaires ni dans les plans de carrière. Les deux sexes sont égaux, du point de vue de la législation du travail. Mais la réalité est tout autre, dure et injuste. 
	Certes, les revendications brandies lors des différents mouvements sociaux au cours de ces dernières années n’ont  jamais porté sur une quelconque inégalité salariale. Les mouvements féminins ont plutôt tendance à se concentrer sur des questions d’ordre politique. Pourtant, la discrimination est là, visible, surtout quand la femme accède au statut de maman.
	Rien n’a été fait pour permettre aux femmes de retrouver leur poste de travail en toute sérénité, une fois le congé de maternité expiré. Les structures de garde pour enfants sont généralement inaccessibles et c’est la femme qui subit dans l’indifférence totale les contraintes de la garde du bébé et les pressions subies pour le déposer et le récupérer après le travail.

	Même si elle n’est pas poussée à démissionner par son entourage, c’est sa carrière qui en prend un coup, du fait de son indisponibilité totale pour son travail. L’Etat, faut-il le souligner, n’encourage guère le travail de la femme qui se perd dans le labyrinthe à la recherche d’une structure adéquate pour garder son enfant durant la journée.
	Les crèches étant inaccessibles, la femme travailleuse se lance donc dans le plan de la débrouille. Confier son enfant à une voisine, ou solliciter l’aide des proches. Ce qui est loin d’être rassurant pour la maman qui doit gérer ses angoisses durant les heures de travail. Il y a lieu aussi de relever que les heures d’allaitement ne sont pas attribuées en Algérie. Seules quelques entreprises soumises à des conventions collectives offrent ce privilège. «J’ai réclamé mes deux heures d’allaitement par jour, croyant que c’était un droit, j’ai été illico presto menacée de licenciement par la directrice de l’entreprise», raconte Samira B., employée dans une société privée d’impression.  

	
	Test de grossesse obligatoire !

	
	Une anecdote racontée par un responsable d’une société de l’agroalimentaire témoigne de l’hostilité envers la femme cadre qui est sur le point d’aller en congé de maternité.  «Lors d’une réunion d’évaluation, les différents responsables se sont succédé pour présenter leur bilan et exposer leur prévision. En ce qui me concerne, j’ai dû parler du problème de remplacement d’une de mes cadres qui n’a pas encore bouclé une année de boîte. Tout le monde a éclaté de rire : comment ça, vous avez recruté un cadre… enceinte ? Confus, j’ai répondu avec humour : je ne savais pas qu’en plus du test technique, il fallait lui faire passer un test de grossesse.» La femme doit-elle donc renoncer à sa vie professionnelle, une fois mariée ? Pourquoi la législation ne protège pas ces femmes fragilisées par leur nouveau statut ? Pourquoi ces femmes contraintes de s’absenter pour une longue durée ne retrouvent pas souvent le même poste. Fini la lutte pour un salaire meilleur et inutile de penser à une promotion, tant que le petit n’est pas totalement autonome.

	Ces préoccupations ont été exposées par les femmes syndicalistes de l’UGTA. Lors de la conférence des femmes travailleuses tenue en 2002, Mme Soumeya Salhi, présidente de la commission des femmes à l’UGTA, avait déploré le fait que «des difficultés entravent toujours l’épanouissement de la femme dans la vie active». Les pouvoirs publics ont été saisis sur la nécessité de mettre en place des mécanismes pouvant alléger les charges dont la responsabilité incombe toujours à la femme. Installer des structures d’accueil pour les enfants et la généralisation des cantines scolaires est indiqué comme étant le minimum à fournir, pour permettre une certaine stabilité à la femme travailleuse. «Malgré les efforts réalisés dans ce domaine, une grande partie des femmes n’ont pas accès à ces services», faisait remarquer Mme Salhi qui y voit «une certaine forme de discrimination entravant la disponibilité de la femme dans son travail et gênant ainsi son accès aux postes de responsabilité».

	Les femmes syndicalistes trouvent toujours d’actualité ces «injustices» et réclament une meilleure protection de la maternité pour la femme travailleuse. «Le congé de maternité de trois mois et l’absence d’un congé parental pour le père qui doit également s’impliquer dans la prise en charge de l’enfant durant les premiers mois de naissance font que la femme soit exclusivement dévouée à son enfant. Les choses sont encore plus graves pour les femmes travaillant dans l’informel qui ne disposent d’aucune protection sociale et qui n’ouvrent même pas le droit au congé de maternité», explique la même syndicalistes qui annonce qu’une plateforme de revendications a été rendue publique le 10 décembre à l’occasion d’un colloque sur la femme et le planning familial.</description>
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           <title>«Le problème réside dans les stéréotypes»</title>
           <author>Fatima Arab </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sun, 11 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	- Officiellement, il n’y a pas de discrimination entre les deux sexes en milieu professionnel, mais la femme active se plaint des difficultés qu’elle rencontre pour équilibrer entre son rôle de maman et celui de travailleuse. N’est-ce pas là une forme d’inégalité ?

	En fait, les femmes au travail ne sont pas du tout protégées. Si elle est jeune, on considère qu’elle y est provisoirement, quand elle se marie, le travail est considéré comme un appoint car, institutionnellement, il est admis que son rôle est naturellement d’être une «femelle» au foyer. Raison de plus, si elle devient mère, son poste, lui est petit à petit retiré, car son congé de maternité, dans l’esprit général, doit être prolongé par un congé sans solde pour s’occuper de l’enfant.
	Donc, par principe, on considère qu’elle est hors de son contexte naturel si elle occupe un emploi. Dans les administrations les hommes s’absentent plus que les femmes, et prétendre que les femmes mamans sont moins disponibles est une idée préconçue et fausse, archifausse !
	On prétend que les femmes s’absentent à cause de leurs enfants, les hommes s’absentent sous des prétextes encore plus nombreux, la mère, le père, l’épouse, les enfants, la grand-mère, etc. Tout cela est accepté, car c’est dans l’ordre des choses qu’un homme fasse tout cela pour sa famille, c’est le patriarcat dans toute sa splendeur. Sauf que l’on oublie qu’une mère a une seule famille dont elle s’occupe, les hommes sont nombreux à tirer les prétextes de la famille nombreuse.

	
	- Des femmes renoncent à leur travail, temporairement, par des congés sans solde,  d’autres quittent définitivement leur poste… La femme ne retrouve donc pas les conditions d’avant sa grossesse…

	Même une femme célibataire est confinée aux mêmes restrictions qu’une mère. Le problème réside dans les stéréotypes et non dans les faits ou les incapacités. Autre aspect à relever. Pourquoi ne pas créer les conditions de travail à tous les employés ? La création de structures d’accueil ne doit-elle pas faire partie des moyens que les responsables doivent mettre à la disposition des citoyens ? Les carences de gestion deviennent une cause de blocage des promotions des carrières des femmes ! C’est un non-sens ! Une aberration.
	Le congé parental ne doit pas être considéré juste comme un moyen de rendre plus disponibles les femmes, mais faire prendre conscience aux hommes et à la société en général  que la prise en charge est l’affaire du couple et non des femmes seulement. C’est cela qu’il faut institutionnaliser et non reprendre les idées révolues reproduites à partir d’un système de valeurs complètement rétrograde, misogyne et misanthrope. Les institutions gagneraient à créer des structures d’accueil et de prise en charge des enfants, telles que garderies, crèches, réfectoires au lieu de jeter les enfants à la rue entre midi et 13h. C’est cela la préservation des droits des travailleurs et des citoyens en général.

	
	- Quelle autre forme de discrimination avez-vous relevé ?

	Les inégalités salariales résident dans les discriminations lors des promotions, car dans les textes elles ne peuvent être évoquées. Lors des missions, les hommes sont envoyés à l’étranger alors que les femmes sont confinées dans les missions que les hommes refusent, à l’intérieur du pays, car peu valorisantes. Cela arrive souvent dans les administrations et dans les entreprises, à des exceptions près. Les avantages en nature sont aussi inégalitaires, les hommes responsables ont droit à des voitures de service pour leur famille alors qu’une femme ne demanderait jamais un véhicule de service pour faire accompagner son mari, comme le font les hommes directeurs. Tout cela constitue les inégalités salariales camouflées. L’interdiction du travail de nuit devient un prétexte pour que les femmes ne soient pas promues à des postes, en fait, quand on envoie en mission des femmes, pour plusieurs jours, n’est-ce pas un travail de nuit ? Les femmes qui commencent très tôt leur labeur sortent de la maison à 5h du matin sans transport assuré, n’est-ce pas un travail de nuit ?</description>
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           <title>Travail de nuit : Les femmes interdites de sortir</title>
           <author>Fatima Arab </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sun, 11 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	Hormis quelques secteurs comme le corps médical, la radio et la télévision, les femmes ne peuvent  être recrutées pour le travail d’équipe (3x8) adopté par la majorité des entreprises économiques. 
	La superficialité avec laquelle la question de la promotion de la femme est traitée n’est pas à démontrer. Elle s’apparente aussi à des manœuvres conjoncturelles visant à faire oublier l’essentiel des revendications et à donner à l’extérieur l’image d’un pays ouvert. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, on accorde aux femmes des quotas plus importants sur le plan de la représentativité politique, mais on leur bloque l’accès au monde du travail. A quoi servirait une APN féminisée si les électrices censées choisir leurs représentantes n’ont même pas le droit de disposer d’elles-mêmes. La femme risque aujourd’hui d’obtenir une promotion de façade, puisqu’elle ne dispose même pas des mêmes chances pour obtenir un poste de travail.

	Le travail de nuit est toujours interdit aux femmes en Algérie. Hormis les quelques secteurs d’activité qui font exception  comme c’est le cas pour le corps médical, la radio et la télévision, elles ne peuvent être recrutées pour le travail d’équipe (3x8) adopté par la majorité des entreprises économiques qui ont des capacités appréciables de recrutement. A l’origine, ce texte a été élaboré en Europe pour renforcer les mesures de protection des femmes et des enfants de l’exploitation pratiquée par les industriels. Une convention internationale ratifiée par l’Algérie préconise aujourd’hui l’adaptation de ce texte conformément aux mutations qu’ont connues les sociétés. En Algérie, ce texte de loi est explicite pour les recruteurs : il est interdit d’employer des femmes pour le travail nocturne sans une dérogation spéciale de l’inspection du Travail.

	«Imaginons un patron d’entreprise courir derrière la paperasse nécessaire à chaque fois qu’une femme doit être recrutée pour cette tranche horaire.»  Si les ouvrières manifestent peu de frustration concernant cette disposition, les diplômées, elles, crient à l’exclusion. «C’est une exclusion déguisée du marché du travail», comme le voit le collectif des chômeurs. Les diplômées des filières industrielles, ingénieurs, techniciennes et titulaires de DEUA, n’ont aucune chance un jour de décrocher le travail pour lequel elles ont trimé des années à la fac. Soumeya, la mort dans l’âme, raconte comment un responsable d’une usine, située à l’est d’Alger, avait toutes les peines pour lui expliquer cette situation. «J’ai répondu à une annonce, et j’ai été  convoquée par une boîte en plein essor. Le  directeur des ressources humaines (DRH) pensait que je répondais parfaitement au profil recherché pour le poste de laborantin.»

	
	Aberration

	
	«L’entreprise ne pouvait avoir meilleur candidat, biologiste, diplômée de l’USTHB et des connaissances non négligeables dans le domaine de l’activité et sur le processus adopté. Ceci, grâce aux stages effectués un peu partout. C’est une fois que je devais être reçue par celui qui aurait pu être mon responsable que je découvre que je ne peux pas être recrutée, car je suis une femme.»  Soumeya retient ses larmes. «Le responsable était gêné de me dire que je ne pouvais pas être recrutée, car l’entreprise travaille au 3x8 et que les laborantins font un travail d’équipe. Mademoiselle, me dit-il :’C’est interdit, et c’est le cas partout’. En guise de consolation, le responsable en question  m’a conseillée de postuler pour un travail d’assistante ou de secrétaire, d’ailleurs largement disponible dans le même secteur», fulmine-t-elle. Fatiha, 32 ans, est ingénieur en automatisme. Elle est à la recherche d’un poste d’automaticienne depuis sa sortie de la fac. «C’est toujours la même histoire. On vous laisse effectuer un stage, on vous enseigne tous les détails du terrain,  mais dès qu’il est question de demander à être recrutée, ils nous sortent ce texte de loi. C’est une discrimination.»

	Les déçues, qui ne s’expriment qu’à titre personnel en l’absence d’un collectif ou d’une association pour parrainer leur cause, se demandent pourquoi les pouvoirs publics n’ont pas tout simplement exclu les filles des filières industrielles à l’université.  «C’est pour avoir ensuite des chômeurs diplômés  à vie ?», ironisent-elles. Le collectif des chômeurs dénonce cette forme de «discrimination» et appelle à la révision dudit texte qui «n’est pas du tout compatible avec la Constitution qui consacre la légalité (…)  De quel droit veut-on priver des compétences féminines d’un poste de travail, si ces femmes ont la possibilité et les conditions sociales leur permettant d’effectuer un travail de nuit ?», s’interroge Samir Larabi, porte-parole du collectif des chômeurs. Et d’enchaîner : «Cette clause de la loi empêche une partie des diplômés de trouver un poste dans la filière étudiée.

	Ces femmes frustrées risquent de l’être encore davantage en restant plus longtemps sans emploi». Même les entreprises n’ont pas de chance de recruter  plus de compétences et de personnels qualifiés. Selon un directeur d’une filiale d’une société à dimension internationale, «ce n’est pas uniquement les postulantes aux postes techniques qui sont lésées, même les employeurs se trouvent privés de compétences rejetées par cette loi. Au lieu de recruter, par exemple, des ingénieurs ou des techniciennes diplômées, plusieurs entreprises se résignent à employer des travailleurs  non qualifiés, puisqu’il n’y a pas eu de postulants ingénieurs masculins. Et c’est sans gaieté de cœur qu’on oppose un refus pour la candidate qu’on aurait souhaité privilégier au non-diplômé, si ce n’était ce texte de loi», a-t-il souligné. Pour Mme Haddad, chef d’entreprise et militante féministe, cette discrimination existe bel et bien. C’est une aberration pour les femmes en quête d’une carrière professionnelle et pour l’entreprise qui doit recourir à d’autres solutions pour pallier à ce manque.

	
	à quand une femme à la tête de Sonatrach ?

	
	«Beaucoup d’employeurs ne pouvant pas retenir le personnel féminin pour une besogne au-delà de 21h, quand il y a une grosse pression (délai proche de la remise d’une commande, panne imprévue) se trouvent obligés de ne pas déclarer ce travail nocturne. Les architectes ou autres compétences sont donc confrontés à exercer au noir et avec leur consentement», révèle Mme Haddad, qui a représenté une organisation patronale lors d’une tripartite. Cela reste contradictoire avec tous les principes d’égalité et des projets d’émancipation ratifiés par notre pays, estime-t-elle. Cette discrimination, à laquelle veut remédier le chef de l’Etat avec la promotion de la femme, est plutôt encouragée par l’exclusion de la gent féminine des postes de responsabilité. A-t-on déjà vu une femme à la tête de Sonatrach, de Sonelgaz, d’Air Algérie ?

	Combien de femmes ont occupé le poste de ministre avec un portefeuille important ? Le Président oserait-il, par exemple, nommer un Premier ministre femme ? Ce sont hélas, des réalités qui trahissent la volonté de maintenir encore la femme à «un rang» inférieur. Pourtant, des femmes responsables dans des entreprises ont réalisé des miracles, mais n’ont jamais obtenu de promotions conséquentes. «Toute la volonté et les efforts déployés par le premier magistrat du pays, pour obliger les partis politiques à promouvoir la place de la femme, n’auront jamais les résultats escomptés, si lui-même en tant que premier responsable du pays ne procède pas à un tel pas», juge Mme Haddad. Cette dernière craint que le «recrutement» des femmes pour les listes des partis politiques se fasse uniquement pour satisfaire une décision liée à la légalité du parti plutôt qu’à la promotion de ces femmes en tant que militantes convaincues. Au-delà du caractère non démocratique de cette démarche des quotas, décriée par les femmes politiques elles-mêmes, l’on craint d’obtenir juste une promotion «de façade». Avec ce type de promotion, résume notre interlocutrice, il n’y a aucune chance que les problèmes rencontrés dans le domaine du travail soient pris en considération ou transmis à qui de droit.

	
	La «complicité» de l’inspection du Travail

	
	L’UGTA dénonce le caractère «discriminatoire» de l’application des dispositions relatives à la législation du travail. «Je ne pense pas que ce soit la loi qui est discriminatoire, puisqu’elle endosse un rôle à l’inspection du Travail pour encadrer cette tâche, mais c’est la négligence des aspects de son application qui génère des pratiques discriminatoires», précise Mme Rahmani, membre de la commission exécutive de l’UGTA et représentante de la commission des femmes. Les femmes syndicalistes dénoncent aussi la déviation du texte de son vrai sens. Ainsi, à en croire Mme Rahmani, les patrons trouvent des prétextes uniquement pour éviter de recruter du personnel féminin. Le silence des postulantes encouragerait ce genre de pratiques. «Nous n’avons jamais eu écho de femmes candidates à des postes de travail aux horaires de nuit, refoulées parce que femmes. Ce manquement doit être sanctionné par l’inspection du Travail. Nous sommes prêtes à accompagner les dossiers de ces candidates pour les poursuites devant les tribunaux», menace Mme Rahmani.

	Ce texte est inspiré des conventions universelles dédiées à la protection des femmes et des enfants, considérés comme étant des couches fragiles à protéger vu l’explosion de l’industrialisation, notamment en Europe. Les pays européens ont élaboré des textes pour éviter que les ouvrières fassent objet d’exploitation sauvage. Des dispositions ont été prises pour la protection particulière des femmes enceintes et des mères de famille. C’est ainsi que des conventions ont été ratifiées par la majorité des pays, dont l’Algérie qui a élaboré des lois, dans ce sens dès l’indépendance. L’Organisation internationale du travail (OIT) a, plus tard, saisi les gouvernements pour ratifier des conventions consacrant l’égalité des chances d’accès au travail.

	C’est une «régression» en matière de respect de la législation du travail, selon la présidente de cette commission, Mme Soumeya Salhi, qui est également coordinatrice du groupe de travail intitulé «Stop à la discrimination, les droits aux femmes maintenant». Le travail de la commission des femmes doit aboutir à une décision qui définit clairement la nomenclature des fonctions interdites aux femmes et à une refonte du cadre juridique concernant cet aspect du travail «pour mettre fin aux exactions pratiquées au nom d’une loi censée protéger les personnels féminins», précise Mme Salhi. Le Snapap, tout en dénonçant cette «ségrégation», fustige les pouvoirs publics qui maintiennent le flou par rapport à l’application du texte.</description>
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        <item>
           <title>Les atteintes aux libertés les plus élémentaires se banalisent</title>
           <author>Fella Bouredji</author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sat, 10 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 10 Dec 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description>
	Arrestations arbitraires, interdiction de se rassembler, répressions policières, restrictions dans l’exercice du droit syndical, instrumentalisation de la justice par le pouvoir exécutif, autant d’atteintes aux principes les plus élémentaires de la dignité humaine. 
	Des faits qui ont rythmé l’Algérie cette année. 2011, une année pourtant marquée par la levée de l’état d’urgence qui expliquait un bon nombre de ces entraves aux libertés individuelles et collectives. Ambiance indolente à la rue Didouche, malgré les allées et venues incessantes des passants. L’allée qui mène au 5, rue des Frères Alleg est calme. «Le siège de la Ligue ? C’est juste à gauche», indique un passant. Une entrée d’immeuble sombre, rétrécie par quelques sachets de ciment stockés dans la cage d’escalier. Au deuxième étage, deux habitants de Béchar viennent de quitter l’appartement laissant derrière eux un dossier que le secrétaire général de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (Laddh) pose sur la table de réunion. J-2 de la célébration de la Journée internationale de défense des droits de l’homme, l’équipe de permanence travaille sur les autorisations à arracher à la wilaya pour une conférence à organiser le 10 décembre à l’hôtel d’El Biar. Lourdeurs bureaucratiques et hégémonie administrative les bloquent.

	«Cette autorisation n’entre pas dans le cadre de la loi, mais si nous ne la demandons pas, nous ne pourrons pas organiser notre événement, s’ils refusent nous improviserons comme d’habitude», note le vice-président de la Ligue, Me Nour Eddine Benissad. La dernière plainte en date est alors mise sur le tapis. Les deux habitants de Béchar représentent un collectif d’une dizaine de citoyens. C’est une affaire de démolition d’habitation survenue lors d’une opération militaire en plein terrorisme. C’était en 1994 «il y a vide juridique», leur a rétorqué le wali les laissant livrés à eux-mêmes, «nous sommes leur ultime recourt», explique Moumène Khelil SG de la Ligue. Un avocat va être désigné pour tenter de trouver la meilleure voie juridique pour les aider. Le dossier est fermé et posé sur la pile de centaines autres documents du genre. La LADDH a enregistré 400 cas d’atteinte aux droits de l’homme depuis le début de l’année. Presque deux fois plus que l’an dernier, 250.

	
	Plus de dix plaintes de torture contre le DRS

	
	Dans le bilan annuel, des licenciements abusifs, des expulsions arbitraires, des dérives judiciaires en grande majorité et fait préoccupant : plus de dix cas de torture cette année. «Nous avons eu une dizaine de plaintes pour torture. Les personnes reçues accusent plusieurs services de sécurité, à leur tête le DRS», explique Moumène Khelil. Quelle marge de manœuvre pour la Ligue dans ces cas-là ? «Nous faisons un travail d’alerte, et quand les victimes veulent faire un recourt auprès de la justice, nous les accompagnons», précise Me Nour Eddine Benissad. Communiqués, alertes, dénonciations, la Ligue n’a pas chômé depuis le début de l’année. Arrestations arbitraires, interdiction de se rassembler, répressions policières contre les manifestations pacifiques, intimidations et restrictions dans l’exercice du droit syndical, instrumentalisation de la justice par le pouvoir exécutif, autant d’atteintes aux principes les plus élémentaires de la dignité humaine.

	Des faits qui ont rythmé l’Algérie cette année. 2011, une année pourtant marquée par la levée de l’état d’urgence qui expliquait un bon nombre de ces entraves aux libertés individuelles et collectives. Dix mois après sa levée et l’explosion des révoltes arabes qui auraient pu insuffler un climat d’ouverture dans le pays, aucune avancée n’a été enregistrée sur le terrain malgré les réformes politiques qui prônent l’ouverture. «Ni les révoltes arabes ni la levée d’état d’urgence n’ont changé la situation des droits de l’homme en Algérie.»  Pourquoi ? «Tout simplement, parce que nous sommes dans un Etat de non-droit, les autorités sont au-dessus de la loi qu’ils violent comme bon leur semble», tranche Me Benissad. La justice mise sous contrôle du pouvoir exécutif est justement le meilleur instrument de violation des droits humains en Algérie.

	
	La justice dans une logique d’autoritarisme

	
	La Constitution de février 1989, qui devait consacrer l’indépendance de la justice, s’est très vite vu dévier par l’instauration de l’état d’urgence en 1992 qui a accentué le processus de sa mise sous contrôle par l’Etat. Dix mois après sa levée, l’Algérie continue de traîner cette question lancinante de la mise sous contrôle de la justice par le pouvoir exécutif. «Dix mois après sa levée, toutes les institutions du pays ont gardé la même logique d’autoritarisme», explique Me Benissad. Et d’ajouter : «Au Maroc, quand un citoyen se considère lésé dans ses droits, il a, à présent, le droit de saisir la Cour constitutionnelle s’il pense qu’il a été jugé sur la base d’une loi anticonstitutionnelle. En Algérie, les seuls à pouvoir recourir à la Cour constitutionnelle sont le président de la République et les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat.»

	Mais la justice n’est pas le seul instrument de répression, toutes les autres institutions de l’Etat entretiennent les mécanismes hégémoniques qui verrouillent les libertés du citoyen. A leur tête, les services de sécurité et l’Assemblée populaire nationale qui jouent le jeu de l’allégeance. Cette dernière est justement sur le point de permettre l’une des pires régressions qui soient, avec l’adoption du projet de loi sur les associations. A travers son article 40 (l’interdiction de s’ingérer dans les affaires internes du pays) ou encore l’article 47 qui prévoit une peine d’emprisonnement allant de 3 à 6 ans dans le cas d’appartenance à une association non encore enregistrée ou agréée) la logique autoritaire et répressive de l’Etat est sur le point d’atteindre son comble.

	Mais des militants de diverses tendances (voir portraits) s’insurgent et se constituent en collectifs et en groupes pour dénoncer cette restriction qui limite de plus belle leur champ d’action, d’expression et de résistance. Présents autant sur la Toile que sur le terrain, ils ne comptent pas abdiquer. La Ligue, pour sa part, s’est heurtée hier à un refus net des autorités (wilaya d’Alger) d’organiser sa conférence prévue ce matin à l’hôtel d’El Biar. Un refus en violation de l’article 4 et 5 de la loi n°89-28, modifiée et complétée par la loi n° 91-28, relative aux réunions et manifestations publiques. Parfaite illustration de l’autoritarisme de l’Etat.</description>
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           <title>«La justice ne doit pas être répressive»</title>
           <author>Bouredji Fella</author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sat, 10 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	- Me Ksentini, quel bilan faites-vous de la situation des droits de l’homme pour l’année 2011 ?

	Il y a une nette progression de la situation des droits de l’homme en Algérie depuis quelques années. Ce n’est certes pas parfait et les efforts de l’Etat sont parfois hésitants, mais on va réellement dans le bon sens. Cette progression s’est fait sentir cette année dans le volet des droits sociaux, de la liberté de la presse et des directives du Président dans le cadre des réformes.

	
	- Justement, ces réformes sont décriées dans leurs différents projets de loi, parce qu’elles constituent un danger pour les droits de l’homme dans plusieurs cas…

	Oui, ce n’est pas parfait, mais je pense qu’il faut encourager l’Etat et applaudir ses démarches pour qu’il continue dans le bon sens. Il faut porter un regard pédagogique sur la question des droits de l’homme. La CNCPDDH œuvre dans ce sens avec ses rapports pour souligner les failles et inciter l’Etat à mieux faire. Le rapport 2011 sera rendu public fin décembre.

	
	- La levée d’état d’urgence n’a pas changé grand-chose sur le terrain des libertés collectives, qu’en pensez-vous ?

	Je pense que la levée de l’état d’urgence est très importante sur le plan symbolique.
	 

	- Quel est votre avis sur le rôle de la justice dans la violation des droits de l’homme en Algérie ?

	La justice est le plus grand prédateur, mais aussi protecteur des droits de l’homme.  Je pense que la qualité des jugements est insatisfaisante. La justice ne doit pas être répressive.

	
	- Que pensez-vous du procès de Karim Siaghi, le chrétien oranais condamné à 5 ans de prison  pour prosélytisme ?

	Je pense que cet homme est libre de se convertir au christianisme et que ce procès n’avait vraiment pas lieu d’être.
	 </description>
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           <title>Sabrina Zouaoui : «Je revendique le droit de m’indigner»</title>
           <author>Fella Bouredji</author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sat, 10 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	«Pour moi, tout a commencé durant les émeutes de janvier dernier qui m’ont profondément bouleversée. J’en suis arrivée à culpabiliser de la mort du jeune de Bou Ismaïl (tué par une balle perdue en pleine émeute, ndlr)». 
	Sabrina Zouaoui arrange le foulard qui recouvre ses cheveux, reprend son souffle et poursuit : «En fait, c’est le silence qui me rendait coupable.» Pour se libérer de la culpabilité, cette juriste de 29 ans a décidé de se donner le droit de s’indigner. Première sortie sur le terrain, le 12 février dernier, pour la fameuse tentative de marche de la CNCD afin de quitter l’indolence qui caractérisait jusque-là sa vie. «Une vie dans une petite bulle confortable», précise-t-elle. Pas de marche arrière. Après ce premier pas, s’ensuivent des prises de contact avec des militants chevronnés et des participations à des réunions de plusieurs groupes.

	Pancartes et banderoles à la main, rien ne lui échappe désormais. Emprisonnement du maire de Zéralda, affaire des prisonniers du port, l’arrestation pour prosélytisme du chrétien oranais Karim Siaghi, manifestations contre le harcèlement de Baba Nedjar où elle était la seule femme, autant d’affaires qui l’interpellent. «Je ne supporte plus cette instrumentalisation révoltante de la justice», tranche-t-elle.
	La parole mesurée et le geste lent. Sabrina argumente : «On ne peut pas laisser les juges contourner la loi pour appliquer leur idéologie ou répondre à des intérêts obscurs sans s’indigner.»

	La jeune femme souriante et pleine d’entrain milite autant sur le terrain que sur la Toile. Elle est présente dans de nombreux groupes sur facebook et a activement participé à la création d’un nouveau collectif, l’Espace mouvement associatif et libertés (EMAL) regroupant une quarantaine de personnes décidées à s’organiser pour militer ensemble.
	Sabrina espère y verser tout son engagement politique. Trois mots-clés animent sa détermination : démocratie, changement et laïcité.
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           <title>Hamid Ferhi : «La solidarité est un devoir»</title>
           <author>Fella Bouredji</author>
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           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sat, 10 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	Difficile d’être militant et de rester discret. Hamid Ferhi, 53 ans, sait pourtant le faire. Membre fondateur du Mouvement démocratique et social (MDS), il active depuis plus de 30 ans. 
	Son credo : le travail de proximité. «Face aux injustices constantes qui ont lieu, le moins qu’on puisse faire, c’est d’être solidaire», confie-t-il. Hamid cherche toujours ses mots, il a le souci d’être précis et juste. Il ajoute : «Et quand je le peux, faire dans la résistance est un devoir.»
	Son engagement politique a débuté dans les années 1970 et lui valurent d’être emprisonné et torturé à deux reprises, en 1987 et 1988, pour appartenance à des mouvements politiques clandestins. «Quand on a vécu l’injustice dans sa chair, on ne peut être indifférent à ce qui se passe autour de nous», confie-t-il avec retenue. Hamid est un homme de terrain, il n’hésite jamais à se déplacer à l’intérieur du pays dès qu’une affaire d’atteinte aux droits de l’homme éclate.

	Oum El Bouaghi, pour le procès du non-jeûneur emprisonné, Zéralda, pour l’affaire du maire emprisonné et tant d’autres mobilisations où on le voit toujours quelque part parmi la foule, avec toujours son petit café à la main. «Je ne pense pas réellement que l’on régresse en matière des droits de l’homme, mais il y a du travail à faire», précise-t-il. Et d’ajouter : «Je pense qu’il faut savoir verser dans l’autocritique, en plus des dépassements révoltants du pouvoir, les élites et la société civile ont une grande part de responsabilité.»
	 Hamid prône un militantisme de proximité, proche des mouvements de jeunes, il pense que c’est la meilleure voie de lutter contre les défaillances de l’Etat pour les grandes affaires d’injustice déjà médiatisées autant que pour celles dont personne ne parle, mais qui font le quotidien des Algériens. 
	 </description>
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           <title>Nacima Guettal : «Justice, liberté et laïcité»</title>
           <author>Fella Bouredji</author>
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           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sat, 10 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	«Je suis sur un terrain glissant, je le réalise.» Nassima Guettal l’avoue néanmoins en souriant. 27 ans, militante au sein de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), et du Front du changement national (mouvement politique clandestin), elle a connu, le 25 novembre dernier, sa première arrestation. 
	Son délit ? Une grande pancarte sur laquelle elle annonçait une grève de la faim en solidarité avec les opprimés de la justice, derrière laquelle elle s’est postée à la place du 1er Mai. Jeune femme fraîche et déterminée, Nassima en parle avec ferveur : «C’était une initiative personnelle qui devait durer 24 heures, j’en ai eu pour 15 minutes avant de rejoindre le poste de police pour 3 heures.» Cette jeune informaticienne ne pense pas être sur un terrain glissant juste parce que c’est une femme qui s’expose à toutes les coercitions de la société – bien qu’elle soit voilée, ce qui lui offre une forme de protection –, mais simplement parce qu’elle travaille dans un organisme public : la Radio nationale. Son militantisme inspire remarques et intimidations sur son lieu de travail.

	Elle ne craint pas de le dire. La jeune femme n’a pas sa langue dans sa poche, ce qui sied parfaitement à la mission qu’elle s’est assignée ces derniers mois : porter le changement dans le pays. «Mon déclic politique je l’ai eu face à Ali Yahia Abdenour, un homme que j’admire et que j’ai eu l’occasion de rencontrer cette année», confie-t-elle.
	C’est justement suite à cette rencontre «forte» que Nassima a adhéré à la LADDH en septembre dernier. Bilan de ces trois premiers mois de militantisme ? «Malheureusement la déception», lance-t-elle. Le même sourire presque naïf sur les lèvres, Nassima explique : «La Ligue n’est pas assez présente sur le terrain.»
	Nassima pense que certains de ses membres manquent de détermination dans la capitale contrairement à ceux de l’intérieur du pays.
	Mais elle veut quand même continuer son combat pour : la justice, la liberté et la laïcité.
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           <title>Kader Fares Affak : «Il faut résister jusqu’à ce qu’ils abdiquent»</title>
           <author>Fella Bouredji</author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sat, 10 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	«Devrais-je avoir honte d’être un démocrate progressiste ?» Cette question posée sur un ton colérique par Kader Fares Affak, 42 ans, militant depuis vingt ans au sein de plusieurs organisations clandestines, n’en est pas une. 
	Elle ne fait qu’exprimer sa révolte face à la culture de la peur qui paralyse la société. Il cale sa béquille contre le mur, se calme et explique : «Aujourd’hui, les gens ont honte d’être démocrates parce que les démocrates du système nous ont discrédités par leur silence complice face aux pires dépassements.» Kader, qui n’en est pas à son premier combat, n’a pas peur de hausser le ton : «Les démocrates n’ont pas réussi à proposer un projet de société contrairement aux islamistes qui en ont un tout prêt, et c’est là que se situe leur faille.» Après 20 ans d’engagement politique – premières actions de militantisme au sein du comité de défense des libertés démocratiques créé juste après les événements d’octobre 1988 – Kader a, bien sûr, dans le regard une pointe d’amertume due à de longues années d’une lutte frustrante, mais pas une once de résignation, pour autant.

	«Tout le monde exige le changement et attend qu’il vienne d’en haut ou de l’extérieur sans réaliser que ce changement peut se construire avec les forces d’en bas», explique-t-il en levant ses bras de colère. Ce changement, il y croit malgré les dizaines de PV d’arrestation qu’il collectionne. «Il faut résister jusqu’à ce qu’ils abdiquent !», peste-t-il. Kader est aussi devenu célèbre grâce à sa voix qui porte dans la rue. Parfait chauffeur de foule qui scande à chaque fois des slogans rebelles et déterminés. Il ne prône pourtant pas les méthodes radicales : «Pas besoin d’aller jusqu’à la désobéissance civile, mais juste résister jour après jour.» Pour résister, il a opté pour l’indépendance. Kader a quitté le monde du travail en 2009 pour se consacrer à ses convictions révolutionnaires. Pas le temps de chômer pour ce révolutionnaire né, justement né un certain 1er novembre 1969 à Aïn Bénian.
	 </description>
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           <title>Sit-in, ce matin, à la Grande-Poste</title>
           <author>Fella Bouredji</author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sat, 10 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Pour la célébration de la Journée internationale des droits de l’homme qui aura lieu aujourd’hui même, plusieurs collectifs se sont rassemblés autour d’une action de contestation pacifique. 
	Un sit-in pour la défense des libertés et des droits de l’homme lancé ce matin même à 11h aura lieu à la Grande-Poste (Alger-Centre). L’appel a été lancé par différents collectifs, dont Espace mouvement associatif et libertés (EMAL), Mouvement de la jeunesse indépendante pour le changement (MJIC), SOS disparus, l’association Tarwa Fatma N’soumer, Collectif de soutien à Mouhib Khatir, Collectif de soutien à Karim Siaghi, Collectif de soutien aux prisonniers de l’affaire du port, Collectif de soutien à Baba Nadjar, Groupe Algérie pacifique, Collectif des associations d’Oran, Collectif des avocats et Collectif des enseignants.
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           <title>Une année d’atteintes aux droits de l’homme</title>
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           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Sat, 10 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	Janvier : émeutes aux quatre coins du pays. Des centaines de blessés et 3 morts.
	
	Février : violente répression policière contre des manifestations pacifiques à Alger organisées par la CNCD, Coordination nationale pour le changement et la démocratie.
	
	Mars : début d’un processus de répressions contre de nombreux grévistes. Ponctions sur salaire et poursuites judiciaires.
	
	Avril : grève de la faim du journaliste et militant des droits de l’homme Hassan Bourras pour dénoncer les intimidations et le harcèlement quotidiens qu’il subit depuis des années.
	
	Mai : condamnation à 5 ans de prison de Karim Siaghi, un jeune Oranais converti au christianisme.
	
	Juin : violente répression policière contre les médecins résidents lors d’une manifestation pacifique. Une vingtaine de blessés.
	
	Juillet : emprisonnement du maire de Zéralda, Mouhib Khatir, sans mandat d’arrêt par des services de sécurité qui n’auraient pas décliné leur identité lors de l’arrestation. Son procès n’a toujours pas eu lieu.
	
	Août : arrestation de Bachir Belharchaoui, ancien sous officier du DRS. Sa famille qui l’a aperçu au tribunal de Blida où il a été déféré le 21 août, le visage tuméfié, dénonce sa torture.  
	
	Septembre : arrestation de Yacine Zaïd, membre de la LADDH le 4 septembre, à Batna. Il a répondu à une convocation qui lui avait été adressée par la brigade criminelle afin de subir un interrogatoire sur ses activités.
	
	Octobre : kidnapping de Nordine Belmouhoub porte-parole du Comité de défense des ex-internés des camps de sûreté algérien le 23 octobre par des services de sécurité. Il sera relâché quelques jours plus tard après avoir subi des pressions pour retirer sa plainte contre le général à la retraite, Khaled Nezzar.   
	
	Novembre : arrestation d’une militante de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme le 25 novembre pour avoir brandi une pancarte de solidarité aux opprimés de la justice à la place du 1er  mai. Son interrogatoire aura duré 3 heures.
	
	Décembre : expulsion de quatre femmes émigrantes clandestines, séparées de leurs bébés et refoulées dans des conditions inhumaines à partir d’Oran.   
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           <link>http://www.elwatan.com/dossier/une-annee-d-atteintes-aux-droits-de-l-homme-10-12-2011-150476_151.php</link>
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           <title>L’onde de choc touchera-t-elle l’Algérie ?</title>
           <author>Hocine Lamriben </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Tue, 06 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Tue, 06 Dec 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	Le Fonds monétaire international (FMI) a confirmé récemment le risque de récession en révisant fortement à la baisse sa prévision de croissance pour la zone euro, l’an prochain, à seulement 0,5% contre 1,8% attendu auparavant. 
	Une prévision confirmée aussi par la BCE. Techniquement, une récession se définit à partir d’au moins deux trimestres consécutifs de recul de l’activité économique. Mais le «trou d’air» en Europe pourrait aller au-delà.
	Cette crise de la dette publique qui frappe l’Europe aura-t-elle un impact sur l’économie algérienne ? Affirmatif, s’accordent à dire des  économistes algériens. Et ce, sur plusieurs plans. «Le risque que l’Algérie soit touchée est plutôt à long terme étant donné la santé financière du pays», affirme l’économiste Mohamed Bahloul dans une déclaration à El Watan. A cause des politiques d’austérité adoptées par les pays touchés par la crise, «la  demande mondiale en pétrole pourrait chuter si la crise dans la zone euro et aux USA persiste, selon un scenario catastrophe. Du coup, les recettes pétrolières de notre pays seraient affectées», prévient notre interlocuteur.

	Les exportations d’hydrocarbures représentent  97% de l’ensemble des exportations et 60% des revenus de l’Etat. Aussi, l’Algérie fournit à l’Europe 25 à 30% de ses besoins en gaz naturel. Après la Russie et la Norvège, l’Algérie est le troisième fournisseur de gaz de l’Europe. Economiste et vice-président du CNES, Mustapha Mekidèche soutient, quant à la lui, que la crise de l’UE «aura un impact important sur l’Algérie». «Nos programmes d’exportation d’hydrocarbures vers l’Europe, notamment l’Italie, l’Espagne et plus tard l’Angleterre, vont trouver des marchés déprimés si la croissance n’est pas au rendez-vous ou, pire, si ces pays entrent en dépression», dit-il dans une déclaration à la presse. Cet économiste a, en outre, évoqué une éventuelle chute des prix de pétrole : «Notre position d’exportateur d’hydrocarbures sera aggravée car les prix du pétrole risquent alors de chuter lourdement au moment où notre déficit budgétaire est de plus en plus financé par la fiscalité des hydrocarbures.»

	Autre menace : un accroissement sensible de la facture des importations de l’Algérie. «Avec ou sans crise, nos importations se sont emballées, notamment avec les biens d’équipements», rappelle M. Bahloul. Et la crise de la zone euro vient un peu plus compliquer les choses. Selon lui, l’Algérie sera aussi confrontée au spectre d’une inflation importée due essentiellement au renchérissement des produits alimentaires. A titre d’exemple, les gouvernements de la zone euro optent  pour l’abandon des subventions au secteur agricole. De mauvais augure, cette mesure aura des répercussions sur les caisses de l’Etat, qui débourse des dizaines de milliards de dollars pour couvrir la facture alimentaire.

	Dans la loi de finances pour 2012, le budget de l’Algérie accuse un déficit de 25%, couvert par le Fonds de régulations des recettes. «A court terme, il n’y a aucun danger puisque l’Algérie dispose d’une marge de manœuvre financière» pour couvrir ses importations, rassure M. Bahloul. Les pays de l’UE sont les principaux partenaires commerciaux de l’Algérie avec 51% des importations en 2010. Après les USA, l’Italie est le deuxième client de l’Algérie, suivie de l’Espagne, la France et les Pays-Bas. Les importations en provenance de l’UE ont enregistré une hausse de 19,5% au premier semestre 2011 par rapport à la même période de 2010, en passant de 10,5 milliards de dollars à 12,5 milliards, selon les chiffres du CNIS.
	
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           <title>Un nouveau traité pour sauver l’euro</title>
           <author>Zhor Hadjam </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Tue, 06 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Tue, 06 Dec 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description>
	Allemands et Français ont tenté de ne rien laisser transparaître de leurs différends, préférant afficher un optimisme de façade
	quant aux solutions à la crise qu’ils proposent pour préserver la zone euro. 
	Pour trouver une issue à la crise et rétablir la confiance dans l’euro, Allemands et Français veulent désormais rapprocher les points de vue des Européens en vue d’un accord sur «un nouveau traité» d’ici mars 2012.
	Un projet discuté hier, lors d’un minisommet bilatéral, à Paris, par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy et dont une des finalités serait de pouvoir imposer des «sanctions automatiques» aux Etats laissant filer leurs déficits.

	
	Trouver une issue à la crise

	
	La proposition franco-allemande sera présentée le 8 décembre au sommet européen de Bruxelles pour tenter de colmater les brèches et de trouver une issue à la crise financière qui n’en finit pas d’inquiéter l’Europe dans le sillage de la fragilisation extrême de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal et des signes de faiblesse que laisse apparaître l’économie française. Un pan entier de la zone euro chancelle dangereusement depuis des mois, menaçant d’entraîner dans sa chute tous les pays du vieux continent et de remettre en question la viabilité de la zone euro et de sa monnaie unique. Un scénario d’épouvante pour les dirigeants européens et une hypothèse très pessimiste, mais dont les contours sont d’ores et déjà palpables, menaçant l’économie occidentale de conséquences désastreuses. Pour parer au plus urgent, des mesures d’austérité ont déjà été prises pour redresser la barre en Grèce, qui a dû sacrifier le gouvernement Papandréou, incapable de faire face à la tempête et ses répercussions sociales.
	Des solutions politiques ont été également amorcées en Italie et en Espagne, dans l’espoir de voir s’installer des mesures budgétaires plus strictes qui redresseront quelque peu l’économie de ces pays et maintiendront la cohésion de l’Europe. Hier, Allemands et Français ont tenté de ne rien laisser transparaître de leurs différends, préférant afficher un optimisme de façade quant aux solutions à la crise qu’ils proposent pour préserver la zone euro.

	
	Paris et Berlin déterminés

	
	Paris et Berlin affichent leur déterminisme et réclament «l’instauration d’une règle d’or, renforcée et harmonisée au niveau européen», afin que les cours constitutionnelles de chaque pays puissent «vérifier que les budgets vont vers le retour à l’équilibre». La Cour de justice européenne devra pouvoir vérifier la conformité de la règle d’or de chaque Etat avec le nouveau traité européen, mais elle ne pourra pas déclarer un budget national nul et non avenu, selon Angela Merkel, qui nuance ainsi quelque peu les menaces pourtant bien réelles mises en forme hier avec le président français. Des menaces qui pourraient se traduire par des sanctions automatiques visant les Etats membres de l’UE dont le déficit dépasserait 3% du PIB. «Nous souhaitons des sanctions immédiates en cas de non-respect de la règle du déficit inférieur à 3% du produit intérieur brut (PIB), un niveau déjà inscrit dans le traité actuel», a déclaré Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse conjointe avec Angela Merkel.

	Le nouveau traité de l’UE proposé par les deux dirigeants européens serait conclu si possible à 27, soit l’ensemble des Etats membres de l’UE, sinon à 17, les membres de la zone euro auxquels pourraient se joindre d’autres Etats volontaires.
	La France et l’Allemagne souhaitent par ailleurs un sommet mensuel des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro avec «un ordre du jour précis, focalisé sur la nécessité de doper la croissance dans la zone euro tant que la crise durera».
	La France et l’Allemagne souhaitent enfin que le fonds de secours permanent de la zone euro entre en vigueur en 2012 plutôt qu’en 2013 comme prévu jusqu’ici, et que ses décisions soient prises à la majorité plutôt qu’à l’unanimité.</description>
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        <item>
           <title>La rigueur pour éloigner la récession en Italie</title>
           <author>Nacéra Benali </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Tue, 06 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	Le nouveau président du Conseil italien, Mario Monti, a présenté à ses concitoyens un programme d’austérité pour sortir de la crise
	et rassurer les autres partenaires européens. Le nouveau gouvernement n’a pas droit à l’échec car, comme l’a souligné la chancelière allemande, «si l’Italie s’écroule, c’est la fin de l’euro». 
	Rome.
	De  notre correspondante
	
	Une série de mesures drastiques pour équilibrer les comptes de l’économie italienne et échapper à une récession prévue par les experts. Faire redémarrer l’appareil productif et susciter une consommation à même de relancer la croissance, voici la mission presque impossible qui attend le tout fraîchement nommé président du Conseil italien et ministre de l’Economie, Mario Monti.
	Ce dernier, pour faire avaler aux Italiens la pilule amère des réformes, a annoncé qu’il renoncera à percevoir son salaire et que ses ministres ne toucheront pas de double salaire. Et pour contenir les dépenses publiques, des dizaines de postes seront réduits dans les conseils des provinces et certains seront carrément éliminés. L’Etat devrait encaisser 30 milliards d’euros supplémentaires (durant la période 2012-2014) avec ces nouvelles mesures d’épargne et de fiscalité.

	Succédant à l’ancien chef de gouvernement Silvio Berlusconi, qui avait toujours minimisé les conséquences de la crise économique en Italie, Mario Monti ne s’est pas laissé intimider par les syndicats, très mécontents des ajustements qui touchent aux retraites mis au point par l’équipe de Monti. L’âge du départ à la retraite a été retardé (66 ans pour les hommes et 62 pour les femmes) et le nombre d’années de cotisation sera porté à 42 ans pour les hommes et à 41 pour les femmes dès 2012.

	Pour les principales organisations des travailleurs, ces mesures manquent d’équité et tendent à «renflouer le Trésor public en soutirant de l’argent aux pauvres». Même la ministre pour les Affaires sociales, Elsa Fornero, n’a pu contenir son émotion en annonçant «les sacrifices» exigés des salariés. Mais le chef du gouvernement, ancien commissaire européen, a assuré que «sans ces mesures, l’Italie finira comme la Grèce», lors de la conférence de presse qu’il a tenue, hier, devant les correspondants des médias étrangers à Rome.
	Et d’expliquer que laisser les choses en l’état pouvait compromettre les acquis réalisés par quatre générations d’Italiens.
	L’Italie croule sous le poids des dettes publiques qui dépassent les 1900 milliards d’euros, soit 120% du PIB. Cette fragilité de l’économie italienne avait encouragé la spéculation des marchés extérieurs, la Bourse en avait ressenti ainsi que l’investisseur étranger.

	Après la démission de Berlusconi, l’Italie tente de revenir sur la scène européenne et compte se présenter comme un partenaire non plus fort, mais au moins crédible. Augmenter les prélèvements fiscaux sur les biens immobiliers et lutter contre l’évasion fiscale sont les autres solutions retenues par le nouveau gouvernement pour faire face à la crise, car deux défis majeurs devront être affrontés rapidement : assainir les comptes publics et relancer la croissance. Deux objectifs difficiles à atteindre en quelques mois.

	L’Exécutif sortant, après avoir minimisé les conséquences de la crise mondiale sur l’économie italienne, n’en a pas néanmoins laissé un lourd passif. Les experts ne parient pas sur un rapide retour à la croissance et craignent que les mesures d’austérité adoptées ne soient insuffisantes pour combler le gouffre de l’endettement public de la troisième économie de la zone euro. «La situation de l’Italie reste difficile», avait affirmé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

	Des responsables italiens avaient même évoqué récemment, à titre informel, la possibilité que le Fond monétaire international puisse débloquer 600 milliards d’euros pour venir au secours de l’Italie. En attendant, M. Monti devra soumettre sa copie à ses collègues de la zone euro, durant le prochain sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement qui se tiendra les 8 et 9 décembre à Bruxelles.
	 </description>
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           <title>L’économie nationale temporairement à l’abri</title>
           <author>Akli Rezouali </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Tue, 06 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	La crise de l’endettement qui secoue actuellement la zone euro fait peser les pires craintes sur le devenir de l’Union européenne, mais aussi sur l’état de santé de l’économie mondiale dans son ensemble. 
	A fortiori quand on sait que les risques d’une récession durable ne sont plus à écarter, même si le scénario «catastrophe» d’une implosion de la zone euro et d’une disparition pure et simple de sa monnaie unique reste peu réaliste, du moins pour nombre d’analystes.
	Dans ce contexte de crise extérieure majeure, l’économie algérienne, qui tire essentiellement son salut de ses ressources en pétrole et en gaz, pourrait bien faire les frais de cette étroite dépendance, si la crise en Europe et le ralentissement de l’activité à l’échelon mondial venaient à perdurer. Dans l’immédiat, la crise européenne semble n’impacter que peu les équilibres macroéconomiques et la situation de la balance des paiements de l’Algérie. Les ressources engrangées ces dernières années permettent, en effet, de couvrir, à court terme, tout manque à gagner que les crises extérieures pourraient engendrer pour la balance locale de devises, même si les pouvoirs publics ont déjà mis en avant l’impératif de freiner le train dépensier actuel, compte tenu du ralentissement de l’activité mondiale.

	
	Un train dépensier à freiner

	
	En l’état actuel des choses, nous dit M. Benbelkacem, économiste à la Banque d’Algérie (BA), «la crise européenne n’a pas d’impact direct sur l’état de l’économie nationale». Selon lui, «cette crise ne peut avoir d’impact direct sur l’Algérie que si les banques locales intervenaient directement sur les marchés financiers européens». Or ceci, précise-t-il, «n’est pas autorisé par les lois algériennes». Aussi, indique l’économiste de la BA, le seul impact que pourrait avoir la crise européenne sur l’économie nationale est d’induire un ralentissement durable de l’activité mondiale, ce qui conduirait à une baisse des cours du pétrole et donc «la balance devise de l’Algérie n’enregistrera pas d’excédent, comme cela s’est passé en 2009». Ceci étant, tempère notre interlocuteur, «il y a déjà suffisamment de ressources engrangées pour faire face à cet écueil, sauf si la crise perdure et que les cours pétroliers baissent à moins de 80 dollars sur une période de quatre ou cinq ans». Au demeurant, ajoute-t-il, «l’autre risque pour l’Algérie, mais qui reste peu probable, est que l’un des pays de la zone euro dont les valeurs souveraines font partie de nos placements à l’étranger fasse réellement faillite».

	Quoi qu’il en soit, l’économiste de la BA émet beaucoup de réserves quant au bien-fondé des thèses évoquant une implosion de la zone euro. Un point de vue rejoint d’ailleurs par d’autres économistes, à l’image de Mourad Goumiri, pour qui «la situation dans la zone euro finira assurément pas s’arranger, car l’Europe a toujours avancé par la crise».  
	S’agissant de l’impact de cette crise sur l’économie algérienne, M. Goumiri évoque surtout la possibilité de voir se déprécier la valeur des réserves de changes de l’Algérie, dès lors qu’une partie de ces avoirs est libellée en euros. Quant à la valeur de la monnaie nationale, notre interlocuteur souligne que «le dinar administratif» tel que fixé par la Banque d’Algérie sur la base d’un panier de devises et de la structure du commerce extérieur du pays, est «déconnecté de la réalité», ce pourquoi il est en parfait décalage avec «le dinar informel».

	Ce faisant, estime-t-il, en cas d’effondrement de l’euro, la BA trouvera le moyen de jouer sur la structure de son panier devises pour fixer la valeur du dinar; et, de toute façon, le dollar servira à contrebalancer l’impact d’une baisse de la monnaie unique sur l’économie nationale. En définitive, soutient-il, les chances d’une implosion de la zone euro sont pour le moins très minces.  
	«L’hypothèse de voir disparaître l’euro est peu plausible et le risque pour l’Algérie est que certains de ses clients européens pour le gaz et le pétrole soient techniquement en situation de défaut de paiement», souligne un banquier exerçant sur la place financière locale.   
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        </item>
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           <title>Le nouveau visage de l’islamisme</title>
           <author>Mourad Slimani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 30 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	C’est le premier souci des islamistes aujourd’hui : convaincre qu’ils ne sont pas les ennemis de la démocratie, qu’ils sont capables de partager le pouvoir et que les opinions nationales et internationales n’ont pas à s’alarmer de les voir truster des élections dans le sillage des révoltes dans le Monde arabe. 
	C’est ce que s’est employé à faire Rached Ghannouchi à la suite de la victoire du mouvement Ennahda en Tunisie. Sur ses traces, les leaders du PJD marocain, parti qui vient d’avoir la majorité relative au Parlement, rassurent l’Occident qu’il n’a pas d’inquiétude à se faire sur le respect des libertés.

	Les Frères musulmans d’Egypte, que les pronostics donnent comme évidents vainqueurs des élections, se feront sans doute un devoir de ne pas briser cet élan visant à tranquilliser sur l’aptitude de ces mouvements à se dissoudre dans la démocratie.
	On est loin des vociférations éruptives du FIS algérien qui, bien avant l’annonce de sa victoire aux élections, promettait les tribunaux populaires aux intellectuels, l’application stricte de la charia et déclarait la démocratie kofr.

	Manœuvre tactique ou réelle évolution dans la praxis politique de la mouvance islamiste ? Sûrement les deux. Les analystes pensent que ce sont d’abord les sociétés arabes elles-mêmes qui ont changé, du moins dans leur rapport avec l’islam politique. Lors des révoltes en Tunisie, en Egypte, en Syrie… les slogans des manifestations n’ont jamais porté de contenus religieux. Ce qui a fait écrire à beaucoup d’experts internationaux que l’on assistait là à des «révolutions post-islamistes», refermant avec fracas la parenthèse d’une «domination» idéologique des islamistes sur les masses. Le concept pèche cela dit par sa propension à donner du Monde arabe l’image d’une étendue géographique homogène, majoritairement acquise à l’islamisme, avant la déferlante des révoltes. Il y a également que les calamités politiques provoquées par les islamistes dans les années 1990 et début des années 2000 qui sont passées par là.

	
	Post-islamisme et contre-révolution  

	
	La dantesque expérience algérienne avec le FIS, puis les attentats du 11 septembre 2001 sous la bannière d’Al Qaîda auraient consacré ce que Gilles Kepel, spécialiste de l’islam et du Monde arabe, appelle «une scission historique» à l’intérieur de la nébuleuse fondamentaliste. Selon lui, une partie s’est lancée dans le djihad terroriste, liguant le monde entier contre elle et se faisant traquer partout. Les autres, ayant opté pour une logique de compromis avec la démocratie, occupent désormais le devant de la scène, avec comme héraut un AKP turc qui séduit un peu partout dans le Monde arabe. Le modèle, même si l’on pense qu’il n’est pas applicable partout, peut servir néanmoins «de boîte à outils» dans laquelle peuvent puiser les islamistes arabes, selon la formule de l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Hubert Vedrine.

	La Turquie d’Erdogan, dans la néo-rhétorique de la propagande islamiste, passe donc pour le parangon de cette alchimie heureuse entre l’islam politique et la démocratie. Erdogan himself surfe sur cette vague qui le présente et son parti, l’AKP, comme les précurseurs d’une réforme décisive de la souche idéologique de l’islamisme, avec à la clé une success story économique que personne ne conteste.

	Lors de sa tournée en septembre dernier en Egypte, Tunisie et en Libye, il s’est fait le prophète triomphant de ce nouvel ordre islamiste, si sûr de lui qu’il ne craint pas d’évoluer à l’ombre de la laïcité.  Ce discours est-il à ranger dans le registre de la rhétorique lénifiante si chère au courant islamiste ? Sans doute trop tôt pour le savoir, mais ce qui paraît certain est que le chœur patelin qu’exécutent présentement les leaders de la mouvance dans les pays arabes laisse clairement penser que, sur le plan tactique à tout le moins, des réglages ont été effectués pour faire passer la vague verte sans trop d’hostilité.

	Les islamistes ne peuvent pas se permettre d’afficher des prétentions qui brusquent des rues arabes encore bouillonnantes de révoltes et des opinions dont l’enthousiasme a été douché par ce que d’aucuns ont appelé la contre-révolution islamiste.    
	 </description>
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        <item>
           <title>Les démocraties occidentales «applaudissent» déjà</title>
           <author>Mohand Aziri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 30 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Le revirement est spectaculaire. Après avoir longtemps joué la carte des «démocrates» arabes, des «forces progressistes», les démocraties occidentales changent leur fusil d’épaule et se montrent plus que jamais disposées à traiter, sans réserve ni complexe aucun, avec des gouvernements islamistes. 
	Et qu’importe que ces derniers soient composés d’éléments djihadistes – comme en Libye – ou d’islamistes «light» – comme en Tunisie et au Maroc. A Bruxelles comme à Washington, l’heure est décidément au grand écart. Les superpuissances américaine et européenne, contraintes – sous l’effet prodigieux des «révolutions arabes» ou guidées par une approche somme toute pragmatique – adaptent leur discours aux réalités changeantes d’un monde arabo-musulman tombant peu à peu dans la gouvernance islamiste. Les mouvements et partis islamistes – dont certains étaient jusque-là classés sur la black-list des organisations terroristes – sont considérés désormais comme des «partenaires» politiques à part entière et voient leurs victoires électorales prestement saluées.

	Quid de la «menace» islamiste, ce «mal absolu» guettant aux portes de l’empire ? Oubliée à l’heure des petits calculs géopolitiques. Pas droit de cité à l’ère des révoltes arabes. Le ton est désormais tout autre : à l’acceptation du fait et de la victoire islamiste.
	En Libye, ni les déclarations de Moustapha Abdeljali, président du Conseil de transition (CNT) sur l’application de la charia ni le poids de djihadistes au sein du Conseil de transition n’ont sonné le tocsin chez les dirigeants de l’UE et des USA, pourtant réputés défenseurs zélés de «l’idéal» démocratique. L’absence de réaction, lourde de sens, est synonyme d’approbation, de compromission même.

	Au lendemain de la victoire électorale des islamistes d’Ennahda en Tunisie, la chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, s’est empressée de saluer le «modèle» tunisien. Pendant des années, a-t-elle ajouté, les dictateurs ont dit à leurs peuples qu’ils devaient «accepter des autocrates pour éviter des extrémistes. Trop souvent, nous acceptions nous-mêmes ce raisonnement (…). Nous reconnaissons aujourd’hui que le véritable choix est entre la réforme et les troubles», a-t-elle déclaré. «Les Etats-Unis sont prêts, a ajouté la secrétaire d’Etat, à coopérer avec les islamistes vainqueurs» des élections tunisiennes. Mme Clinton estime que «les islamistes ne sont pas tous les mêmes» et trouve «l’idée selon laquelle des musulmans pratiquants ne peuvent s’épanouir dans une démocratie insultante, dangereuse et fausse».

	Même son de cloche côté européen. En félicitant Ennahda pour sa victoire, Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, et Stefan Füle, le commissaire en charge des relations avec les pays voisins de l’UE, confirment le changement de cap de la politique étrangère de l’Union européenne sur la question de la prise du pouvoir par les islamistes : «L’UE se réjouit à la perspective de collaborer étroitement avec la nouvelle Assemblée et les autorités et institutions tunisiennes pour répondre aux aspirations des Tunisiens à la démocratie, à la liberté, à la justice sociale et à la dignité», déclarent-ils dans un communiqué conjoint.</description>
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           <title>Antoine Basbous : «Les électeurs ont accordé une prime aux opprimés des systèmes déchus»</title>
           <author>Amel Blidi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Wed, 30 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Wed, 30 Nov 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description> 
	- Maintenant que la Libye se met à l’heure de la charia, que la Tunisie proclame la victoire d’Ennahda dans ses premières élections libres, que le Maroc s’achemine vers la mise en place d’un gouvernement à majorité islamiste et que les Frères musulmans se dirigent vers une victoire certaine en Egypte, peut-on dire que les islamistes tiennent leur revanche ?

	
	Nous ne pouvons pas réunir tous les islamismes sous la même «étiquette», car leurs mouvements sont à géométrie variable puisqu’il existe plusieurs degrés d’islamisme. Les plus compatibles avec la modernité sont sans doute l’AKP turc et l’Ennahda tunisien en raison de leur pragmatisme, de leur compatibilité avec le jeu démocratique et de leur relative tolérance. Ils ne cherchent pas à faire du prosélytisme et imposer des valeurs anachroniques aux fidèles.

	Il existe également des islamistes de «l’ancienne école» qui prolifèrent dans des pays fermés qui se sont construits en marge du monde extérieur, à l’image des islamistes libyens qui ont évolué de façon souterraine et en vase clos durant le règne d’El Gueddafi et qui n’ont donc pas été en contact avec les millions de touristes qui se rendent, chaque année, en Tunisie ou en Turquie. Par ailleurs, les capacités financières que leur fournissent les réserves de pétrole et de gaz libyens leur permettent de vivre en autarcie et ainsi forger une doctrine qui ne tient pas compte de la réalité des temps modernes et des échanges internationaux. Les islamistes égyptiens, héritiers de Hassan El Banna et de Sayyed Qutb, ne sont, quant à eux, pas assez ouverts et restent sous l’influence d’une vieille garde idéologique. Ils n’ont surtout jamais été confrontés à l’exercice du pouvoir. En revanche, le PJD marocain a déjà eu à gérer de grandes villes et il était représenté par 47 députés dans l’Assemblée sortante ; il a donc fait ses armes et devrait sans doute se montrer pragmatique, comme annoncé. Toutefois, ayant déjà participé au pouvoir, il ne représentera pas une totale alternance.

	Globalement, les électeurs ont accordé une prime aux opprimés des systèmes déchus ; les islamistes étant les plus enracinés dans leur société respective, ils en ont bénéficié. En revanche, si les partis salafistes accédaient au pouvoir, ils véhiculeraient la version wahhabite de l’islam, incompatible avec la modernité et, bien entendu, la démocratie, car le salafisme, qui se nourrit des pétrodollars du Golfe, est la version «exportable» de la doctrine wahhabite. Ils ont effectué une percée, notamment en Egypte, et représentent une menace réelle pour la liberté d’expression, la liberté de culte, la tolérance et, à terme, l’avènement de la démocratie.

	
	- La scène politique a été délibérément détruite par les régimes autoritaires. N’y a-t-il pas aujourd’hui un risque d’anarchie ?

	
	Les régimes déchus n’ont laissé derrière eux ni institutions ni Etat de droit. Ils ont régné de façon clanique et fait profiter leurs familles et leurs proches des délices du pouvoir en «bunkérisant» le régime, dans la mesure où ils ont «cadenassé» le système (partis politiques, syndicats, presse, associations, justice, finances…). Ils n’ont toutefois pas pu fermer les mosquées qui ont ainsi fait office de points de ralliement pour les opposants qui ont pu s’y réfugier.Ces régimes laissent derrière eux une certaine forme de chaos à laquelle les aspirations de la jeunesse, qui les a abattus, doivent s’efforcer de mettre fin pour construire des régimes d’Etat de droit dans le sens moderne du terme et respectant la liberté de chacun et la diversité de la société.

	
	- Les slogans brandis par les révolutions arabes étaient – hormis l’exemple libyen – plutôt pragmatiques («Dégage», «Le peuple veut la chute du régime»), qu’est-ce qui explique l’attirance pour le modèle islamiste ? La charia peut-elle représenter un modèle alternatif à la démocratie ?

	
	S’il est vrai que ceux qui ont abattu les anciens régimes sont les jeunes internautes qui ont trompé la vigilance des dictateurs, lesquels étaient braqués sur la menace islamiste, ces jeunes élites urbanisées et connectées au monde n’ont pas le recul et l’enracinement nécessaires pour se constituer en partis ou formations politiques, alors que les mouvements islamistes ont su occuper le terrain en s’implantant dans la société en étant proche du peuple (entretien des dispensaires, des écoles, implication dans le milieu caritatif). A l’heure du choix, les islamistes sont ainsi structurés, organisés et reconnus, alors que ceux qui ont fait tomber les anciens régimes n’ont eu ni le temps, ni les structures, ni l’organisation, ni même l’unité pour les concurrencer. Ce qui a profité aux islamistes, ce n’est pas l’attirance pour la charia, mais le fait qu’ils soient organisés et structurés depuis des décennies, alors que les autres sont de nouveaux venus dans la politique et le militantisme, leur âge témoignant de leur inexpérience et de leur manque d’enracinement. Mais le jour où les islamistes ne tiendront pas leur promesse, il est certain qu’ils seront balayés au profit d’autres formations structurées.
	L’ère du règne absolu et illimité des dictateurs me semble bien révolue. L’alternance doit être l’emblème des années à venir. Nous n’assisterons plus à des règnes de tyrans qui se maintiennent mandat après mandat et qui tenteront de créer des voies dynastiques.

	
	
	- Les partis politiques se proclament généralement du modèle turc. Y a-t-il, d’après vous, un risque de radicalisation ?

	
	Le modèle turc est salué par les islamistes arabes, alors que rares sont ceux qui se réclament du modèle iranien. Aujourd’hui, la Turquie est un modèle inabouti, puisqu’il n’a pas encore été confronté à l’alternance. Bien qu’il ait fait reculer la laïcité «à la turque» depuis dix ans, l’AKP s’est montré très préoccupé par le bien-être de ses concitoyens, apportant une croissance régulière et faisant régner un Etat de droit.

	Néanmoins, les droits des minorités sont bafoués et le nombre de journalistes emprisonnés reste très élevé. Attendons le jour où les électeurs auront décidé de confier le pouvoir à une autre formation. Si, ce jour-là, l’AKP se plie au vote des électeurs, il aura gagné l’appellation de formation islamique et démocratique. En attendant, on peut lui faire crédit de cette hypothèse et nous ne pouvons que constater que les Turcs sont heureux de connaître la croissance et la prospérité économiques qu’ils attendaient, aux côtés de la stabilité et du rayonnement de la nouvelle Turquie sur la scène régionale et internationale.

	
	
	- L’effet anesthésiant de la guerre civile a, jusque-là, prémuni le gouvernement algérien d’une contestation majeure. Les islamistes se sont embourgeoisés, ils siègent au Parlement et n’ont plus de projet social bien défini. La vague verte qui déferle sur le Maghreb et le Monde arabe risque-t-elle de rompre cet équilibre ?

	
	Avec la vague des Printemps arabes, que je préfère qualifier de «tsunami arabe», aux multiples répliques qui ne manqueront pas de se produire, comme nous le voyons actuellement en Egypte, le régime algérien doit se sentir isolé, voire encerclé par des pays qui ont changé, qui se sont réformés, soit par la révolution, soit par la guerre civile, soit à froid, comme le régime marocain. Dix-sept jours ont passé entre les manifestations réclamant des réformes, le 20 février, et le discours du roi annonçant une feuille de route qui s’est soldée par une réforme minimaliste de la Constitution, un référendum et une élection anticipée. Les principaux dirigeants algériens civils et militaires, qui sont quasiment tous plus que septuagénaires, doivent se sentir quelque peu mal à l’aise dans cet environnement qui change et qui rompt le statu quo. Mais ils se sont imposé comme conduite d’acheter la paix sociale avec des pétrodollars, le pays disposant de suffisamment de ressources pour en redistribuer à tous ceux qui le réclament bruyamment dans la rue.

	Toutefois, si jamais le prix des hydrocarbures chutait, l’Algérie se trouverait vite à court de moyens pour poursuivre cette politique anesthésiante, alors que ces fonds auraient pu être investis dans des infrastructures ou des secteurs productifs pour que le pays diversifie ses exportations, hors pétrole et gaz.

	Le régime a créé des islamistes, les a associés au «festin» gouvernemental en leur confiant des ministères très «juteux» et a écarté du paysage politique tous ceux qu’il estimait être des adversaires. In fine, la coalition au pouvoir représente des groupes divers, mais qui ont en commun le même souci de continuité du régime. Les islamistes armés se sont exclus du paysage politique pour rejoindre le maquis et être combattus par la coalition arc-en-ciel qui règne à Alger.</description>
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           <title>Des lignes rouges pour la presse</title>
           <author>Fayçal Métaoui </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Tue, 29 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	Le projet de loi organique sur l’information, débattu depuis hier à l’APN, est porteur de véritables dangers à la liberté d’expression en Algérie. 
	Le bruit créé autour de la suppression des peines de prison pour les journalistes visait, tout compte fait, à faire diversion. Le texte que les députés discutent est chargé de dispositions restrictives plus sévères que celles du code de 1990. Contrairement aux affirmations de Nacer Mehal, ministre de la Communication, le projet soumis au Parlement n’exprime aucune modernité.

	C’est une loi faite avec un esprit des années de plomb. D’abord, le gouvernement, qui méprise ses propres engagements internationaux, s’est autorisé à fixer les règles d’éthique et de déontologie aux journalistes. Il est admis dans tous les pays que la déontologie et l’éthique sont d’abord et surtout l’affaire des professionnels. Le gouvernement n’a aucun droit de le faire pour les journalistes ou pour les autres corps de métier, comme les avocats. L’article 89 du projet de loi est chargé d’interdits, alors que l’éthique et la déontologie supposent «droits» et «devoir» pour les professionnels des médias. Très imaginatifs, les rédacteurs de cette disposition ont même «inventé» de nouvelles restrictions de type policier. Ainsi, le journaliste doit «s’interdire de porter atteinte aux attributs et aux symboles de l’Etat», «s’interdire toute atteinte à l’histoire nationale», «l’apologie du colonialisme», «s’interdire de porter atteinte aux intérêts économiques et diplomatiques de la nation», «s’interdire de mettre en danger des personnes».

	Le législateur devra, entre autres, expliquer le sens qu’il donne à «l’apologie du colonialisme» ou à «l’atteinte à l’histoire nationale». Il est évident que cette disposition, particulièrement dangereuse, doit être supprimée sans aucune condition. Il en est de même pour l’article 80 qui limite l’accès à l’information pour les journalistes professionnels. Du jamais vu ! Cette disposition, qui porte les résidus du parti unique, interdit aux journalistes de s’intéresser aux domaines de la défense, de la sécurité, de la justice, de la diplomatie, de l’économie. Le prétexte est toujours le même : «secret» ou «atteinte aux intérêts». Même faible, la presse d’investigation est condamnée à disparaître si cet article est adopté par les deux chambres du Parlement. Les journalistes curieux devront alors passer leur temps à enquêter sur les jardins publics ou sur le mode de cuisson de la chawarma ! L’article 2 du même projet a pourtant mentionné que le citoyen a le droit d’être informé «d’une manière complète et objective». Comment ce citoyen peut-il être informé de «manière complète» si des embûches sont mises sur le chemin du journaliste ? La commission culture, communication et tourisme de l’APN n’a visiblement pas détecté cette contradiction flagrante.

	Ce même article 2 pose également problème, puisqu’il verrouille considérablement le travail des médias. Selon la logique sécuritaire de ce texte, le journaliste peut «librement» exercer son métier, mais dans «le cadre du cadre» ! C’est-à-dire qu’il doit, entre autres, respecter «la sauvegarde de l’ordre public», «les exigences de la sûreté de l’Etat et de la défense nationale», «les impératifs de la politique étrangère du pays», «les intérêts économiques du pays», «le secret de l’instruction judiciaire». Pour ce dernier point, le législateur semble avoir pris en compte l’intérêt grandissant des médias pour les nombreuses affaires de corruption. La justice algérienne, réputée être parmi les plus opaques au monde, dresse des barrières au lieu de s’ouvrir au public, gagner en crédibilité et retrouver la confiance des citoyens. Sinon comment expliquer que des dispositions pénales, inacceptables et scandaleuses, sanctionnent les journalistes qui s’intéressent au travail des tribunaux. A titre illustratif, l’article 120 stipule : «Quiconque publie ou diffuse la teneur des débats des juridictions de jugement, lorsque celles-ci en prononcent le huis clos est puni d’une amende de 100 000 à
	200 000 DA».

	Pire, l’article 123 précise : «Sauf autorisation de la présidente ou du président de l’audience, l’emploi de tout appareil d’enregistrement ou de diffusion sonore, de caméra de télévision ou de cinéma ou d’appareil photographique, après l’ouverture de l’audience judiciaire est interdit. Toute infraction à cette disposition est punie d’une amende de 10 000 à 100 000 DA.» A suivre cette logique, les juridictions civiles sont assimilées à des tribunaux militaires sous régime d’exception ! Nous l’avons déjà signalé dans ces mêmes colonnes, l’article 110 ouvre la voie à toutes les dérives. Jugez-en : «Toute personne physique ou morale algérienne a le droit de réponse sur tout article écrit ou émission audiovisuelle portant atteinte aux valeurs nationales et à l’intérêt national.» Traduction : si une personne n’apprécie pas une analyse, une opinion, une idée ou une information répond comme elle veut et où elle veut. Et là, les médias sont obligés de publier (c’est devenu plus qu’obligatoire dans le projet de loi sur l’information). Imaginons qu’ils sont des milliers à réagir, que feront les médias ?

	Cet article livre d’une manière sournoise et scandaleuse les journalistes au lynchage public surtout que le législateur n’indique pas la véritable signification des «valeurs nationales» et de «l’intérêt national». Dans un pays où le débat démocratique libre est inexistant, ce genre de dispositions est porteur de périls aux conséquences imprévisibles. Exprimant une logique de fermeture et remettant en cause profondément la crédibilité des «réformes» politiques du président Abdelaziz Bouteflika, le projet de loi sur l’information doit être revu de fond en comble ou retiré pour être discuté à travers un débat transparent, ouvert et public.
	Rien ne presse. Il n’existe aucune raison de «lier» le sort de l’ouverture du champ audiovisuel, qui est, elle, une urgence nationale à l’adoption d’une loi sur l’information. L’audiovisuel peut faire l’objet d’une loi et de textes d’application à part.</description>
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           <title>«Une œuvre de régression»</title>
           <author>Nabila Amir </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Tue, 29 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	Les journalistes ont qualifié ce projet de loi de «code pénal bis» 
	Des députés de différentes obédiences politiques ont qualifié, hier, le projet de loi organique relative à l’information «d’œuvre de régression». Beaucoup d’élus pensent qu’il y a un recul par rapport au code de l’information élaboré en 1990, et ce, dans tous les domaines, à l’exception des dispositions pénales.
	Si les journalistes ont qualifié ce projet de loi, en débat en plénière depuis hier à la Chambre basse du Parlement, de «code pénal bis», certains élus estiment que ce texte est rétrograde.

	Le député Mohamed Mahmoudi du MSP a ouvertement récusé ce texte en faisant remarquer que «c’est là un net recul et un gel du secteur des médias, en contradiction avec les standards internationaux. Normalement, l’instauration de la liberté d’expression, c’est d’abord la réhabilitation du haut conseil de l’information et non la mise sur pied d’une autorité de régulation qui dicte sa loi à la presse», a soutenu l’orateur. M. Rezgui du FLN a qualifié ce projet de «texte d’hésitation» et de code en net recul par rapport à celui de 1990 : «Le code de 1990 renfermait des mesures intéressantes visant à préserver l’intérêt du journaliste, à l’exception des dispositions portant sur l’emprisonnement.

	Le projet en débat aujourd’hui à l’APN est en recul, car il renvoie, dans plusieurs domaines, vers d’autres lois.» M. Rezgui plaide pour la suppression de l’autorité de régulation et la mise sur pied par la corporation d’un code d’éthique et de déontologie : «Tous les secteurs se sont pratiquement dotés d’un code de l’éthique et de déontologie fait  uniquement par les gens du métier. Je ne comprends pas pourquoi la corporation journalistique n’a pas le droit, à elle seule, de mettre en œuvre ce code de l’éthique.»
	Pour Ali Brahimi, dissident du RCD, «ce projet de loi sur l’information – comme tous les autres projets de loi qui ont été pompeusement qualifiés de réformes – signe une volonté de régression évidente par rapport à l’ancien texte de 1990 qui était lui-même qualifié de code pénal bis», a-t-il affirmé.
	Rares étaient les députés qui ont évoqué dans leur intervention le problème d’accès à l’information pour les journalistes.

	
	De nouvelles clauses et conditions pour créer un journal

	
	Notons, en outre, que le rapport préliminaire sur le code de l’information, élaboré par la commission de la culture, de la communication et du tourisme de l’APN, prévoit une série d’amendements liés essentiellement à l’introduction de nouvelles clauses relatives aux conditions requises pour les éditeurs désirant créer un journal. Il s’agit, pour les éditeurs, d’être titulaire d’un diplôme universitaire et de justifier de cinq ans d’expérience professionnelle dans l’édition de publications périodiques spécialisées.
	Les amendements concernent également la prolongation à une année du délai d’agrément à compter de la date de son octroi ainsi que la réduction du quorum à dix membres pour la validité des délibérations de l’autorité de régulation de la presse écrite.

	Le délai de mise en place du conseil supérieur d’éthique et de déontologie de la profession de journaliste a également été prolongé à une année au lieu de six mois, en sus de la prolongation de huit à trente jours du droit de réponse.  Il est également question de faire obligation aux instances, administrations et établissements de faciliter au journaliste l’accès à l’information en vue de consacrer le droit du citoyen à l’information et de protéger le journaliste contre toute forme d’humiliation et de menaces lors de l’accomplissement de sa mission.
	Par ailleurs, le ministre de la Communication, Nacer Mehal, a qualifié ce texte d’«avancée traduite par le retour des autorités de régulation ainsi que par une meilleure protection des journalistes». «Il n’y a ni régression ni recul», a noté le ministre, refusant de voir la menace qui pèse sur le droit à la liberté expression.
	 </description>
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           <title>Khaled Bourayou. Avocat : «Le nouveau code comporte plus de restrictions que de libertés»</title>
           <author>Salima Tlemçani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Tue, 29 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	- Comment jugez-vous le projet de code de l’information présenté à l’Assemblée nationale ?

	
	Je considère qu’il y a beaucoup de régression par rapport à l’ancien code et même à la première mouture élaborée par le ministre de la Communication, Nacer Mehal. Malgré son exposé des motifs qui donne la primauté au droit d’informer du journaliste et à celui d’être informé du citoyen, il est en parfaite régression parce qu’il consacre un recul de la liberté d’expression.

	
	- Quelles dispositions jugez-vous liberticides ?

	
	Déjà, il est en contradiction avec son exposé des motifs, si on se réfère à son article 2 qui soumet l’exercice de l’activité à différentes restrictions, notamment les exigences de la politique extérieure, les impératifs de l’ordre public et le secret de l’instruction. Or, le journaliste n’est ni un diplomate, ni garant de l’ordre public, ni une autorité qui concourt à l’instruction. Le seul impératif qu’il doit prendre en compte est le droit d’informer. Un principe sur lequel repose la liberté d’expression. Ce projet de code comporte plus de restrictions que de libertés. Sur la question de l’agrément par exemple, nous sommes passés de la liberté d’édition à l’autorisation d’édition. Je m’explique : si l’on se réfère à la loi de 1990, il suffisait d’une demande déposée au niveau du parquet, pour qu’un récépissé soit remis sur-le-champ pour permettre la sortie d’une publication. Il consacrait le principe de libre édition, quand bien même détourné par le ministère de la Justice. Par contre, le nouveau code a consacré le régime de l’autorisation. Cela veut dire que pour éditer, il faut une autorisation délivrée par une autorité de régulation qui a le droit de la rejeter. Le projet a supprimé les règles protectrices énoncées timidement dans la première mouture du ministre de la Communication et qui sont l’exception de vérité, la prescription de moins en contrepartie de la dépénalisation des délits de presse. En fait, ce qu’il a donné d’une main il l’a repris de l’autre…

	
	- Vous avez déclaré à la presse que cette dépénalisation n’est qu’une parodie. Pouvez-vous être plus explicite ?

	
	Pour moi, ce n’est qu’une parodie, parce qu’elle ne concerne pas la diffamation et l’injure, les délits qui constituent 99% des plaintes déposées contre les journalistes. La dépénalisation, telle que définie dans l’article 44 bis et 44 bis 1, touche en réalité l’offense au Président, l’injure et la diffamation contre les tribunaux, les cours et l’ANP.  Sur un autre volet, nous aurions souhaité que le projet de texte soit celui des libertés et non pas de l’information, qui est un concept qui met en suspens les libertés. Il aurait fallu avoir une loi sur la liberté d’expression et non pas un code qui a pour motivation de réglementer l’information. Le souci est de faire un texte en termes de liberté et non de régulation. De plus, en matière de codification, les initiateurs auraient dû intégrer dans ce texte tous les délits connus ailleurs, entre autres, dans le code pénal, pour donner aux journalistes le statut particulier qu’ils doivent avoir. </description>
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           <title>Youcef Dilem. Avocat : «Le projet de loi sur l’information va poser un problème juridique important»</title>
           <author>Madjid Makedhi </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Tue, 29 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Tue, 29 Nov 2011 01:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description> 
	- Le projet de loi sur l’information a été présenté à l’APN. En comparaison avec la loi en vigueur, ce texte présente-t-il une avancée, comme le prétend le gouvernement, pour la liberté de la presse en Algérie ?
	Bien au contraire, ce texte fait un pas en arrière. Je trouve qu’il y a pas mal d’articles qui méritent d’être réexaminés et d’autres doivent être carrément retirés. Personnellement, j’ai salué le décret portant régime spécifique des relations de travail des journalistes 08-141 de 2008 qui est le statut du journaliste. Mais encore une fois, l’application des textes pose toujours problème. Les textes sont là, il faut quand même qu’on apprenne à les appliquer. Pour le moment, aucun journaliste, qui a été acquitté, n’a demandé des dommages et intérêts pour des plaintes abusives. Je crois qu’on est en train d’ajouter de nouveaux principes, à travers un projet de loi qui est peut-être contraire à la Constitution. Et cela va poser un problème juridique important.

	
	- Selon vous, quels sont les articles qui entravent l’exercice du métier de journaliste ?

	
	Il y a deux genres d’articles. Les premiers ce sont des articles qui sont vagues. Ces derniers doivent être révisés. La deuxième catégorie d’articles doit être retirée carrément. Ce sont des articles qui sont contraire à la doctrine universelle qui régit le libre exercice de la profession de journaliste.

	
	- Ce texte intervient, selon le gouvernement, pour améliorer l’exercice du journalisme et garantir le libre accès aux sources d’information aux professionnels des médias. Est-ce vraiment le cas ? 

	
	Franchement, ce texte ne garantit pas le libre accès à l’information aux journalistes. Il impose des lignes rouges et cela est, pour moi, une aberration. En deuxième lieu, on parle aujourd’hui de dépénalisation du délit de presse. Dans le code pénal, cette notion ne figure pas. Il y a, en revanche, la diffamation. Celle-ci n’a pas été supprimée et donc il n’y a pas dépénalisation. Le journaliste est soumis à des amendes, et ce sont des amendes pénales. Il y a toujours une condamnation. Ce ne sont pas des condamnations à la prison, certes, mais ce sont des condamnations pénales. Donc ce texte vient ajouter de l’huile sur le feu. Le journaliste a une obligation de transmettre la vérité et d’être neutre. C’est l’essence même du journalisme. C’est ce qu’on ne retrouve pas dans cette loi. Et puis, il y a là une volonté non pas de réguler la profession, mais de la museler à travers la commission d’éthique. Le journaliste sera jugé avant même d’être mis en cause.

	
	- Un autre article suscite aussi la polémique, en l’occurrence l’article 80 relatif au traitement de l’information concernant le secret de la défense nationale, la souveraineté nationale… Des notions très vagues ont été utilisées et risquent d’aggraver la situation de la liberté de la presse en Algérie. Qu’en pensez-vous ?

	
	C’est une autre aberration ! Concernant la sécurité nationale, par exemple, je ne vois pas en quoi un journaliste qui publie des vérités sur des questions qui concernent la vie publique pourrait porter atteinte à la sécurité de l’Etat.</description>
           <link>http://www.elwatan.com/dossier/youcef-dilem-avocat-le-projet-de-loi-sur-l-information-va-poser-un-probleme-juridique-important-29-11-2011-149042_151.php</link>
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           <title>Droit à l’accès à l’information : qu’en est-il des garanties ?</title>
           <author>Zine Cherfaoui </author>
           <guid>http://www.elwatan.com/dossier/droit-a-l-acces-a-l-information-qu-en-est-il-des-garanties-29-11-2011-149043_151.php</guid>
           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Tue, 29 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	Attendu depuis longtemps par la corporation, le projet de loi organique relative à l’information a été enfin présenté, hier, à l’Assemblée populaire nationale (APN), par le ministre de la Communication, Nacer Mehal. 
	Articulé autour de 132 articles, ce nouveau cadre juridique conçu «pour fixer les règles et les principes de l’exercice du droit à l’information» intervient surtout pour corriger les «dérives» de la loi 90-07 du 3 avril 1990 qui avait été qualifiée par les journalistes de «code pénal bis» au moment de sa promulgation. Grosso modo, les deux grandes nouveautés apportées par le législateur consistent en l’ouverture du champ de l’audiovisuel au privé et en la suppression des peines privatives de liberté des dispositions prévues pour sanctionner ce que les professionnels des médias appellent les délits de presse. Théoriquement donc, un journaliste ne devrait plus se retrouver en prison à cause d’un écrit. Néanmoins, il reste encore à savoir ce qu’il pourrait advenir d’un contrevenant à la loi dans le cas, par exemple, où il ne pourrait pas s’acquitter du montant d’une amende.

	Si l’on peut effectivement se réjouir du fait que le journaliste ne sera plus perçu à l’avenir par la justice comme un vulgaire malfrat, il n’est toutefois pas certain que le projet de loi organique relative à l’information, tel que proposé par Nacer Mehal, contribuera véritablement à faciliter le travail des journalistes ou, encore, à consacrer dans les faits le droit à l’accès à l’information.  En dehors de rappeler «l’engagement du gouvernement à respecter  toutes les libertés et à leur tête la liberté d’expression dans le cadre des  lois de la République» et de lâcher quelques déclarations de bonnes intentions, le ministre de la Communication n’a prévu effectivement dans son projet qu’un tout petit article (l’article 80) dans lequel il reconnaît vaguement aux journalistes le droit d’accès aux sources d’information. Assorti de pas moins de 5 exceptions, cet article n’oblige pratiquement aucune institution de la République à «communiquer» avec la presse et encore moins à mettre à la disposition du public les informations qu’elle a en sa possession, comme cela se fait déjà depuis longtemps dans plusieurs pays.

	
	Les lignes rouges à ne pas dépasser

	
	La méfiance entourant le projet de loi organique relative à l’information est confortée par le fait que le législateur n’a également pas pensé une seconde à mettre en place un mécanisme de veille qui aurait justement pour tâche de s’assurer que le droit à l’accès à l’information (droit, du reste, reconnu par la Loi fondamentale) est effectif. Sous le prétexte, par exemple, que l’information demandée est «sensible» ou qu’elle est susceptible de porter atteinte à la sécurité nationale, n’importe quel attaché de presse d’un ministère peut s’arroger le droit d’envoyer paître un journaliste ou tout simplement de faire dans la rétention d’information. Dans un pays comme l’Algérie, où la culture du secret a eu le temps de devenir une seconde nature, il est aisé de s’attendre à ce que l’on continue encore longtemps à dissimuler les informations les plus insignifiantes.

	Pour s’en convaincre, il n’y a d’ailleurs qu’à rappeler que le gouvernement ainsi que de nombreuses autres institutions n’ont toujours pas de porte-parole. En tout cas, les exemples d’atteintes au droit à l’accès à l’information ne manquent pas. Et toutes ces cachotteries se font, bien entendu, en violation d’importants textes signés par l’Algérie, comme la Charte universelle des droits de l’homme (article 19), la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (article 9), la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption (article 9) et la Déclaration de principe sur la liberté d’expression en Afrique (article IV) adoptée par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples en octobre 2002.  

	En tout état de cause et en l’absence de recours sérieux, les journalistes doivent s’attendre à ce que leur tâche soit rendue, à l’avenir, beaucoup plus difficile si ce fameux projet de loi parvient à quitter le Parlement dans sa mouture initiale. Pis encore, les nombreuses lignes rouges qui seront appelées à encadrer la pratique journalistique en Algérie auront pour effet immédiat d’assurer l’impunité à de nombreux responsables et d’empêcher les journalistes de fourrer leur nez dans des dossiers dits sensibles (politiques y compris) ou de traiter de questions de fond comme celles liées à la corruption, au respect des droits de l’homme, à la sécurité et à la gestion des affaires publiques. Au bout du compte, le risque est grand de voir la presse devenir, au fil des temps, une simple caisse de résonance des discours du pouvoir en place. Et le constat vaut même si le ministre de la Communication passe son temps à affirmer le contraire.</description>
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           <link>http://www.elwatan.com/dossier/droit-a-l-acces-a-l-information-qu-en-est-il-des-garanties-29-11-2011-149043_151.php</link>
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           <title>Maître Farouk Ksentini : «Le projet de loi est un progrès, mais reste insuffisant…»</title>
           <author>Salima Tlemçani </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Tue, 29 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	- Vous avez fait une lecture du projet de loi portant code de l’information. Quelle est votre appréciation sur son contenu ?

	
	Dans son ensemble, le projet de texte constitue un progrès par rapport à ce qui existe actuellement. Supprimer les peines d’emprisonnement est une avancée parce qu’il est absurde de continuer à mettre en prison un journaliste pour ses écrits. Il reste cependant insuffisant, puisqu’il comporte des dispositions récusées par les journalistes. Tous les textes sont perfectibles. Il est peut-être préférable de commencer par le commencement, puis corriger les insuffisances au fur et à mesure. A l’avenir, je reste persuadé que les choses vont s’améliorer. Il y a des principes sur lesquels personne ne peut reculer, à commencer par la liberté de la presse sans laquelle il ne peut y avoir de démocratie.

	
	- Ne pensez-vous pas que l’élaboration d’un tel texte aurait dû se faire avec la corporation ?

	
	Les journalistes auraient dû être consultés avant que la dernière mouture ne soit retenue.
	Cela a été le cas pour le projet de loi portant organisation de la profession des avocats ; ces derniers n’ont pas été impliqués. Cela étant, il est important de relever que le projet de code de l’information marque quand même un progrès, mais mérite d’être enrichi. Des efforts doivent être déployés autour de son renforcement…

	
	- Mais il comporte aussi des dispositions jugées restrictives à la liberté de la presse…

	
	La liberté de la presse doit être un principe inaliénable ; il peut être garanti en apportant des amendements au texte qui n’est, pour l’instant, qu’au stade de projet susceptible d’être revu et corrigé pour être amélioré. Ce n’est pas un texte coranique. Il peut être remodelé de façon à ce qu’il puise garantir la liberté d’expression.

	
	- Quel avis votre Commission a-t-elle émis à la lecture de ce projet de loi ?

	
	Nous avons considéré que le projet constitue un pas en avant, en précisant qu’il nécessite des corrections. Nous partons du principe que toutes les lois sont perfectibles.
	Nous avons relevé des points négatifs pour lesquels nous espérons une correction. Il est important de rappeler que dans les pays dits démocratiques, les conquêtes de la presse se sont faites progressivement, à travers le temps. Nous pensons que cette mouture peut être enrichie et dans le cas contraire, elle le sera inévitablement après. L’Algérie ne vit pas sur une île ; elle doit rejoindre le camp des pays qui avancent…</description>
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           <title>Sit-in des journalistes : «On veut contrôler la corporation»</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Dossier</category>
           <pubDate>Tue, 29 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Une quarantaine de journalistes ont organisé un sit-in, hier, devant l’Assemblée populaire nationale (APN) pour protester contre le nouveau projet de loi sur le code de l’information.  
	
	Au même moment, les députés s’apprêtent à débattre le texte de loi, qui remplace celui entré en vigueur en 1990, sous l’ère de l’ex-chef de gouvernement Mouloud Hamrouche. Vingt ans après, les protestataires estiment que «le nouveau projet de loi sur l’information cache une volonté de contrôler la corporation».  Le rassemblement, qui a duré une vingtaine de minutes, a été sanctionné par la lecture d’un communiqué. Il a été lu par Rabah Chibani, un journaliste de Sawt El Ahrar (journal porte-voix du FLN, parti majoritaire à l’APN). «Ce projet de loi sur le code de l’information ne répond pas aux aspirations des professionnels des médias. Les pouvoirs publics cherchent encore une fois à museler les journalistes», affirme M. Chibani.

	Pour les membres de l’INDJ, «les députés vont approuver un projet qui est synonyme de régression et qui porte atteinte à la liberté d’expression». Même son de cloche pour Smaïl, journaliste dans un quotidien régional. «C’est le début de la fin. Tous les sacrifices consentis par nos prédécesseurs dans les années 1990 vont partir en fumée. Au lieu d’accorder plus de libertés et de stabilité aux journalistes, les autorités ordonnent aux députés de maintenir l’influence étatique et le diktat», estime-t-il. L’INDJ dénonce également «le manque de transparence en matière d’octroi des agréments».  Sur un autre point, les protestataires regrettent «la non-publication d’un barème de salaires». Quelques témoignages sont déshonorants. «De nouveaux journalistes, fraîchement sortis des facultés, sont exploités par des directeurs de publication. Certains ne touchent pas de salaire, d’autres travaillent au noir et la majorité d’entre eux sont sous-payés», indique Fouzi, journaliste dans un quotidien d’expression française. 

	Le manque de précision et de clarté de l’article 80 et les amendes, qui seraient dorénavant à la charge des journalistes, sont deux points principaux qui laissent les professionnels du secteur perplexes. L’INDJ se présente comme un troisième syndicat. Il en existe deux autres agréés. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) et la Fédération nationale des journalistes algériens (FNJA), chapeautée par l’UGTA. L’Algérie compte environ 4000 rédacteurs.</description>
           <link>http://www.elwatan.com/dossier/sit-in-des-journalistes-on-veut-controler-la-corporation-29-11-2011-149032_151.php</link>
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