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Theâtre. Chroniques avignonnaises

rachid Bouali : «Les réfugiés, c’est notre histoire»

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le 13.08.17 | 12h00 Réagissez

De son origine de fils d’Algérien exilé en France, à la question brûlante des migrants, il n’y a qu’un pas…

Le comédien d’origine algérienne, Rachid Bouali, dont nous suivons la trajectoire depuis 2008 dans ces chroniques avignonnaises, a créé son nouveau spectacle sur un sujet dramatique qui se manifeste dans la région dont il est natif : le nord de la France. La douleur des réfugiés y apparaît dans toute sa souffrance, même si le phénomène n’est pas aussi important que dans les pays du contour européen dans ses frontières à l’est ou dans les pays de départ ou de transit, en Grèce, Turquie et en Afrique du Nord, notamment en Libye.

Dans le département du Nord, les camps de Calais ont alimenté l’actualité. Rachid Bouali est aux premières loges pour dire ce tragique dans une proposition théâtrale qu’il donne sous le titre ‘‘Sans laisser de traces’’. Habitué jusque-là à aborder son propre exil de fils d’Algériens des mines du Nord, il franchit une porte, en étant plus acerbe et sûrement plus mûr. Rachid Bouali confirme pour El Watan cette transformation en lui : «Peut-être qu’on s’aperçoit que les thèmes nous font, -j’allais dire mourir-, non, nous font mûrir.

En même temps le lapsus est beau. Mourir, non pas au sens réel mais symbolique. Peu à peu, on met son ego de côté, on prend une certaine gravité et le thème des réfugiés nous heurte. On croise des familles entières blessées, déracinées, avec tout ce qu’on peut imaginer comme douleur.

Quand on voit ce qu’ils ont traversé, et je l’ai rencontré chez moi dans le Nord, à Calais, c’est abominable. De voir ça cela rend d’abord sensibles. Ce n’est pas que leur histoire, c’est notre histoire, l’histoire de l’humanité.» Après avoir traité de sa propre histoire et relié les fils de sa mémoire de fils d’Algérien, fruit d’un autre déracinement, il semble dire à présent qu’il y a plus grave.

Il nous l’explique : «Le point de départ de mes récits autobiographiques m’a aidé à trouver une véracité. Quand on prend la parole, les gens qui viennent nous écouter ont besoin de voir quelqu’un d’enraciné, qui a une parole ancrée. Du coup, le fait de m’être penché sur ma propre histoire m’a donné cette véracité. Quand je parle, j’y crois. Cela m’a propulsé à prendre une thématique beaucoup plus grave, le thème des réfugiés.»

Un formidable conteur

D’ailleurs, si avec Bouali nous sommes dans le grave, nous approchons une dimension plus large du terme, celui de la gravité au sens de gravité universelle, gravité en raison du manque de reconnaissance de l’humanité, propriété commune à tous les êtres de cette planète. Le comédien fait un détour par le grand espace dès le début de son spectacle, à en avoir le tournis : «Je suis tombé par hasard sur un texte du philosophe Claude Obadia, qui faisait une conférence devant des étudiants sur le traité de l’espace. Il dit que quiconque sort de l’atmosphère terrestre représente l’humanité. Il n’est ni un pays ni une religion.

C’est assez incroyable qu’on se mette d’accord que l’espace est à tout le monde, mais, par contre, sur terre c’est le bazar…». Inévitablement, Rachid Bouali se recentre aussi sur une planète plus restreinte, celle de l’accueil : «Quand on voit les chiffres, c’est la honte pour la France d’accueillir une poignée de réfugiés, en comparaison des pays à proximité des pays en guerre qui, eux, accueillent des millions de personnes. Le camp de Calais, c’est 10000 personnes. Lors des vagues précédentes, avec beaucoup moins de gens, comme les Espagnols de la guerre d’Espagne, ou les boat people du Vietnam, personne n’a hurlé, ou même l’arrivée des Algériens.

Je rappelle juste cela. Rappelez-vous ces gens. Ils ne sont pas devenus des Barbares le couteau entre les dents. Ils n’ont ni violé ni volé. Ils sont aujourd’hui des citoyens comme les autres, ils ont fait leur place et ils contribuent à la société, aux impôts, etc. On oublie vite.» En tout cas, Rachid Bouali, pour ces choses sérieuses, reste toujours un formidable conteur : «Chacun a une banque d’images dans la tête et on n’a pas lui imposé quoi que ce soit. Cela reste un spectacle qui questionne, qui remue et apporte de l’émotion».                             
 

Walid Mebarek
 
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